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Quand l’art pompe l’Histoire

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"Phryné devant l'Aréopage" par Jean-Léon Gérôme, 1861. Wikimedia.

On m’a récemment interrogé sur la grande question de savoir si « récit » ou « roman » sont des expressions adéquates pour évoquer l’enseignement de l’Histoire. Avec une certaine pertinence et pas mal d’humour, le site a illustré l’interview d’un tableau célèbre représentant le baptême de Clovis, peint par François-Louis Dejuinne (1786-1844) :

Baptême de Clovis à Reims le 25 décembre 496 par François-Louis Dejuinne, 1837. G.Garitan, Wikimedia.

Mes interlocuteurs avaient parfaitement compris ce que j’avais voulu dire : l’image d’Epinal, l’iconographie traditionnelle, pour inventée ou approximative qu’elle soit, a une éminente vertu pédagogique. Parmi toutes les façons d’entrer dans l’Histoire, la convention artistique est l’une des plus remarquables – tout en sachant qu’elle a avec la « vérité » historique des rapports assez lâches.

Ce qui nous mène au sujet du jour : le remarquable ouvrage de Guillaume Morel sur l’Art pompier, les feux de l’académisme (éditions Place des victoires). Ça vient de sortir, opportunément – Noël n’est pas loin.

L’auteur, journaliste spécialisé en art, y a rassemblé (et commenté en cinq langues, de quoi faire un peu de philologie comparée) une belle collection d’œuvres indispensables pour qui aime le kitsch – dont nous parlions récemment à propos de Napoléon III : son règne coïncide peu ou prou avec la maturité de ces peintres qui oscillent tous entre l’extrême raffinement du maniérisme – qui prétend au réalisme le plus exact – et l’affectation (dans les poses comme dans les sujets) des imaginations survoltées. « La peinture pompier repose avant tout sur le récit », affirme d’entrée l’auteur…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

L'Art pompier - Les feux de l'académisme

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Une « toubabesse » cent carats

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Toubabesse Charlize Theron roman
"La toubabesse" (femme blanche) Chalize Theron (SIPA_AP21696340_000001)

Ça débute presque comme un conte de fées moderne, comme une version savane (bush à bush…) de Pretty Woman. Soit une petite pute boer de Johannesburg rencontrant un haut dignitaire d’Afrique de l’Ouest. Mais le parallèle avec la guimauve hollywoodienne s’arrête là. Car le ministre plénipotentiaire, éjaculateur précoce porté sur la levrette, n’a pas le charme et les manières d’un Richard Gere. Et si Esther Van Wick – la jeune prostituée – n’a physiquement rien à envier à Julia Roberts ou à sa compatriote Charlize Theron, elle n’a pas inventé la machine à cambrer les bananes…

Esther quitte sa nation arc-en-ciel (parce que toujours entre deux orages ?) alléchée par les sonnantes et trébuchantes espèces ouest africaines. L’auteur ne nous dit pas grand chose sur cette « ville du bord de mer » où la belle atterrit. Disons qu’elle est plus bidon (sans eau potable) que libre, la ville en question. Une capitale d’un de ces Etats amis de la France, regorgeant de pétrole et de minerais divers qui aura, lors du dernier demi-siècle, financé avec des valises de « tais-toi » (billets de 10 000 francs CFA) ou de dollars, un paquet de campagnes électorales de gauche comme de droite (et peut-être même d’extrême droite) chez les toubabs, si attachés à leurs grands principes humanistes. Un Etat africain où le folklore local ne s’encombre pas d’Elfes, et dont le « Présida », plus homard que mafé, vieux grigou de la Francafrique, est régulièrement réélu démocratiquement avec 99 % des voix par son bon peuple depuis quarante ans. (Y’a bon lecteur ? Tu as posé ton doigt au bon endroit sur la carte de ton atlas ? Bingo !).

Voyage au fond de l’Afrique

Avec son pseudo renvoyant lui à Meudon-la-Forêt, pas équatorial du tout, Louis-Ferdinand Despreez envoie les couleurs à chaque page et repeint rouge sang et jaune flammes le ciel africain[1. Pour nous familiariser avec sa palette, l’écrivain a pris soin, à la fin de son roman, de fournir au lecteur toubab un petit glossaire permettant de se pénétrer du très fleuri langage popu africain dont il saupoudre ses paragraphes (régalant!)…]

Que nous dit finalement cette « Toubabesse » à l’écriture si épicée ?

Que le néo-colonialisme est sans doute pire que le colonialisme (Commerce équitable ? Mon cul, oui ! Pardon, mon ndombolo, si l’on veut causer local). Qu’il faut vouloir tout changer pour que rien ne change (piquant qu’un ex-cadre de la marxiste ANC, comme Despreez, rende le Guépard viscontien à son environnement naturel). Qu’il faut se méfier des supposés lendemains chantants comme des amibes dans l’eau croupie et y aller mollo question réformes pour ne pas tourner la tête de l’autochtone, « toujours ingrat ». Que l’arrosage automatique maintient d’importants équilibres naturels. Que l’alternative potentat ou potence est une impasse. Que la connerie demeure bien plus universelle que certaines déclarations. Et qu’une des grandes constantes historiques, c’est bien que les cavaliers de l’Apocalypse galopent toujours derrière de grandes incantations progressistes et révolutionnaires…

Evidemment, la pilule Despreez passera mal chez les ravis de la crèche  »citoyensdumondedroitdelhommistes », les « babtous fragiles » et autres  »démocrétins ».

Les plus lucides, ceux qui n’ont pas subi l’ablation du boyau de la rigolade, s’enchanteront en revanche de ces pages très farces, parfois désabusées mais pleines de lucidité et de féroce ironie, où les  »zumanitaires des zoènnegés » roulant carosse (en l’occurence le 4×4 Toyota, semble-t-il aussi prisé en Afrique qu’au Levant, ce doit être cela la mondialisation heureuse…) et croyant tout savoir, en prennent pour leur grade. Et où un calamiteux ancien ministre français des Affaires étrangères, plutôt boulettes que riz, aux émoluments inversement proportionnels à son talent et son ardeur au travail, se fait tailler un costard XXL pour bien flotter dedans…

La petite mère du peuple

Et au fait, notre Esther ? On retrouvera assez vite notre héroïne élevée au rang de « Maman » nationale, après que le président et chef du parti populaire du Peuple lui aura passé la bague (Van Cleef) au doigt. Mais Esther, ne lui en déplaise, demeure une toubabesse jusqu’au bout de ses ongles vernis. Bien plus occidentalisée qu’africaine. Donc naïve. Et comme, on l’a dit, la gourgandine est plutôt gourde…

Quelle mouche la piquée, la première dame désormais sapée Prada et chaussée Louboutin ? Pourquoi s’indigne-t-elle tout à coup devant le spectacle toujours renouvelé de l’injustice, sur un continent « où les emmerdements semblent se transmettre avec constance de génération en génération » ? Thomas Sankara se serait-il réincarné dans l’Esther « Cent Carats » ? Jouant de ses charmes, notre Louise Michel en carton des faubourgs de Jo’Burg mène le camarade président par le bout du nez et du bangala (nul besoin de glossaire…). L’une passe donc à la casserole, l’autre à la caisse du Trésorier payeur général pour financer « observatoires du bien-être du peuple » et autres musées des arts de la forêt primaire…

Et voilà bientôt le vieux tyran tropical avec le FMI et la banque mondiale au ndombolo, creusant au bulldozer la dette du pays pour financer les caprices de sa Marianne, dont les strings violets (et pas léopards, on a appris à se tenir) l’ensorcellent. Le chaos s’épanouit gentiment jusqu’au retour à la case départ, celle de la forêt et des villages, d’où le cher président parviendra tant bien que mal à reprendre la situation en main, après un début de guerre civile très saignante, comme l’Afrique sait si bien les pratiquer : « à la bonne franquette ». Une révolte menée par des abrutis analphabètes manipulés et « torchonnés » du matin au soir au tord-boyaux local.

« Safari sans espoir que la chasse aux cons« , disait en substance Frédéric Dard. Despreez souscrira sans réserve à la punchline de San Antonio…

La Toubabesse de Louis-Ferdinand Despreez, La Différence, 287 pages, 17 euros.

La Toubabesse

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Interdit aux moins de 18 ans

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Sylvia Kristel Révolutions sexuelles
Sylvia Kristel et Nicholas Klay dans "L'amant de Lady Chatterley" (SIPA 51416674_000007)

L’annonce des Prix d’automne a plongé une grande partie de la Critique dans une profonde déprime. Voire un sentiment de sidération. Certains confères, incapables d’amortir le choc psychologique, ont été internés dans des cliniques belges ou suisses. L’asile politique a même été demandé à plusieurs pays francophones en guise de réconfort. A Conakry et à Lambaréné, la colère gronde. Chaque nuit, depuis le 3 novembre, des maraudes autour du Drouant ramassent de vieux critiques en proie à des crises de démence. Le Ministère de la Culture envisage de créer une cellule de crise en collaboration avec le Centre National du Livre et Médecins sans frontières. L’entraide internationale s’organise.

Après le Téléthon, le service public imagine un Livréthon pour soutenir le roman de langue française. Cyril Hanouna s’est porté volontaire pour animer la soirée, répétant en boucle sa célèbre formule : « Lire, c’est refuser de mourir ! ». Comment surmonter de tels traumatismes ? Où trouver la force mentale de s’en sortir ? La médecine a fait d’immenses progrès mais là, les dégâts semblent irréparables, incommensurables. C’est toute une profession qui sort, exsangue, perdue, abandonnée, meurtrie par cette distribution annuelle toujours aussi incompréhensible.

Le sexe, pourquoi c’était mieux avant

Par miracle, La Musardine, un éditeur érotique qui fait du bien au corps et à la tête, publie Liberté, égalité, sexualité de Marc Lemonier. Un joli livre richement illustré qui revient sur les révolutions sexuelles en France entre 1954 et 1986. A mettre au pied du sapin pour faire monter la sève du réveillon. Un flash-back coquin, bien informé, amusant, un poil militant et joyeux où la fesse était moins triste et la fête plus folle avant l’arrivée du sida. Si nos compatriotes ont une panne de désir, ce panorama des « Trente butineuses » montre le chemin parcouru : des préliminaires timides aux excès libertaires, sans passer sous silence les rétractations récentes. L’adolescent des années 80 voyait régulièrement dans le poste ou dans les kiosques, des filles dénudées sans que son psychisme en soit déréglé. De nos jours, la perversion prend d’autres chemins de traverse. Coincée entre le retour d’un moralisme calotin et la débauche d’Internet, la raison des plus jeunes vacille. Alors, souvenons-nous des prémices de l’émancipation des mœurs qui a toujours été au centre des (d)ébats politiques.

La liberté du corps et l’égalité des sexes démarrent gentiment sous René Coty. BB (à lire l’excellent Brigitte Bardot, L’art de déplaire de Marie Céhère ) met le feu sous l’édredon. Dans cette opération de retournement des valeurs traditionnelles, cette créature tentatrice est aidée par Françoise Sagan dont le roman Bonjour Tristesse ouvre la voie de l’adultère. Marc Lemonier se promène ainsi dans l’histoire des transgressions, en pratiquant un habile mouvement de balancier. Il y eut des moments d’accélération, parfois même de débridage total, puis des périodes où l’Etat mettait le holà aux pratiques olé olé. En 1955, Histoire d’O de Dominique Aury sous le pseudo de Pauline Réage affole l’édition en décrochant le Prix des Deux Magots et en affichant 850 000 ex. au compteur. On doit ce coup de maître à Jean-Jacques Pauvert, éditeur toujours en délicatesse avec la justice qui publiera, un an plus tard, les œuvres complètes du Marquis de Sade. Cette très agréable et instructive balade dans le boudoir (photos à l’appui) évoque pêle-mêle Les Dragueurs, le film de Mocky, Rita Renoir, la reine du strip-tease des années 50 et 60 qui officiait au Crazy Horse Saloon, le Concert Mayol et sa sulfureuse réputation ou la naissance du magazine LUI en 1963. Valérie Lagrange faisait alors la Une. Une équipe de choc (Truffaut, Bory, Rosinski aux essais automobiles ou l’illustrateur Aslan) sous la houlette de Lanzmann dévergondait l’homme moderne. « Les filles, des mannequins ou des starlettes, restent pourtant très nature, elles portent des traces de bronzage, les frondaisons pubiennes sont abondantes et sombres, aucune fille ne songeant encore à s’épiler » se remémore Marc Lemonier, avec une pointe de regret. L’hygiénisme nuirait-il à l’érotisme ? Vaste débat.

