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Régionales: Le tango des cocus

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bartolone ps regionales pecresse

Franchement, être au PS, en ce moment, c’est difficile. J’en connais qui ont voté Hollande en 2012, parce qu’ils ont cru que son ennemi, c’était la finance. Quelques Macronneries plus tard, ils en sont revenus — ou plutôt, ils n’en sont pas revenus. De même, ils ont cru — dans l’enseignement surtout — que Vincent Peillon, qui se préparait depuis des années à être ministre de l’Education, sortirait de son chapeau une grande réforme qui reviendrait sur les horreurs de la loi Jospin de sinistre mémoire — l’élève au centre, le constructivisme, les pédagos au pouvoir, etc.. Quelques belkassineries plus tard, il leur reste leurs yeux pour pleurer. Restaient les Régionales : les voici sommés de voter pour le Parti Républicain. Embrassons-nous, Folleville ! Sarko for ever !
Pauvres gens ! On a tenté de les rassurer en inventant un « front républicain » de texture composite et d’intentions obscures — quoi qu’ils disent. Démonstration.

J’ai au lycée Thiers, à Marseille, une classe qui prépare activement le concours des Sciences-Po de province. Au programme des IEP, cette année, l’Ecole (bon, ça va, je raconte, en toute objectivité, l’apocalypse molle des quarante dernières années, et particulièrement des vingt dernières, ça les fait beaucoup rire — jaune —, d’autant qu’ils éprouvent dans leur chair de cancres sympathiques à quel point on les a pris pour des crétins tout au fil de leur formation) et la Démocratie : et là, j’ai un peu de mal à leur vendre la notion de Front républicain.
D’autant que nous sommes partis de Montesquieu, pour qui la Démocratie, déjà, est une perversion de la République. Alors quand ils voient le déni de démocratie organisé par un parti dont toute la philosophie consiste à barrer la route — en prévision de 2017 — d’un FN qui rassemble au moins 30% des voix, les bras leur en tombent.
« Mais M’sieur, si le FN n’est pas républicain, pourquoi ne pas l’interdire ? » Oui, pourquoi ? La question a été posée jeudi soir sur i-télé à Manuel Valls, qui a répondu à côté parce qu’il n’y a pas de réponse : ils ne sont pas républicains parce qu’ils ne sont pas nous, nous, nous sommes le Bien. Et Bartolone, qui vient d’accuser Valérie Pécresse de représenter « la race blanche » — kholossale finesse —, dans la plus pure obédience à la stratégie Terra Nova, est un « grand républicain » — dixit Valls. Il y a des jours où je suis fier d’être français.
Mais si les Frontistes sont républicains, puisqu’on ne les dissout pas, pourquoi leur interdire l’accès aux institutions vers lesquelles les pousse la vox populi ? Pourquoi donner le spectacle un peu sidérant et légèrement pornographique de cette collusion complice PS / LR, comme si les deux partis qui bipolarisent la vie politique depuis trois décennies répugnaient à faire de la place et choisissaient soudain de se rouler des pelles ? Ce « Front républicain », me disent-ils, ne serait-il pas par ailleurs un bon moyen de camoufler le bilan catastrophique de cinq années de sarkozysme et de quatre années — bientôt — de hollandisme ? Et ces 9 ou 10 ans, c’est presque toute notre vie, ajoutent-ils. Un truc pour ne pas parler des cadeaux faits aux banquiers, du léchage des bottes de Merkel, des disparités qui se creusent, des salaires qui stagnent, des migrants qui viennent prendre la place de leurs parents ex-immigrés, de la réforme du collège qui enverra leurs petits frères et sœurs encore plus sûrement dans le mur ?

De surcroît, ajoutent-ils, qu’est-ce que c’est que ces manières ? Ces partis se croient propriétaires des voix des électeurs ? Au moins, remarquent-ils, ni Mélenchon ni Dupont-Aignan, pour prendre deux opposés du spectre politique (et pas si éloignés que ça, en fait, but that’s an other story) ne donnent de consignes de vote : leurs électeurs, jugent-ils, sont adultes et savent quoi faire dans cette bipolarisation imposée qui tourne doucement au tripode, de façon à exclure ceux qui proposent autre chose que l’obéissance à Bruxelles pour les uns ou les propositions aberrantes pour les autres — parce que quand même, cette histoire de planning familial, quand on sait qu’il y a en France 200 000 avortements par an minimum, c’est un peu fort, non ? Quand je pense que la Provence disait récemment de Marion Maréchal qu’après un départ nunuche, il y a quelques années, elle avait appris vite…

Et puis ils sont inquiets. « Si le FN est balayé par des alliances contre-nature, c’est nous — nous, les enfants d’immigrés, les musulmans boucs émissaires, nous, les petits, les obscurs, les sans-grade — qui allons payer les pots cassés, parce que c’est dans la rue que ça va éclater, et que les frontistes frustrés se vengeront… » Ils voient la France courir à l’émeute sous prétexte d’avoir préservé la démocratie par des manœuvres anti-démocratiques… Ma foi, ils ne sont pas les seuls.
Alors certes, ce sont juste des Régionales. Mais c’est évidemment une répétition de 2017 — Hollande élu au second tour face à Marine avec les voix piteusement enthousiastes de Républicains renvoyant l’ascenseur, et un PS repayant son dû en perdant les législatives dans la foulée de façon à ce que le chef de l’Etat, reconduit dans ses ors et ses fastes comme jadis Chirac, prenne Sarko comme premier ministre. Je reste persuadé qu’il y a un accord tacite sous ces désistements sidérants du PS en faveur de gens vilipendés et presque pendus encore la veille — ce n’est plus de la politique, c’est du candaulisme —, et que les jeux sont faits sur les deux prochaines années : ils devraient se méfier, ça va se passer dans la rue, et ce sera violent.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734126_000042.

La révolution FN: de Marine à Marion

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Marine Marion Le Pen

Les Le Pen possédaient une manière de devise familiale, « je préfère perdre sur mes idées plutôt que gagner sur celles des autres », dont on peut dire que jusqu’ici elle ne leur avait pas trop mal réussi. Ils n’avaient en effet jamais gagné. Soit que l’époque leur fût trop contraire, soit qu’ils s’y fussent mal pris. Vaste sujet qui prêterait éminemment à une dissertation de Sciences Po en 2054.

Mais chacun sait que depuis au moins cinq ans, les choses ont changé. Le Front commence à réussir son pari de s’emparer un jour du pouvoir. Nombreux sont ceux qui s’en attribuent le mérite, au premier rang desquels Florian Philippot. Son discours social, nous dit-on, aurait rameuté les masses, et amorcé la stratégie de « dédiabolisation » du Front national. Pourtant, outre que ce discours avait été tenu longtemps avant l’arrivée de Florian Philippot, notamment sous la houlette d’Alain Soral et de Philippe Péninque au cours des années 2000, il n’a pas encore été prouvé que ce soit lui qui ait attiré les électeurs vers le parti.

Le succès du FN de ces dernières années est à mettre au crédit d’autres événements concomitants : d’abord, l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du mouvement, qu’elle a rajeuni de sa seule présence, et par où elle a prouvé qu’il y avait une continuité dynastique rassurante. Le Front national était destiné à s’inscrire longtemps encore dans le paysage, et elle fit immédiatement savoir qu’elle, contrairement à son géniteur, voulait le pouvoir, et le pouvoir seul. On ne peut le nier : le lien créé entre la famille Le Pen et le peuple français est le principal moteur du Front national. On ne donnerait pas cher d’une candidature de M. Philippot sous d’autres couleurs. Nicolas Dupont-Aignan est là pour en témoigner, à son corps défendant.

Seconde raison, plus importante encore, ce n’est pas tant le FN qui s’est dédiabolisé au long des dernières années que le peuple français lui-même qui s’est « diabolisé ».  L’effet Zemmour a joué à plein, soutenu par la libération de la parole de nombreux autres écrivains ou intellectuels. Si le peuple français n’avait eu d’autre souhait que de sortir de l’euro et de retrouver du travail, il aurait très certainement voté Mélenchon en 2012, et pas Marine Le Pen. Peut-être inconsciemment, mais sûrement, les électeurs du Front national voient en Marine Le Pen la possibilité d’un changement d’époque. Avec elle, même s’ils ne savent pas trop comment, un autre monde naîtrait, enfin débarrassé des vieilles querelles, des magouilles d’appareils, et son coup de balai magistral débarrasserait le plancher de France des derniers politicards dont il suppose qu’ils ont vendu la France à l’immigré, aux élites mondialisés et à tous les maitres moralisateurs qu’il ne peut plus voir en peinture.

C’est là le fond de ce vote, et c’est en quoi Marion Le Pen, contrairement à ce qu’affirme Mme Lesneley, s’inscrit beaucoup mieux dans la stratégie globale du nouveau Front que Florian Philippot. Si celui-ci est « moderne », comme on nous dit, parce qu’il se serait rallié aux thèses anthropologiques des dominants, alors Marion Le Pen est « postmoderne », et possède une longueur d’avance sur lui vis-à-vis des électeurs. Leurs scores respectifs au premier tour des régionales témoignent un tout petit peu, après le vote au Congrès du parti de l’an dernier, de ce saut quantique qui existe entre l’énarque et la nièce.

Alors qu’on lui avait violemment reproché d’avoir ouvert la boîte de Pandore avec sa remarque sur le Planning familial, elle culmine à plus de 40%, faisant quasi jeu égal avec Marine Le Pen. Florian Philippot, lui, ne devra qu’au miracle d’une triangulaire son éventuelle victoire dimanche.

La société française a changé, et elle est lasse de ce nihilisme Charlie qu’on lui fait un devoir d’adorer. Comme si sa seule identité consistait à dessiner des culs et à boire en terrasse. Elle cherche manifestement d’autres atours à son identité, et il se pourrait que Marion Le Pen incarne à merveille, pour une fraction de la population grandissante, ce possible retour à soi.

Sortir du piège européen et mondialiste avec Florian Philippot, très bien. Savoir ce qu’est la France avec Marion Le Pen, c’est mieux.

*Photo : SIPA.AP21833283_000011.

Islamo-gauchistes: c’est la faute à la France!

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tariq ramadan npa besancenot

Après le 7 janvier, déjà, le délai de décence n’avait pas été très long. Et nombreux étaient ceux, parmi les rangs de la gauche radicale, à laisser entendre, ou parfois même à dire ouvertement, que les dessinateurs de Charlie avaient eu la plume un peu lourde quand il s’agissait du Prophète, laissant trop souvent s’exprimer un humour aux relents « islamophobes ». Les dessinateurs étaient morts pour avoir un peu trop dessiné, les policiers pour avoir un peu trop protégé. Et les juifs… Parce qu’ils étaient un peu trop juifs.

Bref, tout bien pesé, les sacrifiés des 7 et 11 janvier l’avaient sans doute un peu cherché, sinon dûment mérité.

Au Bataclan, ne se tenait pas une réunion de dessinateurs de prophètes et aux terrasses des cafés visés ne se pressaient que des jeunes et innocents leveurs de coudes. Difficile, donc, de défendre l’hypothèse que ceux-là aient dépassé les bornes.

Dix mois après Charlie, l’argument des provocations supposées « islamophobes » s’est écrasé sur les terrasses parisiennes.

Pourtant, la cohorte désormais connue des piètres penseurs, qui trouvent systématiquement des excuses à des hordes de terroristes fanatisés et aiment à présenter les bourreaux en victimes, n’a pas tardé à dégainer ses nouveaux éléments de langage : le prêt-à-penser de la victimisation du poseur de bombes.

C’est le NPA qui a d’abord expliqué que la guerre menée par l’État islamique à l’Occident n’était qu’une réponse aux bombardements menés par l’armée française contre l’organisation terroriste. L’argument pourrait s’entendre si dans son communiqué le parti d’Olivier Besancenot ne mettait pas sur un pied d’égalité la violence des attentats parisiens et les bombardements de l’armée française.[access capability= »lire_inedits »]

« Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie, suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen », écrit ainsi le parti d’Olivier Besancenot.

 

Dans la géopolitique ultrarudimentaire qui sert de vision du monde au NPA, les bombardements effectués par l’armée d’un État démocratique contre un groupe terroriste n’ont ainsi pas plus de sens que le massacre aveugle d’innocents venus écouter un concert. Dans ce monde binaire où tout se vaut, et où le terrorisme serait légitimé par la politique étrangère des puissances occidentales, le NPA pratique le révisionnisme historique en faisant de l’État islamique un simple golem de l’« axe du Bien », niant le contexte local, le rôle joué par les monarchies du Golfe dans sa montée en puissance, et occultant par ailleurs totalement le conflit géant interne à l’islam.

Sur son blog, Julien Salingue, chercheur sur la question palestinienne, a publié, lui, dès le samedi 14 novembre, un billet de la même eau intitulé « vos guerres, nos morts », devenu, depuis, le hashtag de ralliement de tous les néopacifistes (« leurs guerres, nos morts ») : « Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. »

Depuis, Michel Onfray s’est lui aussi rallié à ce camp de la paix et du juste « retour de bâton ». Dans une « mise en perspective » en 140 signes, le philosophe estime que « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique ». Une prise de position qui a tellement plu à l’État islamique qu’il s’est permis de la relayer dans une de ses vidéos.

