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L’UMPS, c’est l’avenir!

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NDLR : Cet article a été rédigé avant le premier tour des élections régionales.

Y penser toujours, n’en parler jamais : c’est pour avoir enfreint cette règle élémentaire du savoir-vivre, plus encore du savoir-vivre politique, que Manuel Valls s’est fait étriller par la droite comme par la gauche, avant les attentats de Paris. La faute du Premier ministre ? Avoir déclaré publiquement qu’il n’était pas question, d’après lui, de laisser le FN emporter une région lors du prochain scrutin de décembre. Et d’avoir envisagé, en conséquence, la possibilité d’une alliance gauche-droite entre les deux tours, une alliance PS-Les Républicains, pour faire barrage à la formation frontiste là où elle pourrait être en situation de gagner : dans le Nord-Picardie, avec Marine Le Pen, en Provence, avec sa nièce Marion, voire dans le Grand Est avec son premier lieutenant, Florian Philippot.

Non au retour du refoulé ! Pour la droite, la perspective de renouer avec la stratégie dite de front républicain est d’autant plus inacceptable qu’elle l’a abandonnée durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy au profit d’un « ni-ni », ni FN ni PS. Il s’agissait alors de tirer la conséquence de ce que nombre d’analystes présentent comme « la droitisation » de la société française : la droite ne pouvait plus donner de signes de connivence avec la gauche sous peine de voir de nouveaux pans de son électorat basculer vers le FN. Renoncer au ni-ni au temps de l’afflux de migrants et du terrorisme islamique constituerait un contresens.[access capability= »lire_inedits »]

Pour la gauche, la faute de Valls est d’un autre ordre : parier sur la défaite avant que la bataille ait été livrée ! Dans les trois régions concernées, les sondages donnent en effet les candidats des Républicains assez nettement devant les candidats socialistes. Pour beaucoup, à gauche, le Premier ministre anticipe une débâcle en demandant au PS d’être prêt à se ranger, piteusement, derrière la droite. Or, pour les socialistes du Nord, par exemple, la messe n’est pas dite : ils ne désespèrent pas de conserver la région, à la faveur d’une triangulaire.

Mais pour la droite comme pour la gauche, la vraie faute de Valls est ailleurs : donner de la consistance à l’UMPS, ce fantôme de la vie politique française que Marine Le Pen dénonce sur tous les tons depuis plusieurs années. C’est notamment pour éloigner ce fantôme que Nicolas Sarkozy a rebaptisé l’UMP pour en faire Les Républicains. À droite comme à gauche, beaucoup en sont persuadés : dans la perspective de la présidentielle de 2017, ce serait faire un formidable cadeau à la présidente du FN que de valider son analyse sur la gémellité des partis dits de gouvernement. Ce serait d’autant plus irresponsable qu’un éventuel front républicain dans le Nord ou en Provence n’empêcherait pas nécessairement une victoire du FN : la France d’en bas se soucie désormais comme d’une guigne des consignes des états-majors.

Et pourtant, n’en déplaise à ma directrice préférée, je suis convaincu que Valls a raison : l’UMPS, c’est l’avenir ! Si gouverner, c’est prévoir, y compris en matière électorale, comment écarter la possibilité que le FN soit en pole position dans une ou plusieurs régions au soir du premier tour ? Rien n’est sûr, évidemment, mais le climat ambiant autour de l’immigration et du terrorisme paraît plutôt de nature à booster le parti de Marine Le Pen qu’à le freiner. Et comment la droite comme la gauche pourraient-elles considérer une éventuelle victoire régionale du FN comme un… détail ? Le monde entier y verra le signe que la France est définitivement le pays malade de l’Europe.

Il y a des moments où, même en politique, on ne peut plus tricher. On ne peut plus tricher avec le réel. Le temps où la vie politique se résumait à un duel droite-gauche est révolu. La droite comme la gauche de gouvernement ne représentent plus qu’un quart de l’électorat. Un peu plus pour les Républicains, grâce à leur alliance avec le centre, un peu moins pour le PS, à cause du rejet de François Hollande. Le reste, c’est un FN qui représente aussi un quart de l’électorat, et que sa « marinisation » empêche dorénavant de classer mécaniquement dans un camp : son discours économique s’apparente à celui de la CGT. Dans ces conditions, l’union des droites relève du fantasme. Le reste, c’est aussi une gauche radicale, nettement moins forte que le FN, mais qui a juré la perte du PS. Dans ces conditions, l’union de la gauche relève du mirage.

Devant cet éclatement de la représentation politique, comment dégager une majorité cohérente, susceptible de gouverner vraiment, pas seulement d’accumuler des réformettes, comme c’est le cas depuis quinze ans ? Aujourd’hui, il n’y en a qu’une : l’UMPS ! En politique comme au judo, il n’est pas interdit de retourner les arguments de ses adversaires contre eux. Marine Le Pen présente avec constance l’UMPS comme un repoussoir. Pourquoi ne pas en faire un projet attractif ? Impossible ? Impossible de considérer une mixture amère comme un philtre d’amour ? Personne n’est obligé de tomber en pâmoison, mais regardons nos voisins : il y a une décennie, le pays malade de l’Europe s’appelait l’Allemagne. Comment s’est-il – spectaculairement – rétabli ? Grâce à l’UMPS, à la mode germanique. C’est une grande coalition dirigée par un social-démocrate, Gerhard Schröder, qui a rendu l’économie allemande à nouveau performante. Et c’est une grande coalition dirigée par une chrétienne-démocrate, Angela Merkel, qui a corrigé les excès de cette cure libérale, avec la création d’un Smic. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des pays, outre-Rhin, mais la France est aujourd’hui condamnée au suivisme du grand frère allemand à cause de l’anémie de son économie et de son incapacité à refonder son modèle républicain.

Marine Le Pen a raison : l’UMPS existe. Sur la plupart des dossiers, la distance est beaucoup moins grande entre Hollande et Sarkozy qu’entre Valls et Mélenchon. La gauche et la droite de [idem, du, du ?] gouvernement échappent à la phobie antilibérale qui règne aussi bien au Front national qu’au Front de gauche : les deux fronts constituent objectivement l’autre bloc homogène, mais qui ne peut se coaliser à cause de la question de l’immigration, centrale pour l’un, marginale pour l’autre.

La France a rendez-vous avec l’UMPS. Pas forcément à l’occasion des élections régionales, le climat d’union nationale qui a régné après les attentats s’étant vite dissipé. Les Républicains et le PS espèrent échapper à une fusion de leurs listes partout en France : Sarkozy table sur un retrait pur et simple des candidats PS dans les régions où il y aura un danger FN. Le vrai rendez-vous, c’est l’élection présidentielle de 2017. La qualification de Marine Le Pen pour le second tour n’est pas acquise mais elle est probable. L’élu de 2017, qu’il s’appelle Sarkozy, Hollande, Juppé ou X, sera donc selon toute vraisemblance un élu UMPS. Comme Chirac en 2002. Il y avait alors eu un consensus gauche-droite pour laisser l’UMP aux manettes. Il faudra en 2017 un consensus inverse pour que la droite et la gauche assument leurs responsabilités, au-delà de leurs différences. C’est la seule voie pour que la France cesse de faire du surplace où elle « marine » depuis 2002.[/access]

*Photo : © AFP DENIS CHARLET.

Régionales: le déni

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Homme politique, franchement, je ne pourrais pas. Pas comme ça. Pas comme eux.
Le PS vient de se prendre la pire raclée de son histoire. Le PR s’est révélé incapable d’en profiter. Le Front de Gauche rêve, de loin, de très loin, d’être un Podemos à la française. Les écolos sont dans les choux. Quant aux « petits partis », ils restent petits, parce qu’en état d’urgence, les votes vont vers les gros effectifs. Dommage.
Le FN tire les marrons du feu. Logique. « On n’a pas tout essayé », disent les désespérés de la France périphérique. Et ce ne sont pas seulement les scrogneugneus hors d’âge qui ont voté pour lui. Non : les jeunes aussi ont massivement apporté leurs voix au FN. La désespérance aussi est un parti politique.
Même si le plus grand parti de France est l’abstention — mais on s’en aperçoit un peu tard, dans un système qui a toujours refusé de comptabiliser les votes blancs, de peur que les hommes politiques (les femmes aussi, et on en connaît qui ne sont pas piquées des vers) ne réalisent à quel point ils sont démonétisés.

Assez intelligemment, ni Marine Le Pen ni Florian Philippot n’ont particulièrement pavoisé dimanche soir. Contents — on le serait à moins — mais conscients que l’establishment va s’insurger. Comment ? Le FN ? Et nous ? Et nos places ? Nos prébendes ? Nos bénéfices sur la collecte d’ordures ? Nos petites habitudes ? Nos petits arrangements ?
Pas une fois — et je me suis imposé l’écoute attentive des uns et des autres — le PS ou le PR n’ont mis en cause leur politique. Pas un seul pour dire : « Si les Français votent massivement contre nous, c’est que nous menons une politique nulle, niaise et nocive ».
Il faut dire que les principaux responsables de cette déroute, à commencer par le Premier ministre, sont restés loin des micros — et pourtant, ce n’est pas leur genre. Pimprenelle n’est pas venue s’excuser d’une mauvaise réforme du collège qui a dressé nombre d’enseignants de gauche contre la Gauche — ou ce qu’il en reste, des bourgeois parlant à gauche en tâtant leur portefeuille à droite. Emmanuel Macron n’a pas paru pour fustiger son néo-libéralisme qui fait les affaires des banquiers en remplissant leurs poches avec nos sous. Laurent Fabius ne s’est pas montré pour s’excuser d’une politique moyen-orientale aberrante. Et le capitaine en chef n’a rien dit sur son obédience européenne qui a fait de lui le toutou de « la chancelière » — ah, la chancelière !
De l’autre côté, Sarkozy ne doute de rien, Jean-Luc Mélenchon ne rompra pas avec le PC, qui drague le PS pour quelques places dans des mairies de seconde zone, les Verts s’obstineront dans la défense des plantes vertes — leurs semblables, leurs frères.
Non, ils n’ont rien dit, alors qu’ils auraient dû venir corde au cou comme des bourgeois de Calais (où par parenthèse Marine Le Pen est presque à 50% — y aurait-il une exaspération locale ? La politique migratoire ne serait-elle pas du goût des Calaisiens ? Ah, que de questions…) demander pardon au peuple de la politique aberrante qu’ils mènent depuis des années — eux, et leurs prédécesseurs, renvoyés pareillement dans les cordes.
Le PS, réuni à Matignon autour de Valls, a dû se féliciter du bouillon bu par Sarkozy et ses amis. Les Régionales, ils s’en tapent : comment rester en place en 2017 ? Ah, nos places !

Fin septembre, j’ai interviewé Florian Philippot dans Le Point.fr sur la politique d’Education du FN. En préambule à cette discussion, j’écrivais : « On m’a beaucoup déconseillé d’offrir une tribune à Florian Philippot, c’est-à-dire au FN. Des démocrates convaincus pensent légitime d’ignorer un parti qui rassemble, sondage après sondage, au moins 30 % des Français. Ce n’est pas ma façon de penser. Qu’il soit par ailleurs bien entendu que publier ses réponses à des questions qui se posent effectivement n’est ni un acte d’allégeance ni un appel du pied. » 30% ! Une poignée d’illuminés m’ont sommé de dire d’où je tirais ce chiffre fantaisiste…
Et aujourd’hui, ils le demandent encore ? Le FN est à 30% ! « Le FN est le premier parti de France, a dit dimanche soir Marine Le Pen, alors qu’il est à peine représenté au Parlement ». C’est vrai, et c’est sans doute ce que les démocrates qui ont la bouche pleine de « barrage républicain » appellent la démocratie — ou la république. C’est qu’ils entendent y rester, au Parlement ! C’est confortable !
Ils vont finir par me dégoûter de la démocratie.