Dans ce livre, on ne s’ennuie pas ce qui le distingue des derniers romans primés. On flirte avec Barbarella de Forest, on file sur les plages nudistes de l’Île du Levant, on observe l’apparition des seins nus à Saint-Tropez, on décrypte le mouvement homosexuel, du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) à Gai Pied, on passe de la méthode Ogino à la pilule contraceptive, d’Emma Peel à Brigitte Lahaie, de Sylvia Kristel au X ou du Dernier Tango à Paris au porno en crypté. En clair, ça donne la banane !

Liberté, égalité, sexualité – Révolutions sexuelles en France 1954-1986 de Marc Lemonier – Editions La Musardine –

David Goodis à la recherche du noir parfait

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david goodis philippe garnier
Les Passagers de la nuit (1947). Image : Photos12.com, collection cinéma.

Pour les lecteurs de David Goodis, tout a commencé par l’amour de la Série noire. Dans la France de l’après-guerre, au jeu des trois familles des amants du mauvais genre, on distinguait les lecteurs du Masque sous casaque jaune. C’étaient d’ailleurs plutôt des lectrices, des dames qui se rêvaient en Miss Marple. On pouvait aussi appartenir à la famille Fleuve noir. Mais si, souvenez-vous, les couvertures de Gourdon, sagement dénudées et déclinées en couleurs ou en noir et blanc, selon que la collection était policière, d’angoisse ou d’espionnage. Le Fleuve noir était la vraie littérature de gare à l’époque où on lisait encore dans les gares, même quand on était un prolo de retour du turbin. Et puis il y avait la Série noire. Sa couverture rigide et janséniste avec jaquette au liseré blanc tranchait, sans compter que l’ombre tutélaire de Gallimard lui valut l’onction des intellectuels qui y virent des contes de fées modernes.

Des noms nouveaux apparaissaient, des noms qui peu à peu allaient devenir des classiques : Hammett et Chandler, les pères fondateurs, mais aussi la génération suivante avec notamment Jim Thompson, Chester Himes et bien entendu David Goodis. Marcel Duhamel, le fondateur de la Série noire, aurait préféré comme ses confrères que le chaland achète une marque de fabrique plutôt que le nom d’un écrivain. Il n’y est pas parvenu et c’est tant mieux. La Série noire s’est caractérisée par une bonne quantité de titres illisibles aujourd’hui mais aussi quelques révélations qu’il faudra bien se résoudre à qualifier de littéraires.

David Goodis en fait partie.[access capability= »lire_inedits »] Et Retour vers David Goodis, le livre que lui consacre à nouveau Philippe Garnier après une première enquête parue en 1984, Goodis, la vie en noir et blanc, lui donne sa pleine dimension. Il n’est pas certain malgré tout que ce Nerval du roman noir, qui a donné ses lettres de noblesse à une poésie urbaine du sordide et à la femme fatale vue par les yeux d’hommes redevenus des enfants perdus, dise forcément quelque chose aujourd’hui aux lecteurs si ce n’est, indirectement, par le cinéma. Goodis a très vite et très souvent été adapté et, ce qui aurait tendance à prouver son universalité, pas seulement par quelques grands noms d’Hollywood comme Delmer Daves ou Jacques Tourneur. En France, nous rappelle Garnier, c’est dès 1960 que Truffaut adapte avec Charles Aznavour Tirez sur le pianiste, un roman publié aux États-Unis seulement quatre ans plus tôt : « Si son film était si fidèle à Goodis par le ton, c’est justement que rien n’est français dans son “Pianiste” ». Puis il cite Truffaut lui-même : « Aznavour est arménien, et même en France a cet air lunaire venu d’ailleurs. Je crois que c’est important, ça, si on veut garder cette idée de pays imaginaire, ce qu’est au fond la Série noire. »

Goodis, né en 1917 et mort cinquante ans plus tard plutôt usé, plutôt alcoolique, aura été presque malgré lui la silhouette près du réverbère qui attend une blonde au coin de la rue sans savoir, ou bien trop tard, si elle représente sa rédemption ou sa chute. Nous sommes chez lui toujours dans l’archétype ou la névrose d’une scène primitive qui diffracte à l’infini : Cauchemar, Cassidy’s Girl, La nuit tombe, Les Pieds dans les nuages, Goodis aura finalement toujours écrit le même roman, et ce n’est pas pour rien que l’un de ses titres les plus célèbres est Obsession. Écrire toujours le même livre, comme Modiano ou Simenon, est un privilège des grands écrivains : ils ne se répètent pas, ils modulent, ils jouent subtilement de variations sur un même thème. Celles des grands romans de Goodis sont comme les monochromes de Soulages : elles cherchent le noir parfait, celui que l’on atteint, pour reprendre un autre titre célèbre de Goodis, Sans espoir de retour. La trame goodisienne est simple, comme le sont les tragédies : sur des airs de jazz et de be-bop, au milieu de truands minables ou de flics corrompus, un homme seul, déchu, se noie dans l’alcool pour oublier qu’il a été autrefois un type bien.

L’influence de Goodis demeure pourtant importante, au moins sur les écrivains de noir. En témoigne Laurent Guillaume, une des plumes les plus prometteuses du polar français[1. On pourra lire de lui Delta Charlie Delta ou Black Cocaïne (éditions Denoël).], qui a rédigé la préface d’une réédition récente de Vendredi 13 : « Vendredi 13 est la parfaite incarnation du roman noir non en ce qu’il raconte une histoire de braquage, car il ne s’agit là que du prétexte qui réunit les personnages. Vendredi 13 est un roman noir en ce qu’il montre par le menu les interactions entre des personnages de la rue, des ratés, des petits malfrats. Le roman noir est plus dans le décor que montre Goodis que dans l’intrigue qu’il bâtit. »

Le malentendu sur sa postérité à éclipses est sans doute dû au fait que Goodis est un grand écrivain sans vraiment l’avoir voulu. Dans son livre construit comme un road-movie, Garnier recueille des témoignages dans les trois points névralgiques de la vie de Goodis : Philadelphie, sa ville natale, New York, où il a fait ses débuts dans les pulps (ces magazines bon marché qui publiaient des nouvelles à la chaîne), et Hollywood, où il connaîtra, comme nombre de ses confrères de l’époque, une carrière aléatoire de scénariste. Il démonte la légende d’un homme qui aurait fini par ressembler à ses personnages au point de disparaître de longs moments dans les bas quartiers ou de séjourner dans des cellules de dégrisement de Phily, obsédé sexuellement par les femmes noires ou plus fortes que lui. Goodis, nous dit en substance Garnier, n’est pas un personnage. Ou alors pas du roman qu’on croit, plutôt celui d’un homme qui a lutté désespérément pour être comme les autres, qui a été hanté par l’écriture tout en ayant peur de la folie d’un frère cadet qu’il a protégé jusqu’au bout.

Au début des années 1980, quand Garnier démarrait sa première enquête, Goodis était pratiquement indisponible dans toutes les librairies américaines, et absent des histoires littéraires. Depuis, nous apprend Garnier, il semblerait qu’on le relise et qu’on commence à l’étudier sur le plan universitaire. Il serait même devenu une « cottage industry », une attraction touristique, dans sa ville natale de Philadelphie.

Il faut croire que cet écrivain d’un pessimisme radical très contemporain, conjugué au vieux romantisme de la nuit, est aujourd’hui une voix que l’on peut à nouveau entendre, qu’il faut à nouveau entendre.[/access]

Retour vers David Goodis

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Vendredi 13

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La plupart des romans de David Goodis sont disponibles aux éditions Gallimard et chez Payot & Rivages.

François Fillon, le nouvel homme d’hier?

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François Fillon à Matignon, janvier 2012. SIPA. 00630142_000010

La France a une drôle de façon de se renouveler. En (r)appelant des hommes d’un temps pour inventer un autre temps. Sa victoire, à la primaire de la droite et du centre, a fait de Fillon un homme nouveau mais l’ancien Premier ministre n’est sûrement pas un homme neuf. Si le premier tour de l’élection présidentielle se jouait aujourd’hui en fonction de l’expérience au gouvernement des candidats déclarés,  il arriverait – une fois de plus ! – largement en tête (147 mois). Loin devant Manuel Valls (154 mois).

Marine Le Pen, que la plupart des sondages envoient au second tour, arriverait, elle, bonne dernière en compagnie du candidat d’Europe Ecologie-Les Verts, Yannick Jadot, et des souverainistes Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignan, qui n’ont jamais occupé de postes gouvernementaux. Le benjamin de la classe, Emmanuel Macron, 38 ans, échouerait, lui, au pied du podium à égalité avec le centriste François Bayrou (150 mois).

François Fillon, le candidat élu des Républicains, a donc passé presque trois fois plus de temps au pouvoir que l’actuel président et son Premier ministre. Même Alain Juppé, pourtant attaqué sur son âge (71 ans) et sa (trop ?) grande expérience du pouvoir, lors de la primaire de la droite et du centre, a passé 54 mois (quatre ans et demi !) de moins que son ex-rival au sein d’un gouvernement. Entre 1993 et 2012, le nouvel homme fort de la droite a occupé 7 fonctions ministérielles: ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; ministre des Technologies de l’Information et de la Poste; ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l’Espace ; ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité ; ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; Premier ministre et (conjointement pendant deux mois) ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement. Ouf ! Cent quarante-sept mois, soit plus de douze ans : l’équivalent de deux quinquennats et demi.

Ses potentiels futurs adversaires se rattrapent loin des ministères. La plupart ont exercé des fonctions électives. A l’Assemblée notamment. François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg y ont tous passé la barre des 15 ans. Marine Le Pen aussi est députée, mais à Bruxelles où elle siège depuis 12 ans, contre 7 ans pour Yannick Jadot et 4 ans pour Benoît Hamon. Face à eux, Henri Guaino, l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy, fait office de débutant du bas de ses 4 ans et demi dans les travées du Palais-Bourbon.

Mais là encore, François Fillon met tout le monde d’accord: l’homme multifonctions cumule plus de 17 ans comme député de la Sarthe et 21 mois comme sénateur du même département. Sans compter ses 6 ans au conseil général de la Sarthe et les 4 qu’il a passés au conseil régional des Pays de la Loire, effectués en parallèle de ses fonctions nationales. Depuis 4 ans et demi, il est député de Paris.

Ses détracteurs y verront un homme du passé. Ses alliés feront remarquer qu’en arrivant à l’Elysée, François Hollande n’avait, lui, aucune expérience du pouvoir…

Brigitte Bardot, la politique et les chiens

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Brigitte Bardot est une femme de droite. Bourgeoise, fille du XVIe arrondissement, en 1974 elle se promenait dans Saint-Tropez vêtue du célèbre t-shirt « Giscard à la barre ». En 1970 elle aurait plaqué son fiancé de l’époque car ce dernier lui avait appris la mort du géné-ral De Gaulle avec un trop grand sourire.

Mais Brigitte Bardot est aussi une femme de conviction, et une grande gueule. La lâcher dans le jeu de quilles qu’est la pré-campagne présidentielle de 2017, et particulièrement celle des primaires de la droite – et du centre, promettait un beau spectacle. En 2007, BB déclarait sa flamme à Marine Le Pen, « nouvelle Jeanne d’Arc » et seule à même de « sauver la France ». Ce soutien, malgré les fluctuations auxquelles BB nous a habitués depuis la nuit des temps, ne se dément pas tellement. Mais ne nous gaussons pas trop vite. Un appui de Bardot vaut bien plus cher que quelques souvenirs arrachés à des sexagénaires émus. On raconte notamment que si les élus FN, de plus en plus nombreux à la faveur des échéances municipales et régionales, veillent dans leur circonscription au respect des droits des animaux, c’est parce que la Fonda-tion Brigitte Bardot, créée en 1986 compte environ 70 000 adhérents. Presque autant que le Parti Socialiste. Trois fois plus qu’Europe-Écologie-Les Verts.

