Accueil Site Page 2043

La gauche « Y’a bon Banania »!

111
(Photos : SIPA.00730224_000026/00708929_000034/00758206_000002/00722065_000001)

Le 18 mai dernier, une voiture de police était incendiée en plein Paris. Sortant de son véhicule et affrontant ses agresseurs, un adjoint de sécurité du nom de Kevin Philippy allait devenir un modèle de bravoure. Le lendemain de l’attaque, le ministre de l’Intérieur décorait et titularisait ce policier de 29 ans.

Quelques jours auparavant, la ministre de la Culture voyait dans l’annulation de la participation de Black M aux cérémonies marquant le 100e anniversaire de la bataille de Verdun la preuve du retour d’un « ordre moral nauséabond ». De Benoist Apparu à Christiane Taubira, pendant plus d’une semaine, le chœur des pleureuses « comme il faut » s’est mobilisé pour défendre le rappeur, victime de la xénophobie des Français.

La vague d’indignation soulevée par l’idée saugrenue d’inviter cet artiste à clôturer la commémoration de Verdun n’était pourtant nullement motivée par sa couleur de peau.

En dépit de leur incomparable talent et de leurs origines bien gauloises, Claude François ou Léo Ferré n’auraient pas été moins décalés au pied de l’ossuaire de Douaumont que Black M.

Parmi les opposants à sa venue, pas même l’extrême droite la plus rance ne s’est aventurée à rappeler ses origines africaines. Même si l’affaire a servi de défouloir à la fachosphère, l’émoi populaire suscité par cette cacophonie mélangeant fiesta rap et sonnerie aux morts ne contenait pas la moindre once de racisme.

A contrario, le chœur des vierges antiracistes et des progressistes effarouchés (de Jack Lang à Audrey Azoulay) n’a vu que du noir dans cette polémique. Les partisans du rappeur auraient pu mettre en avant son talent (et même si ces propos sont contestables, il n’en manque pas) ou encore la puissance suggestive d’un mode d’expression artistique importé des Etats-Unis mais qui a pris racine en France. Or, ce ne sont pas ces arguments qui ont servi à défendre Black M mais la pigmentation de son épiderme.

Ce rappeur a tenu des propos antifrançais et homophobes soit mais il est… noir ! Il ne peut s’agir que d’une victime. Black M est un people bling-bling mais il est « issu de l’immigration ». Il incarne donc les nouveaux damnés de la terre. La réaction pavlovienne de l’extrême gauche culturelle dans l’affaire Black M traduit en fait une sorte d’obsession raciale.

La même obsession est à l’œuvre lorsqu’Éric Cantona fustige Didier Deschamps parce qu’il n’a pas retenu Hatem Ben Arfa « parce qu’il a des origines ». Le sélectionneur des Bleus écarte Karim Benzema et aussitôt Jamel Debbouze ou Benoît Hamon hurlent à la montée du racisme en France.

Le racialisme de gauche est une idéologie

Inutile de faire remarquer à cette gauche « Y’a bon Banania » que 12 joueurs des Bleus sont d’origine ultra marine ou africaine. Tout ce que pourrions dire sera retenu contre nous. L’idéologie ne se contente pas d’ignorer le réel, elle le plie à ses fantasmes. Ce ne sont pas les dogmes qui doivent correspondre aux faits mais les faits qui doivent coller aux dogmes. Qui a mis des clous dans les œufs du peuple demandait le procureur Vichynski aux accusés des procès de Moscou ? Quant aux antisémites polonais, ils ne se contentaient pas de traiter les juifs de salauds, ils réputaient que tout salaud était forcément juif.

L’idéologie doit toujours avoir le dernier mot. Or, le racialisme de gauche est une idéologie. On se fiche de savoir si Benzema a insulté le sélectionneur ou si ce joueur de talent se comporte par ailleurs comme une petite frappe, ce qui compte c’est de ressasser jusqu’à l’écoeurement que la France est raciste parce qu’elle est… la France ! D’ailleurs, le tricolore ne contient pas de noir, ni de jaune, n’est-ce pas une preuve suffisante de notre racisme atavique ? Et si Benzema ou Black M avait été blancs leur aurait-on cherché des noises ?

Ces obsessionnels de la race n’ont pas remarqué que Kevin Philippy qui est passé très près d’être lynchés par des blancs est noir. Comme si les minorités devenaient invisibles dès lors qu’elles cessaient de jouer les rôles de figurants assignés par la gauche « Y’a bon Banania ».

Le racialisme de gauche qui défend des peoples d’origine africaine n’est-il pas la dernière feuille de vigne d’un authentique racisme social ? Un racisme peut en cacher un autre.

Le pénis au pénal!

Cécile Duflot à l'Assemblée nationale, le 17 juillet 2012 (Photo : SIPA.00640869_000047)

Cette fois, ça y est ! Qu’on se le dise, ça va changer ! Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Monique Pelletier et Roselyne Bachelot n’accepteront plus jamais d’être l’objet du regard concupiscent des hommes politiques et dénonceront désormais systématiquement les salauds qui osent leur « mater le cul », selon la délicate expression recueillie par trois gracieuses journalistes du JDD.

Même la narcissique mijaurée Nathalie Kosciusko-Morizet, qui passe pourtant une bonne partie de son temps à se contempler dans la glace et à adopter des poses lascives, ainsi que Fleur Pellerin, qui calcule si bien l’effet promotionnel de ses stilettos Louboutin, ont rejoint les sœurs en lutte contre les frères en rut.

Nos anciennes gouvernantes ont ensemble décidé que l’« on ne peut pas » dire d’une femme qu’elle a des seins magnifiques, que sa jupe est trop courte, ni lui demander si elle porte un string, ni mettre la main sur sa cuisse ou masser ses épaules sans avoir dûment obtenu son consentement préalable. Tous ces comportements « inappropriés » relèvent, disent-elles, du sexisme, c’est-à-dire, si l’on se réfère aux vagues définitions qui en sont données, de la discrimination ou de la haine à l’égard des femmes.

Franchement, j’avoue avoir du mal à saisir tant l’objet du scandale que le raisonnement tenu dans ces opportunistes cris d’orfraie. En quoi le fait de dire à un individu, quel que soit son sexe, qu’il a de beaux yeux, de belles mains, de belles jambes, une belle poitrine ou de belles fesses révèle-t-il de la haine ou de la discrimination ? Lorsque je fais remarquer à un collègue que la pratique sportive lui conserve un beau corps d’athlète ou qu’il a de longues mains à caresser les femmes, je n’ai pas du tout l’impression de lui exprimer de la haine ou de pratiquer une discrimination sexiste. Je crois au contraire lui manifester de la sympathie et lui faire un compliment flatteur. Il m’est souvent arrivé de déplorer qu’il n’y ait pas davantage de « beaux mecs » parmi les universitaires ou de me féliciter de ce que les professeurs de droit portent généralement un élégant costume-cravate, à l’opposé des enseignants d’autres disciplines, souvent fagotés comme des traîne-savates. On ne voit vraiment pas ce qu’il y a de péjoratif à pousser des sifflements admiratifs lorsque Mme Duflot se décide à troquer le jean informe et négligé qu’elle arborait en Conseil des ministres, comme une injure aux institutions, pour une robe gonflante et voyante à grosses fleurs bleues qui introduit le printemps dans l’hémicycle. Le but de l’ingénue politicienne était évidemment de se faire remarquer, et il fut parfaitement atteint, quoi de répréhensible à cela ?

Qu’il y ait, dans le monde politique comme ailleurs, une minorité d’obsédés sexuels qui se jettent grossièrement sur leurs collègues ou assistantes, est un phénomène marginal que l’on a vite fait de remettre à sa place. En presque 40 ans de carrière universitaire, il m’est arrivé deux fois d’être sexuellement agressée : une fois par un collègue masculin respectable auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession et qu’il a suffi d’éconduire rudement ; une autre fois, à l’inverse du cliché du Sofitel de New York, par une étudiante noire qui s’était permise de bloquer la portière de ma voiture et dont j’ai peut-être brisé le tibia en claquant cette dernière violemment avec force injures « lesbophobes ». L’idée de porter plainte pour agression sexuelle, dans les deux cas, ne m’a pas effleurée une seconde. Qu’est-ce qu’un tribunal viendrait faire dans ces sottises ? Les magistrats ont des choses plus sérieuses à traiter que ces non-événements.[access capability= »lire_inedits »]

Une plaignante déçue : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! »

Mais nos 17 combattantes, dont on devine la fébrilité avec laquelle elles ont réuni d’urgence leurs augustes signatures, ont justement oublié la sagesse de l’adage De minimis non curat praetor (On n’encombre pas le prétoire avec des broutilles) et la lucidité de Racine dans Les Plaideurs (« Tandis qu’au procès on travaille ma partie en mon pré laisse aller sa volaille »), pour manifester haut et fort leur « envie du pénal ». Inutile de préciser que les cas de harcèlement et d’agression homosexuels ne sont pas pris en compte par nos geigneuses, étrangement borgnes sur ce point, et qu’elles n’ont jamais aperçu non plus la stratégie pourtant fréquente et grossière de certaines femmes journalistes pour accrocher un homme politique à leur tableau de chasse. Sur cela, elles continueront à respecter l’omerta.

Nos ex-ministres enrôlées dans l’Armée du salut ont donc choisi pour slogan exclusif : « Le pénis au pénal ! » Les voilà toutes fières de proposer le renforcement du délicieux arsenal répressif qui faisait la joie du regretté Philippe Muray : allongement des délais de prescription en matière d’agression sexuelle (pour celles qui mettent plusieurs années à se souvenir du « fléau » qu’elle ont subi), possibilité pour les associations « compétentes » de porter plainte en lieu et place des victimes (de quoi alimenter copieusement la rubrique « genre » du recueil de jurisprudence Dalloz), poursuites systématiques pour harcèlement (bon courage aux procureurs), fin de la possibilité de correctionnaliser un viol (mais quelle femme Denis Baupin a-t-il donc violée ?), etc.

Nous avons récemment vu à la télévision une scène hilarante dans laquelle, après que le Conseil constitutionnel avait eu la sagesse d’abroger une incrimination de harcèlement sexuel parfaitement tautologique et arbitraire, une plaignante déçue accompagnée de son avocate hurlait dans le hall d’un palais de justice : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! » Le reportage télévisuel était destiné à nous apitoyer sur le sort des malheureuses dont le machiste juge constitutionnel avaient torpillé la plainte, mais il produisit évidemment l’effet inverse en nous exhibant une sélection cocasse de nunuches ridicules.

Le philosophe Yves Michaud vient de publier un livre percutant intitulé Contre la bienveillance (Stock, 2016), dont l’analyse serait à poursuivre sur le terrain juridique. Il y décrit les effets pervers de la « morale du soin » et de l’idéologie du care, générés par l’obsession de la vulnérabilité dans nos sociétés de maternage. Les réactions hystériques à l’insignifiante « affaire Baupin » sont encore un exemple de cette pathétique dérive : une pluie de pleurnicheries sociétales dégoulinantes de compassion artificielle et poisseuses de sollicitude « gynécocentrique », accompagnée de l’habituel réflexe de la castration par la répression pénale. La bêtise ordinaire poursuit ainsi inlassablement son œuvre de pollution démocratique et juridique.[/access]

CONTRE LA BIENVEILLANCE

Price: ---

0 used & new available from


Les Plaideurs

Price: ---

0 used & new available from

Sarkozy-Baroin, un ticket de raccroc

49
sarkozy francois baroin
Nicolas Sarkozy et François Baroin. Sipa. Numéro de reportage : 00758537_000010.

Nicolas Sarkozy évoque beaucoup sa stratégie en présence de journalistes. Il a toujours procédé de cette manière, parfois pour avancer ses pions et tester l’opinion, parfois afin de fourvoyer les médias en les envoyant sur de fausses pistes. Depuis quelque temps, la rumeur bruisse de son intention de constituer un « ticket » avec François Baroin. Info ou intox ? Faisons comme si le président de LR souhaitait tester l’opinion et donnons-lui notre avis sur la question.

