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Et si Trump incitait l’Europe à se transformer?

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Les critiques retentissantes de Donald Trump à l’égard de l’Union européenne et même de l’OTAN ainsi que son appui au Brexit ont suscité l’indignation et le désarroi de la plupart des responsables politiques ,de l’Europe occidentale, le Premier ministre britannique Theresa May exceptée.

Entre Brexit et hegemon poutinien

Il était pourtant clair, avant même cette déclaration que,  du seul fait de l’élection du nouveau  président américain et de sa volonté  affichée de s’entendre avec Poutine, l’Union européenne se trouvait  remise en cause dans son fonctionnement actuel  tel qu’il résulte du Traité de Lisbonne de 2009.

Elle se voit désormais  confrontée à un double défi :

Le Royaume-Uni n’est plus en position marginale  mais retrouve au contraire son rôle traditionnel de partenaire privilégié des Etats-Unis;

– La Russie de Poutine sera elle aussi, d’une autre manière, réintégrée dans le jeu international, y compris européen, avec le risque que s’établisse un duopole américano-russe sur l’Europe occidentale.

On ajoutera qu’en cas de crise, analogue à la crise grecque, rien n’assure que Washington viendra à la rescousse de Bruxelles pour forcer un accord de dernière minute, comme cela fut le cas en juillet 2015.

Au lieu d’un trou noir, une galaxie

Face à ces données radicalement nouvelles, il est urgent de reconfigurer les institutions européennes pour les adapter à la situation géopolitique qui en résulte. L’Europe doit « ouvrir ses fenêtres » aux partenaires de son environnement proche et sortir d’une opposition frontale entre les « in » et les « out » qui s’avérera très vite suicidaire.

La solution: s’orienter résolument vers un  schéma d’Europe à la carte (qui s’applique déjà d’une certaine manière, tous les membres actuels de l’UE n’étant pas dans l’euro). Remplacer des institutions centrales monolithiques qui, à vouloir concentrer toutes les compétences, pourraient vite devenir un « trou noir », par une galaxie  d’agences thématiques spécialisées, sur le modèle de l’Agence spatiale européenne ou de l’OCCAR. Les différents sujets d’intérêt européen qui sont aujourd’hui traités à Bruxelles pourraient continuer de  l’être, par le même personnel le cas échéant, mais la participation à chacune de ces agences serait « à géométrie variable », certains membres actuels pouvant s’en retirer et certains pays aujourd’hui à l’extérieur, comme désormais le Royaume-Uni, mais aussi  la Russie et pourquoi pas la Turquie ou le Maroc, pouvant adhérer à l’agence correspondante ou se joindre à elle pour telle ou telle action. La coopération politique, appuyée sur un secrétariat spécifique, suivrait le même modèle, avec la possibilité d’associer  certains pays tiers en fonction de l’ordre du jour.

L’intégration européenne, une impasse

L’autre solution, aujourd’hui envisagée dans les milieux européens, mène à une impasse. Elle consiste à dire : face aux risques de marginalisation, pour continuer à « peser »,  l’Union européenne telle qu’elle existe doit serrer les rangs, défendre très fort l’acquis,  s’intégrer si possible  davantage. Concrètement, durcir le Brexit pour punir Londres, maintenir les sanctions envers la Russie (alors même que les Etats-Unis vont les lever bientôt !) , continuer de battre froid  Donald Trump au nom des « valeurs ». Qui ne voit que cette voie est une impasse ? Elle conduirait à placer l’Ouest du continent  sous un contrôle encore plus étroit  de l’Allemagne, dont la chancelière est affaiblie par ses frasques migratoires et mal vue par Trump. Qui imaginerait d’ailleurs que l’Allemagne, bordée par une France nécessairement inféodée et donc sans poids, pourrait résister à Washington, Londres et Moscou coalisés? Comme aux « heures les plus sombres de notre histoire » ! Le plus probable dans un tel schéma est que les Allemands ne seraient  plus que la courroie de transmission du nouveau pouvoir international. On aurait là l’aboutissement paradoxal de soixante ans de « construction européenne : les affaires  l’Europe décidées entièrement en dehors d’elle.

Une Europe à géométrie variable permettrait au contraire, à la fois d’atténuer la rigueur du Brexit et d’éloigner la Russie de la tentation du duopole en la réintroduisant dans quelque chose comme un nouveau  « concert européen », de rompre  ainsi le front de la mise en tutelle. Même perspective pour la Turquie aujourd’hui contrainte à s’inféoder à Moscou.

Le génie européen est complexe

Même s’il ne préjuge pas de l’avenir de l’euro avec lequel il n’est pas formellement incompatible, ce schéma obligera les adeptes d’ une intégration sur le modèle monnetiste au sein d’un super-Etat périmant peu à peu les Etats-nations, avec ses frontières, son armée, son drapeau, et pourquoi pas ses timbres, à en faire leur deuil.

Mais qui ne voit que le modèle de l’Europe bloc contredit la complexité qui est au cœur du génie européen ? Comme le dit Jean-Jacques Rosa[1. Jean-Jacques Rosa, L’erreur européenne, Grasset.], il s’oppose aux tendances modernes privilégiant non les constructions monolithiques, mais les organisations plurielles, souples, interconnectées sans hiérarchie stricte. Ajoutons qu’au moment où  la Russie est débarrassée du communisme et  les Etats-Unis de ce projet mondial qu’était aussi le néo-conservatisme, le monde s’éloigne, pour le plus grand bien de la paix,  des modèles idéologiques du XXe siècle auxquels on peut, même de manière atténuée, assimiler le projet européen de l’après-guerre.

La réorganisation des institutions européennes que nous proposons  n’est pas une option. Qui peut croire que l’édifice actuel (ou ce qu’il en reste)  pourra se maintenir longtemps en excluant frontalement les deux principaux centres financiers de la planète (New York  et Londres) et la première puissance  énergétique et militaire du continent ?

Si l’Union européenne ne procède pas à une réforme rapide de ses institutions, dont la France pourrait prendre l’initiative, on peut craindre qu’elle ne coure à une cataclysmique dislocation.

L'erreur européenne

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Di Canio: tatoo, t’as tout faux!

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Le footballeur Paolo Di Canio salue les supporters de la Lazio Rome après son but inscrit contre l'AS Rome au stade Olympique de Rome, janvier 2005.

Footeux, vous souvenez-vous de Paolo Di Canio ? Au début des années 2000, ce buteur avait fait le bonheur de la Lazio de Rome pendant plusieurs saisons. Mais si l’attaquant italien a laissé un souvenir impérissable, c’est aussi à cause de ses crampes du bras droit. Un soir de derby entre la Lazio et l’AS Rome, Di Canio avait célébré le but qu’il venait de marquer d’un salut romain prolongé avant d’expliquer son geste d’un laconique : « Je suis fasciste, mais pas raciste. »

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? C’est qu’à 48 ans révolus, Di Canio refait des siennes. Désormais à la retraite, le bouillant Romain œuvre comme consultant sur la chaîne de télévision Sky Sports Italia sans jamais plus s’aventurer sur le terrain politique. Jusqu’au jour de septembre 2016 où le pauvre Paolo a le malheur de se montrer à l’écran en manches courtes, laissant apparaître ses nombreux tatouages aux avant-bras dont un monumental « DUX », en hommage à un célèbre chef d’État transalpin disparu en 1945. Tollé général. Son employeur le sanctionne de quatre mois de suspension d’antenne durant lesquels Di Canio fait le mort.

« Êtes-vous fasciste ? »

Résurrection cathodique début 2017. Le voici de retour dans les colonnes du Corriere della Sera pour une autocritique. Morceaux choisis : « J’ai changé. À près de 50 ans, j’ai appris à me mettre à la place de l’autre. Beaucoup de gens peuvent légitimement se sentir blessés par l’exposition involontaire de mes tatouages. » Son fameux salut fasciste ?[access capability= »lire_inedits »] « La chose [qu’il] regrette le plus dans [s]a carrière. » À la question « Êtes-vous fasciste ? », le déradicalisé répond en tortillant du popotin : « Je préfère éviter les étiquettes. Je me suis toujours expliqué sur ce que je pensais, ce n’est pas un mystère. Mais les lois raciales, l’antisémitisme et le soutien au nazisme me font frémir. »

Du coup, Gianluca Iannone, chef du mouvement néofasciste CasaPound, enrage : « Il est triste que quelqu’un renie jusqu’à ses tatouages. Les supporters de la Lazio se sont chargés de lui dire ses quatre vérités. » Ça promet ! On espère cependant que les représailles des tifosi mussoliniens contre le renégat Di Canio resteront verbales et qu’aucun supporter n’essayera d’avoir sa peau.[/access]

Audiovisuel: Rendez le Service public au public!

La façade de l'immeuble de France Télévisions à Paris, décembre 2008. SIPA. 00563532_000051

À l’initiative de notre ami Gilles-William Goldnadel, une pétition pour le pluralisme dans le Service public de l’audiovisuel est lancée aujourd’hui. À Causeur où règne parfois l’hyper-démocratie (ce qui signifie que chacun a le droit à ses petites délicatesses idéologiques), nous avons opté pour l’élégante formule du soutien sans participation. Grâce à cette trouvaille casuistique des socialistes d’antan, nous adhérons pleinement à l’objectif de la pétition sans en assumer toutes les formulations. Ou en y apportant ce codicille : l’exigence de pluralisme n’est pas l’apanage d’un camp politique, la preuve, c’est que même des gens de gauche trouvent France Inter insupportable. Ne les décourageons pas de mener ce combat. Cela dit, trêve de chichis. Moi je signe !

Elisabeth Lévy

Eux-mêmes en conviennent : les journalistes ont mauvaise presse.

Une majorité de gens sont désormais exaspérés par l’information convenue et c’est ce qui explique le succès de l’information parallèle pas forcément convenable.

Curieusement, les journalistes dont c’est en principe le métier, n’ont pas la curiosité élémentaire de rechercher les raisons de l’exaspération.

Pour leur faire gagner du temps, nous leur dirons que celle-ci trouve sa source principale dans le moralisme prêchi-prêcha et l’occultation d’une partie de la réalité dérangeante.

Dans ce cadre révulsif, la palme ne saurait être disputée âprement à l’audiovisuel de service public de l’information français.

Les responsables de celui-ci ne se donnent même pas la peine de contester que la sensibilité de gauche y est majoritaire, tant la chose leur paraît naturelle.

Ils n’y trouvent rien de honteux ni de critiquable. Ils ne s’en cachent pas. C’est ainsi que très récemment, la préposée à la revue de presse de France Inter trouvait très gratifiant de citer le journal l’Humanité qui considérait que l’ensemble des humoristes de la radio active bien à gauche sauvaient l’honneur de l’antenne.

C’est ainsi encore, que la présidente très antiraciste de France Télévisions trouvait bienséant et nullement raciste de regretter qu’il y ait trop de blancs à la télévision.

C’est ainsi enfin que le président très distingué de Radio France décrétait tranquillement que la mission du service public était de combattre « le populisme »…

Le sentiment d’impunité paisible qui prévaut provient largement de la résignation du monde politique intellectuel, fût-il d’opposition, à la pensée médiatique gauchisante ou multiculturaliste.

Il considère une mauvaise fois pour toutes que l’audiovisuel du service public est un territoire occupé définitivement par la gauche et son extrémité.

En conséquence, la charte professionnelle qui le régit et qui impose à ses serviteurs le respect de la neutralité du pluralisme est devenu une simple et risible clause de style.

De la même manière, la gabegie financière qui y règne, et qui est chaque année rituellement autant que platoniquement dénoncée par la Cour des Comptes fait l’objet de la même obséquieuse résignation à ranger précautionneusement dans le magasin de faïences du privilège des permanents du spectacle audiovisuel.

Certains cependant, dont nous sommes, n’acceptent pas cette molle démission. Ils savent qu’elle est la source du politiquement correct comme du terrorisme intellectuel qui auront pratiquement détruit les structures sociales, sociétales et culturelles du pays.

Ils n’acceptent pas qu’en tant que copropriétaires de ce moyen d’information national, astreints au paiement d’une redevance fiscale, une majorité de Français soit exclus par une minorité d’un territoire culturel stratégique de la république.

Ils pensent que le scandale réside précisément dans le fait qu’il n’y ait pas scandale.

L’affaire est d’autant plus affligeante qu’il existe au sein du service public audiovisuel des gens de qualité qui ont à cœur de faire un travail qui leur ressemble. Nous ne voulons certainement pas les chasser, ce ne sont pas des sorciers, nous demandons seulement qu’ils s’ouvrent à d’autres esprits ouverts et qu’ils veuillent bien faire voir d’autres regards.

Un Collectif des Usagers du Service Public de l’Information met en ligne aujourd’hui sur change.org une pétition qui dénonce cette mainmise liberticide par une idéologie jalouse autant qu’intolérante.

Causeur, parmi d’autres médias libres et libérés a décidé d’en promouvoir largement la diffusion. Adhérez en masse à ce mouvement citoyen, pour employer cette expression trop longtemps dévoyée.

Le combat pour le pluralisme dans l’information de service public est un combat existentiel.

Lynchage de Fillon: la France est-elle encore une démocratie?

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Affiche de campagne de François Fillon, Conde-sur-Vesgre, janvier 2017. SIPA. 00788995_000005

Jusqu’à une date récente, le lynchage médiatique était plutôt une spécialité anglo-saxonne. La presse française pouvait s’honorer d’être plus mesurée et plus équilibrée que ses consœurs britanniques ou américaines. Mais l’arrivée d’Internet, des réseaux sociaux, des chaînes d’informations permanentes, a bouleversé le paysage médiatique partout dans le monde. La France n’y échappe pas.

Il est stupéfiant de constater la façon dont certaines des allégations sorties par Le Canard enchaîné et Médiapart sont reprises en boucle par presque tous les médias. Ces affirmations sont totalement à charge et peu de rédactions osent donner des arguments à décharge, alors que ceux-ci existent et sont d’importance. Il est encore plus stupéfiant de constater que la justice s’est emparée de cette affaire alors que rien ne justifie qu’elle le fasse.

Quelles sont les accusations formulées ? François Fillon aurait employé son épouse et deux de ses enfants au cours de ses mandats successifs de député puis de sénateur. Et ces emplois ne seraient pas réels mais fictifs.

Collaborateur parlementaire, tout un métier

Quels sont les journalistes qui ont étudié la loi concernant le statut et les fonctions des collaborateurs parlementaires ? Quels sont les journalistes qui ont rapporté à leurs lecteurs ces éléments de base permettant de se faire une opinion éclairée sur les allégations formulées par les accusateurs ? Quasiment aucun ! Ce qui montre la partialité de la majorité des organes de presse et leur absence éhontée de déontologie !

Alors rappelons la loi telle qu’elle existe. Chaque député dispose d’un crédit mensuel forfaitaire de 9.561 € lui permettant de recruter et rémunérer jusqu’à cinq collaborateurs. Quant au sénateur, il dispose d’un crédit de 7.593 € pour la rémunération, lui aussi, d’un maximum de cinq collaborateurs. Pour la simplicité du propos, je me limite ci-après au seul cas des députés.