Le site Acrimed, qui a abandonné depuis longtemps la salutaire critique des médias pour la propagande, a laborieusement tenté de relativiser les prises de positions des uns et des autres, ne voyant là que des voix « dissidentes » ou « discordantes » que le « parti des éditorialistes faucons » ne saurait entendre. L’argument est un peu court.

Le débat est légitime, encore faudrait-il ne pas se tromper de sujet. Si le terrorisme ne se combat pas par la guerre – c’est même sans doute un contresens que de croire que des bombes suffiront à anéantir un tel adversaire –, la mécanique intellectuelle qui consiste à faire peser la responsabilité des victimes sur les dirigeants occidentaux relève, en l’espèce, de la mystification. C’est un autre combat que mènent ici les bataillons islamo-gauchistes : contre le virage – largement critiquable – atlantiste et néoconservateur de la diplomatie française, et encore plus sûrement contre la prise de distance de cette même diplomatie avec les Palestiniens dès la fin de la présidence Chirac. Cette partie minoritaire de l’extrême gauche, avec laquelle Mélenchon garde ses distances, se trompe de cible, focalisée sur la question palestinienne, le contexte social et l’histoire coloniale. Autant de procédés peu glorieux qu’elle partage, en l’occurrence, avec les recruteurs de l’État islamique chargés d’attirer les jeunes Occidentaux.

Cette gauche radicale a d’autres ressources dans sa besace, dont l’« excusisme » reste l’argument suprême. Et le suspense n’a pas duré longtemps quant à savoir qui allait nous expliquer en premier que les kamikazes n’étaient en fait que de pauvres victimes d’une société qui n’aurait eu de cesse de les rejeter.

Les Indigènes de la République, particulièrement virulents à l’égard de Charlie Hebdo accusé de fascisme anti-islamique, ont joué l’effet « double lame » : la politique étrangère française s’expliquerait par l’« islamophobie » qui caractérise la politique intérieure française. « La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État ». La boucle est bouclée.

Dans la chronique du Yéti intitulée « notre irresponsable part de responsabilité », l’hebdomadaire Politis a, lui, préféré dénoncer la stigmatisation et la ghettoïsation sur notre sol des populations musulmanes. En tirant, de facto, la conclusion suivante : « Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? »

Sur son blog, l’économiste Paul Jorion a accueilli le billet d’un certain Anton Klimm, auteur de l’analyse sociologique la plus indigente qui soit : « Est-il légitime de se demander pourquoi certains se retrouvent du “bon” côté et d’autres, du “mauvais” ? » Entendant par là d’un côté « des jeunes performants » et de l’autre « les assassins, sans moyens financiers » qui se « voient barrer l’accès à la fortune dès la naissance ». Suffisant, selon l’intéressé, pour tenter d’expliquer un tel passage à l’acte.

De plateaux télé en interviews dans L’Humanité ou L’Obs, le sociologue Raphaël Liogier, icône des milieux islamo-gauchistes depuis un livre au titre plein de promesses Le Mythe de l’islamisation, développera partout sa thèse des « ninjas de l’islam ». Le djihadisme n’aurait ainsi rien à voir avec l’islamisme, mais résulterait avec d’un manque de reconnaissance, des problèmes de virilité ou encore de l’absence du père. sans jamais L’auteur oublie de s’interroger sur le rôle éventuel du religieux dans ces failles spécifiques. Les bouddhistes, les juifs, les chrétiens n’auraient-ils pas de problèmes de virilité ? Évoquant un « djihadisme sans islamisme », Raphaël Liogier conteste totalement que le fondamentalisme islamiste est soit un projet politique et religieux qui se nourrit de l’islam.

Dans le même déni, Edwy Plenel avait déjà été d’une formidable ambiguïté pendant tout le mois de janvier, lors de ses sorties médiatiques après les attentats de Charlie Hebdo, incapable d’énoncer clairement sa pensée tellement pleine de sous-entendus : « On peut être Charlie et on peut ne pas l’être tout à la fois. On peut être Charlie en disant qu’évidemment nous sommes du côté de ceux qui ont été massacrés. Et on a tout à fait le droit de ne pas être Charlie en disant : “Je ne suis pas obligé d’apprécier.” »

Le danger n’était déjà pas alors le terrorisme mais la laïcité ou la stigmatisation des populations musulmanes. À trop fréquenter des Tariq Ramadan et à fustiger régulièrement ceux qu’il appelle désormais les « laïcards », celui qui défendait autrefois mordicus le dessinateur Siné dans son droit à la caricature et à la provocation n’avait eu de cesse de louvoyer : « Aujourd’hui, en France, il y a une forme de laïcisme, d’interprétation sectaire, dogmatique, dominante, exclusive de la laïcité qui fait que moi qui suis areligieux, je veux aussi défendre la liberté de ceux qui croient. De ceux qui ont des croyances, des convictions qui, pour moi, sont des opinions ».

Transformé en Gandhi d’opérette, dépourvu de ses arguments sur le caractère provocateur des caricatures et le « laïcisme », Plenel n’est pas tombé dans l’outrance des Besancenot et autres Indigènes de la République. Bien plus préoccupé par le « virage sécuritaire » que par la menace islamiste, le fondateur de Mediapart s’est contenté d’un appel à « faire société ». La belle affaire ! L’équivalent sociétal de la fête des voisins serait donc la réponse au terrorisme islamiste… Et pourquoi pas tendre l’autre joue ! À peu près aussi indigent que tous les Jean Moulin de bistrots qui prétendent résister à l’ennemi en retournant boire un coup.

Sa recette ? Edwy Plenel n’en dit évidemment pas un mot, se perdant en de vaines paroles – « la peur est notre ennemie » – pour mieux nier qu’en l’occurrence l’ennemi est identifié : le radicalisme musulman qui recouvre pour l’essentiel le salafisme djihadiste. Dans sa prose angélique, Plenel évite soigneusement le sujet quand même le président de la République, d’une prudence de Sioux jusque-là, a fini par lâcher le mot interdit, évoquant pour la première fois des « jeunes islamistes radicalisés » devant le rassemblement des maires de France.

Non, les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre.

Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ».

C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00614466_000004.

La Vie d’Adèle: un téton de trop

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vie adele censure kechiche

Dommage. On était parti pour s’indigner très fort de l’annulation du visa d’exploitation de La Vie d’Adèle, le film d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or à Cannes en 2013, et de dire tout le mal que l’on pensait du lobby catho-intégriste Promouvoir et de son activiste principal, André Bonnet, figure de censeur idéal avec son passé frontiste, ses valeurs traditionalistes et ses huit enfants, ayant eu gain de cause une fois de plus contre une œuvre cinématographique sulfureuse, on avait une catilinaire toute prête contre ce qui n’est rien moins qu’un nouvel iconoclasme, d’ailleurs d’origine protestante et anglo-saxonne et qui tend à s’imposer de plus en plus chez nous, et voilà que l’on apprend que Kechiche trouve cette décision « plutôt saine », que lui-même déconseille son film aux moins de 16 ans, dont sa propre fille, en plus de désapprouver le pourvoi en cassation décidé par le ministère de la culture, « démarche (qui) n’a pas d’intérêt » selon lui.

Il est vrai que c’était une histoire de fous. Que La vie d’Adèle soit interdit aux moins de 16 ans, tout comme Nymphomaniac de Lars von Trier, ou Love de Gaspard Noé, eux aussi sur la sellette, le soient aux moins de 18 ans, semblait aller de soi. C’est bien parce que l’on plaide pour un cinéma d’adultes que l’on tient à préserver ceux qui ne le sont pas encore et qui ont peut-être, et pour l’instant, mieux à voir. On peut être un passionné de Pasolini, Kubrick ou Oshima et comprendre qu’il n’est pas nécessaire que nos neveux et nièces se retrouvent à 11 ou 13 ans devant Salò, Orange mécanique ou L’empire des sens. Le problème est que ce sont les distributeurs qui, en faisant tout pour que les films de Trier, Noé et Kechiche, échappent à cette interdiction minimale et légitime, ont donné alors à l’assoce catho toute latitudes pour commettre ses ravages iconoclastes et obtenir légalement une annulation intégrale d’exploitation de ces films – et dans le cas d’Adèle, deux ans après sa sortie en salle, ce qui ajoute à la confusion procédurière et morale. Dès lors, tout s’emballe : au lieu de reconnaître ce qui était en effet « une erreur d’appréciation » de la part de la commission de classification des films et de faire en sorte que l’interdiction d’Adèle passe au plus vite de douze à seize ans, et qu’on n’en parle plus, le ministère de Fleur Pellerin ne trouve rien de mieux faire que de se lancer dans une bataille juridique qui risque fort de profiter aux puritains procéduriers et leur donner l’occasion et l’envie de s’attaquer désormais à toute œuvre donnant à voir un téton de trop ou à entendre un gros mot de trop.

Comme si au pays de Sade et de la fille aînée de l’Eglise, le moindre lézard juridique ne pouvait que devenir une grande bataille métaphysique et morale- au grand dam des vrais créateurs qui n’en demandent pas tant. Il n’empêche. À cause des libertaires post-soixantuitards, les puritains ultra-réacs ont remporté une bataille. Ce qui n’est pas sans rappeler certaines élections régionales. À cause de la gauche sociétale, élitiste, Terra Nova,  l’extrême droite est en train de triompher partout.

Les régionales vues de Norvège et du Danemark

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danemark norvege regionales fn

De Norvège où je me trouve depuis le début du mois, relié à la France par le seul (sans) fil de l’ADSL, je ne peux que constater, de loin, la formidable résilience de mon pays.

Oui, j’avais quitté une patrie meurtrie, partagée entre sidération et doute sur le message qu’elle avait bien pu adresser à ces « nouveaux Français » pour que certains de ceux-ci se sentissent libres de la haïr ouvertement. Il semble que cette parenthèse de deuil et d’interrogations douloureuses soit déjà close.

À travers le prisme unique des médias auquel astreint l’éloignement, j’observe une France fière de n’avoir aujourd’hui qu’un seul ennemi : Madame Michu. A elle rien, non vraiment rien, ne sera pardonné. Car, dans son patelin picard ou franc-comtois, elle a mal voté, madame Michu. Il faut lui « faire barrage », à elle et à tous les siens, à ses idées forcément courtes, à ses peurs inexplicables, à son ingratitude décevante.

On s’y emploie un peu partout, fleur au fusil. Tous sont mobilisés et personne ne déserte – journalistes, politiques, écrivains, artistes. Droite et gauche unies. Si l’on peine à expulser les imams, on réussit très bien à exclure ces 30 % de Français qui votent mal. La priorité serait là. Ah bon.

Il n’en est pas tout à fait de même en Norvège et au Danemark. A défaut d’être révolutionnaires, on a, là-bas, une longue pratique démocratique. Non seulement le vainqueur ne rafle pas toute la mise, mais on s’interdit les ententes de cartel qui feraient que les mal-nés devraient toujours perdre. Avec prudence, bon sens et pragmatisme, on n’y insulte ni son voisin, ni l’avenir. Aussi, à la différence de madame Michu, madame Jørgensen-qui-vote-mal ne trouve pas dressés devant elle, menaçants ou méprisants, la radio de service public, les journaux, la classe politique, les syndicats et le patronat. Il arrive même que les élus de madame Jørgensen puissent participer à la constitution d’une majorité parlementaire, voire à un gouvernement. Et on n’en fait pas tout un drame.

Ainsi, depuis juin dernier au Danemark, et pour la deuxième fois dans l’histoire du royaume, s’est constituée une majorité de droite, incluant les populistes du Dansk Folkepartiet (DF, équivalent local du FN). Le gouvernement dirigé par les libéraux du Venstre négocie des accords majoritaires pour tous les grands sujets et reçoit le soutien des parlementaires du DF. Cette droite plurielle est combattue par la gauche, mais on n’a jamais vu là-bas des mobilisations générales contre le danger que le DF ferait courir à la démocratie. Le DF est au contraire l’une des expressions de celle-ci – contestable, contestée, mais respectée et partie intégrante de la nation.

Quant à la Norvège, en dépit du très lourd discrédit que les attentats du 22 juillet 2011 ont porté aux idées d’extrême-droite, le Fremskrittspartiet (parti du Progrès, droite populiste anti-immigration) participe au gouvernement depuis 2013. Ses représentants occupent sept des dix-huit ministères du gouvernement d’Elna Solberg (Droite). Et non des moindres : Siv Jensen est numéro deux du gouvernement et ministre des Finances, Anders Anundsen, ministre de la Justice, Robert Eriksson, ministre du Travail… Là aussi, cette participation des populistes à la direction des affaires publiques n’a occasionné aucun drame collectif.

D’où vient cette profonde différence dans la manière d’appréhender le phénomène populiste et son intégration au jeu démocratique ?

D’abord, il faut noter la pratique de la négociation, du compromis et de l’accord qui régit l’ensemble de la vie publique. En Scandinavie, on n’a jamais les pleins pouvoirs, et il est d’autant plus facile d’entamer des discussions avec des concurrents politiques, qu’on ne risque pas de donner à eux seuls les clés de la maison – chacun dispose d’un double, si l’on peut dire. La pratique du scrutin proportionnel encourage évidemment de telles pratiques.