Un produit made in USA

Le « ticket » est un produit d’importation qui nous vient d’outre-Atlantique. Si l’idée de primaires pour désigner les candidats à l’élection présidentielle a la même origine, le « ticket » constitué est-il aussi facilement importable ? Différence de taille, les Etats-Unis vivent sous un régime présidentiel et le binôme exécutif est constitué d’un président et d’un vice-président, chargé de le suppléer en cas de démission ou de décès. Rien de tel en France, où la démission et le décès du chef de l’Etat provoquent une nouvelle élection dans les semaines qui suivent. Le ticket « à la française » serait donc constitué du président et de son futur Premier ministre.

Annoncer à l’avance le nom de son futur chef du gouvernement n’a jamais été une excellente idée. Nos aînés se souviennent du fiasco retentissant qu’a été la candidature du tandem Defferre-Mendès France en 1969, atteignant à peine 5% des suffrages et privant ainsi la gauche de second tour. Valéry Giscard d’Estaing avait implicitement annoncé l’identité du futur hôte de Matignon en 1974, sans pour autant se présenter avec Jacques Chirac en « ticket ».  On ne peut pas conclure que l’expérience ait été couronnée de succès, Chirac claquant la porte au bout de deux ans avant de devenir un adversaire politique résolu. En réalité, sous la Ve République, le Premier chef de gouvernement du mandat présidentiel est davantage désigné par les circonstances politiques : tournure de la campagne électorale, adversaire du second tour etc… Il est maladroit de se lier les mains en désignant son futur Premier ministre au moment de présenter sa candidature, a fortiori avant même que la primaire ne soit jouée. Aux Etats-Unis, les candidats désignés par les primaires attendent au moins la fin de ces dernières pour constituer leur ticket. Et pour cause, c’est parfois l’un des adversaires des primaires qui est désigné.

Baroin, une arme anti-Juppé

Penchons-nous maintenant sur le choix de François Baroin. Le maire de Troyes, d’après le sarkozyste Eric Ciotti, aurait l’avantage de constituer un attelage complémentaire au profil de l’ancien chef de l’Etat. Plutôt identifié comme un homme de centre-droit, il permettrait de ratisser large et de tailler des croupières à Alain Juppé parmi l’électorat de droite modérée qui se déplacera à la primaire. D’autres, a contrario, évoqueront « l’alliance de la carpe et du lapin », qui nuirait à la cohérence de la campagne. En fait, aucune des deux théories n’est réellement satisfaisante. Comme en 2007 et 2012, Nicolas n’est transgressif qu’en campagne électorale. D’un côté, on ose des transgressions verbales, on regarde même avec attention l’itinéraire de Donald Trump, mais de l’autre on ne se différencie pas vraiment du programme des autres candidats.  Dès lors la mise en relief d’un duo avec François Baroin répondrait à deux objectifs : rassurer une frange de l’électorat modéré qui est parfois interloquée par les transgressions de Sarkozy à la tribune, faire du maire de Troyes un outil anti-Juppé dans le cadre de la primaire (voilà pourquoi le ticket serait annoncé si tôt !) puisque, issu du même premier cercle chiraquien, Baroin est notoirement en froid avec le maire de Bordeaux. Une telle stratégie peut-elle être efficace ? On en doute. Comme l’élection présidentielle proprement dite, la primaire constitue un scrutin très personnalisé. L’idée d’un ticket est complètement étrangère à la culture politique française, le seul précédent ayant été expérimenté dans le cadre de la parité homme-femme lors des dernières élections départementales. Les Français savent qu’ils élisent un Président, et pas un président + un Premier ministre. Si Nicolas Sarkozy est candidat, c’est lui seul qui le sera et Baroin ne comptera pas davantage que Benoist Apparu auprès d’Alain Juppé, Laure de la Raudière pour Bruno Le Maire ou Jérôme Chartier auprès de François Fillon.

On conseillera donc à Nicolas Sarkozy d’éviter de se lier les mains en nommant fictivement un Premier ministre avant même d’être désigné candidat de son camp. Cela aurait l’avantage, entre autres, de ne pas entretenir l’idée selon laquelle il est « certain de tous les écrabouiller », laquelle idée contribue largement à la défiance dont il fait l’objet. On n’est jamais trop prudent !

La grâce d’Élie Chouraqui

2
Stanley Weber dans "L'origine de la violence" de Stanley Weber (Photo : L'Origine Productions)

Bien des choses dans L’origine de la violence pouvait a priori inquiéter : le motif cent fois rebattu du secret de famille et de l’affrontement d’un père et de son fils autour d’une vérité trop longtemps tue ; le thème de la guerre, de l’Occupation, de la persécution des juifs et la tentation, parfois périlleuse, de faire du grand-romanesque à partir du tragique ; l’imbrication de deux histoires, l’une contemporaine, l’autre de l’ordre de la reconstitution historique avec notamment des scènes de camps de concentration (sur lesquelles même les plus grands cinéastes ont pu se casser les dents) ; enfin, la difficile adaptabilité d’un récit littéraire, à fortes connotations psychologiques, en cinéma, c’est-à-dire en images et en situations concrètes. Élie Chouraqui qui fut parfois, au début de sa carrière, plus généreux que précis, plus sentimental que rigoureux, allait-il s’en tirer ?

Oui, cent fois oui. Le réalisateur a su éviter ces chausse-trappes, en préférant d’abord raconter une histoire plutôt que démontrer une thèse sur le poids du passé. Élie Chouraqui a également su s’en tenir à un format relativement court (110 minutes) là où tant d’autres, grisés par l’ampleur du récit, auraient laissé le film filer vers ses trois bonnes heures. Dès les premières images, le film convainc par son énergie, sa fluidité, ce plaisir de tourner du cinéaste – qui entraîne le nôtre, spectateur pris par une main sûre et volontaire, et surtout adroite. Plus que cette histoire bien ficelée qui joue efficacement sur notre désir de savoir et retient notre attention, c’est la caméra alerte de Cbouraqui, son sens du cadre et du mouvement, l’alternance de plans larges et serrés (alors caméra au poing) qui donnent au film une étonnante vitalité, une émotion vibrante, charnelle, mais jamais lourde ou larmoyante.

Un autre péril attendait le film au tournant : Élie Chouraqui a donné à son fils César l’un des rôles principaux (il est Nathan Wagner de la guerre et le jeune Adrien Fabre des années 60). Le père saurait-il diriger le fils ? N’allait-on pas droit vers un de ces fiascos où le metteur en scène à la fois protège et malmène un acteur trop proche affectivement, tandis que ce dernier se protège par la pudeur ou l’empêchement. Ou au contraire, le père et le fils n’allaient-ils pas se laisser aller à une sorte d’exhibitionnisme affectueux (« Voyez comme il est beau », « Regardez comme il m’aime. »), empêchant le spectateur d’approcher l’acteur, le personnage et finalement l’histoire ? Il n’en est rien. Sous la conduite de son père, César Chouraqui réussit à dépasser son narcissisme de jeune premier pour donner à son personnage plus qu’une séduction première, immédiate : une fragilité, une vulnérabilité et une vérité prometteuses. La scène où Nathan affronte le sadisme du médecin du camp, superbement contenue, est sans doute l’une des plus difficiles et des mieux maîtrisées du film.

La réussite de L’origine de la violence tient d’ailleurs beaucoup à cet abandon, à cette confiance que les acteurs accordent à leur metteur en scène, comme s’ils étaient tous, quels que soient leur âge et leur expérience, un peu comme le jeune César, entre des mains sûres, protectrices, paternelles. En un mot : aimantes. Stanley Weber (Nathan Fabre), Richard Berry (Adrien Fabre, si bouleversant d’émotion nue dans la scène finale) et Philippe Bouquet livrent à la caméra une intimité saisissante qui font de L’origine de la violence plus qu’une bonne surprise : un excellent film.

L'origine de la violence - PRIX RENAUDOT POCHE 2010

Price: ---

0 used & new available from

Les couvertures de « Causeur » auxquelles vous avez échappé

34

L’énergie fossile

Proposé Stephane Chetrit, Guilhem Barbet et Pierre Petillot

 

Le péril vieux

Proposé par Max Léon, Sophie Richert

 

Le retour de la momie

proposé par Jacques Sapir, ULYSSEisback et Claire Becker

 

Hier, c’est demain

Proposé par Henri LOTRO et Jacques Reiter

 

Mirage à droite

Proposé par LPoirxdAphrodit

 

La droite la plus… à gauche du monde !

Proposé par Aymeric Leduc

 

La dance du centre

Proposé par Jérôme Stavroguine

 

Droit dans les bottes… de Juncker !

Proposé par citoyen

 

Et si ce n’était pas lui ?

Proposé par Eric Anceau

 

Chauve qui peut

Proposé par Lecat Antoine, BZAVIER, Jef Ervescent, Alexandre, Joelle Debruyne, Jean-Benoît Poulle, Marc Dekeister, Engy Ouanne, et Bernard Bigenwald

Et sa variante plus sympathique à l’égard de Juppé : A droite : le chauve qui peut (proposé par Jean Pierre Haar)

 

Il y a une vie après 70 ans

Proposé par Tunkasina

 

La vie commence à 80 ans

Proposé par Ohnarg

 

Hibernatus

Proposé par Ohnarg

 

Retour vers le futur

Proposé par Gérald Ladarré, Laetizia Graziani, Eric Vezin

 

Nestor sert la soupe

Proposé par Christian Cottet-Emard et donc aussi un peu Hergé

 

L’austère qui ne se marre pas ?

Proposé par citoyen

 

Le meilleur d’entre mous

Proposé par Noix vomique

 

Le prochain Vice-chancelier ?

Proposé par J.E.R.P.

 

Faut-il vraiment reculer l’âge de la retraite ?

Proposé par Noix vomique

 

On a retrouvé le père de Macron

Proposé par Gilles Lenfant

 

Les mystères de Toutânkhamon

Proposé par Nico L’apéro

 

Toujours vivant, toujours la banane, toujours debout

Proposé par Ned Oliver et inspiré par Renaud

 

Si vous voulez aller au-delà de la couverture, la vraie, présente ci-dessous, et si le sommaire et l’édito de ce numéro vous ont convaincus, c’est dans les kiosques ou bien ici que ça se passe. Bonne lecture !

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Juppé : le pire d’entre nous ? »

Benzema ou la reductio ad racismum footballistique

95
La couverture du journal espagnol "Marca" dans lequel Karim Benzema "rompt le silence" qu'il aurait sans doute mieux fait de garder...

Il y a des enfants qui vous ramènent leur carnet de note en vous expliquant que le zéro qui leur a été gratifié dans telle ou telle matière n’est pas de leur faute mais de celle du professeur qui, en plus de mal expliquer, corrige comme un pied.

Il y a des adultes qui gagnent des fortunes avec leurs pieds, 15,3 millions d’euros l’an dernier pour l’objet de cet article, et qui trouvent comme unique explication à leur absence dans le groupe France pour l’Euro de football que le sélectionneur « a cédé à la pression d’une partie raciste de la France ».

Le « racisme d’une partie de la France » serait donc le motif de l’absence de Karim Benzema de l’Euro 2016. On reste donc dans le registre cantonesque, qui était, lui aussi, beaucoup plus convaincant ballon aux pieds que micro aux lèvres, l’ancien attaquant de Manchester United ayant reproché la semaine dernière à Didier Deschamps, outre de ne pas avoir sélectionné Benzema et Ben Arfa, « d’avoir un nom très français. Peut-être qu’il est le seul en France à avoir un nom vraiment français ». Les Dupont, Durand, Martin et consorts apprécieront…

Donc si Benzema n’est pas dans le groupe France, ce n’est en aucun cas de sa faute mais de celle de cette France raciste, la France moisie comme dirait Philippe Sollers.

La mise en examen dans l’affaire de la sextape ? Rien de grave puisqu’il s’agit juste d’une extorsion de fonds envers un coéquipier lui aussi privé d’Euro, Mathieu Valbuena, qui a pourtant toujours été exemplaire sous le maillot tricolore, contrairement à Benzema.

Le crachat après l’émouvante Marseillaise parfaitement respectée par l’ensemble du stade Santiago Bernabeu ? Juste un besoin physiologique, on est en effet épuisé physiquement quand on est footballeur professionnel après avoir parcouru en marchant le chemin des vestiaires à la pelouse et être resté debout une minute sans bouger.

Deschamps raciste contre les Maghrébins ? Alors pourquoi avoir appelé Adil Rami, franco-marocain, suite au forfait de Raphaël Varane.

