Le « charmant petit monstre », expression consacrée de François Mauriac à Françoise Sagan, est devenu un marronnier de la critique. Chaque rentrée littéraire compte désormais, et depuis plusieurs années, autant de charmants petits monstres que de primo et jeunes romancières. Nous épargnerons donc ce qualificatif à Pauline Klein, dont Les souhaits ridicules est le troisième roman. Non qu’elle ne le mérite pas.
Inspiré du conte populaire éponyme, principalement rapporté par Perrault, le roman reprend tous les accessoires du merveilleux mais énoncés à la première personne et transposés dans un univers contemporain. On y trouve des objets magiques, des transformations étonnantes, voire tératologiques, quelques princes charmants et autant de crapauds, ainsi qu’un druide. On passe quelquefois tout près du fantastique. Jeune mère de famille, la narratrice est frappée d’un sentiment d’étrangeté, un soir, en rentrant chez elle, et ne reconnaît pas ses propres enfants. Un autre soir, en boîte de nuit avec ses amis homosexuels, elle ne reconnaît plus sa féminité, enviée, fantasmée et singée par ceux qui l’entourent. « À côté d’eux, j’ai l’air d’un bourrin ».
Un personnage rare dans un conte
La réalité est parfois entièrement stylisée, comme dans ces chapitres où la narratrice tente de séduire le jeune Baptiste et se confond peu à peu avec une chienne. En réalité, Pauline Klein décrit une chose rare dans ce roman : une mère de famille jeune et gracieuse, un personnage évadé d’un conte parce qu’il n’y trouvait pas sa place. « Les enfants hurlent de plus belle, et je ne sais plus qui sauver en premier. » On entend la voix d’un vrai écrivain, on se promène sur les chemins d’un vrai autre monde, complet, complexe et compréhensible aux lisières.
Le conte, nous le savons, nous autres grandes personnes, est le déguisement allégorique édifiant de toutes les monstruosités humaines. Dans Les souhaits ridicules, ce qui est le moins souhaitable et le plus ridicule, c’est de parvenir à l’âge adulte. L’âge où l’on n’a plus peur du loup, où on le déplore, où on est presque triste de le maîtriser, de le connaître, et où l’on veut en inventer un autre.
D’ailleurs, l’autre nouveauté de la maison Allia, cette rentrée fait la part belle aux monstres humains. Dans L’été des charognes, Simon Johannin raconte la cruauté suintant de toutes les rues et de tous les murs d’un « village de nulle part » vue par les yeux d’un enfant. L’autre loup, le vrai et le plus terrifiant, les hommes le portent en eux.
Pauline Klein, Les souhaits ridicules, Allia, 2017.
Simon Johannin, L’été des charognes, Allia, 2017.
Judith et Holopherne, Le Caravage, 1599. Ce thème deviendra un des sujets favoris des artistes caravagesques et tout particulièrement du Valentin.
Si vous ne devez voir qu’une exposition cette année, il faut vous rendre sans hésiter à la rétrospective Valentin de Boulogne au Louvre. Cet artiste caravagesque, actif à Rome au début du xviie siècle, est le premier grand peintre français par la chronologie. Il est aussi le premier, ou l’un des tout premiers, toutes époques confondues, par le génie. L’exposition a d’abord été présentée à New York où le public américain a, semble-t-il, été époustouflé par ce peintre que peu connaissaient. Les lecteurs de Causeur ont, quant à eux, déjà eu l’occasion de s’arrêter sur Le Valentin dans un numéro précédent[1. Causeur no 16, septembre 2014, p. 88.]. Il s’agit donc de comprendre pourquoi cet immense artiste a été si largement occulté et pourquoi il refait surface à présent.
La première raison est certainement que Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571-1610), est l’arbre cachant la forêt du caravagisme. Il accapare les recherches, les publications et l’attention du public. Il faut cependant remettre cet artiste à sa juste place. D’abord, il convient de faire la part du romanesque résultant d’une vie où se conjuguent rixes, homosexualité et crime. Ensuite, rappelons que, durant l’essentiel de sa carrière, Caravage produit des scènes de genre et des œuvres de format moyen qui n’auraient jamais eu en elles-mêmes un grand retentissement. Longtemps il n’est qu’un peintre du xvie siècle tardif parmi d’autres. Tout change à partir de 1600, quand il accède à des commandes ecclésiastiques. Il réalise alors de grandes compositions où des éclairages crus désarticulent la compréhension rationnelle du monde et lui substituent une vision de l’humanité particulièrement tragique, violente et érotisée. C’est le cas, en particulier, de l’inoubliable Martyre de saint Matthieu qui inaugure le grand Caravage. Cette période féconde et décisive s’étale sur moins de dix ans. Ensuite, tout à la fin de sa vie, Caravage fuit dans le Sud et on est très surpris d’observer que le niveau de sa peinture baisse. Ses dernières compositions, conservées à Syracuse, comme sa Résurrection de Lazare, paraissent plus faibles et presque académiques.
Il ne faut pas voir en Caravage un maître suivi de pâles épigones, mais plutôt un précurseur. Le début du xviie italien connaît, en effet, un foisonnement artistique extraordinaire. On pourrait parler de « Renaissance » si le terme n’était pas déjà pris pour qualifier la période précédente. Dans le paysage, on trouve d’abord la famille des caravagesques au sens strict. Ces artistes relativement nombreux ont notamment[access capability= »lire_inedits »] en partage un goût marqué pour l’irruption de lumières contrastées dans des atmosphères de ténèbres. Deux figures dominent : celle de José de Ribera (1591-1652) et celle du Valentin de Boulogne (1591-1632). On trouve aussi, à la même époque, des artistes relevant d’autres sensibilités, mais ayant intégré à leurs œuvres une dose plus ou moins importante de caravagisme. C’est le cas par exemple de Guido Reni (1575-1642), Bernardo Strozzi (1581-1644), Massimo Stanzione (1585-1656) et le Guerchin (1591-1666). Tous ces artistes ont des personnalités singulières et des styles puissants qui, bien souvent, n’ont rien à envier au Caravage, même s’ils sont moins connus du public.
Le Valentin se distingue par trois caractères importants. D’abord, il a une compréhension particulièrement aboutie de la lumière. Il en fait une sorte de grâce imprévisible arrachant des morceaux du monde à l’obscurité chaotique où il se perd. Ensuite, en méditant sur la peinture vénitienne, il accède à une picturalité puissante, riche en transparences et vibrations, là où Caravage en reste souvent à une facture un peu plate. Enfin, le Valentin a une vision très personnelle de l’existence, imprégnée de noirceur. La vie pour lui est morne par défaut, juste ponctuée de temps à autre par des fulgurances. Ses personnages ont fréquemment le regard triste et la bouche entrouverte. Ses contemporains ne s’y trompent pas. Le Valentin est considéré à Rome comme l’un des principaux artistes de son temps.
La Judith et Holopherne
Ce tableau conservé à Malte est une des dernières œuvres du Valentin. Il n’est cependant âgé que de 37 ans. La peinture se réfère à un épisode des livres deutérocanoniques (deuteros = secondaire) de l’Ancien Testament catholique, le texte étant jugé apocryphe par les autres traditions. Il raconte comment une belle et jeune veuve, Judith, aidée de sa servante, écarte la menace d’une invasion assyrienne en séduisant puis en décapitant le général ennemi, Holopherne. Cette histoire est traitée par de nombreux artistes caravagesques. Caravage lui-même en produit une version aux alentours de 1598. La Judith de Caravage et celle du Valentin sont donc séparées par seulement trente années. Il est tentant de faire la comparaison. Difficile de ne pas voir l’éclatante supériorité du Valentin. La facture, relativement plate chez Caravage, a chez le Valentin un lyrisme vibrant, mais contenu, qui en fait le digne héritier des Vénitiens. La composition en frise de Caravage présente des personnages caricaturaux et peu crédibles. Celle du Valentin, plus resserrée, est d’une simplicité racinienne. Holopherne, renversé, a une pose stupéfiante, à la fois bestiale et humaine jusque dans la pilosité. Mais c’est surtout avec la figure de Judith que le Valentin exprime sa sensibilité mélancolique. Contrairement à la plupart des Judith, la sienne n’est ni sadique, ni cruelle, ni effrayée par l’horreur des circonstances.Elle est morne et songeuse. Elle a un beau visage triste, presque inexpressif. Elle semble tout entière habitée par un rêve. Avec sa grande épée, elle tranche la tête d’Holopherne comme une boursouflure grotesque, une inutile et géante verrue. Elle est un ange du désencombrement ! Pour le Valentin, le salut paraît synonyme de désencombrement. Chacun, en regardant ce tableau, peut y retrouver quelque chose de sa propre vie. Rares sont les peintures qui en un flash visuel vous communiquent cette sorte de compréhension instinctive de l’existence.
Dans ce contexte, on lui commande une grande composition pour Saint-Pierre de Rome. Il s’agit d’un Martyre de saint Processe et saint Martinien. Les visiteurs comparent aussitôt cette peinture au Martyre de saint Érasme réalisé par Poussin et présent dans les mêmes lieux. Si l’on reconnaît à ce dernier du talent pour le dessin, beaucoup ont le sentiment qu’il s’agit d’un talent sec et scolaire. La préférence de nombreux amateurs va au Valentin pour sa picturalité et son tragique. Son œuvre se comparerait plus volontiers avec L’Ensevelissement de sainte Pétronille du Guerchin, l’une des toiles emblématiques de cette époque. Poussin devient cependant la figure tutélaire de la peinture française, tandis que Le Valentin constitue pour beaucoup une référence alternative. Il devient à Poussin ce que Delacroix sera à Ingres, une incarnation de la verve picturale face au froid académisme.
Le Valentin laisse une soixantaine d’œuvres dont la moitié sont exceptionnelles. Les occasions d’en acquérir sont rares, mais Mazarin, Louis XIV et Louis XV les collectionnent. La gloire du Valentin persiste jusqu’à la fin du xixe, bien que peu de ses tableaux soient présents en France.
Au xxe siècle, le Valentin tombe dans un relatif oubli. Bizarrement, c’est un artiste caravagesque mineur et provincial qui va prendre la vedette, Georges de La Tour (1593-1652). Ce peintre qui ne voyage pas en Italie adopte un caravagisme de seconde main auprès des Flamands. Actif à Lunéville, en terre d’empire, il est remarqué et étudié à partir de 1915 par Hermann Voss (1884-1969). Cet historien de l’art est aussi une figure importante du nazisme. Représentant spécial du Führer pour la constitution du musée de Linz, il prend part à haut niveau aux spoliations et à la lutte contre l’art « dégénéré ». Une exposition Georges de La Tour est organisée à Paris en 1934. Ses effets de lumière et son goût du pittoresque peuvent paraître un peu faciles, mais ils séduisent le public qui y voit un artiste typiquement français. Une autre rétrospective a lieu en 1972. On édite même des timbres. La Tour connaît ainsi une étonnante popularité qui occulte en grande partie celle du Valentin jusqu’à nos jours.
C’est donc à la redécouverte d’un des plus grands artistes de l’histoire que nous convie le musée du Louvre. Il semble que les esprits soient mûrs, à l’heure où une nouvelle peinture figurative naturaliste prend son essor international. C’est peut-être un signe des temps.
À voir absolument : Valentin de Boulogne, musée du Louvre, jusqu’au 22 mai (rétrospective jumelée avec une exposition Vermeer et les maîtres de la peinture de genre).[/access]
Un sondage doit toucher un public bien déterminé dans un journal bien déterminé. Il a pour ambition de prêcher des convaincus. Des convaincus qui aiment se faire peur ou voir confortée leur vision du monde. Le sondage est ce mal qui nous fait du bien : cette fois-ci, ce n’est pas de Boris Vian, c’est de Léo Ferré.
Ainsi, un grand journal du soir écrit en première page et en grosses lettres dans son édition du 7 mars : « Un tiers des français se disent en accord avec les idées du Front national. » On pourrait pour une fois se demander le but de ce sondage, plutôt que s’interroger sur le sens du résultat. Par exemple, se demander s’il ne s’agit pas de mobiliser les troupes démotivées de la gauche et de justifier les ralliements à Macron comme ultime barrage à Marine Le Pen. Ca peut toujours marcher, on ne sait jamais. Ca a bien marché avec Delanoë.
« Préférez-vous une société réellement communiste ou qu’un tremblement de terre détruise la France et qu’elle soit ravagée par la peste ? »
C’est peut-être pour ça qu’on n’a pas commandé de sondage, à droite, sur la fiabilité des députés UDI ou sur la crédibilité de Fillon qui déclare dans un meeting à Orléans : « Les voyous doivent redécouvrir ce qu’est la loi ». Là, on risquerait plutôt la démobilisation et de se retrouver ave un résultat peu conforme aux attentes des commanditaires.A moins de poser la bonne question, comme le tonton de Boris Vian. Par exemple, « Trouvez vous digne l’attitude des députés UDI ou préférez vous être atteint du typhus ? » ou bien « Le discours de François Fillon sur le respect de la loi est-il crédible ou préférez-vous être privé de la vue pour le restant de vos jours ? »
Moi, par exemple, si j’avais les moyens, je commanderais au Monde et, soyons fou, au Figaro et à Libération un sondage sur la popularité, à la veille de cette élection, des idées du Parti Communiste. Et pourquoi pas ? Il faut juste, encore une fois, choisir la bonne question. Par exemple: « Préférez-vous une société réellement communiste ou qu’un tremblement de terre détruise la France et qu’elle soit ravagée par la peste ? ». Je crois que je prouverais alors aisément à quel point les idées communistes sont en forme. Je vois déjà les grands titres barrant la une : « Neuf français sur dix se disent en accord avec les idées du PCF »
Ca me redonnerait le moral, tiens. Et toute ma confiance dans les sondages.
Najat Vallaud-Belkacem à Montpellier, décembre 2016. SIPA. 00783908_000027
La puissance du lobby pédagogiste (je parle des massacreurs du bon sens pour qui l’école est un chantier idéologique) ne vient pas seulement du fait qu’on l’a laissé occuper tous les postes stratégiques depuis des décennies ni de ses relais politiques et syndicaux et de son réseautage médiatique, mais de sa capacité à faire croire et à avoir laissé répéter partout qu’il était la gauche, qu’il était de gauche.