A lire aussi >> Un ex-attaché parlementaire parle: pourquoi les Fillon ne méritent pas le pilori

Chacun des députés a la qualité d’employeur. Le collaborateur est le salarié du député, non celui de l’Assemblée nationale. Les collaborateurs sont recrutés sur la base d’un contrat de travail de droit privé. Le député recrute librement ses collaborateurs, licencie, fixe les conditions de travail et le salaire de son personnel, dans le respect des dispositions du code du travail. Les contrats de travail comportent deux stipulations directement liées au mode de gestion du crédit collaborateur. La première, relative à l’objet du contrat, dispose que « le député-employeur, agissant pour son compte personnel, engage le salarié qui lui est juridiquement et directement subordonné et a toute sa confiance pour l’assister dans l’exercice de son mandat parlementaire ». La seconde précise que « la cessation, pour quelque cause que ce soit, du mandat du député-employeur constitue une juste cause de rupture automatique du contrat ». Depuis 1978, des indemnités de fin de contrat, financées par l’Assemblée nationale,  sont allouées aux collaborateurs en cas de cessation du mandat du député-employeur (ce qui justifie les indemnités – qualifiées de « licenciement » par le Canard enchaîné – perçues deux fois par Pénélope Fillon).

La fiction des emplois fictifs

Certains prétendent qu’il s’agirait d’emplois fictifs. Dès lors que les contrats de travail et les feuilles de paie existent en bonne et due forme – ce qui semble être le cas – il ne peut pas y avoir emploi fictif puisque la seule personne à pouvoir juger et contrôler le contenu et la valeur du travail effectué est le parlementaire lui-même. Imagine-t-on la justice intervenir dans une entreprise pour vérifier la réalité du travail d’un de ses salariés ? Seul l’employeur a qualité pour le faire.

On reproche à François Fillon de ne pas apporter de preuves du travail réel effectué par Pénélope. Peut-être en a-t-il d’ailleurs fourni à la justice. Mais en tout état de cause, comment prouver qu’on a préparé un discours du député, qu’on l’a corrigé à plusieurs reprises, qu’on a préparé les réponses aux nombreux courriers des administrés, qu’on a mené un travail de réflexion ou de recherche sur un sujet donné ?

La façon dont les médias ont traité cette affaire est assez exceptionnelle. Les accusations à l’encontre de François et Pénélope Fillon ont monopolisé depuis plus de deux semaines la quasi-totalité de l’information en France. Paul Valéry affirmait à juste titre : « Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion ». Jamais ces paroles n’ont été aussi vraies. A tel point que même les plus ardents supporters de François Fillon se sont mis à douter de son honnêteté. Et l’information est devenue un feuilleton quotidien, chacun cherchant à justifier les propos de Samuel Butler, cet écrivain britannique du XIXe siècle : « Le meilleur menteur est celui qui fait servir le même mensonge le plus longtemps possible ».

L’opinion sous influence

Pourquoi cette affaire sort-elle précisément en janvier 2017 alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années ? Pourquoi la justice s’en empare-t-elle avec une telle diligence ? Quel objectif cherchent à atteindre ceux qui ont manipulé et fabriqué l’opinion, ceux qui l’ont mise sous tutelle ?

La réponse est évidente. Dans un premier temps, il s’agit de faire baisser François Fillon dans les sondages et dans les intentions de vote pour arriver au constat que le candidat de la droite et du centre ne sera pas qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. L’objectif suivant étant de l’obliger, sous la pression des mauvais sondages, à renoncer à se présenter à l’élection pour laisser le champ libre au duel rêvé par les médias – entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (ce dernier est d’ailleurs une pure fabrication du système médiatique). Dès que l’objectif sera atteint, la presse cessera de s’intéresser au cas de François Fillon. Le « PénélopeGate » disparaîtra immédiatement des radars médiatiques.

Concernant la justice, notons que c’est le parquet national financier (PNF) qui s’est autosaisi de l’affaire, 24 heures seulement après les révélations du Canard enchaîné. Le PNF, présenté comme « autonome », a été installé par le gouvernement socialiste le 6 décembre 2013, et son procureur, la magistrate Éliane Houlette – une proche de Ségolène Royal – a été choisie et nommée à la discrétion de François Hollande.

La démocratie confisquée

François Fillon risque d’être la dernière victime en date de cette presse uniquement motivée par la réussite des lynchages médiatiques qu’elle met en œuvre. Dans la série des assassinats politiques, il succédera ainsi à Jacques Chaban-Delmas (l’affaire de sa feuille de paye et de l’avoir fiscal), à Valéry Giscard d’Estaing (l’affaire des diamants de Bokassa), à Pierre Bérégovoy (l’affaire de son prêt à taux zéro qui le conduira au suicide), mais aussi à Dominique Baudis, Michèle Alliot-Marie ou Nicolas Sarkozy.

À propos de l’action du PNF dans l’affaire Fillon, un ancien juge interrogé par Valeurs actuelles dénonce une « très belle opération de déstabilisation » et « un coup d’État de droit ! ». Il ajoute : « Ces officines pensent qu’elles peuvent disqualifier un candidat à la présidentielle, c’est extrêmement choquant. » Dans le même journal, un ancien ministre s’indigne : « Pour la première fois dans l’histoire dela Ve République, on a créé un “cabinet noir légal” au service de l’exécutif. »

La question est désormais simple : sommes-nous en train de glisser vers une dictature des médias et des juges, auquel cas la démocratie représentative serait en grand danger ! Notre démocratie, qui donne au peuple le pouvoir ultime, va-t-elle être confisquée par ceux qui se prétendent être ses défenseurs, à savoir les juges et les médias ?

Quatre millions et demi de Français se sont déplacés au mois de novembre dernier pour désigner – à une très large majorité – François Fillon comme candidat de la droite et du centre à la prochaine élection présidentielle. Ils ont voté pour un programme et ils ont voté pour l’homme en capacité de le mener à bien. Si cet homme devait se trouver dans l’impossibilité de poursuivre sa candidature, le peuple français vivrait alors un véritable déni de démocratie.

Le risque, après toute cette affaire, c’est de faire le jeu de Marine Le Pen au second tour de l’élection, en amenant tous les électeurs qui se seront fait confisquer leur élection par le retrait forcé de François Fillon, à voter en masse pour elle. Dès lors, bonjour le destin de la France !

La France FN pour les nuls

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Partisans du Front national à Lyon, novembre 2014. SIPA. 00698998_000024

Si Pierre Rosanvallon a raison et que nous entrons dans un « moment populiste », moment qui serait de son point de vue un événement historique majeur, d’un niveau comparable à la chute du Mur de Berlin, alors comprendre ce qui motive l’électorat de l’un des partis politiques français considéré comme « populiste » n’est pas anodin. Le mot populisme est un mot outrageusement présent dans le débat public et reste cependant souvent flou. Pour parler de parti politique populiste, il faut évacuer le sens négatif de ce mot, synonyme de « démagogique ». Dans l’atmosphère « populiste » actuelle, le mot signifie plutôt « redonner le pouvoir au peuple », un pouvoir confisqué par ce que Zygmunt Bauman et Jean-Pierre Chevènement nommaient « les élites mondialisées ». Une confiscation dont les conséquences sur la vie concrète des populations, du peuple, sont catastrophiques, et expliquent largement les ressorts du vote Front national en France.

La France « moisie », des gens sympa

C’est sur ce premier point que le livre coordonné par Willy Pelletier et Gérard Mauger est intéressant. Il l’est aussi du fait de l’origine affirmée des deux architectes de l’opus. Pelletier et Mauger viennent de la gauche radicale et ont de nombreuses années de militantisme « antiraciste », « antifa » et anti-FN au compteur. Jusqu’au jour où quittant Paris et ses amis du cocon feutré de la lutte « antifa » bobo (Pelletier explique cela très bien, à son propre sujet), Willy Pelletier se retrouve en province, dans la fameuse « France moisie », se fait des amis, dont des voisins avec qui il s’entend fort bien. Mais il découvre que ces amis sont électeurs récurrents du FN… tout en n’étant ni des néo-nazis tendant allègrement le bras ni des gros cons. C’est tout un imaginaire concernant le FN qui s’écroule, dans la tête du militant anti-FN formé depuis le lycée par la propagande bobo-parisienne touche-pas-à-mon-potiste.

L’électeur et le militant du FN ne sont pas nécessairement des beaufs racistes, homophobes, illettrés, machistes, xénophobes tentés par le fascisme. Il se peut même, les enquêteurs le montrent, que ces électeurs soient des gens normaux, des gens bien. L’électeur FN n’est pas, sociologiquement parlant, cet individu « moisi » qui peuple le cerveau d’un BHL. Cette découverte (« il est temps », se dira-t-on avec justesse) conduit à une prise de conscience : « l’antifascisme » parisiano-bobo est un racisme à l’envers, un « racisme de classe qui s’ignore » tout en prétendant lutter contre le racisme (ou supposé tel), écrivent Pelletier et Mauger.

Le vote FN, conséquence de toutes les trahisons de la gauche

L’ouvrage reconnaît ainsi ce que nombre d’analystes, à commencer par Causeur, tentent d’expliquer aux « antifas », et de là à une grande partie de la gauche, depuis des années : que leur vision du monde, liée à une obsession quasi maladive du FN, a développé une « tolérance intolérante » et même souvent totalitaire. Dénonçant pour un oui ou pour un non les « beaufs racistes votant FN », usant d’un vocabulaire épidémiologique (la fameuse contagion des idées devenue « lepénisation » des esprits, causée en particulier par les intellectuels et journalistes prétendument néo-réacs), le monde de l’antifascisme auto-proclamé en est venu à diaboliser le peuple qu’il prétendait défendre et a ainsi contribué au projet de construction d’un peuple nouveau, celui des immigrés devenant le nouveau prolétariat à défendre (aspect analysé par ailleurs par Mathieu Bock-Côté, dans son important essai Le multiculturalisme comme religion politique, éditions du Cerf).

Ces aspects fondamentaux de l’ouvrage s’appuient sur des enquêtes précises de terrain remettant en cause bien des idées reçues sur les répartitions géographiques et sociales du vote FN, par exemple, mais aussi sur les raisons pour lesquelles les individus électeurs votent FN, raisons qui sont finalement bien plus populistes que racistes ou xénophobes. Le vote FN, c’est celui de la France qui souffre. Le vote FN, en particulier chez les moins de 50 ans, c’est le vote des électeurs qui autrefois se serait porté sur la gauche populaire. Autrement dit, le vote FN c’est le résultat de toutes les trahisons de toutes les gauches et de tous les libéralismes, le résultat du projet politique et économique des « élites mondialisées » et de sa conséquence dramatique : l’exclusion hors de la société de pans entier d’êtres humains. On le voit, les programmes politiques défendus actuellement en vue des élections présidentielles, quels que soient les camps, sont bien loin du réel qui mine les fondements même de la société française.

L’antifascisme ne passera pas

De ces enquêtes découle un constat : si la diabolisation nasillarde du FN depuis plus de trente ans a échoué à faire reculer le parti de Marine Le Pen et si cette diabolisation n’est pas parvenue à faire fuir l’électorat populaire, tout en le maintenant à gauche, n’est-ce pas que toute la stratégie « antifa » est erronée ? Autrement dit : les critiques portées depuis des lustres contre les défauts des analyses « antifa », sur leur caractère contre-productif, et sur leur intolérance de plus en plus étouffante, de l’avis de Willy Pelletier, ne seraient-elles pas justifiées ? C’est la raison d’être de ce livre collectif issu de journées d’études de la Fondation Copernic : appréhender, depuis la gauche radicale qui avait pris la fâcheuse habitude de réduire ad hitlerum l’électeur FN, les ressorts réels, sociaux, économiques et concrets, du vote populaire en faveur du FN, et donc indirectement les ressorts de la montée du populisme mariniste en France.

Cet aspect « prise de conscience » issu des milieux  « antifas », selon laquelle le vote FN n’est pas nécessairement un vote d’extrême droite ou « fasciste », est une vraie nouveauté — d’autant que cela s’adresse en particulier aux milieux d’où sont issus les maîtres d’œuvre du livre. Composé d’une série d’études proposées par des analystes divers, le volume est naturellement inégal mais pertinent et passionnant dans son ensemble. D’autant qu’il s’agit avant tout d’une enquête sociologique de terrain, et non de travaux de laboratoires universitaires, fondée sur des rencontres avec des « vrais gens », ce qui est aussi une nouveauté dans les milieux de la gauche radicale. Les classes populaires et le FN, tout en conduisant à mettre à jour sa propre sociologie du vote FN et populiste en France, permet à son lecteur de comprendre ce que Willy Pelletier nomme à juste titre « l’impasse militante » antifa. Gageons que si ce livre est lu, en particulier au sein des gauches radicales, une certaine finesse d’analyse politique moins idéologiquement totalisante pourrait émerger dans ces milieux devenus des étouffoirs de la pensée critique libre.


S’il ressuscite, Fillon fera-t-il la chasse aux pédagos?

François Fillon Elections présidentielles école Education nationale
François Fillon

Alors que les candidats à la primaire socialiste, interrogés sur la façon de résoudre la crise de l’école, rivalisaient dans le « plus-de-moyens » pour résoudre la crise de l’école, beaucoup placent sans doute leurs espoirs en ce domaine en François Fillon. Ils pourraient bien être déçus.

En novembre, lors du dernier débat avant le premier tour de la primaire de la droite, quelques oreilles avaient dû siffler au ministère de l’Éducation nationale quand le candidat Fillon avait évoqué la « caste des pédagos ». L’ancien ministre de l’Éducation n’y était pas allé de main morte : « L’échec de l’école est lié à l’échec de l’apprentissage des fondamentaux. Ce n’est pas la faute des enseignants. C’est la faute d’une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants et qui ont pris en otage nos enfants au nom d’une idéologie égalitariste. »


Education nationale : Fillon dénonce une « caste… par Europe1fr

Le traumatisé de la Rue de Grenelle

C’est que Fillon est un traumatisé de la Rue de Grenelle. Nommé par Jacques Chirac à l’Éducation nationale, celui qui a été le plus jeune président de la commission de défense de l’Assemblée prend le chemin de l’école à reculons. Il restera ministre de l’Éducation nationale de mars 2004 à mai 2005. Le temps, selon Carole Barjon, auteur de Mais qui sont les assassins de l’école ?, de mesurer l’étendue des dégâts : « À la fin du mois d’août 2004, [access capability= »lire_inedits »]François Fillon rentre de vacances. Préoccupé. Pendant l’été il a rencontré beaucoup de monde. Tous ceux qu’il a vus l’ont alerté sur le niveau des jeunes collégiens. “Ils ne savent plus lire et écrire”, constate-t-il. » Le ministre affiche alors un seul objectif : renforcer la maîtrise du français en multipliant les exercices personnels, rédactions et récitations, ainsi qu’en instaurant le retour de la dictée dès la sixième. L’initiative – heureuse – fait évidemment débat : au ministère, verrouillé par les pédagos, certains préfèrent l’idée d’adapter l’orthographe au niveau des élèves. Le Monde s’engage dans l’une des chasses au réac qu’il affectionne : « De Fillon à M6, la nostalgie d’un ordre scolaire disparu », annonce-t-il le 15 septembre 2004. Dans Libé, un spécialiste en psychologie cognitive réclame, sérieusement, « un assentiment de toute la société » – pas moins ! – avant d’infliger à nouveau des dictées aux élèves.

Jamais Fillon ne parviendra à imposer ses vues. Aujourd’hui, dans son programme, le champion de la droite critique vertement les réformes de ses successeurs mais il élargit le cercle des responsabilités au-delà des pédagos. Selon lui, si les réformes « n’ont pas abouti aux effets escomptés », c’est parce qu’« elles se sont heurtées aux rigidités d’un des systèmes les plus lourds et les plus centralisés au monde ».