Deschamps raciste tout court ? Quand on voit le milieu tricolore avec Pogba, Matuidi, Diarra, Kanté et Payet, on peut en douter non ?

Deschamps laxiste avec Benzema ? Probablement puisqu’aucun autre entraîneur n’aurait maintenu un attaquant muet pendant 1 222 minutes sous le maillot de l’équipe de France, attaquant qui pour les qualifications pour le Mondial 2014 ne marqua qu’une fois en phase de poules, à 3 minutes de la fin du dernier match face à la Finlande après ne pas avoir particulièrement brillé face à d’autres adversaires de gros calibre comme la Biélorussie ou la Géorgie…

Mais si Benzema ne sera pas de l’aventure qui, nous l’espérons tous, se terminera avec un troisième titre pour les Bleus, ce n’est évidemment pas en raison de son comportement ou de ses performances.

De cette affaire restera au moins une chose : on connaît désormais la reductio ad racismum footballistique…

Gynophobie: et ta sœur!

74
Denis Baupin lors de la campagne des législatives de 2012 (Photo : SIPA.00638495_000021)

Ils se demandent si les casseurs n’ont pas un petit peu raison et si les terroristes n’ont pas des raisons. Mais pour Denis Baupin, pas la plus petite circonstance atténuante. Condamné sans procès à la mort sociale, pour propos et messages lubriques, sans oublier une tentative d’extorsion de baiser à main armée, c’est-à-dire baladeuse. Des fautes qui méritent le mépris, une blague cinglante ou une bonne paire de claques, peut-être pas un tel unanimisme dans l’opprobre. Toutes les bonnes âmes de droite ou de gauche qui communient dans la dénonciation du pêcheur évoquent irrésistiblement les croquantes et les croquants de l’Auvergnat de Brassens, à qui leur bonne conscience donne le droit de haïr en chœur. Baupin est désormais un monstre, ce qui est un brin excessif, même pour le dragueur compulsif et lourdingue qu’on nous dit qu’il est. Auquel cas il est surtout coupable de tartufferie, car il était jusqu’à présent l’un des plus grands dévots de la lutte « antisexiste », version rouge à lèvres pour tous.

Ce qui devrait étonner, me souffle un ami que je ne dénoncerai pas, ce n’est pas ce que Baupin est supposé avoir fait, c’est qu’il n’y ait pas beaucoup plus de Baupin qui fassent bien pire. Nos désirs ne sont bestiaux, poursuit-il, mais des siècles de civilisation nous ont appris à sortir avec une muselière. La norme, c’est qu’un homme ça s’empêche. Dans nos contrées en tout cas.

Tout le monde devrait se féliciter que le consentement des femmes soit désormais une barrière infranchissable par le désir des hommes. Mais le pénible scandale Baupin a promptement été « majusculisé » pour devenir la preuve de la perpétuation d’un ordre patriarcal qui n’existe plus depuis belle lurette. Sauf dans certains territoires où il est précisément interdit de le voir car ce serait raciste. Or, à l’exception des endroits où il règne en maître, le machisme est partout, nous dit-on, et ces dames veulent faire savoir qu’elles ont été, sont ou seront un jour victimes de harcèlement. Après la tribune des 40 journalistes, on a eu droit à celle des 17 anciennes ministres. Toutes ont vécu le drame terrible d’être désirées, parfois explicitement, le plus souvent avec les yeux. On se demande comment elles ont tenu bon. Pire encore : après le scandale, on continuerait à faire des blagues salaces à l’Assemblée, révèle Slate, qui a envoyé un reporter traquer les propos graveleux. Enfin, on apprend dans le JDD que, lors de la réunion du groupe socialiste où ces dames ont évoqué l’affaire, eh bien, croyez-le ou pas, « pendant qu’elles parlaient, elles entendaient des rires ». Des rires, ça va chercher dans les combien ?

En public, pas question de rigoler !

Il faut donc craindre que cette affaire marque une nouvelle étape dans l’entreprise de normalisation des relations entre les hommes et les femmes, donc de la sexualité, menée sous la bannière mensongère du féminisme. Nos victimes enragées ne se contentent plus de la muselière librement consentie par les hommes, elles entendent punir toute expression du désir masculin, qu’elles s’efforcent de ligoter dans une véritable camisole anthropologique en imprimant dans les cerveaux l’idée que tout homme est coupable et toute femme victime. Il convient donc de recenser, de compter, de déplorer et, plus que tout, de punir sans relâche les innombrables avanies dont est faite la vie des femmes. Nul ne se plaindra que les violences réelles soient sévèrement sanctionnées. Mais nos justicières n’auront de cesse que tout propos un peu leste, toute allusion vaguement érotique, tout regard légèrement suggestif soit passible des tribunaux. La réalisatrice Lisa Azuelos s’est brusquement avisée que « les femmes n’avaient pas de mots pour désigner les violences qui leur sont faites ». Pour combler ce vide sémantique, elle a inventé le terme « gynophobie ». Et pas pour la blague : il s’agit bien, précise-t-elle, d’un outil judiciaire.[access capability= »lire_inedits »]

Comme toujours, devant ces numéros d’oie blanche s’agitant pour savoir laquelle est la plus traumatisée, on commence par hurler de rire. D’ailleurs, en privé, toute la France se marre, y compris ceux qui, à la télé, proclament avec des mines solennelles qu’ils ne se tairont plus (mais quand diable se sont-ils donc tus ?). Seulement, en public, pas question de rigoler. Personne ou presque n’ose moufter contre le vent. Cette obligation de schizophrénie est bien la preuve que ce féminisme victimaire s’impose comme une vérité officielle par une forme de terreur idéologique. Personne n’y croit, mais tout le monde doit faire semblant. Pas pour sauver sa peau, bien sûr. Pour avoir la paix.

Luc Le Vaillant aurait dû réfléchir à deux fois avant d’écrire ce qu’il pensait. Dans un texte intitulé « La Complainte du mâle aimé », publié le 23 mai sur le site de Libération, le chroniqueur redoute que l’affaire Baupin « sape les fondations d’un mélange des genres dont s’enorgueillissaient les travailleuses et les travailleurs, les coquelets et les poulettes, ravis de badiner sur leur tas de fumier, fiers de ne pas avoir à défiler devant huissier pour se dragouiller ». Ces charmantes images lui ont valu un torrent de boue numérique et, peut-être, un procès à l’intérieur de sa rédaction. Le benêt, sans doute s’est-il cru dans un pays libre.

En tout cas, mon ami a tort. Que, dans cette ambiance, des hommes continuent à désirer des femmes prouve qu’ils sont encore des hommes. Avec juste ce qu’il faut de sauvagerie.[/access]

Juppé: le pire d’entre nous?

293

Alain Juppé est arrivé sans se presser au sommet des sondages de la primaire de la droite. Intronisé « moins pire d’entre eux » à l’automne 2014 par Les Inrocks, l’ancien pestiféré de la chiraquie « coche toute les cases pour plaire aux médias », selon l’expression d’Elisabeth Lévy. Un tel engouement après des années de purgatoire ne pouvait qu’interloquer Causeur, dont la « une » flirte avec le blasphème : « Le pire d’entre nous ? » Pour notre chère directrice de la rédaction, Juppé n’est bien évidemment pas le pire avenir qui nous attend, mais la coqueluche d’un grand courant sociétaliste dont on imagine vaguement la future politique : « beaucoup d’Europe, une bonne dose de libéralisme (dont, à tort ou à raison, les Français ne veulent pas) et  un discours intraitable sur le déficit budgétaire ». Si une grande majorité de notre rédaction s’afflige de son élection annoncée, ce n’est pas seulement par goût des surprises ou agacement vis-à-vis du candidat des médias (Barre, Balladur, DSK) que les Français renvoient rituellement à ses chères études.

« Juppé au pouvoir ce pourrait bien être Berlin plus que Bordeaux »

Pour la plupart de nos contributeurs de droite comme de gauche, tantôt « Juppé au pouvoir ce pourrait bien être Berlin plus que Bordeaux », tantôt il incarnerait « dans son souci de complaire à la gauche, son pire travers : son refus frénétique de voir le réel et sa manie de le repeindre en rose multi-culti avec l’espoir que les mots “vivre-ensemble” créeront la chose », résume Elisabeth Lévy. À force de s’aligner sur les positions de la gauche sociétaliste, Juppé a fini par la séduire, ainsi que nous l’explique Marc Cohen. Antisarkozysme et antilepénisme viscéraux sont les deux mamelles de tout chiraquien cherchant à rentrer dans le rang, que le chouchou des sondages conjugue à un discours « anti-islamophobe » fort populaire parmi la « salafosphère » tout en jouant sur la fibre pro-LGBT après avoir divorcé de la manif pour tous.

Ce salmigondis, couplé à une passion déraisonnable pour l’art contemporain dans sa bonne ville de Bordeaux, n’enthousiasme pas Denis Tillinac. À la « droite tocquevillienne » façon Juppé, l’écrivain d’Auriac préfère une droite enracinée dans la France profonde, à la fois catholique et modérément républicaine qui porterait L’âme de la France, confie-t-il au creux de l’oreille de Gérald Andrieu et Elisabeth Lévy.

Ni oubli ni pardon, renchérit Maître Régis de Castelnau, nous rappelant la « morgue tranquille » d’un repris de justesse qui – contrairement à une légende tenace – n’a pas payé pour un autre dans l’affaire des HLM de la Ville de Paris.

En grand sage de Causeur, Luc Rosenzweig retrace l’itinéraire d’un enfant de Chirac pas toujours gâté par l’opinion, tant s’en faut. Après des années de vaches maigres, Juppé revient avec une équipe resserrée et n’est pas content !

In fine, seuls Jérôme Leroy et Hervé Algalarrondo se réjouissent de la bonne fortune sondagière de l’ex-Premier ministre de Chirac. Maintenant que la gauche de gouvernement a trahi toutes ses promesses, notre bolchévique de rédacteur en chef culture voit dans Juppé un possible recours anti-Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Qui plus est, l’élection d’un président un tant soit peu solennel redonnerait un peu de lustre à une Ve République abîmée par les quinquennats Hollande et Sarkozy. Quant à Hervé Algalarrondo, social-démocrate assumé de la rédaction, il défend une grande coalition sous commandement juppéiste qui nous ferait définitivement entrer dans le cercle de la raison.

Affaire Baupin, Laurent Fabius, Jeremy Stubbs…

« Le pénis au pénal ! » vocifèrent les chaisières échaudées par l’affaire Baupin. Jamais à court de bons mots, notre amie Anne-Marie Le Pourhiet nous raconte son expérience d’universitaire harcelée deux fois en quarante ans, sans que les juges n’en aient été informés. L’alcôve ne devrait pas conduire au tribunal, assure le professeur de droit. Toujours dans l’arène politique, Luc Rosenzweig dresse un réquisitoire argumenté contre Laurent Fabius, dont le bilan au Quai d’Orsay n’égale pas la hauteur de l’ego. Celui qui se rêvait prix Nobel de la Paix « s’est mis en tête de faire plier Israël dans l’interminable conflit israélo-palestinien » sans que la situation au Proche-Orient n’avance d’un pouce, ni que sa « diplomatie économique » ne produise les miracles annoncés.  Enfin, pour clore cette partie actualité, Jeremy Stubbs analyse les ressorts de l’antisémitisme britannique, qui éclot de plus belle au sein du parti travailliste.  

Voilà une transition toute trouvée pour amener notre dernier grand entretien. Ulcérés par Ils sont partout, le film de science-fiction dans lequel tous les antisémites sont blancs, européens de souche et nostalgiques des années 1940, Elisabeth Lévy et Cyril Bennasar ont soumis à la question son réalisateur Yvan Attal. En résulte une interview sans tabous au cours de laquelle l’acteur-réalisateur ne ménage personne, même pas lui-même, et finit par appeler un chat un chat.

Non sans passer par l’expo Araki au musée Guimet, le lecteur solitaire parcourra les romans qu’ont inspirés Apollinaire et Drieu la Rochelle, ici célébrés par Jérôme Leroy, puis méditeront les leçons de cinéphilie de Michel Mourlet.

Avec Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jean-Paul Lilienfeld, L’ouvreuse et notre nouveau chroniqueur cinéma Olivier Prévôt, la distribution vaut bien le casting d’un péplum !