C’est évidemment une aberration. Seul le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et quelques autres partis semblent enfin commencer à défendre l’idée, pourtant évidente, que l’école de l’instruction (à l’opposé de l’école de la fabrique de la paix sociale et du prêchi-prêcha idéologique) puisse représenter une valeur qui va dans le sens de celles que prônaient un Hugo ou un Jaurès.
Il est entendu, et dans la presse notamment – qui n’aime pas toujours à remettre en question le prêt-à-penser que les faiseurs d’opinion lui donnent sur un plateau – qu’un anti-pédagogiste ne saurait être que de droite, voire d’extrême-droite (renchérissement stratégique oblige).
Il est urgent de travailler à dissocier radicalement l’idée de gauche, les valeurs de gauche avec celles du pédagogisme.
Ceux qui dévastent tranquillement l’école de la transmission, de l’instruction, ne sont pas la gauche : ils ne travaillent que pour les marchands.
Il faut à cette fin œuvrer – aussi – à un anti-pédagogisme de gauche virulent.
Reprendre un espace politique usurpé par des imposteurs
L’anti-pédagogisme (la lutte contre le « constructivisme » venu des Etats Unis, par exemple) pourrait, en fait, venir de tous les côtés de l’échiquier politique, car il est d’essence citoyenne et républicaine.
Mais la gauche qui se réclame de Condorcet, de Hugo et de Jaurès, devrait mettre les bouchées doubles et rattraper le temps perdu. Il s’agit de reprendre un espace politique usurpé par des imposteurs.
Quand on fabrique sciemment de l’illettrisme et de l’innumérisme, quand on promeut la médiocrité et le nivellement, « l’entertainement » bas de gamme, quand on discrédite l’effort intellectuel et la réflexion lucide, quand on allège sans fin les livres d’histoire, quand on supprime le latin et qu’on récuse la grammaire, bref quand on « hanounise » les esprits à marches forcées, on est définitivement disqualifié pour se prétendre « de gauche ».
JAMAIS un Brecht n’aurait défendu une telle « école », un Jean Vilar non plus ! Jamais un émancipateur du peuple n’aurait programmé une telle déchéance.
Qu’on invite tous les élèves au banquet de la connaissance, oui ! Qu’on serve une malbouffe infecte et que les examens deviennent un jeu de dupes, non !
Vive l’anti-pédagogisme !
Le journal Libération (qui délivre des brevets officiels incontestés de gauchisme ou plutôt de « gauchitude », celle en col roulé noir de Saint-Germain-des-Prés) confirmait il y a quelques temps ce que tout le monde croyait déjà savoir, grâce à la mise en scène éculée du lobby pédagogiste : volant au secours de Lussault et de sa bande, (sûrement après un coup de fil) ce journal nous apprend, en gros, que le Prédicat (nouveau grigri des pédagogos) est de gauche et le complément d’objet direct de droite.
Eh bien voilà, affaire classée ! A vos rangs politiques, fixes ! La rive gôche a rendu son verdict tant attendu. La réforme Terra Nova est intrinsèquement de gauche, ses promoteurs sont la gauche progressiste. Partant, ceux qui s’y opposent sont la droite (i.e, les bourgeois, les conservateurs, la rente, les salauds). Or donc, le Prédicat, promu par la réforme EST de gauche. Le Prédicat est un libérateur d’opprimés.
« C’est la lutte finale
Groupons-nous et demain
Le Prédicat
Sera le genre humain ! »
Ceux-là qui défendent le C.O.D veulent discriminer les élèves en les triant selon leur origine sociale et faire une école de l’exclusion et de l’entre-soi à l’opposé des valeurs de la démocratie. On peut supposer que si le C.O.D est de droite, le C.O.I est d’extrême droite et le C.O.Second, nazi : il me semble que la Cantatrice chauve ne verrait rien à redire à une logique aussi implacable.
A moins évidemment que Libération ne soit pas du tout un journal de gauche (on nous aurait caché des choses ?) mais un journal libéral libertaire s’insurgeant contre tout ce qui entrave le marché, comme cette vieille institution républicaine qu’on appelle l’École. Mais c’est impossible naturellement, puisque Libération est la gauche par essence. Il y a de quoi rigoler…
Comme Saint-Just voulait se hâter de rendre la philosophie populaire, il faudrait se hâter de rendre l’anti-pédagogisme populaire et surtout que tous les Partis se retroussent les manches pour redresser et réinstituer l’École.
ANNONCE
TROISIEME TABLE RONDE DU COLLECTIF CONDORCET
25 Mars 2017
9H30-18H
La France Insoumise, le Parti Socialiste, en Marche !, Les Républicains, Debout la France et le Mouvement Républicain et Citoyen ont d’ores et déjà répondu favorablement à notre invitation pour notre troisième table ronde le samedi 25 mars à L’École Normale Supérieure.
Le Collectif Condorcet invite les représentants de ces partis politiques à répondre à la question: « Quel projet pour l’Ecole de la République ? »
Cette 3° Table Ronde aura lieu dans la salle Jaurès de l’Ecole Normale Supérieure, au 29 rue d’Ulm, 75005 PARIS.
Seront représentés :
— La France Insoumise (Paul Vannier, professeur d’hsitoire-géographie, secrétaire national à l’Education)
— Debout la France ( Eric Anceau, responsable du programme présidentiel de Nicolas Dupont-Aignan et délégué national de DLF à la Cohésion nationale et à l’Ecole de République)
— Le MRC ( Fatiha Boudjahlat, professeur, secrétaire nationale à l’Education)
— Les Républicains (Annie Genevard, Commission des Affaires culturelles et de l’Education, députée du Doubs, maire de Morteau , secrétaire générale adjointe LR et déléguée générale à l’éducation)
— Le Parti Socialiste (Charlotte Brun, adjointe au maire de Lille, en charge de l’éducation pour #Hamon2017)
— En Marche ! (Christophe Brunelle, professeur d’anglais, helper au QG d’En Marche !)
Inscription recommandée par mail : collectif.condorcet@gmail.com
Sur Condorcet :
Rythmes scolaires à l’école, réforme Belkhacem du collège, réforme Chatel du lycée. Tout est à revoir et refaire. Il faut réinstituer l’école républicaine et retrouver les idéaux fondateurs d’un Condorcet. Il faut faire le pari de l’égalité, de la haute-culture, de la transmission. Il faut faire cesser la malbouffe scolaire et se donner les moyens de la qualité. L’enjeu est de civilisation. L’école de l »employabilité » ne passera pas par le collectif Condorcet.
Chantier à Mâcon, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00793124_000040.
Causeur. Ces derniers jours, trois chiffres macro-économiques importants ont été officialisés : l’économie française a créé 187 000 emplois en 2016 (sa meilleure performance depuis le début de la crise en 2008), la croissance au premier trimestre 2017 a été de 0,4% et enfin le bilan commercial français pour le mois de janvier 2017 s’est élevé à presque 8 milliards d’euros, un record. Que disent ces chiffres de l’état de l’économie réelle ?
Jean-Luc Gréau. Le chiffre favorable des créations d’emplois est en discordance avec le taux de croissance officiel de 1,1% en 2016. En cela, l’économie française offre une étrange similitude avec l’économie américaine qui, avec une croissance de 1,6%, a créé deux millions et demi d’emplois !
Explication logique : comme les Etats-Unis, nous créons de plus en plus d’emplois à faible productivité tout en supprimant des emplois à forte productivité sur le site national. Ce paradoxe est confirmé par le chiffre négatif de notre commerce extérieur : le bas de gamme ne s’exporte pas ! en revanche, il nous coûte très cher en termes de protection sociale.
Les chiffres dont nous disposons révèlent une tiers-mondisation rampante de notre économie, subventionnée par des allègements de charge et le CICE, ciblés sur les basses rémunérations. Cette évolution est intenable à long terme.
Pourtant, la Banque de France estime à 0,4% la croissance française au premier trimestre 2017 et constate un rebond de l’activité dans le secteur industriel ainsi que dans les services et le bâtiment. N’est-ce pas la preuve d’une réelle reprise ?
Le rebond de l’activité découle pour l’essentiel de trois facteurs. Premier facteur : la baisse de l’euro situé aujourd’hui un peu au-dessus de 1 dollar après avoir connu une parité de 1,4 dollar, voire plus, des années durant, alors que la zone euro connaissait une situation de marasme. Deuxième facteur : l’importante reprise cyclique du marché de l’automobile en Europe après des années particulièrement difficiles. Cette reprise pourrait se poursuivre encore durant 2017. Mais peut-être pas au-delà. Troisième facteur : les livraisons d’avions qui ont battu de nouveaux records. Mais là encore, l’évolution des commandes laisse présager une stabilisation à partir de l’an prochain.
Il faut insister parallèlement sur la continuité du processus de délocalisation, lié au phénomène que j’ai décrit plus haut : la santé retrouvée du groupe PSA masque le fait que les véhicules de moins de 20000 euros ne sont plus ou ne seront plus assemblés en France et que les équipementiers vont se rapprocher des lignes d’assemblage délocalisées. Les fournisseurs de l’aéronautique signalent eux aussi qu’ils subissent les délocalisations de leurs donneurs d’ordre, non plus seulement sur la fabrication, mais sur le développement, vers la Chine et l’Inde.
Cette « tiers-mondisation rampante » de l’économie française explique-t-elle qu’en dépit de la baisse du prix des matières premières importées et de la faiblesse de l’euro, notre balance commerciale souffre d’un énorme déficit en janvier 2017 ?
En quelque sorte. Le point crucial pour notre économie est son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne : la moitié environ de notre déficit provient de nos échanges bilatéraux avec la RFA. L’euro joue le rôle d’une souricière. Pour retrouver un coût du travail compétitif pour l’économie engagée dans la compétition internationale, il faudrait le réduire massivement à hauteur de 20%, soit les salaires, soit les charges. L’allègement de charge nécessaire peut être estimé à 100 milliards d’euros. Mais alors comment payer la maladie, la famille, la vieillesse ?
Observons encore que les baisses de salaires pratiquées dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal ont donné lieu à de violentes récessions. Mais ces politiques opportunistes, apparemment couronnées de succès dans le cas de l’Espagne, ont eu aussi pour effet de contrarier l’activité chez leurs voisins. Cependant, malgré ce succès, l’Espagne, qui produit désormais plus de voitures que la France et l’Italie, subit cependant un taux de chômage proche de 20%%. Il était de 8% avant l’éclatement de la bulle immobilière locale. Le sujet de la sortie de l’euro reste évidemment tabou. Marche ou crève !
Emmanuel Macron aime tellement les médias qu’il est prêt, pour assurer leur indépendance, à se lancer dans le bénévolat. C’est l’anecdote rocambolesque que nous raconte le journaliste du Monde Adrien de Tricornot. En 2010, alors qu’il cherche à boucler son rachat, le quotidien du soir et sa Société des rédacteurs s’entourent de « spécialistes ». Quand surgit des tréfonds de la nuit un jeune homme « formidable, super brillant », prêt à les aider « pro bono ». Il « se présente à nous comme un banquier d’affaires qui fait de l’argent, mais n’y trouve pas du sens, membre de la fondation Jean Jaurès, voulant défendre la liberté de la presse », se souvient le journaliste. « Emmanuel, puisque c’est comme ça qu’on l’appelait à l’époque », les conseille et les pousse à ne pas se focaliser sur l’offre Niel-Bergé-Pigasse.
Mais alors que les journalistes du Monde sortent d’une réunion avec les conseillers de Pierre Bergé, à la même adresse, « coïncidence », que les bureaux d’Alain Minc, avenue George-V, Adrien de Tricornot croise le regard… d’Emmanuel Macron, entouré d’Alain Minc qui « conseille à l’époque le groupe Prisa, un des autres candidats au rachat [du] journal ». Aussitôt, le futur ministre se met en marche : il « disparaît derrière la porte cochère ». Stupéfait, le journaliste décide de le suivre. Et démarre, à travers étages, paliers et couloirs, une partie de cache-cache avec son bon samaritain. « J’avais une sorte de pressentiment. J’avais vu que Macron se cachait […]. Je monte les marches. Mon téléphone sonne en appel masqué. Je n’ai pas su qui c’était, j’ai raccroché. Et puis j’arrive au dernier étage de l’immeuble. Je vois que la porte de l’ascenseur est bloquée. […] Et tout au bout de l’étage, sur le palier, il y avait Emmanuel Macron ! »
Pris au piège, il[access capability= »lire_inedits »] démarre, « pile au moment où j’arrive », une conversation au téléphone et fait mine de ne pas le voir. « Bonjour Emmanuel, s’exclame alors le journaliste en lui tendant la main. Tu ne nous dis plus bonjour ? […] J’ai senti l’angoisse en lui. Il avait du mal à respirer. Son cœur battait à 200 à l’heure. » Adrien de Tricornot apprendra plus tard qu’un courrier de report des négociations adressé à la triplette Niel-Bergé-Pigasse, dont « la trame » avait été « transmise » à la Société des rédacteurs du Monde par Emmanuel Macron, « avait en fait été rédigé à l’origine par Alain Minc Conseil ». Indépendance de la presse toujours, le journaliste ne raconte pas cette anecdote dans son journal mais sur StreetPress, un magazine en ligne participatif.
Nb : un autre des protagonistes de la scène la confirme en tous points. EL[/access]
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000026
Combien étaient-ils à Besançon pour écouter François Fillon quelques jours après le rassemblement du Trocadéro ? Les orateurs annonçaient 3000 mais nous avons appris à nous méfier. Nous avons plutôt eu l’impression qu’on était beaucoup plus proche de 2000 mais peu importe, en fait. L’essentiel se trouvait encore dans la composition de la salle. Comme les études d’opinion le démontrent, ce sont les retraités qui constituent le socle de l’électorat de François Fillon et hier soir, cela se voyait à l’œil nu.
Comme l’automne dernier lorsqu’il avait compris que son message économique n’était pas propre à emballer les foules et permettre une dynamique, il est passé très vite sur ses propositions en la matière. A Besançon, il a surtout parlé de l’Ecole. Coïncidence ou volonté, c’est dans la même ville que Nicolas Sarkozy avait prononcé un grand discours thématique sur l’Education il y a dix ans. L’assistance a apprécié, visiblement très préoccupée par l’état du système éducatif de notre pays, au point que, pendant que nous nous mettions à la rédaction de ces lignes, un aimable monsieur nous interpellait : « pas de fautes d’orthographe ! ». L’ancien ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac, qui avait naguère laissé Claude Thélot lui dicter une loi d’orientation qui faisait la part belle aux gourous pédagogistes, critique aujourd’hui ces derniers avec la plus grande force. L’influence de la locale de l’étape, la secrétaire générale adjointe de LR, Annie Genevard, y est sans doute pour beaucoup.