Au delà de ce fonctionnement institutionnel, et au risque d’essentialiser la question, on se souviendra d’une différence profonde entre les sociétés scandinaves et française. Dans les premières, le mépris social est considéré de la pire manière. On va même au delà : afficher sa réussite avec une trop belle voiture, s’habiller avec style, prononcer en ville quelques idées très personnelles, sera du plus mauvais goût. En Scandinavie, la distinction chère à Bourdieu consisterait plutôt à savoir ne pas se distinguer des autres. Cela peut rendre les soirées ennuyeuses (devoir parler de tout et de rien pour « ne pas faire son intéressant », est la pire torture de l’expatrié français en Scandinavie), mais cela interdit un certain dégagement des élites envers le peuple, ces dernières étant censées vivre et penser comme chacun. A l’opposé, il faut avoir entendu, une fois dans sa vie, un jeune journaliste français évoquer avec condescendance le pavillon ou le bermuda de son beau-frère, technicien dans l’industrie, pour comprendre que l’aversion des gens-de-médias pour le Front national tient moins de la politique et de la morale que du mépris ordinaire pour son prochain.

Une autre différence particulièrement saillante entre la France et la Scandinavie tient à l’obsession française de la seconde guerre mondiale dès qu’il est question du populisme.

Il ne viendrait à l’idée de personne, en Norvège comme au Danemark, d’associer le Fremskritt ou le DF « aux heures les plus sombres de leur histoire ». Or, même si la vulgate privilégie la résistance scandinave à la collaboration, nul ne peut nier que ces heures sombres ont aussi existé. Ainsi, dans le numéro 1 de l’Esprit de Narvik, nous évoquions, avec Monique Zerbib, la rafle de l’automne 42 à Oslo où Ruth Meier fut arrêtée, puis déportée en Pologne et assassinée à Auschwitz, avec un millier d’autres réfugiés juifs. Alors d’où vient que, dès qu’il est question des droites populistes, les élites françaises brandissent le spectre du nazisme alors que Danois et Norvégiens ne le font presque jamais ? Il sera sans doute difficile de répondre avec certitude à cette question, mais je risquerais ceci : le fantôme historique qui nous poursuit, ce n’est peut-être pas l’occupation qu’on nous répète mais la guerre d’Algérie dont nous ne voulons entendre parler. Un mot pour un autre, comme dans un classique phénomène de déni individuel. Il va de soi, ici, que les Scandinaves n’ont pas notre histoire, et que, tranquillement, ils peuvent envisager de collaborer avec leurs propres partis populistes, quand le nôtre, honni et méprisé, vient raviver, jusqu’à l’hystérie collective, la vraie blessure française : 1962.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21832869_000013.

FN: Marion, la rediabolisatrice

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marion le pen philippot fn

On disait le vieux FN suranné de Jean-Marie mort et enterré sous les gravats de la dédiabolisation bleu Marine. Et voilà qu’émerge la jeune pousse des nouvelles générations, incarnation de la relève, qui, telle une edelweiss, s’est lentement frayée un chemin au travers des querelles intestines et familiales qui n’en finissent plus d’attiser la Flamme. Fragile et délicate en surface, avec son teint diaphane et ses manières de fille de bonne famille. Mais enracinée en profondeur dans un discours résolument identitaire et traditionaliste. Marion Maréchal-Le Pen est un fascinant paradoxe. Symbole à la fois de jeunesse et de convictions archaïques ; emblème du renouveau mais s’appuyant sur les méthodes politiciennes les plus éculées, celles des belles formules qui font vibrer les foules au diapason d’un cri de ralliement paraissant confondre résistance et régression ; icône du franc-parler, du naturel, de la spontanéité, qui dissimulent une stratégie de communication parfaitement rodée. La preuve, sa jeunesse et son inexpérience, les mêmes que l’on reprochait au fils Sarkozy quand il briguait l’Epad, ne constituent pas même un obstacle. Car contrairement à lui, elle a savamment su faire oublier qu’elle est une « gosse de bourges » pour séduire les couches populaires.

Marion Maréchal-Le Pen est l’antithèse de Florian Philippot. Là où il s’efforce d’impulser un semblant de modernité, de fibre sociale et de pragmatisme, elle renoue avec des psalmodies de chaisière nourries aux deux mamelles de la frange la plus radicale du FN : le passéisme et le conspirationnisme. La nostalgie n’est pas un vilain défaut. Elle est salutaire quand elle réconcilie un peuple avec son Histoire, sa culture – osons dire son âme. Mais elle devient perverse quand elle tend à lui faire croire que tout était « mieux avant » et que chaque conquête sociétale serait nocive par essence. S’attaquer au planning familial est, à ce titre, très révélateur. Il y a deux ans, un rapport de la Cour des comptes régionale critiquait vivement des pratiques clientélistes dans l’attribution des subventions aux associations en Paca, entre 2006 et 2011 – de nombreuses structures sportives « de proximité » bénéficiant de largesses assez inexplicables. Jetons également un coup d’œil à la liste des subventions accordées en 2014 par la Région, soit 122 pages égrenant quelques milliers d’associations. Certaines sont d’une utilité incontestable : le Pôle service à la personne, qui touche 237 563 euros ; l’observatoire régional des métiers, qui encaisse 1 160 000 euros, et celui de la santé, 379 000 euros. Des établissements d’enseignement privé catholique se voient allouer de coquettes sommes dépassant les centaines de milliers d’euros. Une kyrielle d’associations prétendument artistiques ou culturelles récoltent entre 5000 et 10 000 euros, voire 100 000. Mais c’est le planning familial, gratifié d’à peine 200 000 euros, qui clignote dans le collimateur de Marion Maréchal-Le Pen, car il « banaliserait » l’avortement. Avec les mêmes énormes sabots qu’un Nicolas Sarkozy qui avait déclaré, en avril 2012, vouloir remettre en question l’accès anonyme à la pilule pour les mineures, la candidate frontiste multiplie les œillades à son précieux électorat catho tradi, quitte à asséner des contre-vérités en piétinant dans la foulée les droits individuels.

La vocation première du planning familial, qui accueille 500 000 personnes par an dans ses 76 centres français, est d’informer des femmes (mais aussi des hommes) mal renseignés sur les modes de contraception et les maladies sexuellement transmissibles. De mémoire, on n’a jamais vu des hordes de femmes faire la queue devant un planning familial pour se faire avorter. L’IVG ne motive d’ailleurs que 16% des consultations. Entraver ces associations revient à accroître les risques de grossesses non désirées chez les plus jeunes mais aussi à pénaliser les plus précaires, que le FN prétend pourtant défendre en priorité. Dans un pays qui compte six millions de chômeurs, huit millions de citoyens sous le seuil de pauvreté, où 86 % des nouvelles embauches sont d’éphémères CDD et où le mal-logement s’aggrave, on voudrait nous faire avaler que c’est le planning familial qui encourage les IVG. La députée ignore ce qu’est le quotidien d’un smicard au fin fond d’une banlieue inhospitalière. Souhaite-t-elle seulement s’y intéresser ? De même, elle voudrait ainsi responsabiliser les femmes trop insouciantes adeptes de l’avortement « de confort », comme si la loi avait pour vocation de punir les étourdis, sachant, en outre, que seules 9,5 % des Françaises ont subi deux IVG et 4,% au moins trois, selon l’Ined. « Banalisé », l’avortement ? On dénombrait 246 000 IVG en France en 1976 contre environ 220 000 aujourd’hui, alors que la population a augmenté de quelque quinze millions d’individus. On estime qu’avant la loi Veil, se pratiquaient entre 250 000 et 600 000 avortements clandestins par an. Autant de femmes charcutées par des faiseuses d’anges qui leur abandonnaient parfois leur fertilité future ou, dans le pire des cas, leur vie.

Au-delà des statistiques, se profile un petit arrière-goût de théorie du complot chère à une partie de l’électorat nationaliste. L’avortement contribuerait au remplacement de population, partant du principe très hypothétique que seules les Françaises de souche y auraient recours tandis que les immigrées pondraient une ribambelle de marmots. On leur objectera que les premières n’ont pas à se caler sur le mode de vie des secondes. Le choix de notre identité, de notre culture, réside aussi dans le libre-arbitre que nous entendons insuffler à notre destinée. Et non dans le dessein de substituer un intégrisme à un autre. Freiner l’immigration et l’islamisation de la France, préserver nos coutumes, nos églises, nos crèches de Noël, notre civilisation, est une chose. S’immiscer dans la vie privée des citoyens au mépris des lois républicaines, pour y prescrire une vision unilatérale de ce qui serait « moral » ou pas, inspire autant l’inquiétude que la consternation. Où s’arrêtera l’ingérence ?

Finalement, l’élue frontiste pourrait bien avoir amorcé malgré elle une rediabolisation de son parti, en ravivant sa mouvance la plus obscurantiste et déplaisante, la plus hostile aux libertés (surtout celles des femmes), aux antipodes de la ligne plus fédératrice de sa présidente. Le planning familial est, de longue date, estampillé à gauche. À travers lui, Marion Maréchal-Le Pen conspue, avec une démagogie à l’emporte-pièce, l’esprit « libéral-libertaire » hérité des soixante-huitards et haï des droites extrêmes. Qu’importe la couleur politique d’une association si elle peut permettre d’éviter des drames. Marion Maréchal-Le Pen est trop jeune pour avoir connu les grossesses qu’on « fait passer » à coups d’aiguilles à tricoter. Trop jeune même pour avoir assisté à l’hécatombe du sida dans les années 80. Trop jeune pour gouverner une région ?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21832869_000015.

La Chine ne prend plus les défenses des éléphants

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chine elephant ivoire

C’est un pas de pachyderme qui vient d’être franchi. Selon l’ONG Save the éléphants, en dix-huit mois, le prix de l’ivoire vendu illégalement a été divisé par deux en Chine. La cause ? Le président chinois Xi Jinping, dans le cadre de sa politique de lutte contre la corruption, s’était engagé à mettre fin au commerce de l’ivoire. L’enjeu est de taille : selon l’ONG IFAW, 35 000 éléphants sont tués chaque année pour leur ivoire et il est évident que la demande chinoise et donc le prix de des défenses y sont pour beaucoup.

En Occident, les massacres d’éléphants révoltent les opinions publiques. En témoigne l’indignation des Espagnols en 2012 après la découverte d’une photo du roi Juan Carlos posant un éléphant qu’il venait d’abattre. Son image en est sortie sérieusement écornée, au point d’entrer dans une spirale d’impopularité qui a abouti à son abdication deux ans plus tard. Cet été encore, l’opinion internationale s’est indignée de la mort du Lion Cecil, tué illégalement par un dentiste américain. De ce point de vue, les Chinois forment dans ce domaine-là un monde à part, comme l’atteste par exemple leur goût pour les fourrures – y compris celle de l’ours polaire – et l’ivoire.

Dans une Chine de plus en plus riche, le prix de l’ivoire – très recherché comme symbole de bonne fortune en affaires – avait triplé entre 2010 et 2014, jusqu’à atteindre une valeur moyenne de 2 100 dollars par kilo. Quand on sait que le poids d’une défense d’éléphant adulte peut atteindre 50 kilos, on peut comprendre la tentation des braconniers. Mais c’est justement cette « explosion » du prix de l’ivoire qui a poussé le dirigeant chinois à agir, notamment  grâce à des campagnes destinées au grand public. Une politique qui a semble-t-il porté ses fruits : en novembre, le prix a chuté à 1 100 dollars selon l’étude.

Pour le fondateur de Save the Elephants, Douglas Hamilton, le mouvement engagé doit s’inscrire dans la durée : « Je suis très enthousiaste, mais également très inquiet car je sais que cela peut changer en fonction de l’intérêt porté à cette cause (…) Ce que nous pouvons constater de manière large c’est que l’abatage illégal d’éléphants continue dans le plus grande partie de l’Afrique, même si certains territoires sortent du lot. » Et le défenseur de l’éléphant de détailler la démarche des contrebandiers, dévoilant un modèle économique fondé sur un raisonnement d’un cynisme digne du méchant de James Bond. Selon lui, ce n’est pas un simple marché confrontant offre et demande : « Certains acteurs de ce marché auraient acheté de l’ivoire en tablant une sévère diminution de nombre de pachydermes voire leur extinction, espérant ainsi se retrouver maîtres d’un stock d’ivoire dont ils pourraient profiter ». « Si le président Xi que tout cela serait désormais illégal, leur investissement devient une prise de risque trop importante ».

Depuis l’annonce du président chinois, sculpteurs d’ivoire et vendeurs, déjà victimes du ralentissement du marché, se plaignent. Avec la campagne anti-corruption, les ventes d’objets de luxe dont l’ivoire – sont en baisse. Lucy Vigne et Esmond Martin, les chercheurs qui ont mené l’étude commandée par l’ONG Save the elephants, n’ont pas vu le moindre objet en ivoire changer de mains alors qu’ils ont sillonné huit villes chinoises pendant plusieurs semaines. Selon un rapport de l’IFAW, le nombre de personnes ayant tenté d’acheter de l’ivoire est tombé de 7% en 2013 a seulement 1% en 2015. Une étude WaildAid a également démontré une augmentation du nombre de personne estimant problématique le braconnage des éléphants, de 47 % en 2012 à 71 % en 2014.

Si ces résultats sont imputables aux efforts des nombreuses ONG, les associations ne sont plus seules sur ce front. Les médias d’Etat chinois, des entreprises privées et  quelques personnalités se sont également mobilisés. En mars dernier, la chaîne de télévision Chinal Central diffusait une publicité réunissant Yao Ming, célèbre joueur de basketball chinois, David Beckham et le Prince William. Le spot a été rediffusé 71 fois par jour. En tout, les médias locaux auraient investi 42 millions de dollar dans la lutte contre le commerce de l’ivoire.