L’islam à l’envers d’Abdennour Bidar

85
(Photo : Hannah Assouline)

Abdennour Bidar a succédé à Adelwahab Meddeb sur France Culture comme voix musulmane indépendante, critique, innovatrice. Il avait publié auparavant, en 2006, un essai au titre paradoxal, Self islam, dont il a explicité ensuite les soubassements exégétiques et philosophiques dans L’Islam sans soumission, désormais en poche. D’un titre provocant à l’autre, il poursuit une réflexion audacieuse. Le premier livre a pu paraître simplement désinvolte : l’islam comme on veut, dont on prend et dont on laisse. Pratique atypique d’un marginal, trop français pour être représentatif, une curiosité. L’Islam sans soumission oblige à considérer de plus près l’entreprise de Bidar.

L’auteur affirme d’abord que, loin de se livrer à une provocation effrontée, il a décrit dans Self islam un comportement répandu, peut-être dominant, en Europe aussi bien qu’en terre d’islam, celui du croyant qui ne veut plus vivre « ligoté de toutes parts », accablé de commandements, qui voit la charia non pas comme une « loi édictée » mais comme « mise en route » pour quoi le Coran donne des « conseils de vie spirituelle ». Mais, pour passer de l’islam institué à l’islam libre, il ne suffit pas, comme font beaucoup de « réformateurs », de critiquer les sociétés musulmanes, il faut arracher les croyants à une « servitude spirituelle », dont la servitude sociale qu’ils font subir, notamment aux femmes, est « l’ombre portée».[access capability= »lire_inedits »]

Un autre islam est possible ! nous dit Bidar, mais pour le faire apparaître il faut lire le Coran à partir de son noyau essentiel, ce que Jacques Berque, l’un des islamologues de référence pour Bidar (avec Henry Corbin), appelle le kérygme musulman – expression chrétienne. Ce kérygme, Bidar le dégage en retraduisant et en réinterprétant le début du verset 30 de la deuxième sourate : Dans la Pléiade on lit « ton Seigneur dit aux anges : “Je vais établir un lieutenant sur la terre…” », lieutenant traduisant khalifat, alors que Bidar entend par ce mot « successeur », donc « héritier ». Ainsi, ce que le Coran annonce, c’est le retrait de Dieu, libérant « le champ de l’existence pour l’intelligence et la volonté de l’homme-khalifat. » Au ritualisme passif, de prosternation, qui est pour le fidèle rapprochement de Dieu par annulation de soi, A. Bidar oppose une séparation entre l’activité humaine créatrice et une transcendance à quoi donne accès la vie intérieure.

L’homme héritier de la divinité qui se déverse en lui ! En défense de cette thèse, A. Bidar mobilise à l’occasion des textes et commentaires chrétiens, en particulier le commentaire que fait la psychanalyste Marie Balmary de la parabole des talents (Matthieu 25 et Luc 19). Balmary, comme Bidar, croit que Dieu ne confie pas des « dépôts », ne consent pas des délégations, mais qu’il fait des dons. Reste que, dans les Évangiles, le « Maître », une fois revenu, juge les usages qu’on a fait de ses libéralités. Ceci éloigne de la thèse de l’héritage, laquelle, dans le Coran même, est démentie par les nombreuses vocations d’un jugement post mortem, dont Bidar n’a cure.

Ceci n’est pas dans sa perspective, il tient à ce que le dispositif coranique soit non seulement l’inverse du dispositif chrétien mais plus radical que celui-ci. Inverse, parce que dans l’islam, Dieu « ne vient pas à l’homme » mais lui laisse ce monde. Mais surtout plus radical : l’incarnation christique élève l’humanité devenue partenaire historique du Fils de Dieu puis de son Église. Mais c’est ce partenariat, ce partage de l’historicité entre le spirituel et le temporel qui fera de l’histoire de l’Occident une longue révolte contre un Dieu trop proche. La « sortie de la religion » qui en résulte, A. Bidar ne la voit pas comme une catastrophe, mais il regrette qu’issue d’une révolte, elle ait induit une idée de l’homme, diminuée, donc désespérante (cf le Sisyphe de Camus) voire inexistante : la culture des droits de l’homme n’a pas d’idée de ce qu’est l’homme. L’Occident a les mains actives et le cœur vide. À cette déprime pourrait échapper un islam sorti lui aussi de la religion mais par héritage, sans conflit, à travers l’expérience humaine de « la productivité infinie de la vie juste » jusqu’à pouvoir « se passer de Celui dont [l’homme] a incorporé la puissance ». Cette « félicité de l’homme sans Dieu » pourrait être l’apport de l’islam à une future humanité spirituellement unifiée.

Très logiquement, cette théodicée négative conduit à mettre en doute l’existence même d’un personnage devenu inutile. Chez Bidar, une transition vers l’islam débarrassé de Dieu est même assurée par le thème de la consubstantialité de Dieu et de l’homme. Le Coran place en exergue à chaque sourate : Au nom de Dieu :/celui qui fait miséricorde,/ le Misécordieux ». Au lieu de « Miséricordieux », Bidar propose « le matriciel », celui qui nourrit l’homme de sa propre substance. Par conséquent, il n’y a pas de différence de nature entre le créateur et la créature ; Dieu peut ne plus être que ce à travers quoi « l’humanité a pu en réalité se chercher elle-même… s’ouvrir progressivement à la perception et à la jouissance de sa propre infinité » (169).

Divagation que tout cela ? Sans doute beaucoup le pensent-ils, la preuve en est que ce livre ambitieux d’un auteur connu n’a été pris en considération ni par les spécialistes ou porte-parole de l’islam, ni par ceux que sa réaffirmation inquiète. Pourtant, valide ou non, cette étonnante démarche dit sur l’islam quelque chose d’important : il faut que la « maladie de l’islam » soit grave, sa « culture de la soumission » ancrée, pour qu’il faille envisager comme remède un pareil chambardement, cette relecture complète, inverse, de la révélation coranique. En islam, l’autonomisation du domaine civil apparaissant impossible, c’est le domaine religieux qu’on est amené à réduire avec les armes que fournissent les idées d’héritage et de consubstantialité (Dieu matriciel), et même en inversant le rapport entre Dieu et l’humanité. Ceci apparaît le mieux si l’on interroge le pivot du récit musulman : la « clôture de la révélation » avec Mahomet. Ou bien, dit A. Bidar, c’est le moment de la législation définitivement fixée, ou bien (134) « Dieu nous a jugés assez mûrs désormais pour arrêter le flux de son message et nous laisser nous diriger nous-mêmes ». Nous léguant pour cela « ses propres puissances ». En islam, Dieu est tout ou rien.

À quoi mène donc le renversement du dispositif islamique traditionnel, l’islam inversé, retourné contre lui-même, que propose Abdennour Bidar ? Qu’en est-il de la faisabilité de son entreprise et des perspectives qu’elle offre ?

1° La radicalité du remède proposé porte à douter qu’il soit applicable. Bidar propose un « kérygme musulman » mais il ne montre pas comment les musulmans pourraient passer de leur pratique actuelle au monde infiniment dégagé qu’il désigne sans pouvoir invoquer d’autres exemples que les expériences individuelles de mystiques chiites. Même si le « self islam » s’étendait, sa voie ne serait pas, croit-on, une réforme de l’islam mais un simple éloignement à son égard.

2° Si, opérant la volte-face proposée, l’islam se trouvait l’initiateur de l’unité spirituelle qu’appelle la mondialisation, y aurait-il vraiment lieu de s’en réjouir ? Selon la logique du monothéisme pur que suit Bidar, nous nous trouverions dans un vide sans repères. Entre le perfectionnement de chacun[1. Jean-Pierre Le Goff dans Malaise dans la démocratie, rapproche la proposition islamique de Bidar de la religiosité syncrétique, orientée aux souhaits de chacun qu’appelle notre individualisme mondialisé.] et la divinité (s’il subsiste rien de ce genre), aucune médiation ne serait disponible, aucune appartenance ni adhésion pour nous relier et nous éclairer. L’alliance, le prophétisme, le peuple ou la nation, ces notions qui, dans l’aire des religions bibliques, ont donné figure à la fois à la divinité et aux humanités, qui ont scandé l’historicité du monde, tout cela nous ferait défaut à jamais. L’islam libéré et même libertaire, l’islam à l’envers qu’envisage Bidar continuerait d’être suspendu à une révélation anhistorique, et nous avec s’il devenait notre modèle. Ce n’est pas ce que je nous souhaite.[/access]

Self islam: Histoire d'un islam personnel

Price: ---

0 used & new available from


L'Islam sans soumission: Pour un existentialisme musulman

Price: ---

0 used & new available from


MALAISE DANS LA DEMOCRATIE

Price: ---

0 used & new available from

Nous sommes tous des martyrs

22
Les images de vidéosurveillance des auteurs de l'attentat de l'aéroport de Zaventem (Photo : SIPA.AP21874376_000102)

De nombreux blessés des attentats du 22 mars n’ont pas encore quitté l’hôpital que la culture européenne entreprend l’éloge des terroristes de Bruxelles, dans une exposition qui vient de s’ouvrir au Danemark.

On y voit tout bonnement exposés les portraits grand format de Khalid et Ibrahim El Bakraoui, auteurs des attentats de l’aéroport et du métro de Bruxelles, à côté d’un gant noir — comme ils en portaient pour dissimuler la commande de mise à feu de leurs bombes — dressé sous une cloche de verre, et d’une poignée de clous tels que ceux dont leurs bombes étaient truffées.

L’événement surréel est rapporté dans La Libre Belgique du 30 mai 2016 par Slim Allagui, correspondant de ce journal au Danemark (ainsi que de l’Agence France Presse). Le ton général de l’article ainsi que ses intertitres plaident en faveur de cette initiative d’un collectif d’artistes : « Pas de glorification », « Non au politiquement correct », « Ne pas interdire », souligne le journaliste.

Pourtant, le titre de l’exposition lui-même — « Musée des martyrs » — ne constitue-il pas une glorification des personnages évoqués ? D’autant plus que les bourreaux de Bruxelles y apparaissent aux côtés de rien moins que Socrate, Jeanne d’Arc et Rosa Luxembourg.

Si le dégoût n’a pas interrompu votre lecture, vous pourrez prendre connaissance des justifications de la porte-parole danoise du groupe d’artistes, Ida Grarup Nielsen : « Notre exposition est une enquête sur le terme de « martyr » à la fois dans un contexte historique et actuel, car ceux que nous appelons terroristes en Occident sont considérés comme des martyrs par d’autres ailleurs dans le monde. »

Il s’agit donc clairement de « relativiser » et de mettre les assassins de Bruxelles sur le même pied que de grands personnages culturels, en invoquant un « autre point de vue ». « Tenter de savoir ce qui se passe dans la tête des terroristes peut nous aider à comprendre et savoir, peut-être, comment contrecarrer le terrorisme à l’avenir », ajoute la porte-parole de manière perverse. En quoi l’exposition de deux portraits, d’un gant et de quelques clous permet de comprendre « ce qui se passe dans la tête des terroristes », seul un critique d’art contemporain pourra nous l’expliquer.

Le correspondant de l’Agence France Presse et de la Libre Belgique ne manque pas de souligner que les opposants à cette exposition jugée par eux « perverse », « idiote » et « honteuse », sont « notamment » de droite. Un élu du parti libéral au pouvoir a d’ailleurs déposé une plainte contre les organisateurs pour « apologie du terrorisme ».

Par contre, des voix progressistes, comme celle du rédacteur littéraire du quotidien de référence Politiken, défendent l’exposition et s’insurgent contre « le politiquement correct, même dans l’art ».

Un psychothérapeute danois, présent lors des attentats de Paris, plaide pour les artistes qui « ont aussi le droit de s’exprimer et de montrer certaines choses qui peuvent indigner, et raconter les raisons qui poussent des gens à donner leur vie au terrorisme peut contribuer à un débat sain. Nous devons défendre la liberté d’expression au Danemark, même si, de temps en temps, elle nous fait mal », ajoute-t-il.

Car, nous aussi, devons accepter d’être des martyrs…

La gauche « Y’a bon Banania »!

111
(Photos : SIPA.00730224_000026/00708929_000034/00758206_000002/00722065_000001)
(Photos : SIPA.00730224_000026/00708929_000034/00758206_000002/00722065_000001)

Le 18 mai dernier, une voiture de police était incendiée en plein Paris. Sortant de son véhicule et affrontant ses agresseurs, un adjoint de sécurité du nom de Kevin Philippy allait devenir un modèle de bravoure. Le lendemain de l’attaque, le ministre de l’Intérieur décorait et titularisait ce policier de 29 ans.