Parmi les noms qui circulent déjà pour le futur locataire de la Rue de Grenelle, figurent Annie Genevard ou encore Patrick Hetzel, deux farouches opposants à la réforme du collège. En juin 2016, ce dernier s’était livré sur son blog à une critique sévère de la faiblesse des socialistes sur les questions éducatives et les « ravages du pédagogisme » : « Jules Ferry, dans sa fameuse lettre aux enseignants, avait parfaitement compris que la personne qui était et qui devait rester au centre du système éducatif n’était pas l’élève mais le maître. Au lieu de rompre avec le pédagogisme, la gauche au pouvoir l’a magnifié. »

L’école, antichambre de l’entreprise

Mais la médaille conservatrice possède son revers libéral qui semble avoir échappé même à l’acuité d’Alain Finkielkraut.

L’école de Fillon sera recentrée sur les fondamentaux de sorte qu’à 15 ans, tous les élèves maîtriseront le « socle commun » de connaissances. Voté en 2005, et révisé récemment, ce « socle commun » souvent présenté comme le grand œuvre de François Fillon, ne fait que répondre aux injonctions de la stratégie de Lisbonne qui somme les pays de l’Union européenne de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Le socle commun évacue toute référence à des contenus disciplinaires en privilégiant une approche par compétences directement inspirée du monde de l’entreprise en vue d’optimiser « l’employabilité » de l’élève. L’éducation est ainsi d’abord un service rendu au monde économique dans lequel l’entreprise est placée au centre du système éducatif !

Fillon est aussi favorable à une forte autonomie des établissements, rouage essentiel à la libéralisation déjà engagée du système scolaire, aux stages en entreprise pour développer chez les élèves le « goût de l‘entreprise », aux regroupements disciplinaires et à la polyvalence des enseignants. Il s’inspire là d’un rapport de la Cour des comptes de 2013 qui estime que la spécialisation disciplinaire impose une gestion trop complexe. Des profs multi-tâches pour simplifier le système, un bac « simplifié » – c’est une école toute en « simplification » que François Fillon entend fonder.

De l’écrit à l’écran

De même, ce n’est pas le libéral conservateur Fillon, grand partisan de l’école numérique, qui inventera « l’école sans écran ». Au contraire, sur ce point il entend bien faire passer les élèves « de l’écrit à l’écran » : « Au cours des cinq prochaines années, au moins 25 % des manuels scolaires devront passer au format digital. La réallocation d’une partie du budget des manuels scolaires papier (1350 millions d’euros annuels) permettra de lancer un programme d’achat de contenus pédagogiques numériques. Un marché sera ainsi créé pour les start-up françaises du secteur », déclarait-il en avril 2015 devant les étudiants de l’école Telecom ParisTech. On aimerait comprendre comment cette volonté de faire de l ’école la pointe avancée de l’innovation numérique peut aller de pair avec celle de la concentrer sur les savoirs fondamentaux. Au moment où Microsoft se livre à une drague intensive de l’Éducation nationale, il faudrait libérer l’école des écrans, et on dirait que Fillon entend plutôt la libérer des professeurs – plus remuants, certes, que des ordinateurs.

Il est vrai que, sous couvert de modernité et d’efficacité, l’opération permettrait à François Fillon de résoudre l’équation complexe qu’il s’est imposée : supprimer 500 000 postes de fonctionnaires. Sur la réduction qui touchera l’Éducation nationale, c’est le grand flou : « Il ne le dit pas aujourd’hui. […] Il y aura des arbitrages le moment venu. Nous nous réservons l’explication détaillée du programme pour la campagne présidentielle », a expliqué Patrick Hetzel à Acteurs publics. Certes, la qualité de l’école ne se mesure pas au nombre de postes. Reste que François Fillon a supprimé, avec Nicolas Sarkozy, 80 000 postes d’enseignants entre 2007 et 2012. Aura-t-il la main encore plus lourde ?

On peut donc au moins se demander si le conservatisme de François Fillon n’est pas fait de purs symboles que viendront balayer de grandes vagues libérales. En tout cas, il ne pourra rester très longtemps dans le flou : entre l’école de la République et celle des managers, il devra choisir.


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Antiterrorisme: le piège de l’Opération Sentinelle

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Un soldat de l'Opération Sentinelle en faction au Louvre. Sipa. Numéro de reportage : 00786786_000005.

L’opération Sentinelle n’augmente pas la sécurité des Français, elle la réduit. On peut raisonnablement estimer en effet que les 700 millions d’euros qui ont été dépensés pour engager des militaires dans les rues de France depuis 1986 auraient été bien plus efficaces investis ailleurs, au profit du renseignement intérieur par exemple. On peut penser également que les millions de journées d’engagement de nos soldats, l’équivalent de l’engagement en Afghanistan, aurait été plus utiles ailleurs, à l’entraînement par exemple ou sur d’autres théâtres d’opérations, où par ailleurs il aurait été infiniment plus probable de combattre des combattants ennemis. En justifiant l’arrêt de suppressions d’effectifs qui était en train d’étrangler silencieusement notre armée, l’opération Sentinelle a certes sauvé un temps notre capital humain militaire mais au prix d’une autre forme d’affaiblissement, plus lente, plus diffuse mais tout aussi réelle par réduction de la formation et l’usure des soldats.

Tous les soldats de Sentinelle ne se valent pas

Engagée au milieu des populations, une force armée est soumise au principe de « qualité totale ». Quand un homme porte sur lui de quoi tuer des dizaines de personnes, son comportement doit être exemplaire, totalement exemplaire même, puisque la moindre erreur peut avoir des conséquences terribles. Mais comme les soldats sont humains, la probabilité de cette erreur n’est jamais nulle et elle devient même non négligeable lorsqu’on la multiplie par plusieurs milliers. Statistiquement, il est impossible sur la longue durée d’empêcher les maladresses de manipulation ou les mauvaises réactions aux 5 agressions quotidiennes, verbales et parfois physiques, contre les soldats de Sentinelle en Île de France qu’évoque Elie Tenenbaum dans son étude, La Sentinelle égarée. Statistiquement, on ne peut pas éviter aussi les vols d’armes, comme les deux Famas (et munitions) dérobés le 2 février, à une patrouille qui revenait dans sa garnison d’origine. Placées entre des mains malfaisantes, ces deux armes peuvent, à elles seules, être à l’occasion de dégâts très supérieurs à tous les effets positifs que l’on aurait pu attendre de Sentinelle. En résumé, nos soldats sont bien formés et dans l’immense majorité des cas, ils se comporteront remarquablement. Il suffit cependant d’une seule défaillance pour provoquer une catastrophe, et avec la dégradation de notre capital humain la probabilité de cette défaillance s’accroît forcément.
Ajoutons, ce qui n’est jamais évoqué, que si pour les passants, tous les soldats de Sentinelle se ressemblent, il existe en réalité de très grandes différences de compétences entre eux. Le combat est chose complexe et bien plus psychologiquement que techniquement. Si tous nos soldats sont bien formés à l’usage des armes individuelles, au moins les fusils d’assaut, il y a forcément un décalage important entre une jeune recrue d’une spécialité de soutien et un fantassin vétéran. Dès lors qu’il s’agit d’aller au-delà de la simple autodéfense face à un individu isolé, entre un groupe de combat ad hoc de mécaniciens ou de transmetteurs et un groupe de combat organique et expérimenté d’infanterie, ce décalage est encore plus flagrant. Mener des combats rapprochés urbains au milieu des populations constitue le cœur de métier d’une section d’infanterie mais pas forcément celui des autres. Tous nos soldats peuvent constituer d’excellents et très coûteux vigiles, une minorité d’entre eux peuvent constituer des unités d’intervention (mais ils ne sont pas utilisés comme tels puisque dispersés).

Aucun attentat empêché par les militaires

Si on examine maintenant le bilan réel de l’engagement de militaires sur le territoire métropolitain depuis octobre 1995, date à partir de laquelle la présence militaire a été permanente, on constate que strictement aucun attentat, de quelque origine qu’il soit, n’a jamais pu être empêché par cette même présence. Peut-être que certains ont été dissuadés par elle mais on ne dispose, à ma connaissance, d’aucun témoignage dans ce sens en plus de vingt ans. Les seuls terroristes que les soldats ont finalement neutralisés sont ceux qui les ont attaqués, comme à Nice le 3 février 2015, à Valence le 1er janvier 2016 et donc le 3 février dernier à Paris, au Carrousel du Louvres. On saluera, le professionnalisme dont ont fait preuve nos soldats à chaque fois, n’hésitant pas à accepter des risques supplémentaires et maîtrisant parfaitement l’emploi de leurs armes pour éviter de blesser des innocents, mais on remarquera aussi l’incohérence dans laquelle on les à placés.

On notera d’abord, détail technique mais qui peut avoir son importance, combien la munition utilisée, la 5,56 à faible capacité d’arrêt et capable de rebondir sur les murs est délicate d’emploi dans ce contexte. Au Louvre, il aura fallu tirer plusieurs fois à bout portant pour arrêter l’agresseur, ce qui aurait pu avoir des conséquences graves, sur le soldat attaqué lui-même qui aurait pu être frappé à nouveau, et sur l’environnement, chaque coup tiré accroissant la probabilité de toucher aussi un camarade ou un civil (le seul cas à ce jour est une blessure par ricochet de balle 5,56 mm). Cette faiblesse de la munition est connue depuis des dizaines d’années, il faudrait probablement combiner l’emploi de Famas avec d’autres armes à plus forte puissance d’arrêt. Comme l’équipement de combat rapproché n’a jamais été une priorité stratégique en France, le problème demeure.On notera aussi bien sûr et surtout, que dans les trois cas cités, les soldats ont été surpris par l’attaque et qu’ils l’ont emporté grâce à leur sang-froid et armement très supérieur à celui des agresseurs. Ceci est un point clé : celui qui veut attaquer des soldats, parfaitement visibles alors que lui-même est anonyme, aura presque toujours l’initiative. Le remplacement des postes fixes, en « pots de fleurs », par des patrouilles mobiles a un peu réduit cette faiblesse mais comme il est de toute façon interdit aux militaires d’interpeller et contrôler qui que ce soit, celui qui veux attaquer des militaires en trouvera toujours et pourra dans la quasi-totalité des cas agir le premier. Pour peu qu’il dispose, non pas d’un couteau ou d’une machette, mais d’armes à feux, comme Mohammed Merah en mars 2012, et la parade devient beaucoup plus difficile. On peut toujours compter sur sa maladresse mais comme l’agresseur ne cherche pas forcément à fuir et à échapper à la riposte, il lui est possible de s’approcher plus près de sa cible et accroître ainsi sa probabilité de coup de but.

L’opération Sentinelle est en réalité soumise à une contradiction. Une patrouille de soldats est la preuve visible que le gouvernement « fait quelque chose » mais que ce quelque chose soit efficace est une autre question. De fait, on l’a vu, ce n’est pas efficace pour arrêter les attentats, et il n’est même pas sûr que cela ait l’effet anxiolytique tant vanté (il se peut même que cela ait aussi l’effet inverse). Pour être tactiquement un peu plus efficace dans une mission de protection de la population française, il faudrait en réalité que les soldats soient discrets et aient la capacité d’interpeller et contrôler, qu’ils soient en fait des policiers en civil. Les soldats ne sont pas des policiers et il ne faut évidemment pas qu’ils le soient. Quel est alors l’intérêt de mettre des soldats dans les rues ?

Employons nos soldats comme soldats

On pourra arguer, et cela a été le cas après l’attaque du Louvre, qu’ils ont fait barrage à une attaque de civils, en oubliant que si quelqu’un veut attaquer des groupes de civils hors de présence de soldats, il n’a que l’embarras du choix. Les soldats du 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Carrousel du Louvre ont, très probablement, été attaqués parce qu’ils étaient là et que s’ils ne l’avaient pas été, c’est une autre patrouille qui aurait été attaquée et non des civils dans le cadre de ce que les agresseurs islamistes considèrent comme un affrontement entre combattants. Comme pour les policiers attaqués à la Goutte d’or en janvier 2016 ou le double-meurtre de juin 2016 à Magnanville, il s’agit aussi de s’en prendre aux forces de sécurité de l’Etat. On pourra considérer, argument ultime mais en réalité très hypothétique, que ces hommes et ces femmes servent de « paratonnerres » et qu’il vaut mieux que ce soit eux, préparés et armés, qui servent de cibles plutôt que des civils impuissants. Certains vont quand même plus loin, en faisant de nos soldats des « pièges » à djihadistes, un peu de la même façon que l’on créait des bases dans le Haut-Tonkin pour attirer une armée Viet-Minh insaisissable autrement. Dans ce cas, il faut constater que le bilan comptable de Sentinelle est quand même plutôt maigre. Il serait infiniment plus élevé si on employait nos soldats comme des soldats c’est-à-dire en les lançant directement sur l’ennemi au lieu de les utiliser simplement comme cibles. Surtout, pour reprendre l’exemple indochinois où les choses se sont plutôt mal terminées, ce genre de stratégie est, employée seule, forcément destinée à échouer. Lorsque nos ennemis réussiront à tuer un puis plusieurs soldats de Sentinelle, après les avoir été attaqués uniquement parce qu’ils étaient soldats, pérorera-t-on encore que cela prouve justement l’efficacité et l’intérêt de l’opération ? Il hélas est probable que oui, l’inverse étant un aveu d’une mauvaise décision. Encore une fois, si on fait le choix d’augmenter la densité de protection de la population, c’est-à-dire concrètement avoir une masse critique d’hommes et de femmes armés au milieu de la population, ce n’est pas l’engagement de quelques milliers de soldats très visibles qui changera grand chose mais un accroissement de la quantité et de la qualité de présence policière ainsi que, et peut-être surtout, de l’élargissement de l’autorisation de port d’armes à toute la population légitime et compétente pour en faire un usage efficace. Les soldats, et particulièrement les unités d’infanterie, seront sans doute bien utile en unité d’intervention. Il y avait auparavant une section en « disponibilité opérationnelle », prête à intervenir immédiatement jour et nuit, pourquoi ne pas réactiver ce système ainsi que des postes de commandement en alerte ? Il n’y a pas (encore) dans l’armée de syndicats pour trouver cela intolérable et cela sera sans doute plus utile que Sentinelle.

Sentinelle est effectivement un piège mais pour nous. Sauf un improbable courage intellectuel et politique de l’exécutif en place, il faudra probablement attendre un gouvernement avec un peu de hauteur et une vraie vision stratégique avant d’en sortir.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site du Colonel Michel Goya.

Le système Macron est en marche

Caricatures géantes des candidats à la présidentielle en préparation pour le carnaval de Nice, janvier 2017. SIPA. 00790880_000012

Eh bien voilà, ça n’a pas été long. Le dossier de l’enquête préliminaire dans l’affaire Fillon est déjà à la disposition du Monde. Et ce en violation des lois sur le secret professionnel et le secret de l’enquête. Violation pour laquelle il n’y aura jamais, et comme d’habitude, la moindre investigation. La loi sous François Hollande et ses amis serait-elle à géométrie variable ? J’avais écrit la semaine dernière que les gazettes amies seraient dûment alimentées en pièces du dossier. Nous y sommes, et il faut relever la maîtrise et la rigueur avec laquelle les services concernés accomplissent leur mission…

 

A qui profite le crime Fillon?

L’offensive médiatico-politique contre François Fillon mérite bien la qualification « d’assassinat politique ». Dans le Code pénal, l’assassinat est le meurtre avec préméditation. Voir dans ce qui arrive au candidat de la droite une génération spontanée, ou le fruit du hasard serait parfaitement grotesque. La préparation de longue main saute aux yeux, même si une fois lancé, le phénomène s’auto-alimente. Certaines informations sur la façon dont tout ceci a été concocté commencent à filtrer et donnent corps à ce qui est désormais plus qu’une hypothèse. Il faut certes reconnaître qu’avec son passif et sa faiblesse dans le combat, François Fillon a fourni toutes les verges pour se faire battre et donné envie à ses amis de le débrancher. À sa décharge, disons qu’il avait affaire à forte partie.