Malgré ces avancées, pour certains, le compte n’y est toujours pas. Grace Gabriel, directrice régionale pour l’Asie d’IFAW, pense que le gouvernement chinois n’est pas allé au bout de sa démarche. Il semblerait que le Parti  ne soit pas enclin à racheter les stocks restants d’ivoire légal de façon à résoudre le problème à la racine. Certains membres du gouvernement chinois préféreraient laisser les stocks s’épuiser au fil du temps.

Par un effet pervers, cette politique court-termiste risque de déclencher une « frénésie d’achat », prévient Grace Gabriel, car les acheteurs pourraient être poussés à échanger le plus d’ivoire possible avant son interdiction. « Le moindre report de la mise en place de cette interdiction est une perspective dangereuse », juge le militant. Il faut savoir que la Chine détient un petit stock d’ivoire légal acheté en 2008, vendu peu à peu aux artisans sculpteurs, un commerce légal qui aurait en réalité couvert un vaste réseau de vente illégale.

Avec une lucidité qui confinait à la prescience Romain Gary avait eu des mots prophétiques dans sa Lettre à l’éléphant : « Si l’homme se montre capable de respect envers la vie sous la forme la plus formidable et la plus encombrante – allons, allons, ne secouez pas vos oreilles et ne levez pas votre trompe avec colère, je n’avais pas l’intention de vous froisser – alors demeure une chance pour que la Chine ne soit pas l’annonce de l’avenir qui nous attend, mais pour que l’individu, cet autre monstre préhistorique encombrant et maladroit, parvienne d’une manière ou d’une autre à survivre. » Il se peut donc que l’éléphant survive… et que la Chine nous surprenne.

*Photo: wikicommons.

Le monde d’hier

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attentats de Paris Le monde d'hier Stefan Sweig

Les grands prêtres de l’éternel retour des années trente devraient laisser tomber leurs analogies simplistes pour se consacrer au moins à quelques grands textes qui éclairent notre époque plus sûrement que tous les rapprochements simplistes. Parmi ces œuvres, il y a Le Monde d’hier, de Stefan Zweig, sans doute la plus belle chose qu’un Autrichien ait pu écrire sur le destin de Vienne au xxe siècle, sans doute aussi le portrait le plus lucide qu’un Européen ait pu dresser de sa civilisation s’abîmant dans le chaos. Quand Zweig revient en Autriche en 1937, c’est pour dire adieu à ses proches et à ses amis qu’il tente de prévenir du danger hitlérien. En vain. Zweig ne sera resté que deux jours dans sa ville natale et en la quittant, il écrit : « Et à l’instant où le train passait la frontière, je savais comme Loth, le patriache de la Bible, que derrière moi tout était cendre et poussière, un passé pétrifié en sel amer. » L’aveuglement que Zweig a trouvé dans la Vienne qui se prépare à l’Anschluss est celui d’une société bercée par l’illusion de la sécurité, indifférente au danger qui est à ses portes, comme elle l’était déjà à la veille de la Première Guerre mondiale : « Personne ne croyait à des guerres, des révolutions et à des bouleversements. Tout événement extrême, toute violence paraissaient presque impossibles dans cette ère de raison. » Par deux fois, Zweig a vu son monde basculer tragiquement et irrévocablement dans le passé pour devenir le monde d’hier.

Nous avons plus de chance que les Autrichiens de 1914 ou de 1937. Après les tueries de janvier 2015, le carnage du vendredi 13 novembre nous a mis brutalement en face de la réalité et fait prendre conscience que nous avions changé d’ère et sans doute aussi un peu d’âme. Du monde d’avant, nous apercevons encore les contours, mais ceux-ci s’effacent d’autant plus rapidement que les événements nous imposent de penser à une autre allure.[access capability= »lire_inedits »] Le monde dans lequel nous vivions encore hier a échappé aux tragédies qui abattirent celui de Zweig, mais son évolution prend de vitesse tous ceux qui, à l’image des amis de Zweig, s’abîment complaisamment dans la contemplation d’un passé simplifié. La brutalité des attaques du 13 novembre, onze mois après les attentats de l’Hyper Casher et de Charlie Hebdo, leur aura peut-être révélé qu’on ne goûte jamais deux fois le même menu au banquet de l’Histoire, même si le plat est toujours amer.

Le monde d’hier, c’est celui de Thibaut Pézérat qui, dans Marianne, n’attend pas plus tard que le 14 novembre pour s’insurger contre la récupération des attentats et démontrer en quelque sorte que l’État islamique fait le jeu du Front national. Le monde d’hier, ce sont les députés de l’Assemblée qui se comportent comme des collégiens durant le Congrès, enchaînant les selfies devant la cour du château de Versailles. Le monde d’hier, c’est celui du NPA qui affirme dans un communiqué le 14 novembre que « cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie », et c’est aussi celui du collectif Ensemble (FdG) qui exhorte « plus que jamais » à « combattre tous les amalgames » et appelle « à un rassemblement unitaire et populaire pour la solidarité, l’accueil des migrant(e)s et réfugié(e)s, l’égalité, la justice sociale et la démocratie ». Des déclarations comme celles-ci, nous en avons lu, vu des centaines, jusqu’au paroxysme de l’absurdité. On les découvre aujourd’hui avec indifférence, comme on lit un édito vieux de deux ans pour passer le temps dans une salle d’attente. En quelques heures, la folie meurtrière des islamistes a non seulement arraché la vie à 130 personnes mais elle a balayé tout ce verbiage fatigué.

Les actes et les discours politiques n’échappent pas non plus à cette brusque tabula rasa. Il y a quelques semaines encore, l’Élysée comme le Quai d’Orsay répétaient à l’envi que la COP21 serait la nouvelle apothéose de la diplomatie française. La France, à nouveau investie d’une mission universelle, devait ouvrir la voie au développement durable et à des jours meilleurs. Ce n’était pas un sommet diplomatique qu’attendaient François Hollande et Laurent Fabius, mais une épiphanie. Nous étions encore dans la logique que « l’esprit Charlie » avait plus encouragée que chassée. Intercalée entre la Coupe du monde de rugby et l’Euro 2016, la COP21 s’annonçait comme un événement aussi festif que politique. L’Éducation nationale mobilisait écoliers, collégiens et lycéens pour interpeller tous azimuts, avec l’appui des grands médias pour faire parler « les jeunes que l’on n’entend jamais »[1. Libération. 8 novembre 2015]. Vendredi 13 novembre, certains se sont fait entendre à coups de bombes et de kalachnikovs pour tuer d’autres gens du même âge. Et dans le métro, quelques jours après les tueries, l’affiche appelant à la grande marche pour le climat du 29 novembre 2015 a l’air d’une mauvaise blague. L’esthétisme coloré, criard, résume à lui seul nos années Muray et la niaiserie irréelle de cette figure de manga peinturlurée de cœurs, de rose et de vert, aux grands yeux vides et brillants comme des billes d’enfants ajoute une note subtilement angoissante à l’atmosphère d’un quai de métro où les gens se regardent avec méfiance.

De même que le « pas d’amalgames » est entré au cimetière des éléments de langage, la COP21 a dégringolé du podium des grandes causes nationales. La négociation est maintenue mais il n’est plus question désormais d’y adjoindre de grands happenings, au grand désarroi de certains qui ne peuvent admettre que l’actualité ait pu aussi cruellement leur voler leur heure de gloire. « On ne va pas se faire museler ni par Daech ni par le gouvernement », s’insurge ainsi Txetx Etcheverry, responsable de l’ONG d’Alternatiba. Maxime Combes, économiste et membre d’Attac, prévient, sur le site Politis.fr : « Nous ne respecterons pas l’interdiction de manifester », et suggère quelques actions d’éclat, telles que l’occupation de supermarchés aux quatre coins du pays. On imagine comment policiers et gendarmes, passablement épuisés, accueilleront de telles occasions de faire des heures supplémentaires.

Paradoxalement, la COP21, qui n’avait pas d’objectif plus ambitieux que celui de verdir légèrement notre modèle de développement, pourrait devenir un événement politique. Car entre deux portes, on évoquera sans doute autant l’urgence sécuritaire que l’urgence climatique, et certainement aussi d’autres urgences diplomatiques. On peut penser qu’en devenant la cible numéro un du terrorisme de l’État islamique, la France a en quelque sorte été sommée de reprendre un rôle politique en Europe, que le leadership allemand lui avait confisqué. On a constaté, dans les jours qui ont suivi les attaques, la tonalité nouvelle du discours de François Hollande et entendu quelques déclarations qui traduisent aussi une évolution certaine du discours tenu à ses partenaires européens. Voilà que Manuel Valls reconnaît sans plus de complexes que les objectifs budgétaires sont dépassés, tandis que François Hollande affirme sans ambages que « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité » et appelle ses voisins européens à plus de solidarité. Comme on a pu le constater au cours des derniers conflits engageant la France, le soutien militaire européen reste des plus modestes, la solidarité se manifestera donc plutôt par une plus grande tolérance budgétaire de la part de Bruxelles vis-à-vis de la France. Il serait bien sûr hasardeux d’affirmer que les attentats du 13 novembre nous ont replacés dans un cadre schmittien obligeant le politique à reprendre le pas sur l’économique. Force est de constater que la France est en première ligne face au danger islamiste et qu’elle est, de très loin, le pays européen qui assume aujourd’hui la plus grande part de l’effort militaire imposé par cette lutte. Cela peut donner, notamment vis-à-vis d’une Angela Merkel malmenée par la crise des réfugiés, une assise plus grande à François Hollande qui, après avoir rencontré successivement Obama et Poutine, reçoit du 30 novembre au 11 décembre 195 chefs d’État et responsables politiques dans le cadre devenu ô combien symbolique du Bourget. Il reste à espérer que les circonstances dicteront à ce sommet des décisions pour la marche du monde. Du monde tel qu’il est, bien sûr. Pas du monde d’hier.[/access]

*Photo : © Citizenside.com.

Régionales: Barto, tattoo faux!

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Claude Bartolone le claironne, dans un discours de meeting relayé sur Twitter : « L’Île-de-France monte des start-up, cultive les champs, fait du hip-hop, se tatoue les bras ! »

tweet Claude Bartolone tatouage

Pour les start-up, on n’en doute pas, notamment chez Causeur

En revanche, on connaît assez peu de franciliens qui roulent en tracteur… sans doute parce que le Diesel est mal vu à Paris. Quant au hip-hop, on n’est pas certain qu’il s’agisse de la musique la plus en vogue à Versailles, ni même à Melun. Mais surtout, on se demande bien ce que vient faire le tatouage dans des élections régionales.

Cette énumération de caractéristiques supposées typiques de l’Île-de-France a sans doute pour objectif de toucher les cibles électorales de Claude Bartolone. A savoir : les créateurs d’entreprises innovantes, les bobos à la main verte, les « jeunes de banlieue »… Mais les tatoués, pourquoi ?

Une explication très simple peut pourtant être donnée à cette volonté de séduire l’électeur qui « se tatoue les bras ». D’après un sondage Ipsos réalisé il y a quelques années, le premier choix politique des porteurs de tatouages serait le Front national.

Pas moins de 23% des sympathisants FN sont tatoués, contre à peine 8% pour le PS et 6% pour l’UMP.

Comme quoi, contrairement à une idée fort répandue (on se demande bien pourquoi), Claude Bartolone ne drague pas seulement le « vote communautaire ». Il se pourrait même qu’il n’ait rien contre la « race blanche » dont il assure que Valérie Pécresse – honte à elle – serait la défenderesse.

Clémentine Autain, Tariq Ramadan: ensemble contre la République?

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Ensemble Saint-Denis Clémentine Autain

Ce matin, sur le site d’« Ensemble ! », j’ai vu cet appel pour un meeting à Saint-Denis qui aura lieu demain soir « pour une politique de paix, de justice et de dignité », featuring Tariq Ramadan.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, « Ensemble ! » est une formation politique dont la porte-parole est Clémentine Autain, n°2 sur la liste de Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis. Vous avez dit « dignité » ?

Dans un monde normal, j’imagine que Claude Bartolone, par ailleurs président de l’Assemblée Nationale, aurait publiquement rappelé à l’ordre Bécassine Autain. Le genre « Pas de ça chez nous !», puisque qu’il y a désormais un « nous » qui va du PS à la supposée gauche de la gauche. Et qui va même jusqu’à Estrosi, récemment converti, je cite, au « vivre ensemble » et au combat contre « la stigmatisation ».

Un « Front républicain » qui inclut aussi, de fait, les Indigènes de la République et l’inénarrable officine antirépublicaine qu’est le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), puisque ces deux formations appellent au même meeting que le parti de Clémentine Autain.

Mais nous ne sommes pas dans un monde normal, nous sommes en campagne électorale et Claude Bartolone a d’autres priorités. Hier matin, il a qualifié Valérie Pécresse de « ringarde » dans une interview au Parisien. Hier soir, à Créteil, lors du meeting unitaire de la néogauche plurielle, il a accusé la même Valérie  Pécresse de vouloir « mettre la région en rang, en uniforme, un serre-tête dans les cheveux »…

Je ne suis pas un fan du serre-tête. Mais quoi qu’il en soit, je le préfère à la burqa.

