L’US Air Force se met aussi à l’heure de la Cop 21. La semaine dernière, l’ancien directeur de la CIA, Michael Morell a déclaré que la Maison Blanche tenait à limiter les frappes visant les installations pétrolières détenues par l’Etat Islamique. « Nous ne visons pas les puits de pétrole, a déclaré Michael Morell, car nous ne voulons pas causer de dommages environnementaux et car nous ne souhaitons pas détruire ces infrastructures. » L’affirmation de l’ancien chef de la CIA semble corroborée par le contenu de la conférence de presse organisée à Bagdad par le département de la défense américain pour présenter l’opération « Inherent Resolve ». Lors de la réunion organisée le 18 novembre dernier, le colonel Steve Warren a justifié le nombre très mesuré de frappes sur les camions-citernes au nom de la protection des populations civiles, et en particulier des conducteurs de ces poids lourds car c’est bien connu, les routiers sont sympas : « C’est une décision que nous avons eu à prendre. Nous n’avons pas frappé ces camions mais si nous avons établi qu’ils sont bien utilisés pour des opérations au profit de l’EI, les conducteurs eux-mêmes ne sont probablement pas des membres de l’EI ; ce sont probablement juste des civils. Nous avons donc dû trouver un moyen de contourner le problème. »
L’attention surprenante portée à l’environnement et au sort des conducteurs de citerne pourrait s’expliquer, à en croire Michael Morell, par la conviction des hauts responsables américains qu’il faudra bien s’appuyer sur quelque chose, et en particulier sur l’infrastructure pétrolière pour relever le pays quand le problème de l’Etat Islamique aura été réglé. L’optimisme est décidément une composante essentielle de l’état d’esprit américain…

Si l’on en croit la conférence de presse qui s’est tenue à Bagdad, les attentats parisiens du 13 novembre ont cependant amené à intensifier les frappes sur les convois de pétrole : « Cette coalition est devenue au fil du temps un peu comme une famille et nos prières et nos cœurs sont avec les Français », a déclaré le colonel Steve Warren, précisant que la France avait été le premier partenaire de l’OTAN à frapper l’Etat Islamique le 14 novembre et que 240 militaires français se trouvaient par ailleurs en Irak afin de superviser l’entraînement des forces de sécurité irakiennes. « À Aboukamal, nous avons détruit 116 camions-citernes. (…) Il s’agissait de nos premières frappes contre des camions-citernes et afin de réduire le risque de tuer des populations civiles, nous avons organisé une distribution de tracts avant le bombardement. » Et si l’on en croit les termes employés par le gradé américain et la signification du verbe « to buzz », les avions US auraient également lancé quelques coups d’avertisseurs à basse altitude pour avertir les conducteurs du bombardement imminent. Il n’est pas souligné que les pilotes aient dû faire également des appels de phare mais le contenu des tracts est quant à lui précisé : « Sortez de vous camions et courez loin d’eux. » « A very simple message », ajoute l’officier américain. D’après l’armée américaine, les alliés irakiens et syriens des forces de sécurité, appuyés par les bombardements, auraient reconquis quelque 700 kilomètres carrés de territoires et 200 villages abandonnés par l’Etat Islamique, dont les ressources ont largement diminué.

Quelques journalistes se demandent cependant pourquoi les camps d’entraînement et installations stratégiques que l’on annonçait fièrement avoir détruits lors des raids post-attentats sur Raqqa…n’ont été détruits que si tardivement. Réponse embarrassée de l’officier qui explique que ses installations avaient été précédemment frappées puis reconstruites ailleurs, ce qui imposait de les localiser à nouveau, pour les détruire à nouveau. Un éternel recommencement, reconnaît le militaire qui expose assez clairement le plan de sa hiérarchie : désorganiser suffisamment les liaisons et les revenus de l’Etat Islamique pour permettre aux forces irakiennes et syriennes d’intervenir plus significativement au sol, tout en faisant en sorte que les bombardements intensifs épargne le plus de civils possibles. « Est-ce que le fait de vouloir absolument protéger les populations civiles ne risque pas de prolonger le conflit et d’entraîner plus de pertes civiles ? », demande un autre journaliste. La réponse est plus embarrassée encore : « Une très bonne question, très pertinente. En tant que soldat nous avons chaque jour à faire des choix. Ce sont les choix que les officiers ont à prendre en compte et c’est pourquoi le fardeau du commandement est si lourd à porter… »

Reste une dernière interrogation : l’armée américaine va-t-elle parvenir à se coordonner longtemps avec les russes ? « Vous savez, nous sommes capables d’exécuter n’importe quelle mission que l’on nous donne. Nous avons les meilleurs pilotes, la technologie la plus sophistiquée que n’importe qui sur terre. » Hurrah ! Guns and guts made America great ! Au vu des résultats obtenus en Irak depuis 2003, on ne doute pas en effet que cette technologie fasse à nouveau des merveilles, abatte définitivement l’Etat Islamique, épargne les civils et l’environnement tout à la fois. Et considérant que le Charles-de-Gaulle est sur zone et que Tom Cruise rempile pour Top Gun 2, l’année 2016 s’annonce sous les meilleures auspices.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21831802_000002.

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