Anti-pédagos de babord à tribord
D’une manière générale, sur l’Ecole comme sur les questions régaliennes, mais aussi lorsqu’il a fustigé Emmanuel Macron, le candidat souhaitant « une société d’individus et non plus de citoyens, une société plastique, une société liquide », il nous a souvent fait l’impression de faire du Finkielkraut. Un hebdomadaire avait titré il y a quelques mois sur la « gauche Finkielkraut » représentée par Manuel Valls ; ce soir, il nous a semblé entendre son pendant à droite. Evidemment, dans le détail, il n’est pas certain que l’escouade d’intellectuels qui accompagnent l’auteur de La défaite de la pensée, comme Jean-Paul Brighelli ou Natacha Polony, reprennent à leur compte toutes les propositions énoncées à Besançon, notamment celles qui ont trait à l’autonomie des chefs d’établissement, laquelle proposition reprend davantage à la logique managériale. Mais la tonalité anti-pédagos y était et elle peut être essentielle, surtout si cette campagne commence à aborder les sujets sérieux.
Il demeure que Marine Le Pen sur son flanc droit et même Emmanuel Macron sur son flanc gauche, ne sont pas en reste sur ce sujet et qu’il ne sera pas si aisé d’être leader sur ce thème. Le candidat d’En Marche a même effrayé Najat Vallaud-Belkacem, seule ministre vallso-hollandaise à basculer clairement dans le camp Hamon. Il n’est pas interdit de penser que les propositions éducatives de son ancien collègue du gouvernement pourraient en être la raison principale. François Fillon a aussi passé quelques minutes à fustiger le totalitarisme islamique. Il a rappelé ses propositions en matière de sécurité et de politique pénale. Il a aussi eu quelques mots europhiles, reprenant les termes de Giscard sur la France « qui ne représente qu’1% de la population mondiale ». Pas sûr que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement, qu’il a cités dans son discours pour illustrer sa conception de la République, auraient apprécié cette antienne, l’un depuis l’au-delà, l’autre s’il avait été présent à Besançon.
François Fillon n’a pas oublié de faire allusion à ses semaines difficiles. Se présentant tantôt comme un « rebelle que le système n’arrêtera pas » tantôt comme un de « ces combattants balafrés qui n’ont pas appris la vie dans des livres », il est ainsi passé en une dizaine de minutes, de Finkielkraut à Albator.
« Échauffourées » selon Le Parisien, « incidents » pour Libération, une présidente de région qui s’apprête à « porter plainte », « seuil symbolique » franchi d’après Le Monde, une ministre de l’Éducation Nationale et un premier ministre indiquant que le gouvernement fera preuve de « la plus grande fermeté », des dégâts évalués à plus de 70 000 euros, 54 « jeunes » mis en garde à vue dont une quarantaine de lycéens mineurs… Scènes de la vie ordinaire en République française.
Un tir de mortier en guise de récréation
Lycée Suger. Saint-Denis, 93. Mardi 7 mars 2017. Un tir de mortier éclate. Le lycée polyvalent accueille 1300 élèves. Des incendies démarrent dans les toilettes, de l’essence est déversée dans un escalier, des « jeunes » attaquent le lycée. Tirs de fumigènes et de cocktails Molotov. Évacuation. Bataille rangée entre « jeunes » et policiers. Projectiles et barres de fer contre Flash-Ball et gaz lacrymo. Une centaine de « jeunes » prend la direction du centre-ville de Saint-Denis. Cette nuée hostile détruit le mobilier urbain, agresse des policiers et s’attaque aux autres lycées de la commune du 93. Le « 9-3 ». Devenue habituelle, l’expression indique bien que ce département est hors de la République. N’est-ce pas là que l’on rencontre des bars interdits aux femmes ou que des terroristes en fuite viennent se cacher ? Une flambée de violences, un début d’émeute. Des élèves ont peur, d’autres sont « euphoriques » disent les enseignants. Pour certains « jeunes » lycéens de 15 à 19 ans, c’est la fête. Beaucoup se contentent de filmer et de diffuser sur les réseaux sociaux. On accuse la police de violences. Sur Youtube. Ces « jeunes » sont des victimes affirme une mère.
Les institutions de la République sans cesse visées
Une mère en colère ne comprend pas pourquoi son fils a été « ramassé » par la police et emmené au commissariat « alors qu’il était sous la responsabilité de l’Éducation Nationale ». Sur les 54 « jeunes » gardés à vue, 8 sont déférés devant un juge pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, attroupement armé et rébellion. Ils sont tous mineurs. Scène de la vie ordinaire : des « jeunes », surtout ne caractériser aucune origine sociale, géographique ou ethnique, mènent une opération de guérilla urbaine. Contre les institutions de la République. On ne compte plus les occurrences de ces violences. Des émeutes du même genre ont déjà eu lieu à Saint-Denis mi-février aux abords de la basilique. La presse étrangère, éberluée, observe la rue française et parle de scènes de « guerre civile ». Ces violences ne concernent pas seulement la France. Mais ici, elles sont devenues des scènes de la vie ordinaire. Quotidienne. Comparer le Saint-Denis nocturne contemporain à ce que Saint-Denis symbolise n’est pas anodin. Saint-Denis et Suger, grandeur de la France d’hier. Il y a entre les deux toute la distance séparant la civilisation et la barbarie. Cela doit être dit sans tabou.
« Ils sont où les parents ? »
La civilisation repose sur l’autorité. « Ils sont où les parents ? », se demandait sur France Inter, le 15 février dernier, une jeune femme issue de l’immigration. Après deux nuits d’émeutes à Bobigny, Saint-Denis et Aulnay. La jeune femme évoquait les centaines de « jeunes » incendiaires s’attaquant aux forces de l’ordre. En effet : « Ils sont où les parents ? ». La perte de l’autorité, depuis longtemps signalée par des intellectuels comme Finkielkraut, est la principale cause de ces violences. Autorité des parents. Autorité de l’école. Autorité de la République. Difficile, l’autorité, dira-t-on, quand on envisage de pénaliser la fessée. Quand une claque à un élève est une maltraitance, parfois « raciste ». On parle de légaliser le cannabis, d’interdire fessées et claques, de multiplier les salles de shoot… La République a le devoir d’imposer son autorité. Aux familles, d’abord. En responsabilisant les parents. Responsabilisation qui passe par la sanction financière. Les familles ont le devoir d’empêcher leurs adolescents de passer la nuit dehors. Que des « jeunes » de CM2 ou de 6e traînent la nuit est irresponsable. Ces « jeunes » doivent être à leur place : chez eux. Cette responsabilité incombe aux familles. Elles doivent rétablir l’ordre dans leurs appartements. La République a le devoir de mettre des mots sur le réel : les « jeunes » issus de l’immigration qui mettent le bordel dans les rues et les lycées doivent être rappelés à l’ordre et punis. Les familles concernées sont minoritaires et connues des services. Elles doivent être sanctionnées.
Où est la limite ?
Qu’un lycée soit attaqué n’est pas anodin. Les « jeunes » s’en prennent au lieu du savoir. Le lycée Suger est un lycée polyvalent, associant lycée général, technologique et professionnel. Des lycées conçus comme « outils de mixité sociale ». Il sera intéressant de connaître le parcours des « jeunes » en question, tant scolaire qu’ethnique. L’idée peut sembler généreuse : créer des passerelles entre les filières. C’est pourtant mettre la charrue avant les bœufs. L’école ne recommencera pas à jouer son rôle tant que les adolescents ne seront pas réellement encadrés. À commencer par le savoir de base : lire, écrire, compter. Savoir écrire une phrase correcte. Et tant que la notion de limite ne leur sera pas de nouveau imposée. Les adolescents multiplient les incivilités car ces bases ne le sont plus. La limite. Ce qui faisait, jusqu’à une époque récente, que tout jeune savait comment on s’adresse à un adulte, à un représentant du savoir ou de la République en particulier, comment on se comporte en collectivité, où jeter ses canettes et autres papiers de kebab. Tant que le minimum du vivre en commun ne sera plus acquis, aucun prétendu « vivre-ensemble » ne risque d’être possible.
Où est passée la langue ?
Dans les vidéos des événements, filmés avec des smartphones, on entend distinctement de jeunes filles ricaner, s’amuser de ce qu’elles voient dans un vocabulaire qui dit beaucoup de l’état de l’école : « téma, téma… (…) Wesh, ya la chaleur du feu, y sont passés en balles, wesh. Y zont couru wesh ». Le ton est rigolard, l’excitation perceptible. Cela résume la perte de toute autorité, à commencer par celle du langage et de la culture. Passer une heure dans la cour de récréation d’un collège du « 9-3 » suffit pour entendre que la langue française n’y est plus parlée. Plutôt un sabir déculturé. Et nombre de langues étrangères. La culture dominante n’est pas la culture française mais celle des banlieues multiculturelles, du rap, des casquettes et du shit. L’État a le devoir de rétablir l’ordre républicain et l’ordre de la culture française au sein des établissements scolaires. Une remise en ordre qui passe par la transmission de ce qui fait nation et communauté française : une culture, des valeurs et une langue commune.
Dire les mots qui fâchent sans tabous
Dans la France contemporaine, des parents majoritairement issus de l’immigration ne contrôlent pas leurs enfants, ces derniers n’obéissent plus à leurs professeurs, pas plus aux forces de l’ordre. Ces « jeunes », que l’on se refuse à nommer autrement par déni du réel, ont perdu tout sens de la limite, dans tous les aspects du quotidien, plus préoccupés de shit et de « nique la France » que d’autre chose. Ces « jeunes » n’apprennent rien, ne travaillent pas, refusent toute notion d’effort et sont persuadés, « wesh, téma », d’être dans le vrai. Pourquoi ? Le problème est politique. Au lieu d’inscrire ces « jeunes » dans une culture et une civilisation enracinées, on leur répète combien ils sont victimes, combien ils ont raison de « niquer la France », combien il est excusable, après les souffrances dont furent victimes leurs ancêtres et dont la France serait coupable, qu’ils crachent à la figure de leurs enseignants, disent « ferme ta gueule » à un professeur quand il commence un cours sur les Hébreux ou attaquent des policiers à coup de barres de fer. Une époque viendra où des comptes seront demandés aux hommes et aux femmes politiques directement responsables de la situation actuelle, situation d’une gravité sans égale, unique à l’échelle des pays développés, et directement issue de l’idéologie libérale libertaire au pouvoir depuis quarante ans. Pour ladite idéologie, l’avenir est dans le communautarisme tandis que l’autorité serait par nature une forme d’oppression. Ce n’est pas seulement une conception politique, c’est une faute.
Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.
Daoud Boughezala. Au total, combien y a-t-il de travailleurs détachés en France ?
Vincent You.[1. Vincent You est adjoint LR au maire d’Angoulême, vice-président de GrandAngoulême.] Suivant qu’on parle de travailleurs détachés légaux ou illégaux, il y a un flou autour du chiffre de 500 000 qu’on évoque régulièrement. D’après les quelques études publiées sur le sujet, la majeure partie d’entre eux travaille dans les secteurs du bâtiment et travaux publics (BTP) et du transport.
Comment avez-vous pris conscience de l’ampleur du phénomène ?
Lorsque j’ai commandé la construction d’un hôpital de proximité, j’ai fait en sorte que les marchés soient attribués à des entreprises de la région. J’étais satisfait de voir des PME locales travailler sur place mais, à ma venue sur le chantier, je ne savais pas à qui parler parce que s’y trouvaient toutes les nationalités (Roumains, Polonais, Espagnols, Chypriotes…). C’est là que je me suis dit qu’on marchait sur la tête : un chantier de 20 millions d’euros payé par la Sécurité sociale française bénéficiait à des entreprises embauchant des gens qui ne cotisaient pas à la Sécurité sociale. On marche sur la tête ! Les travailleurs détachés sont justement embauchés moins cher parce que leur sécurité sociale est payée ailleurs, à moindre coût. J’ai alors pris conscience qu’on sciait la branche sur laquelle on était assis et me suis dit qu’on ne m’y reprendrait plus.
Qu’avez-vous fait ?
Le chantier s’est poursuivi, j’en avais un autre à ouvrir pour rénover un Ehpad (maison de retraite médicalisée). Et j’ai lancé une réflexion avec des architectes et d’autres personnes travaillant sur des chantiers pour trouver la parade au travail détaché. Ils m’ont expliqué que la responsabilité du maître d’œuvre que j’étais était d’assurer la sécurité sur le chantier. C’est sur cet aspect que j’ai joué…
… en rédigeant la « clause Molière » afin de contourner la directive européenne sur le travail détaché. En quoi consiste-t-elle ?
Le travail détaché, au-delà de la dimension purement économique qui rend les gens moins « chers » à engager parce qu’ils paient leurs charges sociales ailleurs, pose un problème de sécurité. Comment comprendre les règles de sécurité, toujours écrites en français, quand on ne parle pas notre langue ? Des amis juristes ont travaillé, certains m’ont dit que la discrimination était passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Mais la clause Molière y échappe car elle n’impose pas de pratiquer une langue mais que les ouvriers soient en mesure de comprendre les règles de sécurité du chantier. Soit ils sont francophones, soit ils sont accompagnés d’un interprète, ce qui renchérit de fait le coût d’embauche d’un non-francophone. C’est la subtilité de cette disposition. La discrimination serait d’accepter qu’il y ait deux types d’ouvriers : d’un côté, ceux qui sont correctement payés et comprennent les règles de sécurité ; de l’autre, ceux qui sont moins chers et dont on se fiche des conditions de sécurité puisqu’ils seront repartis dans leur pays trois semaines ou trois mois plus tard.
Est-il envisageable d’étendre l’application de cette clause à la France entière ?
De plus en plus d’élus locaux appliquent la clause Molière. Ils prennent un petit risque politique et juridique. Mais plutôt que de compter sur le courage des élus, il faudrait que la loi française fasse cette clarification. Aujourd’hui, il existe une carte professionnelle du BTP nécessaire aux travailleurs détachés. Pourquoi ne pas ajouter un test de compréhension du français à la procédure d’obtention de cette carte ? Cette mesure s’applique déjà aux médecins et aux infirmiers. En tant que directeur d’hôpital, en situation de pénurie de main d’œuvre, il m’arrive de recruter des médecins roumains ou des infirmières espagnoles. Dans ces métiers-là, le Code de la santé publique exige un test de français préalable.