[NDLR : Une pétition a été lancée par le collectif R.E.V.E contre la tenue du meeting, appelant à un rassemblement de protestation si celui-ci n’était pas annulé]

Régionales: Le tango des cocus

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bartolone ps regionales pecresse

bartolone ps regionales pecresse

Franchement, être au PS, en ce moment, c’est difficile. J’en connais qui ont voté Hollande en 2012, parce qu’ils ont cru que son ennemi, c’était la finance. Quelques Macronneries plus tard, ils en sont revenus — ou plutôt, ils n’en sont pas revenus. De même, ils ont cru — dans l’enseignement surtout — que Vincent Peillon, qui se préparait depuis des années à être ministre de l’Education, sortirait de son chapeau une grande réforme qui reviendrait sur les horreurs de la loi Jospin de sinistre mémoire — l’élève au centre, le constructivisme, les pédagos au pouvoir, etc.. Quelques belkassineries plus tard, il leur reste leurs yeux pour pleurer. Restaient les Régionales : les voici sommés de voter pour le Parti Républicain. Embrassons-nous, Folleville ! Sarko for ever !
Pauvres gens ! On a tenté de les rassurer en inventant un « front républicain » de texture composite et d’intentions obscures — quoi qu’ils disent. Démonstration.

J’ai au lycée Thiers, à Marseille, une classe qui prépare activement le concours des Sciences-Po de province. Au programme des IEP, cette année, l’Ecole (bon, ça va, je raconte, en toute objectivité, l’apocalypse molle des quarante dernières années, et particulièrement des vingt dernières, ça les fait beaucoup rire — jaune —, d’autant qu’ils éprouvent dans leur chair de cancres sympathiques à quel point on les a pris pour des crétins tout au fil de leur formation) et la Démocratie : et là, j’ai un peu de mal à leur vendre la notion de Front républicain.
D’autant que nous sommes partis de Montesquieu, pour qui la Démocratie, déjà, est une perversion de la République. Alors quand ils voient le déni de démocratie organisé par un parti dont toute la philosophie consiste à barrer la route — en prévision de 2017 — d’un FN qui rassemble au moins 30% des voix, les bras leur en tombent.
« Mais M’sieur, si le FN n’est pas républicain, pourquoi ne pas l’interdire ? » Oui, pourquoi ? La question a été posée jeudi soir sur i-télé à Manuel Valls, qui a répondu à côté parce qu’il n’y a pas de réponse : ils ne sont pas républicains parce qu’ils ne sont pas nous, nous, nous sommes le Bien. Et Bartolone, qui vient d’accuser Valérie Pécresse de représenter « la race blanche » — kholossale finesse —, dans la plus pure obédience à la stratégie Terra Nova, est un « grand républicain » — dixit Valls. Il y a des jours où je suis fier d’être français.
Mais si les Frontistes sont républicains, puisqu’on ne les dissout pas, pourquoi leur interdire l’accès aux institutions vers lesquelles les pousse la vox populi ? Pourquoi donner le spectacle un peu sidérant et légèrement pornographique de cette collusion complice PS / LR, comme si les deux partis qui bipolarisent la vie politique depuis trois décennies répugnaient à faire de la place et choisissaient soudain de se rouler des pelles ? Ce « Front républicain », me disent-ils, ne serait-il pas par ailleurs un bon moyen de camoufler le bilan catastrophique de cinq années de sarkozysme et de quatre années — bientôt — de hollandisme ? Et ces 9 ou 10 ans, c’est presque toute notre vie, ajoutent-ils. Un truc pour ne pas parler des cadeaux faits aux banquiers, du léchage des bottes de Merkel, des disparités qui se creusent, des salaires qui stagnent, des migrants qui viennent prendre la place de leurs parents ex-immigrés, de la réforme du collège qui enverra leurs petits frères et sœurs encore plus sûrement dans le mur ?

De surcroît, ajoutent-ils, qu’est-ce que c’est que ces manières ? Ces partis se croient propriétaires des voix des électeurs ? Au moins, remarquent-ils, ni Mélenchon ni Dupont-Aignan, pour prendre deux opposés du spectre politique (et pas si éloignés que ça, en fait, but that’s an other story) ne donnent de consignes de vote : leurs électeurs, jugent-ils, sont adultes et savent quoi faire dans cette bipolarisation imposée qui tourne doucement au tripode, de façon à exclure ceux qui proposent autre chose que l’obéissance à Bruxelles pour les uns ou les propositions aberrantes pour les autres — parce que quand même, cette histoire de planning familial, quand on sait qu’il y a en France 200 000 avortements par an minimum, c’est un peu fort, non ? Quand je pense que la Provence disait récemment de Marion Maréchal qu’après un départ nunuche, il y a quelques années, elle avait appris vite…

Et puis ils sont inquiets. « Si le FN est balayé par des alliances contre-nature, c’est nous — nous, les enfants d’immigrés, les musulmans boucs émissaires, nous, les petits, les obscurs, les sans-grade — qui allons payer les pots cassés, parce que c’est dans la rue que ça va éclater, et que les frontistes frustrés se vengeront… » Ils voient la France courir à l’émeute sous prétexte d’avoir préservé la démocratie par des manœuvres anti-démocratiques… Ma foi, ils ne sont pas les seuls.
Alors certes, ce sont juste des Régionales. Mais c’est évidemment une répétition de 2017 — Hollande élu au second tour face à Marine avec les voix piteusement enthousiastes de Républicains renvoyant l’ascenseur, et un PS repayant son dû en perdant les législatives dans la foulée de façon à ce que le chef de l’Etat, reconduit dans ses ors et ses fastes comme jadis Chirac, prenne Sarko comme premier ministre. Je reste persuadé qu’il y a un accord tacite sous ces désistements sidérants du PS en faveur de gens vilipendés et presque pendus encore la veille — ce n’est plus de la politique, c’est du candaulisme —, et que les jeux sont faits sur les deux prochaines années : ils devraient se méfier, ça va se passer dans la rue, et ce sera violent.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734126_000042.

La révolution FN: de Marine à Marion

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Marine Marion Le Pen

Marine Marion Le Pen

Les Le Pen possédaient une manière de devise familiale, « je préfère perdre sur mes idées plutôt que gagner sur celles des autres », dont on peut dire que jusqu’ici elle ne leur avait pas trop mal réussi. Ils n’avaient en effet jamais gagné. Soit que l’époque leur fût trop contraire, soit qu’ils s’y fussent mal pris. Vaste sujet qui prêterait éminemment à une dissertation de Sciences Po en 2054.

Mais chacun sait que depuis au moins cinq ans, les choses ont changé. Le Front commence à réussir son pari de s’emparer un jour du pouvoir. Nombreux sont ceux qui s’en attribuent le mérite, au premier rang desquels Florian Philippot. Son discours social, nous dit-on, aurait rameuté les masses, et amorcé la stratégie de « dédiabolisation » du Front national. Pourtant, outre que ce discours avait été tenu longtemps avant l’arrivée de Florian Philippot, notamment sous la houlette d’Alain Soral et de Philippe Péninque au cours des années 2000, il n’a pas encore été prouvé que ce soit lui qui ait attiré les électeurs vers le parti.

Le succès du FN de ces dernières années est à mettre au crédit d’autres événements concomitants : d’abord, l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du mouvement, qu’elle a rajeuni de sa seule présence, et par où elle a prouvé qu’il y avait une continuité dynastique rassurante. Le Front national était destiné à s’inscrire longtemps encore dans le paysage, et elle fit immédiatement savoir qu’elle, contrairement à son géniteur, voulait le pouvoir, et le pouvoir seul. On ne peut le nier : le lien créé entre la famille Le Pen et le peuple français est le principal moteur du Front national. On ne donnerait pas cher d’une candidature de M. Philippot sous d’autres couleurs. Nicolas Dupont-Aignan est là pour en témoigner, à son corps défendant.

Seconde raison, plus importante encore, ce n’est pas tant le FN qui s’est dédiabolisé au long des dernières années que le peuple français lui-même qui s’est « diabolisé ».  L’effet Zemmour a joué à plein, soutenu par la libération de la parole de nombreux autres écrivains ou intellectuels. Si le peuple français n’avait eu d’autre souhait que de sortir de l’euro et de retrouver du travail, il aurait très certainement voté Mélenchon en 2012, et pas Marine Le Pen. Peut-être inconsciemment, mais sûrement, les électeurs du Front national voient en Marine Le Pen la possibilité d’un changement d’époque. Avec elle, même s’ils ne savent pas trop comment, un autre monde naîtrait, enfin débarrassé des vieilles querelles, des magouilles d’appareils, et son coup de balai magistral débarrasserait le plancher de France des derniers politicards dont il suppose qu’ils ont vendu la France à l’immigré, aux élites mondialisés et à tous les maitres moralisateurs qu’il ne peut plus voir en peinture.

C’est là le fond de ce vote, et c’est en quoi Marion Le Pen, contrairement à ce qu’affirme Mme Lesneley, s’inscrit beaucoup mieux dans la stratégie globale du nouveau Front que Florian Philippot. Si celui-ci est « moderne », comme on nous dit, parce qu’il se serait rallié aux thèses anthropologiques des dominants, alors Marion Le Pen est « postmoderne », et possède une longueur d’avance sur lui vis-à-vis des électeurs. Leurs scores respectifs au premier tour des régionales témoignent un tout petit peu, après le vote au Congrès du parti de l’an dernier, de ce saut quantique qui existe entre l’énarque et la nièce.

Alors qu’on lui avait violemment reproché d’avoir ouvert la boîte de Pandore avec sa remarque sur le Planning familial, elle culmine à plus de 40%, faisant quasi jeu égal avec Marine Le Pen. Florian Philippot, lui, ne devra qu’au miracle d’une triangulaire son éventuelle victoire dimanche.

La société française a changé, et elle est lasse de ce nihilisme Charlie qu’on lui fait un devoir d’adorer. Comme si sa seule identité consistait à dessiner des culs et à boire en terrasse. Elle cherche manifestement d’autres atours à son identité, et il se pourrait que Marion Le Pen incarne à merveille, pour une fraction de la population grandissante, ce possible retour à soi.

Sortir du piège européen et mondialiste avec Florian Philippot, très bien. Savoir ce qu’est la France avec Marion Le Pen, c’est mieux.

*Photo : SIPA.AP21833283_000011.

Islamo-gauchistes: c’est la faute à la France!

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Après le 7 janvier, déjà, le délai de décence n’avait pas été très long. Et nombreux étaient ceux, parmi les rangs de la gauche radicale, à laisser entendre, ou parfois même à dire ouvertement, que les dessinateurs de Charlie avaient eu la plume un peu lourde quand il s’agissait du Prophète, laissant trop souvent s’exprimer un humour aux relents « islamophobes ». Les dessinateurs étaient morts pour avoir un peu trop dessiné, les policiers pour avoir un peu trop protégé. Et les juifs… Parce qu’ils étaient un peu trop juifs.

Bref, tout bien pesé, les sacrifiés des 7 et 11 janvier l’avaient sans doute un peu cherché, sinon dûment mérité.

Au Bataclan, ne se tenait pas une réunion de dessinateurs de prophètes et aux terrasses des cafés visés ne se pressaient que des jeunes et innocents leveurs de coudes. Difficile, donc, de défendre l’hypothèse que ceux-là aient dépassé les bornes.

Dix mois après Charlie, l’argument des provocations supposées « islamophobes » s’est écrasé sur les terrasses parisiennes.

Pourtant, la cohorte désormais connue des piètres penseurs, qui trouvent systématiquement des excuses à des hordes de terroristes fanatisés et aiment à présenter les bourreaux en victimes, n’a pas tardé à dégainer ses nouveaux éléments de langage : le prêt-à-penser de la victimisation du poseur de bombes.

C’est le NPA qui a d’abord expliqué que la guerre menée par l’État islamique à l’Occident n’était qu’une réponse aux bombardements menés par l’armée française contre l’organisation terroriste. L’argument pourrait s’entendre si dans son communiqué le parti d’Olivier Besancenot ne mettait pas sur un pied d’égalité la violence des attentats parisiens et les bombardements de l’armée française.[access capability= »lire_inedits »]

« Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie, suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen », écrit ainsi le parti d’Olivier Besancenot.

 

Dans la géopolitique ultrarudimentaire qui sert de vision du monde au NPA, les bombardements effectués par l’armée d’un État démocratique contre un groupe terroriste n’ont ainsi pas plus de sens que le massacre aveugle d’innocents venus écouter un concert. Dans ce monde binaire où tout se vaut, et où le terrorisme serait légitimé par la politique étrangère des puissances occidentales, le NPA pratique le révisionnisme historique en faisant de l’État islamique un simple golem de l’« axe du Bien », niant le contexte local, le rôle joué par les monarchies du Golfe dans sa montée en puissance, et occultant par ailleurs totalement le conflit géant interne à l’islam.

Sur son blog, Julien Salingue, chercheur sur la question palestinienne, a publié, lui, dès le samedi 14 novembre, un billet de la même eau intitulé « vos guerres, nos morts », devenu, depuis, le hashtag de ralliement de tous les néopacifistes (« leurs guerres, nos morts ») : « Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. »

Depuis, Michel Onfray s’est lui aussi rallié à ce camp de la paix et du juste « retour de bâton ». Dans une « mise en perspective » en 140 signes, le philosophe estime que « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique ». Une prise de position qui a tellement plu à l’État islamique qu’il s’est permis de la relayer dans une de ses vidéos.

Le site Acrimed, qui a abandonné depuis longtemps la salutaire critique des médias pour la propagande, a laborieusement tenté de relativiser les prises de positions des uns et des autres, ne voyant là que des voix « dissidentes » ou « discordantes » que le « parti des éditorialistes faucons » ne saurait entendre. L’argument est un peu court.