Et surtout, ils vont dézinguer la République. « Front républicain ! » Mais si la semaine prochaine le FN, arrivé en tête dans la plupart des régions, est renvoyé dans les cordes de façon à ce que les nantis restent à leurs postes comme des morpions dans des poils pubiens ; si dans un an et demi avec des scores encore améliorés le FN est réduit à la portion congrue à l’Assemblée, après avoir été l’épouvantail qui permettra la réélection de Hollande — eh bien ça se passera dans la rue.
Nous sommes quelques-uns, et un peu plus même, à sentir monter l’émeute. Quand la démocratie se caractérise par le déni de démocratie, le peuple choisit toujours la rue — ils devraient réviser leurs cours d’Histoire, les uns et les autres. Et d’un gouvernement né d’une insurrection ou d’une réaction à l’insurrection, on peut tout craindre — y compris l’élimination de la République.
Ce déni de démocratie est le produit du déni de réalité : rien de la politique menée depuis quinze ans ne convient à la France — sinon des réformes « sociales » cosmétiques, celles qui ne coûtent rien. Ah, mais si on adopte une autre politique, on va se faire taper sur les doigts par tata Merkel ! Ma foi, on pourrait aussi se passer de marâtre. Sinon, on se passera de démocratie — et ce serait bien dommage.

*Photo: © AFP PHILIPPE HUGUEN.

Cop 21: Décroître ou périr

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Mathématicien et philosophe, chercheur au CNRS, Olivier Rey est membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS/Paris 1). Dernier ouvrage publié : Une question de taille, éd. Stock, 2014.

Daoud Boughezala. Je vais vous poser une question simple et directe : imputez-vous à l’homme la responsabilité du changement climatique ?

Olivier Rey. Le climat est un objet extrêmement complexe, et les modèles qui rendent compte de son évolution gardent toujours une part hypothétique. Cela étant, ces modèles indiquent une influence importante de l’activité humaine sur le changement climatique, et les membres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, ont un discours scientifiquement incomparablement mieux étayé que ceux qu’on nomme les « climatosceptiques ». Par ailleurs, nous touchons là un domaine où le principe de précaution, tel qu’on le trouve inscrit dans la Constitution française, devrait par excellence s’appliquer. Ce principe stipule que, lorsque l’environnement risque d’être dégradé de façon grave et irréversible, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas empêcher de prendre des mesures pour conjurer ce risque. Dès lors, même si quelques-uns s’obstinent à douter de l’origine humaine du changement climatique, l’ampleur et l’irréversibilité des dommages que ce changement très rapide est susceptible d’occasionner exigent que l’on prenne des mesures pour l’enrayer. Pour prendre une image parlante : ce n’est pas parce que l’occurrence de nouveaux attentats n’est pas démontrable à la façon d’un théorème mathématique qu’il faudrait s’abstenir de traquer les réseaux terroristes ![access capability= »lire_inedits »]

On vous sait plutôt partisan du « small is beautiful ». Mais si l’on veut sauver la planète du désastre annoncé, ne faut-il pas coordonner une action globale à l’échelle internationale ?

Je défends non le petit mais le proportionné. Tout problème doit être traité à l’échelle pertinente. La question du climat concerne la Terre entière et il serait absurde de penser qu’on peut la résoudre à des échelles inférieures. Cependant, vous remarquerez que ce qui fait avorter les négociations au niveau mondial, c’est le fait qu’il existe des nations gigantesques comme les États-Unis ou la Chine qui, du fait de leur taille, peuvent tout bloquer. Il serait bien plus aisé de parvenir à un accord mondial si les entités politiques étaient toutes aux dimensions de la Suisse, qu’avec de tels mastodontes aveuglés par leur propre grosseur.

Imaginons que le monde soit fragmenté en une multiplicité d’États à taille humaine. Si sept milliards d’humains aspiraient à adopter le mode de vie d’un Américain moyen, avec la surconsommation d’énergie que cela induit, le problème resterait entier…

Certes, le problème de départ serait le même, mais on serait en bien meilleure posture pour y faire face. Le citoyen d’un petit État sait que le monde extérieur existe, alors que le citoyen d’un État géant est enclin à l’oublier. Les grands États sont si obsédés par leur rang que le devenir du monde passe au second plan. De plus, si les États-Unis refusent de suivre des recommandations générales, eh bien ! ils ne les suivront pas, un point c’est tout.

Nous entrons dans le vif du sujet : les organisateurs de la conférence de Paris sur le climat (COP21) ont fixé l’objectif d’augmentation de la température d’ici à la fin du siècle à deux degrés. Qu’en pensez-vous ?

Cet objectif a quelque chose d’arbitraire (pourquoi deux degrés, et non pas 1,5 ou 2,3 ?), et beaucoup d’incertitudes demeurent sur ce qui nous permettrait vraiment de l’atteindre. Si les modèles, en effet, anticipent un réchauffement rapide, il est difficile de le quantifier précisément. Mais l’objectif de deux degrés a le mérite d’exister, et d’inciter à l’action. Le problème est que COP21 ne signifie pas, comme on pourrait le penser, « coopération pour le XXIe siècle », mais 21e Conférence des partis de la convention cadre des Nations unies sur le changement climatique. Vu le peu de résultats obtenus lors des 20 précédentes éditions, il est à craindre que maintenir le réchauffement en deçà de deux degrés paraisse de plus en plus irréalisable

La COP21 entend également développer les énergies renouvelables (hydrauliques, éoliennes, photovoltaïques). Croyez-vous en la possibilité d’une transition énergétique qui nous ferait progressivement abandonner le nucléaire ou les énergies fossiles ?

On se fait des illusions en défendant l’idée d’une transition qui permettrait de dépenser autant, voire plus d’énergie, en substituant aux hydrocarbures d’autres sources énergétiques. Prenons l’énergie solaire. Les plantes savent très bien l’utiliser grâce à la photosynthèse, mais nous, pour en tirer de l’électricité, nous recourons à des cellules photovoltaïques. Et si nous entendions produire par ce moyen l’énergie que nous consommons aujourd’hui, nous nous heurterions très vite à une pénurie des matériaux nécessaires pour fabriquer lesdites cellules. Même chose pour les éoliennes, la biomasse, les « fermes océaniques » pour exploiter la houle, l’hydrogène, la méthanation, etc : dès que l’on projette leur développement à l’échelle nécessaire pour couvrir la demande énergétique actuelle, on rencontre des impossibilités.

Pour le dire vulgairement, les énergies renouvelables, c’est du bidon ?

Dans son livre L’Âge des low tech (Le Seuil, 2014), Philippe Bihouix montre très bien le cercle dans lequel on s’enferme dès lors que l’on entend prolonger et étendre le mode de vie des pays dits développés grâce à l’innovation technologique et aux énergies de substitution. Par exemple : oui, il reste des hydrocarbures dans le sol, que les nouvelles techniques d’extraction permettent d’aller chercher. Mais ces techniques d’extraction réclament des métaux, fabriqués à partir de minerais qu’il est certes possible d’extraire de gisements moins riches qu’auparavant, mais au prix d’une dépense énergétique supérieure. Il nous faut plus de métaux pour obtenir de l’énergie, et plus d’énergie pour obtenir des métaux : le serpent se mord la queue. De ce fait, le peak oil, le « pic de pétrole » dont on a beaucoup parlé (le moment où la production mondiale de pétrole plafonne avant de décliner) sera, selon Bihouix, accompagné ou suivi d’un peak everything, un « pic de tout ».

Malgré ses limites, la COP21 n’a-t-elle pas l’immense mérite de chercher des solutions alternatives alors que ses détracteurs décroissants s’enferment dans une forme d’impasse contestataire ?

Les « décroissants » ont raison de dire que notre mode de vie et de développement n’est plus viable. Non seulement il n’apporte pas le bonheur et la concorde sur Terre, c’est le moins qu’on puisse dire, mais il détruit notre demeure commune. Face à l’effondrement en cours, il y a deux attitudes possibles : soit préconiser un changement radical comme le font les tenants de la décroissance ; soit prétendre continuer sur la même trajectoire, en tablant sur la déesse Technologie pour surmonter les difficultés. La COP21 s’inscrit dans la seconde lignée. Maintenant que le développement technologique incontrôlé nous a mis dans une position intenable, c’est un surcroît de technologie qui devrait nous tirer d’affaire. Autrement dit, les dégâts deviennent une raison de persévérer dans l’attitude qui les produit – jusqu’à la dévastation totale.

Vos adversaires vous répliqueront que vous sous-estimez la capacité des générations futures à innover alors que l’histoire de l’humanité montre précisément un progrès constant des sciences et des technologies.

La transformation du monde entraînée par le développement industriel depuis le XIXe siècle est sans précédent. Avec un recul de seulement deux siècles, il est absurde de se réclamer de grandes lois de l’histoire pour dissiper les inquiétudes, et d’affirmer que, comme toujours par le passé, « l’homme saura trouver une solution ». Il est vrai que, d’une certaine manière, la dynamique actuelle prolonge une dynamique très ancienne. Mais nous avons atteint un stade où les quantités mises en jeu par cette dynamique en changent la nature, nous placent dans une situation tout à fait inédite. Si l’on parle d’anthropocène pour qualifier le nouveau temps géologique dans lequel la révolution industrielle nous a fait entrer, c’est que désormais les activités humaines sont devenues le premier facteur de modification de l’« écosystème » terrestre. Un exemple parmi d’autres : les hommes rejettent aujourd’hui plus de déchets que l’érosion ne produit de sédiments.

Dans ces conditions, l’issue de la COP21 représente-t-elle encore un enjeu ?

Même si un accord est signé, il sera vraisemblablement très limité et n’aura aucun caractère contraignant. Les grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine ne se trouveront guère liées par des accords auxquels elles pourraient avoir consenti du bout des lèvres. Plus que les éventuelles conclusions de la COP21, ce sont les attitudes futures qui compteront. Par ailleurs, le réchauffement climatique, aussi désastreux soit-il à la vitesse où il s’opère, ne doit pas masquer tous les autres problèmes qui se posent, comme l’empoisonnement chimique, la stérilisation de la terre. Au cours du dernier demi-siècle, la population de vertébrés a diminué de moitié.

De vertébrés non humains… La France et le monde agissent-ils dans ces domaines ?

Oui : ils accentuent les ravages. Dans son livre Intoxication (Éd. La Découverte, 2015), Stéphane Horel rappelle que la Commission européenne, alertée sur les dangers des perturbateurs endocriniens, devait réglementer leur usage. Cependant, au lieu de suivre les conclusions du rapport scientifique qui avait été demandé, la Commission a réclamé une étude d’impact économique. Autrement dit, les économistes prennent le pas sur les biologistes et les chimistes, et c’est en fonction des intérêts de grandes firmes que l’on saura si une substance est dangereuse ou non. De ce fait, les perturbateurs endocriniens vont continuer de se répandre partout. D’autant que, tout bien considéré, il y a là un formidable « réservoir de croissance » ! Quand l’équilibre hormonal des êtres humains sera si perturbé que la stérilité sera le lot commun, les êtres humains seront contraints d’aller dans des centres de procréation médicalement assistée, où ils devront payer des dizaines de milliers d’euros pour obtenir un enfant qu’auparavant ils faisaient naître gratuitement. Voilà comment les nuisances engendrées par le développement économique sont recyclées en vecteurs d’une extension du domaine de l’économie.