Ce qui renforce la thèse d’une opération préparée, c’est la déduction habituelle de l’enquêteur à partir de la réponse à la question « à qui profite le crime ? ». Après le nouveau show du télévangéliste Macron à Lyon, on pourrait penser que celui-ci serait à la manœuvre, utilisant informations et réseaux constitués lors de son passage à Bercy. Malheureusement c’est pire que ça. Le scénario initial était de porter Juppé à l’Élysée et Macron à Matignon. Raté, malgré le déplacement de 600 000 électeurs de « gauche » à la primaire de droite.

Alors il a fallu se rabattre sur une savonnette politique dont le lancement s’est opéré en utilisant toute la puissance et les codes de communication du système. Inutile de revenir en détail sur la propagande furieuse dont il a bénéficié dans tous les médias nationaux, cela relève plus que de l’évidence. On nous a fabriqué à partir de rien une fausse vedette, à la culture et à l’intelligence soi-disant supérieures, qui fut pourtant un très médiocre ministre, et jusqu’à présent n’a rien produit de notable sur le plan intellectuel. Qu’a-t-il écrit ou dit d’intéressant depuis qu’il est sorti de l’ENA ? Qualificatif que ne méritent ni le triste « livre » intitulé sans peur du ridicule, Révolution (!), ni les enfilages de banalités que sont ses discours. Lesquels commencent d’ailleurs de plus en plus à ressembler à des sketches.

Macron, le candidat des élites

Non, Emmanuel Macron n’est là que parce qu’il sert de roue de secours à un système aux abois, qui rassemble des grands intérêts économiques et financiers, auxquels se joignent tous ces serviteurs de l’oligarchie qui profitent depuis des années d’un capital financier et symbolique qu’ils souhaitent  à tout prix conserver. Il y a là quelques grands industriels mais surtout des banquiers, des politiciens de la fausse gauche qui appréhendent les conséquences de la catastrophe Hollande, des hauts fonctionnaires sans morale, une caste médiatique qui ne veut rien lâcher, et la petite collection d’imposteurs baby-boomers qui nous pourrissent la vie depuis près de cinquante ans. Ce n’est pas un hasard si la troupe des insupportables, Kouchner, Cohn-Bendit, Minc, Attali, BHL, Bergé se sont précipités au soutien du Justin Bieber de la politique, le chéquier probablement ouvert pour ceux qui en ont les moyens. Alors, ces élites au bord de l’effondrement ne lésinent pas sur les méthodes, même si incontestablement Macron a rencontré un public, celui des jeunes des couches moyennes supérieures, qui vont bien, qui souhaitent que ça dure et qui se désintéressent complètement de la France d’en bas, dont ils n’ont en général aucune idée des conditions de vie et de la colère.

Le problème, c’est que cela ne fait pas une majorité, alors si on veut qu’il arrive au second tour contre Marine Le Pen il va falloir soulever le capot et mettre les mains dans la mécanique, quitte à se les salir un peu. Pour essayer d’en faire une icône, on va lui fournir des costumes voire des uniformes sans rapport avec ce qu’il est en réalité. Quitte à mobiliser pour cela des gens dont le registre habituel n’est pourtant pas celui de la groupie du type de celles qu’on voit dans les meetings.

Ce phénomène d’attraction soudaine n’est pas quelque chose de si rare, l’industrie du spectacle (notamment de la chanson) s’en sert tous les jours. C’est seulement au fil du temps que l’on peut vérifier s’il y avait un vrai talent ou une vedette Kleenex. Le marketing utilisé pour lancer Macron relève bien de cette logique. Et permet des surenchères surprenantes, certains allant jusqu’à lui enfiler un uniforme de général de brigade – ce qui confine au ridicule.

Cette bienveillante presse d’investigation

Lorsque Charles De Gaulle est parti à Londres, il était tout seul et la poignée de ceux qui l’y ont rejoint ne savaient même pas qu’il existait. Comme l’a dit à propos des Français, Élisabeth de Miribel sa secrétaire : « À l’été 40 Londres n’était pas une ville où on arrivait, mais une ville dont on partait ». Le véritable élan populaire ce fut à la fin des années 40 avec le lancement du RPF. Soyons sérieux, et tout ceux que l’on entend, après chacun de ses meetings, dans une sorte de course aux places, se répandre en flagorneries feraient bien de retrouver leur sang-froid.

Mais il y a pire dans la façon dont est organisée l’opération Macron. Nous sommes confrontés à des défaillances institutionnelles très graves qui lui donnent un tour très préoccupant. La presse nationale, qui tire à l’arme lourde sur François Fillon, a des pudeurs de violette dès qu’il s’agit d’aborder la question du financement de la campagne électorale de la starlette. Celui-ci dispose manifestement de moyens considérables. Une campagne de cette envergure coûte très cher. D’où vient l’argent ? Qui finance tout cela et à quelles hauteurs ? Il y a pourtant des règles très strictes non seulement sur les plafonds que l’on ne peut pas dépasser, mais également l’origine des fonds. Tout le monde se pose la question mais personne ne la pose. Hou hou les « journalistes d’investigation », cela ne vous gêne pas que Macron refuse de communiquer la liste de ses donateurs, alors que celle-ci devra figurer dans son compte de campagne ? D’ailleurs à ce propos, l’utilisation des moyens de Bercy quand il était ministre pose la question du don interdit qui peut provoquer l’invalidation du compte de campagne, au-delà du fait que c’est aussi une infraction pénale. Hou hou, Monsieur le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne vous êtes bien discret cette fois-ci. On vous a connu plus prolixe et plus sévère dans vos avertissements. Hou hou Monsieur Schrameck président du CSA chargé du contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels, votre attention n’est pas attirée par les énormes déséquilibres de temps de parole qui sautent aux yeux dans cette campagne ? Hou hou Madame Ernotte, présidente du service public radiotélévisé, pas de problème que soit violée quotidiennement l’obligation faite par la loi d’un équilibre pluraliste dans les médias sous vos ordres ? Enfin, ne troublons pas le sommeil paisible de Laurent Fabius, pourtant président du Conseil constitutionnel chargé du contrôle de la régularité du scrutin.

Le jeu de qui-vous-savez

Nous sommes donc contraints de constater que les pouvoirs et autorités, presse comprise, qui ont pour mission de veiller à la légalité et à la sincérité de cette élection, la plus importante de la démocratie française, sont défaillants. Pourquoi ? À cause de cette volonté compulsive et grossière d’élites détestées, de faire advenir Emmanuel Macron, candidat adoubé du système pour que surtout rien ne change ? Mais tout cela va produire un contre-effet dévastateur ! Le lynchage médiatico-judiciaire de François Fillon, aussi justifiés soient les reproches qui lui sont faits, n’est pas séparable de l’autre face de la pièce, la promotion fébrile du candidat de l’immobilisme. Ceux qui sont à la manœuvre nous avaient déjà donné l’habitude de la désinvolture avec laquelle ils traitaient les institutions, maintenant, c’est carrément de l’inconscience.

Marine Le Pen peut leur dire merci.

Révolution

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Macron, plan B de Hollande

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Sipa. Numéro de reportage : AP21944212_000002.

Benoît Hamon est donc l’heureux élu primaire, Emmanuel Macron va, court, vole et nous gonfle, Fillon est dans les enquiquinements — que le Canard ait été abreuvé par le ministère des Finances (mais non, pas par Sapin ! Il y a de tout aux Finances, et surtout pas des gauchistes ! Il y a même des sarkozystes…) ou par une « officine » au service de — de qui ? De Rachida Dati ? Hmm…

Il y a trois mois, alors que nous ne savions pas si le président de la République en titre irait ou non à l’abattoir, je disais ma certitude que Macron était le plan B de Hollande, dont l’objectif final est de faire triompher le néo-libéralisme (qu’il soit de droite ou de gauche n’a aucun sens en pratique) et d’annihiler le PS, refuge des Cambadélis et autres Bartolone — tous des petites pointures, si on en croit ce que racontait complaisamment le même Hollande aux deux journalistes invités à ses levers et à ses couchers. J’ajoutais que Mélenchon était le caillou dans la chaussure de ce même Hollande — le miroir impitoyable dans lequel il se reconnaît en homme de droite.

Il fallait donc grignoter le Parti de gauche, qui est le remords personnifié, la preuve vivante que le PS est de droite. D’où l’Opération Hamon, bien parti pour devancer Mélenchon, en donnant à tous les déçus du PS un prétexte pour voter encore une fois pour ce parti de gougnafiers. Cocus de 2012, à vos bulletins ! Il y a du candaulisme chez certains électeurs de gauche… On prostitue la république à un Macron en faisant semblant de soutenir Hamon. Bien joué.

Sans compter que Hamon, l’homme qui justifie le fait qu’il n’y ait pas de femmes visibles dans certains quartiers, est islamo-compatible — ce que n’était pas Valls, dont on peut critiquer bien des points, mais pas son engagement laïc. Avec Hamon, on chasse sur les terres du NPA et du PIR. L’islamo-gauchisme n’est qu’un prétexte : l’essentiel, c’est que la France en tant que nation disparaisse, que les Français en tant que peuple disparaissent, remplacés par une mosaïque de communautés qui…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Si, légaliser le cannabis est la solution

Un manifestant de la 15ème marche pour le cannabis à Paris, mai 2016. SIPA. 00755736_000002

N’étant pas socialiste, je n’ai pas voté à la primaire. Son vainqueur, Benoît Hamon, provoque chez moi des sentiments contraires. Si sa sortie mensongère sur les bars ouvriers du XIXème siècle visant à relativiser l’interdiction des cafés aux femmes de certains quartiers m’a révulsé, je dois confesser que sa volonté de légaliser le cannabis me plaît.

Lire aussi >> Non, légaliser le cannabis n’est pas la solution: récit d’un repenti de la dope

Cet enthousiasme n’est, malheureusement, pas partagé par Patrick Barthelot qui l’a fait savoir sur ce même site. Cet homme qui fumait du « hash » il y a quarante ans et s’est même permis de gober un buvard de LSD à l’occasion, a aujourd’hui cessé de consommer du cannabis. Heureux de cette évolution personnelle il semble penser qu’elle doit s’appliquer d’office à tous les amateurs de la substance.

Contre-vérités et approximations

Avant d’évoquer son vécu, l’auteur introduit son propos par quelques contre-vérités et approximations que je me permets de relever :

– L’auteur évoque une « guerre, quelquefois bruyante entre stups et trafiquants » et feint d’ignorer ce que nous apprennent les chiffres de l’OFDT dans le rapport de l’année 2014 à savoir que les interpellations concernent à 90% des faits de consommation. La guerre n’est pas menée contre des trafiquants insaisissables qui se prélassent en Espagne et en Thaïlande mais contre des petits « cannabiculteurs » et de simples usagers, dont certains sont des malades atteints du VIH ou de douleurs chroniques qui cherchent seulement à se soigner.

« Certains vantent ses vertus thérapeutiques » critique encore  Patrick Barthelot. Si demain, je ne lui souhaite pas, il est atteint de sclérose en plaques ou voit un proche malade de l’atroce syndrome de Dravet, nul doute qu’il parlera des effets thérapeutiques du cannabis avec moins de légèreté. Le cannabis permet, entre autres, de soulager les malades souffrant de stress post-traumatique. Nos soldats, policiers et survivants des attentats islamistes pourraient ainsi être traités comme ils le méritent.

– Un autre raccourci tend aussi à nous démontrer que le cannabis augmente le risque de développer la maladie d’Alzheimer. C’est le contraire, le cannabis semble protéger contre cette maladie.

Les prohibitionnistes font le jeu des dealers

Patrick Barthelot raconte ensuite son expérience personnelle. Plaisante au départ, sa consommation de cannabis est, selon lui, à l’origine d’un assèchement émotionnel qui l‘a poussé à y mettre fin. Si le fait d’arrêter de consommer du cannabis lui permet d’être plus épanoui dans la vie, libre à lui de cesser d’en user. Mais la mauvaise expérience qu’il retire du cannabis est loin d’être partagée par tous les usagers. Nombreux sont ceux qui, comme moi, consomment du cannabis tout en étant heureux et épanouis dans la vie et n’entendent pas arrêter d’en user.

Alors qu’au Colorado on vérifie deux fois l’âge des clients dans les dispensaires récréatifs (je l’ai constaté par moi-même), les dealers « français » emploient des gamins de 14 ans qui vendent à des gamins de 16 ans pendant que des gamins de 12 ans montent le guet.  Alors que les dispensaires récréatifs de quatre (bientôt huit) Etats américains et les dispensaires médicaux de 28 Etats payent des millions de dollars d’impôts, nos dealers renvoient au « bled » ce qu’ils n’ont pas versé aux djihadistes (ou à Baraka city et au CCIF). Les petits « cannabiculteurs » français quant à eux, préféreraient sûrement payer des taxes et être protégés des vols, souvent violents, dont ils font l’objet.

Quoi qu’ils en disent, les prohibitionnistes font le jeu des dealers dont ils défendent le gagne-pain. Et quand, ça arrive, ils n’ont d’autres arguments que de me traiter de « gauchiste », je leur rappelle avec un malin plaisir que Nigel Farrage, Alain Madelin ou Eric Brunet sont d’accord avec moi. Que Donald Trump soutient l’usage médical du cannabis « à 100% » et que tout en votant pour la légalisation du cannabis les électeurs californiens ont réaffirmé leur soutien à la peine de mort.

L’alcool et le tabac sont bien plus dangereux

Alors que nous sommes en guerre contre l’islamisme et que l’islam politique grignote chaque jour un peu plus notre chose publique, nous continuons de consacrer plus de 10% de nos forces de police à la lutte contre le cannabis. On ne peut pas être au four et au moulin dit la sagesse populaire, et pendant qu’un policier sur dix traque le fumeur de joint il ne surveille pas les fichés S ni n’enraye la vague de cambriolages qui frappe la France (en particulier la France périphérique). Le talent de nos policiers et nos places de prisons doivent être réservés à ceux qui volent, qui violent et qui tuent, pas à ceux qui ont choisi de consommer un produit moins dangereux que l’alcool.

Alors que chaque année la surconsommation d’alcool tue près de 50 000 Français, celle du tabac plus de 70 000, celles liées au cannabis étaient au nombre… de 6 en France en 2010. Pour faire la guerre à cette substance des policiers ont brulé vifs à Viry-Chatillon. Voilà le prix de la lutte contre « l’asséchement émotionnel ».

« Une drogue comme les autres » aux yeux de Patrick Barthelot. Les témoignages d’anciens toxicomanes qui ont pu mettre fin à une addiction à des drogues dangereuses tels que l’héroïne, l’alcool ou la crystal meth grâce à un traitement au cannabis se multiplient pourtant aux Etats-Unis. Eux, dont l’histoire est autrement plus triste, sont des vrais rescapés de la dope. Et ils le sont grâce à la légalisation du cannabis.

Et si Trump incitait l’Europe à se transformer?

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europe donald trump ue

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Les critiques retentissantes de Donald Trump à l’égard de l’Union européenne et même de l’OTAN ainsi que son appui au Brexit ont suscité l’indignation et le désarroi de la plupart des responsables politiques ,de l’Europe occidentale, le Premier ministre britannique Theresa May exceptée.

