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« Une victoire de Macron aggraverait les fractures françaises »

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guillaume perrault emmanuel macron
Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00802648_000017.

>> A lire aussi: “La France devrait réhabiliter le conservatisme” – Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault (1/2)

François Fillon a été désigné candidat de la droite en novembre 2016 en remportant la primaire. Désigné pour son conservatisme, il a ensuite chuté de manière vertigineuse dans les sondages.  Son effondrement est-il vraiment dû aux affaires ou résulte-t-il de ses positions économiques très libérales, notamment autour de la Sécurité sociale ?

Le programme économique libéral de Fillon sans contrepoint conservateur ne lui aurait pas permis de triompher à la primaire. Il a gagné dans un fauteuil en novembre pour avoir su parler de la France, de notre héritage et de la nécessité d’honorer et de transmettre le monde reçu de nos pères. Les électeurs de droite étaient si sevrés de ce discours qu’ils lui ont aussitôt marqué leur reconnaissance en l’adoubant. Lors de la primaire, Fillon a été l’instrument d’une aspiration qui le dépassait. Aussitôt désigné, les ambiguïtés de son projet sont en effet apparues à l’occasion de la question ultra-sensible de l’assurance-maladie. Après ses propos ambigus, habilement exploités par la gauche, Fillon a vérifié que la France restait un pays tétanisé de peur – non sans raisons tangibles. Ces dernières années, l’atmosphère du monde du travail s’est durcie. Défiance et amertume s’expriment jusque parmi les cadres du privé. C’est pourquoi une politique libérale trop systématique ne me paraît ni possible ni souhaitable. Il faut s’entendre sur les objectifs et les moyens. Des impôts moins écrasants, la fin des aberrantes 35 heures, des dépenses publiques raisonnables, des comptes publics au cordeau, l’armée, la police et les autres fonctionnaires encore attachés au service de l’État traités avec égards : voilà ce que le conservateur désire. Mais il n’entend pas aller plus loin et n’accorde jamais une confiance aveugle à la logique d’une idée. S’adapter aux évolutions du marché ne justifie pas tout. Comment garantir au salarié d’un grand magasin qui ne veut pas travailler le dimanche – choix respectable – qu’il n’y sera pas contraint en cas de libéralisation du travail dominical ? Tous les choix dans une entreprise ne peuvent pas être livrés à l’arbitraire d’un rapport de force. Un conservateur ne confond pas, en outre, l’éloge justifié de l’entrepreneur avec la fascination pour la puissance ou l’admiration servile de la réussite sociale.                      

Une élection du libéral intégral Emmanuel Macron aiderait-elle à constituer, en guise d’opposition, un pôle conservateur assumé, tel que vous le défendez ?

Une victoire de Macron ne ferait qu’aggraver toutes les fractures qui existent dans le pays. S’inspirer d’exemples étrangers, pourquoi pas ? Mais aucune greffe ne réussira dans notre pays si elle n’entre pas en résonance avec le génie national. Le conservateur, lui, n’a pas honte de l’exception française. Quarante générations la lui ont léguée, et un homme de tradition respecte ce qui dure. Il sait que la France ne sera jamais l’Angleterre. De même, le conservateur refuse d’envisager les innovations sous le seul rapport de l’intérêt du consommateur. Ce libéralisme-là, très peu pour lui ! Le producteur aussi a des droits, malmenés par la tyrannie du coût le plus bas. Le conservatisme est ainsi tout désigné pour offrir une identité forte à la droite qui refuserait de participer à la majorité présidentielle de Macron. Pour commencer, par pitié, n’employons plus le mot conservateur comme synonyme d’immobiliste ! C’est un contresens complet. Le conservateur le sait : la vie modifie tout autour de nous. Le temps modifie les hommes comme les nations. Rien ne reste jamais parfaitement en l’état. Le conservateur ne rêve pas d’une fixité parfaite. Il la sait impossible. Son espoir est de compenser l’altération perpétuelle de toute chose en prenant appui sur les coutumes, les mœurs, les rituels, les symboles et les institutions. Autant de remparts contre la légèreté, la présomption et la suffisance. Le conservateur n’est pas un esprit hostile à toute évolution. Il refuse en revanche de vouer un culte au bouleversement permanent. Pourquoi considérer que changer est en soi une vertu et un bien ? L’arrogance du présent, la volonté de faire table rase du passé et le blâme attaché à la nostalgie sont des sentiments qui révulsent le conservateur. Il n’y voit qu’une sotte prétention. Le respect de l’héritage est la condition d’un changement profitable. Les innovations heureuses sont des greffes prudentes qu’on opère sur un chêne vénérable qui réclame des soins respectueux. C’est le B-A-BA du conservatisme.  

Quelles personnalités pourraient l’incarner ? En voyez-vous dans la droite actuelle ? Ou doit-on se tourner vers la société civile, et lancer dès maintenant le hashtag #Polony2022 ?                                                                                                  

Déposez-le toujours à l’INPI, on ne sait jamais. La droite, en tous cas, si elle veut survivre, doit retrouver la dignité d’une famille de pensée avec un corpus doctrinal. L’arrachement au passé que nous subissons depuis les années 1970 fait songer à ce qu’ont vécu les Français pendant la Révolution, ou au lendemain de la Grande Guerre. Non une simple évolution, mais une accélération brutale de l’histoire, la fin de tout sentiment de continuité, la disparition d’un monde. La vitesse et la violence de la dégradation que nous endurons suscitent une intense inquiétude dans le pays. Allons-nous perdre le trésor – historique, culturel, affectif – transmis par nos aînés ? On croyait cet héritage acquis pour toujours et on en jouissait en fêtard, négligemment, sans mesurer son prix ni les efforts qu’il avait coûtés à ceux qui nous précédèrent et avaient fait de nous ce que nous sommes. Voilà soudain qu’on le découvre fragile et mortel. Voilà pourquoi les conservateurs offrent une réponse aux anxiétés identitaires et culturelles du pays. Les conservateurs entendent préserver et réparer ce qui peut l’être dans une France chamboulée de la cave au grenier par l’application, depuis près d’un demi-siècle, des thèses des radical sixties nées sur les campus américains et qui ont ensuite déferlé sur tous les pays occidentaux. Une majorité de Français de tous milieux sociaux, je le crois profondément, sont prêts à les entendre.

Conservateurs, soyez fiers!

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Les 35 heures, c’est la vie « en mode low cost »

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Martine Aubry lors du meeting de Benoît Hamon à Lille, mars 2017. SIPA. AP22033526_000014

Chère Martine Aubry,

Nombreux sont les hommes politiques français, même de gauche, qui veulent revenir sur « vos » 35 h et augmenter la durée légale hebdomadaire de travail. Ils ont raison, mais force est de constater qu’aucun ou presque n’explique pourquoi il faut le faire !

Au mieux affirment-ils que cela redonnerait de la compétitivité aux entreprises, ce qui n’est ni de nature à convaincre les Français, ni tout à fait vrai.

La multiplication des RTT a ruiné les salariés

Pas convaincant car ces derniers, le plus souvent, ne comprennent pas que le bien de l’entreprise, c’est aussi le leur. Et en partie faux, car si l’on revient à 39 h, elles seront probablement payées entre 37 h et 39 h, ce qui aura donc peu d’incidence sur la baisse du coût de l’heure de travail. Enfin les entreprises, qui se sont adaptées à la durée légale actuelle, réclament plutôt maintenant une baisse des charges.

Non, pour accepter de revenir sur cet acquis qu’ils pensent social, les Français ont besoin d’une nouvelle approche. Il faut leur dire la vérité, leur démontrer qu’ils ont été les principales victimes du « piège » des 35 h et qu’ils seraient donc les premiers bénéficiaires d’une réforme, avant les « patrons » !

Car en effet, après les classes populaires frappées par le chômage et qui se sont précarisées, ce sont les classes moyennes et aisées, qui font ou défont l’économie d’un pays, qui se paupérisent et entraînent dans leur chute la croissance, condamnant ainsi les chômeurs à le rester. 

Simplement parce que pour ces dernières, l’application des 35 h s’est malheureusement le plus souvent traduite, non pas par 4 heures de travail hebdomadaire en moins, mais par des « jours de RTT » en plus, leur donnant environ 8 semaines de congés payés par an au lieu de 5 !

Une erreur fatale qui a « ruiné » les salariés et la France, car voici les réactions en chaîne, logiques et donc prévisibles, que cela a entraîné :

La première dont découlent toutes les autres, c’est que le passage de 39 h à 35 h avec maintien du salaire 39 h a bien sûr engendré le quasi gel des augmentations salariales.

C’est donc avec un pouvoir d’achat qui n’a pas évolué que les Français ont dû financer ces nouveaux jours de congés et surtout les très nombreux voyages qui s’y rapportent (multiplication des séjours courts).

Mais, comme ils n’y renoncent pas pour autant (nous sommes tous témoins ou acteurs de ces incessantes migrations) et compte tenu du coût d’une journée de temps libre en famille, c’est leur train de vie quotidien qui s’est effondré au profit des RTT, les condamnant ainsi à vivre « en mode low cost » !

Les Français doivent re-travailler un peu plus pour vivre mieux

Par conséquent, la consommation et donc la croissance ne progressent plus, voire régressent, générant chaque jour plus de licenciements et moins de revalorisation salariale.

Quant à ces classes moyennes et aisées, ce temps libre qui devait faire leur bonheur ne leur amène que frustrations. Dans leur travail où elles sont « pressées » pour conserver la même productivité qu’avant, mais avec des jours travaillés en moins (stress), et dans leur vie quotidienne où elles ne peuvent plus s’offrir que le nécessaire, voire l’indispensable.