Notre ami René Viénet dit qu’« on ne combat pas l’aliénation avec des moyens aliénés ». Or, certains écologistes radicaux paraissent sombrer dans une dérive religieuse, sinon sectaire, non seulement en rendant un culte à la déesse mère Gaïa mais en soutenant l’idée que la Terre se porterait mieux sans l’espèce humaine?

« Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands », a dit Benoît XVI : les ravages infligés à la nature sont le corrélat d’un dépérissement de la culture et de la spiritualité. Imaginer sauver la nature au détriment de l’être humain, c’est aller jusqu’au bout de ce dépérissement. C’est répondre au nihilisme techno-économique par un autre nihilisme.[/access]

Une question de taille

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*Photo: Hannah.

Régionales: déroute de la droite parlementaire

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Aux élections régionales de 2010 – qui avaient été un naufrage pour la droite parlementaire puisque toutes les régions sauf une étaient passées à gauche (21 régions sur 22) – l’UMP, le Modem et les divers droite cumulaient 30,2 % des voix au premier tour. Hier au premier tour des régionales, les mêmes composantes (LR + UDI + Modem + DVD) cumulent 27,6% des suffrages exprimés. C’est un recul de 2,6% par rapport à la situation précédente, qui avait été analysée comme un échec cuisant de la droite !

Par rapport au précédentes régionales, la gauche (hors Front de gauche) a elle aussi fortement reculé, passant de 43% (PS + écologistes + DVG) à 32% hier (PS + EELV + DVG). Mais cet effondrement est principalement dû au recul très fort des écologistes, le PS passant de 28,6% en 2010 à 23,1% hier. Mais si l’on regarde le bloc de gauche gouvernementale (socialistes et écologistes, hors front de gauche), on remarque sa stabilité depuis 2012 : 30,9% des voix au premier tour des présidentielles de 2012 (François Hollande + Eva Joly), 30% des voix aux départementales de 2015. On peut même noter un progrès significatif par rapport aux européennes de 2014, où le bloc de gauche gouvernementale (PS + EELV) ne faisait que 26%.

En dehors de la percée exceptionnelle du Front national dans le premier tour d’hier, le fait majeur de ces élections est donc la déroute de la droite gouvernementale, dite « classique ». Elle perd 10 points entre les départementales de 2015 et le premier tour des régionales, les listes UMP + UDI + DVD passant de 37% à 27,6%… Elle perd 9 points par rapport au premier tour des présidentielles que la droite a perdues, passant de 36,4% (Sarkozy + Bayrou) à 27,6% aux régionales 2015.

La droite parlementaire est donc en déroute. Même si cette déroute sera masquée par le gain de 4 ou 5 conseils régionaux. C’est là le paradoxe de ces élections.

Comment inscrire ce résultat dans la durée et comment esquisser son évolution future ?

La droite « classique » se vide de ses électeurs au profit du Front national. Il est certain que les premières victoires du FN, le menant de quelques points à environ 15% de l’électorat, se sont faites sur un fond d’électorat ouvrier. Dans un premier temps, le FN a siphonné les voix du PC. Mais aujourd’hui la dynamique qui permet au FN de passer des 17% réalisés par Jean-Marie Le Pen au premier tour des présidentielles de 2002 à près de 28% aux régionales de 2015, en faisant le premier parti de France, repose sur le siphonage des voix de la droite classique. Les 9% que la droite a perdus entre les présidentielles de 2012 et les régionales d’hier sont bien passées au FN. Il est clair que la droite travaille, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, à faire avancer les idées du FN. C’est toute la stratégie sarkozyste de reconquête du pouvoir qui est remise en question.

Il ne faut pas être grand devin pour annoncer que cette dynamique va se poursuivre. Mais elle pourra prendre deux formes. Les deux étant révolutionnaires, au sens où la situation qui en sortira va révolutionner la vie politique française.

La révolution populiste est une première possibilité : la droite prend conscience qu’elle est en ruines, que feux le RPR et l’UDF qui faisaient jadis près de 50% des voix n’en font plus que 25 aujourd’hui et peut-être demain 20% seulement. Et sous l’influence d’une idéologie buissono-zémourienne, elle décide de faire une alliance de gouvernement avec le FN sur un programme identitaire et relativement protectionniste au plan économique.

La révolution conservatrice est l’autre éventualité : la gauche socialiste ayant fait sa révolution macronienne, elle prend conscience que seule une feuille de papier à cigarettes la sépare désormais de la droite parlementaire, surtout après les attentats qui ont vu Hollande se muer en chef de guerre, et elle décide de faire alliance d’une manière ou d’une autre avec la droite face au FN. Programme européiste, libéral au plan économique, discrètement atlantiste et néo-conservateur au plan international.

Si on se réfère aux analyses socio-politiques d’Emmanuel Todd, on voit que la droite et la gauche parlementaires ont en commun de s’appuyer sur les familles sociologiques « inégalitaires », alors que le FN s’appuie sur la France « égalitaire » dans les régions qui ont engendré la Révolution. Cette analyse plaide plus pour la seconde hypothèse formulée.

Dans les deux cas, la vie politique française en sortira bouleversée. La déflagration sera forte. Les prochaines présidentielles, et en particulier les primaires à droite, vont déterminer laquelle de ces deux déflagrations va retentir.

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*Photo : © AFP BORIS HORVAT.

Régionales : le FN prend Racine

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La presse et les médias se sont forgé leurs propres éléments de langage qui leur offrent une vision rassurante du monde quand le monde n’a décidément plus rien de rassurant. Hier soir, sur France 2 ou BFM TV, la saison des cyclones avait ainsi repris chez les commentateurs politiques pour qualifier le score réalisé par le Front national après le premier tour : six régions dominées, 40,64 % pour Marine Le Pen en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, 40,55 % pour Marion-Maréchal Le Pen en PACA, 36,06 % pour Florian Philippot en Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine et 27,96 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale, devant Les Républicains qui peinent à atteindre 27 %, même avec le renfort UDI-Modem, et le Parti socialiste laissé sur le bord de la route avec un peu plus de 23% des suffrages. Gageons que les raz-de-marée et les tsunamis s’abattront une nouvelle fois sur les éditos pour évoquer le succès écrasant du Front national, comme si celui-ci avait encore la soudaineté et l’imprévisibilité d’une tempête tropicale, comme si personne ne voyait monter la marée depuis longtemps, y compris chez les 18-30 ans, que Libé avait cru bon de baptiser la « génération Bataclan » après les attentats du 13 novembre.

La réponse a été cinglante, le démenti sévère : la jeunesse n’emmerde plus le Front national, soit elle s’abstient et « nique la France », soit elle soutient de plus en plus notablement le parti de Marine Le Pen, quand elle ne ne s’engage pas tout simplement sous les drapeaux, l’armée faisant face à une recrudescence de candidatures depuis janvier 2015, démultipliées depuis les attentats de novembre. Quand Libé dit « Je suis en terrasse », la jeunesse lui répond « Je suis au front », dans tous les sens du terme. Et le monde ouvrier acquiesce en déposant son bulletin dans l’urne, et en disant « et moi je suis la crise ».

Laissons tomber les typhons, rangeons les marées noires au placard et coupons le robinet des raz-de-marée. Ce n’est pas M. Météo qu’il nous faut pour commenter ces élections sous état d’urgence mais Jean Racine. Mais si voyons ! Vous ne vous rappelez pas ? Jean Racine ? Le Grand Siècle ! La tragédie ! Il nous faut toujours quelqu’un pour décrire le roman national qui continue à s’écrire sous nos yeux. Qui mieux que Jean Racine chantera le spectacle de la classe politique en pleine tragicomédie ? Regardez Pierre de Saintignon hier soir, la moue douloureuse, la parole difficile, qui quémande à demi-mot une alliance, se fait souffleter par un Xavier Bertrand crâneur à peu de frais, ne sait plus s’il doit s’unir, se dresser ou cesser d’exister, et finit par annoncer qu’il se retire, désemparé comme Hermione qui s’écrie : « Ah ne saurais-je point si j’aime ou si je hais !, errante et sans dessein je cours dans ce palais ! »

Pendant ce temps, triomphante et rayonnante, Marine Le Pen s’adresse aux caméras. Avec une satisfaction si évidente qu’on craint soudain qu’elle ne prenne feu comme un Icare à l’approche de l’astre brûlant du pouvoir, elle prend la voix d’Oreste et tonne : « Avant que tous les Français vous parlent par ma voix, souffrez que j’ose ici me flatter de leur choix ! », tandis que Nicolas Sarkozy tente de rallier à son panache gris et déplumé les quelques troupes qu’il veut rassembler en appelant à un nouvel état d’urgence. Endossant le manteau rapiécé de la République, tendant un doigt accusateur vers les résultats électoraux, le chef des Républicains s’écrit comme Pyrrhus : « Je ne vois que des tours, que la cendre a couvertes, un fleuve teint de sang, des campagnes désertes. » Le malheureux Estrosi, de son côté, n’en revient toujours pas : ses chers électeurs l’ont laissé à plus de 16 points d’écart de la Maréchale. Fébrile, il prend la parole, met une main sur le cœur et s’interroge, comme la belle Andromaque : « Et quelle est cette peur, dont leur cœur est frappé ? », avant d’accepter à son tour de rentrer dans l’ombre, vaincu, murmurant, face à son électorat ingrat : « Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups. »

Tous les chefs politiques, au soir du 6 décembre, appellent pourtant l’électeur, incarnation du Saint Peuple, à redevenir raisonnable. Xavier Bertrand, bravache, annonce que « l’histoire retiendra que c’est en Nord-Pas-de-Calais-Picardie que la progression du Front National sera stoppée ». À droite, à gauche, on appelle au rassemblement républicain, à la victoire de la tolérance, du progrès, de l’amour, de l’intelligence sur la haine et l’obscurantisme mais las ! L’électeur, enragé, sourd à toute supplique, continue à tempêter comme Oreste à Pylade : « Je suis las d’écouter la raison ! », « Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne ! » Une façon tout de même bien plus belle que la nôtre de conclure en ce premier tour d’élections : on ne sait pas où on va, mais ce qui est sûr, c’est qu’on y va.

*Photo: © AFP PHILIPPE HUGUEN.

Bourgogne-Franche-Comté: la surprise du FN?

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sophie montel fn bourgogne

Fin octobre, alors que l’attention médiatique se concentrait sur Marine et Marion Le Pen et, à un degré moindre sur Florian Philippot, nous vous annoncions qu’une quatrième région pourrait fort bien basculer dans l’escarcelle du Front national. Avec 31.5% des voix, Sophie Montel semble bien partie pour devenir la moins médiatique des prochains présidents de région FN. Cette discrétion, elle semble bien en faire un atout. Lors de la législative partielle de la quatrième circonscription du Doubs il y a moins d’un an, elle avait finalement échoué à quelques huit-cents voix du but. Mais, en l’occurrence, toute la France médiatico-politique avait les yeux braqués sur cette élection et on peut légitimement penser que cela lui avait été fatal. Tel ne sera pas le cas cette fois-ci, à cause des trois têtes d’affiches précédemment citées.