Entre Brexit et hegemon poutinien

Il était pourtant clair, avant même cette déclaration que,  du seul fait de l’élection du nouveau  président américain et de sa volonté  affichée de s’entendre avec Poutine, l’Union européenne se trouvait  remise en cause dans son fonctionnement actuel  tel qu’il résulte du Traité de Lisbonne de 2009.

Elle se voit désormais  confrontée à un double défi :

Le Royaume-Uni n’est plus en position marginale  mais retrouve au contraire son rôle traditionnel de partenaire privilégié des Etats-Unis;

– La Russie de Poutine sera elle aussi, d’une autre manière, réintégrée dans le jeu international, y compris européen, avec le risque que s’établisse un duopole américano-russe sur l’Europe occidentale.

On ajoutera qu’en cas de crise, analogue à la crise grecque, rien n’assure que Washington viendra à la rescousse de Bruxelles pour forcer un accord de dernière minute, comme cela fut le cas en juillet 2015.

Au lieu d’un trou noir, une galaxie

Face à ces données radicalement nouvelles, il est urgent de reconfigurer les institutions européennes pour les adapter à la situation géopolitique qui en résulte. L’Europe doit « ouvrir ses fenêtres » aux partenaires de son environnement proche et sortir d’une opposition frontale entre les « in » et les « out » qui s’avérera très vite suicidaire.

La solution: s’orienter résolument vers un  schéma d’Europe à la carte (qui s’applique déjà d’une certaine manière, tous les membres actuels de l’UE n’étant pas dans l’euro). Remplacer des institutions centrales monolithiques qui, à vouloir concentrer toutes les compétences, pourraient vite devenir un « trou noir », par une galaxie  d’agences thématiques spécialisées, sur le modèle de l’Agence spatiale européenne ou de l’OCCAR. Les différents sujets d’intérêt européen qui sont aujourd’hui traités à Bruxelles pourraient continuer de  l’être, par le même personnel le cas échéant, mais la participation à chacune de ces agences serait « à géométrie variable », certains membres actuels pouvant s’en retirer et certains pays aujourd’hui à l’extérieur, comme désormais le Royaume-Uni, mais aussi  la Russie et pourquoi pas la Turquie ou le Maroc, pouvant adhérer à l’agence correspondante ou se joindre à elle pour telle ou telle action. La coopération politique, appuyée sur un secrétariat spécifique, suivrait le même modèle, avec la possibilité d’associer  certains pays tiers en fonction de l’ordre du jour.

L’intégration européenne, une impasse

L’autre solution, aujourd’hui envisagée dans les milieux européens, mène à une impasse. Elle consiste à dire : face aux risques de marginalisation, pour continuer à « peser »,  l’Union européenne telle qu’elle existe doit serrer les rangs, défendre très fort l’acquis,  s’intégrer si possible  davantage. Concrètement, durcir le Brexit pour punir Londres, maintenir les sanctions envers la Russie (alors même que les Etats-Unis vont les lever bientôt !) , continuer de battre froid  Donald Trump au nom des « valeurs ». Qui ne voit que cette voie est une impasse ? Elle conduirait à placer l’Ouest du continent  sous un contrôle encore plus étroit  de l’Allemagne, dont la chancelière est affaiblie par ses frasques migratoires et mal vue par Trump. Qui imaginerait d’ailleurs que l’Allemagne, bordée par une France nécessairement inféodée et donc sans poids, pourrait résister à Washington, Londres et Moscou coalisés? Comme aux « heures les plus sombres de notre histoire » ! Le plus probable dans un tel schéma est que les Allemands ne seraient  plus que la courroie de transmission du nouveau pouvoir international. On aurait là l’aboutissement paradoxal de soixante ans de « construction européenne : les affaires  l’Europe décidées entièrement en dehors d’elle.

Une Europe à géométrie variable permettrait au contraire, à la fois d’atténuer la rigueur du Brexit et d’éloigner la Russie de la tentation du duopole en la réintroduisant dans quelque chose comme un nouveau  « concert européen », de rompre  ainsi le front de la mise en tutelle. Même perspective pour la Turquie aujourd’hui contrainte à s’inféoder à Moscou.

Le génie européen est complexe

Même s’il ne préjuge pas de l’avenir de l’euro avec lequel il n’est pas formellement incompatible, ce schéma obligera les adeptes d’ une intégration sur le modèle monnetiste au sein d’un super-Etat périmant peu à peu les Etats-nations, avec ses frontières, son armée, son drapeau, et pourquoi pas ses timbres, à en faire leur deuil.

Mais qui ne voit que le modèle de l’Europe bloc contredit la complexité qui est au cœur du génie européen ? Comme le dit Jean-Jacques Rosa[1. Jean-Jacques Rosa, L’erreur européenne, Grasset.], il s’oppose aux tendances modernes privilégiant non les constructions monolithiques, mais les organisations plurielles, souples, interconnectées sans hiérarchie stricte. Ajoutons qu’au moment où  la Russie est débarrassée du communisme et  les Etats-Unis de ce projet mondial qu’était aussi le néo-conservatisme, le monde s’éloigne, pour le plus grand bien de la paix,  des modèles idéologiques du XXe siècle auxquels on peut, même de manière atténuée, assimiler le projet européen de l’après-guerre.

La réorganisation des institutions européennes que nous proposons  n’est pas une option. Qui peut croire que l’édifice actuel (ou ce qu’il en reste)  pourra se maintenir longtemps en excluant frontalement les deux principaux centres financiers de la planète (New York  et Londres) et la première puissance  énergétique et militaire du continent ?

Si l’Union européenne ne procède pas à une réforme rapide de ses institutions, dont la France pourrait prendre l’initiative, on peut craindre qu’elle ne coure à une cataclysmique dislocation.

L'erreur européenne

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Di Canio: tatoo, t’as tout faux!

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Paolo Di Canio salue les supporters de la Lazio Rome après son but inscrit contre l'AS Rome au stade Olympique de Rome, janvier 2005.
Le footballeur Paolo Di Canio salue les supporters de la Lazio Rome après son but inscrit contre l'AS Rome au stade Olympique de Rome, janvier 2005.

Footeux, vous souvenez-vous de Paolo Di Canio ? Au début des années 2000, ce buteur avait fait le bonheur de la Lazio de Rome pendant plusieurs saisons. Mais si l’attaquant italien a laissé un souvenir impérissable, c’est aussi à cause de ses crampes du bras droit. Un soir de derby entre la Lazio et l’AS Rome, Di Canio avait célébré le but qu’il venait de marquer d’un salut romain prolongé avant d’expliquer son geste d’un laconique : « Je suis fasciste, mais pas raciste. »

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? C’est qu’à 48 ans révolus, Di Canio refait des siennes. Désormais à la retraite, le bouillant Romain œuvre comme consultant sur la chaîne de télévision Sky Sports Italia sans jamais plus s’aventurer sur le terrain politique. Jusqu’au jour de septembre 2016 où le pauvre Paolo a le malheur de se montrer à l’écran en manches courtes, laissant apparaître ses nombreux tatouages aux avant-bras dont un monumental « DUX », en hommage à un célèbre chef d’État transalpin disparu en 1945. Tollé général. Son employeur le sanctionne de quatre mois de suspension d’antenne durant lesquels Di Canio fait le mort.

« Êtes-vous fasciste ? »

Résurrection cathodique début 2017. Le voici de retour dans les colonnes du Corriere della Sera pour une autocritique. Morceaux choisis : « J’ai changé. À près de 50 ans, j’ai appris à me mettre à la place de l’autre. Beaucoup de gens peuvent légitimement se sentir blessés par l’exposition involontaire de mes tatouages. » Son fameux salut fasciste ?[access capability= »lire_inedits »] « La chose [qu’il] regrette le plus dans [s]a carrière. » À la question « Êtes-vous fasciste ? », le déradicalisé répond en tortillant du popotin : « Je préfère éviter les étiquettes. Je me suis toujours expliqué sur ce que je pensais, ce n’est pas un mystère. Mais les lois raciales, l’antisémitisme et le soutien au nazisme me font frémir. »

Du coup, Gianluca Iannone, chef du mouvement néofasciste CasaPound, enrage : « Il est triste que quelqu’un renie jusqu’à ses tatouages. Les supporters de la Lazio se sont chargés de lui dire ses quatre vérités. » Ça promet ! On espère cependant que les représailles des tifosi mussoliniens contre le renégat Di Canio resteront verbales et qu’aucun supporter n’essayera d’avoir sa peau.[/access]

Audiovisuel: Rendez le Service public au public!

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La façade de l'immeuble de France Télévisions à Paris, décembre 2008. SIPA. 00563532_000051
La façade de l'immeuble de France Télévisions à Paris, décembre 2008. SIPA. 00563532_000051

À l’initiative de notre ami Gilles-William Goldnadel, une pétition pour le pluralisme dans le Service public de l’audiovisuel est lancée aujourd’hui. À Causeur où règne parfois l’hyper-démocratie (ce qui signifie que chacun a le droit à ses petites délicatesses idéologiques), nous avons opté pour l’élégante formule du soutien sans participation. Grâce à cette trouvaille casuistique des socialistes d’antan, nous adhérons pleinement à l’objectif de la pétition sans en assumer toutes les formulations. Ou en y apportant ce codicille : l’exigence de pluralisme n’est pas l’apanage d’un camp politique, la preuve, c’est que même des gens de gauche trouvent France Inter insupportable. Ne les décourageons pas de mener ce combat. Cela dit, trêve de chichis. Moi je signe !

Elisabeth Lévy

Eux-mêmes en conviennent : les journalistes ont mauvaise presse.

Une majorité de gens sont désormais exaspérés par l’information convenue et c’est ce qui explique le succès de l’information parallèle pas forcément convenable.

Curieusement, les journalistes dont c’est en principe le métier, n’ont pas la curiosité élémentaire de rechercher les raisons de l’exaspération.

Pour leur faire gagner du temps, nous leur dirons que celle-ci trouve sa source principale dans le moralisme prêchi-prêcha et l’occultation d’une partie de la réalité dérangeante.

Dans ce cadre révulsif, la palme ne saurait être disputée âprement à l’audiovisuel de service public de l’information français.

Les responsables de celui-ci ne se donnent même pas la peine de contester que la sensibilité de gauche y est majoritaire, tant la chose leur paraît naturelle.

Ils n’y trouvent rien de honteux ni de critiquable. Ils ne s’en cachent pas. C’est ainsi que très récemment, la préposée à la revue de presse de France Inter trouvait très gratifiant de citer le journal l’Humanité qui considérait que l’ensemble des humoristes de la radio active bien à gauche sauvaient l’honneur de l’antenne.

C’est ainsi encore, que la présidente très antiraciste de France Télévisions trouvait bienséant et nullement raciste de regretter qu’il y ait trop de blancs à la télévision.

C’est ainsi enfin que le président très distingué de Radio France décrétait tranquillement que la mission du service public était de combattre « le populisme »…

Le sentiment d’impunité paisible qui prévaut provient largement de la résignation du monde politique intellectuel, fût-il d’opposition, à la pensée médiatique gauchisante ou multiculturaliste.

Il considère une mauvaise fois pour toutes que l’audiovisuel du service public est un territoire occupé définitivement par la gauche et son extrémité.

En conséquence, la charte professionnelle qui le régit et qui impose à ses serviteurs le respect de la neutralité du pluralisme est devenu une simple et risible clause de style.

De la même manière, la gabegie financière qui y règne, et qui est chaque année rituellement autant que platoniquement dénoncée par la Cour des Comptes fait l’objet de la même obséquieuse résignation à ranger précautionneusement dans le magasin de faïences du privilège des permanents du spectacle audiovisuel.

Certains cependant, dont nous sommes, n’acceptent pas cette molle démission. Ils savent qu’elle est la source du politiquement correct comme du terrorisme intellectuel qui auront pratiquement détruit les structures sociales, sociétales et culturelles du pays.

Ils n’acceptent pas qu’en tant que copropriétaires de ce moyen d’information national, astreints au paiement d’une redevance fiscale, une majorité de Français soit exclus par une minorité d’un territoire culturel stratégique de la république.

Ils pensent que le scandale réside précisément dans le fait qu’il n’y ait pas scandale.

L’affaire est d’autant plus affligeante qu’il existe au sein du service public audiovisuel des gens de qualité qui ont à cœur de faire un travail qui leur ressemble. Nous ne voulons certainement pas les chasser, ce ne sont pas des sorciers, nous demandons seulement qu’ils s’ouvrent à d’autres esprits ouverts et qu’ils veuillent bien faire voir d’autres regards.

Un Collectif des Usagers du Service Public de l’Information met en ligne aujourd’hui sur change.org une pétition qui dénonce cette mainmise liberticide par une idéologie jalouse autant qu’intolérante.

Causeur, parmi d’autres médias libres et libérés a décidé d’en promouvoir largement la diffusion. Adhérez en masse à ce mouvement citoyen, pour employer cette expression trop longtemps dévoyée.

Le combat pour le pluralisme dans l’information de service public est un combat existentiel.

Lynchage de Fillon: la France est-elle encore une démocratie?

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Affiche de campagne de François Fillon, Conde-sur-Vesgre, janvier 2017. SIPA. 00788995_000005

Jusqu’à une date récente, le lynchage médiatique était plutôt une spécialité anglo-saxonne. La presse française pouvait s’honorer d’être plus mesurée et plus équilibrée que ses consœurs britanniques ou américaines. Mais l’arrivée d’Internet, des réseaux sociaux, des chaînes d’informations permanentes, a bouleversé le paysage médiatique partout dans le monde. La France n’y échappe pas.

Il est stupéfiant de constater la façon dont certaines des allégations sorties par Le Canard enchaîné et Médiapart sont reprises en boucle par presque tous les médias. Ces affirmations sont totalement à charge et peu de rédactions osent donner des arguments à décharge, alors que ceux-ci existent et sont d’importance. Il est encore plus stupéfiant de constater que la justice s’est emparée de cette affaire alors que rien ne justifie qu’elle le fasse.

Quelles sont les accusations formulées ? François Fillon aurait employé son épouse et deux de ses enfants au cours de ses mandats successifs de député puis de sénateur. Et ces emplois ne seraient pas réels mais fictifs.

Collaborateur parlementaire, tout un métier

Quels sont les journalistes qui ont étudié la loi concernant le statut et les fonctions des collaborateurs parlementaires ? Quels sont les journalistes qui ont rapporté à leurs lecteurs ces éléments de base permettant de se faire une opinion éclairée sur les allégations formulées par les accusateurs ? Quasiment aucun ! Ce qui montre la partialité de la majorité des organes de presse et leur absence éhontée de déontologie !

Alors rappelons la loi telle qu’elle existe. Chaque député dispose d’un crédit mensuel forfaitaire de 9.561 € lui permettant de recruter et rémunérer jusqu’à cinq collaborateurs. Quant au sénateur, il dispose d’un crédit de 7.593 € pour la rémunération, lui aussi, d’un maximum de cinq collaborateurs. Pour la simplicité du propos, je me limite ci-après au seul cas des députés.

A lire aussi >> Un ex-attaché parlementaire parle: pourquoi les Fillon ne méritent pas le pilori

Chacun des députés a la qualité d’employeur. Le collaborateur est le salarié du député, non celui de l’Assemblée nationale. Les collaborateurs sont recrutés sur la base d’un contrat de travail de droit privé. Le député recrute librement ses collaborateurs, licencie, fixe les conditions de travail et le salaire de son personnel, dans le respect des dispositions du code du travail. Les contrats de travail comportent deux stipulations directement liées au mode de gestion du crédit collaborateur. La première, relative à l’objet du contrat, dispose que « le député-employeur, agissant pour son compte personnel, engage le salarié qui lui est juridiquement et directement subordonné et a toute sa confiance pour l’assister dans l’exercice de son mandat parlementaire ». La seconde précise que « la cessation, pour quelque cause que ce soit, du mandat du député-employeur constitue une juste cause de rupture automatique du contrat ». Depuis 1978, des indemnités de fin de contrat, financées par l’Assemblée nationale,  sont allouées aux collaborateurs en cas de cessation du mandat du député-employeur (ce qui justifie les indemnités – qualifiées de « licenciement » par le Canard enchaîné – perçues deux fois par Pénélope Fillon).