« Animaliser le débat »

Et sur ce point, pas d’hypocrisie, pas d’entourloupes. Pas de Jeanne d’Arc qui tienne. BB a litté-ralement incendié le maire frontiste de Cogolin, Marc-Étienne Lansade en mai dernier pour avoir organisé un « salon de la chasse » dans sa commune.

Le 14 novembre, elle lançait un appel aux journalistes politiques afin d’ «animaliser le débat». Comprendre; poser aux futurs et aux déjà déclarés candidats à l’élection présidentielle des questions précises sur le sort des animaux, aborder des thèmes aussi casse-gueule que la chasse, l’hipophagie et l’abattage rituel… Elle exigeait également la création d’un « Secrétariat d’État à la condition animale ». Les machos de service ricanent déjà. Après tout, il y en avait bien un dévolu aux «Droits des femmes».

C’est un fait, celui ou celle qui emportera le cœur et le soutien de Brigitte Bardot peut venir de n’importe où. Malgré ses convictions bien ancrées, elle s’était avouée par exemple « boulever-sée » par la disparition de Michel Rocard, à qui elle écrivait « aussi souvent qu’à un fiancé ». Malgré cette affection, elle ne cache pas son aversion pour Stéphane Le Foll, l’actuel ministre de l’Agriculture, accusé de ne pas bouger un orteil pour défendre les droits des animaux. Malgré cette aversion, elle se dit nouvellement conquise par… Jean-Luc Mélenchon. « Déjà, il ne mange plus de viande et il ne supporte plus des images comme on a pu les voir… Donc, Mélen-chon, bravo ! Moi, j’applaudis. » Le poids du quinoa ferait ainsi pencher la balance plus à gauche ? BB n’était en tout cas pas convaincue par les débats de la primaire de la droite et du centre. « À la primaire de la droite par exemple, confie-t-elle à Nice-Matin, je les ai écoutés, tous ridicules derrière leur pupitre façon Questions pour un champion. Pas un n’a parlé des animaux et pas un journaliste n’a posé la question. C’est pourtant un débat de fond et d’éthique humaine. On ne peut plus fermer les yeux là-dessus. Il y a eu trop d’horreurs, d’abus, d’exploitation… » Et Nicolas Sarkozy était déjà hors course: « Une catastrophe ! », il n’a « rien fait » pour rendre obligatoire l’étourdissement des animaux dans les abattoirs halal.

Plus proche, cela tombe bien, de François Fillon dans son attachement aux traditions, dans son diagnostic d’une France « en faillite », « décadente », on l’imagine cependant assez mal se prêter à ce point au jeu électoral. Il est encore trop tôt pour BB l’impulsive. Mais accordons-lui au moins un point : « l’animalisation » du débat a toute sa raison d’être. Et il se pourrait bien qu’en y regardant de près, Brigitte Bardot oriente le choix de ses admirateurs d’un côté comme de l’autre, en passant par les deux extrêmes.

Il se pourrait aussi qu’elle envoie tout le monde se faire voir.

 

«Nous avons besoin d’un grand souffle intellectuel et moral!»

henri guaino franvois fillon liberalisme
Henri Guaino. Sipa. Numéro de reportage : 00783380_000054.

Imaginons. 8 mai 2017. François Fillon est élu président de la République. Entouré des notables de la Droite et du Centre, le nouveau président conclut son discours : « Si nous aimons notre pays, il nous faut dès maintenant consentir à des sacrifices. » Les premiers jours donnent le la. Au téléphone, Angela Merkel félicite chaleureusement son nouveau partenaire. Un grand patron du CAC 40 est nommé ministre de l’Economie pour – comment disent-ils déjà ? – « s’adapter » : s’adapter à la mondialisation, à la révolution numérique, à la concurrence chinoise. Bref, devenir une variable d’ajustement. Cette victoire à la Pyrrhus augure d’élections législatives cauchemardesques pour le Président : aucune majorité ne se dégage, le P « S » se positionne de nouveau à gauche, le FN a raflé une grande partie des suffrages. Par des savants calculs politiciens, François Fillon parvient tout de même à appliquer son programme : la politique d’austérité plonge la France dans l’abîme. La France a entendu raison. Élève turbulente de la classe européenne, la voici enfin rentrée dans le rang. Les Français, qui avaient jubilé de la défaite de Juppé et de celle de Sarkozy, commencent à comprendre ce qui les attend pour les cinq prochaines années. Trop tard.

Les peuples en ont assez de l’obsession de la rigueur

Nous, les Jeunes avec Guaino, pensons que ce scénario catastrophique n’a rien d’une fatalité et que ceux qui prédisent au vainqueur de la primaire un avenir présidentiel se trompent. Nous ne pouvons pas croire, qu’à l’heure où les peuples du monde entier tournent la page de la pensée unique libérale et post-nationale, le peuple de France fasse le choix de l’homme dont le programme incarne le paroxysme de la doxa économique des quarante dernières années. Suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, privatisation de l’Assurance maladie, abrogation de la durée légale du travail, dégressivité des allocations chômage : avec trente ans de retard et alors qu’un nouveau cycle économique et politique mondial s’ouvre, François Fillon veut achever la lente conversion du grand parti de droite français au libéralisme économique. Avec lui, il faudra que tout change pour que rien ne change ! Qui peut croire à une révolution salvatrice ? Rendons-nous à l’évidence : les Français, comme tous les peuples occidentaux, en ont assez de l’obsession de la rigueur, de la dégradation des services publics, d’un social-libéralisme qui n’a de social que le nom. Ils en ont assez de la confiscation de la démocratie par les traités européens, les juges, les autorités indépendantes et les marchés financiers. Nous ne nous laissons donc pas séduire par le souverainisme affiché de François Fillon. D’aucuns diront qu’il fut du combat contre le Traité de Maastricht en 1992 aux côtés de Philippe Séguin, qu’il est un souverainiste sincère et qu’il croit à l’Europe des nations.

Mais que valent ces belles paroles lorsque dans le même temps on proclame fièrement vouloir appliquer à la lettre les prescriptions de l’Union européenne, qui a fait de la concurrence et de l’austérité une religion ? À quoi bon ces nobles principes lorsque l’on n’est pas capable de s’émouvoir du sort honteux qui fut réservé à la nation grecque par les experts de la Troïka, à l’été 2015 ? Nous ne nous laissons pas non plus séduire par son conservatisme, car il est incompatible avec le reste de son programme. François Fillon fait partie de cette droite « qui vénère le marché, tout en maudissant la culture qu’il engendre », selon le mot de Russel Jacoby. Il est, finalement, la pire chose qui pouvait arriver à la droite conservatrice, car il ne comprend pas qu’il ne peut y avoir d’identité nationale sans solidarité nationale et que le libéralisme débridé est pour beaucoup dans la disparition de notre culture et de notre mode de vie. Philippe Séguin aurait-il jamais approuvé que l’on s’assît à ce point sur la question sociale, ou que l’on fît de l’adaptation au modèle allemand la quintessence du patriotisme français ? En 1992, c’est Henri Guaino qui participa à la rédaction du discours prophétique de Philippe Séguin devant l’Assemblée nationale, point d’orgue de la campagne contre le Traité de Maastricht. Il y fustigeait justement ces « pharisiens d’une République, qu’ils encensent dans leurs discours et risquent de ruiner par leurs actes ! ». Il y a ceux qui parlent du gaullisme social et ceux qui sont crédibles quand ils en parlent. Pour sauver l’honneur, la dignité et la souveraineté du peuple français, nous avons décidé de soutenir Henri Guaino dans sa longue route vers la présidentielle de 2017. La crise de civilisation que traverse notre pays est le fruit de décennies de renoncement. Changeons de logiciel. Sur toutes les questions qui touchent à notre identité, Henri Guaino a été précurseur : il a fait entrer le terme « assimilation » dans le débat public, à l’heure où le multiculturalisme était perçu comme l’horizon indépassable de nos sociétés. Il s’est battu contre l’abandon de notre souveraineté, quand les chantres du fédéralisme avaient le vent en poupe. Aujourd’hui, contrairement aux maniaques de la dette, Henri Guaino met l’investissement au coeur de son projet pour 2017.

Guaino, un espoir pour la jeunesse

En cela, il est un espoir pour la jeunesse : il ne sacrifie pas l’avenir au passé, car il ne veut pas que la France meure guérie. Parce qu’il est un constructeur de commun, l’État doit retrouver toute sa place, dans nos « quartiers perdus » mais aussi dans l’économie, afin de contribuer à doter la France des industries qui feront sa force dans la compétition économique mondiale. Aux antipodes, François Fillon ne dit pas un mot sur la désindustrialisation massive que connaît notre pays. Comme si cette dernière était une fatalité. Comme si le colbertisme français n’avait pas donné à notre pays ses grands groupes capables d’exporter le savoir-faire de nos ouvriers et de nos ingénieurs. Dans son livre-programme, En finir avec l’économie du sacrifice, Henri Guaino pointe les autres grandes victimes du recul de l’Etat. L’aménagement du territoire en est une. La réforme territoriale de 2015 a encore davantage isolé le monde rural en favorisant un phénomène de centralisation régionale. Comment imaginer que l’on puisse donner une nouvelle chance au monde rural sans y investir ? Qui peut croire qu’il suffira de quelques maisons de santé et de quelques guichets uniques pour faire vivre nos campagnes ? Où fera-t-on porter l’essentiel de l’effort de réduction de 100 milliards de dépenses publiques et de la suppression de 500 000 emplois dans la fonction publiques, sinon dans les territoires les plus fragiles ? Nous ne pouvons pas préserver notre agriculture et nos infrastructures avec un tel programme. Il faut, au contraire, accroitre les aides financières à l’installation pour les jeunes agriculteurs et à la modernisation des exploitations, réduire drastiquement les délais de paiement des administrations dus aux éleveurs et rétablir les quotas laitiers. Si ces réformes ont un coût, il faut sortir de la vision comptable de l’économie : certaines dépenses rapportent bien plus qu’elles ne coutent, comme certaines économies ruinent au lieu d’enrichir.

Autre investissement nécessaire : le capital humain. Qu’avons-nous fait de l’école républicaine ? Le constat est dressé à longueur d’éditos : l’Education nationale va mal. On nous avait menti lorsqu’on nous disait que le niveau montait. Il fallait s’y attendre : lorsque l’on renonce à instruire l’élève et à exiger de lui, quelle que soit sa condition sociale, effort et discipline, alors le capital économique et culturel des familles devient de plus en plus déterminant dans la réussite ou l’échec de ce dernier. En soutenant Henri Guaino, nous réaffirmons que l’élitisme républicain est le meilleur remède contre la reproduction des inégalités et contre le vide civilisationnel contemporain. C’était en ce sens qu’il avait écrit qu’il fallait « liquider l’héritage de mai 68 ». Qui mieux que lui, dont la mère était femme de ménage, devenu plus proche conseiller d’un Président de la République, pour incarner cette haute idée de l’école républicaine ? Pour soustraire les enfants des classes populaires au déterminisme social, nous devons notamment investir dans les internats d’excellence. Dès la sixième, ces dispositifs doivent permettre aux élèves les plus méritants des quartiers difficiles d’épanouir pleinement leur intelligence. Encore une fois : ne payons-nous pas plus cher le manque d’investissement, qui laisse, livrés à eux-mêmes, des milliers de jeunes désoeuvrés et amers ? Une grande réforme des programmes est nécessaire. Elle doit faire place à la transmission des savoirs, au détriment des fantaisies pédagogistes. Il faut en finir avec le prêchi-prêcha du « vivre-ensemble », les notes remplacées par des smileys et la repentance coloniale comme seule vision du passé. L’école doit d’abord transmettre notre roman national aux enfants de l’école primaire, pour leur construire un imaginaire commun, avant de leur donner les outils critiques leur permettant d’interroger cette histoire de façon plus exigeante. Nous devons arrêter de tout mélanger pour remettre de l’ordre, dans les esprits et dans la société.