Au Nord et au Sud, là où le FN a fait ses meilleurs scores, le retrait des deux listes socialistes promet des duels périlleux à Marine et Marion Le Pen. Si Jean-Christophe Cambadélis n’a pas évoqué le retrait du socialiste Jean-Pierre Masseret dans le Grand Est pour faire barrage à Florian Philippot, c’est parce qu’il n’était pas encore certain que la gauche se soit fait dépasser par la droite classique. Mais sur le coup des 23h30, les personnalités socialistes demandaient sur les plateaux le retrait de Jean-Pierre Masseret. En Bourgogne-Franche-Comté, on pourrait donc bien assister à la victoire de Sophie Montel, celle qu’on n’attendait pas au début de cette campagne, et qui, de 1987 à 2015, a toujours collé à la ligne officielle de son parti, jeanmariste disciplinée dans les années 90 et mariniste passionnée depuis 2011. Celle qui se décrit avec une certaine autodérision comme « une apparatchik modèle » devance le centriste François Sauvadet de 7,5 points et la sortante socialiste Marie-Guite Dufay d’un point supplémentaire. Il n’est évidemment question de retrait ni pour le candidat LR-UDI, arrivé deuxième, ni pour le PS. Mais la présidente socialiste sortante, qui a de meilleures réserves de voix que son concurrent centriste, n’a pas reçu l’ordre solférinien de retirer sa liste, conservant une chance de garder son fauteuil.

Cette triangulaire permet donc à Sophie Montel de se poser en favorite pour dimanche prochain. Le candidat de Debout La France, Maxime Thiébaut, a créé la surprise en dépassant le seuil de 5% permettant une éventuelle fusion avec une liste présente au second tour. Sur le plateau de France 3, François Sauvadet s’est montré davantage aimable à son endroit que Sophie Montel, laquelle a préféré s’adresser directement aux électeurs qui s’étaient porté sur le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Pour la première fois, le FN semble en position de disputer à la droite classique une réserve de voix, plutôt substantielle dans le contexte de cette triangulaire.

Sur le plan national, le FN est en tête dans six régions sur treize et devance l’alliance LR-UDI de plus de deux points. L’ensemble des observateurs a relevé un effet « 13 novembre » sur le résultat de ce scrutin. Mais deux autres leviers ont pu avoir une influence. Primo, le FN s’est positionné très clairement comme le seul parti qui refusait la fusion des régions. Sophie Montel s’adressait à la Bourgogne ET à la Franche-Comté. Florian Philippot, à l’Alsace, la Lorraine et à la Champagne-Ardennes. Comme si les anciennes régions subsistaient. Secundo, l’éviction de Jean-Marie Le Pen cet été a pu également « libérer » un certain nombre d’électeurs potentiels qui attendaient ce signal depuis longtemps. L’idée, exposée dans ces colonnes il y a plus de deux ans, que la présence du  fondateur du FN constituait sans doute le plafond de verre ultime au développement de ce parti, pourrait bien se voir confirmée dans une semaine, principalement à Dijon et Besançon.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00704191_000007.

Île-de-France: le FN, dernier espoir du PS

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Dans la région des régions, peuplée de 12 millions d’habitants, on ne sait plus à quel saint se vouer. Si la liste Valérie Pécresse (LR) dépasse de six points celle de Claude Bartolone, l’équipe du président de l’Assemblée nationale argue que le total des voix de gauche près de 15% cumulés pour les Verts et le Front de gauche- dépasse les réserves de la droite. Quant au Front national, qui fait traditionnellement de la figuration dans la région parisienne, Wallerand de Saint-Just l’amène à 18.5%.

La gauche francilienne mise sur le maintien du FN au second tour pour conserver la région et remporter la mère de toutes les batailles. Tout en appelant à la fusion des listes LR/PS partout où il est arrivé en troisième position au nom d’un « front républicain », le Parti socialiste compte donc sur Saint-Just, lepéniste parmi les lepénistes, comme digue anti-Pécresse. Hypocrisie ou schizophrénie? À vous de voter!

Régionales: le FN, premier parti de France

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fn regionales lepen

(Avec AFP) – Comme le prédisaient les sondages, le Front national est arrivé en tête du premier tour des régionales avec un score national historique de 28%, qui le met en position de remporter plusieurs régions, juste devant la droite puis le PS, dans un pays en état d’urgence encore traumatisé par les attentats du 13 novembre.

En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marine Le Pen devrait dépasser les 40%, selon plusieurs instituts, devant les listes des candidats LR Xavier Bertrand (autour de 24%) et PS Pierre de Saintignon autour de 18%. Déjà, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy s’érige en seul rempart contre la présidente du FN et a appelé les électeurs de gauche à le soutenir au nom de ses »valeurs gaullistes ».

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marion Maréchal-Le Pen dépasserait également la barre des 40%, avec selon Ipsos 41,2%, loin devant le maire de Nice Christian Estrosi (26%) et le socialiste Christophe Castaner (15,8%).

Dans ces deux régions, les deux héritières de Jean-Marie Le Pen sont en nette position de force pour le second tour, alors que la soirée devrait être dominée par la question d’éventuels retraits de la gauche dans ces deux régions. Florian Philippot est donné en tête avec 35% des voix pour sa liste en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, près de dix points devant Philippe Richert (LR-UDI-Modem) avec 26% et le PS très loin à 16,7%, selon Ipsos. Il semblerait que le vice-président du FN n’ait pas mobilisé l’électorat autant que Marine et Marion Le Pen, preuve que le FN progresse là où l’abstentionnisme, fréquent parmi les classes populaires, recule.

Le compagnon de Mme Le Pen, Louis Aliot, arrive lui aussi en tête avec 30,9% en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, plus de cinq points devant Carole Delga (PS, 25,5%), le candidat LR Dominique Reynié se retrouvant en position de retrait à 18,6%. Ironie du sort, le politologue social-démocrate, rallié de fraîche date à la droite sarkozyste, signe un score digne du PS…

En Bourgogne-Franche-Comté, la frontiste du cru Sophie Montel voit sa liste arriver en tête avec 32,1% devant la droite de François Sauvadet (23,5%) et le PS (22,8%). Enfin, en région Centre, le FN est premier avec 30,5%, devant la droite à 25,8% et le PS à 24,5%.

Signe que la stratégie de droitisation buissonnière porte ses fruits, en Rhône-Alpes-Auvergne, les Républicains emmenés par Laurent Wauquiez seraient en tête à 29,5%, devant le FN à 27,4% et le PS à 23,4%, selon Opinion Way.

A gauche, le PS limite la casse dans les trois régions qu’il espère conserver. Le parti confirme son statut de favori en Bretagne, qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, malgré la campagne d’arlésienne de la tête de liste Jean-Yves Le Drian, assuré s’il s’impose de rester ministre de la Défense. Selon Ipsos, PS 34,7% LR 22,4% et FN 18%
En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Alain Rousset (PS) est créditée de 31,5%, nettement devant la liste de droite de Virginie Calmels (25,9%) et le FN (22,8%).

Comme attendu, la question du retrait ou du maintien des listes arrivées en 3e position à l’issue du 1er tour, dans les régions où le FN peut l’emporter en triangulaires, devrait donc dominer les débats dimanche soir. Des décisions difficiles à prendre, le retrait d’une liste signifiant pour un parti de n’avoir aucun élu au conseil régional pendant près de six ans. Quant à d’éventuelles fusions des listes, hypothèse avancée par Manuel Valls mais rejetée par Nicolas Sarkozy, elles donneraient corps à l' »UMPS » que décrie le FN. Dur dur de combattre la peste blonde…

1er tour Régionales 2015

*Photo: © AFP DENIS CHARLET.

Venantino Venantini: le rital de service

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Vanentino Vanentini Le dernier des tontons flingueurs

Il est le « dernier » survivant. Depuis la disparition de Georges Lautner en 2013, père fondateur des Tontons flingueurs, Venantino Venantini est le gardien du mausolée. Ce brun ténébreux, flegmatique comme tout Romain qui se respecte, n’a rien perdu de son élégance italienne à plus de 85 ans. On se souvient de lui, Beretta en poche, philosophant sur le combat de près dans le film culte de 1963. Pour être tout à fait exact, l’excellent Claude Rich faisait aussi partie de cette turbulente troupe mais il pratiquait la musique dodécaphonique et non le tir de précision. Venantino partage avec ce monstre sacré du Théâtre Français les souvenirs d’un tournage devenu mythique. Le Panthéon du dialogue explosif et de la répartie fusante. Être ou ne pas être dans cette distribution fait toute la différence. Postérité or not postérité.

Dans cinquante ans encore, on parlera de la scène de la cuisine, de Raoul Volfoni, de Montauban, des flingues de concours, de la pénurie de main d’œuvre sur le macadam, d’une certaine Polonaise qui en prenait au petit-déjeuner ou de ce besoin de faire des phrases chez les marins. Toute une époque ! Venantino raconte sa vie dans Le dernier des Tontons flingueurs, aux Editions Michel Lafon, avec la collaboration de Bertrand Guyard et une préface de Laurent Gerra. Pour les cinéphiles, amateurs de nanars, Venantino, c’est du pain bénit ! Le porte-flingues du Mexicain n’a jamais eu peur du ridicule. Quand certains construisent leur carrière sans salir leurs souliers vernis, le rital, comme tous ses potes l’appellent, a participé à des farces insensées. Du gros rire qui tache. Qui oserait aujourd’hui figurer au casting du Führer en folie, une « kolossale » bouffonnerie de Philippe Clair ? En 1974, Venantino relevait ce défi aux côtés d’Alice Sapritch, Michel Galabru, Luis Rego ou encore Pierre Doris.

Cependant, réduire cet acteur subtil à quelques comédies bien grasses serait, à la fois injuste et inexact. Car, Venantino a plus d’une couleur sur sa palette frémissante. Dans cette autobiographie, on apprend sa passion pour la peinture. En 1956, à 26 ans, il s’inscrit aux Beaux-Arts de Paris après avoir décroché une prestigieuse bourse. Et lorsque Venantino évoque son art majeur, il abandonne le masque de la Commedia dell’arte. Pendant deux ans, il aura pour chef d’atelier Georges Braque et chacune de ses rares rencontres avec le maître le troublera profondément jusqu’à modifier son geste. Braque lui conseilla de « voir grand et large ». Au cinéma, il fera souvent le grand écart entre Dino Risi et Max Pécas. L’inénarrable On est venu là pour s’éclater tient plus du film de vacances que d’une œuvre éternelle. La longue silhouette de Venantino, sa classe naturelle et son esprit boulevardier sont à jamais inoubliables dans Le Corniaud de Gérard Oury, Galia de Lautner ou Le dîner d’Ettore Scola. Si les plus grands (Fellini, Mastroianni, Gassman, Jean Yanne ou de Funès) ont aimé l’acteur, c’est pour sa bonne humeur mais aussi sa finesse. Il fut pour toutes ces stars un précieux guide dans les ruelles de Rome. Il se targue de connaître les 900 églises de la ville et y a même ses entrées secrètes. Cette promenade forcément vagabonde dans une si longue carrière est très agréable. Venantino se souvient de Marlon Brando qui lui a acheté un de ses tableaux à Tahiti, de ses déboires avec James Bond, les producteurs l’adoraient mais il se révéla « trop beau pour être le méchant ». Mais aussi de sa scène dénudée avec Sylvia Kristel dans Emmanuelle 2, des parties de foot avec Pasolini, de ses années américaines ou de l’aide qu’il procura à Ilie Nastase et Ion Tiriac avant qu’ils ne deviennent des vedettes des courts. Venantino, c’est l’Italien polyglotte, aussi à l’aise dans la jet set qu’au bar du coin, pudique comme tous les sentimentaux, joyeux et mystérieux.

Il n’a pas dit son dernier mot, il sera à l’affiche de Un plus une de Claude Lelouch où il interprète le père de Jean Dujardin, dans les salles le 9 décembre, et du prochain film de Kad Merad, Marseille, qui sortira en 2016.

Venantino Venantini, Le dernier des Tontons flingueurs – avec la collaboration de Bertrand Guyard – Préface de Laurent Gerra – Editions Michel Lafon.

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L’UMPS, c’est l’avenir!

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umps fn lepen front republicain

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NDLR : Cet article a été rédigé avant le premier tour des élections régionales.