De ce fait, elles ont parfois l’impression que « s’évader » est tout ce qui leur reste, alors qu’à chaque fois au contraire elles s’appauvrissent un peu plus et la France avec. Un véritable cercle vicieux !

Alors oui, les Français doivent re-travailler un peu plus pour vivre mieux, car ils gagneront plus, mais surtout dépenseront beaucoup moins en congés fréquents.

Et ils comprendront vite, car cela aura un effet sensible et immédiat sur leur pouvoir d’achat, que ce sera au profit d’un train de vie quotidien retrouvé.

Revenir sur la durée légale du travail est donc non seulement une urgence, mais un devoir pour nous tous, celui de participer au redressement économique de notre pays, en relançant la consommation et la croissance pour atteindre le plein emploi (taux de chômage inférieur ou égal à 5%).

Voilà chère Martine Aubry. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop de vous avoir écrit, avec un recul qui me paraît aujourd’hui suffisant, tout le mal que je pense de « vos » 35 h. Et si vous n’êtes pas coupable, vous êtes au moins un peu responsable de ce qui nous arrive, car en tuant à petit feu l’économie française et l’emploi, vous nous avez un peu tués aussi !

Et si Emmanuel Macron n’était pas au second tour…

François Hollande et Emmanuel Macron au diner du CRIF, janvier 2017. SIPA. AP22017908_000001

C’était l’heure de l’appeler. Il négligea la batterie téléphonique juste derrière lui sur sa droite, renonça à l’i-phone 4 cher à son cœur dont il n’avait pas pu se séparer tout à fait, même après avoir appris qu’il était sur écoutes, et fouilla dans le désordre de papiers et de dossiers qui encombraient l’élégant bureau Louis XV. Il eut un bref moment de panique, et remit enfin la main sur le Hoox M2, le téléphone ultra-sécurisé de Bull qu’Emmanuel lui avait recommandé — plus élégant et bien plus pratique que le Teorem de Thalès. Il fit glisser son doigt sur la bande de reconnaissance biométrique, et tapa son code — MLP2017, un sigle que personne ne pouvait décemment le soupçonner d’avoir adopté.

Ils avaient convenu de ne pas se voir, du jour où Emmanuel s’était mis en marche. Mais ils se téléphonaient tous les jours, à heure fixe, pour faire le point. C’était pour lui un plaisir ineffable que d’entendre la voix de son poulain, son fils politique, son double non boudiné. Quelles crises de rire ils s’offraient tous les deux, tous les jours !

Le portable cryptait automatiquement les conversations. Les grandes oreilles indiscrètes qui cherchaient à capter, au scanner, ce qui sortait des murs épais du Palais en seraient pour leurs frais.

– Tu as lu Le Point ? dit-il de but en blanc.

– Tu as un peu forcé, quand même ! FOG s’en va claironnant partout que tu voteras pour moi !

Il paraît soudain plus pâle sous la lumière des deux grands abat-jour à six fausses chandelles posés de part et d’autre du grand bureau.

– Tu… tu n’as pas aimé ? Cette manière délicate d’insérer le mot « marche » dans ma phrase… Comme lors de l’interview à Konbini… L’histoire, elle ne s’arrête pas, donc il faut aller vers la marche du progrès. »

Un temps.

– Tu es dur, Emmanuel…

Il a, dans la manière de dire ces quatre syllabes, en particulier la première, « aime », quelque chose de douloureux — comme un reproche rentré.

– Nous étions convenus de ne pas afficher notre… grande complicité ! Je suis obligé maintenant de démentir ! Tu sais quoi ? Tu es comme le sparadrap du capitaine Haddock !

– Mais Emmanuel ! Tu as vendu toi-même la mèche, dans le Wall Street Journal il y a déjà deux ans ! Quand tu as avoué que je t’avais chargé de rassurer la Finance au moment même où je faisais semblant de la vitupérer, en 2012 !

– Nous sommes dans le présent désormais ! Déjà, le soutien de Manu, je m’en serais passé — d’autant que tu l’as plombé avec cette histoire de sondage sur la longueur de sa mèche ! Joli coup !

– Ah, tu as aimé ? Sur France 2, ils sont bien, hein ? 50 000 euros pour savoir s’il dégage le front et si son défaut de parallélisme auriculaire se voit en couverture de Match ! Enfoncé, le costard de Fillon ! Et le SIG a fait semblant de refuser de donner les contenus d’autres sondages — les gens penseront que ce qui est caché est encore plus monstrueux ! Elle peut toujours essayer de revenir en 2002, la petite tique !

– Comprends-moi : plus j’ai l’air d’être un Hollande-bis — et la couverture de Causeur, le mois dernier, m’a fait beaucoup de tort —, et moins la droite béate votera pour moi ! Faire élire aux primaires puis canarder Hamon, OK, pour faire glisser vers moi tous les vrais hollandistes, ah ah ! Mais le problème, c’est que maintenant Mélenchon…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

Marine Le Pen: « Les Français ont parfois l’impression de ne plus être chez eux »

Marine Le Pen. Photo: Hannah Assouline

De nombreux citoyens français affichent leur hostilité à la France et à ses mœurs. On leur demande de s’intégrer mais à quoi doivent-ils s’intégrer ? S’il existe une « culture de référence » en quels termes la définissez-vous ? Et que ferez-vous pour la défendre ?

Je veux promouvoir l’assimilation républicaine, plus exigeante que l’intégration qui, par son ambiguïté, laisse place à des communautés certes intégrées, mais séparées. Je ferai inscrire dans la Constitution que « la République ne reconnaît aucune communauté ». Ainsi, la laïcité pourra être étendue à l’ensemble de l’espace public et protégée par le Code du travail. Les chefs d’entreprise ne doivent plus être soumis à d’incessantes revendications religieuses.

Et puis, comment voulez-vous que des citoyens français d’origine étrangère soient tentés de s’assimiler, et même de s’intégrer d’ailleurs, dans la nation française quand un Emmanuel Macron proclame qu’il n’y a pas de culture française, qu’il n’y a pas d’art français, pire que la France aurait commis des crimes contre l’humanité ? Il faut d’abord en finir avec ce dénigrement de la France par ses élites mondialisées. Je ne veux plus de ces repentances d’État qui divisent les Français entre eux. Au contraire, je veux une France fière d’elle-même, de son histoire et de sa langue. Pour vivre pleinement sa citoyenneté, un citoyen français doit posséder la langue française. À l’école primaire, la moitié du temps d’enseignement doit être réservée au français. Je dis bien « au français », et non « en français », comme essayent de le faire croire mes adversaires. Par ailleurs, je supprimerai « l’enseignement des langues et cultures d’origine » (ELCO), qui enferme les enfants dans une démarche communautariste.

Enfin, le retour à la croissance et à l’emploi éliminera bien des frustrations, d’autant qu’il profitera en premier lieu aux Français quelles que soient leurs origines ou leur religion. En effet, j’aurai inscrit la priorité nationale dans la Constitution. Il en résultera toute une législation qui mettra fin à la préférence étrangère, à la directive « Travailleurs détachés ».

>> A lire aussi: Marine Le Pen: “J’interdirai le drapeau européen sur les bâtiments officiels” – Notre entretien exclusif sur la France (1/2)

Nous avons déjà évoqué vos propositions (voir Causeur N°42). Dans vos meetings, il y a des gens très à cran sur ces sujets. Voyez-vous la xénophobie et le racisme progresser ?

Les Français sont inquiets devant la montée du communautarisme qui se développe, devant les zones de non-droit qui s’étendent, à moins qu’il s’agisse de l’emprise d’un autre droit, devant le terrorisme, devant les droits des femmes qui reculent. Ils ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, c’est-à-dire en France, pays de liberté et d’égalité. De ce point de vue, le voile est sûrement l’un des signes qui concrétisent le mieux ce sentiment de dépossession.

Il ne s’agit donc ni de racisme ni de xénophobie. Les Français restent l’un des peuples les plus accueillants et généreux du monde. Ils souhaitent simplement conserver leur mode de vie ou, tout au moins, qu’il évolue au rythme et de la manière qu’ils décident par eux-mêmes. Ils ne veulent pas que leur soient imposés des changements et surtout un changement de civilisation. Ils sont très attachés à la laïcité et à la neutralité de l’espace public. Devant la trahison de leurs élites qui prônent le multiculturalisme et autres fariboles du « vivre-ensemble », monte une exaspération certaine et parfois même de la colère. Que les mondialistes se croient alors autorisés à insulter ce[access capability= »lire_inedits »] peuple qu’ils méprisent n’a rien d’étonnant.

La crise de l’intégration est largement une crise de l’֤École, autre sujet très absent du débat. Sur TF1, on a surtout parlé d’apprentissage. Quelles sont les premières mesures que vous prendriez dans ce domaine ?

J’ai déjà mentionné un certain nombre de mesures. L’important, c’est qu’il faut restaurer l’École de la République, la remettre sur ses pieds. Il faut en finir avec le pédagogisme qui la mine et qui la ruine. L’École n’est pas un lieu de vie dans lequel l’enfant construit son savoir de manière ludique et festive, entouré de gentils animateurs qui l’encouragent en lui distribuant des smileys. Au centre de l’École, doit se trouver la transmission des connaissances, accumulées par l’humanité depuis des millénaires. Le maître qui sait doit être respecté par l’élève qui apprend. Le maître a toujours raison, sauf s’il est démontré qu’il a tort. Il est soutenu par principe par sa hiérarchie. Apprendre est une ascèse qui demande de l’effort et de la discipline.