Le débat est légitime, encore faudrait-il ne pas se tromper de sujet. Si le terrorisme ne se combat pas par la guerre – c’est même sans doute un contresens que de croire que des bombes suffiront à anéantir un tel adversaire –, la mécanique intellectuelle qui consiste à faire peser la responsabilité des victimes sur les dirigeants occidentaux relève, en l’espèce, de la mystification. C’est un autre combat que mènent ici les bataillons islamo-gauchistes : contre le virage – largement critiquable – atlantiste et néoconservateur de la diplomatie française, et encore plus sûrement contre la prise de distance de cette même diplomatie avec les Palestiniens dès la fin de la présidence Chirac. Cette partie minoritaire de l’extrême gauche, avec laquelle Mélenchon garde ses distances, se trompe de cible, focalisée sur la question palestinienne, le contexte social et l’histoire coloniale. Autant de procédés peu glorieux qu’elle partage, en l’occurrence, avec les recruteurs de l’État islamique chargés d’attirer les jeunes Occidentaux.

Cette gauche radicale a d’autres ressources dans sa besace, dont l’« excusisme » reste l’argument suprême. Et le suspense n’a pas duré longtemps quant à savoir qui allait nous expliquer en premier que les kamikazes n’étaient en fait que de pauvres victimes d’une société qui n’aurait eu de cesse de les rejeter.

Les Indigènes de la République, particulièrement virulents à l’égard de Charlie Hebdo accusé de fascisme anti-islamique, ont joué l’effet « double lame » : la politique étrangère française s’expliquerait par l’« islamophobie » qui caractérise la politique intérieure française. « La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État ». La boucle est bouclée.

Dans la chronique du Yéti intitulée « notre irresponsable part de responsabilité », l’hebdomadaire Politis a, lui, préféré dénoncer la stigmatisation et la ghettoïsation sur notre sol des populations musulmanes. En tirant, de facto, la conclusion suivante : « Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? »

Sur son blog, l’économiste Paul Jorion a accueilli le billet d’un certain Anton Klimm, auteur de l’analyse sociologique la plus indigente qui soit : « Est-il légitime de se demander pourquoi certains se retrouvent du “bon” côté et d’autres, du “mauvais” ? » Entendant par là d’un côté « des jeunes performants » et de l’autre « les assassins, sans moyens financiers » qui se « voient barrer l’accès à la fortune dès la naissance ». Suffisant, selon l’intéressé, pour tenter d’expliquer un tel passage à l’acte.

De plateaux télé en interviews dans L’Humanité ou L’Obs, le sociologue Raphaël Liogier, icône des milieux islamo-gauchistes depuis un livre au titre plein de promesses Le Mythe de l’islamisation, développera partout sa thèse des « ninjas de l’islam ». Le djihadisme n’aurait ainsi rien à voir avec l’islamisme, mais résulterait avec d’un manque de reconnaissance, des problèmes de virilité ou encore de l’absence du père. sans jamais L’auteur oublie de s’interroger sur le rôle éventuel du religieux dans ces failles spécifiques. Les bouddhistes, les juifs, les chrétiens n’auraient-ils pas de problèmes de virilité ? Évoquant un « djihadisme sans islamisme », Raphaël Liogier conteste totalement que le fondamentalisme islamiste est soit un projet politique et religieux qui se nourrit de l’islam.

Dans le même déni, Edwy Plenel avait déjà été d’une formidable ambiguïté pendant tout le mois de janvier, lors de ses sorties médiatiques après les attentats de Charlie Hebdo, incapable d’énoncer clairement sa pensée tellement pleine de sous-entendus : « On peut être Charlie et on peut ne pas l’être tout à la fois. On peut être Charlie en disant qu’évidemment nous sommes du côté de ceux qui ont été massacrés. Et on a tout à fait le droit de ne pas être Charlie en disant : “Je ne suis pas obligé d’apprécier.” »

Le danger n’était déjà pas alors le terrorisme mais la laïcité ou la stigmatisation des populations musulmanes. À trop fréquenter des Tariq Ramadan et à fustiger régulièrement ceux qu’il appelle désormais les « laïcards », celui qui défendait autrefois mordicus le dessinateur Siné dans son droit à la caricature et à la provocation n’avait eu de cesse de louvoyer : « Aujourd’hui, en France, il y a une forme de laïcisme, d’interprétation sectaire, dogmatique, dominante, exclusive de la laïcité qui fait que moi qui suis areligieux, je veux aussi défendre la liberté de ceux qui croient. De ceux qui ont des croyances, des convictions qui, pour moi, sont des opinions ».

Transformé en Gandhi d’opérette, dépourvu de ses arguments sur le caractère provocateur des caricatures et le « laïcisme », Plenel n’est pas tombé dans l’outrance des Besancenot et autres Indigènes de la République. Bien plus préoccupé par le « virage sécuritaire » que par la menace islamiste, le fondateur de Mediapart s’est contenté d’un appel à « faire société ». La belle affaire ! L’équivalent sociétal de la fête des voisins serait donc la réponse au terrorisme islamiste… Et pourquoi pas tendre l’autre joue ! À peu près aussi indigent que tous les Jean Moulin de bistrots qui prétendent résister à l’ennemi en retournant boire un coup.

Sa recette ? Edwy Plenel n’en dit évidemment pas un mot, se perdant en de vaines paroles – « la peur est notre ennemie » – pour mieux nier qu’en l’occurrence l’ennemi est identifié : le radicalisme musulman qui recouvre pour l’essentiel le salafisme djihadiste. Dans sa prose angélique, Plenel évite soigneusement le sujet quand même le président de la République, d’une prudence de Sioux jusque-là, a fini par lâcher le mot interdit, évoquant pour la première fois des « jeunes islamistes radicalisés » devant le rassemblement des maires de France.

Non, les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre.

Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ».

C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00614466_000004.

La Vie d’Adèle: un téton de trop

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vie adele censure kechiche

vie adele censure kechiche

Dommage. On était parti pour s’indigner très fort de l’annulation du visa d’exploitation de La Vie d’Adèle, le film d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or à Cannes en 2013, et de dire tout le mal que l’on pensait du lobby catho-intégriste Promouvoir et de son activiste principal, André Bonnet, figure de censeur idéal avec son passé frontiste, ses valeurs traditionalistes et ses huit enfants, ayant eu gain de cause une fois de plus contre une œuvre cinématographique sulfureuse, on avait une catilinaire toute prête contre ce qui n’est rien moins qu’un nouvel iconoclasme, d’ailleurs d’origine protestante et anglo-saxonne et qui tend à s’imposer de plus en plus chez nous, et voilà que l’on apprend que Kechiche trouve cette décision « plutôt saine », que lui-même déconseille son film aux moins de 16 ans, dont sa propre fille, en plus de désapprouver le pourvoi en cassation décidé par le ministère de la culture, « démarche (qui) n’a pas d’intérêt » selon lui.

Il est vrai que c’était une histoire de fous. Que La vie d’Adèle soit interdit aux moins de 16 ans, tout comme Nymphomaniac de Lars von Trier, ou Love de Gaspard Noé, eux aussi sur la sellette, le soient aux moins de 18 ans, semblait aller de soi. C’est bien parce que l’on plaide pour un cinéma d’adultes que l’on tient à préserver ceux qui ne le sont pas encore et qui ont peut-être, et pour l’instant, mieux à voir. On peut être un passionné de Pasolini, Kubrick ou Oshima et comprendre qu’il n’est pas nécessaire que nos neveux et nièces se retrouvent à 11 ou 13 ans devant Salò, Orange mécanique ou L’empire des sens. Le problème est que ce sont les distributeurs qui, en faisant tout pour que les films de Trier, Noé et Kechiche, échappent à cette interdiction minimale et légitime, ont donné alors à l’assoce catho toute latitudes pour commettre ses ravages iconoclastes et obtenir légalement une annulation intégrale d’exploitation de ces films – et dans le cas d’Adèle, deux ans après sa sortie en salle, ce qui ajoute à la confusion procédurière et morale. Dès lors, tout s’emballe : au lieu de reconnaître ce qui était en effet « une erreur d’appréciation » de la part de la commission de classification des films et de faire en sorte que l’interdiction d’Adèle passe au plus vite de douze à seize ans, et qu’on n’en parle plus, le ministère de Fleur Pellerin ne trouve rien de mieux faire que de se lancer dans une bataille juridique qui risque fort de profiter aux puritains procéduriers et leur donner l’occasion et l’envie de s’attaquer désormais à toute œuvre donnant à voir un téton de trop ou à entendre un gros mot de trop.

Comme si au pays de Sade et de la fille aînée de l’Eglise, le moindre lézard juridique ne pouvait que devenir une grande bataille métaphysique et morale- au grand dam des vrais créateurs qui n’en demandent pas tant. Il n’empêche. À cause des libertaires post-soixantuitards, les puritains ultra-réacs ont remporté une bataille. Ce qui n’est pas sans rappeler certaines élections régionales. À cause de la gauche sociétale, élitiste, Terra Nova,  l’extrême droite est en train de triompher partout.

Les régionales vues de Norvège et du Danemark

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De Norvège où je me trouve depuis le début du mois, relié à la France par le seul (sans) fil de l’ADSL, je ne peux que constater, de loin, la formidable résilience de mon pays.

Oui, j’avais quitté une patrie meurtrie, partagée entre sidération et doute sur le message qu’elle avait bien pu adresser à ces « nouveaux Français » pour que certains de ceux-ci se sentissent libres de la haïr ouvertement. Il semble que cette parenthèse de deuil et d’interrogations douloureuses soit déjà close.

À travers le prisme unique des médias auquel astreint l’éloignement, j’observe une France fière de n’avoir aujourd’hui qu’un seul ennemi : Madame Michu. A elle rien, non vraiment rien, ne sera pardonné. Car, dans son patelin picard ou franc-comtois, elle a mal voté, madame Michu. Il faut lui « faire barrage », à elle et à tous les siens, à ses idées forcément courtes, à ses peurs inexplicables, à son ingratitude décevante.

On s’y emploie un peu partout, fleur au fusil. Tous sont mobilisés et personne ne déserte – journalistes, politiques, écrivains, artistes. Droite et gauche unies. Si l’on peine à expulser les imams, on réussit très bien à exclure ces 30 % de Français qui votent mal. La priorité serait là. Ah bon.

Il n’en est pas tout à fait de même en Norvège et au Danemark. A défaut d’être révolutionnaires, on a, là-bas, une longue pratique démocratique. Non seulement le vainqueur ne rafle pas toute la mise, mais on s’interdit les ententes de cartel qui feraient que les mal-nés devraient toujours perdre. Avec prudence, bon sens et pragmatisme, on n’y insulte ni son voisin, ni l’avenir. Aussi, à la différence de madame Michu, madame Jørgensen-qui-vote-mal ne trouve pas dressés devant elle, menaçants ou méprisants, la radio de service public, les journaux, la classe politique, les syndicats et le patronat. Il arrive même que les élus de madame Jørgensen puissent participer à la constitution d’une majorité parlementaire, voire à un gouvernement. Et on n’en fait pas tout un drame.

Ainsi, depuis juin dernier au Danemark, et pour la deuxième fois dans l’histoire du royaume, s’est constituée une majorité de droite, incluant les populistes du Dansk Folkepartiet (DF, équivalent local du FN). Le gouvernement dirigé par les libéraux du Venstre négocie des accords majoritaires pour tous les grands sujets et reçoit le soutien des parlementaires du DF. Cette droite plurielle est combattue par la gauche, mais on n’a jamais vu là-bas des mobilisations générales contre le danger que le DF ferait courir à la démocratie. Le DF est au contraire l’une des expressions de celle-ci – contestable, contestée, mais respectée et partie intégrante de la nation.

Quant à la Norvège, en dépit du très lourd discrédit que les attentats du 22 juillet 2011 ont porté aux idées d’extrême-droite, le Fremskrittspartiet (parti du Progrès, droite populiste anti-immigration) participe au gouvernement depuis 2013. Ses représentants occupent sept des dix-huit ministères du gouvernement d’Elna Solberg (Droite). Et non des moindres : Siv Jensen est numéro deux du gouvernement et ministre des Finances, Anders Anundsen, ministre de la Justice, Robert Eriksson, ministre du Travail… Là aussi, cette participation des populistes à la direction des affaires publiques n’a occasionné aucun drame collectif.

D’où vient cette profonde différence dans la manière d’appréhender le phénomène populiste et son intégration au jeu démocratique ?

D’abord, il faut noter la pratique de la négociation, du compromis et de l’accord qui régit l’ensemble de la vie publique. En Scandinavie, on n’a jamais les pleins pouvoirs, et il est d’autant plus facile d’entamer des discussions avec des concurrents politiques, qu’on ne risque pas de donner à eux seuls les clés de la maison – chacun dispose d’un double, si l’on peut dire. La pratique du scrutin proportionnel encourage évidemment de telles pratiques.