Quelques jours auparavant, la ministre de la Culture voyait dans l’annulation de la participation de Black M aux cérémonies marquant le 100e anniversaire de la bataille de Verdun la preuve du retour d’un « ordre moral nauséabond ». De Benoist Apparu à Christiane Taubira, pendant plus d’une semaine, le chœur des pleureuses « comme il faut » s’est mobilisé pour défendre le rappeur, victime de la xénophobie des Français.

La vague d’indignation soulevée par l’idée saugrenue d’inviter cet artiste à clôturer la commémoration de Verdun n’était pourtant nullement motivée par sa couleur de peau.

En dépit de leur incomparable talent et de leurs origines bien gauloises, Claude François ou Léo Ferré n’auraient pas été moins décalés au pied de l’ossuaire de Douaumont que Black M.

Parmi les opposants à sa venue, pas même l’extrême droite la plus rance ne s’est aventurée à rappeler ses origines africaines. Même si l’affaire a servi de défouloir à la fachosphère, l’émoi populaire suscité par cette cacophonie mélangeant fiesta rap et sonnerie aux morts ne contenait pas la moindre once de racisme.

A contrario, le chœur des vierges antiracistes et des progressistes effarouchés (de Jack Lang à Audrey Azoulay) n’a vu que du noir dans cette polémique. Les partisans du rappeur auraient pu mettre en avant son talent (et même si ces propos sont contestables, il n’en manque pas) ou encore la puissance suggestive d’un mode d’expression artistique importé des Etats-Unis mais qui a pris racine en France. Or, ce ne sont pas ces arguments qui ont servi à défendre Black M mais la pigmentation de son épiderme.

Ce rappeur a tenu des propos antifrançais et homophobes soit mais il est… noir ! Il ne peut s’agir que d’une victime. Black M est un people bling-bling mais il est « issu de l’immigration ». Il incarne donc les nouveaux damnés de la terre. La réaction pavlovienne de l’extrême gauche culturelle dans l’affaire Black M traduit en fait une sorte d’obsession raciale.

La même obsession est à l’œuvre lorsqu’Éric Cantona fustige Didier Deschamps parce qu’il n’a pas retenu Hatem Ben Arfa « parce qu’il a des origines ». Le sélectionneur des Bleus écarte Karim Benzema et aussitôt Jamel Debbouze ou Benoît Hamon hurlent à la montée du racisme en France.

Le racialisme de gauche est une idéologie

Inutile de faire remarquer à cette gauche « Y’a bon Banania » que 12 joueurs des Bleus sont d’origine ultra marine ou africaine. Tout ce que pourrions dire sera retenu contre nous. L’idéologie ne se contente pas d’ignorer le réel, elle le plie à ses fantasmes. Ce ne sont pas les dogmes qui doivent correspondre aux faits mais les faits qui doivent coller aux dogmes. Qui a mis des clous dans les œufs du peuple demandait le procureur Vichynski aux accusés des procès de Moscou ? Quant aux antisémites polonais, ils ne se contentaient pas de traiter les juifs de salauds, ils réputaient que tout salaud était forcément juif.

L’idéologie doit toujours avoir le dernier mot. Or, le racialisme de gauche est une idéologie. On se fiche de savoir si Benzema a insulté le sélectionneur ou si ce joueur de talent se comporte par ailleurs comme une petite frappe, ce qui compte c’est de ressasser jusqu’à l’écoeurement que la France est raciste parce qu’elle est… la France ! D’ailleurs, le tricolore ne contient pas de noir, ni de jaune, n’est-ce pas une preuve suffisante de notre racisme atavique ? Et si Benzema ou Black M avait été blancs leur aurait-on cherché des noises ?

Ces obsessionnels de la race n’ont pas remarqué que Kevin Philippy qui est passé très près d’être lynchés par des blancs est noir. Comme si les minorités devenaient invisibles dès lors qu’elles cessaient de jouer les rôles de figurants assignés par la gauche « Y’a bon Banania ».

Le racialisme de gauche qui défend des peoples d’origine africaine n’est-il pas la dernière feuille de vigne d’un authentique racisme social ? Un racisme peut en cacher un autre.

Le pénis au pénal!

221
Cécile Duflot à l'Assemblée nationale, le 17 juillet 2012 (Photo : WITT/SIPA)
Cécile Duflot à l'Assemblée nationale, le 17 juillet 2012 (Photo : SIPA.00640869_000047)

Cette fois, ça y est ! Qu’on se le dise, ça va changer ! Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Monique Pelletier et Roselyne Bachelot n’accepteront plus jamais d’être l’objet du regard concupiscent des hommes politiques et dénonceront désormais systématiquement les salauds qui osent leur « mater le cul », selon la délicate expression recueillie par trois gracieuses journalistes du JDD.

Même la narcissique mijaurée Nathalie Kosciusko-Morizet, qui passe pourtant une bonne partie de son temps à se contempler dans la glace et à adopter des poses lascives, ainsi que Fleur Pellerin, qui calcule si bien l’effet promotionnel de ses stilettos Louboutin, ont rejoint les sœurs en lutte contre les frères en rut.

Nos anciennes gouvernantes ont ensemble décidé que l’« on ne peut pas » dire d’une femme qu’elle a des seins magnifiques, que sa jupe est trop courte, ni lui demander si elle porte un string, ni mettre la main sur sa cuisse ou masser ses épaules sans avoir dûment obtenu son consentement préalable. Tous ces comportements « inappropriés » relèvent, disent-elles, du sexisme, c’est-à-dire, si l’on se réfère aux vagues définitions qui en sont données, de la discrimination ou de la haine à l’égard des femmes.

Franchement, j’avoue avoir du mal à saisir tant l’objet du scandale que le raisonnement tenu dans ces opportunistes cris d’orfraie. En quoi le fait de dire à un individu, quel que soit son sexe, qu’il a de beaux yeux, de belles mains, de belles jambes, une belle poitrine ou de belles fesses révèle-t-il de la haine ou de la discrimination ? Lorsque je fais remarquer à un collègue que la pratique sportive lui conserve un beau corps d’athlète ou qu’il a de longues mains à caresser les femmes, je n’ai pas du tout l’impression de lui exprimer de la haine ou de pratiquer une discrimination sexiste. Je crois au contraire lui manifester de la sympathie et lui faire un compliment flatteur. Il m’est souvent arrivé de déplorer qu’il n’y ait pas davantage de « beaux mecs » parmi les universitaires ou de me féliciter de ce que les professeurs de droit portent généralement un élégant costume-cravate, à l’opposé des enseignants d’autres disciplines, souvent fagotés comme des traîne-savates. On ne voit vraiment pas ce qu’il y a de péjoratif à pousser des sifflements admiratifs lorsque Mme Duflot se décide à troquer le jean informe et négligé qu’elle arborait en Conseil des ministres, comme une injure aux institutions, pour une robe gonflante et voyante à grosses fleurs bleues qui introduit le printemps dans l’hémicycle. Le but de l’ingénue politicienne était évidemment de se faire remarquer, et il fut parfaitement atteint, quoi de répréhensible à cela ?

Qu’il y ait, dans le monde politique comme ailleurs, une minorité d’obsédés sexuels qui se jettent grossièrement sur leurs collègues ou assistantes, est un phénomène marginal que l’on a vite fait de remettre à sa place. En presque 40 ans de carrière universitaire, il m’est arrivé deux fois d’être sexuellement agressée : une fois par un collègue masculin respectable auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession et qu’il a suffi d’éconduire rudement ; une autre fois, à l’inverse du cliché du Sofitel de New York, par une étudiante noire qui s’était permise de bloquer la portière de ma voiture et dont j’ai peut-être brisé le tibia en claquant cette dernière violemment avec force injures « lesbophobes ». L’idée de porter plainte pour agression sexuelle, dans les deux cas, ne m’a pas effleurée une seconde. Qu’est-ce qu’un tribunal viendrait faire dans ces sottises ? Les magistrats ont des choses plus sérieuses à traiter que ces non-événements.[access capability= »lire_inedits »]

Une plaignante déçue : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! »

Mais nos 17 combattantes, dont on devine la fébrilité avec laquelle elles ont réuni d’urgence leurs augustes signatures, ont justement oublié la sagesse de l’adage De minimis non curat praetor (On n’encombre pas le prétoire avec des broutilles) et la lucidité de Racine dans Les Plaideurs (« Tandis qu’au procès on travaille ma partie en mon pré laisse aller sa volaille »), pour manifester haut et fort leur « envie du pénal ». Inutile de préciser que les cas de harcèlement et d’agression homosexuels ne sont pas pris en compte par nos geigneuses, étrangement borgnes sur ce point, et qu’elles n’ont jamais aperçu non plus la stratégie pourtant fréquente et grossière de certaines femmes journalistes pour accrocher un homme politique à leur tableau de chasse. Sur cela, elles continueront à respecter l’omerta.

Nos ex-ministres enrôlées dans l’Armée du salut ont donc choisi pour slogan exclusif : « Le pénis au pénal ! » Les voilà toutes fières de proposer le renforcement du délicieux arsenal répressif qui faisait la joie du regretté Philippe Muray : allongement des délais de prescription en matière d’agression sexuelle (pour celles qui mettent plusieurs années à se souvenir du « fléau » qu’elle ont subi), possibilité pour les associations « compétentes » de porter plainte en lieu et place des victimes (de quoi alimenter copieusement la rubrique « genre » du recueil de jurisprudence Dalloz), poursuites systématiques pour harcèlement (bon courage aux procureurs), fin de la possibilité de correctionnaliser un viol (mais quelle femme Denis Baupin a-t-il donc violée ?), etc.

Nous avons récemment vu à la télévision une scène hilarante dans laquelle, après que le Conseil constitutionnel avait eu la sagesse d’abroger une incrimination de harcèlement sexuel parfaitement tautologique et arbitraire, une plaignante déçue accompagnée de son avocate hurlait dans le hall d’un palais de justice : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! » Le reportage télévisuel était destiné à nous apitoyer sur le sort des malheureuses dont le machiste juge constitutionnel avaient torpillé la plainte, mais il produisit évidemment l’effet inverse en nous exhibant une sélection cocasse de nunuches ridicules.

Le philosophe Yves Michaud vient de publier un livre percutant intitulé Contre la bienveillance (Stock, 2016), dont l’analyse serait à poursuivre sur le terrain juridique. Il y décrit les effets pervers de la « morale du soin » et de l’idéologie du care, générés par l’obsession de la vulnérabilité dans nos sociétés de maternage. Les réactions hystériques à l’insignifiante « affaire Baupin » sont encore un exemple de cette pathétique dérive : une pluie de pleurnicheries sociétales dégoulinantes de compassion artificielle et poisseuses de sollicitude « gynécocentrique », accompagnée de l’habituel réflexe de la castration par la répression pénale. La bêtise ordinaire poursuit ainsi inlassablement son œuvre de pollution démocratique et juridique.[/access]

CONTRE LA BIENVEILLANCE

Price: ---

0 used & new available from


Les Plaideurs

Price: ---

0 used & new available from

Sarkozy-Baroin, un ticket de raccroc

49
sarkozy francois baroin
Nicolas Sarkozy et François Baroin. Sipa. Numéro de reportage : 00758537_000010.
sarkozy francois baroin
Nicolas Sarkozy et François Baroin. Sipa. Numéro de reportage : 00758537_000010.

Nicolas Sarkozy évoque beaucoup sa stratégie en présence de journalistes. Il a toujours procédé de cette manière, parfois pour avancer ses pions et tester l’opinion, parfois afin de fourvoyer les médias en les envoyant sur de fausses pistes. Depuis quelque temps, la rumeur bruisse de son intention de constituer un « ticket » avec François Baroin. Info ou intox ? Faisons comme si le président de LR souhaitait tester l’opinion et donnons-lui notre avis sur la question.