Y penser toujours, n’en parler jamais : c’est pour avoir enfreint cette règle élémentaire du savoir-vivre, plus encore du savoir-vivre politique, que Manuel Valls s’est fait étriller par la droite comme par la gauche, avant les attentats de Paris. La faute du Premier ministre ? Avoir déclaré publiquement qu’il n’était pas question, d’après lui, de laisser le FN emporter une région lors du prochain scrutin de décembre. Et d’avoir envisagé, en conséquence, la possibilité d’une alliance gauche-droite entre les deux tours, une alliance PS-Les Républicains, pour faire barrage à la formation frontiste là où elle pourrait être en situation de gagner : dans le Nord-Picardie, avec Marine Le Pen, en Provence, avec sa nièce Marion, voire dans le Grand Est avec son premier lieutenant, Florian Philippot.

Non au retour du refoulé ! Pour la droite, la perspective de renouer avec la stratégie dite de front républicain est d’autant plus inacceptable qu’elle l’a abandonnée durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy au profit d’un « ni-ni », ni FN ni PS. Il s’agissait alors de tirer la conséquence de ce que nombre d’analystes présentent comme « la droitisation » de la société française : la droite ne pouvait plus donner de signes de connivence avec la gauche sous peine de voir de nouveaux pans de son électorat basculer vers le FN. Renoncer au ni-ni au temps de l’afflux de migrants et du terrorisme islamique constituerait un contresens.[access capability= »lire_inedits »]

Pour la gauche, la faute de Valls est d’un autre ordre : parier sur la défaite avant que la bataille ait été livrée ! Dans les trois régions concernées, les sondages donnent en effet les candidats des Républicains assez nettement devant les candidats socialistes. Pour beaucoup, à gauche, le Premier ministre anticipe une débâcle en demandant au PS d’être prêt à se ranger, piteusement, derrière la droite. Or, pour les socialistes du Nord, par exemple, la messe n’est pas dite : ils ne désespèrent pas de conserver la région, à la faveur d’une triangulaire.

Mais pour la droite comme pour la gauche, la vraie faute de Valls est ailleurs : donner de la consistance à l’UMPS, ce fantôme de la vie politique française que Marine Le Pen dénonce sur tous les tons depuis plusieurs années. C’est notamment pour éloigner ce fantôme que Nicolas Sarkozy a rebaptisé l’UMP pour en faire Les Républicains. À droite comme à gauche, beaucoup en sont persuadés : dans la perspective de la présidentielle de 2017, ce serait faire un formidable cadeau à la présidente du FN que de valider son analyse sur la gémellité des partis dits de gouvernement. Ce serait d’autant plus irresponsable qu’un éventuel front républicain dans le Nord ou en Provence n’empêcherait pas nécessairement une victoire du FN : la France d’en bas se soucie désormais comme d’une guigne des consignes des états-majors.

Et pourtant, n’en déplaise à ma directrice préférée, je suis convaincu que Valls a raison : l’UMPS, c’est l’avenir ! Si gouverner, c’est prévoir, y compris en matière électorale, comment écarter la possibilité que le FN soit en pole position dans une ou plusieurs régions au soir du premier tour ? Rien n’est sûr, évidemment, mais le climat ambiant autour de l’immigration et du terrorisme paraît plutôt de nature à booster le parti de Marine Le Pen qu’à le freiner. Et comment la droite comme la gauche pourraient-elles considérer une éventuelle victoire régionale du FN comme un… détail ? Le monde entier y verra le signe que la France est définitivement le pays malade de l’Europe.

Il y a des moments où, même en politique, on ne peut plus tricher. On ne peut plus tricher avec le réel. Le temps où la vie politique se résumait à un duel droite-gauche est révolu. La droite comme la gauche de gouvernement ne représentent plus qu’un quart de l’électorat. Un peu plus pour les Républicains, grâce à leur alliance avec le centre, un peu moins pour le PS, à cause du rejet de François Hollande. Le reste, c’est un FN qui représente aussi un quart de l’électorat, et que sa « marinisation » empêche dorénavant de classer mécaniquement dans un camp : son discours économique s’apparente à celui de la CGT. Dans ces conditions, l’union des droites relève du fantasme. Le reste, c’est aussi une gauche radicale, nettement moins forte que le FN, mais qui a juré la perte du PS. Dans ces conditions, l’union de la gauche relève du mirage.

Devant cet éclatement de la représentation politique, comment dégager une majorité cohérente, susceptible de gouverner vraiment, pas seulement d’accumuler des réformettes, comme c’est le cas depuis quinze ans ? Aujourd’hui, il n’y en a qu’une : l’UMPS ! En politique comme au judo, il n’est pas interdit de retourner les arguments de ses adversaires contre eux. Marine Le Pen présente avec constance l’UMPS comme un repoussoir. Pourquoi ne pas en faire un projet attractif ? Impossible ? Impossible de considérer une mixture amère comme un philtre d’amour ? Personne n’est obligé de tomber en pâmoison, mais regardons nos voisins : il y a une décennie, le pays malade de l’Europe s’appelait l’Allemagne. Comment s’est-il – spectaculairement – rétabli ? Grâce à l’UMPS, à la mode germanique. C’est une grande coalition dirigée par un social-démocrate, Gerhard Schröder, qui a rendu l’économie allemande à nouveau performante. Et c’est une grande coalition dirigée par une chrétienne-démocrate, Angela Merkel, qui a corrigé les excès de cette cure libérale, avec la création d’un Smic. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des pays, outre-Rhin, mais la France est aujourd’hui condamnée au suivisme du grand frère allemand à cause de l’anémie de son économie et de son incapacité à refonder son modèle républicain.

Marine Le Pen a raison : l’UMPS existe. Sur la plupart des dossiers, la distance est beaucoup moins grande entre Hollande et Sarkozy qu’entre Valls et Mélenchon. La gauche et la droite de [idem, du, du ?] gouvernement échappent à la phobie antilibérale qui règne aussi bien au Front national qu’au Front de gauche : les deux fronts constituent objectivement l’autre bloc homogène, mais qui ne peut se coaliser à cause de la question de l’immigration, centrale pour l’un, marginale pour l’autre.

La France a rendez-vous avec l’UMPS. Pas forcément à l’occasion des élections régionales, le climat d’union nationale qui a régné après les attentats s’étant vite dissipé. Les Républicains et le PS espèrent échapper à une fusion de leurs listes partout en France : Sarkozy table sur un retrait pur et simple des candidats PS dans les régions où il y aura un danger FN. Le vrai rendez-vous, c’est l’élection présidentielle de 2017. La qualification de Marine Le Pen pour le second tour n’est pas acquise mais elle est probable. L’élu de 2017, qu’il s’appelle Sarkozy, Hollande, Juppé ou X, sera donc selon toute vraisemblance un élu UMPS. Comme Chirac en 2002. Il y avait alors eu un consensus gauche-droite pour laisser l’UMP aux manettes. Il faudra en 2017 un consensus inverse pour que la droite et la gauche assument leurs responsabilités, au-delà de leurs différences. C’est la seule voie pour que la France cesse de faire du surplace où elle « marine » depuis 2002.[/access]

*Photo : © AFP DENIS CHARLET.

Régionales: le déni

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regionales fn front republicain

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Homme politique, franchement, je ne pourrais pas. Pas comme ça. Pas comme eux.
Le PS vient de se prendre la pire raclée de son histoire. Le PR s’est révélé incapable d’en profiter. Le Front de Gauche rêve, de loin, de très loin, d’être un Podemos à la française. Les écolos sont dans les choux. Quant aux « petits partis », ils restent petits, parce qu’en état d’urgence, les votes vont vers les gros effectifs. Dommage.
Le FN tire les marrons du feu. Logique. « On n’a pas tout essayé », disent les désespérés de la France périphérique. Et ce ne sont pas seulement les scrogneugneus hors d’âge qui ont voté pour lui. Non : les jeunes aussi ont massivement apporté leurs voix au FN. La désespérance aussi est un parti politique.
Même si le plus grand parti de France est l’abstention — mais on s’en aperçoit un peu tard, dans un système qui a toujours refusé de comptabiliser les votes blancs, de peur que les hommes politiques (les femmes aussi, et on en connaît qui ne sont pas piquées des vers) ne réalisent à quel point ils sont démonétisés.

Assez intelligemment, ni Marine Le Pen ni Florian Philippot n’ont particulièrement pavoisé dimanche soir. Contents — on le serait à moins — mais conscients que l’establishment va s’insurger. Comment ? Le FN ? Et nous ? Et nos places ? Nos prébendes ? Nos bénéfices sur la collecte d’ordures ? Nos petites habitudes ? Nos petits arrangements ?
Pas une fois — et je me suis imposé l’écoute attentive des uns et des autres — le PS ou le PR n’ont mis en cause leur politique. Pas un seul pour dire : « Si les Français votent massivement contre nous, c’est que nous menons une politique nulle, niaise et nocive ».
Il faut dire que les principaux responsables de cette déroute, à commencer par le Premier ministre, sont restés loin des micros — et pourtant, ce n’est pas leur genre. Pimprenelle n’est pas venue s’excuser d’une mauvaise réforme du collège qui a dressé nombre d’enseignants de gauche contre la Gauche — ou ce qu’il en reste, des bourgeois parlant à gauche en tâtant leur portefeuille à droite. Emmanuel Macron n’a pas paru pour fustiger son néo-libéralisme qui fait les affaires des banquiers en remplissant leurs poches avec nos sous. Laurent Fabius ne s’est pas montré pour s’excuser d’une politique moyen-orientale aberrante. Et le capitaine en chef n’a rien dit sur son obédience européenne qui a fait de lui le toutou de « la chancelière » — ah, la chancelière !
De l’autre côté, Sarkozy ne doute de rien, Jean-Luc Mélenchon ne rompra pas avec le PC, qui drague le PS pour quelques places dans des mairies de seconde zone, les Verts s’obstineront dans la défense des plantes vertes — leurs semblables, leurs frères.
Non, ils n’ont rien dit, alors qu’ils auraient dû venir corde au cou comme des bourgeois de Calais (où par parenthèse Marine Le Pen est presque à 50% — y aurait-il une exaspération locale ? La politique migratoire ne serait-elle pas du goût des Calaisiens ? Ah, que de questions…) demander pardon au peuple de la politique aberrante qu’ils mènent depuis des années — eux, et leurs prédécesseurs, renvoyés pareillement dans les cordes.
Le PS, réuni à Matignon autour de Valls, a dû se féliciter du bouillon bu par Sarkozy et ses amis. Les Régionales, ils s’en tapent : comment rester en place en 2017 ? Ah, nos places !

Fin septembre, j’ai interviewé Florian Philippot dans Le Point.fr sur la politique d’Education du FN. En préambule à cette discussion, j’écrivais : « On m’a beaucoup déconseillé d’offrir une tribune à Florian Philippot, c’est-à-dire au FN. Des démocrates convaincus pensent légitime d’ignorer un parti qui rassemble, sondage après sondage, au moins 30 % des Français. Ce n’est pas ma façon de penser. Qu’il soit par ailleurs bien entendu que publier ses réponses à des questions qui se posent effectivement n’est ni un acte d’allégeance ni un appel du pied. » 30% ! Une poignée d’illuminés m’ont sommé de dire d’où je tirais ce chiffre fantaisiste…
Et aujourd’hui, ils le demandent encore ? Le FN est à 30% ! « Le FN est le premier parti de France, a dit dimanche soir Marine Le Pen, alors qu’il est à peine représenté au Parlement ». C’est vrai, et c’est sans doute ce que les démocrates qui ont la bouche pleine de « barrage républicain » appellent la démocratie — ou la république. C’est qu’ils entendent y rester, au Parlement ! C’est confortable !
Ils vont finir par me dégoûter de la démocratie.