Au delà de ce fonctionnement institutionnel, et au risque d’essentialiser la question, on se souviendra d’une différence profonde entre les sociétés scandinaves et française. Dans les premières, le mépris social est considéré de la pire manière. On va même au delà : afficher sa réussite avec une trop belle voiture, s’habiller avec style, prononcer en ville quelques idées très personnelles, sera du plus mauvais goût. En Scandinavie, la distinction chère à Bourdieu consisterait plutôt à savoir ne pas se distinguer des autres. Cela peut rendre les soirées ennuyeuses (devoir parler de tout et de rien pour « ne pas faire son intéressant », est la pire torture de l’expatrié français en Scandinavie), mais cela interdit un certain dégagement des élites envers le peuple, ces dernières étant censées vivre et penser comme chacun. A l’opposé, il faut avoir entendu, une fois dans sa vie, un jeune journaliste français évoquer avec condescendance le pavillon ou le bermuda de son beau-frère, technicien dans l’industrie, pour comprendre que l’aversion des gens-de-médias pour le Front national tient moins de la politique et de la morale que du mépris ordinaire pour son prochain.

Une autre différence particulièrement saillante entre la France et la Scandinavie tient à l’obsession française de la seconde guerre mondiale dès qu’il est question du populisme.

Il ne viendrait à l’idée de personne, en Norvège comme au Danemark, d’associer le Fremskritt ou le DF « aux heures les plus sombres de leur histoire ». Or, même si la vulgate privilégie la résistance scandinave à la collaboration, nul ne peut nier que ces heures sombres ont aussi existé. Ainsi, dans le numéro 1 de l’Esprit de Narvik, nous évoquions, avec Monique Zerbib, la rafle de l’automne 42 à Oslo où Ruth Meier fut arrêtée, puis déportée en Pologne et assassinée à Auschwitz, avec un millier d’autres réfugiés juifs. Alors d’où vient que, dès qu’il est question des droites populistes, les élites françaises brandissent le spectre du nazisme alors que Danois et Norvégiens ne le font presque jamais ? Il sera sans doute difficile de répondre avec certitude à cette question, mais je risquerais ceci : le fantôme historique qui nous poursuit, ce n’est peut-être pas l’occupation qu’on nous répète mais la guerre d’Algérie dont nous ne voulons entendre parler. Un mot pour un autre, comme dans un classique phénomène de déni individuel. Il va de soi, ici, que les Scandinaves n’ont pas notre histoire, et que, tranquillement, ils peuvent envisager de collaborer avec leurs propres partis populistes, quand le nôtre, honni et méprisé, vient raviver, jusqu’à l’hystérie collective, la vraie blessure française : 1962.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21832869_000013.

FN: Marion, la rediabolisatrice

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marion le pen philippot fn

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On disait le vieux FN suranné de Jean-Marie mort et enterré sous les gravats de la dédiabolisation bleu Marine. Et voilà qu’émerge la jeune pousse des nouvelles générations, incarnation de la relève, qui, telle une edelweiss, s’est lentement frayée un chemin au travers des querelles intestines et familiales qui n’en finissent plus d’attiser la Flamme. Fragile et délicate en surface, avec son teint diaphane et ses manières de fille de bonne famille. Mais enracinée en profondeur dans un discours résolument identitaire et traditionaliste. Marion Maréchal-Le Pen est un fascinant paradoxe. Symbole à la fois de jeunesse et de convictions archaïques ; emblème du renouveau mais s’appuyant sur les méthodes politiciennes les plus éculées, celles des belles formules qui font vibrer les foules au diapason d’un cri de ralliement paraissant confondre résistance et régression ; icône du franc-parler, du naturel, de la spontanéité, qui dissimulent une stratégie de communication parfaitement rodée. La preuve, sa jeunesse et son inexpérience, les mêmes que l’on reprochait au fils Sarkozy quand il briguait l’Epad, ne constituent pas même un obstacle. Car contrairement à lui, elle a savamment su faire oublier qu’elle est une « gosse de bourges » pour séduire les couches populaires.

Marion Maréchal-Le Pen est l’antithèse de Florian Philippot. Là où il s’efforce d’impulser un semblant de modernité, de fibre sociale et de pragmatisme, elle renoue avec des psalmodies de chaisière nourries aux deux mamelles de la frange la plus radicale du FN : le passéisme et le conspirationnisme. La nostalgie n’est pas un vilain défaut. Elle est salutaire quand elle réconcilie un peuple avec son Histoire, sa culture – osons dire son âme. Mais elle devient perverse quand elle tend à lui faire croire que tout était « mieux avant » et que chaque conquête sociétale serait nocive par essence. S’attaquer au planning familial est, à ce titre, très révélateur. Il y a deux ans, un rapport de la Cour des comptes régionale critiquait vivement des pratiques clientélistes dans l’attribution des subventions aux associations en Paca, entre 2006 et 2011 – de nombreuses structures sportives « de proximité » bénéficiant de largesses assez inexplicables. Jetons également un coup d’œil à la liste des subventions accordées en 2014 par la Région, soit 122 pages égrenant quelques milliers d’associations. Certaines sont d’une utilité incontestable : le Pôle service à la personne, qui touche 237 563 euros ; l’observatoire régional des métiers, qui encaisse 1 160 000 euros, et celui de la santé, 379 000 euros. Des établissements d’enseignement privé catholique se voient allouer de coquettes sommes dépassant les centaines de milliers d’euros. Une kyrielle d’associations prétendument artistiques ou culturelles récoltent entre 5000 et 10 000 euros, voire 100 000. Mais c’est le planning familial, gratifié d’à peine 200 000 euros, qui clignote dans le collimateur de Marion Maréchal-Le Pen, car il « banaliserait » l’avortement. Avec les mêmes énormes sabots qu’un Nicolas Sarkozy qui avait déclaré, en avril 2012, vouloir remettre en question l’accès anonyme à la pilule pour les mineures, la candidate frontiste multiplie les œillades à son précieux électorat catho tradi, quitte à asséner des contre-vérités en piétinant dans la foulée les droits individuels.

La vocation première du planning familial, qui accueille 500 000 personnes par an dans ses 76 centres français, est d’informer des femmes (mais aussi des hommes) mal renseignés sur les modes de contraception et les maladies sexuellement transmissibles. De mémoire, on n’a jamais vu des hordes de femmes faire la queue devant un planning familial pour se faire avorter. L’IVG ne motive d’ailleurs que 16% des consultations. Entraver ces associations revient à accroître les risques de grossesses non désirées chez les plus jeunes mais aussi à pénaliser les plus précaires, que le FN prétend pourtant défendre en priorité. Dans un pays qui compte six millions de chômeurs, huit millions de citoyens sous le seuil de pauvreté, où 86 % des nouvelles embauches sont d’éphémères CDD et où le mal-logement s’aggrave, on voudrait nous faire avaler que c’est le planning familial qui encourage les IVG. La députée ignore ce qu’est le quotidien d’un smicard au fin fond d’une banlieue inhospitalière. Souhaite-t-elle seulement s’y intéresser ? De même, elle voudrait ainsi responsabiliser les femmes trop insouciantes adeptes de l’avortement « de confort », comme si la loi avait pour vocation de punir les étourdis, sachant, en outre, que seules 9,5 % des Françaises ont subi deux IVG et 4,% au moins trois, selon l’Ined. « Banalisé », l’avortement ? On dénombrait 246 000 IVG en France en 1976 contre environ 220 000 aujourd’hui, alors que la population a augmenté de quelque quinze millions d’individus. On estime qu’avant la loi Veil, se pratiquaient entre 250 000 et 600 000 avortements clandestins par an. Autant de femmes charcutées par des faiseuses d’anges qui leur abandonnaient parfois leur fertilité future ou, dans le pire des cas, leur vie.

Au-delà des statistiques, se profile un petit arrière-goût de théorie du complot chère à une partie de l’électorat nationaliste. L’avortement contribuerait au remplacement de population, partant du principe très hypothétique que seules les Françaises de souche y auraient recours tandis que les immigrées pondraient une ribambelle de marmots. On leur objectera que les premières n’ont pas à se caler sur le mode de vie des secondes. Le choix de notre identité, de notre culture, réside aussi dans le libre-arbitre que nous entendons insuffler à notre destinée. Et non dans le dessein de substituer un intégrisme à un autre. Freiner l’immigration et l’islamisation de la France, préserver nos coutumes, nos églises, nos crèches de Noël, notre civilisation, est une chose. S’immiscer dans la vie privée des citoyens au mépris des lois républicaines, pour y prescrire une vision unilatérale de ce qui serait « moral » ou pas, inspire autant l’inquiétude que la consternation. Où s’arrêtera l’ingérence ?

Finalement, l’élue frontiste pourrait bien avoir amorcé malgré elle une rediabolisation de son parti, en ravivant sa mouvance la plus obscurantiste et déplaisante, la plus hostile aux libertés (surtout celles des femmes), aux antipodes de la ligne plus fédératrice de sa présidente. Le planning familial est, de longue date, estampillé à gauche. À travers lui, Marion Maréchal-Le Pen conspue, avec une démagogie à l’emporte-pièce, l’esprit « libéral-libertaire » hérité des soixante-huitards et haï des droites extrêmes. Qu’importe la couleur politique d’une association si elle peut permettre d’éviter des drames. Marion Maréchal-Le Pen est trop jeune pour avoir connu les grossesses qu’on « fait passer » à coups d’aiguilles à tricoter. Trop jeune même pour avoir assisté à l’hécatombe du sida dans les années 80. Trop jeune pour gouverner une région ?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21832869_000015.

La Chine ne prend plus les défenses des éléphants

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chine elephant ivoire

chine elephant ivoire

C’est un pas de pachyderme qui vient d’être franchi. Selon l’ONG Save the éléphants, en dix-huit mois, le prix de l’ivoire vendu illégalement a été divisé par deux en Chine. La cause ? Le président chinois Xi Jinping, dans le cadre de sa politique de lutte contre la corruption, s’était engagé à mettre fin au commerce de l’ivoire. L’enjeu est de taille : selon l’ONG IFAW, 35 000 éléphants sont tués chaque année pour leur ivoire et il est évident que la demande chinoise et donc le prix de des défenses y sont pour beaucoup.

En Occident, les massacres d’éléphants révoltent les opinions publiques. En témoigne l’indignation des Espagnols en 2012 après la découverte d’une photo du roi Juan Carlos posant un éléphant qu’il venait d’abattre. Son image en est sortie sérieusement écornée, au point d’entrer dans une spirale d’impopularité qui a abouti à son abdication deux ans plus tard. Cet été encore, l’opinion internationale s’est indignée de la mort du Lion Cecil, tué illégalement par un dentiste américain. De ce point de vue, les Chinois forment dans ce domaine-là un monde à part, comme l’atteste par exemple leur goût pour les fourrures – y compris celle de l’ours polaire – et l’ivoire.

Dans une Chine de plus en plus riche, le prix de l’ivoire – très recherché comme symbole de bonne fortune en affaires – avait triplé entre 2010 et 2014, jusqu’à atteindre une valeur moyenne de 2 100 dollars par kilo. Quand on sait que le poids d’une défense d’éléphant adulte peut atteindre 50 kilos, on peut comprendre la tentation des braconniers. Mais c’est justement cette « explosion » du prix de l’ivoire qui a poussé le dirigeant chinois à agir, notamment  grâce à des campagnes destinées au grand public. Une politique qui a semble-t-il porté ses fruits : en novembre, le prix a chuté à 1 100 dollars selon l’étude.

Pour le fondateur de Save the Elephants, Douglas Hamilton, le mouvement engagé doit s’inscrire dans la durée : « Je suis très enthousiaste, mais également très inquiet car je sais que cela peut changer en fonction de l’intérêt porté à cette cause (…) Ce que nous pouvons constater de manière large c’est que l’abatage illégal d’éléphants continue dans le plus grande partie de l’Afrique, même si certains territoires sortent du lot. » Et le défenseur de l’éléphant de détailler la démarche des contrebandiers, dévoilant un modèle économique fondé sur un raisonnement d’un cynisme digne du méchant de James Bond. Selon lui, ce n’est pas un simple marché confrontant offre et demande : « Certains acteurs de ce marché auraient acheté de l’ivoire en tablant une sévère diminution de nombre de pachydermes voire leur extinction, espérant ainsi se retrouver maîtres d’un stock d’ivoire dont ils pourraient profiter ». « Si le président Xi que tout cela serait désormais illégal, leur investissement devient une prise de risque trop importante ».

Depuis l’annonce du président chinois, sculpteurs d’ivoire et vendeurs, déjà victimes du ralentissement du marché, se plaignent. Avec la campagne anti-corruption, les ventes d’objets de luxe dont l’ivoire – sont en baisse. Lucy Vigne et Esmond Martin, les chercheurs qui ont mené l’étude commandée par l’ONG Save the elephants, n’ont pas vu le moindre objet en ivoire changer de mains alors qu’ils ont sillonné huit villes chinoises pendant plusieurs semaines. Selon un rapport de l’IFAW, le nombre de personnes ayant tenté d’acheter de l’ivoire est tombé de 7% en 2013 a seulement 1% en 2015. Une étude WaildAid a également démontré une augmentation du nombre de personne estimant problématique le braconnage des éléphants, de 47 % en 2012 à 71 % en 2014.

Si ces résultats sont imputables aux efforts des nombreuses ONG, les associations ne sont plus seules sur ce front. Les médias d’Etat chinois, des entreprises privées et  quelques personnalités se sont également mobilisés. En mars dernier, la chaîne de télévision Chinal Central diffusait une publicité réunissant Yao Ming, célèbre joueur de basketball chinois, David Beckham et le Prince William. Le spot a été rediffusé 71 fois par jour. En tout, les médias locaux auraient investi 42 millions de dollar dans la lutte contre le commerce de l’ivoire.