Un produit made in USA

Le « ticket » est un produit d’importation qui nous vient d’outre-Atlantique. Si l’idée de primaires pour désigner les candidats à l’élection présidentielle a la même origine, le « ticket » constitué est-il aussi facilement importable ? Différence de taille, les Etats-Unis vivent sous un régime présidentiel et le binôme exécutif est constitué d’un président et d’un vice-président, chargé de le suppléer en cas de démission ou de décès. Rien de tel en France, où la démission et le décès du chef de l’Etat provoquent une nouvelle élection dans les semaines qui suivent. Le ticket « à la française » serait donc constitué du président et de son futur Premier ministre.

Annoncer à l’avance le nom de son futur chef du gouvernement n’a jamais été une excellente idée. Nos aînés se souviennent du fiasco retentissant qu’a été la candidature du tandem Defferre-Mendès France en 1969, atteignant à peine 5% des suffrages et privant ainsi la gauche de second tour. Valéry Giscard d’Estaing avait implicitement annoncé l’identité du futur hôte de Matignon en 1974, sans pour autant se présenter avec Jacques Chirac en « ticket ».  On ne peut pas conclure que l’expérience ait été couronnée de succès, Chirac claquant la porte au bout de deux ans avant de devenir un adversaire politique résolu. En réalité, sous la Ve République, le Premier chef de gouvernement du mandat présidentiel est davantage désigné par les circonstances politiques : tournure de la campagne électorale, adversaire du second tour etc… Il est maladroit de se lier les mains en désignant son futur Premier ministre au moment de présenter sa candidature, a fortiori avant même que la primaire ne soit jouée. Aux Etats-Unis, les candidats désignés par les primaires attendent au moins la fin de ces dernières pour constituer leur ticket. Et pour cause, c’est parfois l’un des adversaires des primaires qui est désigné.

Baroin, une arme anti-Juppé

Penchons-nous maintenant sur le choix de François Baroin. Le maire de Troyes, d’après le sarkozyste Eric Ciotti, aurait l’avantage de constituer un attelage complémentaire au profil de l’ancien chef de l’Etat. Plutôt identifié comme un homme de centre-droit, il permettrait de ratisser large et de tailler des croupières à Alain Juppé parmi l’électorat de droite modérée qui se déplacera à la primaire. D’autres, a contrario, évoqueront « l’alliance de la carpe et du lapin », qui nuirait à la cohérence de la campagne. En fait, aucune des deux théories n’est réellement satisfaisante. Comme en 2007 et 2012, Nicolas n’est transgressif qu’en campagne électorale. D’un côté, on ose des transgressions verbales, on regarde même avec attention l’itinéraire de Donald Trump, mais de l’autre on ne se différencie pas vraiment du programme des autres candidats.  Dès lors la mise en relief d’un duo avec François Baroin répondrait à deux objectifs : rassurer une frange de l’électorat modéré qui est parfois interloquée par les transgressions de Sarkozy à la tribune, faire du maire de Troyes un outil anti-Juppé dans le cadre de la primaire (voilà pourquoi le ticket serait annoncé si tôt !) puisque, issu du même premier cercle chiraquien, Baroin est notoirement en froid avec le maire de Bordeaux. Une telle stratégie peut-elle être efficace ? On en doute. Comme l’élection présidentielle proprement dite, la primaire constitue un scrutin très personnalisé. L’idée d’un ticket est complètement étrangère à la culture politique française, le seul précédent ayant été expérimenté dans le cadre de la parité homme-femme lors des dernières élections départementales. Les Français savent qu’ils élisent un Président, et pas un président + un Premier ministre. Si Nicolas Sarkozy est candidat, c’est lui seul qui le sera et Baroin ne comptera pas davantage que Benoist Apparu auprès d’Alain Juppé, Laure de la Raudière pour Bruno Le Maire ou Jérôme Chartier auprès de François Fillon.

On conseillera donc à Nicolas Sarkozy d’éviter de se lier les mains en nommant fictivement un Premier ministre avant même d’être désigné candidat de son camp. Cela aurait l’avantage, entre autres, de ne pas entretenir l’idée selon laquelle il est « certain de tous les écrabouiller », laquelle idée contribue largement à la défiance dont il fait l’objet. On n’est jamais trop prudent !

La grâce d’Élie Chouraqui

2
Stanley Weber dans "L'origine de la violence" de Stanley Weber (Photo : L'Origine Productions)
Stanley Weber dans "L'origine de la violence" de Stanley Weber (Photo : L'Origine Productions)

Bien des choses dans L’origine de la violence pouvait a priori inquiéter : le motif cent fois rebattu du secret de famille et de l’affrontement d’un père et de son fils autour d’une vérité trop longtemps tue ; le thème de la guerre, de l’Occupation, de la persécution des juifs et la tentation, parfois périlleuse, de faire du grand-romanesque à partir du tragique ; l’imbrication de deux histoires, l’une contemporaine, l’autre de l’ordre de la reconstitution historique avec notamment des scènes de camps de concentration (sur lesquelles même les plus grands cinéastes ont pu se casser les dents) ; enfin, la difficile adaptabilité d’un récit littéraire, à fortes connotations psychologiques, en cinéma, c’est-à-dire en images et en situations concrètes. Élie Chouraqui qui fut parfois, au début de sa carrière, plus généreux que précis, plus sentimental que rigoureux, allait-il s’en tirer ?

Oui, cent fois oui. Le réalisateur a su éviter ces chausse-trappes, en préférant d’abord raconter une histoire plutôt que démontrer une thèse sur le poids du passé. Élie Chouraqui a également su s’en tenir à un format relativement court (110 minutes) là où tant d’autres, grisés par l’ampleur du récit, auraient laissé le film filer vers ses trois bonnes heures. Dès les premières images, le film convainc par son énergie, sa fluidité, ce plaisir de tourner du cinéaste – qui entraîne le nôtre, spectateur pris par une main sûre et volontaire, et surtout adroite. Plus que cette histoire bien ficelée qui joue efficacement sur notre désir de savoir et retient notre attention, c’est la caméra alerte de Cbouraqui, son sens du cadre et du mouvement, l’alternance de plans larges et serrés (alors caméra au poing) qui donnent au film une étonnante vitalité, une émotion vibrante, charnelle, mais jamais lourde ou larmoyante.

Un autre péril attendait le film au tournant : Élie Chouraqui a donné à son fils César l’un des rôles principaux (il est Nathan Wagner de la guerre et le jeune Adrien Fabre des années 60). Le père saurait-il diriger le fils ? N’allait-on pas droit vers un de ces fiascos où le metteur en scène à la fois protège et malmène un acteur trop proche affectivement, tandis que ce dernier se protège par la pudeur ou l’empêchement. Ou au contraire, le père et le fils n’allaient-ils pas se laisser aller à une sorte d’exhibitionnisme affectueux (« Voyez comme il est beau », « Regardez comme il m’aime. »), empêchant le spectateur d’approcher l’acteur, le personnage et finalement l’histoire ? Il n’en est rien. Sous la conduite de son père, César Chouraqui réussit à dépasser son narcissisme de jeune premier pour donner à son personnage plus qu’une séduction première, immédiate : une fragilité, une vulnérabilité et une vérité prometteuses. La scène où Nathan affronte le sadisme du médecin du camp, superbement contenue, est sans doute l’une des plus difficiles et des mieux maîtrisées du film.

La réussite de L’origine de la violence tient d’ailleurs beaucoup à cet abandon, à cette confiance que les acteurs accordent à leur metteur en scène, comme s’ils étaient tous, quels que soient leur âge et leur expérience, un peu comme le jeune César, entre des mains sûres, protectrices, paternelles. En un mot : aimantes. Stanley Weber (Nathan Fabre), Richard Berry (Adrien Fabre, si bouleversant d’émotion nue dans la scène finale) et Philippe Bouquet livrent à la caméra une intimité saisissante qui font de L’origine de la violence plus qu’une bonne surprise : un excellent film.

L'origine de la violence - PRIX RENAUDOT POCHE 2010

Price: ---

0 used & new available from

Les couvertures de « Causeur » auxquelles vous avez échappé

34

L’énergie fossile

Proposé Stephane Chetrit, Guilhem Barbet et Pierre Petillot

 

Le péril vieux

Proposé par Max Léon, Sophie Richert

 

Le retour de la momie

proposé par Jacques Sapir, ULYSSEisback et Claire Becker

 

Hier, c’est demain

Proposé par Henri LOTRO et Jacques Reiter

 

Mirage à droite

Proposé par LPoirxdAphrodit

 

La droite la plus… à gauche du monde !

Proposé par Aymeric Leduc

 

La dance du centre

Proposé par Jérôme Stavroguine

 

Droit dans les bottes… de Juncker !

Proposé par citoyen

 

Et si ce n’était pas lui ?

Proposé par Eric Anceau

 

Chauve qui peut

Proposé par Lecat Antoine, BZAVIER, Jef Ervescent, Alexandre, Joelle Debruyne, Jean-Benoît Poulle, Marc Dekeister, Engy Ouanne, et Bernard Bigenwald

Et sa variante plus sympathique à l’égard de Juppé : A droite : le chauve qui peut (proposé par Jean Pierre Haar)

 

Il y a une vie après 70 ans

Proposé par Tunkasina

 

La vie commence à 80 ans

Proposé par Ohnarg

 

Hibernatus

Proposé par Ohnarg

 

Retour vers le futur

Proposé par Gérald Ladarré, Laetizia Graziani, Eric Vezin

 

Nestor sert la soupe

Proposé par Christian Cottet-Emard et donc aussi un peu Hergé

 

L’austère qui ne se marre pas ?

Proposé par citoyen

 

Le meilleur d’entre mous

Proposé par Noix vomique

 

Le prochain Vice-chancelier ?

Proposé par J.E.R.P.

 

Faut-il vraiment reculer l’âge de la retraite ?

Proposé par Noix vomique

 

On a retrouvé le père de Macron

Proposé par Gilles Lenfant

 

Les mystères de Toutânkhamon

Proposé par Nico L’apéro

 

Toujours vivant, toujours la banane, toujours debout

Proposé par Ned Oliver et inspiré par Renaud

 

Si vous voulez aller au-delà de la couverture, la vraie, présente ci-dessous, et si le sommaire et l’édito de ce numéro vous ont convaincus, c’est dans les kiosques ou bien ici que ça se passe. Bonne lecture !

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Juppé : le pire d’entre nous ? »

Benzema ou la reductio ad racismum footballistique

95
La couverture du journal espagnol "Marca" dans lequel Karim Benzema "rompt le silence" qu'il aurait sans doute mieux fait de garder...
La couverture du journal espagnol "Marca" dans lequel Karim Benzema "rompt le silence" qu'il aurait sans doute mieux fait de garder...

Il y a des enfants qui vous ramènent leur carnet de note en vous expliquant que le zéro qui leur a été gratifié dans telle ou telle matière n’est pas de leur faute mais de celle du professeur qui, en plus de mal expliquer, corrige comme un pied.

Il y a des adultes qui gagnent des fortunes avec leurs pieds, 15,3 millions d’euros l’an dernier pour l’objet de cet article, et qui trouvent comme unique explication à leur absence dans le groupe France pour l’Euro de football que le sélectionneur « a cédé à la pression d’une partie raciste de la France ».

Le « racisme d’une partie de la France » serait donc le motif de l’absence de Karim Benzema de l’Euro 2016. On reste donc dans le registre cantonesque, qui était, lui aussi, beaucoup plus convaincant ballon aux pieds que micro aux lèvres, l’ancien attaquant de Manchester United ayant reproché la semaine dernière à Didier Deschamps, outre de ne pas avoir sélectionné Benzema et Ben Arfa, « d’avoir un nom très français. Peut-être qu’il est le seul en France à avoir un nom vraiment français ». Les Dupont, Durand, Martin et consorts apprécieront…

Donc si Benzema n’est pas dans le groupe France, ce n’est en aucun cas de sa faute mais de celle de cette France raciste, la France moisie comme dirait Philippe Sollers.

La mise en examen dans l’affaire de la sextape ? Rien de grave puisqu’il s’agit juste d’une extorsion de fonds envers un coéquipier lui aussi privé d’Euro, Mathieu Valbuena, qui a pourtant toujours été exemplaire sous le maillot tricolore, contrairement à Benzema.

Le crachat après l’émouvante Marseillaise parfaitement respectée par l’ensemble du stade Santiago Bernabeu ? Juste un besoin physiologique, on est en effet épuisé physiquement quand on est footballeur professionnel après avoir parcouru en marchant le chemin des vestiaires à la pelouse et être resté debout une minute sans bouger.