Rassembler le peuple français

Voilà pourquoi nous voulons porter le projet présidentiel d’Henri Guaino. Un projet audacieux de rupture avec les orthodoxies et les dogmes qui nous gouvernent depuis trop longtemps. Nous ne voulons pas d’une politique infligeant de nouveau une purge à des Français ayant déjà trop souffert des réformes punitives qui n’ont fait qu’aggraver l’état de notre économie et les fractures de notre société. Nous voulons que la politique soit inspirée par la raison mais aussi par la générosité, qui garantira la cohésion de notre nation et qui remettra de l’ordre dans nos institutions, dans notre société, dans notre économie. Dans sa vie d’homme, de conseiller ou d’élu, Henri Guaino a toujours mené le combat pour le rassemblement du peuple français. Combien de fois notre Nation, lorsque tout semblait perdu, a su trouver les ressources pour transcender ses divisions et ériger des monuments sur la route de sa glorieuse destinée ? Le gaullisme porte en lui le grand souffle intellectuel et moral dont notre pays a besoin. En 2017, avec Henri Guaino, restons fidèles à cette Histoire, c’est-à-dire à la France, cette princesse de légende, mère de notre commune espérance.

 

Retrouvez Les Jeunes avec Henri Guaino sur Twitter et Facebook.

Hollande, parodie de la défaite

François Hollande sur les Champs-Elysées, mai 2012. SIPA. AP21222050_000112

On se souvient de l’attaque du 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » Et de citer l’oncle (Napoléon Ier) et le neveu — Napoléon III, qui venait de s’offrir son petit coup d’Etat. C’était déjà un 2 décembre, comme le couronnement de l’empereur, comme la bataille d’Austerlitz peinte par Gérard…

"La bataille d'Austerlitz, 2 décembre 1805" par François Gérard. The Bridgeman Art Library, Wikimedia.

Complétons : Marx a oublié d’ajouter que lorsque la farce se répète, on entre dans un champ esthétique inédit, qui tient moins du vaudeville (Valls sort du placard en riant, Hollande pleure, me suggère une habile commentatrice) que de la pantomime. La tragédie, la farce, le grotesque. On a eu De Gaulle, puis Sarkozy — on a Hollande. La caricature de la caricature.

Ou plutôt, on ne l’a plus. Guignol, sitôt paru, est renvoyé dans les abysses de la baraque de foire. Pantalonnade, aurait dit l’illustre acteur de la commedia dell’arte qui donna son nom à la lignée des Brighelli.

« Tu n’as rien décidé du tout! »

Question style, l’écart n’est pas moindre. Que dit l’Empereur au soir de la bataille du 2 décembre 1805 ? « Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de la gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment, nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l’anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu’il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre. Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire « J’étais à la bataille d’Austerlitz », pour que l’on réponde, « Voilà un brave ». »

Et l’Autre, là, qu’a-t-il dit ? « J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle ». Voilà. Le style se juge sur pièces.

Mais tu n’as rien décidé du tout, espèce de président normal !

 

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

 

Le 18 brumaire: de L. Bonaparte

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Alep sera-t-elle le Stalingrad de l’Orient?

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alep regis lesommier syrie russie
Alep, appartement sur la ligne de front, 2014. Sipa. Laurence Geai. Numéro de reportage : 00690959_000088.

Daoud Boughezala. Il y a quelques semaines, vous étiez au cœur d’Alep bombardé par l’aviation russe. Quelques mois plus tôt, à Palmyre, vous avez croisé des mercenaires russes combattant des guerriers tchétchènes de l’E.I. La guerre de Syrie est-elle désormais dominée par l’action de la Russie ?

Régis Le Sommier[1. Reporter de guerre, directeur adjoint de la rédaction de Paris Match, Régis Le Sommier vient de publier Les mercenaires du calife (La Martinière, 2016).]. Incontestablement, comme l’illustre l’initiative du général libyen Haftar qui s’est rendu à Moscou pour demander au ministre russe de la Défense de réaliser en Libye ce que la Russie est en passe de réaliser en Syrie. D’un point de vue militaire, la Russie a pris les choses en mains en Syrie depuis l’automne 2015, profitant d’une certaine incohérence de la position américaine, tiraillée entre de multiples éléments vis-à-vis de la Turquie (qui armer ? qui préparer ?), et des échecs de la CIA sur l’armement des rebelles. La faillite de l’opposition syrienne a également joué puisque les éléments modérés de la rébellion ont rapidement cédé le pas aux djihadistes. Des groupes rebelles islamistes qui n’ont d’ailleurs que très peu prêté allégeance à l’Etat islamique – ce qui confirme la nature foncièrement irakienne de l’E.I, la guerre syrienne n’ayant servi que de prétexte pour conquérir de façon fulgurante Mossoul, Tikrit et Ramadi.

Dans Les mercenaires du calife (La Martinière, 2016), vous citez pléthore de djihadistes tchetchènes guerroyant dans les rangs de Daech. Y a-t-il une matrice tchétchène de l’E.I ?

Les Tchétchènes de l’Etat islamique sont redoutables et très aguerris au combat. Au sein de l’E.I, la figure russophone symbolique était Abou Omar al-Chichani, un djihadiste géorgien à la barbe rousse, éliminé par un drone américain en juillet dernier. Son successeur est également originaire du Caucase. Ces djihadistes sont de véritables survivants dont les aînés (et parfois eux-mêmes) ont combattu la Russie en Tchétchénie dans les pires conditions. Une fois la Tchétchénie reconquise intégralement par l’armée russe, ils ont prêté allégeance au djihad international dont ils sont devenus les meilleurs combattants. Ils maîtrisent avec une formidable efficacité les techniques de combat comme l’emploi des véhicules suicide, à tel point que leurs méthodes sont étudiées à West point par les militaires américains !

À Alep, comment avez-vous pu faire votre métier de reporter pendant la bataille ?

Aujourd’hui, un journaliste occidental ne peut pas se rendre dans les zones rebelles d’Alep. Si l’Etat islamique est pratiquement inexistant à Alep, la rébellion y est dominée par des groupes djihadistes tels que Nour-eddine al-Zinki, Fatah ach-Cham (anciennement le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) ou Jaysh al-Moujahiddine.

On a publié dans Paris Match les seuls vrais reporters qui ont passé quinze jours avec les islamistes d’Ahrar ach-Cham dans la province d’Idleb : Farouk Atig et Ahmed Dib. Les autres « journalistes » du camp rebelle sont plus ou moins des activistes. Cet automne, je me suis rendu à Alep-Ouest, du côté gouvernemental, j’ai approché la ligne de front où j’ai constaté le caractère effrayant des frappes russes. Mais du côté Ouest de la ville, j’ai aussi subi des tirs d’artillerie en provenance des zones rebelles qui tombent n’importe où et tuent beaucoup. N’oubliez pas que côté gouvernemental, vivent environ 1 200 000 habitants (contre moins de 250 000 de l’autre côté du front) cibles des tirs d’artillerie et d’obus de mortier rebelles.

alep est ouest
© AFP Valentina BRESCHI, Simon MALFATTO, Frédéric BOURGEAIS, Sophie RAMIS

Dans ces orages d’acier, quel est le quotidien des civils ?

C’est un enfer pour tout le monde. Certains quartiers comme Salaheddine sont divisés en deux depuis trois ans. Des familles étant déchirées de part et d’autre de la ligne de front, leurs membres ne peuvent pas nécessairement se voir mais développent des stratégies de survie. Beaucoup de snipers se cachent un peu partout, il est dangereux de faire son marché. Du côté gouvernemental, certains recouvrent leur voiture d’une fine couche de boue rouge pour se rendre moins visible des snipers. A l’Est, la même technique de camouflage est utilisée pour se cacher des avions bombardiers. Cet automne, en représailles aux frappes russes, les rebelles ont coupé le principal axe d’approvisionnement en eau, ce qui s’est répercuté sur l’ensemble de la ville.  L’armée syrienne a donc organisé des rationnements, les enfants remplissaient des bidons d’eau la journée pour fournir leur famille. À cause de la quantité d’obus qui tombe sur la partie gouvernementale d’Alep, des ambulances se postent presque 24h/24h dans la rue avec des brancards dressés contre les immeubles pour récupérer une personne dès qu’elle est blessée et l’envoyer le plus vite possible à l’hôpital. L’hôpital, c’est d’ailleurs la cour des miracles : vieillards, enfants comme soldats viennent s’y faire soigner. Mais la réalité est encore plus horrible côté Est, à cause des bombardements russes contre la rébellion.

Malgré ce constat, à la différence de beaucoup de vos confrères, vous refusez de condamner unilatéralement l’offensive russe à Alep. Pourquoi ?

Depuis cinq ans, la guerre en Syrie n’oppose pas des méchants d’un côté et des gentils de l’autre. Cette vision aussi naïve que morale m’insupporte.  La plupart de mes confrères et le gouvernement français cultivent une illusion qui n’a rien à voir avec la réalité du terrain. Je n’ai jamais prétendu que les méthodes de guerre utilisées par les Russes depuis septembre pour reconquérir la partie Est d’Alep étaient souhaitables. Mais cet été, les quartiers loyalistes ont été extrêmement touchés par l’offensive des rebelles qui avaient réussi à briser le siège de leurs quartiers il y a quelques mois. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (un site d’opposition !) 59 enfants sont morts en juillet du côté gouvernemental d’Alep et à peu près le même nombre dans la zone rebelle…

Reconnaissez que les bombardements russes et syriens, parfois au baril d’explosifs, se sont révélés particulièrement intenses et violents ces dernières semaines.

La vie d’Alep ne peut se résumer aux événements des trois derniers mois. Le siège actuel de la partie Est ne doit pas faire oublier le siège de la partie Ouest en 2013.  Il faut aussi savoir que certains « casques blancs » d’Alep-Est appartiennent à des groupes djihadistes. C’est la complexité de la guerre : on peut être combattant et, si on a des compétences d’infirmiers, on les met tant et si bien au service des siens qu’on sauve des vies ! 

Vous comparez souvent la bataille d’Alep aux pires moments de la guerre de Tchétchénie. Une victoire de l’armée fidèle à Assad en fera-t-elle le Stalingrad de la guerre syrienne ?

« C’est Grozny !» m’a dit cet automne mon photographe qui a vécu les guerres de Tchétchénie. On regardait les collines pelées au nord d’Alep sur la route du Castello, dans le quartier kurde de Cheikh Maqsoud et on a soudain entendu les Soukhoi qui bombardaient l’Est de la ville. Alep sera peut-être le Stalingrad de la guerre de Syrie. C’est en tout cas une ville extrêmement grande, naguère capitale industrielle du Moyen-Orient. La perte d’Alep signifierait, sinon la victoire d’Assad, du moins l’échec de l’opposition à proposer une alternative à Bachar Al-Assad. Ceci dit, du côté gouvernemental,  j’ai constaté la « war lordisation » de certains quartiers conquis par le régime, comme Bani Zaid.

C’est-à-dire ?

Reprise en août aux rebelles, la zone de Bani Zaid est occupée par tout un tas de milices supplétives de l’armée syrienne. Les soldats y portent des uniformes un peu dépareillés. Ces groupes qui combattent depuis très longtemps rappellent les corps-francs de l’Allemagne des années 1920. Si la guerre s’arrête, il sera très compliqué de les faire rentrer dans le rang.

À la faveur de la guerre, la Syrie est devenue un véritable gruyère. Au centre du pays, dans la poche rebelle de Rastane, des groupes d’opposition islamistes sont retranchés depuis trois ans et font face à l’armée syrienne dans un contexte proche de la première guerre mondiale. À la campagne, c’est tranchée contre tranchée. On s’envoie régulièrement des obus mais le front ne bouge pas. De temps en temps, les soldats creusent un tunnel et y introduisent une charge d’explosifs pour faire exploser la tranchée d’en face, comme les Anglais pendant la bataille de la Somme. Mais l’opposition est si morcelée, malgré la puissance de Fatah ach-Cham, qu’il est difficile de prévoir l’avenir.

Les Mercenaires du calife

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Quand l’art pompe l’Histoire

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"Phryné devant l'Aréopage" par Jean-Léon Gérôme, 1861. Wikimedia.

 

"Phryné devant l'Aréopage" par Jean-Léon Gérôme, 1861. Wikimedia.