La fiction des emplois fictifs

Certains prétendent qu’il s’agirait d’emplois fictifs. Dès lors que les contrats de travail et les feuilles de paie existent en bonne et due forme – ce qui semble être le cas – il ne peut pas y avoir emploi fictif puisque la seule personne à pouvoir juger et contrôler le contenu et la valeur du travail effectué est le parlementaire lui-même. Imagine-t-on la justice intervenir dans une entreprise pour vérifier la réalité du travail d’un de ses salariés ? Seul l’employeur a qualité pour le faire.

On reproche à François Fillon de ne pas apporter de preuves du travail réel effectué par Pénélope. Peut-être en a-t-il d’ailleurs fourni à la justice. Mais en tout état de cause, comment prouver qu’on a préparé un discours du député, qu’on l’a corrigé à plusieurs reprises, qu’on a préparé les réponses aux nombreux courriers des administrés, qu’on a mené un travail de réflexion ou de recherche sur un sujet donné ?

La façon dont les médias ont traité cette affaire est assez exceptionnelle. Les accusations à l’encontre de François et Pénélope Fillon ont monopolisé depuis plus de deux semaines la quasi-totalité de l’information en France. Paul Valéry affirmait à juste titre : « Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion ». Jamais ces paroles n’ont été aussi vraies. A tel point que même les plus ardents supporters de François Fillon se sont mis à douter de son honnêteté. Et l’information est devenue un feuilleton quotidien, chacun cherchant à justifier les propos de Samuel Butler, cet écrivain britannique du XIXe siècle : « Le meilleur menteur est celui qui fait servir le même mensonge le plus longtemps possible ».

L’opinion sous influence

Pourquoi cette affaire sort-elle précisément en janvier 2017 alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années ? Pourquoi la justice s’en empare-t-elle avec une telle diligence ? Quel objectif cherchent à atteindre ceux qui ont manipulé et fabriqué l’opinion, ceux qui l’ont mise sous tutelle ?

La réponse est évidente. Dans un premier temps, il s’agit de faire baisser François Fillon dans les sondages et dans les intentions de vote pour arriver au constat que le candidat de la droite et du centre ne sera pas qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. L’objectif suivant étant de l’obliger, sous la pression des mauvais sondages, à renoncer à se présenter à l’élection pour laisser le champ libre au duel rêvé par les médias – entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (ce dernier est d’ailleurs une pure fabrication du système médiatique). Dès que l’objectif sera atteint, la presse cessera de s’intéresser au cas de François Fillon. Le « PénélopeGate » disparaîtra immédiatement des radars médiatiques.

Concernant la justice, notons que c’est le parquet national financier (PNF) qui s’est autosaisi de l’affaire, 24 heures seulement après les révélations du Canard enchaîné. Le PNF, présenté comme « autonome », a été installé par le gouvernement socialiste le 6 décembre 2013, et son procureur, la magistrate Éliane Houlette – une proche de Ségolène Royal – a été choisie et nommée à la discrétion de François Hollande.

La démocratie confisquée

François Fillon risque d’être la dernière victime en date de cette presse uniquement motivée par la réussite des lynchages médiatiques qu’elle met en œuvre. Dans la série des assassinats politiques, il succédera ainsi à Jacques Chaban-Delmas (l’affaire de sa feuille de paye et de l’avoir fiscal), à Valéry Giscard d’Estaing (l’affaire des diamants de Bokassa), à Pierre Bérégovoy (l’affaire de son prêt à taux zéro qui le conduira au suicide), mais aussi à Dominique Baudis, Michèle Alliot-Marie ou Nicolas Sarkozy.

À propos de l’action du PNF dans l’affaire Fillon, un ancien juge interrogé par Valeurs actuelles dénonce une « très belle opération de déstabilisation » et « un coup d’État de droit ! ». Il ajoute : « Ces officines pensent qu’elles peuvent disqualifier un candidat à la présidentielle, c’est extrêmement choquant. » Dans le même journal, un ancien ministre s’indigne : « Pour la première fois dans l’histoire dela Ve République, on a créé un “cabinet noir légal” au service de l’exécutif. »

La question est désormais simple : sommes-nous en train de glisser vers une dictature des médias et des juges, auquel cas la démocratie représentative serait en grand danger ! Notre démocratie, qui donne au peuple le pouvoir ultime, va-t-elle être confisquée par ceux qui se prétendent être ses défenseurs, à savoir les juges et les médias ?

Quatre millions et demi de Français se sont déplacés au mois de novembre dernier pour désigner – à une très large majorité – François Fillon comme candidat de la droite et du centre à la prochaine élection présidentielle. Ils ont voté pour un programme et ils ont voté pour l’homme en capacité de le mener à bien. Si cet homme devait se trouver dans l’impossibilité de poursuivre sa candidature, le peuple français vivrait alors un véritable déni de démocratie.

Le risque, après toute cette affaire, c’est de faire le jeu de Marine Le Pen au second tour de l’élection, en amenant tous les électeurs qui se seront fait confisquer leur élection par le retrait forcé de François Fillon, à voter en masse pour elle. Dès lors, bonjour le destin de la France !

La France FN pour les nuls

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Partisans du Front national à Lyon, novembre 2014. SIPA. 00698998_000024
Partisans du Front national à Lyon, novembre 2014. SIPA. 00698998_000024

Si Pierre Rosanvallon a raison et que nous entrons dans un « moment populiste », moment qui serait de son point de vue un événement historique majeur, d’un niveau comparable à la chute du Mur de Berlin, alors comprendre ce qui motive l’électorat de l’un des partis politiques français considéré comme « populiste » n’est pas anodin. Le mot populisme est un mot outrageusement présent dans le débat public et reste cependant souvent flou. Pour parler de parti politique populiste, il faut évacuer le sens négatif de ce mot, synonyme de « démagogique ». Dans l’atmosphère « populiste » actuelle, le mot signifie plutôt « redonner le pouvoir au peuple », un pouvoir confisqué par ce que Zygmunt Bauman et Jean-Pierre Chevènement nommaient « les élites mondialisées ». Une confiscation dont les conséquences sur la vie concrète des populations, du peuple, sont catastrophiques, et expliquent largement les ressorts du vote Front national en France.

La France « moisie », des gens sympa

C’est sur ce premier point que le livre coordonné par Willy Pelletier et Gérard Mauger est intéressant. Il l’est aussi du fait de l’origine affirmée des deux architectes de l’opus. Pelletier et Mauger viennent de la gauche radicale et ont de nombreuses années de militantisme « antiraciste », « antifa » et anti-FN au compteur. Jusqu’au jour où quittant Paris et ses amis du cocon feutré de la lutte « antifa » bobo (Pelletier explique cela très bien, à son propre sujet), Willy Pelletier se retrouve en province, dans la fameuse « France moisie », se fait des amis, dont des voisins avec qui il s’entend fort bien. Mais il découvre que ces amis sont électeurs récurrents du FN… tout en n’étant ni des néo-nazis tendant allègrement le bras ni des gros cons. C’est tout un imaginaire concernant le FN qui s’écroule, dans la tête du militant anti-FN formé depuis le lycée par la propagande bobo-parisienne touche-pas-à-mon-potiste.

L’électeur et le militant du FN ne sont pas nécessairement des beaufs racistes, homophobes, illettrés, machistes, xénophobes tentés par le fascisme. Il se peut même, les enquêteurs le montrent, que ces électeurs soient des gens normaux, des gens bien. L’électeur FN n’est pas, sociologiquement parlant, cet individu « moisi » qui peuple le cerveau d’un BHL. Cette découverte (« il est temps », se dira-t-on avec justesse) conduit à une prise de conscience : « l’antifascisme » parisiano-bobo est un racisme à l’envers, un « racisme de classe qui s’ignore » tout en prétendant lutter contre le racisme (ou supposé tel), écrivent Pelletier et Mauger.

Le vote FN, conséquence de toutes les trahisons de la gauche

L’ouvrage reconnaît ainsi ce que nombre d’analystes, à commencer par Causeur, tentent d’expliquer aux « antifas », et de là à une grande partie de la gauche, depuis des années : que leur vision du monde, liée à une obsession quasi maladive du FN, a développé une « tolérance intolérante » et même souvent totalitaire. Dénonçant pour un oui ou pour un non les « beaufs racistes votant FN », usant d’un vocabulaire épidémiologique (la fameuse contagion des idées devenue « lepénisation » des esprits, causée en particulier par les intellectuels et journalistes prétendument néo-réacs), le monde de l’antifascisme auto-proclamé en est venu à diaboliser le peuple qu’il prétendait défendre et a ainsi contribué au projet de construction d’un peuple nouveau, celui des immigrés devenant le nouveau prolétariat à défendre (aspect analysé par ailleurs par Mathieu Bock-Côté, dans son important essai Le multiculturalisme comme religion politique, éditions du Cerf).

Ces aspects fondamentaux de l’ouvrage s’appuient sur des enquêtes précises de terrain remettant en cause bien des idées reçues sur les répartitions géographiques et sociales du vote FN, par exemple, mais aussi sur les raisons pour lesquelles les individus électeurs votent FN, raisons qui sont finalement bien plus populistes que racistes ou xénophobes. Le vote FN, c’est celui de la France qui souffre. Le vote FN, en particulier chez les moins de 50 ans, c’est le vote des électeurs qui autrefois se serait porté sur la gauche populaire. Autrement dit, le vote FN c’est le résultat de toutes les trahisons de toutes les gauches et de tous les libéralismes, le résultat du projet politique et économique des « élites mondialisées » et de sa conséquence dramatique : l’exclusion hors de la société de pans entier d’êtres humains. On le voit, les programmes politiques défendus actuellement en vue des élections présidentielles, quels que soient les camps, sont bien loin du réel qui mine les fondements même de la société française.

L’antifascisme ne passera pas

De ces enquêtes découle un constat : si la diabolisation nasillarde du FN depuis plus de trente ans a échoué à faire reculer le parti de Marine Le Pen et si cette diabolisation n’est pas parvenue à faire fuir l’électorat populaire, tout en le maintenant à gauche, n’est-ce pas que toute la stratégie « antifa » est erronée ? Autrement dit : les critiques portées depuis des lustres contre les défauts des analyses « antifa », sur leur caractère contre-productif, et sur leur intolérance de plus en plus étouffante, de l’avis de Willy Pelletier, ne seraient-elles pas justifiées ? C’est la raison d’être de ce livre collectif issu de journées d’études de la Fondation Copernic : appréhender, depuis la gauche radicale qui avait pris la fâcheuse habitude de réduire ad hitlerum l’électeur FN, les ressorts réels, sociaux, économiques et concrets, du vote populaire en faveur du FN, et donc indirectement les ressorts de la montée du populisme mariniste en France.

Cet aspect « prise de conscience » issu des milieux  « antifas », selon laquelle le vote FN n’est pas nécessairement un vote d’extrême droite ou « fasciste », est une vraie nouveauté — d’autant que cela s’adresse en particulier aux milieux d’où sont issus les maîtres d’œuvre du livre. Composé d’une série d’études proposées par des analystes divers, le volume est naturellement inégal mais pertinent et passionnant dans son ensemble. D’autant qu’il s’agit avant tout d’une enquête sociologique de terrain, et non de travaux de laboratoires universitaires, fondée sur des rencontres avec des « vrais gens », ce qui est aussi une nouveauté dans les milieux de la gauche radicale. Les classes populaires et le FN, tout en conduisant à mettre à jour sa propre sociologie du vote FN et populiste en France, permet à son lecteur de comprendre ce que Willy Pelletier nomme à juste titre « l’impasse militante » antifa. Gageons que si ce livre est lu, en particulier au sein des gauches radicales, une certaine finesse d’analyse politique moins idéologiquement totalisante pourrait émerger dans ces milieux devenus des étouffoirs de la pensée critique libre.


S’il ressuscite, Fillon fera-t-il la chasse aux pédagos?

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François Fillon Elections présidentielles école Education nationale
François Fillon
François Fillon Elections présidentielles école Education nationale
François Fillon

Alors que les candidats à la primaire socialiste, interrogés sur la façon de résoudre la crise de l’école, rivalisaient dans le « plus-de-moyens » pour résoudre la crise de l’école, beaucoup placent sans doute leurs espoirs en ce domaine en François Fillon. Ils pourraient bien être déçus.

En novembre, lors du dernier débat avant le premier tour de la primaire de la droite, quelques oreilles avaient dû siffler au ministère de l’Éducation nationale quand le candidat Fillon avait évoqué la « caste des pédagos ». L’ancien ministre de l’Éducation n’y était pas allé de main morte : « L’échec de l’école est lié à l’échec de l’apprentissage des fondamentaux. Ce n’est pas la faute des enseignants. C’est la faute d’une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants et qui ont pris en otage nos enfants au nom d’une idéologie égalitariste. »


Education nationale : Fillon dénonce une « caste… par Europe1fr

Le traumatisé de la Rue de Grenelle

C’est que Fillon est un traumatisé de la Rue de Grenelle. Nommé par Jacques Chirac à l’Éducation nationale, celui qui a été le plus jeune président de la commission de défense de l’Assemblée prend le chemin de l’école à reculons. Il restera ministre de l’Éducation nationale de mars 2004 à mai 2005. Le temps, selon Carole Barjon, auteur de Mais qui sont les assassins de l’école ?, de mesurer l’étendue des dégâts : « À la fin du mois d’août 2004, [access capability= »lire_inedits »]François Fillon rentre de vacances. Préoccupé. Pendant l’été il a rencontré beaucoup de monde. Tous ceux qu’il a vus l’ont alerté sur le niveau des jeunes collégiens. “Ils ne savent plus lire et écrire”, constate-t-il. » Le ministre affiche alors un seul objectif : renforcer la maîtrise du français en multipliant les exercices personnels, rédactions et récitations, ainsi qu’en instaurant le retour de la dictée dès la sixième. L’initiative – heureuse – fait évidemment débat : au ministère, verrouillé par les pédagos, certains préfèrent l’idée d’adapter l’orthographe au niveau des élèves. Le Monde s’engage dans l’une des chasses au réac qu’il affectionne : « De Fillon à M6, la nostalgie d’un ordre scolaire disparu », annonce-t-il le 15 septembre 2004. Dans Libé, un spécialiste en psychologie cognitive réclame, sérieusement, « un assentiment de toute la société » – pas moins ! – avant d’infliger à nouveau des dictées aux élèves.

Jamais Fillon ne parviendra à imposer ses vues. Aujourd’hui, dans son programme, le champion de la droite critique vertement les réformes de ses successeurs mais il élargit le cercle des responsabilités au-delà des pédagos. Selon lui, si les réformes « n’ont pas abouti aux effets escomptés », c’est parce qu’« elles se sont heurtées aux rigidités d’un des systèmes les plus lourds et les plus centralisés au monde ».