A l’Assemblée nationale, l’emploi du 49-3 a arrêté tout débat. Et au Sénat, le résultat fut pitoyable : parmi les quelques sénateurs présents en séance, un certain nombre d’élus UDI ont considéré l’amendement comme inapplicable. Sur un chantier, le coordinateur sécurité-protection de la santé (CSPS) doit vérifier l’application des règles de sécurité. Or, pour être appliquée, une règle doit d’abord être comprise ! Les quatre sénateurs qui ont trouvé l’amendement inapplicable n’ont jamais dû se rendre sur un chantier, passée la pose de la première pierre.
Et dans la campagne présidentielle, y a-t-il des candidats qui prévoient de limiter le travail détaché ?
Beaucoup de candidats affirment qu’il faudra supprimer la directive européenne « travailleurs détachés », ce qui est une mesure encore plus forte que celle que je préconise. A Matignon, Manuel Valls l’avait déjà promis mais je n’ai pas vu le résultat. Au-delà des promesses de suppression de la directive européenne, j’espère que les candidats trouveront des solutions opérationnelles. J’ai bon espoir parce que les régions qui appliquent la clause Molière sont : les Pays de la Loire présidés par Bruno Retailleau, bras droit de Fillon ; les Hauts-de-France présidés par Xavier Bertrand ; le Centre qui est à gauche et l’a votée à l’unanimité ; la Normandie présidée par Hervé Morin ; et Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez, numéro 2 des Républicains et l’Île-de-France qui doit la voter cette semaine.
Pourquoi jugez-vous la gestion du travail détaché emblématique des difficultés françaises ?
D’une part, la question de la maîtrise du français est fondamentale à beaucoup d’égards, notamment par rapport aux problématiques d’intégration des populations issues de l’immigration.
D’autre part, le fossé entre élus locaux et certains responsables politiques nationaux coupés des réalités est l’une des causes de nos problèmes. Globalement, sur notre territoire, il y a beaucoup de gens ingénieux qui trouvent des solutions aux problèmes concrets mais cela ne monte pas à Paris et Bruxelles.
Sur la discrimination, la question mérite un débat de fond. Je pense que le détachement est une forme légale d’esclavage moderne qui mérite mieux que le recours aux grands principes. En 1994, le Conseil constitutionnel avait considéré que le législateur pouvait « imposer dans les cas et conditions qu’il a prévus l’usage de la langue française, ce qui n’exclut pas l’utilisation de traductions » … nous y sommes ! Tout est une question de proportionnalité, mais personne ne peut concevoir que le cadre existant pour les médecins est discriminatoire. Dans un chantier avec de nombreux corps de métiers, il y a de vrais risques pour le plombier qui travaille sous l’électricien. Nous sommes donc fondés à poser des règles qui protègent les travailleurs.
Pour ce qui est de l’égalité de traitement des candidats, c’est une erreur d’appréciation. La clause est une clause d’exécution et non d’attribution. On ne choisit pas l’entreprise sur ce critère. On impose à celle qui est choisie et à qui on attribue le chantier de respecter cette règle. Les entreprises non retenues ne peuvent donc pas mettre en exergue la clause Molière. Seule celle qui est retenue pourrait choisir de la remettre en question. Cela reviendrait à dire « vous m’avez attribué un marché, laissez-moi le faire sans que les ouvriers en comprennent les risques et les règles ! ». Il est donc très étonnant que le préfet évoque cet argument !
Sur le fond, on voit bien que le gouvernement est impuissant face au travail détaché. Il cherche donc à bloquer ceux qui trouvent des solutions. Je pense que François Fillon a ici un thème de fond pour défendre le sens du travail et soutenir les ouvriers… tout en stoppant une dérive de l’Union européenne qui laisse les pays européens courir vers le moins disant social. Je l’appelle à retrouver la verve de Philippe Séguin pour stopper cette machine infernale!
Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005
Emmanuel Macron n’avait pas plutôt installé son bureau de ministre de l’Économie à Bercy que les médias faisaient son éloge préalable. La France était bénie des dieux. Elle disposait d’un homme providentiel, de grande capacité économique, capable de surmonter les difficultés accumulées au long de quarante années de déboires économiques, de déficits et de chômage. Emmanuel Macron nous était présenté comme un Bonaparte économique.
Que cet homme ait fait l’objet de dithyrambes de la part de médias aussi différents en apparence que Les Échos ou Challenges aurait dû nous faire comprendre d’emblée qu’il représentait une nouvelle carte sortie de la manche des organes du système néolibéral pour confirmer les choix de l’euro, de l’Europe, de la globalisation. À partir d’un postulat : les choix stratégiques que nous avons faits avec les deux compères Mitterrand et Chirac ne sont pas en cause dans nos échecs. Nous manquons cependant d’hommes de l’art capables de mettre en œuvre les réformes salvatrices auxquelles le bon peuple ignorant répugne. Mais, enfin Macron vint, et avec lui, l’espoir revint.
Comme Philippe Cohen nous manque ! Il avait été le premier à diagnostiquer le « parti des médias » comme un parti caché qui gouverne les consciences des dirigeants politiques et formate l’opinion publique. Il aurait vu immédiatement dans Emmanuel Macron le serviteur du système parrainé par les médias pour imposer la continuité de nos choix stratégiques. Il nous aurait appelés à la vigilance face à la mise en scène médiatique et politique du personnage. Et il insisterait sur le fait, inédit, que ce n’est pas seulement dans les médias bien-pensants de la bourgeoisie hexagonale que la promotion du Macron se déploie, mais aussi dans le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times. Emmanuel Macron y est présenté comme l’antidote français au virus qui a ravagé l’Angleterre du Brexit et l’Amérique de Trump. On le voit, dans les caricatures des médias concernés, mener la contre-offensive idéologique, armé d’un drapeau tricolore ! What a surprise !
On aurait tort, cependant, de croire que le candidat du système néolibéral n’en est que le dernier avatar politique. Il est novateur dans son genre. C’est ce qu’un journaliste du Figaro, Jean-Pierre Robin, nous révèle dans un article informé sur le vrai programme du candidat.
Le programme de France Stratégie
Jean-Pierre Robin nous dit que, loin d’être dissimulé, le programme d’Emmanuel Macron est, comme la lettre volée de Poe, « exposé aux yeux de tous ». Il a été rédigé sous la houlette de Jean Pisani-Ferry par les équipes de France Stratégie, un organisme officiel mais étrange, qui est une sorte de think tank financé par l’argent public. France Stratégie est installé cité Martignac, dans les locaux de l’ancien Commissariat au Plan, en plein cœur du VIIe arrondissement. On ne saurait incarner mieux l’abandon de l’ambition d’après-guerre d’un développement maîtrisé avec l’aide de l’État, au profit d’une prospérité acquise dans le cadre du libre-échange global[1. Comme nous y exhorte Élie Cohen à chacune de ses interventions médiatiques : « Il faut relever les défis et saisir les opportunités de la mondialisation. »].
Jean Pisani-Ferry a quitté la cité Martignac pour se mettre au service de l’ambition présidentielle de notre Bonaparte en complet d’énarque[2. Après avoir été à la tête de l’institut Bruegel, think tank dédié à l’Europe. Il est aussi membre du Cercle des économistes, qui réunit chaque année la tribu des économistes néolibéraux à l’université d’Aix-en-Provence, et membre du Conseil d’analyse économique.]. Mais il a emporté dans ses bagages[access capability= »lire_inedits »] les notes d’orientation de France Stratégie, élaborées en vue du nouveau quinquennat, dans différents domaines : économie, finances, social, éducation, écologie, culture. Nous avons retenu trois propositions majeures qui pourraient être au cœur du programme du candidat : la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi en allègements de charges pérennes pour les entreprises, l’exonération de charges sur les bas salaires, l’imposition des loyers fictifs.
La première est la plus anodine en apparence. Elle consisterait à supprimer une sorte d’usine à gaz issue des cerveaux fertiles de Bercy afin de basculer les 22 milliards de coût qu’elle représente vers un dispositif connu d’allègements de charges. Ce serait revenir à la préconisation simple du rapport Gallois. Mais avec une différence de taille. Louis Gallois demandait que l’allègement porte sur les salaires des personnes qualifiées pour toucher les entreprises orientées vers les marchés extérieurs. Tandis que le nouveau dispositif serait réparti sur l’ensemble de la grille salariale.
La deuxième laisse perplexe. L’État supporte présentement le coût d’un allègement de charges spécifique sur les bas salaires évalué à plus de 20 milliards d’euros par la Cour des comptes, coût qui se cumule avec celui du CICE. Un coût que les conseillers jugent prohibitif au regard de son impact sur l’emploi dès lors qu’il est empoché comme un profit d’aubaine par les employeurs concernés. Or la nouvelle proposition instituerait une exonération au lieu d’un allègement, pour les salaires compris entre 0,5 et 1,3 Smic, dont le coût serait forcément supérieur, sans remédier à la tare constitutive de l’allègement actuel. Et sans apporter de solution au manque de compétitivité de nos activités exportatrices dont les salaires sont notoirement plus élevés. Où est donc l’enjeu de ce mistigri sur les charges sociales ?
La troisième est potentiellement explosive. L’imposition des loyers fictifs – les loyers qui seraient dus par les propriétaires s’ils devaient payer le loyer du logement qu’ils occupent –, qui existait sous la IVe République, a été abandonnée par la Ve dont les dirigeants s’étaient fixé l’ambition de promouvoir l’accession à la propriété et la consolidation des classes moyennes. Remise à l’étude par le PS dans les années 1970, elle n’a pas revu le jour, par crainte de son impact politique négatif. Mais que dire aujourd’hui ? Les prix des immeubles ont explosé et leurs loyers avec eux. Un appartement de 50 mètres carrés situé à Montmartre supporte un loyer de plus de 1 000 euros. Que l’intéressé fasse le calcul : il devrait ajouter 12 000 euros à son revenu imposable ! Il s’agirait en fait d’un super ISF, tapi au sein de l’IRPP, élargissant dramatiquement le champ de celui-ci, aujourd’hui applicable à partir de 1 300 000 euros. Il frapperait des personnes modestes qui ont pu hériter d’un logement acquis par leurs parents. Dès lors, la question se pose : la proposition émane-t-elle de cerveaux ravagés ou de titulaires d’appartements de fonction ou d’appartements à bas prix tels que ceux obligeamment fournis par la mairie de Paris ?
Les banlieues plutôt que les bobos
Jean-Pierre Robin s’interroge à la fin de son article. Sachant qu’Emmanuel Macron dispose d’un électorat de bobos, comment se fait-il qu’il ouvre la voie à une surimposition de son public fétiche. « Avis aux bobos proprios du baby-boom, c’est eux qui vont raquer. » Certes, mais l’idéologie peut l’emporter sur l’intérêt de classe. Et il faudra bien de l’argent pour couvrir ces opérations d’allègement ou d’exonération de charges qui forment le cœur du dispositif.
Mais si l’on comprend que les grands bénéficiaires de son application sont nos banlieues, nous voyons apparaître un autre électorat officiellement guigné par le candidat Macron. À la faveur de la mondialisation et de la politique d’immigration, une véritable économie du tiers-monde s’est installée en France, triplement subventionnée par la protection sociale la plus coûteuse du monde, les collectivités territoriales et la politique de la ville. Elle serait amenée à prospérer de façon décisive. Là est l’innovation de Macron : non plus appliquer des rustines à notre tissu social déchiré, mais développer une nouvelle forme d’économie enkystée au sein d’une France engagée dans la compétition tous azimuts[3. Comme toujours, il faut renvoyer à La France périphérique de Christophe Guilluy, éditions Flammarion, 2014.]. Le candidat du système coupe le pays en deux : d’une part, la France bénéficiaire de la masse de nos aides sociales, mais exonérée de charges sociales ou fiscales, et, d’autre part, la France qui paie plein pot pour bénéficier de la même protection sociale.
Il convient ici de rappeler la réaction d’Emmanuel Macron au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il imputait le terrorisme au « manque d’opportunités économiques ». Propos en forme de négationnisme quand on sait que les djihadistes se recrutent dans les couches plutôt instruites issues de nos banlieues. Mais Macron oublie spontanément la dimension idéologique du problème pour retrouver une explication « économiciste ». À l’occasion, le personnage, qui traite élégamment les ouvriers bretons d’« illettrés économiques », nous a apporté la preuve de son crétinisme politique.
L’Europe ou la mort
Macron est aujourd’hui l’incarnation la plus pure, si l’on ose dire, de l’européisme dans notre paysage politique. Il milite pour une intégration européenne plus poussée encore, nonobstant le pouvoir prééminent acquis par l’Allemagne et les échecs de la construction européenne analysés par Hubert Védrine dans son dernier ouvrage[4. Sauver l’Europe, éditions Liana Levi, 2016.].
Le fait le plus singulier est cependant que Macron soit soutenu par le patronat tandis qu’il ne propose rien qui puisse traiter le problème le plus crucial de notre économie : son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne (la moitié de notre déficit commercial, égal à 47 milliards d’euros, résulte du déséquilibre de nos échanges avec notre grand voisin qui a accumulé en 2016 un excédent commercial total de 296 milliards d’euros !). Et l’on ne saurait affirmer sans ridicule que l’allègement du droit du travail constituerait le remède approprié.
Notre histoire récente, sous ses deux angles économique et politique, est aussi celle de l’aveuglement des chefs d’entreprises dont la conscience politique a été prise en otage par l’idéologie dominante. Passe encore que les banquiers et les assureurs s’accommodent d’un système qui les a si bien servis. Mais que dire pour les chefs des entreprises non financières ? L’Europe nous interdit d’alléger les charges sociales des entreprises engagées dans la compétition internationale : il faut alléger corrélativement les charges du bistrot de quartier et des supermarchés ! Elle nous interdit de réduire ou d’annuler l’impôt sur les bénéfices des entreprises réinvestis sur le site national. Car elle se voit, au-delà de son périmètre officiel, comme une sorte de laboratoire de la globalisation, statuant comme si elle était un organe de la gouvernance mondiale.
Le parti des médias ne nous laisse que le choix de poursuivre sur la voie du déclin, sous la conduite du chef de chœur Macron, en scandant : « L’Europe ou la mort. »[/access]
Le « charmant petit monstre », expression consacrée de François Mauriac à Françoise Sagan, est devenu un marronnier de la critique. Chaque rentrée littéraire compte désormais, et depuis plusieurs années, autant de charmants petits monstres que de primo et jeunes romancières. Nous épargnerons donc ce qualificatif à Pauline Klein, dont Les souhaits ridicules est le troisième roman. Non qu’elle ne le mérite pas.