On m’a récemment interrogé sur la grande question de savoir si « récit » ou « roman » sont des expressions adéquates pour évoquer l’enseignement de l’Histoire. Avec une certaine pertinence et pas mal d’humour, le site a illustré l’interview d’un tableau célèbre représentant le baptême de Clovis, peint par François-Louis Dejuinne (1786-1844) :

Baptême de Clovis à Reims le 25 décembre 496 par François-Louis Dejuinne, 1837. G.Garitan, Wikimedia.

Mes interlocuteurs avaient parfaitement compris ce que j’avais voulu dire : l’image d’Epinal, l’iconographie traditionnelle, pour inventée ou approximative qu’elle soit, a une éminente vertu pédagogique. Parmi toutes les façons d’entrer dans l’Histoire, la convention artistique est l’une des plus remarquables – tout en sachant qu’elle a avec la « vérité » historique des rapports assez lâches.

Ce qui nous mène au sujet du jour : le remarquable ouvrage de Guillaume Morel sur l’Art pompier, les feux de l’académisme (éditions Place des victoires). Ça vient de sortir, opportunément – Noël n’est pas loin.

L’auteur, journaliste spécialisé en art, y a rassemblé (et commenté en cinq langues, de quoi faire un peu de philologie comparée) une belle collection d’œuvres indispensables pour qui aime le kitsch – dont nous parlions récemment à propos de Napoléon III : son règne coïncide peu ou prou avec la maturité de ces peintres qui oscillent tous entre l’extrême raffinement du maniérisme – qui prétend au réalisme le plus exact – et l’affectation (dans les poses comme dans les sujets) des imaginations survoltées. « La peinture pompier repose avant tout sur le récit », affirme d’entrée l’auteur…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

L'Art pompier - Les feux de l'académisme

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Une « toubabesse » cent carats

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Toubabesse Charlize Theron roman
"La toubabesse" (femme blanche) Chalize Theron (SIPA_AP21696340_000001)
Toubabesse Charlize Theron roman
"La toubabesse" (femme blanche) Chalize Theron (SIPA_AP21696340_000001)

Ça débute presque comme un conte de fées moderne, comme une version savane (bush à bush…) de Pretty Woman. Soit une petite pute boer de Johannesburg rencontrant un haut dignitaire d’Afrique de l’Ouest. Mais le parallèle avec la guimauve hollywoodienne s’arrête là. Car le ministre plénipotentiaire, éjaculateur précoce porté sur la levrette, n’a pas le charme et les manières d’un Richard Gere. Et si Esther Van Wick – la jeune prostituée – n’a physiquement rien à envier à Julia Roberts ou à sa compatriote Charlize Theron, elle n’a pas inventé la machine à cambrer les bananes…

Esther quitte sa nation arc-en-ciel (parce que toujours entre deux orages ?) alléchée par les sonnantes et trébuchantes espèces ouest africaines. L’auteur ne nous dit pas grand chose sur cette « ville du bord de mer » où la belle atterrit. Disons qu’elle est plus bidon (sans eau potable) que libre, la ville en question. Une capitale d’un de ces Etats amis de la France, regorgeant de pétrole et de minerais divers qui aura, lors du dernier demi-siècle, financé avec des valises de « tais-toi » (billets de 10 000 francs CFA) ou de dollars, un paquet de campagnes électorales de gauche comme de droite (et peut-être même d’extrême droite) chez les toubabs, si attachés à leurs grands principes humanistes. Un Etat africain où le folklore local ne s’encombre pas d’Elfes, et dont le « Présida », plus homard que mafé, vieux grigou de la Francafrique, est régulièrement réélu démocratiquement avec 99 % des voix par son bon peuple depuis quarante ans. (Y’a bon lecteur ? Tu as posé ton doigt au bon endroit sur la carte de ton atlas ? Bingo !).

Voyage au fond de l’Afrique

Avec son pseudo renvoyant lui à Meudon-la-Forêt, pas équatorial du tout, Louis-Ferdinand Despreez envoie les couleurs à chaque page et repeint rouge sang et jaune flammes le ciel africain[1. Pour nous familiariser avec sa palette, l’écrivain a pris soin, à la fin de son roman, de fournir au lecteur toubab un petit glossaire permettant de se pénétrer du très fleuri langage popu africain dont il saupoudre ses paragraphes (régalant!)…]

Que nous dit finalement cette « Toubabesse » à l’écriture si épicée ?

Que le néo-colonialisme est sans doute pire que le colonialisme (Commerce équitable ? Mon cul, oui ! Pardon, mon ndombolo, si l’on veut causer local). Qu’il faut vouloir tout changer pour que rien ne change (piquant qu’un ex-cadre de la marxiste ANC, comme Despreez, rende le Guépard viscontien à son environnement naturel). Qu’il faut se méfier des supposés lendemains chantants comme des amibes dans l’eau croupie et y aller mollo question réformes pour ne pas tourner la tête de l’autochtone, « toujours ingrat ». Que l’arrosage automatique maintient d’importants équilibres naturels. Que l’alternative potentat ou potence est une impasse. Que la connerie demeure bien plus universelle que certaines déclarations. Et qu’une des grandes constantes historiques, c’est bien que les cavaliers de l’Apocalypse galopent toujours derrière de grandes incantations progressistes et révolutionnaires…

Evidemment, la pilule Despreez passera mal chez les ravis de la crèche  »citoyensdumondedroitdelhommistes », les « babtous fragiles » et autres  »démocrétins ».

Les plus lucides, ceux qui n’ont pas subi l’ablation du boyau de la rigolade, s’enchanteront en revanche de ces pages très farces, parfois désabusées mais pleines de lucidité et de féroce ironie, où les  »zumanitaires des zoènnegés » roulant carosse (en l’occurence le 4×4 Toyota, semble-t-il aussi prisé en Afrique qu’au Levant, ce doit être cela la mondialisation heureuse…) et croyant tout savoir, en prennent pour leur grade. Et où un calamiteux ancien ministre français des Affaires étrangères, plutôt boulettes que riz, aux émoluments inversement proportionnels à son talent et son ardeur au travail, se fait tailler un costard XXL pour bien flotter dedans…

La petite mère du peuple

Et au fait, notre Esther ? On retrouvera assez vite notre héroïne élevée au rang de « Maman » nationale, après que le président et chef du parti populaire du Peuple lui aura passé la bague (Van Cleef) au doigt. Mais Esther, ne lui en déplaise, demeure une toubabesse jusqu’au bout de ses ongles vernis. Bien plus occidentalisée qu’africaine. Donc naïve. Et comme, on l’a dit, la gourgandine est plutôt gourde…

Quelle mouche la piquée, la première dame désormais sapée Prada et chaussée Louboutin ? Pourquoi s’indigne-t-elle tout à coup devant le spectacle toujours renouvelé de l’injustice, sur un continent « où les emmerdements semblent se transmettre avec constance de génération en génération » ? Thomas Sankara se serait-il réincarné dans l’Esther « Cent Carats » ? Jouant de ses charmes, notre Louise Michel en carton des faubourgs de Jo’Burg mène le camarade président par le bout du nez et du bangala (nul besoin de glossaire…). L’une passe donc à la casserole, l’autre à la caisse du Trésorier payeur général pour financer « observatoires du bien-être du peuple » et autres musées des arts de la forêt primaire…

Et voilà bientôt le vieux tyran tropical avec le FMI et la banque mondiale au ndombolo, creusant au bulldozer la dette du pays pour financer les caprices de sa Marianne, dont les strings violets (et pas léopards, on a appris à se tenir) l’ensorcellent. Le chaos s’épanouit gentiment jusqu’au retour à la case départ, celle de la forêt et des villages, d’où le cher président parviendra tant bien que mal à reprendre la situation en main, après un début de guerre civile très saignante, comme l’Afrique sait si bien les pratiquer : « à la bonne franquette ». Une révolte menée par des abrutis analphabètes manipulés et « torchonnés » du matin au soir au tord-boyaux local.

« Safari sans espoir que la chasse aux cons« , disait en substance Frédéric Dard. Despreez souscrira sans réserve à la punchline de San Antonio…

La Toubabesse de Louis-Ferdinand Despreez, La Différence, 287 pages, 17 euros.

La Toubabesse

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Interdit aux moins de 18 ans

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Sylvia Kristel Révolutions sexuelles
Sylvia Kristel et Nicholas Klay dans "L'amant de Lady Chatterley" (SIPA 51416674_000007)
Sylvia Kristel Révolutions sexuelles
Sylvia Kristel et Nicholas Klay dans "L'amant de Lady Chatterley" (SIPA 51416674_000007)

L’annonce des Prix d’automne a plongé une grande partie de la Critique dans une profonde déprime. Voire un sentiment de sidération. Certains confères, incapables d’amortir le choc psychologique, ont été internés dans des cliniques belges ou suisses. L’asile politique a même été demandé à plusieurs pays francophones en guise de réconfort. A Conakry et à Lambaréné, la colère gronde. Chaque nuit, depuis le 3 novembre, des maraudes autour du Drouant ramassent de vieux critiques en proie à des crises de démence. Le Ministère de la Culture envisage de créer une cellule de crise en collaboration avec le Centre National du Livre et Médecins sans frontières. L’entraide internationale s’organise.

Après le Téléthon, le service public imagine un Livréthon pour soutenir le roman de langue française. Cyril Hanouna s’est porté volontaire pour animer la soirée, répétant en boucle sa célèbre formule : « Lire, c’est refuser de mourir ! ». Comment surmonter de tels traumatismes ? Où trouver la force mentale de s’en sortir ? La médecine a fait d’immenses progrès mais là, les dégâts semblent irréparables, incommensurables. C’est toute une profession qui sort, exsangue, perdue, abandonnée, meurtrie par cette distribution annuelle toujours aussi incompréhensible.

Le sexe, pourquoi c’était mieux avant

Par miracle, La Musardine, un éditeur érotique qui fait du bien au corps et à la tête, publie Liberté, égalité, sexualité de Marc Lemonier. Un joli livre richement illustré qui revient sur les révolutions sexuelles en France entre 1954 et 1986. A mettre au pied du sapin pour faire monter la sève du réveillon. Un flash-back coquin, bien informé, amusant, un poil militant et joyeux où la fesse était moins triste et la fête plus folle avant l’arrivée du sida. Si nos compatriotes ont une panne de désir, ce panorama des « Trente butineuses » montre le chemin parcouru : des préliminaires timides aux excès libertaires, sans passer sous silence les rétractations récentes. L’adolescent des années 80 voyait régulièrement dans le poste ou dans les kiosques, des filles dénudées sans que son psychisme en soit déréglé. De nos jours, la perversion prend d’autres chemins de traverse. Coincée entre le retour d’un moralisme calotin et la débauche d’Internet, la raison des plus jeunes vacille. Alors, souvenons-nous des prémices de l’émancipation des mœurs qui a toujours été au centre des (d)ébats politiques.

La liberté du corps et l’égalité des sexes démarrent gentiment sous René Coty. BB (à lire l’excellent Brigitte Bardot, L’art de déplaire de Marie Céhère ) met le feu sous l’édredon. Dans cette opération de retournement des valeurs traditionnelles, cette créature tentatrice est aidée par Françoise Sagan dont le roman Bonjour Tristesse ouvre la voie de l’adultère. Marc Lemonier se promène ainsi dans l’histoire des transgressions, en pratiquant un habile mouvement de balancier. Il y eut des moments d’accélération, parfois même de débridage total, puis des périodes où l’Etat mettait le holà aux pratiques olé olé. En 1955, Histoire d’O de Dominique Aury sous le pseudo de Pauline Réage affole l’édition en décrochant le Prix des Deux Magots et en affichant 850 000 ex. au compteur. On doit ce coup de maître à Jean-Jacques Pauvert, éditeur toujours en délicatesse avec la justice qui publiera, un an plus tard, les œuvres complètes du Marquis de Sade. Cette très agréable et instructive balade dans le boudoir (photos à l’appui) évoque pêle-mêle Les Dragueurs, le film de Mocky, Rita Renoir, la reine du strip-tease des années 50 et 60 qui officiait au Crazy Horse Saloon, le Concert Mayol et sa sulfureuse réputation ou la naissance du magazine LUI en 1963. Valérie Lagrange faisait alors la Une. Une équipe de choc (Truffaut, Bory, Rosinski aux essais automobiles ou l’illustrateur Aslan) sous la houlette de Lanzmann dévergondait l’homme moderne. « Les filles, des mannequins ou des starlettes, restent pourtant très nature, elles portent des traces de bronzage, les frondaisons pubiennes sont abondantes et sombres, aucune fille ne songeant encore à s’épiler » se remémore Marc Lemonier, avec une pointe de regret. L’hygiénisme nuirait-il à l’érotisme ? Vaste débat.