Parmi les noms qui circulent déjà pour le futur locataire de la Rue de Grenelle, figurent Annie Genevard ou encore Patrick Hetzel, deux farouches opposants à la réforme du collège. En juin 2016, ce dernier s’était livré sur son blog à une critique sévère de la faiblesse des socialistes sur les questions éducatives et les « ravages du pédagogisme » : « Jules Ferry, dans sa fameuse lettre aux enseignants, avait parfaitement compris que la personne qui était et qui devait rester au centre du système éducatif n’était pas l’élève mais le maître. Au lieu de rompre avec le pédagogisme, la gauche au pouvoir l’a magnifié. »

L’école, antichambre de l’entreprise

Mais la médaille conservatrice possède son revers libéral qui semble avoir échappé même à l’acuité d’Alain Finkielkraut.

L’école de Fillon sera recentrée sur les fondamentaux de sorte qu’à 15 ans, tous les élèves maîtriseront le « socle commun » de connaissances. Voté en 2005, et révisé récemment, ce « socle commun » souvent présenté comme le grand œuvre de François Fillon, ne fait que répondre aux injonctions de la stratégie de Lisbonne qui somme les pays de l’Union européenne de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Le socle commun évacue toute référence à des contenus disciplinaires en privilégiant une approche par compétences directement inspirée du monde de l’entreprise en vue d’optimiser « l’employabilité » de l’élève. L’éducation est ainsi d’abord un service rendu au monde économique dans lequel l’entreprise est placée au centre du système éducatif !

Fillon est aussi favorable à une forte autonomie des établissements, rouage essentiel à la libéralisation déjà engagée du système scolaire, aux stages en entreprise pour développer chez les élèves le « goût de l‘entreprise », aux regroupements disciplinaires et à la polyvalence des enseignants. Il s’inspire là d’un rapport de la Cour des comptes de 2013 qui estime que la spécialisation disciplinaire impose une gestion trop complexe. Des profs multi-tâches pour simplifier le système, un bac « simplifié » – c’est une école toute en « simplification » que François Fillon entend fonder.

De l’écrit à l’écran

De même, ce n’est pas le libéral conservateur Fillon, grand partisan de l’école numérique, qui inventera « l’école sans écran ». Au contraire, sur ce point il entend bien faire passer les élèves « de l’écrit à l’écran » : « Au cours des cinq prochaines années, au moins 25 % des manuels scolaires devront passer au format digital. La réallocation d’une partie du budget des manuels scolaires papier (1350 millions d’euros annuels) permettra de lancer un programme d’achat de contenus pédagogiques numériques. Un marché sera ainsi créé pour les start-up françaises du secteur », déclarait-il en avril 2015 devant les étudiants de l’école Telecom ParisTech. On aimerait comprendre comment cette volonté de faire de l ’école la pointe avancée de l’innovation numérique peut aller de pair avec celle de la concentrer sur les savoirs fondamentaux. Au moment où Microsoft se livre à une drague intensive de l’Éducation nationale, il faudrait libérer l’école des écrans, et on dirait que Fillon entend plutôt la libérer des professeurs – plus remuants, certes, que des ordinateurs.

Il est vrai que, sous couvert de modernité et d’efficacité, l’opération permettrait à François Fillon de résoudre l’équation complexe qu’il s’est imposée : supprimer 500 000 postes de fonctionnaires. Sur la réduction qui touchera l’Éducation nationale, c’est le grand flou : « Il ne le dit pas aujourd’hui. […] Il y aura des arbitrages le moment venu. Nous nous réservons l’explication détaillée du programme pour la campagne présidentielle », a expliqué Patrick Hetzel à Acteurs publics. Certes, la qualité de l’école ne se mesure pas au nombre de postes. Reste que François Fillon a supprimé, avec Nicolas Sarkozy, 80 000 postes d’enseignants entre 2007 et 2012. Aura-t-il la main encore plus lourde ?

On peut donc au moins se demander si le conservatisme de François Fillon n’est pas fait de purs symboles que viendront balayer de grandes vagues libérales. En tout cas, il ne pourra rester très longtemps dans le flou : entre l’école de la République et celle des managers, il devra choisir.


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Antiterrorisme: le piège de l’Opération Sentinelle

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Un soldat de l'Opération Sentinelle en faction au Louvre. Sipa. Numéro de reportage : 00786786_000005.
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Un soldat de l'Opération Sentinelle en faction au Louvre. Sipa. Numéro de reportage : 00786786_000005.

L’opération Sentinelle n’augmente pas la sécurité des Français, elle la réduit. On peut raisonnablement estimer en effet que les 700 millions d’euros qui ont été dépensés pour engager des militaires dans les rues de France depuis 1986 auraient été bien plus efficaces investis ailleurs, au profit du renseignement intérieur par exemple. On peut penser également que les millions de journées d’engagement de nos soldats, l’équivalent de l’engagement en Afghanistan, aurait été plus utiles ailleurs, à l’entraînement par exemple ou sur d’autres théâtres d’opérations, où par ailleurs il aurait été infiniment plus probable de combattre des combattants ennemis. En justifiant l’arrêt de suppressions d’effectifs qui était en train d’étrangler silencieusement notre armée, l’opération Sentinelle a certes sauvé un temps notre capital humain militaire mais au prix d’une autre forme d’affaiblissement, plus lente, plus diffuse mais tout aussi réelle par réduction de la formation et l’usure des soldats.

Tous les soldats de Sentinelle ne se valent pas

Engagée au milieu des populations, une force armée est soumise au principe de « qualité totale ». Quand un homme porte sur lui de quoi tuer des dizaines de personnes, son comportement doit être exemplaire, totalement exemplaire même, puisque la moindre erreur peut avoir des conséquences terribles. Mais comme les soldats sont humains, la probabilité de cette erreur n’est jamais nulle et elle devient même non négligeable lorsqu’on la multiplie par plusieurs milliers. Statistiquement, il est impossible sur la longue durée d’empêcher les maladresses de manipulation ou les mauvaises réactions aux 5 agressions quotidiennes, verbales et parfois physiques, contre les soldats de Sentinelle en Île de France qu’évoque Elie Tenenbaum dans son étude, La Sentinelle égarée. Statistiquement, on ne peut pas éviter aussi les vols d’armes, comme les deux Famas (et munitions) dérobés le 2 février, à une patrouille qui revenait dans sa garnison d’origine. Placées entre des mains malfaisantes, ces deux armes peuvent, à elles seules, être à l’occasion de dégâts très supérieurs à tous les effets positifs que l’on aurait pu attendre de Sentinelle. En résumé, nos soldats sont bien formés et dans l’immense majorité des cas, ils se comporteront remarquablement. Il suffit cependant d’une seule défaillance pour provoquer une catastrophe, et avec la dégradation de notre capital humain la probabilité de cette défaillance s’accroît forcément.
Ajoutons, ce qui n’est jamais évoqué, que si pour les passants, tous les soldats de Sentinelle se ressemblent, il existe en réalité de très grandes différences de compétences entre eux. Le combat est chose complexe et bien plus psychologiquement que techniquement. Si tous nos soldats sont bien formés à l’usage des armes individuelles, au moins les fusils d’assaut, il y a forcément un décalage important entre une jeune recrue d’une spécialité de soutien et un fantassin vétéran. Dès lors qu’il s’agit d’aller au-delà de la simple autodéfense face à un individu isolé, entre un groupe de combat ad hoc de mécaniciens ou de transmetteurs et un groupe de combat organique et expérimenté d’infanterie, ce décalage est encore plus flagrant. Mener des combats rapprochés urbains au milieu des populations constitue le cœur de métier d’une section d’infanterie mais pas forcément celui des autres. Tous nos soldats peuvent constituer d’excellents et très coûteux vigiles, une minorité d’entre eux peuvent constituer des unités d’intervention (mais ils ne sont pas utilisés comme tels puisque dispersés).

Aucun attentat empêché par les militaires

Si on examine maintenant le bilan réel de l’engagement de militaires sur le territoire métropolitain depuis octobre 1995, date à partir de laquelle la présence militaire a été permanente, on constate que strictement aucun attentat, de quelque origine qu’il soit, n’a jamais pu être empêché par cette même présence. Peut-être que certains ont été dissuadés par elle mais on ne dispose, à ma connaissance, d’aucun témoignage dans ce sens en plus de vingt ans. Les seuls terroristes que les soldats ont finalement neutralisés sont ceux qui les ont attaqués, comme à Nice le 3 février 2015, à Valence le 1er janvier 2016 et donc le 3 février dernier à Paris, au Carrousel du Louvres. On saluera, le professionnalisme dont ont fait preuve nos soldats à chaque fois, n’hésitant pas à accepter des risques supplémentaires et maîtrisant parfaitement l’emploi de leurs armes pour éviter de blesser des innocents, mais on remarquera aussi l’incohérence dans laquelle on les à placés.

On notera d’abord, détail technique mais qui peut avoir son importance, combien la munition utilisée, la 5,56 à faible capacité d’arrêt et capable de rebondir sur les murs est délicate d’emploi dans ce contexte. Au Louvre, il aura fallu tirer plusieurs fois à bout portant pour arrêter l’agresseur, ce qui aurait pu avoir des conséquences graves, sur le soldat attaqué lui-même qui aurait pu être frappé à nouveau, et sur l’environnement, chaque coup tiré accroissant la probabilité de toucher aussi un camarade ou un civil (le seul cas à ce jour est une blessure par ricochet de balle 5,56 mm). Cette faiblesse de la munition est connue depuis des dizaines d’années, il faudrait probablement combiner l’emploi de Famas avec d’autres armes à plus forte puissance d’arrêt. Comme l’équipement de combat rapproché n’a jamais été une priorité stratégique en France, le problème demeure.On notera aussi bien sûr et surtout, que dans les trois cas cités, les soldats ont été surpris par l’attaque et qu’ils l’ont emporté grâce à leur sang-froid et armement très supérieur à celui des agresseurs. Ceci est un point clé : celui qui veut attaquer des soldats, parfaitement visibles alors que lui-même est anonyme, aura presque toujours l’initiative. Le remplacement des postes fixes, en « pots de fleurs », par des patrouilles mobiles a un peu réduit cette faiblesse mais comme il est de toute façon interdit aux militaires d’interpeller et contrôler qui que ce soit, celui qui veux attaquer des militaires en trouvera toujours et pourra dans la quasi-totalité des cas agir le premier. Pour peu qu’il dispose, non pas d’un couteau ou d’une machette, mais d’armes à feux, comme Mohammed Merah en mars 2012, et la parade devient beaucoup plus difficile. On peut toujours compter sur sa maladresse mais comme l’agresseur ne cherche pas forcément à fuir et à échapper à la riposte, il lui est possible de s’approcher plus près de sa cible et accroître ainsi sa probabilité de coup de but.

L’opération Sentinelle est en réalité soumise à une contradiction. Une patrouille de soldats est la preuve visible que le gouvernement « fait quelque chose » mais que ce quelque chose soit efficace est une autre question. De fait, on l’a vu, ce n’est pas efficace pour arrêter les attentats, et il n’est même pas sûr que cela ait l’effet anxiolytique tant vanté (il se peut même que cela ait aussi l’effet inverse). Pour être tactiquement un peu plus efficace dans une mission de protection de la population française, il faudrait en réalité que les soldats soient discrets et aient la capacité d’interpeller et contrôler, qu’ils soient en fait des policiers en civil. Les soldats ne sont pas des policiers et il ne faut évidemment pas qu’ils le soient. Quel est alors l’intérêt de mettre des soldats dans les rues ?

Employons nos soldats comme soldats

On pourra arguer, et cela a été le cas après l’attaque du Louvre, qu’ils ont fait barrage à une attaque de civils, en oubliant que si quelqu’un veut attaquer des groupes de civils hors de présence de soldats, il n’a que l’embarras du choix. Les soldats du 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Carrousel du Louvre ont, très probablement, été attaqués parce qu’ils étaient là et que s’ils ne l’avaient pas été, c’est une autre patrouille qui aurait été attaquée et non des civils dans le cadre de ce que les agresseurs islamistes considèrent comme un affrontement entre combattants. Comme pour les policiers attaqués à la Goutte d’or en janvier 2016 ou le double-meurtre de juin 2016 à Magnanville, il s’agit aussi de s’en prendre aux forces de sécurité de l’Etat. On pourra considérer, argument ultime mais en réalité très hypothétique, que ces hommes et ces femmes servent de « paratonnerres » et qu’il vaut mieux que ce soit eux, préparés et armés, qui servent de cibles plutôt que des civils impuissants. Certains vont quand même plus loin, en faisant de nos soldats des « pièges » à djihadistes, un peu de la même façon que l’on créait des bases dans le Haut-Tonkin pour attirer une armée Viet-Minh insaisissable autrement. Dans ce cas, il faut constater que le bilan comptable de Sentinelle est quand même plutôt maigre. Il serait infiniment plus élevé si on employait nos soldats comme des soldats c’est-à-dire en les lançant directement sur l’ennemi au lieu de les utiliser simplement comme cibles. Surtout, pour reprendre l’exemple indochinois où les choses se sont plutôt mal terminées, ce genre de stratégie est, employée seule, forcément destinée à échouer. Lorsque nos ennemis réussiront à tuer un puis plusieurs soldats de Sentinelle, après les avoir été attaqués uniquement parce qu’ils étaient soldats, pérorera-t-on encore que cela prouve justement l’efficacité et l’intérêt de l’opération ? Il hélas est probable que oui, l’inverse étant un aveu d’une mauvaise décision. Encore une fois, si on fait le choix d’augmenter la densité de protection de la population, c’est-à-dire concrètement avoir une masse critique d’hommes et de femmes armés au milieu de la population, ce n’est pas l’engagement de quelques milliers de soldats très visibles qui changera grand chose mais un accroissement de la quantité et de la qualité de présence policière ainsi que, et peut-être surtout, de l’élargissement de l’autorisation de port d’armes à toute la population légitime et compétente pour en faire un usage efficace. Les soldats, et particulièrement les unités d’infanterie, seront sans doute bien utile en unité d’intervention. Il y avait auparavant une section en « disponibilité opérationnelle », prête à intervenir immédiatement jour et nuit, pourquoi ne pas réactiver ce système ainsi que des postes de commandement en alerte ? Il n’y a pas (encore) dans l’armée de syndicats pour trouver cela intolérable et cela sera sans doute plus utile que Sentinelle.

Sentinelle est effectivement un piège mais pour nous. Sauf un improbable courage intellectuel et politique de l’exécutif en place, il faudra probablement attendre un gouvernement avec un peu de hauteur et une vraie vision stratégique avant d’en sortir.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site du Colonel Michel Goya.

Le système Macron est en marche

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Caricatures géantes des candidats à la présidentielle en préparation pour le carnaval de Nice, janvier 2017. SIPA. 00790880_000012
Caricatures géantes des candidats à la présidentielle en préparation pour le carnaval de Nice, janvier 2017. SIPA. 00790880_000012

Eh bien voilà, ça n’a pas été long. Le dossier de l’enquête préliminaire dans l’affaire Fillon est déjà à la disposition du Monde. Et ce en violation des lois sur le secret professionnel et le secret de l’enquête. Violation pour laquelle il n’y aura jamais, et comme d’habitude, la moindre investigation. La loi sous François Hollande et ses amis serait-elle à géométrie variable ? J’avais écrit la semaine dernière que les gazettes amies seraient dûment alimentées en pièces du dossier. Nous y sommes, et il faut relever la maîtrise et la rigueur avec laquelle les services concernés accomplissent leur mission…

 

A qui profite le crime Fillon?

