Brigitte Bardot est une femme de droite. Bourgeoise, fille du XVIe arrondissement, en 1974 elle se promenait dans Saint-Tropez vêtue du célèbre t-shirt « Giscard à la barre ». En 1970 elle aurait plaqué son fiancé de l’époque car ce dernier lui avait appris la mort du géné-ral De Gaulle avec un trop grand sourire.

Mais Brigitte Bardot est aussi une femme de conviction, et une grande gueule. La lâcher dans le jeu de quilles qu’est la pré-campagne présidentielle de 2017, et particulièrement celle des primaires de la droite – et du centre, promettait un beau spectacle. En 2007, BB déclarait sa flamme à Marine Le Pen, « nouvelle Jeanne d’Arc » et seule à même de « sauver la France ». Ce soutien, malgré les fluctuations auxquelles BB nous a habitués depuis la nuit des temps, ne se dément pas tellement. Mais ne nous gaussons pas trop vite. Un appui de Bardot vaut bien plus cher que quelques souvenirs arrachés à des sexagénaires émus. On raconte notamment que si les élus FN, de plus en plus nombreux à la faveur des échéances municipales et régionales, veillent dans leur circonscription au respect des droits des animaux, c’est parce que la Fonda-tion Brigitte Bardot, créée en 1986 compte environ 70 000 adhérents. Presque autant que le Parti Socialiste. Trois fois plus qu’Europe-Écologie-Les Verts.

« Animaliser le débat »

Et sur ce point, pas d’hypocrisie, pas d’entourloupes. Pas de Jeanne d’Arc qui tienne. BB a litté-ralement incendié le maire frontiste de Cogolin, Marc-Étienne Lansade en mai dernier pour avoir organisé un « salon de la chasse » dans sa commune.

Le 14 novembre, elle lançait un appel aux journalistes politiques afin d’ «animaliser le débat». Comprendre; poser aux futurs et aux déjà déclarés candidats à l’élection présidentielle des questions précises sur le sort des animaux, aborder des thèmes aussi casse-gueule que la chasse, l’hipophagie et l’abattage rituel… Elle exigeait également la création d’un « Secrétariat d’État à la condition animale ». Les machos de service ricanent déjà. Après tout, il y en avait bien un dévolu aux «Droits des femmes».

C’est un fait, celui ou celle qui emportera le cœur et le soutien de Brigitte Bardot peut venir de n’importe où. Malgré ses convictions bien ancrées, elle s’était avouée par exemple « boulever-sée » par la disparition de Michel Rocard, à qui elle écrivait « aussi souvent qu’à un fiancé ». Malgré cette affection, elle ne cache pas son aversion pour Stéphane Le Foll, l’actuel ministre de l’Agriculture, accusé de ne pas bouger un orteil pour défendre les droits des animaux. Malgré cette aversion, elle se dit nouvellement conquise par… Jean-Luc Mélenchon. « Déjà, il ne mange plus de viande et il ne supporte plus des images comme on a pu les voir… Donc, Mélen-chon, bravo ! Moi, j’applaudis. » Le poids du quinoa ferait ainsi pencher la balance plus à gauche ? BB n’était en tout cas pas convaincue par les débats de la primaire de la droite et du centre. « À la primaire de la droite par exemple, confie-t-elle à Nice-Matin, je les ai écoutés, tous ridicules derrière leur pupitre façon Questions pour un champion. Pas un n’a parlé des animaux et pas un journaliste n’a posé la question. C’est pourtant un débat de fond et d’éthique humaine. On ne peut plus fermer les yeux là-dessus. Il y a eu trop d’horreurs, d’abus, d’exploitation… » Et Nicolas Sarkozy était déjà hors course: « Une catastrophe ! », il n’a « rien fait » pour rendre obligatoire l’étourdissement des animaux dans les abattoirs halal.

Plus proche, cela tombe bien, de François Fillon dans son attachement aux traditions, dans son diagnostic d’une France « en faillite », « décadente », on l’imagine cependant assez mal se prêter à ce point au jeu électoral. Il est encore trop tôt pour BB l’impulsive. Mais accordons-lui au moins un point : « l’animalisation » du débat a toute sa raison d’être. Et il se pourrait bien qu’en y regardant de près, Brigitte Bardot oriente le choix de ses admirateurs d’un côté comme de l’autre, en passant par les deux extrêmes.

Il se pourrait aussi qu’elle envoie tout le monde se faire voir.

 

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