Dans ce livre, on ne s’ennuie pas ce qui le distingue des derniers romans primés. On flirte avec Barbarella de Forest, on file sur les plages nudistes de l’Île du Levant, on observe l’apparition des seins nus à Saint-Tropez, on décrypte le mouvement homosexuel, du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) à Gai Pied, on passe de la méthode Ogino à la pilule contraceptive, d’Emma Peel à Brigitte Lahaie, de Sylvia Kristel au X ou du Dernier Tango à Paris au porno en crypté. En clair, ça donne la banane !

Liberté, égalité, sexualité – Révolutions sexuelles en France 1954-1986 de Marc Lemonier – Editions La Musardine –

David Goodis à la recherche du noir parfait

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david goodis philippe garnier
Les Passagers de la nuit (1947). Image : Photos12.com, collection cinéma.
david goodis philippe garnier
Les Passagers de la nuit (1947). Image : Photos12.com, collection cinéma.

Pour les lecteurs de David Goodis, tout a commencé par l’amour de la Série noire. Dans la France de l’après-guerre, au jeu des trois familles des amants du mauvais genre, on distinguait les lecteurs du Masque sous casaque jaune. C’étaient d’ailleurs plutôt des lectrices, des dames qui se rêvaient en Miss Marple. On pouvait aussi appartenir à la famille Fleuve noir. Mais si, souvenez-vous, les couvertures de Gourdon, sagement dénudées et déclinées en couleurs ou en noir et blanc, selon que la collection était policière, d’angoisse ou d’espionnage. Le Fleuve noir était la vraie littérature de gare à l’époque où on lisait encore dans les gares, même quand on était un prolo de retour du turbin. Et puis il y avait la Série noire. Sa couverture rigide et janséniste avec jaquette au liseré blanc tranchait, sans compter que l’ombre tutélaire de Gallimard lui valut l’onction des intellectuels qui y virent des contes de fées modernes.

Des noms nouveaux apparaissaient, des noms qui peu à peu allaient devenir des classiques : Hammett et Chandler, les pères fondateurs, mais aussi la génération suivante avec notamment Jim Thompson, Chester Himes et bien entendu David Goodis. Marcel Duhamel, le fondateur de la Série noire, aurait préféré comme ses confrères que le chaland achète une marque de fabrique plutôt que le nom d’un écrivain. Il n’y est pas parvenu et c’est tant mieux. La Série noire s’est caractérisée par une bonne quantité de titres illisibles aujourd’hui mais aussi quelques révélations qu’il faudra bien se résoudre à qualifier de littéraires.

David Goodis en fait partie.[access capability= »lire_inedits »] Et Retour vers David Goodis, le livre que lui consacre à nouveau Philippe Garnier après une première enquête parue en 1984, Goodis, la vie en noir et blanc, lui donne sa pleine dimension. Il n’est pas certain malgré tout que ce Nerval du roman noir, qui a donné ses lettres de noblesse à une poésie urbaine du sordide et à la femme fatale vue par les yeux d’hommes redevenus des enfants perdus, dise forcément quelque chose aujourd’hui aux lecteurs si ce n’est, indirectement, par le cinéma. Goodis a très vite et très souvent été adapté et, ce qui aurait tendance à prouver son universalité, pas seulement par quelques grands noms d’Hollywood comme Delmer Daves ou Jacques Tourneur. En France, nous rappelle Garnier, c’est dès 1960 que Truffaut adapte avec Charles Aznavour Tirez sur le pianiste, un roman publié aux États-Unis seulement quatre ans plus tôt : « Si son film était si fidèle à Goodis par le ton, c’est justement que rien n’est français dans son “Pianiste” ». Puis il cite Truffaut lui-même : « Aznavour est arménien, et même en France a cet air lunaire venu d’ailleurs. Je crois que c’est important, ça, si on veut garder cette idée de pays imaginaire, ce qu’est au fond la Série noire. »

Goodis, né en 1917 et mort cinquante ans plus tard plutôt usé, plutôt alcoolique, aura été presque malgré lui la silhouette près du réverbère qui attend une blonde au coin de la rue sans savoir, ou bien trop tard, si elle représente sa rédemption ou sa chute. Nous sommes chez lui toujours dans l’archétype ou la névrose d’une scène primitive qui diffracte à l’infini : Cauchemar, Cassidy’s Girl, La nuit tombe, Les Pieds dans les nuages, Goodis aura finalement toujours écrit le même roman, et ce n’est pas pour rien que l’un de ses titres les plus célèbres est Obsession. Écrire toujours le même livre, comme Modiano ou Simenon, est un privilège des grands écrivains : ils ne se répètent pas, ils modulent, ils jouent subtilement de variations sur un même thème. Celles des grands romans de Goodis sont comme les monochromes de Soulages : elles cherchent le noir parfait, celui que l’on atteint, pour reprendre un autre titre célèbre de Goodis, Sans espoir de retour. La trame goodisienne est simple, comme le sont les tragédies : sur des airs de jazz et de be-bop, au milieu de truands minables ou de flics corrompus, un homme seul, déchu, se noie dans l’alcool pour oublier qu’il a été autrefois un type bien.

L’influence de Goodis demeure pourtant importante, au moins sur les écrivains de noir. En témoigne Laurent Guillaume, une des plumes les plus prometteuses du polar français[1. On pourra lire de lui Delta Charlie Delta ou Black Cocaïne (éditions Denoël).], qui a rédigé la préface d’une réédition récente de Vendredi 13 : « Vendredi 13 est la parfaite incarnation du roman noir non en ce qu’il raconte une histoire de braquage, car il ne s’agit là que du prétexte qui réunit les personnages. Vendredi 13 est un roman noir en ce qu’il montre par le menu les interactions entre des personnages de la rue, des ratés, des petits malfrats. Le roman noir est plus dans le décor que montre Goodis que dans l’intrigue qu’il bâtit. »

Le malentendu sur sa postérité à éclipses est sans doute dû au fait que Goodis est un grand écrivain sans vraiment l’avoir voulu. Dans son livre construit comme un road-movie, Garnier recueille des témoignages dans les trois points névralgiques de la vie de Goodis : Philadelphie, sa ville natale, New York, où il a fait ses débuts dans les pulps (ces magazines bon marché qui publiaient des nouvelles à la chaîne), et Hollywood, où il connaîtra, comme nombre de ses confrères de l’époque, une carrière aléatoire de scénariste. Il démonte la légende d’un homme qui aurait fini par ressembler à ses personnages au point de disparaître de longs moments dans les bas quartiers ou de séjourner dans des cellules de dégrisement de Phily, obsédé sexuellement par les femmes noires ou plus fortes que lui. Goodis, nous dit en substance Garnier, n’est pas un personnage. Ou alors pas du roman qu’on croit, plutôt celui d’un homme qui a lutté désespérément pour être comme les autres, qui a été hanté par l’écriture tout en ayant peur de la folie d’un frère cadet qu’il a protégé jusqu’au bout.

Au début des années 1980, quand Garnier démarrait sa première enquête, Goodis était pratiquement indisponible dans toutes les librairies américaines, et absent des histoires littéraires. Depuis, nous apprend Garnier, il semblerait qu’on le relise et qu’on commence à l’étudier sur le plan universitaire. Il serait même devenu une « cottage industry », une attraction touristique, dans sa ville natale de Philadelphie.

Il faut croire que cet écrivain d’un pessimisme radical très contemporain, conjugué au vieux romantisme de la nuit, est aujourd’hui une voix que l’on peut à nouveau entendre, qu’il faut à nouveau entendre.[/access]

Retour vers David Goodis

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Vendredi 13

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La plupart des romans de David Goodis sont disponibles aux éditions Gallimard et chez Payot & Rivages.

François Fillon, le nouvel homme d’hier?

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François Fillon à Matignon, janvier 2012. SIPA. 00630142_000010
François Fillon à Matignon, janvier 2012. SIPA. 00630142_000010

La France a une drôle de façon de se renouveler. En (r)appelant des hommes d’un temps pour inventer un autre temps. Sa victoire, à la primaire de la droite et du centre, a fait de Fillon un homme nouveau mais l’ancien Premier ministre n’est sûrement pas un homme neuf. Si le premier tour de l’élection présidentielle se jouait aujourd’hui en fonction de l’expérience au gouvernement des candidats déclarés,  il arriverait – une fois de plus ! – largement en tête (147 mois). Loin devant Manuel Valls (154 mois).

Marine Le Pen, que la plupart des sondages envoient au second tour, arriverait, elle, bonne dernière en compagnie du candidat d’Europe Ecologie-Les Verts, Yannick Jadot, et des souverainistes Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignan, qui n’ont jamais occupé de postes gouvernementaux. Le benjamin de la classe, Emmanuel Macron, 38 ans, échouerait, lui, au pied du podium à égalité avec le centriste François Bayrou (150 mois).

François Fillon, le candidat élu des Républicains, a donc passé presque trois fois plus de temps au pouvoir que l’actuel président et son Premier ministre. Même Alain Juppé, pourtant attaqué sur son âge (71 ans) et sa (trop ?) grande expérience du pouvoir, lors de la primaire de la droite et du centre, a passé 54 mois (quatre ans et demi !) de moins que son ex-rival au sein d’un gouvernement. Entre 1993 et 2012, le nouvel homme fort de la droite a occupé 7 fonctions ministérielles: ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; ministre des Technologies de l’Information et de la Poste; ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l’Espace ; ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité ; ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; Premier ministre et (conjointement pendant deux mois) ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement. Ouf ! Cent quarante-sept mois, soit plus de douze ans : l’équivalent de deux quinquennats et demi.

Ses potentiels futurs adversaires se rattrapent loin des ministères. La plupart ont exercé des fonctions électives. A l’Assemblée notamment. François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg y ont tous passé la barre des 15 ans. Marine Le Pen aussi est députée, mais à Bruxelles où elle siège depuis 12 ans, contre 7 ans pour Yannick Jadot et 4 ans pour Benoît Hamon. Face à eux, Henri Guaino, l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy, fait office de débutant du bas de ses 4 ans et demi dans les travées du Palais-Bourbon.

Mais là encore, François Fillon met tout le monde d’accord: l’homme multifonctions cumule plus de 17 ans comme député de la Sarthe et 21 mois comme sénateur du même département. Sans compter ses 6 ans au conseil général de la Sarthe et les 4 qu’il a passés au conseil régional des Pays de la Loire, effectués en parallèle de ses fonctions nationales. Depuis 4 ans et demi, il est député de Paris.

Ses détracteurs y verront un homme du passé. Ses alliés feront remarquer qu’en arrivant à l’Elysée, François Hollande n’avait, lui, aucune expérience du pouvoir…

Brigitte Bardot, la politique et les chiens

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Brigitte Bardot est une femme de droite. Bourgeoise, fille du XVIe arrondissement, en 1974 elle se promenait dans Saint-Tropez vêtue du célèbre t-shirt « Giscard à la barre ». En 1970 elle aurait plaqué son fiancé de l’époque car ce dernier lui avait appris la mort du géné-ral De Gaulle avec un trop grand sourire.

Mais Brigitte Bardot est aussi une femme de conviction, et une grande gueule. La lâcher dans le jeu de quilles qu’est la pré-campagne présidentielle de 2017, et particulièrement celle des primaires de la droite – et du centre, promettait un beau spectacle. En 2007, BB déclarait sa flamme à Marine Le Pen, « nouvelle Jeanne d’Arc » et seule à même de « sauver la France ». Ce soutien, malgré les fluctuations auxquelles BB nous a habitués depuis la nuit des temps, ne se dément pas tellement. Mais ne nous gaussons pas trop vite. Un appui de Bardot vaut bien plus cher que quelques souvenirs arrachés à des sexagénaires émus. On raconte notamment que si les élus FN, de plus en plus nombreux à la faveur des échéances municipales et régionales, veillent dans leur circonscription au respect des droits des animaux, c’est parce que la Fonda-tion Brigitte Bardot, créée en 1986 compte environ 70 000 adhérents. Presque autant que le Parti Socialiste. Trois fois plus qu’Europe-Écologie-Les Verts.