Et surtout, ils vont dézinguer la République. « Front républicain ! » Mais si la semaine prochaine le FN, arrivé en tête dans la plupart des régions, est renvoyé dans les cordes de façon à ce que les nantis restent à leurs postes comme des morpions dans des poils pubiens ; si dans un an et demi avec des scores encore améliorés le FN est réduit à la portion congrue à l’Assemblée, après avoir été l’épouvantail qui permettra la réélection de Hollande — eh bien ça se passera dans la rue.
Nous sommes quelques-uns, et un peu plus même, à sentir monter l’émeute. Quand la démocratie se caractérise par le déni de démocratie, le peuple choisit toujours la rue — ils devraient réviser leurs cours d’Histoire, les uns et les autres. Et d’un gouvernement né d’une insurrection ou d’une réaction à l’insurrection, on peut tout craindre — y compris l’élimination de la République.
Ce déni de démocratie est le produit du déni de réalité : rien de la politique menée depuis quinze ans ne convient à la France — sinon des réformes « sociales » cosmétiques, celles qui ne coûtent rien. Ah, mais si on adopte une autre politique, on va se faire taper sur les doigts par tata Merkel ! Ma foi, on pourrait aussi se passer de marâtre. Sinon, on se passera de démocratie — et ce serait bien dommage.

*Photo: © AFP PHILIPPE HUGUEN.

Cop 21: Décroître ou périr

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D.R.

olivier rey cop21

Mathématicien et philosophe, chercheur au CNRS, Olivier Rey est membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS/Paris 1). Dernier ouvrage publié : Une question de taille, éd. Stock, 2014.

Daoud Boughezala. Je vais vous poser une question simple et directe : imputez-vous à l’homme la responsabilité du changement climatique ?

Olivier Rey. Le climat est un objet extrêmement complexe, et les modèles qui rendent compte de son évolution gardent toujours une part hypothétique. Cela étant, ces modèles indiquent une influence importante de l’activité humaine sur le changement climatique, et les membres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, ont un discours scientifiquement incomparablement mieux étayé que ceux qu’on nomme les « climatosceptiques ». Par ailleurs, nous touchons là un domaine où le principe de précaution, tel qu’on le trouve inscrit dans la Constitution française, devrait par excellence s’appliquer. Ce principe stipule que, lorsque l’environnement risque d’être dégradé de façon grave et irréversible, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas empêcher de prendre des mesures pour conjurer ce risque. Dès lors, même si quelques-uns s’obstinent à douter de l’origine humaine du changement climatique, l’ampleur et l’irréversibilité des dommages que ce changement très rapide est susceptible d’occasionner exigent que l’on prenne des mesures pour l’enrayer. Pour prendre une image parlante : ce n’est pas parce que l’occurrence de nouveaux attentats n’est pas démontrable à la façon d’un théorème mathématique qu’il faudrait s’abstenir de traquer les réseaux terroristes ![access capability= »lire_inedits »]

On vous sait plutôt partisan du « small is beautiful ». Mais si l’on veut sauver la planète du désastre annoncé, ne faut-il pas coordonner une action globale à l’échelle internationale ?

Je défends non le petit mais le proportionné. Tout problème doit être traité à l’échelle pertinente. La question du climat concerne la Terre entière et il serait absurde de penser qu’on peut la résoudre à des échelles inférieures. Cependant, vous remarquerez que ce qui fait avorter les négociations au niveau mondial, c’est le fait qu’il existe des nations gigantesques comme les États-Unis ou la Chine qui, du fait de leur taille, peuvent tout bloquer. Il serait bien plus aisé de parvenir à un accord mondial si les entités politiques étaient toutes aux dimensions de la Suisse, qu’avec de tels mastodontes aveuglés par leur propre grosseur.

Imaginons que le monde soit fragmenté en une multiplicité d’États à taille humaine. Si sept milliards d’humains aspiraient à adopter le mode de vie d’un Américain moyen, avec la surconsommation d’énergie que cela induit, le problème resterait entier…

Certes, le problème de départ serait le même, mais on serait en bien meilleure posture pour y faire face. Le citoyen d’un petit État sait que le monde extérieur existe, alors que le citoyen d’un État géant est enclin à l’oublier. Les grands États sont si obsédés par leur rang que le devenir du monde passe au second plan. De plus, si les États-Unis refusent de suivre des recommandations générales, eh bien ! ils ne les suivront pas, un point c’est tout.

Nous entrons dans le vif du sujet : les organisateurs de la conférence de Paris sur le climat (COP21) ont fixé l’objectif d’augmentation de la température d’ici à la fin du siècle à deux degrés. Qu’en pensez-vous ?

Cet objectif a quelque chose d’arbitraire (pourquoi deux degrés, et non pas 1,5 ou 2,3 ?), et beaucoup d’incertitudes demeurent sur ce qui nous permettrait vraiment de l’atteindre. Si les modèles, en effet, anticipent un réchauffement rapide, il est difficile de le quantifier précisément. Mais l’objectif de deux degrés a le mérite d’exister, et d’inciter à l’action. Le problème est que COP21 ne signifie pas, comme on pourrait le penser, « coopération pour le XXIe siècle », mais 21e Conférence des partis de la convention cadre des Nations unies sur le changement climatique. Vu le peu de résultats obtenus lors des 20 précédentes éditions, il est à craindre que maintenir le réchauffement en deçà de deux degrés paraisse de plus en plus irréalisable

La COP21 entend également développer les énergies renouvelables (hydrauliques, éoliennes, photovoltaïques). Croyez-vous en la possibilité d’une transition énergétique qui nous ferait progressivement abandonner le nucléaire ou les énergies fossiles ?

On se fait des illusions en défendant l’idée d’une transition qui permettrait de dépenser autant, voire plus d’énergie, en substituant aux hydrocarbures d’autres sources énergétiques. Prenons l’énergie solaire. Les plantes savent très bien l’utiliser grâce à la photosynthèse, mais nous, pour en tirer de l’électricité, nous recourons à des cellules photovoltaïques. Et si nous entendions produire par ce moyen l’énergie que nous consommons aujourd’hui, nous nous heurterions très vite à une pénurie des matériaux nécessaires pour fabriquer lesdites cellules. Même chose pour les éoliennes, la biomasse, les « fermes océaniques » pour exploiter la houle, l’hydrogène, la méthanation, etc : dès que l’on projette leur développement à l’échelle nécessaire pour couvrir la demande énergétique actuelle, on rencontre des impossibilités.

Pour le dire vulgairement, les énergies renouvelables, c’est du bidon ?

Dans son livre L’Âge des low tech (Le Seuil, 2014), Philippe Bihouix montre très bien le cercle dans lequel on s’enferme dès lors que l’on entend prolonger et étendre le mode de vie des pays dits développés grâce à l’innovation technologique et aux énergies de substitution. Par exemple : oui, il reste des hydrocarbures dans le sol, que les nouvelles techniques d’extraction permettent d’aller chercher. Mais ces techniques d’extraction réclament des métaux, fabriqués à partir de minerais qu’il est certes possible d’extraire de gisements moins riches qu’auparavant, mais au prix d’une dépense énergétique supérieure. Il nous faut plus de métaux pour obtenir de l’énergie, et plus d’énergie pour obtenir des métaux : le serpent se mord la queue. De ce fait, le peak oil, le « pic de pétrole » dont on a beaucoup parlé (le moment où la production mondiale de pétrole plafonne avant de décliner) sera, selon Bihouix, accompagné ou suivi d’un peak everything, un « pic de tout ».

Malgré ses limites, la COP21 n’a-t-elle pas l’immense mérite de chercher des solutions alternatives alors que ses détracteurs décroissants s’enferment dans une forme d’impasse contestataire ?

Les « décroissants » ont raison de dire que notre mode de vie et de développement n’est plus viable. Non seulement il n’apporte pas le bonheur et la concorde sur Terre, c’est le moins qu’on puisse dire, mais il détruit notre demeure commune. Face à l’effondrement en cours, il y a deux attitudes possibles : soit préconiser un changement radical comme le font les tenants de la décroissance ; soit prétendre continuer sur la même trajectoire, en tablant sur la déesse Technologie pour surmonter les difficultés. La COP21 s’inscrit dans la seconde lignée. Maintenant que le développement technologique incontrôlé nous a mis dans une position intenable, c’est un surcroît de technologie qui devrait nous tirer d’affaire. Autrement dit, les dégâts deviennent une raison de persévérer dans l’attitude qui les produit – jusqu’à la dévastation totale.

Vos adversaires vous répliqueront que vous sous-estimez la capacité des générations futures à innover alors que l’histoire de l’humanité montre précisément un progrès constant des sciences et des technologies.

La transformation du monde entraînée par le développement industriel depuis le XIXe siècle est sans précédent. Avec un recul de seulement deux siècles, il est absurde de se réclamer de grandes lois de l’histoire pour dissiper les inquiétudes, et d’affirmer que, comme toujours par le passé, « l’homme saura trouver une solution ». Il est vrai que, d’une certaine manière, la dynamique actuelle prolonge une dynamique très ancienne. Mais nous avons atteint un stade où les quantités mises en jeu par cette dynamique en changent la nature, nous placent dans une situation tout à fait inédite. Si l’on parle d’anthropocène pour qualifier le nouveau temps géologique dans lequel la révolution industrielle nous a fait entrer, c’est que désormais les activités humaines sont devenues le premier facteur de modification de l’« écosystème » terrestre. Un exemple parmi d’autres : les hommes rejettent aujourd’hui plus de déchets que l’érosion ne produit de sédiments.

Dans ces conditions, l’issue de la COP21 représente-t-elle encore un enjeu ?

Même si un accord est signé, il sera vraisemblablement très limité et n’aura aucun caractère contraignant. Les grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine ne se trouveront guère liées par des accords auxquels elles pourraient avoir consenti du bout des lèvres. Plus que les éventuelles conclusions de la COP21, ce sont les attitudes futures qui compteront. Par ailleurs, le réchauffement climatique, aussi désastreux soit-il à la vitesse où il s’opère, ne doit pas masquer tous les autres problèmes qui se posent, comme l’empoisonnement chimique, la stérilisation de la terre. Au cours du dernier demi-siècle, la population de vertébrés a diminué de moitié.

De vertébrés non humains… La France et le monde agissent-ils dans ces domaines ?

Oui : ils accentuent les ravages. Dans son livre Intoxication (Éd. La Découverte, 2015), Stéphane Horel rappelle que la Commission européenne, alertée sur les dangers des perturbateurs endocriniens, devait réglementer leur usage. Cependant, au lieu de suivre les conclusions du rapport scientifique qui avait été demandé, la Commission a réclamé une étude d’impact économique. Autrement dit, les économistes prennent le pas sur les biologistes et les chimistes, et c’est en fonction des intérêts de grandes firmes que l’on saura si une substance est dangereuse ou non. De ce fait, les perturbateurs endocriniens vont continuer de se répandre partout. D’autant que, tout bien considéré, il y a là un formidable « réservoir de croissance » ! Quand l’équilibre hormonal des êtres humains sera si perturbé que la stérilité sera le lot commun, les êtres humains seront contraints d’aller dans des centres de procréation médicalement assistée, où ils devront payer des dizaines de milliers d’euros pour obtenir un enfant qu’auparavant ils faisaient naître gratuitement. Voilà comment les nuisances engendrées par le développement économique sont recyclées en vecteurs d’une extension du domaine de l’économie.