Inspiré du conte populaire éponyme, principalement rapporté par Perrault, le roman reprend tous les accessoires du merveilleux mais énoncés à la première personne et transposés dans un univers contemporain. On y trouve des objets magiques, des transformations étonnantes, voire tératologiques, quelques princes charmants et autant de crapauds, ainsi qu’un druide. On passe quelquefois tout près du fantastique. Jeune mère de famille, la narratrice est frappée d’un sentiment d’étrangeté, un soir, en rentrant chez elle, et ne reconnaît pas ses propres enfants. Un autre soir, en boîte de nuit avec ses amis homosexuels, elle ne reconnaît plus sa féminité, enviée, fantasmée et singée par ceux qui l’entourent. « À côté d’eux, j’ai l’air d’un bourrin ».
Un personnage rare dans un conte
La réalité est parfois entièrement stylisée, comme dans ces chapitres où la narratrice tente de séduire le jeune Baptiste et se confond peu à peu avec une chienne. En réalité, Pauline Klein décrit une chose rare dans ce roman : une mère de famille jeune et gracieuse, un personnage évadé d’un conte parce qu’il n’y trouvait pas sa place. « Les enfants hurlent de plus belle, et je ne sais plus qui sauver en premier. » On entend la voix d’un vrai écrivain, on se promène sur les chemins d’un vrai autre monde, complet, complexe et compréhensible aux lisières.
Le conte, nous le savons, nous autres grandes personnes, est le déguisement allégorique édifiant de toutes les monstruosités humaines. Dans Les souhaits ridicules, ce qui est le moins souhaitable et le plus ridicule, c’est de parvenir à l’âge adulte. L’âge où l’on n’a plus peur du loup, où on le déplore, où on est presque triste de le maîtriser, de le connaître, et où l’on veut en inventer un autre.
D’ailleurs, l’autre nouveauté de la maison Allia, cette rentrée fait la part belle aux monstres humains. Dans L’été des charognes, Simon Johannin raconte la cruauté suintant de toutes les rues et de tous les murs d’un « village de nulle part » vue par les yeux d’un enfant. L’autre loup, le vrai et le plus terrifiant, les hommes le portent en eux.
Pauline Klein, Les souhaits ridicules, Allia, 2017.
Simon Johannin, L’été des charognes, Allia, 2017.
Judith et Holopherne, Le Caravage, 1599. Ce thème deviendra un des sujets favoris des artistes caravagesques et tout particulièrement du Valentin.
Judith et Holopherne, Le Caravage, 1599. Ce thème deviendra un des sujets favoris des artistes caravagesques et tout particulièrement du Valentin.
Si vous ne devez voir qu’une exposition cette année, il faut vous rendre sans hésiter à la rétrospective Valentin de Boulogne au Louvre. Cet artiste caravagesque, actif à Rome au début du xviie siècle, est le premier grand peintre français par la chronologie. Il est aussi le premier, ou l’un des tout premiers, toutes époques confondues, par le génie. L’exposition a d’abord été présentée à New York où le public américain a, semble-t-il, été époustouflé par ce peintre que peu connaissaient. Les lecteurs de Causeur ont, quant à eux, déjà eu l’occasion de s’arrêter sur Le Valentin dans un numéro précédent[1. Causeur no 16, septembre 2014, p. 88.]. Il s’agit donc de comprendre pourquoi cet immense artiste a été si largement occulté et pourquoi il refait surface à présent.
La première raison est certainement que Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571-1610), est l’arbre cachant la forêt du caravagisme. Il accapare les recherches, les publications et l’attention du public. Il faut cependant remettre cet artiste à sa juste place. D’abord, il convient de faire la part du romanesque résultant d’une vie où se conjuguent rixes, homosexualité et crime. Ensuite, rappelons que, durant l’essentiel de sa carrière, Caravage produit des scènes de genre et des œuvres de format moyen qui n’auraient jamais eu en elles-mêmes un grand retentissement. Longtemps il n’est qu’un peintre du xvie siècle tardif parmi d’autres. Tout change à partir de 1600, quand il accède à des commandes ecclésiastiques. Il réalise alors de grandes compositions où des éclairages crus désarticulent la compréhension rationnelle du monde et lui substituent une vision de l’humanité particulièrement tragique, violente et érotisée. C’est le cas, en particulier, de l’inoubliable Martyre de saint Matthieu qui inaugure le grand Caravage. Cette période féconde et décisive s’étale sur moins de dix ans. Ensuite, tout à la fin de sa vie, Caravage fuit dans le Sud et on est très surpris d’observer que le niveau de sa peinture baisse. Ses dernières compositions, conservées à Syracuse, comme sa Résurrection de Lazare, paraissent plus faibles et presque académiques.
Il ne faut pas voir en Caravage un maître suivi de pâles épigones, mais plutôt un précurseur. Le début du xviie italien connaît, en effet, un foisonnement artistique extraordinaire. On pourrait parler de « Renaissance » si le terme n’était pas déjà pris pour qualifier la période précédente. Dans le paysage, on trouve d’abord la famille des caravagesques au sens strict. Ces artistes relativement nombreux ont notamment[access capability= »lire_inedits »] en partage un goût marqué pour l’irruption de lumières contrastées dans des atmosphères de ténèbres. Deux figures dominent : celle de José de Ribera (1591-1652) et celle du Valentin de Boulogne (1591-1632). On trouve aussi, à la même époque, des artistes relevant d’autres sensibilités, mais ayant intégré à leurs œuvres une dose plus ou moins importante de caravagisme. C’est le cas par exemple de Guido Reni (1575-1642), Bernardo Strozzi (1581-1644), Massimo Stanzione (1585-1656) et le Guerchin (1591-1666). Tous ces artistes ont des personnalités singulières et des styles puissants qui, bien souvent, n’ont rien à envier au Caravage, même s’ils sont moins connus du public.
Le Valentin se distingue par trois caractères importants. D’abord, il a une compréhension particulièrement aboutie de la lumière. Il en fait une sorte de grâce imprévisible arrachant des morceaux du monde à l’obscurité chaotique où il se perd. Ensuite, en méditant sur la peinture vénitienne, il accède à une picturalité puissante, riche en transparences et vibrations, là où Caravage en reste souvent à une facture un peu plate. Enfin, le Valentin a une vision très personnelle de l’existence, imprégnée de noirceur. La vie pour lui est morne par défaut, juste ponctuée de temps à autre par des fulgurances. Ses personnages ont fréquemment le regard triste et la bouche entrouverte. Ses contemporains ne s’y trompent pas. Le Valentin est considéré à Rome comme l’un des principaux artistes de son temps.
La Judith et Holopherne
Ce tableau conservé à Malte est une des dernières œuvres du Valentin. Il n’est cependant âgé que de 37 ans. La peinture se réfère à un épisode des livres deutérocanoniques (deuteros = secondaire) de l’Ancien Testament catholique, le texte étant jugé apocryphe par les autres traditions. Il raconte comment une belle et jeune veuve, Judith, aidée de sa servante, écarte la menace d’une invasion assyrienne en séduisant puis en décapitant le général ennemi, Holopherne. Cette histoire est traitée par de nombreux artistes caravagesques. Caravage lui-même en produit une version aux alentours de 1598. La Judith de Caravage et celle du Valentin sont donc séparées par seulement trente années. Il est tentant de faire la comparaison. Difficile de ne pas voir l’éclatante supériorité du Valentin. La facture, relativement plate chez Caravage, a chez le Valentin un lyrisme vibrant, mais contenu, qui en fait le digne héritier des Vénitiens. La composition en frise de Caravage présente des personnages caricaturaux et peu crédibles. Celle du Valentin, plus resserrée, est d’une simplicité racinienne. Holopherne, renversé, a une pose stupéfiante, à la fois bestiale et humaine jusque dans la pilosité. Mais c’est surtout avec la figure de Judith que le Valentin exprime sa sensibilité mélancolique. Contrairement à la plupart des Judith, la sienne n’est ni sadique, ni cruelle, ni effrayée par l’horreur des circonstances.Elle est morne et songeuse. Elle a un beau visage triste, presque inexpressif. Elle semble tout entière habitée par un rêve. Avec sa grande épée, elle tranche la tête d’Holopherne comme une boursouflure grotesque, une inutile et géante verrue. Elle est un ange du désencombrement ! Pour le Valentin, le salut paraît synonyme de désencombrement. Chacun, en regardant ce tableau, peut y retrouver quelque chose de sa propre vie. Rares sont les peintures qui en un flash visuel vous communiquent cette sorte de compréhension instinctive de l’existence.
Dans ce contexte, on lui commande une grande composition pour Saint-Pierre de Rome. Il s’agit d’un Martyre de saint Processe et saint Martinien. Les visiteurs comparent aussitôt cette peinture au Martyre de saint Érasme réalisé par Poussin et présent dans les mêmes lieux. Si l’on reconnaît à ce dernier du talent pour le dessin, beaucoup ont le sentiment qu’il s’agit d’un talent sec et scolaire. La préférence de nombreux amateurs va au Valentin pour sa picturalité et son tragique. Son œuvre se comparerait plus volontiers avec L’Ensevelissement de sainte Pétronille du Guerchin, l’une des toiles emblématiques de cette époque. Poussin devient cependant la figure tutélaire de la peinture française, tandis que Le Valentin constitue pour beaucoup une référence alternative. Il devient à Poussin ce que Delacroix sera à Ingres, une incarnation de la verve picturale face au froid académisme.
Le Valentin laisse une soixantaine d’œuvres dont la moitié sont exceptionnelles. Les occasions d’en acquérir sont rares, mais Mazarin, Louis XIV et Louis XV les collectionnent. La gloire du Valentin persiste jusqu’à la fin du xixe, bien que peu de ses tableaux soient présents en France.
Au xxe siècle, le Valentin tombe dans un relatif oubli. Bizarrement, c’est un artiste caravagesque mineur et provincial qui va prendre la vedette, Georges de La Tour (1593-1652). Ce peintre qui ne voyage pas en Italie adopte un caravagisme de seconde main auprès des Flamands. Actif à Lunéville, en terre d’empire, il est remarqué et étudié à partir de 1915 par Hermann Voss (1884-1969). Cet historien de l’art est aussi une figure importante du nazisme. Représentant spécial du Führer pour la constitution du musée de Linz, il prend part à haut niveau aux spoliations et à la lutte contre l’art « dégénéré ». Une exposition Georges de La Tour est organisée à Paris en 1934. Ses effets de lumière et son goût du pittoresque peuvent paraître un peu faciles, mais ils séduisent le public qui y voit un artiste typiquement français. Une autre rétrospective a lieu en 1972. On édite même des timbres. La Tour connaît ainsi une étonnante popularité qui occulte en grande partie celle du Valentin jusqu’à nos jours.
C’est donc à la redécouverte d’un des plus grands artistes de l’histoire que nous convie le musée du Louvre. Il semble que les esprits soient mûrs, à l’heure où une nouvelle peinture figurative naturaliste prend son essor international. C’est peut-être un signe des temps.
À voir absolument : Valentin de Boulogne, musée du Louvre, jusqu’au 22 mai (rétrospective jumelée avec une exposition Vermeer et les maîtres de la peinture de genre).[/access]
Un sondage doit toucher un public bien déterminé dans un journal bien déterminé. Il a pour ambition de prêcher des convaincus. Des convaincus qui aiment se faire peur ou voir confortée leur vision du monde. Le sondage est ce mal qui nous fait du bien : cette fois-ci, ce n’est pas de Boris Vian, c’est de Léo Ferré.
Ainsi, un grand journal du soir écrit en première page et en grosses lettres dans son édition du 7 mars : « Un tiers des français se disent en accord avec les idées du Front national. » On pourrait pour une fois se demander le but de ce sondage, plutôt que s’interroger sur le sens du résultat. Par exemple, se demander s’il ne s’agit pas de mobiliser les troupes démotivées de la gauche et de justifier les ralliements à Macron comme ultime barrage à Marine Le Pen. Ca peut toujours marcher, on ne sait jamais. Ca a bien marché avec Delanoë.
« Préférez-vous une société réellement communiste ou qu’un tremblement de terre détruise la France et qu’elle soit ravagée par la peste ? »
C’est peut-être pour ça qu’on n’a pas commandé de sondage, à droite, sur la fiabilité des députés UDI ou sur la crédibilité de Fillon qui déclare dans un meeting à Orléans : « Les voyous doivent redécouvrir ce qu’est la loi ». Là, on risquerait plutôt la démobilisation et de se retrouver ave un résultat peu conforme aux attentes des commanditaires.A moins de poser la bonne question, comme le tonton de Boris Vian. Par exemple, « Trouvez vous digne l’attitude des députés UDI ou préférez vous être atteint du typhus ? » ou bien « Le discours de François Fillon sur le respect de la loi est-il crédible ou préférez-vous être privé de la vue pour le restant de vos jours ? »
Moi, par exemple, si j’avais les moyens, je commanderais au Monde et, soyons fou, au Figaro et à Libération un sondage sur la popularité, à la veille de cette élection, des idées du Parti Communiste. Et pourquoi pas ? Il faut juste, encore une fois, choisir la bonne question. Par exemple: « Préférez-vous une société réellement communiste ou qu’un tremblement de terre détruise la France et qu’elle soit ravagée par la peste ? ». Je crois que je prouverais alors aisément à quel point les idées communistes sont en forme. Je vois déjà les grands titres barrant la une : « Neuf français sur dix se disent en accord avec les idées du PCF »
Ca me redonnerait le moral, tiens. Et toute ma confiance dans les sondages.
Najat Vallaud-Belkacem à Montpellier, décembre 2016. SIPA. 00783908_000027
Najat Vallaud-Belkacem à Montpellier, décembre 2016. SIPA. 00783908_000027
La puissance du lobby pédagogiste (je parle des massacreurs du bon sens pour qui l’école est un chantier idéologique) ne vient pas seulement du fait qu’on l’a laissé occuper tous les postes stratégiques depuis des décennies ni de ses relais politiques et syndicaux et de son réseautage médiatique, mais de sa capacité à faire croire et à avoir laissé répéter partout qu’il était la gauche, qu’il était de gauche.