Je reprendrai la belle formule de Jean Zay : « Faire de l’école un asile inviolable où les querelles des hommes n’entrent pas. » J’y imposerai donc non seulement la laïcité, mais également la neutralité et la sécurité. Elle ne doit pas être un lieu d’exhibition de la mode et des marques commerciales. L’instauration du port de l’uniforme évitera ces dérives. Bien sûr, je reviendrai sur la désastreuse réforme des rythmes scolaires. L’université passera d’une sélection par l’échec à une sélection au mérite. Les bourses au mérite y seront revalorisées. Je refuserai le tirage au sort comme moyen de sélection. Je défendrai le modèle d’enseignement supérieur français, qui passe par la complémentarité de l’université et des grandes écoles.

Rien sur l’égalité des chances et les enfants des milieux les moins favorisés ?

Cette École de l’exigence, du primaire à l’université, rétablira seule l’égalité des chances entre les enfants des milieux culturellement défavorisés et les autres. Seule, elle permettra de remettre en route l’ascenseur social. Seule, elle conduira les enfants de l’immigration à s’assimiler dans le peuple français en trouvant leurs places dans la République. Je veux une École de la sélection des meilleurs par la promotion de tous. Aujourd’hui, les plus démunis sont les premières victimes de laxisme et de laisser-aller. Les enfants qui profitent d’un héritage culturel et ceux dont les parents ont des relations, eux, s’en sortent bien.

Vous prônez le retour à une souveraineté stricte qui permettrait à la France de défendre ses intérêts. Mais la seule défense de ses intérêts peut-elle tenir lieu de politique à un grand pays comme la France ? La souveraineté dispense-t-elle du souci du monde ?

La souveraineté est la condition pour avoir un souci du monde qui ne se limite pas à de beaux discours aussi creux que verbeux. La défense des intérêts nationaux légitimes permet de conserver les moyens de la grande puissance que la France est encore. Bien qu’affaiblie, elle conserve le cinquième ou le sixième rang économique mondial. Elle détient une force de dissuasion nucléaire. Elle possède un siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU avec le droit de veto qui lui est lié. Sa langue est l’une des langues de travail international. Il ne manque à la France que la confiance en elle-même.

Vous avez prononcé ce mot plusieurs fois. Mais la confiance ne se décrète pas…

Cette confiance, c’est d’abord le président de la République qui doit la rendre à la nation. C’est pour cela que je ne serai ni le gouverneur d’un territoire de l’Europe ni le vice-chancelier d’Angela Merkel. Je n’irai pas à Berlin pour faire un concours d’allégeance servile tel un Emanuel Macron ou tel un François Fillon. Je suis allée à Moscou pour dire à Vladimir Poutine que je souhaite que la France et la Russie retrouvent leurs liens traditionnels de coopération. Comme je l’ai dit quelques jours auparavant aux présidents libanais et tchadien qui m’ont reçue. Élue, j’annoncerai au monde la bonne nouvelle : la France est de retour. Les peuples du monde peuvent à nouveau compter sur elle.

La construction européenne a été explicitement menée dans le but de dépasser la nation, considérée comme porteuse de violence et de guerre. Et de fait, nous avons connu plus d’un demi-siècle de paix. Alors que les motifs de tensions entre nations se multiplient, pensez-vous que notre sortie de l’UE sera de nature à les apaiser ? Et comment distinguez-vous le patriotisme du nationalisme obtus ?

Pendant les quarante années de la Guerre froide, la paix a été maintenue par l’équilibre de la terreur nucléaire. L’Europe n’y était pour rien. Lorsque la Yougoslavie a commencé à se désagréger, l’Union européenne n’a su ni prévenir ni empêcher sa décomposition sanglante. Au contraire, seulement quelques semaines après la conférence de Maastricht, l’Allemagne a reconnu toute seule l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie, déclenchant le funeste engrenage. Le feu couve toujours, notamment en Bosnie et au Kosovo. Aujourd’hui encore, l’Union européenne ne sait que mettre de l’huile sur le feu en Ukraine, alors que cette question très complexe demanderait beaucoup d’intelligence et de discernement. Et puis l’UE a déclenché une véritable guerre économique entre les nations qui la composent. Elle a des conséquences dramatiques pour certains pays, et engendre la montée des ressentiments. Il faut aujourd’hui se lever tôt pour oser dire que l’Union européenne apporte la paix quand on voit ces pays qui de plus en plus se regardent avec méfiance…

En retrouvant sa liberté, la France pourra de nouveau défendre ses intérêts nationaux légitimes, et non le rêve d’un intérêt général européen. Nous ne serons plus à la remorque de l’Allemagne qui, elle, défend les siens, en fonction de son implosion démographique et de sa situation au cœur de la Mitteleuropa. Or, depuis quarante ans, nos dirigeants ne conçoivent même plus que la France puisse avoir des intérêts nationaux. Si le nationalisme méconnaît les intérêts des autres, voire les dénie, le patriotisme consiste à défendre les siens tout en reconnaissant aux autres le droit de faire de même. Alors, peuvent s’engager des coopérations mutuellement avantageuses.

Vous pensez que les classes populaires sont intégralement hostiles à la mondialisation. C’est vrai quand votre usine est délocalisée. Mais la plupart des gens ont recours au low cost et trouvent normal d’acheter leur iPhone au prix du travail chinois. Croyez-vous qu’ils soient prêts à payer le prix d’un certain protectionnisme industriel ?

Mon protectionnisme est intelligent. Ce ne sont pas des barrières et des barbelés. Ce sont des écluses mises en place progressivement. Puisque, entre les pays, il existe des différences de niveaux de salaires, de protection sociale et de normes environnementales, j’installerai des écluses pour que s’établisse une équivalence de prix pour des produits ayant une équivalence d’usage. La concurrence alors loyale portera sur les produits eux-mêmes, et non plus sur les producteurs. Si, donc, un produit n’est pas fabriqué en France, il n’y aura pas d’écluse pour lui. Si un entrepreneur s’engage à le fabriquer en France, l’État sera tenu d’établir une écluse au moment opportun pour que les termes de l’échange soient équitables. J’installerai aussi un patriotisme économique pour que les entreprises françaises et donc l’emploi français soient favorisés, notamment pour les commandes publiques. Le retour à l’emploi sera bon pour le pouvoir d’achat, tout en permettant l’allègement des charges sociales.

Ce mode de fonctionnement de l’État stratège pour réindustrialiser la France demandera de la concertation avec les entreprises et de la pédagogie en direction des consommateurs. Mais je fais confiance à l’intelligence de nos compatriotes pour comprendre que les produits importés à bas coût, c’est plus de chômage et moins de protection sociale en France, ce sont aussi des salaires et des retraites plus bas pour eux. Faire fabriquer des produits bon marché par des esclaves pour des chômeurs, c’est une spirale infernale qui ne peut que mal finir.

Pour résumer, et conclure, en quelques mots, qu’est-ce qui fait de nous un peuple ?

Nous sommes un peuple par l’amour de la France dans sa continuité millénaire exprimée dans une langue et incarnée par la République. C’est-à-dire par ce lien organique entre la souveraineté de la nation et la citoyenneté de chaque Français. C’est précisément ce lien que veulent détruire tous ces candidats européistes en invoquant une Europe qui n’existe pas et qui ne peut exister. Car il n’y a ni peuple européen, ni langue européenne, ni citoyenneté européenne. Et il n’y en aura pas à un horizon historique discernable. Il ne peut donc y avoir de souveraineté européenne. Il existe un continent européen avec des nations différentes, qui partagent des valeurs proches et des intérêts communs, et peuvent coopérer librement pour leur avantage mutuel. Le souverainisme européen, dont parle Emmanuel Macron, est une escroquerie intellectuelle.[/access]

« Prêtre », « prophète » ou « roi »: à quel type de chef correspond votre candidat?

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Dans votre essai Le temps des chefs est venu (Amazon, 2017), vous classez nos présidents de la République en trois catégories : rois, prophètes et prêtres (ou vendeurs). Pouvez-vous nous expliquer cette typologie, exemples à l’appui ?

Depuis la Révolution française, notre monde politique a pris deux travers : d’une part il a remplacé l’intelligence de l’action, qui s’essoufflait, par l’intelligence du discours : on ne cherche pas tant à faire évoluer les modalités de l’action qu’à créer des idées pour se distinguer (logique des partis); d’autre part il nage avec certitude, comme la société civile d’ailleurs, dans une culture de l’ «acquis » : tout est possible à partir du moment où j’en ai l’idée, l’ai décidé, souhaite l’apprendre, etc.

Je m’inscris en faux de cette logique : nous souffrons précisément d’un manque de traduction opérationnelle des idées politiques et, derrière, du personnel apte à le faire. J’aborde les personnalités par l’ « inné » : pour moi nous sommes tous « prêtres, prophètes et rois » mais il y a bien des « prêtres », des « prophètes » et des « rois ». Leur rapport à l’action est différent et par conséquent leur légitimité à être de bons présidents dans la durée aussi.

Prenons les choses dans l’ordre. Qu’est-ce qu’un « prêtre » (ou « vendeur ») en politique ?

Le « prêtre » ou « relationnel » a d’abord l’intelligence de l’interaction. Il se nourrit de la quantité des échanges qu’il a avec les personnes car c’est un producteur de lien. C’est un bon candidat, pas un chef. Dès qu’il est élu, son métier change : il ne s’agit plus d’interagir mais d’agir, plus d’avoir sans cesse autour de soi des gens à convaincre ou à séduire mais une solitude à habiter dans le silence pour savoir décider. Et c’est là que le bât blesse… Dès lors, il n’y a plus d’autre possibilité que de s’en sortir en transformant la vente en communication. Vous aurez reconnu dans cette personnalité Chirac, Sarkozy et Hollande.

