C´est l’affaire de ce milieu de semaine, la révélation fracassante, la polémique qui viendra enfoncer encore un peu plus un président déjà bien loin d’être en forme, François Hollande se paie un coiffeur à 10 000 euros. Avant même de paraître dans le Canard enchaîné, la nouvelle s’est propagée non seulement en France ou en Europe, mais aussi Outre-Atlantique, c’est dire son importance.

Parce que c’est dans le Nouveau monde de Christophe Colomb, loin du Beaujolais nouveau, de l’accordéon et même du Brexit que j’ai appris ce scandale, par la presse nationale d’un pays qui a pourtant d’autres chats à fouetter. Un coiffeur se fait payer très au-delà du smic, les réseaux sociaux s’enflamment, et tandis que certains internautes invitent poliment Hollande à « dégager », les autres l´attaquent, c´était prévisible, sur son physique.

Pourquoi tant de haine camarades ? Ce coiffeur est très bien rémunéré certes, mais comparé aux mensualités d’un Pinault ou du PDG de Renault et ses 7 millions, c´est de la petite bière, c’est misérable. Oui, mais c´est un coiffeur, rétorquera-t-on, y compris Richard Roze, le secrétaire général de Force Ouvrière Coiffure, qui a confié au Figaro que « c’était  indécent ». Rien que ça.

Si je suis Monsieur Roze, un artisan ne pourrait donc pas être généreusement rémunéré ? Le traitement de faveur de ce coiffeur devrait donc être réservé aux cardiologues, dentistes, avocats ou autres professions réputées plus lucratives ? Drôle de conception de la lutte des classes. Dans un pays où on manifeste régulièrement pour faire valoir ses droits ou préserver ses acquis sociaux, on devrait, Monsieur Roze en tête, sourire qu’un artisan, un ouvrier, un manuel, puisse prétendre concurrencer un petit trader de la Défense, on devrait se réjouir que pour une fois l’égalité ne consiste pas à baisser le salaire des chers travailleurs mais se fasse vers le haut, que pour ce cas-là au moins, exploitation rime avec grasse rémunération.

Un employé modèle pour un président très « normal »

Oui mais c’est avec nos impôts qu’on le paie, se plaint-on. Que l’on se rassure, 10 000 euros répartis sur l’ensemble de la population active, c’est loin d’être un grand sacrifice pour chacun. Pas de quoi  blâmer ce  travailleur qui a tout lâché pour Flamby, ce travailleur disponible « très tôt dans la journée » selon le Canard enchaîné, et qui n´a jamais fait grève lui, au contraire de certains footballeurs capricieux qui touchent des millions

Car depuis qu’il a dû fermer son salon du XVIIème arrondissement de Paris, et abandonner les confessions des dames pour s’occuper du président Normal Ier, le coiffeur bosse à la sueur de ses mains (et de ses ciseaux), le suit dans ses déplacements, s’occupe de le coiffer avant chaque discours — et de lui teindre les cheveux — ne se fait jamais remplacer, et aurait même, engagement professionnel oblige, « raté la naissance de ses enfants », révèle son avocate dans le Canard. Et sans doute travaille-t-il le dimanche. Sincèrement, vous en connaissez beaucoup des comme ça ? Si Hollande ne doit pas être le type le plus antipathique au monde, et est sans doute bien plus buvable que son prédécesseur, pas sûr que tout le monde soit prêt à sacrifier sa petite vie de famille et ses dimanches à la campagne pour tant de contraintes, même en échange de 10 000 euros.

Au service du président normal il y a un coiffeur au traitement anormal, c’est vrai ; mais que sont 10 000 euros pour les patrons de Renault, L’Oréal ou autre Alcatel qui n’en ont sûrement rien à cirer d’une si misérable somme, et qui sacrifient leur vie pour bien plus, mais vraiment bien plus que ça ? S’il y a indécence de salaires, elle est évidemment à fouiner du côté de ces derniers bien plus que chez ce coiffeur. À propos, qu’est-ce que devient Monsieur Tapie ?

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est professeur de français langue étrangère.