C’est évidemment une aberration. Seul le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et quelques autres partis semblent enfin commencer à défendre l’idée, pourtant évidente, que l’école de l’instruction (à l’opposé de l’école de la fabrique de la paix sociale et du prêchi-prêcha idéologique) puisse représenter une valeur qui va dans le sens de celles que prônaient un Hugo ou un Jaurès.
Il est entendu, et dans la presse notamment – qui n’aime pas toujours à remettre en question le prêt-à-penser que les faiseurs d’opinion lui donnent sur un plateau – qu’un anti-pédagogiste ne saurait être que de droite, voire d’extrême-droite (renchérissement stratégique oblige).
Il est urgent de travailler à dissocier radicalement l’idée de gauche, les valeurs de gauche avec celles du pédagogisme.
Ceux qui dévastent tranquillement l’école de la transmission, de l’instruction, ne sont pas la gauche : ils ne travaillent que pour les marchands.
Il faut à cette fin œuvrer – aussi – à un anti-pédagogisme de gauche virulent.
Reprendre un espace politique usurpé par des imposteurs
L’anti-pédagogisme (la lutte contre le « constructivisme » venu des Etats Unis, par exemple) pourrait, en fait, venir de tous les côtés de l’échiquier politique, car il est d’essence citoyenne et républicaine.
Mais la gauche qui se réclame de Condorcet, de Hugo et de Jaurès, devrait mettre les bouchées doubles et rattraper le temps perdu. Il s’agit de reprendre un espace politique usurpé par des imposteurs.
Quand on fabrique sciemment de l’illettrisme et de l’innumérisme, quand on promeut la médiocrité et le nivellement, « l’entertainement » bas de gamme, quand on discrédite l’effort intellectuel et la réflexion lucide, quand on allège sans fin les livres d’histoire, quand on supprime le latin et qu’on récuse la grammaire, bref quand on « hanounise » les esprits à marches forcées, on est définitivement disqualifié pour se prétendre « de gauche ».
JAMAIS un Brecht n’aurait défendu une telle « école », un Jean Vilar non plus ! Jamais un émancipateur du peuple n’aurait programmé une telle déchéance.
Qu’on invite tous les élèves au banquet de la connaissance, oui ! Qu’on serve une malbouffe infecte et que les examens deviennent un jeu de dupes, non !
Vive l’anti-pédagogisme !
Le journal Libération (qui délivre des brevets officiels incontestés de gauchisme ou plutôt de « gauchitude », celle en col roulé noir de Saint-Germain-des-Prés) confirmait il y a quelques temps ce que tout le monde croyait déjà savoir, grâce à la mise en scène éculée du lobby pédagogiste : volant au secours de Lussault et de sa bande, (sûrement après un coup de fil) ce journal nous apprend, en gros, que le Prédicat (nouveau grigri des pédagogos) est de gauche et le complément d’objet direct de droite.
Eh bien voilà, affaire classée ! A vos rangs politiques, fixes ! La rive gôche a rendu son verdict tant attendu. La réforme Terra Nova est intrinsèquement de gauche, ses promoteurs sont la gauche progressiste. Partant, ceux qui s’y opposent sont la droite (i.e, les bourgeois, les conservateurs, la rente, les salauds). Or donc, le Prédicat, promu par la réforme EST de gauche. Le Prédicat est un libérateur d’opprimés.
« C’est la lutte finale
Groupons-nous et demain
Le Prédicat
Sera le genre humain ! »
Ceux-là qui défendent le C.O.D veulent discriminer les élèves en les triant selon leur origine sociale et faire une école de l’exclusion et de l’entre-soi à l’opposé des valeurs de la démocratie. On peut supposer que si le C.O.D est de droite, le C.O.I est d’extrême droite et le C.O.Second, nazi : il me semble que la Cantatrice chauve ne verrait rien à redire à une logique aussi implacable.
A moins évidemment que Libération ne soit pas du tout un journal de gauche (on nous aurait caché des choses ?) mais un journal libéral libertaire s’insurgeant contre tout ce qui entrave le marché, comme cette vieille institution républicaine qu’on appelle l’École. Mais c’est impossible naturellement, puisque Libération est la gauche par essence. Il y a de quoi rigoler…
Comme Saint-Just voulait se hâter de rendre la philosophie populaire, il faudrait se hâter de rendre l’anti-pédagogisme populaire et surtout que tous les Partis se retroussent les manches pour redresser et réinstituer l’École.
ANNONCE
TROISIEME TABLE RONDE DU COLLECTIF CONDORCET
25 Mars 2017
9H30-18H
La France Insoumise, le Parti Socialiste, en Marche !, Les Républicains, Debout la France et le Mouvement Républicain et Citoyen ont d’ores et déjà répondu favorablement à notre invitation pour notre troisième table ronde le samedi 25 mars à L’École Normale Supérieure.
Le Collectif Condorcet invite les représentants de ces partis politiques à répondre à la question: « Quel projet pour l’Ecole de la République ? »
Cette 3° Table Ronde aura lieu dans la salle Jaurès de l’Ecole Normale Supérieure, au 29 rue d’Ulm, 75005 PARIS.
Seront représentés :
— La France Insoumise (Paul Vannier, professeur d’hsitoire-géographie, secrétaire national à l’Education)
— Debout la France ( Eric Anceau, responsable du programme présidentiel de Nicolas Dupont-Aignan et délégué national de DLF à la Cohésion nationale et à l’Ecole de République)
— Le MRC ( Fatiha Boudjahlat, professeur, secrétaire nationale à l’Education)
— Les Républicains (Annie Genevard, Commission des Affaires culturelles et de l’Education, députée du Doubs, maire de Morteau , secrétaire générale adjointe LR et déléguée générale à l’éducation)
— Le Parti Socialiste (Charlotte Brun, adjointe au maire de Lille, en charge de l’éducation pour #Hamon2017)
— En Marche ! (Christophe Brunelle, professeur d’anglais, helper au QG d’En Marche !)
Inscription recommandée par mail : collectif.condorcet@gmail.com
Sur Condorcet :
Rythmes scolaires à l’école, réforme Belkhacem du collège, réforme Chatel du lycée. Tout est à revoir et refaire. Il faut réinstituer l’école républicaine et retrouver les idéaux fondateurs d’un Condorcet. Il faut faire le pari de l’égalité, de la haute-culture, de la transmission. Il faut faire cesser la malbouffe scolaire et se donner les moyens de la qualité. L’enjeu est de civilisation. L’école de l »employabilité » ne passera pas par le collectif Condorcet.
Chantier à Mâcon, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00793124_000040.
Chantier à Mâcon, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00793124_000040.
Causeur. Ces derniers jours, trois chiffres macro-économiques importants ont été officialisés : l’économie française a créé 187 000 emplois en 2016 (sa meilleure performance depuis le début de la crise en 2008), la croissance au premier trimestre 2017 a été de 0,4% et enfin le bilan commercial français pour le mois de janvier 2017 s’est élevé à presque 8 milliards d’euros, un record. Que disent ces chiffres de l’état de l’économie réelle ?
Jean-Luc Gréau. Le chiffre favorable des créations d’emplois est en discordance avec le taux de croissance officiel de 1,1% en 2016. En cela, l’économie française offre une étrange similitude avec l’économie américaine qui, avec une croissance de 1,6%, a créé deux millions et demi d’emplois !
Explication logique : comme les Etats-Unis, nous créons de plus en plus d’emplois à faible productivité tout en supprimant des emplois à forte productivité sur le site national. Ce paradoxe est confirmé par le chiffre négatif de notre commerce extérieur : le bas de gamme ne s’exporte pas ! en revanche, il nous coûte très cher en termes de protection sociale.
Les chiffres dont nous disposons révèlent une tiers-mondisation rampante de notre économie, subventionnée par des allègements de charge et le CICE, ciblés sur les basses rémunérations. Cette évolution est intenable à long terme.
Pourtant, la Banque de France estime à 0,4% la croissance française au premier trimestre 2017 et constate un rebond de l’activité dans le secteur industriel ainsi que dans les services et le bâtiment. N’est-ce pas la preuve d’une réelle reprise ?
Le rebond de l’activité découle pour l’essentiel de trois facteurs. Premier facteur : la baisse de l’euro situé aujourd’hui un peu au-dessus de 1 dollar après avoir connu une parité de 1,4 dollar, voire plus, des années durant, alors que la zone euro connaissait une situation de marasme. Deuxième facteur : l’importante reprise cyclique du marché de l’automobile en Europe après des années particulièrement difficiles. Cette reprise pourrait se poursuivre encore durant 2017. Mais peut-être pas au-delà. Troisième facteur : les livraisons d’avions qui ont battu de nouveaux records. Mais là encore, l’évolution des commandes laisse présager une stabilisation à partir de l’an prochain.
Il faut insister parallèlement sur la continuité du processus de délocalisation, lié au phénomène que j’ai décrit plus haut : la santé retrouvée du groupe PSA masque le fait que les véhicules de moins de 20000 euros ne sont plus ou ne seront plus assemblés en France et que les équipementiers vont se rapprocher des lignes d’assemblage délocalisées. Les fournisseurs de l’aéronautique signalent eux aussi qu’ils subissent les délocalisations de leurs donneurs d’ordre, non plus seulement sur la fabrication, mais sur le développement, vers la Chine et l’Inde.
Cette « tiers-mondisation rampante » de l’économie française explique-t-elle qu’en dépit de la baisse du prix des matières premières importées et de la faiblesse de l’euro, notre balance commerciale souffre d’un énorme déficit en janvier 2017 ?
En quelque sorte. Le point crucial pour notre économie est son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne : la moitié environ de notre déficit provient de nos échanges bilatéraux avec la RFA. L’euro joue le rôle d’une souricière. Pour retrouver un coût du travail compétitif pour l’économie engagée dans la compétition internationale, il faudrait le réduire massivement à hauteur de 20%, soit les salaires, soit les charges. L’allègement de charge nécessaire peut être estimé à 100 milliards d’euros. Mais alors comment payer la maladie, la famille, la vieillesse ?
Observons encore que les baisses de salaires pratiquées dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal ont donné lieu à de violentes récessions. Mais ces politiques opportunistes, apparemment couronnées de succès dans le cas de l’Espagne, ont eu aussi pour effet de contrarier l’activité chez leurs voisins. Cependant, malgré ce succès, l’Espagne, qui produit désormais plus de voitures que la France et l’Italie, subit cependant un taux de chômage proche de 20%%. Il était de 8% avant l’éclatement de la bulle immobilière locale. Le sujet de la sortie de l’euro reste évidemment tabou. Marche ou crève !
Emmanuel Macron aime tellement les médias qu’il est prêt, pour assurer leur indépendance, à se lancer dans le bénévolat. C’est l’anecdote rocambolesque que nous raconte le journaliste du Monde Adrien de Tricornot. En 2010, alors qu’il cherche à boucler son rachat, le quotidien du soir et sa Société des rédacteurs s’entourent de « spécialistes ». Quand surgit des tréfonds de la nuit un jeune homme « formidable, super brillant », prêt à les aider « pro bono ». Il « se présente à nous comme un banquier d’affaires qui fait de l’argent, mais n’y trouve pas du sens, membre de la fondation Jean Jaurès, voulant défendre la liberté de la presse », se souvient le journaliste. « Emmanuel, puisque c’est comme ça qu’on l’appelait à l’époque », les conseille et les pousse à ne pas se focaliser sur l’offre Niel-Bergé-Pigasse.
Mais alors que les journalistes du Monde sortent d’une réunion avec les conseillers de Pierre Bergé, à la même adresse, « coïncidence », que les bureaux d’Alain Minc, avenue George-V, Adrien de Tricornot croise le regard… d’Emmanuel Macron, entouré d’Alain Minc qui « conseille à l’époque le groupe Prisa, un des autres candidats au rachat [du] journal ». Aussitôt, le futur ministre se met en marche : il « disparaît derrière la porte cochère ». Stupéfait, le journaliste décide de le suivre. Et démarre, à travers étages, paliers et couloirs, une partie de cache-cache avec son bon samaritain. « J’avais une sorte de pressentiment. J’avais vu que Macron se cachait […]. Je monte les marches. Mon téléphone sonne en appel masqué. Je n’ai pas su qui c’était, j’ai raccroché. Et puis j’arrive au dernier étage de l’immeuble. Je vois que la porte de l’ascenseur est bloquée. […] Et tout au bout de l’étage, sur le palier, il y avait Emmanuel Macron ! »
Pris au piège, il[access capability= »lire_inedits »] démarre, « pile au moment où j’arrive », une conversation au téléphone et fait mine de ne pas le voir. « Bonjour Emmanuel, s’exclame alors le journaliste en lui tendant la main. Tu ne nous dis plus bonjour ? […] J’ai senti l’angoisse en lui. Il avait du mal à respirer. Son cœur battait à 200 à l’heure. » Adrien de Tricornot apprendra plus tard qu’un courrier de report des négociations adressé à la triplette Niel-Bergé-Pigasse, dont « la trame » avait été « transmise » à la Société des rédacteurs du Monde par Emmanuel Macron, « avait en fait été rédigé à l’origine par Alain Minc Conseil ». Indépendance de la presse toujours, le journaliste ne raconte pas cette anecdote dans son journal mais sur StreetPress, un magazine en ligne participatif.
Nb : un autre des protagonistes de la scène la confirme en tous points. EL[/access]
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000026
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000026
Combien étaient-ils à Besançon pour écouter François Fillon quelques jours après le rassemblement du Trocadéro ? Les orateurs annonçaient 3000 mais nous avons appris à nous méfier. Nous avons plutôt eu l’impression qu’on était beaucoup plus proche de 2000 mais peu importe, en fait. L’essentiel se trouvait encore dans la composition de la salle. Comme les études d’opinion le démontrent, ce sont les retraités qui constituent le socle de l’électorat de François Fillon et hier soir, cela se voyait à l’œil nu.
Comme l’automne dernier lorsqu’il avait compris que son message économique n’était pas propre à emballer les foules et permettre une dynamique, il est passé très vite sur ses propositions en la matière. A Besançon, il a surtout parlé de l’Ecole. Coïncidence ou volonté, c’est dans la même ville que Nicolas Sarkozy avait prononcé un grand discours thématique sur l’Education il y a dix ans. L’assistance a apprécié, visiblement très préoccupée par l’état du système éducatif de notre pays, au point que, pendant que nous nous mettions à la rédaction de ces lignes, un aimable monsieur nous interpellait : « pas de fautes d’orthographe ! ». L’ancien ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac, qui avait naguère laissé Claude Thélot lui dicter une loi d’orientation qui faisait la part belle aux gourous pédagogistes, critique aujourd’hui ces derniers avec la plus grande force. L’influence de la locale de l’étape, la secrétaire générale adjointe de LR, Annie Genevard, y est sans doute pour beaucoup.