Quid des « prophètes » ?

Le « prophète » ou « cérébral » a d’abord l’intelligence du contenu. L’échange pour lui est l’occasion de montrer son savoir ou de se faire reconnaître sur ses idées. Leur densité, leur exhaustivité parfois, peuvent être intéressantes à tête reposée. La difficulté commence quand il s’agit de les confronter à la réalité évolutive et bousculée du terrain car, comme on dit dans l’Armée, « le premier mort de la guerre c’est le plan ». Il ne s’agit plus d’avoir raison sur le fond mais dans l’action, plus de décliner un plan ou de faire passer en force une idée mais des discerner pour écouter les signes des temps, coller à la réalité et traverser les événements : c’est là que les prophètes se font dépasser et font des dégâts. Nous en avons eu deux : De Gaulle et Giscard.

Et les « rois » ?

Le « roi » ou « chef naturel » a d’abord l’intelligence des contextes. L’échange comme la connaissance sont pour lui naturellement subordonnés à l’intelligence de la mission. Il ne cherche pas à produire du contenu ou de l’interaction mais de la décision. Son activité mentale et en entonnoir vers l’action et, si j’ose dire, « à ressort » : tout excès de contenu et toute logique affective sont sans cesse ramenés à ce en quoi ils s’inscrivent dans le contexte et la poursuite de la mission. Un roi est par nature en retrait. C’est un introverti dont l’activité principale est le discernement. Il prend son relief au contact des événements et se montre vite enclin à laisser de côté toute idéologie pour se mettre à l’écoute de ce que le réel lui impose. Nous avons eu deux « rois » : Pompidou et Mitterrand.

Fondateur de la Ve République et homme à poigne s’il en est, De Gaulle est devenu la figure consensuelle du rassembleur que plusieurs candidats invoquent (Asselineau, Dupont-Aignan, Le Pen). Pourquoi n’y voyez-vous pas un chef ?

Je trouve incroyable ce besoin des hommes politiques actuels de sans cesse se référer à quelqu’un qui a eu « une certaine idée de la France » pour avoir le droit d’exprimer la grandeur française. De Gaulle est un nain à côté de Clovis, Charlemagne, Saint-Louis, Charles V, Louis XI, Henri IV, Louis XIV, Clémenceau pour ne citer qu’eux.

L’intelligence de discernement qui permet de prendre la mesure de chaque contexte pour décider de la meilleure façon possible. Le « patron » d’un chef d’État ce ne sont pas ses propres idées mais la réalité du terrain dans un monde qui ne cesse de bouger. Être capable de puissance ce n’est pas s’arc-bouter sur ses idées au risque de violer la réalité c’est écouter suffisamment ce qui est en train de se passer pour tirer parti des situations, savoir rebondir et croître durablement. Le général De Gaulle est à l’opposé de cela : il attend que les contextes rejoignent ses idées et ne sait plus faire, sinon. En 1940 et dans les années 60, au moment où la France cherchait à avoir une ses voix singulière, il se produit un alignement opportun avec « sa certaine idée de la France » qui lui permet de jouer un rôle certain, qu’on ne peut pas lui enlever. Mais dès que les contextes sont désalignés de ses idées, il est dépassé : en 46 avec les communistes, pendant la guerre d’Algérie, en 68-69. Pendant la guerre, il fait échouer au détriment de l’unité de la France quatre ralliements majeurs : Darlan, Giraud, Pucheu, Auphan.

Incapable de susciter une adhésion durable par la cohérence de ses décisions, De Gaulle va créer un recours fréquent aux référendums pour s’assurer de l’affection populaire. Il est en cela la première cause du règne émotionnel dans lequel notre vie politico- médiatique s’est engluée. Ce besoin d’affection tranche avec la phrase qu’on lui a souvent entendu répéter : « Les Français sont des veaux ». Dans un cas comme dans l’autre il n’y a pas là un comportement de chef : la sanction vient de la capacité à embarquer tout le monde et avoir un résultat durable, pas d’obtenir une affection capricieuse.

De Fillon à Hamon, parmi les candidats à la présidentielle de 2017, y a-t-il surabondance de « vendeurs » et de « prophètes » ?

Nous avons chez les principaux candidats un cocktail bien particulier, duquel aucun leader n’émerge réellement. J’ajoute en effet à la vision des moteurs de personnalité (« prêtres », « prophètes » ou « rois ») celle de l’énergie fondamentale ou position dans l’action : il y a des personnalités en « impulsion » (auto génération de la vision) et d’autres en « réaction » (génération de la vision au contact et en complément d’un chef ou d’un groupe). Aujourd’hui aucun des candidats n’a une position d’impulsion, ce qui veut dire qu’ils dépendent tous fortement de leur environnement pour produire leur vision ; à ce titre l’équipe qui les accompagne a un rôle clé.

Nous avons trois « prophètes » (Macron, Hamon, Mélenchon), un « prêtre » (Marine Le Pen) et un « roi » (Fillon ; « roi en réaction » c’est-à-dire chef en second : il sait décider et tenir la barre dans l’adversité mais il est fragile et influençable dans la vision).

Les chefs ont disparu de l’échiquier politique car le transfert qui s’est fait depuis la Révolution sur le débat d’idées puis la logique émotionnelle des médias a propulsé sur le devant de la scène ceux qui en sont les meilleurs professionnels : les idéologues et les vendeurs. Un chef attend que l’événement le convoque car il tire sa légitimité de l’action et non pas du discours. Il se met donc en retrait de la vie politique tant que la crise ne l’a pas appelé. Si la politique est une jungle nous pouvons dire que nous avons aujourd’hui une alliance improbable de Tartarins (vendeurs d’aventure) et de botanistes (experts hors-sol)… et pas d’aventuriers.

à suivre…

Mélenchon, zéro pointé en économie

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melenchon cuba venezuela economie
Jean-Luc Mélenchon, 2012. Sipa. Numéro de reportage : AP21207082_000019.

Jean-Luc Mélenchon marxiste ? Ses partisans hurlent à la caricature quand vous osez poser la question. Remisés l’internationale, le drapeau rouge et les symboles marxistes. Non, la France ne deviendra pas Cuba sans le soleil. Ne leur parlez plus de Chavez, de Castro ou d’autres. Jean-Luc les appréciaient pourtant mais c’était au nom de son romantisme révolutionnaire diront ses aficionados. Le Venezuela connaît une crise alimentaire sans précédent ? C’est la faute à la chute des cours du pétrole répondent-ils aussi. Le report des élections ? Après tout est-ce important ? Comparaison n’est pas raison, parlons d’autre chose puisque communisme ou socialisme sont presque devenus des gros mots. Ce mouvement ne serait donc qu’un rassemblement d’insoumis voulant chasser l’oligarchie en place et instaurer notamment plus de justice sociale. Admettons-le un instant, la gorge un peu serrée tout de même, et chassons donc nos vieux réflexes anticommunistes pour nous intéresser à leur programme.

Au-delà de 33 000 euros par mois, on prend tout!

Voyons le chapitre économie. La promesse est simple, nouvelle, semble-t-il pour beaucoup, faire payer les riches. Au-delà de 33 000 euros par mois, on prend tout ! Pour une succession au-delà de 33 millions d’euros, on prend tout ! En son temps, en 1981 pour être précis, Georges Marchais préconisait des mesures du même acabit mais chut ! On a dit que l’on ne parlait plus du passé même si Hollande nous avait dit quelque chose de similaire il y a cinq ans. Mais peut être, le changement c’est vraiment pour maintenant. En tout cas c’est ce qu’espèrent ceux qui s’apprêtent à voter pour « Méluche ». Si au dessus de 33 000 euros par mois tout est prélevé par l’Etat, en dessous, les ponctions ne sont pas moins importantes. En gros avec ce programme, espérez gagner entre 5 ou 10 000 euros nets relèvera du miracle. Bon mais après tout pourquoi gagner autant ? Pourquoi accumuler, accaparer disait-on en 1793, tant de richesses inutiles ? La plupart des Français se contentent de beaucoup moins. Débarrassons nous de la société de consommation, vivons plus simplement, mangeons plus sain. J’ignore cependant comment avec de telles perspectives les entreprises rempliront leurs carnets de commandes, surtout le secteur du luxe particulièrement en pointe en France, mais c’est sûrement un détail. Devenons des ascètes vertueux donc. C’est certes un choix de vie mais ce qui me paraît gênant de prime abord c’est de l’imposer aux autres. De quel droit ? Au nom de l’égalité me répondra-t-on bien sûr. L’égalité oui mais par le bas. Napoléon disait déjà : « Le meilleur moyen de rendre tout le monde pauvre serait de décréter l’égalité des fortunes ». Historien, je regarde forcément vers le passé, c’est un défaut que je concède bien volontiers.

Pourquoi entreprendre s’il n’y a plus de profit ?