« Animaliser le débat »

Et sur ce point, pas d’hypocrisie, pas d’entourloupes. Pas de Jeanne d’Arc qui tienne. BB a litté-ralement incendié le maire frontiste de Cogolin, Marc-Étienne Lansade en mai dernier pour avoir organisé un « salon de la chasse » dans sa commune.

Le 14 novembre, elle lançait un appel aux journalistes politiques afin d’ «animaliser le débat». Comprendre; poser aux futurs et aux déjà déclarés candidats à l’élection présidentielle des questions précises sur le sort des animaux, aborder des thèmes aussi casse-gueule que la chasse, l’hipophagie et l’abattage rituel… Elle exigeait également la création d’un « Secrétariat d’État à la condition animale ». Les machos de service ricanent déjà. Après tout, il y en avait bien un dévolu aux «Droits des femmes».

C’est un fait, celui ou celle qui emportera le cœur et le soutien de Brigitte Bardot peut venir de n’importe où. Malgré ses convictions bien ancrées, elle s’était avouée par exemple « boulever-sée » par la disparition de Michel Rocard, à qui elle écrivait « aussi souvent qu’à un fiancé ». Malgré cette affection, elle ne cache pas son aversion pour Stéphane Le Foll, l’actuel ministre de l’Agriculture, accusé de ne pas bouger un orteil pour défendre les droits des animaux. Malgré cette aversion, elle se dit nouvellement conquise par… Jean-Luc Mélenchon. « Déjà, il ne mange plus de viande et il ne supporte plus des images comme on a pu les voir… Donc, Mélen-chon, bravo ! Moi, j’applaudis. » Le poids du quinoa ferait ainsi pencher la balance plus à gauche ? BB n’était en tout cas pas convaincue par les débats de la primaire de la droite et du centre. « À la primaire de la droite par exemple, confie-t-elle à Nice-Matin, je les ai écoutés, tous ridicules derrière leur pupitre façon Questions pour un champion. Pas un n’a parlé des animaux et pas un journaliste n’a posé la question. C’est pourtant un débat de fond et d’éthique humaine. On ne peut plus fermer les yeux là-dessus. Il y a eu trop d’horreurs, d’abus, d’exploitation… » Et Nicolas Sarkozy était déjà hors course: « Une catastrophe ! », il n’a « rien fait » pour rendre obligatoire l’étourdissement des animaux dans les abattoirs halal.

Plus proche, cela tombe bien, de François Fillon dans son attachement aux traditions, dans son diagnostic d’une France « en faillite », « décadente », on l’imagine cependant assez mal se prêter à ce point au jeu électoral. Il est encore trop tôt pour BB l’impulsive. Mais accordons-lui au moins un point : « l’animalisation » du débat a toute sa raison d’être. Et il se pourrait bien qu’en y regardant de près, Brigitte Bardot oriente le choix de ses admirateurs d’un côté comme de l’autre, en passant par les deux extrêmes.

Il se pourrait aussi qu’elle envoie tout le monde se faire voir.

 

«Nous avons besoin d’un grand souffle intellectuel et moral!»

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henri guaino franvois fillon liberalisme
Henri Guaino. Sipa. Numéro de reportage : 00783380_000054.
henri guaino franvois fillon liberalisme
Henri Guaino. Sipa. Numéro de reportage : 00783380_000054.

Imaginons. 8 mai 2017. François Fillon est élu président de la République. Entouré des notables de la Droite et du Centre, le nouveau président conclut son discours : « Si nous aimons notre pays, il nous faut dès maintenant consentir à des sacrifices. » Les premiers jours donnent le la. Au téléphone, Angela Merkel félicite chaleureusement son nouveau partenaire. Un grand patron du CAC 40 est nommé ministre de l’Economie pour – comment disent-ils déjà ? – « s’adapter » : s’adapter à la mondialisation, à la révolution numérique, à la concurrence chinoise. Bref, devenir une variable d’ajustement. Cette victoire à la Pyrrhus augure d’élections législatives cauchemardesques pour le Président : aucune majorité ne se dégage, le P « S » se positionne de nouveau à gauche, le FN a raflé une grande partie des suffrages. Par des savants calculs politiciens, François Fillon parvient tout de même à appliquer son programme : la politique d’austérité plonge la France dans l’abîme. La France a entendu raison. Élève turbulente de la classe européenne, la voici enfin rentrée dans le rang. Les Français, qui avaient jubilé de la défaite de Juppé et de celle de Sarkozy, commencent à comprendre ce qui les attend pour les cinq prochaines années. Trop tard.

Les peuples en ont assez de l’obsession de la rigueur

Nous, les Jeunes avec Guaino, pensons que ce scénario catastrophique n’a rien d’une fatalité et que ceux qui prédisent au vainqueur de la primaire un avenir présidentiel se trompent. Nous ne pouvons pas croire, qu’à l’heure où les peuples du monde entier tournent la page de la pensée unique libérale et post-nationale, le peuple de France fasse le choix de l’homme dont le programme incarne le paroxysme de la doxa économique des quarante dernières années. Suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, privatisation de l’Assurance maladie, abrogation de la durée légale du travail, dégressivité des allocations chômage : avec trente ans de retard et alors qu’un nouveau cycle économique et politique mondial s’ouvre, François Fillon veut achever la lente conversion du grand parti de droite français au libéralisme économique. Avec lui, il faudra que tout change pour que rien ne change ! Qui peut croire à une révolution salvatrice ? Rendons-nous à l’évidence : les Français, comme tous les peuples occidentaux, en ont assez de l’obsession de la rigueur, de la dégradation des services publics, d’un social-libéralisme qui n’a de social que le nom. Ils en ont assez de la confiscation de la démocratie par les traités européens, les juges, les autorités indépendantes et les marchés financiers. Nous ne nous laissons donc pas séduire par le souverainisme affiché de François Fillon. D’aucuns diront qu’il fut du combat contre le Traité de Maastricht en 1992 aux côtés de Philippe Séguin, qu’il est un souverainiste sincère et qu’il croit à l’Europe des nations.

Mais que valent ces belles paroles lorsque dans le même temps on proclame fièrement vouloir appliquer à la lettre les prescriptions de l’Union européenne, qui a fait de la concurrence et de l’austérité une religion ? À quoi bon ces nobles principes lorsque l’on n’est pas capable de s’émouvoir du sort honteux qui fut réservé à la nation grecque par les experts de la Troïka, à l’été 2015 ? Nous ne nous laissons pas non plus séduire par son conservatisme, car il est incompatible avec le reste de son programme. François Fillon fait partie de cette droite « qui vénère le marché, tout en maudissant la culture qu’il engendre », selon le mot de Russel Jacoby. Il est, finalement, la pire chose qui pouvait arriver à la droite conservatrice, car il ne comprend pas qu’il ne peut y avoir d’identité nationale sans solidarité nationale et que le libéralisme débridé est pour beaucoup dans la disparition de notre culture et de notre mode de vie. Philippe Séguin aurait-il jamais approuvé que l’on s’assît à ce point sur la question sociale, ou que l’on fît de l’adaptation au modèle allemand la quintessence du patriotisme français ? En 1992, c’est Henri Guaino qui participa à la rédaction du discours prophétique de Philippe Séguin devant l’Assemblée nationale, point d’orgue de la campagne contre le Traité de Maastricht. Il y fustigeait justement ces « pharisiens d’une République, qu’ils encensent dans leurs discours et risquent de ruiner par leurs actes ! ». Il y a ceux qui parlent du gaullisme social et ceux qui sont crédibles quand ils en parlent. Pour sauver l’honneur, la dignité et la souveraineté du peuple français, nous avons décidé de soutenir Henri Guaino dans sa longue route vers la présidentielle de 2017. La crise de civilisation que traverse notre pays est le fruit de décennies de renoncement. Changeons de logiciel. Sur toutes les questions qui touchent à notre identité, Henri Guaino a été précurseur : il a fait entrer le terme « assimilation » dans le débat public, à l’heure où le multiculturalisme était perçu comme l’horizon indépassable de nos sociétés. Il s’est battu contre l’abandon de notre souveraineté, quand les chantres du fédéralisme avaient le vent en poupe. Aujourd’hui, contrairement aux maniaques de la dette, Henri Guaino met l’investissement au coeur de son projet pour 2017.

Guaino, un espoir pour la jeunesse

En cela, il est un espoir pour la jeunesse : il ne sacrifie pas l’avenir au passé, car il ne veut pas que la France meure guérie. Parce qu’il est un constructeur de commun, l’État doit retrouver toute sa place, dans nos « quartiers perdus » mais aussi dans l’économie, afin de contribuer à doter la France des industries qui feront sa force dans la compétition économique mondiale. Aux antipodes, François Fillon ne dit pas un mot sur la désindustrialisation massive que connaît notre pays. Comme si cette dernière était une fatalité. Comme si le colbertisme français n’avait pas donné à notre pays ses grands groupes capables d’exporter le savoir-faire de nos ouvriers et de nos ingénieurs. Dans son livre-programme, En finir avec l’économie du sacrifice, Henri Guaino pointe les autres grandes victimes du recul de l’Etat. L’aménagement du territoire en est une. La réforme territoriale de 2015 a encore davantage isolé le monde rural en favorisant un phénomène de centralisation régionale. Comment imaginer que l’on puisse donner une nouvelle chance au monde rural sans y investir ? Qui peut croire qu’il suffira de quelques maisons de santé et de quelques guichets uniques pour faire vivre nos campagnes ? Où fera-t-on porter l’essentiel de l’effort de réduction de 100 milliards de dépenses publiques et de la suppression de 500 000 emplois dans la fonction publiques, sinon dans les territoires les plus fragiles ? Nous ne pouvons pas préserver notre agriculture et nos infrastructures avec un tel programme. Il faut, au contraire, accroitre les aides financières à l’installation pour les jeunes agriculteurs et à la modernisation des exploitations, réduire drastiquement les délais de paiement des administrations dus aux éleveurs et rétablir les quotas laitiers. Si ces réformes ont un coût, il faut sortir de la vision comptable de l’économie : certaines dépenses rapportent bien plus qu’elles ne coutent, comme certaines économies ruinent au lieu d’enrichir.

Autre investissement nécessaire : le capital humain. Qu’avons-nous fait de l’école républicaine ? Le constat est dressé à longueur d’éditos : l’Education nationale va mal. On nous avait menti lorsqu’on nous disait que le niveau montait. Il fallait s’y attendre : lorsque l’on renonce à instruire l’élève et à exiger de lui, quelle que soit sa condition sociale, effort et discipline, alors le capital économique et culturel des familles devient de plus en plus déterminant dans la réussite ou l’échec de ce dernier. En soutenant Henri Guaino, nous réaffirmons que l’élitisme républicain est le meilleur remède contre la reproduction des inégalités et contre le vide civilisationnel contemporain. C’était en ce sens qu’il avait écrit qu’il fallait « liquider l’héritage de mai 68 ». Qui mieux que lui, dont la mère était femme de ménage, devenu plus proche conseiller d’un Président de la République, pour incarner cette haute idée de l’école républicaine ? Pour soustraire les enfants des classes populaires au déterminisme social, nous devons notamment investir dans les internats d’excellence. Dès la sixième, ces dispositifs doivent permettre aux élèves les plus méritants des quartiers difficiles d’épanouir pleinement leur intelligence. Encore une fois : ne payons-nous pas plus cher le manque d’investissement, qui laisse, livrés à eux-mêmes, des milliers de jeunes désoeuvrés et amers ? Une grande réforme des programmes est nécessaire. Elle doit faire place à la transmission des savoirs, au détriment des fantaisies pédagogistes. Il faut en finir avec le prêchi-prêcha du « vivre-ensemble », les notes remplacées par des smileys et la repentance coloniale comme seule vision du passé. L’école doit d’abord transmettre notre roman national aux enfants de l’école primaire, pour leur construire un imaginaire commun, avant de leur donner les outils critiques leur permettant d’interroger cette histoire de façon plus exigeante. Nous devons arrêter de tout mélanger pour remettre de l’ordre, dans les esprits et dans la société.