L’offensive médiatico-politique contre François Fillon mérite bien la qualification « d’assassinat politique ». Dans le Code pénal, l’assassinat est le meurtre avec préméditation. Voir dans ce qui arrive au candidat de la droite une génération spontanée, ou le fruit du hasard serait parfaitement grotesque. La préparation de longue main saute aux yeux, même si une fois lancé, le phénomène s’auto-alimente. Certaines informations sur la façon dont tout ceci a été concocté commencent à filtrer et donnent corps à ce qui est désormais plus qu’une hypothèse. Il faut certes reconnaître qu’avec son passif et sa faiblesse dans le combat, François Fillon a fourni toutes les verges pour se faire battre et donné envie à ses amis de le débrancher. À sa décharge, disons qu’il avait affaire à forte partie.

Ce qui renforce la thèse d’une opération préparée, c’est la déduction habituelle de l’enquêteur à partir de la réponse à la question « à qui profite le crime ? ». Après le nouveau show du télévangéliste Macron à Lyon, on pourrait penser que celui-ci serait à la manœuvre, utilisant informations et réseaux constitués lors de son passage à Bercy. Malheureusement c’est pire que ça. Le scénario initial était de porter Juppé à l’Élysée et Macron à Matignon. Raté, malgré le déplacement de 600 000 électeurs de « gauche » à la primaire de droite.

Alors il a fallu se rabattre sur une savonnette politique dont le lancement s’est opéré en utilisant toute la puissance et les codes de communication du système. Inutile de revenir en détail sur la propagande furieuse dont il a bénéficié dans tous les médias nationaux, cela relève plus que de l’évidence. On nous a fabriqué à partir de rien une fausse vedette, à la culture et à l’intelligence soi-disant supérieures, qui fut pourtant un très médiocre ministre, et jusqu’à présent n’a rien produit de notable sur le plan intellectuel. Qu’a-t-il écrit ou dit d’intéressant depuis qu’il est sorti de l’ENA ? Qualificatif que ne méritent ni le triste « livre » intitulé sans peur du ridicule, Révolution (!), ni les enfilages de banalités que sont ses discours. Lesquels commencent d’ailleurs de plus en plus à ressembler à des sketches.

Macron, le candidat des élites

Non, Emmanuel Macron n’est là que parce qu’il sert de roue de secours à un système aux abois, qui rassemble des grands intérêts économiques et financiers, auxquels se joignent tous ces serviteurs de l’oligarchie qui profitent depuis des années d’un capital financier et symbolique qu’ils souhaitent  à tout prix conserver. Il y a là quelques grands industriels mais surtout des banquiers, des politiciens de la fausse gauche qui appréhendent les conséquences de la catastrophe Hollande, des hauts fonctionnaires sans morale, une caste médiatique qui ne veut rien lâcher, et la petite collection d’imposteurs baby-boomers qui nous pourrissent la vie depuis près de cinquante ans. Ce n’est pas un hasard si la troupe des insupportables, Kouchner, Cohn-Bendit, Minc, Attali, BHL, Bergé se sont précipités au soutien du Justin Bieber de la politique, le chéquier probablement ouvert pour ceux qui en ont les moyens. Alors, ces élites au bord de l’effondrement ne lésinent pas sur les méthodes, même si incontestablement Macron a rencontré un public, celui des jeunes des couches moyennes supérieures, qui vont bien, qui souhaitent que ça dure et qui se désintéressent complètement de la France d’en bas, dont ils n’ont en général aucune idée des conditions de vie et de la colère.

Le problème, c’est que cela ne fait pas une majorité, alors si on veut qu’il arrive au second tour contre Marine Le Pen il va falloir soulever le capot et mettre les mains dans la mécanique, quitte à se les salir un peu. Pour essayer d’en faire une icône, on va lui fournir des costumes voire des uniformes sans rapport avec ce qu’il est en réalité. Quitte à mobiliser pour cela des gens dont le registre habituel n’est pourtant pas celui de la groupie du type de celles qu’on voit dans les meetings.

Ce phénomène d’attraction soudaine n’est pas quelque chose de si rare, l’industrie du spectacle (notamment de la chanson) s’en sert tous les jours. C’est seulement au fil du temps que l’on peut vérifier s’il y avait un vrai talent ou une vedette Kleenex. Le marketing utilisé pour lancer Macron relève bien de cette logique. Et permet des surenchères surprenantes, certains allant jusqu’à lui enfiler un uniforme de général de brigade – ce qui confine au ridicule.

Cette bienveillante presse d’investigation

Lorsque Charles De Gaulle est parti à Londres, il était tout seul et la poignée de ceux qui l’y ont rejoint ne savaient même pas qu’il existait. Comme l’a dit à propos des Français, Élisabeth de Miribel sa secrétaire : « À l’été 40 Londres n’était pas une ville où on arrivait, mais une ville dont on partait ». Le véritable élan populaire ce fut à la fin des années 40 avec le lancement du RPF. Soyons sérieux, et tout ceux que l’on entend, après chacun de ses meetings, dans une sorte de course aux places, se répandre en flagorneries feraient bien de retrouver leur sang-froid.

Mais il y a pire dans la façon dont est organisée l’opération Macron. Nous sommes confrontés à des défaillances institutionnelles très graves qui lui donnent un tour très préoccupant. La presse nationale, qui tire à l’arme lourde sur François Fillon, a des pudeurs de violette dès qu’il s’agit d’aborder la question du financement de la campagne électorale de la starlette. Celui-ci dispose manifestement de moyens considérables. Une campagne de cette envergure coûte très cher. D’où vient l’argent ? Qui finance tout cela et à quelles hauteurs ? Il y a pourtant des règles très strictes non seulement sur les plafonds que l’on ne peut pas dépasser, mais également l’origine des fonds. Tout le monde se pose la question mais personne ne la pose. Hou hou les « journalistes d’investigation », cela ne vous gêne pas que Macron refuse de communiquer la liste de ses donateurs, alors que celle-ci devra figurer dans son compte de campagne ? D’ailleurs à ce propos, l’utilisation des moyens de Bercy quand il était ministre pose la question du don interdit qui peut provoquer l’invalidation du compte de campagne, au-delà du fait que c’est aussi une infraction pénale. Hou hou, Monsieur le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne vous êtes bien discret cette fois-ci. On vous a connu plus prolixe et plus sévère dans vos avertissements. Hou hou Monsieur Schrameck président du CSA chargé du contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels, votre attention n’est pas attirée par les énormes déséquilibres de temps de parole qui sautent aux yeux dans cette campagne ? Hou hou Madame Ernotte, présidente du service public radiotélévisé, pas de problème que soit violée quotidiennement l’obligation faite par la loi d’un équilibre pluraliste dans les médias sous vos ordres ? Enfin, ne troublons pas le sommeil paisible de Laurent Fabius, pourtant président du Conseil constitutionnel chargé du contrôle de la régularité du scrutin.

Le jeu de qui-vous-savez

Nous sommes donc contraints de constater que les pouvoirs et autorités, presse comprise, qui ont pour mission de veiller à la légalité et à la sincérité de cette élection, la plus importante de la démocratie française, sont défaillants. Pourquoi ? À cause de cette volonté compulsive et grossière d’élites détestées, de faire advenir Emmanuel Macron, candidat adoubé du système pour que surtout rien ne change ? Mais tout cela va produire un contre-effet dévastateur ! Le lynchage médiatico-judiciaire de François Fillon, aussi justifiés soient les reproches qui lui sont faits, n’est pas séparable de l’autre face de la pièce, la promotion fébrile du candidat de l’immobilisme. Ceux qui sont à la manœuvre nous avaient déjà donné l’habitude de la désinvolture avec laquelle ils traitaient les institutions, maintenant, c’est carrément de l’inconscience.

Marine Le Pen peut leur dire merci.

Révolution

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Macron, plan B de Hollande

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hollande macron montaigne fillon
Sipa. Numéro de reportage : AP21944212_000002.
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Sipa. Numéro de reportage : AP21944212_000002.

Benoît Hamon est donc l’heureux élu primaire, Emmanuel Macron va, court, vole et nous gonfle, Fillon est dans les enquiquinements — que le Canard ait été abreuvé par le ministère des Finances (mais non, pas par Sapin ! Il y a de tout aux Finances, et surtout pas des gauchistes ! Il y a même des sarkozystes…) ou par une « officine » au service de — de qui ? De Rachida Dati ? Hmm…

Il y a trois mois, alors que nous ne savions pas si le président de la République en titre irait ou non à l’abattoir, je disais ma certitude que Macron était le plan B de Hollande, dont l’objectif final est de faire triompher le néo-libéralisme (qu’il soit de droite ou de gauche n’a aucun sens en pratique) et d’annihiler le PS, refuge des Cambadélis et autres Bartolone — tous des petites pointures, si on en croit ce que racontait complaisamment le même Hollande aux deux journalistes invités à ses levers et à ses couchers. J’ajoutais que Mélenchon était le caillou dans la chaussure de ce même Hollande — le miroir impitoyable dans lequel il se reconnaît en homme de droite.

Il fallait donc grignoter le Parti de gauche, qui est le remords personnifié, la preuve vivante que le PS est de droite. D’où l’Opération Hamon, bien parti pour devancer Mélenchon, en donnant à tous les déçus du PS un prétexte pour voter encore une fois pour ce parti de gougnafiers. Cocus de 2012, à vos bulletins ! Il y a du candaulisme chez certains électeurs de gauche… On prostitue la république à un Macron en faisant semblant de soutenir Hamon. Bien joué.

Sans compter que Hamon, l’homme qui justifie le fait qu’il n’y ait pas de femmes visibles dans certains quartiers, est islamo-compatible — ce que n’était pas Valls, dont on peut critiquer bien des points, mais pas son engagement laïc. Avec Hamon, on chasse sur les terres du NPA et du PIR. L’islamo-gauchisme n’est qu’un prétexte : l’essentiel, c’est que la France en tant que nation disparaisse, que les Français en tant que peuple disparaissent, remplacés par une mosaïque de communautés qui…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Si, légaliser le cannabis est la solution

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Un manifestant de la 15ème marche pour le cannabis à Paris, mai 2016. SIPA. 00755736_000002
Un manifestant de la 15ème marche pour le cannabis à Paris, mai 2016. SIPA. 00755736_000002

N’étant pas socialiste, je n’ai pas voté à la primaire. Son vainqueur, Benoît Hamon, provoque chez moi des sentiments contraires. Si sa sortie mensongère sur les bars ouvriers du XIXème siècle visant à relativiser l’interdiction des cafés aux femmes de certains quartiers m’a révulsé, je dois confesser que sa volonté de légaliser le cannabis me plaît.

Lire aussi >> Non, légaliser le cannabis n’est pas la solution: récit d’un repenti de la dope

Cet enthousiasme n’est, malheureusement, pas partagé par Patrick Barthelot qui l’a fait savoir sur ce même site. Cet homme qui fumait du « hash » il y a quarante ans et s’est même permis de gober un buvard de LSD à l’occasion, a aujourd’hui cessé de consommer du cannabis. Heureux de cette évolution personnelle il semble penser qu’elle doit s’appliquer d’office à tous les amateurs de la substance.

Contre-vérités et approximations

Avant d’évoquer son vécu, l’auteur introduit son propos par quelques contre-vérités et approximations que je me permets de relever :

– L’auteur évoque une « guerre, quelquefois bruyante entre stups et trafiquants » et feint d’ignorer ce que nous apprennent les chiffres de l’OFDT dans le rapport de l’année 2014 à savoir que les interpellations concernent à 90% des faits de consommation. La guerre n’est pas menée contre des trafiquants insaisissables qui se prélassent en Espagne et en Thaïlande mais contre des petits « cannabiculteurs » et de simples usagers, dont certains sont des malades atteints du VIH ou de douleurs chroniques qui cherchent seulement à se soigner.

« Certains vantent ses vertus thérapeutiques » critique encore  Patrick Barthelot. Si demain, je ne lui souhaite pas, il est atteint de sclérose en plaques ou voit un proche malade de l’atroce syndrome de Dravet, nul doute qu’il parlera des effets thérapeutiques du cannabis avec moins de légèreté. Le cannabis permet, entre autres, de soulager les malades souffrant de stress post-traumatique. Nos soldats, policiers et survivants des attentats islamistes pourraient ainsi être traités comme ils le méritent.

– Un autre raccourci tend aussi à nous démontrer que le cannabis augmente le risque de développer la maladie d’Alzheimer. C’est le contraire, le cannabis semble protéger contre cette maladie.

Les prohibitionnistes font le jeu des dealers

Patrick Barthelot raconte ensuite son expérience personnelle. Plaisante au départ, sa consommation de cannabis est, selon lui, à l’origine d’un assèchement émotionnel qui l‘a poussé à y mettre fin. Si le fait d’arrêter de consommer du cannabis lui permet d’être plus épanoui dans la vie, libre à lui de cesser d’en user. Mais la mauvaise expérience qu’il retire du cannabis est loin d’être partagée par tous les usagers. Nombreux sont ceux qui, comme moi, consomment du cannabis tout en étant heureux et épanouis dans la vie et n’entendent pas arrêter d’en user.

Alors qu’au Colorado on vérifie deux fois l’âge des clients dans les dispensaires récréatifs (je l’ai constaté par moi-même), les dealers « français » emploient des gamins de 14 ans qui vendent à des gamins de 16 ans pendant que des gamins de 12 ans montent le guet.  Alors que les dispensaires récréatifs de quatre (bientôt huit) Etats américains et les dispensaires médicaux de 28 Etats payent des millions de dollars d’impôts, nos dealers renvoient au « bled » ce qu’ils n’ont pas versé aux djihadistes (ou à Baraka city et au CCIF). Les petits « cannabiculteurs » français quant à eux, préféreraient sûrement payer des taxes et être protégés des vols, souvent violents, dont ils font l’objet.

Quoi qu’ils en disent, les prohibitionnistes font le jeu des dealers dont ils défendent le gagne-pain. Et quand, ça arrive, ils n’ont d’autres arguments que de me traiter de « gauchiste », je leur rappelle avec un malin plaisir que Nigel Farrage, Alain Madelin ou Eric Brunet sont d’accord avec moi. Que Donald Trump soutient l’usage médical du cannabis « à 100% » et que tout en votant pour la légalisation du cannabis les électeurs californiens ont réaffirmé leur soutien à la peine de mort.

L’alcool et le tabac sont bien plus dangereux

Alors que nous sommes en guerre contre l’islamisme et que l’islam politique grignote chaque jour un peu plus notre chose publique, nous continuons de consacrer plus de 10% de nos forces de police à la lutte contre le cannabis. On ne peut pas être au four et au moulin dit la sagesse populaire, et pendant qu’un policier sur dix traque le fumeur de joint il ne surveille pas les fichés S ni n’enraye la vague de cambriolages qui frappe la France (en particulier la France périphérique). Le talent de nos policiers et nos places de prisons doivent être réservés à ceux qui volent, qui violent et qui tuent, pas à ceux qui ont choisi de consommer un produit moins dangereux que l’alcool.

Alors que chaque année la surconsommation d’alcool tue près de 50 000 Français, celle du tabac plus de 70 000, celles liées au cannabis étaient au nombre… de 6 en France en 2010. Pour faire la guerre à cette substance des policiers ont brulé vifs à Viry-Chatillon. Voilà le prix de la lutte contre « l’asséchement émotionnel ».

« Une drogue comme les autres » aux yeux de Patrick Barthelot. Les témoignages d’anciens toxicomanes qui ont pu mettre fin à une addiction à des drogues dangereuses tels que l’héroïne, l’alcool ou la crystal meth grâce à un traitement au cannabis se multiplient pourtant aux Etats-Unis. Eux, dont l’histoire est autrement plus triste, sont des vrais rescapés de la dope. Et ils le sont grâce à la légalisation du cannabis.