Les insoumis rêvent de limiter drastiquement les profits. Là est le point le plus inquiétant de leur projet. Il y a une chose que n’ont jamais comprise les insoumis de tout poil: pourquoi entreprendre s’il n’y a plus de profit ? Pourquoi investir s’il n’y a plus de perspectives de gain substantiel ? On s’abstient bien évidemment. Et sans esprit d’entreprise ni investissement capitalistique, l’économie régresse inexorablement. Pourquoi en effet dépenser de l’énergie s’il ne vous reste que la portion congrue ? Comme toujours, salarié comme entrepreneur, vous ne donnerez de votre personne qu’à hauteur de ce que l’on vous rémunère. Et c’est bien normal. Aussi, décourager l’esprit d’entreprendre ne pourra qu’engendrer un chômage massif, faute d’acteurs économique. Et si vous rêvez de gagner plus dans une France insoumise, vous n’aurez alors d’autre choix que de partir ou de changer de nationalité car le programme de Mélenchon veut aussi rétablir la double imposition des Français de l’étranger comme si tous ceux qui se sont expatriés l’avaient fait pour des raisons fiscales. Le plus atterrant des paradoxes de ce programme, c’est qu’il vaudra mieux être étranger pour investir en France. En effet tandis que le national sera écrasé de taxes, l’étranger lui sera soumis pour les profits, dividendes ou autres, qu’il réaliserait dans notre cher hexagone à la fiscalité de son pays forcément plus accommodante. Aberration quand tu nous tiens ! Mais attention, c’est être « soumis » que de relever pareilles évidences …

Affaires: Retour sur un traitement médiatique (très) inégal

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Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. SIPA. 00801808_000013 / REX40501003_000016 / 00801281_000008

Les affaires auront été au cœur de la campagne et l’on voudrait même nous faire croire qu’elles n’ont jamais été si nombreuses. En un sens, c’est vrai.

Mais pas parce que les hommes politiques seraient devenus moins vertueux. Pour qu’il y ait une affaire, au sens péjoratif du terme (par opposition à « sens des affaires », « droit des affaires », « homme d’affaires », etc.

1. il faut un délit

2. il faut que les médias transforment ce délit en scandale.

Dans un cas ça prend, dans l’autre…

Durant cette campagne, on a vu des affaires montées à partir de délits probables mais seulement présumés et on a vu des délits, tout aussi présumés mais nullement moins probables, qui ne devinrent jamais des affaires.

En matière de traitement médiatique inégal, on a atteint des sommets :

Fillon et Macron sont tous deux soupçonnés de détournements de fonds publics. Dans le cas de Fillon, le délit remonterait à plus de trente ans. Dans le cas de Macron, il aurait moins de trois ans et concernerait directement le financement de l’actuelle campagne. C’est un tout petit peu plus intéressant. Pourtant, sur qui s’acharne-t-on ? J’ai déjà pointé le stratagème Macron qui consista à nier une rumeur sans conséquences (et lancée par des médias russes) pour s’éviter d’avoir à répondre sur des accusations plus sérieuses (formulées par des journalistes français dans le livre Dans l’enfer de Bercy). Évidemment, son petit show a fonctionné.

Fillon et Macron sont tous deux impliqués dans une histoire de corruption aux costumes. La différence réside seulement dans le degré de jugeote des corrupteurs. Un avocat « sulfureux » (voui voui) offre des costumes à Fillon directement. Le groupe LVMH, en l’espèce la marque Vuitton, dorlote Macron mais en prêtant des vêtements à sa femme. Ils pensaient sans doute que cela passerait inaperçu. Manque de chance, on a découvert dans l’émission Quotidien que Brigitte portait du Vuitton… et l’affaire a suivi. Non, bien sûr, l’affaire n’a pas suivi.

Selon que vous soyez Fillon ou Macron…

C’est là qu’il faut se pencher sur le traitement gradué des affaires.

Dès le début, la distinction se fait sentir, entre présumé coupable et présumé innocent (selon, donc, que l’on veut nuire à la personne ou essayer de l’épargner).

1. Fillon est « soupçonné de ». Macron est « accusé de ». Dans le premier cas, il est suspect, il suscite le soupçon. Dans le second, des gens l’accusent, il va falloir qu’ils apportent des preuves. Pour Macron, on en restera là.

2. Le stade numéro deux, votre nom devient…

Marine Le Pen: « J’interdirai le drapeau européen sur les bâtiments officiels »

Marine Le Pen, janvier 2017. SIPA. 00787305_000018

Causeur. On pensait que cette campagne serait largement centrée sur les thèmes identitaires. Or, s’ils sont abordés, ils ne suscitent pas les passions, et même les attaques contre le FN ne portent qu’à la marge sur ces questions. Est-ce parce que la plupart des candidats ont rejoint vos positions ? – exemple, personne ne souhaite faire venir plus d’immigrés. La lepénisation des esprits serait-elle arrivée au parti socialiste ?

Marine Le PenMalheureusement, je ne peux être aussi optimiste que vous….

On vous laisse l’optimisme…

Emmanuel Macron, François Fillon et bien d’autres ont dit tout le bien qu’ils pensent de la politique migratoire d’Angela Merkel. Ils veulent que la France accueille encore plus d’étrangers, même s’ils prennent la précaution verbale de les nommer « migrants » pour se donner une apparence humanitaire. N’oublions pas qu’au cours de chacun des deux derniers quinquennats, celui de Sarkozy-Fillon et celui de Hollande-Macron, un million d’étrangers se sont installés légalement sur le sol français, sans compter les clandestins. Deux départements, Mayotte et la Guyane, où je me suis rendue, sont submergés. Il faut arrêter avec les pompes aspirantes. Avec nos sept millions de chômeurs et nos dix millions de travailleurs pauvres, nous n’avons plus les moyens de recevoir de nouveaux arrivants. Un solde d’une dizaine de milliers par an est la limite raisonnable que je propose.

>> A lire aussi: Macron: “La France n’a jamais été et ne sera jamais une nation multiculturelle”

Tout de même, on voit des drapeaux français partout, on chante La Marseillaise partout, même chez Hamon.

Dans les réunions publiques d’Emmanuel Macron et de François Fillon, est brandi le drapeau européen, celui que j’interdirai sur les bâtiments officiels. À part chez les trotskistes purs et durs, La Marseillaise a toujours été chantée partout. Enfin, je suis la seule à vouloir assurer la continuité en réhabilitant l’enseignement de l’histoire de France et du roman national, notamment en primaire. Alors, ils peuvent chanter, ils n’en ont pas moins mis la France aux oubliettes pour mieux l’enchaîner dans une Europe de la mondialisation ultralibérale.

Qu’est ce qui prouve que vous feriez mieux ?

Mon projet est intrinsèquement patriote parce qu’il défend dans un même mouvement la souveraineté et l’identité de la France. Quand on oublie un des deux, on triche. Quand on fait croire à l’un[access capability= »lire_inedits »] ou à l’autre pour mieux appliquer l’inverse au pouvoir, on triche encore davantage.

Notre identité collective résulte – comme toute identité – d’une combinaison de nouveau et d’ancien. D’un côté, les partisans du multiculturalisme pur ne veulent voir que du nouveau, de l’autre, les identitaires ne s’intéressent qu’à l’ancien. D’un côté, le droit, de l’autre l’histoire. Et au sein même du FN, vous n’êtes pas d’accord sur ce dosage. Votre nièce, Marion Le Pen, incarne une conception traditionnelle qui fait la part belle aux racines chrétiennes, tandis que Florian Philippot revendique une conception républicaine, plus universaliste – et plus désincarnée. Où vous situez-vous ? Et ce clivage idéologique au sein de votre parti n’est-il pas un frein ?

Qu’il y ait autour de moi des sensibilités différentes est une excellente chose. Je veux rassembler le plus largement possible pour le plus grand bien du pays afin de promouvoir, avec notre identité nationale, les valeurs et les traditions de la civilisation française. C’est pour cela que je veux inscrire dans la Constitution la défense et la promotion de notre patrimoine historique et culturel. Ensuite, qu’il y ait des avis divergents sur tel ou tel personnage, sur tel ou tel épisode de notre histoire me paraît sain. Je ne souhaite pas un alignement, mais au contraire un débat fécond. Que les approches soient différentes importe peu, pourvu que tous nous ayons la France au cœur.

Fort bien, mais comment faire si vous ne vous entendez pas sur ce que signifie le mot France ?

L’histoire de France est un bloc qui a évolué, qui s’est transformé. Mais chacun doit constater que, pendant des siècles, notre génie national s’est affirmé à travers l’interprétation catholique du christianisme. Puis il s’est sécularisé dans une conception dite républicaine. Entre les deux, malgré les apparences et des oppositions qui furent parfois dramatiques, subsiste une grande continuité qui découle de la philosophie grecque et du droit romain. Paris a su réconcilier Jérusalem, Athènes et Rome.

Rien que ça… En tout cas, si tout le monde brandit le drapeau français, vous défendez la conception la plus dure de l’assimilation. Exemple, vous voulez interdire, de façon non rétroactive, la double nationalité. Cela donne l’impression que l’amour de la France est exclusif, jaloux, soupçonneux. Vous ne pouvez pas faire aimer notre pays seulement à coups d’interdits, de lois et de menaces.

Il n’est pas question seulement d’amour, il est aussi question de loyauté et d’identité. Chacun doit savoir de quelle nation il est citoyen, pour quelle patrie il est prêt à porter les armes, voire à mourir. Garçons et filles binationaux seront amenés à répondre à cette question lors du service militaire obligatoire, d’au moins trois mois, que je rétablirai progressivement. Bien évidemment, dans sa sphère privée, chacun pourra continuer à s’intéresser à ses origines, que celles-ci s’enracinent dans une province française ou dans une contrée située au-delà des mers. Mais je veux éviter ces troubles de l’identité dont sont victimes trop de binationaux. Enfin j’ai déjà eu l’occasion de dire que ce ne serait pas rétroactif. Et je précise qu’il y pourra exister des exceptions, en Europe et ailleurs, négociées par des traités bilatéraux.