Deschamps raciste contre les Maghrébins ? Alors pourquoi avoir appelé Adil Rami, franco-marocain, suite au forfait de Raphaël Varane.

Deschamps raciste tout court ? Quand on voit le milieu tricolore avec Pogba, Matuidi, Diarra, Kanté et Payet, on peut en douter non ?

Deschamps laxiste avec Benzema ? Probablement puisqu’aucun autre entraîneur n’aurait maintenu un attaquant muet pendant 1 222 minutes sous le maillot de l’équipe de France, attaquant qui pour les qualifications pour le Mondial 2014 ne marqua qu’une fois en phase de poules, à 3 minutes de la fin du dernier match face à la Finlande après ne pas avoir particulièrement brillé face à d’autres adversaires de gros calibre comme la Biélorussie ou la Géorgie…

Mais si Benzema ne sera pas de l’aventure qui, nous l’espérons tous, se terminera avec un troisième titre pour les Bleus, ce n’est évidemment pas en raison de son comportement ou de ses performances.

De cette affaire restera au moins une chose : on connaît désormais la reductio ad racismum footballistique…

Gynophobie: et ta sœur!

74
Denis Baupin lors de la campagne des législatives de 2012 (Photo : SIPA.00638495_000021)
Denis Baupin lors de la campagne des législatives de 2012 (Photo : SIPA.00638495_000021)

Ils se demandent si les casseurs n’ont pas un petit peu raison et si les terroristes n’ont pas des raisons. Mais pour Denis Baupin, pas la plus petite circonstance atténuante. Condamné sans procès à la mort sociale, pour propos et messages lubriques, sans oublier une tentative d’extorsion de baiser à main armée, c’est-à-dire baladeuse. Des fautes qui méritent le mépris, une blague cinglante ou une bonne paire de claques, peut-être pas un tel unanimisme dans l’opprobre. Toutes les bonnes âmes de droite ou de gauche qui communient dans la dénonciation du pêcheur évoquent irrésistiblement les croquantes et les croquants de l’Auvergnat de Brassens, à qui leur bonne conscience donne le droit de haïr en chœur. Baupin est désormais un monstre, ce qui est un brin excessif, même pour le dragueur compulsif et lourdingue qu’on nous dit qu’il est. Auquel cas il est surtout coupable de tartufferie, car il était jusqu’à présent l’un des plus grands dévots de la lutte « antisexiste », version rouge à lèvres pour tous.

Ce qui devrait étonner, me souffle un ami que je ne dénoncerai pas, ce n’est pas ce que Baupin est supposé avoir fait, c’est qu’il n’y ait pas beaucoup plus de Baupin qui fassent bien pire. Nos désirs ne sont bestiaux, poursuit-il, mais des siècles de civilisation nous ont appris à sortir avec une muselière. La norme, c’est qu’un homme ça s’empêche. Dans nos contrées en tout cas.

Tout le monde devrait se féliciter que le consentement des femmes soit désormais une barrière infranchissable par le désir des hommes. Mais le pénible scandale Baupin a promptement été « majusculisé » pour devenir la preuve de la perpétuation d’un ordre patriarcal qui n’existe plus depuis belle lurette. Sauf dans certains territoires où il est précisément interdit de le voir car ce serait raciste. Or, à l’exception des endroits où il règne en maître, le machisme est partout, nous dit-on, et ces dames veulent faire savoir qu’elles ont été, sont ou seront un jour victimes de harcèlement. Après la tribune des 40 journalistes, on a eu droit à celle des 17 anciennes ministres. Toutes ont vécu le drame terrible d’être désirées, parfois explicitement, le plus souvent avec les yeux. On se demande comment elles ont tenu bon. Pire encore : après le scandale, on continuerait à faire des blagues salaces à l’Assemblée, révèle Slate, qui a envoyé un reporter traquer les propos graveleux. Enfin, on apprend dans le JDD que, lors de la réunion du groupe socialiste où ces dames ont évoqué l’affaire, eh bien, croyez-le ou pas, « pendant qu’elles parlaient, elles entendaient des rires ». Des rires, ça va chercher dans les combien ?

En public, pas question de rigoler !

Il faut donc craindre que cette affaire marque une nouvelle étape dans l’entreprise de normalisation des relations entre les hommes et les femmes, donc de la sexualité, menée sous la bannière mensongère du féminisme. Nos victimes enragées ne se contentent plus de la muselière librement consentie par les hommes, elles entendent punir toute expression du désir masculin, qu’elles s’efforcent de ligoter dans une véritable camisole anthropologique en imprimant dans les cerveaux l’idée que tout homme est coupable et toute femme victime. Il convient donc de recenser, de compter, de déplorer et, plus que tout, de punir sans relâche les innombrables avanies dont est faite la vie des femmes. Nul ne se plaindra que les violences réelles soient sévèrement sanctionnées. Mais nos justicières n’auront de cesse que tout propos un peu leste, toute allusion vaguement érotique, tout regard légèrement suggestif soit passible des tribunaux. La réalisatrice Lisa Azuelos s’est brusquement avisée que « les femmes n’avaient pas de mots pour désigner les violences qui leur sont faites ». Pour combler ce vide sémantique, elle a inventé le terme « gynophobie ». Et pas pour la blague : il s’agit bien, précise-t-elle, d’un outil judiciaire.[access capability= »lire_inedits »]

Comme toujours, devant ces numéros d’oie blanche s’agitant pour savoir laquelle est la plus traumatisée, on commence par hurler de rire. D’ailleurs, en privé, toute la France se marre, y compris ceux qui, à la télé, proclament avec des mines solennelles qu’ils ne se tairont plus (mais quand diable se sont-ils donc tus ?). Seulement, en public, pas question de rigoler. Personne ou presque n’ose moufter contre le vent. Cette obligation de schizophrénie est bien la preuve que ce féminisme victimaire s’impose comme une vérité officielle par une forme de terreur idéologique. Personne n’y croit, mais tout le monde doit faire semblant. Pas pour sauver sa peau, bien sûr. Pour avoir la paix.

Luc Le Vaillant aurait dû réfléchir à deux fois avant d’écrire ce qu’il pensait. Dans un texte intitulé « La Complainte du mâle aimé », publié le 23 mai sur le site de Libération, le chroniqueur redoute que l’affaire Baupin « sape les fondations d’un mélange des genres dont s’enorgueillissaient les travailleuses et les travailleurs, les coquelets et les poulettes, ravis de badiner sur leur tas de fumier, fiers de ne pas avoir à défiler devant huissier pour se dragouiller ». Ces charmantes images lui ont valu un torrent de boue numérique et, peut-être, un procès à l’intérieur de sa rédaction. Le benêt, sans doute s’est-il cru dans un pays libre.

En tout cas, mon ami a tort. Que, dans cette ambiance, des hommes continuent à désirer des femmes prouve qu’ils sont encore des hommes. Avec juste ce qu’il faut de sauvagerie.[/access]

Juppé: le pire d’entre nous?

293

Alain Juppé est arrivé sans se presser au sommet des sondages de la primaire de la droite. Intronisé « moins pire d’entre eux » à l’automne 2014 par Les Inrocks, l’ancien pestiféré de la chiraquie « coche toute les cases pour plaire aux médias », selon l’expression d’Elisabeth Lévy. Un tel engouement après des années de purgatoire ne pouvait qu’interloquer Causeur, dont la « une » flirte avec le blasphème : « Le pire d’entre nous ? » Pour notre chère directrice de la rédaction, Juppé n’est bien évidemment pas le pire avenir qui nous attend, mais la coqueluche d’un grand courant sociétaliste dont on imagine vaguement la future politique : « beaucoup d’Europe, une bonne dose de libéralisme (dont, à tort ou à raison, les Français ne veulent pas) et  un discours intraitable sur le déficit budgétaire ». Si une grande majorité de notre rédaction s’afflige de son élection annoncée, ce n’est pas seulement par goût des surprises ou agacement vis-à-vis du candidat des médias (Barre, Balladur, DSK) que les Français renvoient rituellement à ses chères études.

« Juppé au pouvoir ce pourrait bien être Berlin plus que Bordeaux »

Pour la plupart de nos contributeurs de droite comme de gauche, tantôt « Juppé au pouvoir ce pourrait bien être Berlin plus que Bordeaux », tantôt il incarnerait « dans son souci de complaire à la gauche, son pire travers : son refus frénétique de voir le réel et sa manie de le repeindre en rose multi-culti avec l’espoir que les mots “vivre-ensemble” créeront la chose », résume Elisabeth Lévy. À force de s’aligner sur les positions de la gauche sociétaliste, Juppé a fini par la séduire, ainsi que nous l’explique Marc Cohen. Antisarkozysme et antilepénisme viscéraux sont les deux mamelles de tout chiraquien cherchant à rentrer dans le rang, que le chouchou des sondages conjugue à un discours « anti-islamophobe » fort populaire parmi la « salafosphère » tout en jouant sur la fibre pro-LGBT après avoir divorcé de la manif pour tous.

Ce salmigondis, couplé à une passion déraisonnable pour l’art contemporain dans sa bonne ville de Bordeaux, n’enthousiasme pas Denis Tillinac. À la « droite tocquevillienne » façon Juppé, l’écrivain d’Auriac préfère une droite enracinée dans la France profonde, à la fois catholique et modérément républicaine qui porterait L’âme de la France, confie-t-il au creux de l’oreille de Gérald Andrieu et Elisabeth Lévy.

Ni oubli ni pardon, renchérit Maître Régis de Castelnau, nous rappelant la « morgue tranquille » d’un repris de justesse qui – contrairement à une légende tenace – n’a pas payé pour un autre dans l’affaire des HLM de la Ville de Paris.

En grand sage de Causeur, Luc Rosenzweig retrace l’itinéraire d’un enfant de Chirac pas toujours gâté par l’opinion, tant s’en faut. Après des années de vaches maigres, Juppé revient avec une équipe resserrée et n’est pas content !

In fine, seuls Jérôme Leroy et Hervé Algalarrondo se réjouissent de la bonne fortune sondagière de l’ex-Premier ministre de Chirac. Maintenant que la gauche de gouvernement a trahi toutes ses promesses, notre bolchévique de rédacteur en chef culture voit dans Juppé un possible recours anti-Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Qui plus est, l’élection d’un président un tant soit peu solennel redonnerait un peu de lustre à une Ve République abîmée par les quinquennats Hollande et Sarkozy. Quant à Hervé Algalarrondo, social-démocrate assumé de la rédaction, il défend une grande coalition sous commandement juppéiste qui nous ferait définitivement entrer dans le cercle de la raison.

Affaire Baupin, Laurent Fabius, Jeremy Stubbs…

« Le pénis au pénal ! » vocifèrent les chaisières échaudées par l’affaire Baupin. Jamais à court de bons mots, notre amie Anne-Marie Le Pourhiet nous raconte son expérience d’universitaire harcelée deux fois en quarante ans, sans que les juges n’en aient été informés. L’alcôve ne devrait pas conduire au tribunal, assure le professeur de droit. Toujours dans l’arène politique, Luc Rosenzweig dresse un réquisitoire argumenté contre Laurent Fabius, dont le bilan au Quai d’Orsay n’égale pas la hauteur de l’ego. Celui qui se rêvait prix Nobel de la Paix « s’est mis en tête de faire plier Israël dans l’interminable conflit israélo-palestinien » sans que la situation au Proche-Orient n’avance d’un pouce, ni que sa « diplomatie économique » ne produise les miracles annoncés.  Enfin, pour clore cette partie actualité, Jeremy Stubbs analyse les ressorts de l’antisémitisme britannique, qui éclot de plus belle au sein du parti travailliste.  

Voilà une transition toute trouvée pour amener notre dernier grand entretien. Ulcérés par Ils sont partout, le film de science-fiction dans lequel tous les antisémites sont blancs, européens de souche et nostalgiques des années 1940, Elisabeth Lévy et Cyril Bennasar ont soumis à la question son réalisateur Yvan Attal. En résulte une interview sans tabous au cours de laquelle l’acteur-réalisateur ne ménage personne, même pas lui-même, et finit par appeler un chat un chat.

Non sans passer par l’expo Araki au musée Guimet, le lecteur solitaire parcourra les romans qu’ont inspirés Apollinaire et Drieu la Rochelle, ici célébrés par Jérôme Leroy, puis méditeront les leçons de cinéphilie de Michel Mourlet.