Anti-pédagos de babord à tribord
D’une manière générale, sur l’Ecole comme sur les questions régaliennes, mais aussi lorsqu’il a fustigé Emmanuel Macron, le candidat souhaitant « une société d’individus et non plus de citoyens, une société plastique, une société liquide », il nous a souvent fait l’impression de faire du Finkielkraut. Un hebdomadaire avait titré il y a quelques mois sur la « gauche Finkielkraut » représentée par Manuel Valls ; ce soir, il nous a semblé entendre son pendant à droite. Evidemment, dans le détail, il n’est pas certain que l’escouade d’intellectuels qui accompagnent l’auteur de La défaite de la pensée, comme Jean-Paul Brighelli ou Natacha Polony, reprennent à leur compte toutes les propositions énoncées à Besançon, notamment celles qui ont trait à l’autonomie des chefs d’établissement, laquelle proposition reprend davantage à la logique managériale. Mais la tonalité anti-pédagos y était et elle peut être essentielle, surtout si cette campagne commence à aborder les sujets sérieux.
Il demeure que Marine Le Pen sur son flanc droit et même Emmanuel Macron sur son flanc gauche, ne sont pas en reste sur ce sujet et qu’il ne sera pas si aisé d’être leader sur ce thème. Le candidat d’En Marche a même effrayé Najat Vallaud-Belkacem, seule ministre vallso-hollandaise à basculer clairement dans le camp Hamon. Il n’est pas interdit de penser que les propositions éducatives de son ancien collègue du gouvernement pourraient en être la raison principale. François Fillon a aussi passé quelques minutes à fustiger le totalitarisme islamique. Il a rappelé ses propositions en matière de sécurité et de politique pénale. Il a aussi eu quelques mots europhiles, reprenant les termes de Giscard sur la France « qui ne représente qu’1% de la population mondiale ». Pas sûr que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement, qu’il a cités dans son discours pour illustrer sa conception de la République, auraient apprécié cette antienne, l’un depuis l’au-delà, l’autre s’il avait été présent à Besançon.
François Fillon n’a pas oublié de faire allusion à ses semaines difficiles. Se présentant tantôt comme un « rebelle que le système n’arrêtera pas » tantôt comme un de « ces combattants balafrés qui n’ont pas appris la vie dans des livres », il est ainsi passé en une dizaine de minutes, de Finkielkraut à Albator.
« Échauffourées » selon Le Parisien, « incidents » pour Libération, une présidente de région qui s’apprête à « porter plainte », « seuil symbolique » franchi d’après Le Monde, une ministre de l’Éducation Nationale et un premier ministre indiquant que le gouvernement fera preuve de « la plus grande fermeté », des dégâts évalués à plus de 70 000 euros, 54 « jeunes » mis en garde à vue dont une quarantaine de lycéens mineurs… Scènes de la vie ordinaire en République française.
Un tir de mortier en guise de récréation
Lycée Suger. Saint-Denis, 93. Mardi 7 mars 2017. Un tir de mortier éclate. Le lycée polyvalent accueille 1300 élèves. Des incendies démarrent dans les toilettes, de l’essence est déversée dans un escalier, des « jeunes » attaquent le lycée. Tirs de fumigènes et de cocktails Molotov. Évacuation. Bataille rangée entre « jeunes » et policiers. Projectiles et barres de fer contre Flash-Ball et gaz lacrymo. Une centaine de « jeunes » prend la direction du centre-ville de Saint-Denis. Cette nuée hostile détruit le mobilier urbain, agresse des policiers et s’attaque aux autres lycées de la commune du 93. Le « 9-3 ». Devenue habituelle, l’expression indique bien que ce département est hors de la République. N’est-ce pas là que l’on rencontre des bars interdits aux femmes ou que des terroristes en fuite viennent se cacher ? Une flambée de violences, un début d’émeute. Des élèves ont peur, d’autres sont « euphoriques » disent les enseignants. Pour certains « jeunes » lycéens de 15 à 19 ans, c’est la fête. Beaucoup se contentent de filmer et de diffuser sur les réseaux sociaux. On accuse la police de violences. Sur Youtube. Ces « jeunes » sont des victimes affirme une mère.
Les institutions de la République sans cesse visées
Une mère en colère ne comprend pas pourquoi son fils a été « ramassé » par la police et emmené au commissariat « alors qu’il était sous la responsabilité de l’Éducation Nationale ». Sur les 54 « jeunes » gardés à vue, 8 sont déférés devant un juge pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, attroupement armé et rébellion. Ils sont tous mineurs. Scène de la vie ordinaire : des « jeunes », surtout ne caractériser aucune origine sociale, géographique ou ethnique, mènent une opération de guérilla urbaine. Contre les institutions de la République. On ne compte plus les occurrences de ces violences. Des émeutes du même genre ont déjà eu lieu à Saint-Denis mi-février aux abords de la basilique. La presse étrangère, éberluée, observe la rue française et parle de scènes de « guerre civile ». Ces violences ne concernent pas seulement la France. Mais ici, elles sont devenues des scènes de la vie ordinaire. Quotidienne. Comparer le Saint-Denis nocturne contemporain à ce que Saint-Denis symbolise n’est pas anodin. Saint-Denis et Suger, grandeur de la France d’hier. Il y a entre les deux toute la distance séparant la civilisation et la barbarie. Cela doit être dit sans tabou.
« Ils sont où les parents ? »
La civilisation repose sur l’autorité. « Ils sont où les parents ? », se demandait sur France Inter, le 15 février dernier, une jeune femme issue de l’immigration. Après deux nuits d’émeutes à Bobigny, Saint-Denis et Aulnay. La jeune femme évoquait les centaines de « jeunes » incendiaires s’attaquant aux forces de l’ordre. En effet : « Ils sont où les parents ? ». La perte de l’autorité, depuis longtemps signalée par des intellectuels comme Finkielkraut, est la principale cause de ces violences. Autorité des parents. Autorité de l’école. Autorité de la République. Difficile, l’autorité, dira-t-on, quand on envisage de pénaliser la fessée. Quand une claque à un élève est une maltraitance, parfois « raciste ». On parle de légaliser le cannabis, d’interdire fessées et claques, de multiplier les salles de shoot… La République a le devoir d’imposer son autorité. Aux familles, d’abord. En responsabilisant les parents. Responsabilisation qui passe par la sanction financière. Les familles ont le devoir d’empêcher leurs adolescents de passer la nuit dehors. Que des « jeunes » de CM2 ou de 6e traînent la nuit est irresponsable. Ces « jeunes » doivent être à leur place : chez eux. Cette responsabilité incombe aux familles. Elles doivent rétablir l’ordre dans leurs appartements. La République a le devoir de mettre des mots sur le réel : les « jeunes » issus de l’immigration qui mettent le bordel dans les rues et les lycées doivent être rappelés à l’ordre et punis. Les familles concernées sont minoritaires et connues des services. Elles doivent être sanctionnées.
Où est la limite ?
Qu’un lycée soit attaqué n’est pas anodin. Les « jeunes » s’en prennent au lieu du savoir. Le lycée Suger est un lycée polyvalent, associant lycée général, technologique et professionnel. Des lycées conçus comme « outils de mixité sociale ». Il sera intéressant de connaître le parcours des « jeunes » en question, tant scolaire qu’ethnique. L’idée peut sembler généreuse : créer des passerelles entre les filières. C’est pourtant mettre la charrue avant les bœufs. L’école ne recommencera pas à jouer son rôle tant que les adolescents ne seront pas réellement encadrés. À commencer par le savoir de base : lire, écrire, compter. Savoir écrire une phrase correcte. Et tant que la notion de limite ne leur sera pas de nouveau imposée. Les adolescents multiplient les incivilités car ces bases ne le sont plus. La limite. Ce qui faisait, jusqu’à une époque récente, que tout jeune savait comment on s’adresse à un adulte, à un représentant du savoir ou de la République en particulier, comment on se comporte en collectivité, où jeter ses canettes et autres papiers de kebab. Tant que le minimum du vivre en commun ne sera plus acquis, aucun prétendu « vivre-ensemble » ne risque d’être possible.
Où est passée la langue ?
Dans les vidéos des événements, filmés avec des smartphones, on entend distinctement de jeunes filles ricaner, s’amuser de ce qu’elles voient dans un vocabulaire qui dit beaucoup de l’état de l’école : « téma, téma… (…) Wesh, ya la chaleur du feu, y sont passés en balles, wesh. Y zont couru wesh ». Le ton est rigolard, l’excitation perceptible. Cela résume la perte de toute autorité, à commencer par celle du langage et de la culture. Passer une heure dans la cour de récréation d’un collège du « 9-3 » suffit pour entendre que la langue française n’y est plus parlée. Plutôt un sabir déculturé. Et nombre de langues étrangères. La culture dominante n’est pas la culture française mais celle des banlieues multiculturelles, du rap, des casquettes et du shit. L’État a le devoir de rétablir l’ordre républicain et l’ordre de la culture française au sein des établissements scolaires. Une remise en ordre qui passe par la transmission de ce qui fait nation et communauté française : une culture, des valeurs et une langue commune.
Dire les mots qui fâchent sans tabous
Dans la France contemporaine, des parents majoritairement issus de l’immigration ne contrôlent pas leurs enfants, ces derniers n’obéissent plus à leurs professeurs, pas plus aux forces de l’ordre. Ces « jeunes », que l’on se refuse à nommer autrement par déni du réel, ont perdu tout sens de la limite, dans tous les aspects du quotidien, plus préoccupés de shit et de « nique la France » que d’autre chose. Ces « jeunes » n’apprennent rien, ne travaillent pas, refusent toute notion d’effort et sont persuadés, « wesh, téma », d’être dans le vrai. Pourquoi ? Le problème est politique. Au lieu d’inscrire ces « jeunes » dans une culture et une civilisation enracinées, on leur répète combien ils sont victimes, combien ils ont raison de « niquer la France », combien il est excusable, après les souffrances dont furent victimes leurs ancêtres et dont la France serait coupable, qu’ils crachent à la figure de leurs enseignants, disent « ferme ta gueule » à un professeur quand il commence un cours sur les Hébreux ou attaquent des policiers à coup de barres de fer. Une époque viendra où des comptes seront demandés aux hommes et aux femmes politiques directement responsables de la situation actuelle, situation d’une gravité sans égale, unique à l’échelle des pays développés, et directement issue de l’idéologie libérale libertaire au pouvoir depuis quarante ans. Pour ladite idéologie, l’avenir est dans le communautarisme tandis que l’autorité serait par nature une forme d’oppression. Ce n’est pas seulement une conception politique, c’est une faute.
Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.
Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.
Daoud Boughezala. Au total, combien y a-t-il de travailleurs détachés en France ?
Vincent You.[1. Vincent You est adjoint LR au maire d’Angoulême, vice-président de GrandAngoulême.] Suivant qu’on parle de travailleurs détachés légaux ou illégaux, il y a un flou autour du chiffre de 500 000 qu’on évoque régulièrement. D’après les quelques études publiées sur le sujet, la majeure partie d’entre eux travaille dans les secteurs du bâtiment et travaux publics (BTP) et du transport.
Comment avez-vous pris conscience de l’ampleur du phénomène ?
Lorsque j’ai commandé la construction d’un hôpital de proximité, j’ai fait en sorte que les marchés soient attribués à des entreprises de la région. J’étais satisfait de voir des PME locales travailler sur place mais, à ma venue sur le chantier, je ne savais pas à qui parler parce que s’y trouvaient toutes les nationalités (Roumains, Polonais, Espagnols, Chypriotes…). C’est là que je me suis dit qu’on marchait sur la tête : un chantier de 20 millions d’euros payé par la Sécurité sociale française bénéficiait à des entreprises embauchant des gens qui ne cotisaient pas à la Sécurité sociale. On marche sur la tête ! Les travailleurs détachés sont justement embauchés moins cher parce que leur sécurité sociale est payée ailleurs, à moindre coût. J’ai alors pris conscience qu’on sciait la branche sur laquelle on était assis et me suis dit qu’on ne m’y reprendrait plus.
Qu’avez-vous fait ?
Le chantier s’est poursuivi, j’en avais un autre à ouvrir pour rénover un Ehpad (maison de retraite médicalisée). Et j’ai lancé une réflexion avec des architectes et d’autres personnes travaillant sur des chantiers pour trouver la parade au travail détaché. Ils m’ont expliqué que la responsabilité du maître d’œuvre que j’étais était d’assurer la sécurité sur le chantier. C’est sur cet aspect que j’ai joué…
… en rédigeant la « clause Molière » afin de contourner la directive européenne sur le travail détaché. En quoi consiste-t-elle ?
Le travail détaché, au-delà de la dimension purement économique qui rend les gens moins « chers » à engager parce qu’ils paient leurs charges sociales ailleurs, pose un problème de sécurité. Comment comprendre les règles de sécurité, toujours écrites en français, quand on ne parle pas notre langue ? Des amis juristes ont travaillé, certains m’ont dit que la discrimination était passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Mais la clause Molière y échappe car elle n’impose pas de pratiquer une langue mais que les ouvriers soient en mesure de comprendre les règles de sécurité du chantier. Soit ils sont francophones, soit ils sont accompagnés d’un interprète, ce qui renchérit de fait le coût d’embauche d’un non-francophone. C’est la subtilité de cette disposition. La discrimination serait d’accepter qu’il y ait deux types d’ouvriers : d’un côté, ceux qui sont correctement payés et comprennent les règles de sécurité ; de l’autre, ceux qui sont moins chers et dont on se fiche des conditions de sécurité puisqu’ils seront repartis dans leur pays trois semaines ou trois mois plus tard.
Est-il envisageable d’étendre l’application de cette clause à la France entière ?
De plus en plus d’élus locaux appliquent la clause Molière. Ils prennent un petit risque politique et juridique. Mais plutôt que de compter sur le courage des élus, il faudrait que la loi française fasse cette clarification. Aujourd’hui, il existe une carte professionnelle du BTP nécessaire aux travailleurs détachés. Pourquoi ne pas ajouter un test de compréhension du français à la procédure d’obtention de cette carte ? Cette mesure s’applique déjà aux médecins et aux infirmiers. En tant que directeur d’hôpital, en situation de pénurie de main d’œuvre, il m’arrive de recruter des médecins roumains ou des infirmières espagnoles. Dans ces métiers-là, le Code de la santé publique exige un test de français préalable.