Rassembler le peuple français

Voilà pourquoi nous voulons porter le projet présidentiel d’Henri Guaino. Un projet audacieux de rupture avec les orthodoxies et les dogmes qui nous gouvernent depuis trop longtemps. Nous ne voulons pas d’une politique infligeant de nouveau une purge à des Français ayant déjà trop souffert des réformes punitives qui n’ont fait qu’aggraver l’état de notre économie et les fractures de notre société. Nous voulons que la politique soit inspirée par la raison mais aussi par la générosité, qui garantira la cohésion de notre nation et qui remettra de l’ordre dans nos institutions, dans notre société, dans notre économie. Dans sa vie d’homme, de conseiller ou d’élu, Henri Guaino a toujours mené le combat pour le rassemblement du peuple français. Combien de fois notre Nation, lorsque tout semblait perdu, a su trouver les ressources pour transcender ses divisions et ériger des monuments sur la route de sa glorieuse destinée ? Le gaullisme porte en lui le grand souffle intellectuel et moral dont notre pays a besoin. En 2017, avec Henri Guaino, restons fidèles à cette Histoire, c’est-à-dire à la France, cette princesse de légende, mère de notre commune espérance.

 

Retrouvez Les Jeunes avec Henri Guaino sur Twitter et Facebook.

Hollande, parodie de la défaite

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François Hollande sur les Champs-Elysées, mai 2012. SIPA. AP21222050_000112
François Hollande sur les Champs-Elysées, mai 2012. SIPA. AP21222050_000112

On se souvient de l’attaque du 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » Et de citer l’oncle (Napoléon Ier) et le neveu — Napoléon III, qui venait de s’offrir son petit coup d’Etat. C’était déjà un 2 décembre, comme le couronnement de l’empereur, comme la bataille d’Austerlitz peinte par Gérard…

"La bataille d'Austerlitz, 2 décembre 1805" par François Gérard. The Bridgeman Art Library, Wikimedia.

Complétons : Marx a oublié d’ajouter que lorsque la farce se répète, on entre dans un champ esthétique inédit, qui tient moins du vaudeville (Valls sort du placard en riant, Hollande pleure, me suggère une habile commentatrice) que de la pantomime. La tragédie, la farce, le grotesque. On a eu De Gaulle, puis Sarkozy — on a Hollande. La caricature de la caricature.

Ou plutôt, on ne l’a plus. Guignol, sitôt paru, est renvoyé dans les abysses de la baraque de foire. Pantalonnade, aurait dit l’illustre acteur de la commedia dell’arte qui donna son nom à la lignée des Brighelli.

« Tu n’as rien décidé du tout! »

Question style, l’écart n’est pas moindre. Que dit l’Empereur au soir de la bataille du 2 décembre 1805 ? « Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de la gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment, nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l’anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu’il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre. Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire « J’étais à la bataille d’Austerlitz », pour que l’on réponde, « Voilà un brave ». »

Et l’Autre, là, qu’a-t-il dit ? « J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle ». Voilà. Le style se juge sur pièces.

Mais tu n’as rien décidé du tout, espèce de président normal !

 

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

 

Le 18 brumaire: de L. Bonaparte

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Alep sera-t-elle le Stalingrad de l’Orient?

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alep regis lesommier syrie russie
Alep, appartement sur la ligne de front, 2014. Sipa. Numéro de reportage : 00690959_000088.
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Alep, appartement sur la ligne de front, 2014. Sipa. Laurence Geai. Numéro de reportage : 00690959_000088.

Daoud Boughezala. Il y a quelques semaines, vous étiez au cœur d’Alep bombardé par l’aviation russe. Quelques mois plus tôt, à Palmyre, vous avez croisé des mercenaires russes combattant des guerriers tchétchènes de l’E.I. La guerre de Syrie est-elle désormais dominée par l’action de la Russie ?

Régis Le Sommier[1. Reporter de guerre, directeur adjoint de la rédaction de Paris Match, Régis Le Sommier vient de publier Les mercenaires du calife (La Martinière, 2016).]. Incontestablement, comme l’illustre l’initiative du général libyen Haftar qui s’est rendu à Moscou pour demander au ministre russe de la Défense de réaliser en Libye ce que la Russie est en passe de réaliser en Syrie. D’un point de vue militaire, la Russie a pris les choses en mains en Syrie depuis l’automne 2015, profitant d’une certaine incohérence de la position américaine, tiraillée entre de multiples éléments vis-à-vis de la Turquie (qui armer ? qui préparer ?), et des échecs de la CIA sur l’armement des rebelles. La faillite de l’opposition syrienne a également joué puisque les éléments modérés de la rébellion ont rapidement cédé le pas aux djihadistes. Des groupes rebelles islamistes qui n’ont d’ailleurs que très peu prêté allégeance à l’Etat islamique – ce qui confirme la nature foncièrement irakienne de l’E.I, la guerre syrienne n’ayant servi que de prétexte pour conquérir de façon fulgurante Mossoul, Tikrit et Ramadi.

Dans Les mercenaires du calife (La Martinière, 2016), vous citez pléthore de djihadistes tchetchènes guerroyant dans les rangs de Daech. Y a-t-il une matrice tchétchène de l’E.I ?

Les Tchétchènes de l’Etat islamique sont redoutables et très aguerris au combat. Au sein de l’E.I, la figure russophone symbolique était Abou Omar al-Chichani, un djihadiste géorgien à la barbe rousse, éliminé par un drone américain en juillet dernier. Son successeur est également originaire du Caucase. Ces djihadistes sont de véritables survivants dont les aînés (et parfois eux-mêmes) ont combattu la Russie en Tchétchénie dans les pires conditions. Une fois la Tchétchénie reconquise intégralement par l’armée russe, ils ont prêté allégeance au djihad international dont ils sont devenus les meilleurs combattants. Ils maîtrisent avec une formidable efficacité les techniques de combat comme l’emploi des véhicules suicide, à tel point que leurs méthodes sont étudiées à West point par les militaires américains !

À Alep, comment avez-vous pu faire votre métier de reporter pendant la bataille ?

Aujourd’hui, un journaliste occidental ne peut pas se rendre dans les zones rebelles d’Alep. Si l’Etat islamique est pratiquement inexistant à Alep, la rébellion y est dominée par des groupes djihadistes tels que Nour-eddine al-Zinki, Fatah ach-Cham (anciennement le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) ou Jaysh al-Moujahiddine.

On a publié dans Paris Match les seuls vrais reporters qui ont passé quinze jours avec les islamistes d’Ahrar ach-Cham dans la province d’Idleb : Farouk Atig et Ahmed Dib. Les autres « journalistes » du camp rebelle sont plus ou moins des activistes. Cet automne, je me suis rendu à Alep-Ouest, du côté gouvernemental, j’ai approché la ligne de front où j’ai constaté le caractère effrayant des frappes russes. Mais du côté Ouest de la ville, j’ai aussi subi des tirs d’artillerie en provenance des zones rebelles qui tombent n’importe où et tuent beaucoup. N’oubliez pas que côté gouvernemental, vivent environ 1 200 000 habitants (contre moins de 250 000 de l’autre côté du front) cibles des tirs d’artillerie et d’obus de mortier rebelles.

alep est ouest
© AFP Valentina BRESCHI, Simon MALFATTO, Frédéric BOURGEAIS, Sophie RAMIS

Dans ces orages d’acier, quel est le quotidien des civils ?

C’est un enfer pour tout le monde. Certains quartiers comme Salaheddine sont divisés en deux depuis trois ans. Des familles étant déchirées de part et d’autre de la ligne de front, leurs membres ne peuvent pas nécessairement se voir mais développent des stratégies de survie. Beaucoup de snipers se cachent un peu partout, il est dangereux de faire son marché. Du côté gouvernemental, certains recouvrent leur voiture d’une fine couche de boue rouge pour se rendre moins visible des snipers. A l’Est, la même technique de camouflage est utilisée pour se cacher des avions bombardiers. Cet automne, en représailles aux frappes russes, les rebelles ont coupé le principal axe d’approvisionnement en eau, ce qui s’est répercuté sur l’ensemble de la ville.  L’armée syrienne a donc organisé des rationnements, les enfants remplissaient des bidons d’eau la journée pour fournir leur famille. À cause de la quantité d’obus qui tombe sur la partie gouvernementale d’Alep, des ambulances se postent presque 24h/24h dans la rue avec des brancards dressés contre les immeubles pour récupérer une personne dès qu’elle est blessée et l’envoyer le plus vite possible à l’hôpital. L’hôpital, c’est d’ailleurs la cour des miracles : vieillards, enfants comme soldats viennent s’y faire soigner. Mais la réalité est encore plus horrible côté Est, à cause des bombardements russes contre la rébellion.

Malgré ce constat, à la différence de beaucoup de vos confrères, vous refusez de condamner unilatéralement l’offensive russe à Alep. Pourquoi ?

Depuis cinq ans, la guerre en Syrie n’oppose pas des méchants d’un côté et des gentils de l’autre. Cette vision aussi naïve que morale m’insupporte.  La plupart de mes confrères et le gouvernement français cultivent une illusion qui n’a rien à voir avec la réalité du terrain. Je n’ai jamais prétendu que les méthodes de guerre utilisées par les Russes depuis septembre pour reconquérir la partie Est d’Alep étaient souhaitables. Mais cet été, les quartiers loyalistes ont été extrêmement touchés par l’offensive des rebelles qui avaient réussi à briser le siège de leurs quartiers il y a quelques mois. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (un site d’opposition !) 59 enfants sont morts en juillet du côté gouvernemental d’Alep et à peu près le même nombre dans la zone rebelle…

Reconnaissez que les bombardements russes et syriens, parfois au baril d’explosifs, se sont révélés particulièrement intenses et violents ces dernières semaines.

La vie d’Alep ne peut se résumer aux événements des trois derniers mois. Le siège actuel de la partie Est ne doit pas faire oublier le siège de la partie Ouest en 2013.  Il faut aussi savoir que certains « casques blancs » d’Alep-Est appartiennent à des groupes djihadistes. C’est la complexité de la guerre : on peut être combattant et, si on a des compétences d’infirmiers, on les met tant et si bien au service des siens qu’on sauve des vies ! 

Vous comparez souvent la bataille d’Alep aux pires moments de la guerre de Tchétchénie. Une victoire de l’armée fidèle à Assad en fera-t-elle le Stalingrad de la guerre syrienne ?

« C’est Grozny !» m’a dit cet automne mon photographe qui a vécu les guerres de Tchétchénie. On regardait les collines pelées au nord d’Alep sur la route du Castello, dans le quartier kurde de Cheikh Maqsoud et on a soudain entendu les Soukhoi qui bombardaient l’Est de la ville. Alep sera peut-être le Stalingrad de la guerre de Syrie. C’est en tout cas une ville extrêmement grande, naguère capitale industrielle du Moyen-Orient. La perte d’Alep signifierait, sinon la victoire d’Assad, du moins l’échec de l’opposition à proposer une alternative à Bachar Al-Assad. Ceci dit, du côté gouvernemental,  j’ai constaté la « war lordisation » de certains quartiers conquis par le régime, comme Bani Zaid.

C’est-à-dire ?

Reprise en août aux rebelles, la zone de Bani Zaid est occupée par tout un tas de milices supplétives de l’armée syrienne. Les soldats y portent des uniformes un peu dépareillés. Ces groupes qui combattent depuis très longtemps rappellent les corps-francs de l’Allemagne des années 1920. Si la guerre s’arrête, il sera très compliqué de les faire rentrer dans le rang.

À la faveur de la guerre, la Syrie est devenue un véritable gruyère. Au centre du pays, dans la poche rebelle de Rastane, des groupes d’opposition islamistes sont retranchés depuis trois ans et font face à l’armée syrienne dans un contexte proche de la première guerre mondiale. À la campagne, c’est tranchée contre tranchée. On s’envoie régulièrement des obus mais le front ne bouge pas. De temps en temps, les soldats creusent un tunnel et y introduisent une charge d’explosifs pour faire exploser la tranchée d’en face, comme les Anglais pendant la bataille de la Somme. Mais l’opposition est si morcelée, malgré la puissance de Fatah ach-Cham, qu’il est difficile de prévoir l’avenir.

Les Mercenaires du calife

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