Cela ressemble à un rétropédalage… Par ailleurs, vous voulez interdire tous les signes religieux ostentatoires dans l’espace public, mesure clairement dirigée contre le voile islamique mais qui s’appliquera à tous, et notamment aux kippas. Or même les plus ardents de vos militants vivent dans une société libérale. La progression des droits individuels n’est pas seulement un phénomène juridique, elle est un fait anthropologique et, de même qu’on ne partirait pas aussi facilement à la guerre qu’hier, nous ne sommes pas prêts à sacrifier ce que Benjamin Constant décrivait comme « la paisible jouissance de l’indépendance privée » à la restauration de notre identité collective. Bref, même si votre proposition séduit beaucoup de gens qui aimeraient juste voir disparaître les symptômes de la crise, elle va à l’encontre des tendances profondes.

Au contraire, ma proposition répond à la fois aux principes traditionnels de la République et aux évolutions de la société. Car le religieux n’est qu’un prétexte. L’intention réelle est de briser l’unité du peuple français en le fragmentant en communautés séparées, et bientôt hostiles. Aussi, nul ne doit exhiber une appartenance communautaire dans l’espace public sous peine de semer les germes de la division.

Cela faisait un siècle que les croyances ne perturbaient guère l’espace public… Admettez que c’est le voile islamique qui vous pose problème.

De fait, le voile islamique n’est en rien l’expression d’une quelconque volonté individuelle. En dehors de la pression sociale, qui sévit parfois de manière violente dans certains quartiers, il proclame une infériorité ontologique des femmes. Or, et je ne peux que m’en féliciter, l’égalité entre les deux sexes est un principe de notre société, même s’il y a encore beaucoup à faire. Ainsi, parmi les candidats, en dehors de Mme Arthaud, je me sens parfois un peu seule. L’interdiction du voile, donc, est d’abord une défense des libertés fondamentales des femmes, un moyen pour lutter contre l’islamisme qui les fait reculer. Enfin, je sais que pour nos compatriotes juifs qui portent la kippa, ce sera un petit sacrifice que je leur demanderai. Mais ils savent aussi que trop souvent aujourd’hui, à cause de l’islamisme et non à cause de la laïcité, ils ne peuvent plus porter tranquillement la kippa de peur d’être agressés.

Justement, vous parlez abondamment de l’islam radical. Certains de nos concitoyens musulmans voient dans l’expression répétée de cette inquiétude une stigmatisation, voire la montée de « l’islamophobie ». Qu’avez-vous à leur dire ? Ne craignez-vous pas d’affecter l’existence du musulman du coin de la rue ?

L’immense majorité de nos compatriotes musulmans veulent vivre tranquillement leur foi dans leur sphère privée, en respectant les lois de la République et le principe de laïcité. Mais ils sont pris en otages par des extrémistes qui cherchent à leur imposer un comportement communautariste, voire une solidarité au nom de la religion qui peut aller jusqu’à une quasi-autarcie dans des quartiers où s’installent d’autres lois que celles de la République.

Je veux donc libérer les Français musulmans en interdisant les organismes et les associations de toute nature liés aux fondamentalistes, en expulsant les étrangers islamistes et en fermant les mosquées extrémistes. Je veux assurer l’indépendance de l’islam de France en prohibant tout financement public ou étranger des lieux de culte, de leurs activités et de leur personnel. Je veux que les prêches prononcés en français appellent au respect de l’État de droit, et non à sa transgression.

J’ai toujours pensé qu’unis, les Français sont invincibles. Quand je dis « unis », je pense bien à l’ensemble de nos compatriotes, toutes religions confondues, que je veux remettre dans la France et la République.

On assiste aussi à la montée d’une forme de rigorisme qui tend à isoler du reste de la société. Que ferez-vous pour combattre ce séparatisme pacifique ?

Le rigorisme tant qu’il ne déborde pas dans l’espace public relève de la liberté de conscience de chacun. Toutefois, l’obligation scolaire appartient à l’espace public. Les enfants doivent donc être scolarisés, éventuellement dans des établissements hors contrat. Mais je veux alors que ces derniers soient plus strictement contrôlés afin de s’assurer de la compatibilité des enseignements qui y sont dispensés avec les valeurs de la République. Je compte sur le rôle émancipateur de l’École pour résorber ce séparatisme ou, tout au moins, pour qu’il ne dégénère pas. Cela dit, s’il existe bien un « séparatisme » quiétiste, il est trop souvent en lien plus ou moins formel avec le séparatisme djihadiste. Dans ce cas, il relève de la lutte contre le terrorisme. La complicité, même passive, avec des actes délictuels et même criminels ne saurait être acceptée. Et le silence peut relever de la complicité.[/access]

« La France devrait réhabiliter le conservatisme »

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Guillaume Perrault. Sipa. Numéro de reportage : 00527685_000015.

Dans un pays où la grande majorité des Français se veut progressiste par habitude et conformisme, et une minorité agissante s’assume réac, d’où vous vient le cri du cœur de votre livre Conservateurs, soyez fiers ! (Plon, 2017)?

Je ne supporte plus que ce mot de « conservateur », un des plus beaux de la langue française, soit péjoratif pour la plupart de nos concitoyens. Dans l’imaginaire national, être conservateur paraît une tare, un déshonneur. Aux yeux de beaucoup, conservateur signifie fermé, dur, rigide, frileux et routinier. C’est un reproche et un blâme qu’on lance à la figure pour vous faire douter de vous-même et vous discréditer. Il y a là une exception française très pénible. Dans le monde anglo-saxons, au contraire, les conservateurs portent beau et ont pignon sur rue. En Grande-Bretagne, être conservateur est valorisant. Le Parti conservateur s’appelle ainsi depuis 1834 sans discontinuer. Rien de tel en France. Depuis un siècle, dans notre pays, plus personne ne se revendique comme conservateur. Le phénomène s’est accéléré depuis une quarantaine d’années. L’expression de guerre des Anciens et des Modernes n’est plus pertinente, car elle suppose des belligérants qui s’affrontent. Or, du côté des Anciens, il n’y a plus de belligérants depuis les années 70. La tradition s’est effondrée. Le changement est devenu la passion exclusive qui domine les esprits sans partage. Les conservateurs ont été tournés en ridicule, caricaturés en vieux chnoques et diffamés. Or, l’aversion pour les conservateurs, l’hostilité que ce mot suscite n’ont aucune cause rationnelle, aucun fondement logique. Au sens strict, conserver signifie préserver de la destruction, ne pas laisser un bien précieux se dégrader ou mourir. « Cette mère a été soigneuse, vigilante, conservatrice du bien de ses enfants », indique comme exemple le dictionnaire Littré. N’est-il pas inquiétant qu’un mot si noble soit devenu objet de sarcasmes? Le conservateur veut préserver et transmettre. Être conservateur, c’est considérer avec piété l’héritage qu’on a reçu en dépôt, apprécier sa valeur, lui prodiguer ses soins et vouloir le remettre intact à ses successeurs. Une telle sensibilité représente une boussole pour l’action politique et l’art du gouvernement.

Penchons-nous sur la droite française. Vous regrettez que le mouvement gaulliste change souvent le nom des partis qui la représente, au contraire de ses homologues étrangères, ou même de la gauche française. Cette particularité n’est-elle pas la conséquence de sa volonté de soumettre les partis à l’intérêt général et la nation, attitude paradoxalement plus conservatrice qu’il n’y paraît ?  

Je ne l’interprète pas ainsi. Depuis la Libération, le parti gaulliste a en effet changé sept fois de nom. Sept fois en l’espace d’une seule vie d’homme ! Cette frénésie lexicale n’est pas bon signe. Lorsqu’on se révèle si peu attaché à son nom, on finit par ne plus savoir qui on est. Dans notre pays, à droite, en raison du legs bonapartiste, le parti est perçu comme un instrument au service d’un chef. Lorsqu’un nouveau leader s’affirme, il lui paraît tout naturel de débaptiser son parti pour affirmer son emprise sur l’appareil comme si c’était sa propriété personnelle. En Grande-Bretagne, au contraire, les différents courants du parti conservateur sont tenus par un héritage qui les dépasse et qui discipline leurs affrontements. Regardez la façon remarquable dont le Parti conservateur a fait face au résultat inattendu du référendum sur le Brexit. Nous n’avons pas affaire seulement, outre-Manche, à une structure partisane ou à un cartel d’élus professionnels, mais à une véritable famille de pensée qui surplombe ses leaders successifs. J’admire sur ce plan la droite britannique. Le problème de la droite française est qu’elle s’est définie en grande partie, depuis 1945, non par rapport à des idées, mais pour ou contre une personne d’exception (de Gaulle). Depuis la disparition de l’intéressé, en 1970, cette sensibilité ne sait plus se nommer et se définir. On devrait s’attacher moins aux personnes, si importantes soient-elles, et davantage aux traditions qui les dépassent et les nourrissent. C’est pourquoi redonner ses lettres de noblesse au conservatisme, expliquer ce que veut dire ce mot, me paraît si salutaire pour l’avenir de la France.