Notre ami René Viénet dit qu’« on ne combat pas l’aliénation avec des moyens aliénés ». Or, certains écologistes radicaux paraissent sombrer dans une dérive religieuse, sinon sectaire, non seulement en rendant un culte à la déesse mère Gaïa mais en soutenant l’idée que la Terre se porterait mieux sans l’espèce humaine?

« Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands », a dit Benoît XVI : les ravages infligés à la nature sont le corrélat d’un dépérissement de la culture et de la spiritualité. Imaginer sauver la nature au détriment de l’être humain, c’est aller jusqu’au bout de ce dépérissement. C’est répondre au nihilisme techno-économique par un autre nihilisme.[/access]

Une question de taille

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*Photo: Hannah.

Régionales: déroute de la droite parlementaire

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régionales droite Front national

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Aux élections régionales de 2010 – qui avaient été un naufrage pour la droite parlementaire puisque toutes les régions sauf une étaient passées à gauche (21 régions sur 22) – l’UMP, le Modem et les divers droite cumulaient 30,2 % des voix au premier tour. Hier au premier tour des régionales, les mêmes composantes (LR + UDI + Modem + DVD) cumulent 27,6% des suffrages exprimés. C’est un recul de 2,6% par rapport à la situation précédente, qui avait été analysée comme un échec cuisant de la droite !

Par rapport au précédentes régionales, la gauche (hors Front de gauche) a elle aussi fortement reculé, passant de 43% (PS + écologistes + DVG) à 32% hier (PS + EELV + DVG). Mais cet effondrement est principalement dû au recul très fort des écologistes, le PS passant de 28,6% en 2010 à 23,1% hier. Mais si l’on regarde le bloc de gauche gouvernementale (socialistes et écologistes, hors front de gauche), on remarque sa stabilité depuis 2012 : 30,9% des voix au premier tour des présidentielles de 2012 (François Hollande + Eva Joly), 30% des voix aux départementales de 2015. On peut même noter un progrès significatif par rapport aux européennes de 2014, où le bloc de gauche gouvernementale (PS + EELV) ne faisait que 26%.

En dehors de la percée exceptionnelle du Front national dans le premier tour d’hier, le fait majeur de ces élections est donc la déroute de la droite gouvernementale, dite « classique ». Elle perd 10 points entre les départementales de 2015 et le premier tour des régionales, les listes UMP + UDI + DVD passant de 37% à 27,6%… Elle perd 9 points par rapport au premier tour des présidentielles que la droite a perdues, passant de 36,4% (Sarkozy + Bayrou) à 27,6% aux régionales 2015.

La droite parlementaire est donc en déroute. Même si cette déroute sera masquée par le gain de 4 ou 5 conseils régionaux. C’est là le paradoxe de ces élections.

Comment inscrire ce résultat dans la durée et comment esquisser son évolution future ?

La droite « classique » se vide de ses électeurs au profit du Front national. Il est certain que les premières victoires du FN, le menant de quelques points à environ 15% de l’électorat, se sont faites sur un fond d’électorat ouvrier. Dans un premier temps, le FN a siphonné les voix du PC. Mais aujourd’hui la dynamique qui permet au FN de passer des 17% réalisés par Jean-Marie Le Pen au premier tour des présidentielles de 2002 à près de 28% aux régionales de 2015, en faisant le premier parti de France, repose sur le siphonage des voix de la droite classique. Les 9% que la droite a perdus entre les présidentielles de 2012 et les régionales d’hier sont bien passées au FN. Il est clair que la droite travaille, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, à faire avancer les idées du FN. C’est toute la stratégie sarkozyste de reconquête du pouvoir qui est remise en question.

Il ne faut pas être grand devin pour annoncer que cette dynamique va se poursuivre. Mais elle pourra prendre deux formes. Les deux étant révolutionnaires, au sens où la situation qui en sortira va révolutionner la vie politique française.

La révolution populiste est une première possibilité : la droite prend conscience qu’elle est en ruines, que feux le RPR et l’UDF qui faisaient jadis près de 50% des voix n’en font plus que 25 aujourd’hui et peut-être demain 20% seulement. Et sous l’influence d’une idéologie buissono-zémourienne, elle décide de faire une alliance de gouvernement avec le FN sur un programme identitaire et relativement protectionniste au plan économique.

La révolution conservatrice est l’autre éventualité : la gauche socialiste ayant fait sa révolution macronienne, elle prend conscience que seule une feuille de papier à cigarettes la sépare désormais de la droite parlementaire, surtout après les attentats qui ont vu Hollande se muer en chef de guerre, et elle décide de faire alliance d’une manière ou d’une autre avec la droite face au FN. Programme européiste, libéral au plan économique, discrètement atlantiste et néo-conservateur au plan international.

Si on se réfère aux analyses socio-politiques d’Emmanuel Todd, on voit que la droite et la gauche parlementaires ont en commun de s’appuyer sur les familles sociologiques « inégalitaires », alors que le FN s’appuie sur la France « égalitaire » dans les régions qui ont engendré la Révolution. Cette analyse plaide plus pour la seconde hypothèse formulée.

Dans les deux cas, la vie politique française en sortira bouleversée. La déflagration sera forte. Les prochaines présidentielles, et en particulier les primaires à droite, vont déterminer laquelle de ces deux déflagrations va retentir.

régionales droite FN

*Photo : © AFP BORIS HORVAT.

Régionales : le FN prend Racine

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fn regionales saintignon marine

fn regionales saintignon marine

La presse et les médias se sont forgé leurs propres éléments de langage qui leur offrent une vision rassurante du monde quand le monde n’a décidément plus rien de rassurant. Hier soir, sur France 2 ou BFM TV, la saison des cyclones avait ainsi repris chez les commentateurs politiques pour qualifier le score réalisé par le Front national après le premier tour : six régions dominées, 40,64 % pour Marine Le Pen en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, 40,55 % pour Marion-Maréchal Le Pen en PACA, 36,06 % pour Florian Philippot en Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine et 27,96 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale, devant Les Républicains qui peinent à atteindre 27 %, même avec le renfort UDI-Modem, et le Parti socialiste laissé sur le bord de la route avec un peu plus de 23% des suffrages. Gageons que les raz-de-marée et les tsunamis s’abattront une nouvelle fois sur les éditos pour évoquer le succès écrasant du Front national, comme si celui-ci avait encore la soudaineté et l’imprévisibilité d’une tempête tropicale, comme si personne ne voyait monter la marée depuis longtemps, y compris chez les 18-30 ans, que Libé avait cru bon de baptiser la « génération Bataclan » après les attentats du 13 novembre.

La réponse a été cinglante, le démenti sévère : la jeunesse n’emmerde plus le Front national, soit elle s’abstient et « nique la France », soit elle soutient de plus en plus notablement le parti de Marine Le Pen, quand elle ne ne s’engage pas tout simplement sous les drapeaux, l’armée faisant face à une recrudescence de candidatures depuis janvier 2015, démultipliées depuis les attentats de novembre. Quand Libé dit « Je suis en terrasse », la jeunesse lui répond « Je suis au front », dans tous les sens du terme. Et le monde ouvrier acquiesce en déposant son bulletin dans l’urne, et en disant « et moi je suis la crise ».

Laissons tomber les typhons, rangeons les marées noires au placard et coupons le robinet des raz-de-marée. Ce n’est pas M. Météo qu’il nous faut pour commenter ces élections sous état d’urgence mais Jean Racine. Mais si voyons ! Vous ne vous rappelez pas ? Jean Racine ? Le Grand Siècle ! La tragédie ! Il nous faut toujours quelqu’un pour décrire le roman national qui continue à s’écrire sous nos yeux. Qui mieux que Jean Racine chantera le spectacle de la classe politique en pleine tragicomédie ? Regardez Pierre de Saintignon hier soir, la moue douloureuse, la parole difficile, qui quémande à demi-mot une alliance, se fait souffleter par un Xavier Bertrand crâneur à peu de frais, ne sait plus s’il doit s’unir, se dresser ou cesser d’exister, et finit par annoncer qu’il se retire, désemparé comme Hermione qui s’écrie : « Ah ne saurais-je point si j’aime ou si je hais !, errante et sans dessein je cours dans ce palais ! »

Pendant ce temps, triomphante et rayonnante, Marine Le Pen s’adresse aux caméras. Avec une satisfaction si évidente qu’on craint soudain qu’elle ne prenne feu comme un Icare à l’approche de l’astre brûlant du pouvoir, elle prend la voix d’Oreste et tonne : « Avant que tous les Français vous parlent par ma voix, souffrez que j’ose ici me flatter de leur choix ! », tandis que Nicolas Sarkozy tente de rallier à son panache gris et déplumé les quelques troupes qu’il veut rassembler en appelant à un nouvel état d’urgence. Endossant le manteau rapiécé de la République, tendant un doigt accusateur vers les résultats électoraux, le chef des Républicains s’écrit comme Pyrrhus : « Je ne vois que des tours, que la cendre a couvertes, un fleuve teint de sang, des campagnes désertes. » Le malheureux Estrosi, de son côté, n’en revient toujours pas : ses chers électeurs l’ont laissé à plus de 16 points d’écart de la Maréchale. Fébrile, il prend la parole, met une main sur le cœur et s’interroge, comme la belle Andromaque : « Et quelle est cette peur, dont leur cœur est frappé ? », avant d’accepter à son tour de rentrer dans l’ombre, vaincu, murmurant, face à son électorat ingrat : « Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups. »

Tous les chefs politiques, au soir du 6 décembre, appellent pourtant l’électeur, incarnation du Saint Peuple, à redevenir raisonnable. Xavier Bertrand, bravache, annonce que « l’histoire retiendra que c’est en Nord-Pas-de-Calais-Picardie que la progression du Front National sera stoppée ». À droite, à gauche, on appelle au rassemblement républicain, à la victoire de la tolérance, du progrès, de l’amour, de l’intelligence sur la haine et l’obscurantisme mais las ! L’électeur, enragé, sourd à toute supplique, continue à tempêter comme Oreste à Pylade : « Je suis las d’écouter la raison ! », « Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne ! » Une façon tout de même bien plus belle que la nôtre de conclure en ce premier tour d’élections : on ne sait pas où on va, mais ce qui est sûr, c’est qu’on y va.

*Photo: © AFP PHILIPPE HUGUEN.

Bourgogne-Franche-Comté: la surprise du FN?

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sophie montel fn bourgogne

Fin octobre, alors que l’attention médiatique se concentrait sur Marine et Marion Le Pen et, à un degré moindre sur Florian Philippot, nous vous annoncions qu’une quatrième région pourrait fort bien basculer dans l’escarcelle du Front national. Avec 31.5% des voix, Sophie Montel semble bien partie pour devenir la moins médiatique des prochains présidents de région FN. Cette discrétion, elle semble bien en faire un atout. Lors de la législative partielle de la quatrième circonscription du Doubs il y a moins d’un an, elle avait finalement échoué à quelques huit-cents voix du but. Mais, en l’occurrence, toute la France médiatico-politique avait les yeux braqués sur cette élection et on peut légitimement penser que cela lui avait été fatal. Tel ne sera pas le cas cette fois-ci, à cause des trois têtes d’affiches précédemment citées.