Malgré ces avancées, pour certains, le compte n’y est toujours pas. Grace Gabriel, directrice régionale pour l’Asie d’IFAW, pense que le gouvernement chinois n’est pas allé au bout de sa démarche. Il semblerait que le Parti  ne soit pas enclin à racheter les stocks restants d’ivoire légal de façon à résoudre le problème à la racine. Certains membres du gouvernement chinois préféreraient laisser les stocks s’épuiser au fil du temps.

Par un effet pervers, cette politique court-termiste risque de déclencher une « frénésie d’achat », prévient Grace Gabriel, car les acheteurs pourraient être poussés à échanger le plus d’ivoire possible avant son interdiction. « Le moindre report de la mise en place de cette interdiction est une perspective dangereuse », juge le militant. Il faut savoir que la Chine détient un petit stock d’ivoire légal acheté en 2008, vendu peu à peu aux artisans sculpteurs, un commerce légal qui aurait en réalité couvert un vaste réseau de vente illégale.

Avec une lucidité qui confinait à la prescience Romain Gary avait eu des mots prophétiques dans sa Lettre à l’éléphant : « Si l’homme se montre capable de respect envers la vie sous la forme la plus formidable et la plus encombrante – allons, allons, ne secouez pas vos oreilles et ne levez pas votre trompe avec colère, je n’avais pas l’intention de vous froisser – alors demeure une chance pour que la Chine ne soit pas l’annonce de l’avenir qui nous attend, mais pour que l’individu, cet autre monstre préhistorique encombrant et maladroit, parvienne d’une manière ou d’une autre à survivre. » Il se peut donc que l’éléphant survive… et que la Chine nous surprenne.

*Photo: wikicommons.

Le monde d’hier

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attentats de Paris Le monde d'hier Stefan Sweig

attentats de Paris Le monde d'hier Stefan Sweig

Les grands prêtres de l’éternel retour des années trente devraient laisser tomber leurs analogies simplistes pour se consacrer au moins à quelques grands textes qui éclairent notre époque plus sûrement que tous les rapprochements simplistes. Parmi ces œuvres, il y a Le Monde d’hier, de Stefan Zweig, sans doute la plus belle chose qu’un Autrichien ait pu écrire sur le destin de Vienne au xxe siècle, sans doute aussi le portrait le plus lucide qu’un Européen ait pu dresser de sa civilisation s’abîmant dans le chaos. Quand Zweig revient en Autriche en 1937, c’est pour dire adieu à ses proches et à ses amis qu’il tente de prévenir du danger hitlérien. En vain. Zweig ne sera resté que deux jours dans sa ville natale et en la quittant, il écrit : « Et à l’instant où le train passait la frontière, je savais comme Loth, le patriache de la Bible, que derrière moi tout était cendre et poussière, un passé pétrifié en sel amer. » L’aveuglement que Zweig a trouvé dans la Vienne qui se prépare à l’Anschluss est celui d’une société bercée par l’illusion de la sécurité, indifférente au danger qui est à ses portes, comme elle l’était déjà à la veille de la Première Guerre mondiale : « Personne ne croyait à des guerres, des révolutions et à des bouleversements. Tout événement extrême, toute violence paraissaient presque impossibles dans cette ère de raison. » Par deux fois, Zweig a vu son monde basculer tragiquement et irrévocablement dans le passé pour devenir le monde d’hier.

Nous avons plus de chance que les Autrichiens de 1914 ou de 1937. Après les tueries de janvier 2015, le carnage du vendredi 13 novembre nous a mis brutalement en face de la réalité et fait prendre conscience que nous avions changé d’ère et sans doute aussi un peu d’âme. Du monde d’avant, nous apercevons encore les contours, mais ceux-ci s’effacent d’autant plus rapidement que les événements nous imposent de penser à une autre allure.[access capability= »lire_inedits »] Le monde dans lequel nous vivions encore hier a échappé aux tragédies qui abattirent celui de Zweig, mais son évolution prend de vitesse tous ceux qui, à l’image des amis de Zweig, s’abîment complaisamment dans la contemplation d’un passé simplifié. La brutalité des attaques du 13 novembre, onze mois après les attentats de l’Hyper Casher et de Charlie Hebdo, leur aura peut-être révélé qu’on ne goûte jamais deux fois le même menu au banquet de l’Histoire, même si le plat est toujours amer.

Le monde d’hier, c’est celui de Thibaut Pézérat qui, dans Marianne, n’attend pas plus tard que le 14 novembre pour s’insurger contre la récupération des attentats et démontrer en quelque sorte que l’État islamique fait le jeu du Front national. Le monde d’hier, ce sont les députés de l’Assemblée qui se comportent comme des collégiens durant le Congrès, enchaînant les selfies devant la cour du château de Versailles. Le monde d’hier, c’est celui du NPA qui affirme dans un communiqué le 14 novembre que « cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie », et c’est aussi celui du collectif Ensemble (FdG) qui exhorte « plus que jamais » à « combattre tous les amalgames » et appelle « à un rassemblement unitaire et populaire pour la solidarité, l’accueil des migrant(e)s et réfugié(e)s, l’égalité, la justice sociale et la démocratie ». Des déclarations comme celles-ci, nous en avons lu, vu des centaines, jusqu’au paroxysme de l’absurdité. On les découvre aujourd’hui avec indifférence, comme on lit un édito vieux de deux ans pour passer le temps dans une salle d’attente. En quelques heures, la folie meurtrière des islamistes a non seulement arraché la vie à 130 personnes mais elle a balayé tout ce verbiage fatigué.

Les actes et les discours politiques n’échappent pas non plus à cette brusque tabula rasa. Il y a quelques semaines encore, l’Élysée comme le Quai d’Orsay répétaient à l’envi que la COP21 serait la nouvelle apothéose de la diplomatie française. La France, à nouveau investie d’une mission universelle, devait ouvrir la voie au développement durable et à des jours meilleurs. Ce n’était pas un sommet diplomatique qu’attendaient François Hollande et Laurent Fabius, mais une épiphanie. Nous étions encore dans la logique que « l’esprit Charlie » avait plus encouragée que chassée. Intercalée entre la Coupe du monde de rugby et l’Euro 2016, la COP21 s’annonçait comme un événement aussi festif que politique. L’Éducation nationale mobilisait écoliers, collégiens et lycéens pour interpeller tous azimuts, avec l’appui des grands médias pour faire parler « les jeunes que l’on n’entend jamais »[1. Libération. 8 novembre 2015]. Vendredi 13 novembre, certains se sont fait entendre à coups de bombes et de kalachnikovs pour tuer d’autres gens du même âge. Et dans le métro, quelques jours après les tueries, l’affiche appelant à la grande marche pour le climat du 29 novembre 2015 a l’air d’une mauvaise blague. L’esthétisme coloré, criard, résume à lui seul nos années Muray et la niaiserie irréelle de cette figure de manga peinturlurée de cœurs, de rose et de vert, aux grands yeux vides et brillants comme des billes d’enfants ajoute une note subtilement angoissante à l’atmosphère d’un quai de métro où les gens se regardent avec méfiance.

De même que le « pas d’amalgames » est entré au cimetière des éléments de langage, la COP21 a dégringolé du podium des grandes causes nationales. La négociation est maintenue mais il n’est plus question désormais d’y adjoindre de grands happenings, au grand désarroi de certains qui ne peuvent admettre que l’actualité ait pu aussi cruellement leur voler leur heure de gloire. « On ne va pas se faire museler ni par Daech ni par le gouvernement », s’insurge ainsi Txetx Etcheverry, responsable de l’ONG d’Alternatiba. Maxime Combes, économiste et membre d’Attac, prévient, sur le site Politis.fr : « Nous ne respecterons pas l’interdiction de manifester », et suggère quelques actions d’éclat, telles que l’occupation de supermarchés aux quatre coins du pays. On imagine comment policiers et gendarmes, passablement épuisés, accueilleront de telles occasions de faire des heures supplémentaires.

Paradoxalement, la COP21, qui n’avait pas d’objectif plus ambitieux que celui de verdir légèrement notre modèle de développement, pourrait devenir un événement politique. Car entre deux portes, on évoquera sans doute autant l’urgence sécuritaire que l’urgence climatique, et certainement aussi d’autres urgences diplomatiques. On peut penser qu’en devenant la cible numéro un du terrorisme de l’État islamique, la France a en quelque sorte été sommée de reprendre un rôle politique en Europe, que le leadership allemand lui avait confisqué. On a constaté, dans les jours qui ont suivi les attaques, la tonalité nouvelle du discours de François Hollande et entendu quelques déclarations qui traduisent aussi une évolution certaine du discours tenu à ses partenaires européens. Voilà que Manuel Valls reconnaît sans plus de complexes que les objectifs budgétaires sont dépassés, tandis que François Hollande affirme sans ambages que « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité » et appelle ses voisins européens à plus de solidarité. Comme on a pu le constater au cours des derniers conflits engageant la France, le soutien militaire européen reste des plus modestes, la solidarité se manifestera donc plutôt par une plus grande tolérance budgétaire de la part de Bruxelles vis-à-vis de la France. Il serait bien sûr hasardeux d’affirmer que les attentats du 13 novembre nous ont replacés dans un cadre schmittien obligeant le politique à reprendre le pas sur l’économique. Force est de constater que la France est en première ligne face au danger islamiste et qu’elle est, de très loin, le pays européen qui assume aujourd’hui la plus grande part de l’effort militaire imposé par cette lutte. Cela peut donner, notamment vis-à-vis d’une Angela Merkel malmenée par la crise des réfugiés, une assise plus grande à François Hollande qui, après avoir rencontré successivement Obama et Poutine, reçoit du 30 novembre au 11 décembre 195 chefs d’État et responsables politiques dans le cadre devenu ô combien symbolique du Bourget. Il reste à espérer que les circonstances dicteront à ce sommet des décisions pour la marche du monde. Du monde tel qu’il est, bien sûr. Pas du monde d’hier.[/access]

*Photo : © Citizenside.com.

Régionales: Barto, tattoo faux!

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Claude Bartolone le claironne, dans un discours de meeting relayé sur Twitter : « L’Île-de-France monte des start-up, cultive les champs, fait du hip-hop, se tatoue les bras ! »

tweet Claude Bartolone tatouage

Pour les start-up, on n’en doute pas, notamment chez Causeur

En revanche, on connaît assez peu de franciliens qui roulent en tracteur… sans doute parce que le Diesel est mal vu à Paris. Quant au hip-hop, on n’est pas certain qu’il s’agisse de la musique la plus en vogue à Versailles, ni même à Melun. Mais surtout, on se demande bien ce que vient faire le tatouage dans des élections régionales.

Cette énumération de caractéristiques supposées typiques de l’Île-de-France a sans doute pour objectif de toucher les cibles électorales de Claude Bartolone. A savoir : les créateurs d’entreprises innovantes, les bobos à la main verte, les « jeunes de banlieue »… Mais les tatoués, pourquoi ?

Une explication très simple peut pourtant être donnée à cette volonté de séduire l’électeur qui « se tatoue les bras ». D’après un sondage Ipsos réalisé il y a quelques années, le premier choix politique des porteurs de tatouages serait le Front national.

Pas moins de 23% des sympathisants FN sont tatoués, contre à peine 8% pour le PS et 6% pour l’UMP.

Comme quoi, contrairement à une idée fort répandue (on se demande bien pourquoi), Claude Bartolone ne drague pas seulement le « vote communautaire ». Il se pourrait même qu’il n’ait rien contre la « race blanche » dont il assure que Valérie Pécresse – honte à elle – serait la défenderesse.

Clémentine Autain, Tariq Ramadan: ensemble contre la République?

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Ensemble Saint-Denis Clémentine Autain

Ce matin, sur le site d’« Ensemble ! », j’ai vu cet appel pour un meeting à Saint-Denis qui aura lieu demain soir « pour une politique de paix, de justice et de dignité », featuring Tariq Ramadan.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, « Ensemble ! » est une formation politique dont la porte-parole est Clémentine Autain, n°2 sur la liste de Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis. Vous avez dit « dignité » ?

Dans un monde normal, j’imagine que Claude Bartolone, par ailleurs président de l’Assemblée Nationale, aurait publiquement rappelé à l’ordre Bécassine Autain. Le genre « Pas de ça chez nous !», puisque qu’il y a désormais un « nous » qui va du PS à la supposée gauche de la gauche. Et qui va même jusqu’à Estrosi, récemment converti, je cite, au « vivre ensemble » et au combat contre « la stigmatisation ».

Un « Front républicain » qui inclut aussi, de fait, les Indigènes de la République et l’inénarrable officine antirépublicaine qu’est le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), puisque ces deux formations appellent au même meeting que le parti de Clémentine Autain.

Mais nous ne sommes pas dans un monde normal, nous sommes en campagne électorale et Claude Bartolone a d’autres priorités. Hier matin, il a qualifié Valérie Pécresse de « ringarde » dans une interview au Parisien. Hier soir, à Créteil, lors du meeting unitaire de la néogauche plurielle, il a accusé la même Valérie  Pécresse de vouloir « mettre la région en rang, en uniforme, un serre-tête dans les cheveux »…

Je ne suis pas un fan du serre-tête. Mais quoi qu’il en soit, je le préfère à la burqa.

[NDLR : Une pétition a été lancée par le collectif R.E.V.E contre la tenue du meeting, appelant à un rassemblement de protestation si celui-ci n’était pas annulé]