Avec Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jean-Paul Lilienfeld, L’ouvreuse et notre nouveau chroniqueur cinéma Olivier Prévôt, la distribution vaut bien le casting d’un péplum !

L’islam à l’envers d’Abdennour Bidar

85
(Photo : Hannah Assouline)
(Photo : Hannah Assouline)

Abdennour Bidar a succédé à Adelwahab Meddeb sur France Culture comme voix musulmane indépendante, critique, innovatrice. Il avait publié auparavant, en 2006, un essai au titre paradoxal, Self islam, dont il a explicité ensuite les soubassements exégétiques et philosophiques dans L’Islam sans soumission, désormais en poche. D’un titre provocant à l’autre, il poursuit une réflexion audacieuse. Le premier livre a pu paraître simplement désinvolte : l’islam comme on veut, dont on prend et dont on laisse. Pratique atypique d’un marginal, trop français pour être représentatif, une curiosité. L’Islam sans soumission oblige à considérer de plus près l’entreprise de Bidar.

L’auteur affirme d’abord que, loin de se livrer à une provocation effrontée, il a décrit dans Self islam un comportement répandu, peut-être dominant, en Europe aussi bien qu’en terre d’islam, celui du croyant qui ne veut plus vivre « ligoté de toutes parts », accablé de commandements, qui voit la charia non pas comme une « loi édictée » mais comme « mise en route » pour quoi le Coran donne des « conseils de vie spirituelle ». Mais, pour passer de l’islam institué à l’islam libre, il ne suffit pas, comme font beaucoup de « réformateurs », de critiquer les sociétés musulmanes, il faut arracher les croyants à une « servitude spirituelle », dont la servitude sociale qu’ils font subir, notamment aux femmes, est « l’ombre portée».[access capability= »lire_inedits »]

Un autre islam est possible ! nous dit Bidar, mais pour le faire apparaître il faut lire le Coran à partir de son noyau essentiel, ce que Jacques Berque, l’un des islamologues de référence pour Bidar (avec Henry Corbin), appelle le kérygme musulman – expression chrétienne. Ce kérygme, Bidar le dégage en retraduisant et en réinterprétant le début du verset 30 de la deuxième sourate : Dans la Pléiade on lit « ton Seigneur dit aux anges : “Je vais établir un lieutenant sur la terre…” », lieutenant traduisant khalifat, alors que Bidar entend par ce mot « successeur », donc « héritier ». Ainsi, ce que le Coran annonce, c’est le retrait de Dieu, libérant « le champ de l’existence pour l’intelligence et la volonté de l’homme-khalifat. » Au ritualisme passif, de prosternation, qui est pour le fidèle rapprochement de Dieu par annulation de soi, A. Bidar oppose une séparation entre l’activité humaine créatrice et une transcendance à quoi donne accès la vie intérieure.

L’homme héritier de la divinité qui se déverse en lui ! En défense de cette thèse, A. Bidar mobilise à l’occasion des textes et commentaires chrétiens, en particulier le commentaire que fait la psychanalyste Marie Balmary de la parabole des talents (Matthieu 25 et Luc 19). Balmary, comme Bidar, croit que Dieu ne confie pas des « dépôts », ne consent pas des délégations, mais qu’il fait des dons. Reste que, dans les Évangiles, le « Maître », une fois revenu, juge les usages qu’on a fait de ses libéralités. Ceci éloigne de la thèse de l’héritage, laquelle, dans le Coran même, est démentie par les nombreuses vocations d’un jugement post mortem, dont Bidar n’a cure.

Ceci n’est pas dans sa perspective, il tient à ce que le dispositif coranique soit non seulement l’inverse du dispositif chrétien mais plus radical que celui-ci. Inverse, parce que dans l’islam, Dieu « ne vient pas à l’homme » mais lui laisse ce monde. Mais surtout plus radical : l’incarnation christique élève l’humanité devenue partenaire historique du Fils de Dieu puis de son Église. Mais c’est ce partenariat, ce partage de l’historicité entre le spirituel et le temporel qui fera de l’histoire de l’Occident une longue révolte contre un Dieu trop proche. La « sortie de la religion » qui en résulte, A. Bidar ne la voit pas comme une catastrophe, mais il regrette qu’issue d’une révolte, elle ait induit une idée de l’homme, diminuée, donc désespérante (cf le Sisyphe de Camus) voire inexistante : la culture des droits de l’homme n’a pas d’idée de ce qu’est l’homme. L’Occident a les mains actives et le cœur vide. À cette déprime pourrait échapper un islam sorti lui aussi de la religion mais par héritage, sans conflit, à travers l’expérience humaine de « la productivité infinie de la vie juste » jusqu’à pouvoir « se passer de Celui dont [l’homme] a incorporé la puissance ». Cette « félicité de l’homme sans Dieu » pourrait être l’apport de l’islam à une future humanité spirituellement unifiée.

Très logiquement, cette théodicée négative conduit à mettre en doute l’existence même d’un personnage devenu inutile. Chez Bidar, une transition vers l’islam débarrassé de Dieu est même assurée par le thème de la consubstantialité de Dieu et de l’homme. Le Coran place en exergue à chaque sourate : Au nom de Dieu :/celui qui fait miséricorde,/ le Misécordieux ». Au lieu de « Miséricordieux », Bidar propose « le matriciel », celui qui nourrit l’homme de sa propre substance. Par conséquent, il n’y a pas de différence de nature entre le créateur et la créature ; Dieu peut ne plus être que ce à travers quoi « l’humanité a pu en réalité se chercher elle-même… s’ouvrir progressivement à la perception et à la jouissance de sa propre infinité » (169).

Divagation que tout cela ? Sans doute beaucoup le pensent-ils, la preuve en est que ce livre ambitieux d’un auteur connu n’a été pris en considération ni par les spécialistes ou porte-parole de l’islam, ni par ceux que sa réaffirmation inquiète. Pourtant, valide ou non, cette étonnante démarche dit sur l’islam quelque chose d’important : il faut que la « maladie de l’islam » soit grave, sa « culture de la soumission » ancrée, pour qu’il faille envisager comme remède un pareil chambardement, cette relecture complète, inverse, de la révélation coranique. En islam, l’autonomisation du domaine civil apparaissant impossible, c’est le domaine religieux qu’on est amené à réduire avec les armes que fournissent les idées d’héritage et de consubstantialité (Dieu matriciel), et même en inversant le rapport entre Dieu et l’humanité. Ceci apparaît le mieux si l’on interroge le pivot du récit musulman : la « clôture de la révélation » avec Mahomet. Ou bien, dit A. Bidar, c’est le moment de la législation définitivement fixée, ou bien (134) « Dieu nous a jugés assez mûrs désormais pour arrêter le flux de son message et nous laisser nous diriger nous-mêmes ». Nous léguant pour cela « ses propres puissances ». En islam, Dieu est tout ou rien.

À quoi mène donc le renversement du dispositif islamique traditionnel, l’islam inversé, retourné contre lui-même, que propose Abdennour Bidar ? Qu’en est-il de la faisabilité de son entreprise et des perspectives qu’elle offre ?

1° La radicalité du remède proposé porte à douter qu’il soit applicable. Bidar propose un « kérygme musulman » mais il ne montre pas comment les musulmans pourraient passer de leur pratique actuelle au monde infiniment dégagé qu’il désigne sans pouvoir invoquer d’autres exemples que les expériences individuelles de mystiques chiites. Même si le « self islam » s’étendait, sa voie ne serait pas, croit-on, une réforme de l’islam mais un simple éloignement à son égard.

2° Si, opérant la volte-face proposée, l’islam se trouvait l’initiateur de l’unité spirituelle qu’appelle la mondialisation, y aurait-il vraiment lieu de s’en réjouir ? Selon la logique du monothéisme pur que suit Bidar, nous nous trouverions dans un vide sans repères. Entre le perfectionnement de chacun[1. Jean-Pierre Le Goff dans Malaise dans la démocratie, rapproche la proposition islamique de Bidar de la religiosité syncrétique, orientée aux souhaits de chacun qu’appelle notre individualisme mondialisé.] et la divinité (s’il subsiste rien de ce genre), aucune médiation ne serait disponible, aucune appartenance ni adhésion pour nous relier et nous éclairer. L’alliance, le prophétisme, le peuple ou la nation, ces notions qui, dans l’aire des religions bibliques, ont donné figure à la fois à la divinité et aux humanités, qui ont scandé l’historicité du monde, tout cela nous ferait défaut à jamais. L’islam libéré et même libertaire, l’islam à l’envers qu’envisage Bidar continuerait d’être suspendu à une révélation anhistorique, et nous avec s’il devenait notre modèle. Ce n’est pas ce que je nous souhaite.[/access]

Self islam: Histoire d'un islam personnel

Price: ---

0 used & new available from


L'Islam sans soumission: Pour un existentialisme musulman

Price: ---

0 used & new available from


MALAISE DANS LA DEMOCRATIE

Price: ---

0 used & new available from

Nous sommes tous des martyrs

22
Les images de vidéosurveillance des auteurs de l'attentat de l'aéroport de Zaventem (Photo : SIPA.AP21874376_000102)

De nombreux blessés des attentats du 22 mars n’ont pas encore quitté l’hôpital que la culture européenne entreprend l’éloge des terroristes de Bruxelles, dans une exposition qui vient de s’ouvrir au Danemark.

On y voit tout bonnement exposés les portraits grand format de Khalid et Ibrahim El Bakraoui, auteurs des attentats de l’aéroport et du métro de Bruxelles, à côté d’un gant noir — comme ils en portaient pour dissimuler la commande de mise à feu de leurs bombes — dressé sous une cloche de verre, et d’une poignée de clous tels que ceux dont leurs bombes étaient truffées.

L’événement surréel est rapporté dans La Libre Belgique du 30 mai 2016 par Slim Allagui, correspondant de ce journal au Danemark (ainsi que de l’Agence France Presse). Le ton général de l’article ainsi que ses intertitres plaident en faveur de cette initiative d’un collectif d’artistes : « Pas de glorification », « Non au politiquement correct », « Ne pas interdire », souligne le journaliste.

Pourtant, le titre de l’exposition lui-même — « Musée des martyrs » — ne constitue-il pas une glorification des personnages évoqués ? D’autant plus que les bourreaux de Bruxelles y apparaissent aux côtés de rien moins que Socrate, Jeanne d’Arc et Rosa Luxembourg.

Si le dégoût n’a pas interrompu votre lecture, vous pourrez prendre connaissance des justifications de la porte-parole danoise du groupe d’artistes, Ida Grarup Nielsen : « Notre exposition est une enquête sur le terme de « martyr » à la fois dans un contexte historique et actuel, car ceux que nous appelons terroristes en Occident sont considérés comme des martyrs par d’autres ailleurs dans le monde. »

Il s’agit donc clairement de « relativiser » et de mettre les assassins de Bruxelles sur le même pied que de grands personnages culturels, en invoquant un « autre point de vue ». « Tenter de savoir ce qui se passe dans la tête des terroristes peut nous aider à comprendre et savoir, peut-être, comment contrecarrer le terrorisme à l’avenir », ajoute la porte-parole de manière perverse. En quoi l’exposition de deux portraits, d’un gant et de quelques clous permet de comprendre « ce qui se passe dans la tête des terroristes », seul un critique d’art contemporain pourra nous l’expliquer.

Le correspondant de l’Agence France Presse et de la Libre Belgique ne manque pas de souligner que les opposants à cette exposition jugée par eux « perverse », « idiote » et « honteuse », sont « notamment » de droite. Un élu du parti libéral au pouvoir a d’ailleurs déposé une plainte contre les organisateurs pour « apologie du terrorisme ».

Par contre, des voix progressistes, comme celle du rédacteur littéraire du quotidien de référence Politiken, défendent l’exposition et s’insurgent contre « le politiquement correct, même dans l’art ».

Un psychothérapeute danois, présent lors des attentats de Paris, plaide pour les artistes qui « ont aussi le droit de s’exprimer et de montrer certaines choses qui peuvent indigner, et raconter les raisons qui poussent des gens à donner leur vie au terrorisme peut contribuer à un débat sain. Nous devons défendre la liberté d’expression au Danemark, même si, de temps en temps, elle nous fait mal », ajoute-t-il.

Car, nous aussi, devons accepter d’être des martyrs…