Au Nord et au Sud, là où le FN a fait ses meilleurs scores, le retrait des deux listes socialistes promet des duels périlleux à Marine et Marion Le Pen. Si Jean-Christophe Cambadélis n’a pas évoqué le retrait du socialiste Jean-Pierre Masseret dans le Grand Est pour faire barrage à Florian Philippot, c’est parce qu’il n’était pas encore certain que la gauche se soit fait dépasser par la droite classique. Mais sur le coup des 23h30, les personnalités socialistes demandaient sur les plateaux le retrait de Jean-Pierre Masseret. En Bourgogne-Franche-Comté, on pourrait donc bien assister à la victoire de Sophie Montel, celle qu’on n’attendait pas au début de cette campagne, et qui, de 1987 à 2015, a toujours collé à la ligne officielle de son parti, jeanmariste disciplinée dans les années 90 et mariniste passionnée depuis 2011. Celle qui se décrit avec une certaine autodérision comme « une apparatchik modèle » devance le centriste François Sauvadet de 7,5 points et la sortante socialiste Marie-Guite Dufay d’un point supplémentaire. Il n’est évidemment question de retrait ni pour le candidat LR-UDI, arrivé deuxième, ni pour le PS. Mais la présidente socialiste sortante, qui a de meilleures réserves de voix que son concurrent centriste, n’a pas reçu l’ordre solférinien de retirer sa liste, conservant une chance de garder son fauteuil.

Cette triangulaire permet donc à Sophie Montel de se poser en favorite pour dimanche prochain. Le candidat de Debout La France, Maxime Thiébaut, a créé la surprise en dépassant le seuil de 5% permettant une éventuelle fusion avec une liste présente au second tour. Sur le plateau de France 3, François Sauvadet s’est montré davantage aimable à son endroit que Sophie Montel, laquelle a préféré s’adresser directement aux électeurs qui s’étaient porté sur le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Pour la première fois, le FN semble en position de disputer à la droite classique une réserve de voix, plutôt substantielle dans le contexte de cette triangulaire.

Sur le plan national, le FN est en tête dans six régions sur treize et devance l’alliance LR-UDI de plus de deux points. L’ensemble des observateurs a relevé un effet « 13 novembre » sur le résultat de ce scrutin. Mais deux autres leviers ont pu avoir une influence. Primo, le FN s’est positionné très clairement comme le seul parti qui refusait la fusion des régions. Sophie Montel s’adressait à la Bourgogne ET à la Franche-Comté. Florian Philippot, à l’Alsace, la Lorraine et à la Champagne-Ardennes. Comme si les anciennes régions subsistaient. Secundo, l’éviction de Jean-Marie Le Pen cet été a pu également « libérer » un certain nombre d’électeurs potentiels qui attendaient ce signal depuis longtemps. L’idée, exposée dans ces colonnes il y a plus de deux ans, que la présence du  fondateur du FN constituait sans doute le plafond de verre ultime au développement de ce parti, pourrait bien se voir confirmée dans une semaine, principalement à Dijon et Besançon.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00704191_000007.

Île-de-France: le FN, dernier espoir du PS

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Dans la région des régions, peuplée de 12 millions d’habitants, on ne sait plus à quel saint se vouer. Si la liste Valérie Pécresse (LR) dépasse de six points celle de Claude Bartolone, l’équipe du président de l’Assemblée nationale argue que le total des voix de gauche près de 15% cumulés pour les Verts et le Front de gauche- dépasse les réserves de la droite. Quant au Front national, qui fait traditionnellement de la figuration dans la région parisienne, Wallerand de Saint-Just l’amène à 18.5%.

La gauche francilienne mise sur le maintien du FN au second tour pour conserver la région et remporter la mère de toutes les batailles. Tout en appelant à la fusion des listes LR/PS partout où il est arrivé en troisième position au nom d’un « front républicain », le Parti socialiste compte donc sur Saint-Just, lepéniste parmi les lepénistes, comme digue anti-Pécresse. Hypocrisie ou schizophrénie? À vous de voter!

Régionales: le FN, premier parti de France

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fn regionales lepen

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(Avec AFP) – Comme le prédisaient les sondages, le Front national est arrivé en tête du premier tour des régionales avec un score national historique de 28%, qui le met en position de remporter plusieurs régions, juste devant la droite puis le PS, dans un pays en état d’urgence encore traumatisé par les attentats du 13 novembre.

En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marine Le Pen devrait dépasser les 40%, selon plusieurs instituts, devant les listes des candidats LR Xavier Bertrand (autour de 24%) et PS Pierre de Saintignon autour de 18%. Déjà, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy s’érige en seul rempart contre la présidente du FN et a appelé les électeurs de gauche à le soutenir au nom de ses »valeurs gaullistes ».

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marion Maréchal-Le Pen dépasserait également la barre des 40%, avec selon Ipsos 41,2%, loin devant le maire de Nice Christian Estrosi (26%) et le socialiste Christophe Castaner (15,8%).

Dans ces deux régions, les deux héritières de Jean-Marie Le Pen sont en nette position de force pour le second tour, alors que la soirée devrait être dominée par la question d’éventuels retraits de la gauche dans ces deux régions. Florian Philippot est donné en tête avec 35% des voix pour sa liste en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, près de dix points devant Philippe Richert (LR-UDI-Modem) avec 26% et le PS très loin à 16,7%, selon Ipsos. Il semblerait que le vice-président du FN n’ait pas mobilisé l’électorat autant que Marine et Marion Le Pen, preuve que le FN progresse là où l’abstentionnisme, fréquent parmi les classes populaires, recule.

Le compagnon de Mme Le Pen, Louis Aliot, arrive lui aussi en tête avec 30,9% en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, plus de cinq points devant Carole Delga (PS, 25,5%), le candidat LR Dominique Reynié se retrouvant en position de retrait à 18,6%. Ironie du sort, le politologue social-démocrate, rallié de fraîche date à la droite sarkozyste, signe un score digne du PS…

En Bourgogne-Franche-Comté, la frontiste du cru Sophie Montel voit sa liste arriver en tête avec 32,1% devant la droite de François Sauvadet (23,5%) et le PS (22,8%). Enfin, en région Centre, le FN est premier avec 30,5%, devant la droite à 25,8% et le PS à 24,5%.

Signe que la stratégie de droitisation buissonnière porte ses fruits, en Rhône-Alpes-Auvergne, les Républicains emmenés par Laurent Wauquiez seraient en tête à 29,5%, devant le FN à 27,4% et le PS à 23,4%, selon Opinion Way.

A gauche, le PS limite la casse dans les trois régions qu’il espère conserver. Le parti confirme son statut de favori en Bretagne, qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, malgré la campagne d’arlésienne de la tête de liste Jean-Yves Le Drian, assuré s’il s’impose de rester ministre de la Défense. Selon Ipsos, PS 34,7% LR 22,4% et FN 18%
En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Alain Rousset (PS) est créditée de 31,5%, nettement devant la liste de droite de Virginie Calmels (25,9%) et le FN (22,8%).

Comme attendu, la question du retrait ou du maintien des listes arrivées en 3e position à l’issue du 1er tour, dans les régions où le FN peut l’emporter en triangulaires, devrait donc dominer les débats dimanche soir. Des décisions difficiles à prendre, le retrait d’une liste signifiant pour un parti de n’avoir aucun élu au conseil régional pendant près de six ans. Quant à d’éventuelles fusions des listes, hypothèse avancée par Manuel Valls mais rejetée par Nicolas Sarkozy, elles donneraient corps à l' »UMPS » que décrie le FN. Dur dur de combattre la peste blonde…

1er tour Régionales 2015

*Photo: © AFP DENIS CHARLET.

Venantino Venantini: le rital de service

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Vanentino Vanentini Le dernier des tontons flingueurs

Vanentino Vanentini Le dernier des tontons flingueurs

Il est le « dernier » survivant. Depuis la disparition de Georges Lautner en 2013, père fondateur des Tontons flingueurs, Venantino Venantini est le gardien du mausolée. Ce brun ténébreux, flegmatique comme tout Romain qui se respecte, n’a rien perdu de son élégance italienne à plus de 85 ans. On se souvient de lui, Beretta en poche, philosophant sur le combat de près dans le film culte de 1963. Pour être tout à fait exact, l’excellent Claude Rich faisait aussi partie de cette turbulente troupe mais il pratiquait la musique dodécaphonique et non le tir de précision. Venantino partage avec ce monstre sacré du Théâtre Français les souvenirs d’un tournage devenu mythique. Le Panthéon du dialogue explosif et de la répartie fusante. Être ou ne pas être dans cette distribution fait toute la différence. Postérité or not postérité.

Dans cinquante ans encore, on parlera de la scène de la cuisine, de Raoul Volfoni, de Montauban, des flingues de concours, de la pénurie de main d’œuvre sur le macadam, d’une certaine Polonaise qui en prenait au petit-déjeuner ou de ce besoin de faire des phrases chez les marins. Toute une époque ! Venantino raconte sa vie dans Le dernier des Tontons flingueurs, aux Editions Michel Lafon, avec la collaboration de Bertrand Guyard et une préface de Laurent Gerra. Pour les cinéphiles, amateurs de nanars, Venantino, c’est du pain bénit ! Le porte-flingues du Mexicain n’a jamais eu peur du ridicule. Quand certains construisent leur carrière sans salir leurs souliers vernis, le rital, comme tous ses potes l’appellent, a participé à des farces insensées. Du gros rire qui tache. Qui oserait aujourd’hui figurer au casting du Führer en folie, une « kolossale » bouffonnerie de Philippe Clair ? En 1974, Venantino relevait ce défi aux côtés d’Alice Sapritch, Michel Galabru, Luis Rego ou encore Pierre Doris.

Cependant, réduire cet acteur subtil à quelques comédies bien grasses serait, à la fois injuste et inexact. Car, Venantino a plus d’une couleur sur sa palette frémissante. Dans cette autobiographie, on apprend sa passion pour la peinture. En 1956, à 26 ans, il s’inscrit aux Beaux-Arts de Paris après avoir décroché une prestigieuse bourse. Et lorsque Venantino évoque son art majeur, il abandonne le masque de la Commedia dell’arte. Pendant deux ans, il aura pour chef d’atelier Georges Braque et chacune de ses rares rencontres avec le maître le troublera profondément jusqu’à modifier son geste. Braque lui conseilla de « voir grand et large ». Au cinéma, il fera souvent le grand écart entre Dino Risi et Max Pécas. L’inénarrable On est venu là pour s’éclater tient plus du film de vacances que d’une œuvre éternelle. La longue silhouette de Venantino, sa classe naturelle et son esprit boulevardier sont à jamais inoubliables dans Le Corniaud de Gérard Oury, Galia de Lautner ou Le dîner d’Ettore Scola. Si les plus grands (Fellini, Mastroianni, Gassman, Jean Yanne ou de Funès) ont aimé l’acteur, c’est pour sa bonne humeur mais aussi sa finesse. Il fut pour toutes ces stars un précieux guide dans les ruelles de Rome. Il se targue de connaître les 900 églises de la ville et y a même ses entrées secrètes. Cette promenade forcément vagabonde dans une si longue carrière est très agréable. Venantino se souvient de Marlon Brando qui lui a acheté un de ses tableaux à Tahiti, de ses déboires avec James Bond, les producteurs l’adoraient mais il se révéla « trop beau pour être le méchant ». Mais aussi de sa scène dénudée avec Sylvia Kristel dans Emmanuelle 2, des parties de foot avec Pasolini, de ses années américaines ou de l’aide qu’il procura à Ilie Nastase et Ion Tiriac avant qu’ils ne deviennent des vedettes des courts. Venantino, c’est l’Italien polyglotte, aussi à l’aise dans la jet set qu’au bar du coin, pudique comme tous les sentimentaux, joyeux et mystérieux.

Il n’a pas dit son dernier mot, il sera à l’affiche de Un plus une de Claude Lelouch où il interprète le père de Jean Dujardin, dans les salles le 9 décembre, et du prochain film de Kad Merad, Marseille, qui sortira en 2016.

Venantino Venantini, Le dernier des Tontons flingueurs – avec la collaboration de Bertrand Guyard – Préface de Laurent Gerra – Editions Michel Lafon.

Le dernier des tontons flingueurs

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