A l’Assemblée nationale, l’emploi du 49-3 a arrêté tout débat. Et au Sénat, le résultat fut pitoyable : parmi les quelques sénateurs présents en séance, un certain nombre d’élus UDI ont considéré l’amendement comme inapplicable. Sur un chantier, le coordinateur sécurité-protection de la santé (CSPS) doit vérifier l’application des règles de sécurité. Or, pour être appliquée, une règle doit d’abord être comprise ! Les quatre sénateurs qui ont trouvé l’amendement inapplicable n’ont jamais dû se rendre sur un chantier, passée la pose de la première pierre.
Et dans la campagne présidentielle, y a-t-il des candidats qui prévoient de limiter le travail détaché ?
Beaucoup de candidats affirment qu’il faudra supprimer la directive européenne « travailleurs détachés », ce qui est une mesure encore plus forte que celle que je préconise. A Matignon, Manuel Valls l’avait déjà promis mais je n’ai pas vu le résultat. Au-delà des promesses de suppression de la directive européenne, j’espère que les candidats trouveront des solutions opérationnelles. J’ai bon espoir parce que les régions qui appliquent la clause Molière sont : les Pays de la Loire présidés par Bruno Retailleau, bras droit de Fillon ; les Hauts-de-France présidés par Xavier Bertrand ; le Centre qui est à gauche et l’a votée à l’unanimité ; la Normandie présidée par Hervé Morin ; et Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez, numéro 2 des Républicains et l’Île-de-France qui doit la voter cette semaine.
Pourquoi jugez-vous la gestion du travail détaché emblématique des difficultés françaises ?
D’une part, la question de la maîtrise du français est fondamentale à beaucoup d’égards, notamment par rapport aux problématiques d’intégration des populations issues de l’immigration.
D’autre part, le fossé entre élus locaux et certains responsables politiques nationaux coupés des réalités est l’une des causes de nos problèmes. Globalement, sur notre territoire, il y a beaucoup de gens ingénieux qui trouvent des solutions aux problèmes concrets mais cela ne monte pas à Paris et Bruxelles.
Sur la discrimination, la question mérite un débat de fond. Je pense que le détachement est une forme légale d’esclavage moderne qui mérite mieux que le recours aux grands principes. En 1994, le Conseil constitutionnel avait considéré que le législateur pouvait « imposer dans les cas et conditions qu’il a prévus l’usage de la langue française, ce qui n’exclut pas l’utilisation de traductions » … nous y sommes ! Tout est une question de proportionnalité, mais personne ne peut concevoir que le cadre existant pour les médecins est discriminatoire. Dans un chantier avec de nombreux corps de métiers, il y a de vrais risques pour le plombier qui travaille sous l’électricien. Nous sommes donc fondés à poser des règles qui protègent les travailleurs.
Pour ce qui est de l’égalité de traitement des candidats, c’est une erreur d’appréciation. La clause est une clause d’exécution et non d’attribution. On ne choisit pas l’entreprise sur ce critère. On impose à celle qui est choisie et à qui on attribue le chantier de respecter cette règle. Les entreprises non retenues ne peuvent donc pas mettre en exergue la clause Molière. Seule celle qui est retenue pourrait choisir de la remettre en question. Cela reviendrait à dire « vous m’avez attribué un marché, laissez-moi le faire sans que les ouvriers en comprennent les risques et les règles ! ». Il est donc très étonnant que le préfet évoque cet argument !
Sur le fond, on voit bien que le gouvernement est impuissant face au travail détaché. Il cherche donc à bloquer ceux qui trouvent des solutions. Je pense que François Fillon a ici un thème de fond pour défendre le sens du travail et soutenir les ouvriers… tout en stoppant une dérive de l’Union européenne qui laisse les pays européens courir vers le moins disant social. Je l’appelle à retrouver la verve de Philippe Séguin pour stopper cette machine infernale!
Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005
Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005
Emmanuel Macron n’avait pas plutôt installé son bureau de ministre de l’Économie à Bercy que les médias faisaient son éloge préalable. La France était bénie des dieux. Elle disposait d’un homme providentiel, de grande capacité économique, capable de surmonter les difficultés accumulées au long de quarante années de déboires économiques, de déficits et de chômage. Emmanuel Macron nous était présenté comme un Bonaparte économique.
Que cet homme ait fait l’objet de dithyrambes de la part de médias aussi différents en apparence que Les Échos ou Challenges aurait dû nous faire comprendre d’emblée qu’il représentait une nouvelle carte sortie de la manche des organes du système néolibéral pour confirmer les choix de l’euro, de l’Europe, de la globalisation. À partir d’un postulat : les choix stratégiques que nous avons faits avec les deux compères Mitterrand et Chirac ne sont pas en cause dans nos échecs. Nous manquons cependant d’hommes de l’art capables de mettre en œuvre les réformes salvatrices auxquelles le bon peuple ignorant répugne. Mais, enfin Macron vint, et avec lui, l’espoir revint.
Comme Philippe Cohen nous manque ! Il avait été le premier à diagnostiquer le « parti des médias » comme un parti caché qui gouverne les consciences des dirigeants politiques et formate l’opinion publique. Il aurait vu immédiatement dans Emmanuel Macron le serviteur du système parrainé par les médias pour imposer la continuité de nos choix stratégiques. Il nous aurait appelés à la vigilance face à la mise en scène médiatique et politique du personnage. Et il insisterait sur le fait, inédit, que ce n’est pas seulement dans les médias bien-pensants de la bourgeoisie hexagonale que la promotion du Macron se déploie, mais aussi dans le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times. Emmanuel Macron y est présenté comme l’antidote français au virus qui a ravagé l’Angleterre du Brexit et l’Amérique de Trump. On le voit, dans les caricatures des médias concernés, mener la contre-offensive idéologique, armé d’un drapeau tricolore ! What a surprise !
On aurait tort, cependant, de croire que le candidat du système néolibéral n’en est que le dernier avatar politique. Il est novateur dans son genre. C’est ce qu’un journaliste du Figaro, Jean-Pierre Robin, nous révèle dans un article informé sur le vrai programme du candidat.
Le programme de France Stratégie
Jean-Pierre Robin nous dit que, loin d’être dissimulé, le programme d’Emmanuel Macron est, comme la lettre volée de Poe, « exposé aux yeux de tous ». Il a été rédigé sous la houlette de Jean Pisani-Ferry par les équipes de France Stratégie, un organisme officiel mais étrange, qui est une sorte de think tank financé par l’argent public. France Stratégie est installé cité Martignac, dans les locaux de l’ancien Commissariat au Plan, en plein cœur du VIIe arrondissement. On ne saurait incarner mieux l’abandon de l’ambition d’après-guerre d’un développement maîtrisé avec l’aide de l’État, au profit d’une prospérité acquise dans le cadre du libre-échange global[1. Comme nous y exhorte Élie Cohen à chacune de ses interventions médiatiques : « Il faut relever les défis et saisir les opportunités de la mondialisation. »].
Jean Pisani-Ferry a quitté la cité Martignac pour se mettre au service de l’ambition présidentielle de notre Bonaparte en complet d’énarque[2. Après avoir été à la tête de l’institut Bruegel, think tank dédié à l’Europe. Il est aussi membre du Cercle des économistes, qui réunit chaque année la tribu des économistes néolibéraux à l’université d’Aix-en-Provence, et membre du Conseil d’analyse économique.]. Mais il a emporté dans ses bagages[access capability= »lire_inedits »] les notes d’orientation de France Stratégie, élaborées en vue du nouveau quinquennat, dans différents domaines : économie, finances, social, éducation, écologie, culture. Nous avons retenu trois propositions majeures qui pourraient être au cœur du programme du candidat : la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi en allègements de charges pérennes pour les entreprises, l’exonération de charges sur les bas salaires, l’imposition des loyers fictifs.
La première est la plus anodine en apparence. Elle consisterait à supprimer une sorte d’usine à gaz issue des cerveaux fertiles de Bercy afin de basculer les 22 milliards de coût qu’elle représente vers un dispositif connu d’allègements de charges. Ce serait revenir à la préconisation simple du rapport Gallois. Mais avec une différence de taille. Louis Gallois demandait que l’allègement porte sur les salaires des personnes qualifiées pour toucher les entreprises orientées vers les marchés extérieurs. Tandis que le nouveau dispositif serait réparti sur l’ensemble de la grille salariale.
La deuxième laisse perplexe. L’État supporte présentement le coût d’un allègement de charges spécifique sur les bas salaires évalué à plus de 20 milliards d’euros par la Cour des comptes, coût qui se cumule avec celui du CICE. Un coût que les conseillers jugent prohibitif au regard de son impact sur l’emploi dès lors qu’il est empoché comme un profit d’aubaine par les employeurs concernés. Or la nouvelle proposition instituerait une exonération au lieu d’un allègement, pour les salaires compris entre 0,5 et 1,3 Smic, dont le coût serait forcément supérieur, sans remédier à la tare constitutive de l’allègement actuel. Et sans apporter de solution au manque de compétitivité de nos activités exportatrices dont les salaires sont notoirement plus élevés. Où est donc l’enjeu de ce mistigri sur les charges sociales ?
La troisième est potentiellement explosive. L’imposition des loyers fictifs – les loyers qui seraient dus par les propriétaires s’ils devaient payer le loyer du logement qu’ils occupent –, qui existait sous la IVe République, a été abandonnée par la Ve dont les dirigeants s’étaient fixé l’ambition de promouvoir l’accession à la propriété et la consolidation des classes moyennes. Remise à l’étude par le PS dans les années 1970, elle n’a pas revu le jour, par crainte de son impact politique négatif. Mais que dire aujourd’hui ? Les prix des immeubles ont explosé et leurs loyers avec eux. Un appartement de 50 mètres carrés situé à Montmartre supporte un loyer de plus de 1 000 euros. Que l’intéressé fasse le calcul : il devrait ajouter 12 000 euros à son revenu imposable ! Il s’agirait en fait d’un super ISF, tapi au sein de l’IRPP, élargissant dramatiquement le champ de celui-ci, aujourd’hui applicable à partir de 1 300 000 euros. Il frapperait des personnes modestes qui ont pu hériter d’un logement acquis par leurs parents. Dès lors, la question se pose : la proposition émane-t-elle de cerveaux ravagés ou de titulaires d’appartements de fonction ou d’appartements à bas prix tels que ceux obligeamment fournis par la mairie de Paris ?
Les banlieues plutôt que les bobos
Jean-Pierre Robin s’interroge à la fin de son article. Sachant qu’Emmanuel Macron dispose d’un électorat de bobos, comment se fait-il qu’il ouvre la voie à une surimposition de son public fétiche. « Avis aux bobos proprios du baby-boom, c’est eux qui vont raquer. » Certes, mais l’idéologie peut l’emporter sur l’intérêt de classe. Et il faudra bien de l’argent pour couvrir ces opérations d’allègement ou d’exonération de charges qui forment le cœur du dispositif.
Mais si l’on comprend que les grands bénéficiaires de son application sont nos banlieues, nous voyons apparaître un autre électorat officiellement guigné par le candidat Macron. À la faveur de la mondialisation et de la politique d’immigration, une véritable économie du tiers-monde s’est installée en France, triplement subventionnée par la protection sociale la plus coûteuse du monde, les collectivités territoriales et la politique de la ville. Elle serait amenée à prospérer de façon décisive. Là est l’innovation de Macron : non plus appliquer des rustines à notre tissu social déchiré, mais développer une nouvelle forme d’économie enkystée au sein d’une France engagée dans la compétition tous azimuts[3. Comme toujours, il faut renvoyer à La France périphérique de Christophe Guilluy, éditions Flammarion, 2014.]. Le candidat du système coupe le pays en deux : d’une part, la France bénéficiaire de la masse de nos aides sociales, mais exonérée de charges sociales ou fiscales, et, d’autre part, la France qui paie plein pot pour bénéficier de la même protection sociale.
Il convient ici de rappeler la réaction d’Emmanuel Macron au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il imputait le terrorisme au « manque d’opportunités économiques ». Propos en forme de négationnisme quand on sait que les djihadistes se recrutent dans les couches plutôt instruites issues de nos banlieues. Mais Macron oublie spontanément la dimension idéologique du problème pour retrouver une explication « économiciste ». À l’occasion, le personnage, qui traite élégamment les ouvriers bretons d’« illettrés économiques », nous a apporté la preuve de son crétinisme politique.
L’Europe ou la mort
Macron est aujourd’hui l’incarnation la plus pure, si l’on ose dire, de l’européisme dans notre paysage politique. Il milite pour une intégration européenne plus poussée encore, nonobstant le pouvoir prééminent acquis par l’Allemagne et les échecs de la construction européenne analysés par Hubert Védrine dans son dernier ouvrage[4. Sauver l’Europe, éditions Liana Levi, 2016.].
Le fait le plus singulier est cependant que Macron soit soutenu par le patronat tandis qu’il ne propose rien qui puisse traiter le problème le plus crucial de notre économie : son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne (la moitié de notre déficit commercial, égal à 47 milliards d’euros, résulte du déséquilibre de nos échanges avec notre grand voisin qui a accumulé en 2016 un excédent commercial total de 296 milliards d’euros !). Et l’on ne saurait affirmer sans ridicule que l’allègement du droit du travail constituerait le remède approprié.
Notre histoire récente, sous ses deux angles économique et politique, est aussi celle de l’aveuglement des chefs d’entreprises dont la conscience politique a été prise en otage par l’idéologie dominante. Passe encore que les banquiers et les assureurs s’accommodent d’un système qui les a si bien servis. Mais que dire pour les chefs des entreprises non financières ? L’Europe nous interdit d’alléger les charges sociales des entreprises engagées dans la compétition internationale : il faut alléger corrélativement les charges du bistrot de quartier et des supermarchés ! Elle nous interdit de réduire ou d’annuler l’impôt sur les bénéfices des entreprises réinvestis sur le site national. Car elle se voit, au-delà de son périmètre officiel, comme une sorte de laboratoire de la globalisation, statuant comme si elle était un organe de la gouvernance mondiale.
Le parti des médias ne nous laisse que le choix de poursuivre sur la voie du déclin, sous la conduite du chef de chœur Macron, en scandant : « L’Europe ou la mort. »[/access]