Russell Jacoby fustigeait « cette droite qui vénère le marché et qui déplore les effets qu’il engendre ». N’est-ce pas l’écueil du conservatisme libéral, si bien analysé pays par Jean-Claude Michéa ?                                             

Il existe entre le conservateur et le libéral une tension évidente. Mais qu’entend-on par libéralisme ? Ce terme suscite de nombreux malentendus. Au plan politique, le libéralisme est une pensée attachée à défendre les droits de l’individu contre les ingérences de l’Etat et les pressions de la majorité. Pour atteindre cet objectif, le libéralisme distingue les sphères (publique et privée) et les pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire). Le conservateur adhère à cet idéal, à condition cependant que l’individu ne devienne pas un absolu. Le principe des droits et libertés doit être équilibré par le principe d’autorité. « Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », résumait Valéry en une formule que Pompidou aimait à citer. Au plan économique, un libéral peut être défini sommairement comme un partisan de la liberté de l’individu de préférence à la réglementation par l’Etat. Il fait confiance à l’initiative privée plutôt qu’à l’intervention de la puissance publique. Qu’en pense le conservateur ? Son idéal social est le travailleur indépendant, la profession libérale, le petit patron. Il souffre de voir la France leur accorder si peu de considération. Qui n’est pas son propre patron ne peut comprendre ce que ce choix exige d’efforts. Certes, médias et politiques vantent les mérites des grandes entreprises. Mais le respect qui entoure les grands patrons depuis les années 80 ne s’étend en rien aux dirigeants de TPE-PME. On ne compte plus, de surcroît, les hauts fonctionnaires partis pantoufler dans les plus importants groupes privés, ce qui renforce leur consanguinité avec la puissance publique et éloigne encore plus l’aristocratie du privé de l’humble foule des petits patrons. Lorsque travailleurs indépendants et dirigeants de TPE-PME entendent médias et intellectuels vitupérer le libéralisme alors qu’eux-mêmes sont écrasés de charges, d’impôts et de réglementations parfois absurdes, ils sont ulcérés et moi aussi !

Certes. Mais cela ne répond pas vraiment aux objections de Jacoby et Michéa…

En effet, les auteurs de grande valeur que vous évoquez ont tout autre chose à l’esprit quand ils emploient le mot de libéralisme. Michéa observe que le libéralisme dogmatique partage avec le marxisme des affinités paradoxales. Les deux familles de pensée ont en commun la foi dans le mouvement, l’imaginaire du progrès. L’histoire leur paraît une marche vers un avenir nécessairement meilleur, le récit de l’émancipation de l’homme de tous les liens qui l’entravent. Aussi, libéralisme dogmatique et marxisme abhorrent l’un comme l’autre le conservatisme. Et il vrai qu’aujourd’hui, chacune des communautés humaines qui faisaient obstacle à l’épanouissement sans entrave du désir du consommateur – la famille, les corps intermédiaires, la nation – est disqualifiée et affaiblie. L’extension des rapports de l’offre et de la demande à tous les domaines de la vie a sapé les valeurs (sens de l’honneur, amour du travail bien fait, dévouement à la collectivité) qui préexistaient à l’économie libérale et qui lui avaient permis de donner le meilleur d’elle-même. Il suffit de présenter tout progrès du marché comme une victoire de la liberté individuelle pour faire taire les sceptiques. C’est le triomphe de ce qu’on appelle la mentalité « libérale-libertaire », fusion d’un néo-libéralisme désormais délivré de tout ancrage national et du gauchisme. Le terme de libéralisme désigne ainsi désormais des réalités si différentes qu’il faudrait trouver un nouveau mot pour dissiper tout malentendu. Si l’on ne fait pas ce travail de définition, aucun dialogue fécond n’est possible.

La deuxième partie de l’entretien arrive bientôt…

Conservateurs, soyez fiers!

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La France, Marine et le Vel’ d’Hiv’: avant tout une question politique

Marine Le Pen et Florian Philippot, janvier 2017. SIPA. 00787305_000017

Marine Le Pen a donc dit : « je pense que la France n’est pas responsable du Vel’ d’Hiv’… », ce qui a naturellement permis, en pleine campagne électorale, de lui tomber dessus à bras raccourcis, politique politicienne oblige. Fort normalement c’est à qui aura trouvé les mots les plus durs pour la vilipender. Négationniste, digne fille de son père, antisémite, de Christian Estrosi au gouvernement israélien, en passant par les sommets de niaiserie de Laurence Haïm, personne n’a fait dans la dentelle.


Vel d’Hiv : « Mes grands-parents ont été raflés » : la question personnelle de Gilles Bornstein à Marine Le Pen

Fort heureusement pour Marine Le Pen, le niveau lamentable du débat politique a trouvé à s’exprimer avec un nouvel épouvantail, Jean-Luc Mélenchon annoncé suffisamment haut dans les sondages pour faire peur aux bourgeois. Parmi toutes les âneries lues et entendues sur le sujet, l’une d’elles se détache, celle de BHL : «France et #Veldhiv: il n’y a PLUS de débat; les historiens ONT tranché; insulte, donc, aux victimes ET aux historiens; obscénité médiatique. »

 

Au-delà de la boursouflure habituelle dans le choix des termes, la partie intéressante est que l’histrion annonce que les historiens ont tranché et que par conséquent il n’y a plus de débat ! Le philosophe fait fort, mais ce n’est pas pour rien. À considérer ainsi qu’il existe une vérité historique ayant autorité de la chose jugée. N’importe quel étudiant en première année de licence d’histoire sait déjà que toute vérité historique est d’effet relatif. Et BHL sait depuis sa polémique d’il y a 40 ans avec Pierre Vidal-Naquet, que l’arbitre des débats historiques n’est plus l’opinion savante, mais l’opinion publique, c’est-à-dire, ceux qui la font, les médias. Au sein desquels il dispose de tous les verrous nécessaires. Et pourtant, on ne saurait trop lui conseiller la lecture de Quentin Skinner, penseur d’un autre calibre que lui, qui enfonce le clou dans le cercueil d’une « vérité historique » immuable : « le maximum que l’on puisse raisonnablement espérer dans les humanités, voire dans les sciences, est que ce que l’on dit apparaisse rationnellement acceptable à ceux qui se trouvent  dans la meilleure position pour en juger. C’est assurément tout ce que j’entends affirmer, et il est préférable de rappeler que jusqu’à présent, le destin universel des explications historiques et même scientifiques fut d’être dépassées. C’est sur ce point que je souhaite m’arrêter : la factualité devrait être distinguée de la vérité. » (Quentin Skinner. La vérité et l’historien. 2012. Collection audiographie. EHESS)

On invoquera aussi le patronage de Marc Bloch disant« En vérité le proverbe chinois est sage qui énonce : les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur pères ». Ajoutant que les faits historiques étaient par essence des faits psychologiques. (Marc Bloch, Apologie pour l’histoire, Armand Colin.) Alors si on le comprend, les usages du passé, prétendant le clarifier, ne seraient que politiques, et la mémoire le masque de l’idéologie ? Ce que nous confirme Michel Foucault selon lequel le passé nous réserverait toujours des surprises puisque qu’ « on montre aux gens non pas ce qu’ils ont été, mais ce qu’il faut qu’il se souvienne qu’ils ont été. » (Michel Foucault. Dits et écrits 1954 – 1988. Gallimard)

>> A lire aussi: Jérôme Leroy et Marine Le Pen victimes de l’hystérie électorale. Contre eux, les cons se déchaînent!

Alors quel est donc le débat dont BHL prétend qu’il est clos parce que les historiens l’auraient tranché ? C’est tout simplement celui de savoir si le gouvernement de la France entre le 17 juin 1940 et le 25 août 1944 peut être considéré comme légitime et avoir agi au nom de la France, ou si au contraire c’était un gouvernement de rencontre, installé à cause de la défaite et par conséquent illégitime. C’est donc d’abord et avant tout une question politique. Depuis plus de 70 ans, deux vérités politiques s’affrontent, Charles de Gaulle suivi par Georges Pompidou et François Mitterrand a toujours considéré que « la France » qui est une entité indéfinie représentée par le gouvernement légitime d’un État nation territorial ne l’était pas par le gouvernement de Vichy. Les tenants de la collaboration et de la légitimité de « l’État français » de Pétain, dont ceux qui ont fondé le Front national, pensent et défendent la position contraire. Souillure à laquelle ce parti n’échappera jamais. On notera d’ailleurs avec amusement que, contrairement à ce qu’affirment les ignorants, Marine Le Pen soutient une position inverse à celle de son père depuis l’origine de sa carrière politique. Jacques Chirac, suivi par Nicolas Sarkozy puis François Hollande a adopté une position chantournée, qui, qu’on le veuille ou non abouti à identifier l’appareil d’État que Vichy avait récupéré, à « la France ». Ils ont été rejoints ces temps-ci par toutes une cohorte d’historiens amateurs ou de seconde zone, tout émoustillés de se sentir valeureux dans un combat antifasciste, à taper sur Marine Le Pen. Allant jusqu’à accepter qu’on titre leurs interventions: «Marine Le Pen se trompe, la culpabilité de la France est accablante».


Alain Finkielkraut : “Le problème de Marine Le… par causeur

Et l’on voit bien la dimension politique du propos, il est de nourrir la perception de « ce passé qui ne passe pas », comme celui d’une France de collabos, de délateurs, et qui doit expier. Je renvoie ici à la lecture de l’indispensable ouvrage de Pierre Laborie (Le chagrin et le venin, Bayard), qui décortique comment à partir des années 70 s’est construite une nouvelle vulgate sous prétexte d’abattre le mensonge gaulliste et de mettre les Français face à la réalité de ce qu’ils sont, comme dirait BHL, moisis et glauques. Il y avait urgence à se débarrasser de la fable de « l’honneur inventé d’une France résistante et héroïque, par le mensonge sublime du général De Gaulle offert en cadeau aux Français à la Libération. » Or c’est un prétexte, pour masquer l’objectif politique, de cette présentation aujourd’hui.

Il n’y avait pas de mensonge sublime, mais une vérité politique. Charles De Gaulle est parti à Londres parce qu’il avait compris que les puissances de l’axe perdraient la guerre et que la France malgré sa défaite de juin 40 devait être à la table des vainqueurs. Ce qui fut fait et reconnu par les alliés qui durent s’incliner devant cette réalité politique après le Débarquement en Normandie. Et ce n’est pas faute pour eux d’avoir essayé de faire autrement. L’Histoire a tranché.

« Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier Gouvernement régulier de la France. »

Il y a aussi une vérité juridique, celle d’un pouvoir illégitime installé par un double coup d’État, celui du 17 juin 1940 à Bordeaux avec la nomination de Philippe Pétain comme président du Conseil et celui du 10 juillet 1940, dans la confusion et sous la pression des armes allemandes, avec le vote de l’abolition de la République à Vichy. Dans son discours du Caire en 1941, Charles De Gaulle a formidablement décrit en quatre phrases cette réalité historique : « Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier Gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. Le lendemain naissait la France Libre.» Très rapidement, De Gaulle demanda à René Cassin de rédiger l’analyse qui établissait l’illégitimité du gouvernement de Vichy et la légitimité de la France libre. Et celle-ci se dota alors des organes juridiques d’un État régulier, quoique de formes provisoires en attendant la reconquête du territoire de la métropole. À la Libération toute la production normative de Vichy fut déclarée nulle et de nul effet. Les dirigeants de « l’État français » furent jugés pour haute trahison, condamnés, et pour les plus coupables d’entre eux passés par les armes.

Ils avaient fait le choix de profiter de la défaite militaire pour instaurer une dictature antirépublicaine et ont cherché grâce à une complaisance de tous les instants à plaire l’occupant dans l’espoir d’une place de choix dans l’Europe allemande. Et c’est bien là, que l’on voit se profiler l’enjeu politique de ce débat et de l’affrontement de ces deux thèses antagonistes. Car l’effondrement de juin 40 n’est pas dû au hasard, ou au refus de la troupe de combattre. Il est dû à la trahison des élites, et au choix de la défaite par la bourgeoisie dès 1936. Comme le demandait Marc Bloch en 1944 peu de temps avant sa mort : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »  L’ouverture des archives permet aux historiens qui n’ont pas peur d’affronter la doxa d’étudier cet avant-guerre et de donner raison à De Gaulle qui disait en 1963 : «Heureusement, le peuple a la tripe nationale. Le peuple est patriote. Les bourgeois ne le sont plus ; c’est une classe abâtardie. Ils ont poussé à la collaboration il y a vingt ans, à la CED il y a dix ans. »

La vérité des héritiers de VGE

La mise en place de la vulgate de la France-collabo date du début des années 70, avec notamment la promotion du film : Le chagrin et la pitié, juste après le départ de De Gaulle, congédié par la bourgeoisie grâce à l’engagement de Valéry Giscard d’Estaing. Cette même bourgeoisie aujourd’hui adossée à des élites « dirigées » raffole de l’UE, outil de la domination d’une l’Allemagne qui les fascine toujours autant. Cette haine de soi s’exprime dans ce refus du débat sur la thèse de la France « responsable du Vel’ d’Hiv’ », car c’est celle qui justifie l’allégeance. Et qui fait que des candidats à la présidence de la République se précipitent sans honte à Berlin pour leur entretien d’embauche au poste de chef de district du länder France.

Pour ma part, je considère que non, la « culpabilité de la France » n’est pas accablante. Un gouvernement de trahison qui avait la main sur une partie de l’appareil d’État s’est mis au service du nazisme. Les 7000 gendarmes mobilisés en ce jour de juillet 1942, pour cette immonde et déshonorante opération ne représentaient pas leur pays, ils n’étaient pas la France. Ceux qui l’étaient à ce moment-là, c’était les 3700 soldats qui le mois précédent avaient tenu pendant 15 jours à 1 contre 50 la position de Bir Hakeim dans le désert libyen.

Vichy, un passé qui ne passe pas

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Dits et Ecrits, tome 1 : 1954-1975

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La vérité et l'historien

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« Une victoire de Macron aggraverait les fractures françaises »

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guillaume perrault emmanuel macron
Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00802648_000017.
guillaume perrault emmanuel macron
Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00802648_000017.

>> A lire aussi: “La France devrait réhabiliter le conservatisme” – Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault (1/2)

François Fillon a été désigné candidat de la droite en novembre 2016 en remportant la primaire. Désigné pour son conservatisme, il a ensuite chuté de manière vertigineuse dans les sondages.  Son effondrement est-il vraiment dû aux affaires ou résulte-t-il de ses positions économiques très libérales, notamment autour de la Sécurité sociale ?

Le programme économique libéral de Fillon sans contrepoint conservateur ne lui aurait pas permis de triompher à la primaire. Il a gagné dans un fauteuil en novembre pour avoir su parler de la France, de notre héritage et de la nécessité d’honorer et de transmettre le monde reçu de nos pères. Les électeurs de droite étaient si sevrés de ce discours qu’ils lui ont aussitôt marqué leur reconnaissance en l’adoubant. Lors de la primaire, Fillon a été l’instrument d’une aspiration qui le dépassait. Aussitôt désigné, les ambiguïtés de son projet sont en effet apparues à l’occasion de la question ultra-sensible de l’assurance-maladie. Après ses propos ambigus, habilement exploités par la gauche, Fillon a vérifié que la France restait un pays tétanisé de peur – non sans raisons tangibles. Ces dernières années, l’atmosphère du monde du travail s’est durcie. Défiance et amertume s’expriment jusque parmi les cadres du privé. C’est pourquoi une politique libérale trop systématique ne me paraît ni possible ni souhaitable. Il faut s’entendre sur les objectifs et les moyens. Des impôts moins écrasants, la fin des aberrantes 35 heures, des dépenses publiques raisonnables, des comptes publics au cordeau, l’armée, la police et les autres fonctionnaires encore attachés au service de l’État traités avec égards : voilà ce que le conservateur désire. Mais il n’entend pas aller plus loin et n’accorde jamais une confiance aveugle à la logique d’une idée. S’adapter aux évolutions du marché ne justifie pas tout. Comment garantir au salarié d’un grand magasin qui ne veut pas travailler le dimanche – choix respectable – qu’il n’y sera pas contraint en cas de libéralisation du travail dominical ? Tous les choix dans une entreprise ne peuvent pas être livrés à l’arbitraire d’un rapport de force. Un conservateur ne confond pas, en outre, l’éloge justifié de l’entrepreneur avec la fascination pour la puissance ou l’admiration servile de la réussite sociale.                      

Une élection du libéral intégral Emmanuel Macron aiderait-elle à constituer, en guise d’opposition, un pôle conservateur assumé, tel que vous le défendez ?

Une victoire de Macron ne ferait qu’aggraver toutes les fractures qui existent dans le pays. S’inspirer d’exemples étrangers, pourquoi pas ? Mais aucune greffe ne réussira dans notre pays si elle n’entre pas en résonance avec le génie national. Le conservateur, lui, n’a pas honte de l’exception française. Quarante générations la lui ont léguée, et un homme de tradition respecte ce qui dure. Il sait que la France ne sera jamais l’Angleterre. De même, le conservateur refuse d’envisager les innovations sous le seul rapport de l’intérêt du consommateur. Ce libéralisme-là, très peu pour lui ! Le producteur aussi a des droits, malmenés par la tyrannie du coût le plus bas. Le conservatisme est ainsi tout désigné pour offrir une identité forte à la droite qui refuserait de participer à la majorité présidentielle de Macron. Pour commencer, par pitié, n’employons plus le mot conservateur comme synonyme d’immobiliste ! C’est un contresens complet. Le conservateur le sait : la vie modifie tout autour de nous. Le temps modifie les hommes comme les nations. Rien ne reste jamais parfaitement en l’état. Le conservateur ne rêve pas d’une fixité parfaite. Il la sait impossible. Son espoir est de compenser l’altération perpétuelle de toute chose en prenant appui sur les coutumes, les mœurs, les rituels, les symboles et les institutions. Autant de remparts contre la légèreté, la présomption et la suffisance. Le conservateur n’est pas un esprit hostile à toute évolution. Il refuse en revanche de vouer un culte au bouleversement permanent. Pourquoi considérer que changer est en soi une vertu et un bien ? L’arrogance du présent, la volonté de faire table rase du passé et le blâme attaché à la nostalgie sont des sentiments qui révulsent le conservateur. Il n’y voit qu’une sotte prétention. Le respect de l’héritage est la condition d’un changement profitable. Les innovations heureuses sont des greffes prudentes qu’on opère sur un chêne vénérable qui réclame des soins respectueux. C’est le B-A-BA du conservatisme.  

Quelles personnalités pourraient l’incarner ? En voyez-vous dans la droite actuelle ? Ou doit-on se tourner vers la société civile, et lancer dès maintenant le hashtag #Polony2022 ?                                                                                                  

Déposez-le toujours à l’INPI, on ne sait jamais. La droite, en tous cas, si elle veut survivre, doit retrouver la dignité d’une famille de pensée avec un corpus doctrinal. L’arrachement au passé que nous subissons depuis les années 1970 fait songer à ce qu’ont vécu les Français pendant la Révolution, ou au lendemain de la Grande Guerre. Non une simple évolution, mais une accélération brutale de l’histoire, la fin de tout sentiment de continuité, la disparition d’un monde. La vitesse et la violence de la dégradation que nous endurons suscitent une intense inquiétude dans le pays. Allons-nous perdre le trésor – historique, culturel, affectif – transmis par nos aînés ? On croyait cet héritage acquis pour toujours et on en jouissait en fêtard, négligemment, sans mesurer son prix ni les efforts qu’il avait coûtés à ceux qui nous précédèrent et avaient fait de nous ce que nous sommes. Voilà soudain qu’on le découvre fragile et mortel. Voilà pourquoi les conservateurs offrent une réponse aux anxiétés identitaires et culturelles du pays. Les conservateurs entendent préserver et réparer ce qui peut l’être dans une France chamboulée de la cave au grenier par l’application, depuis près d’un demi-siècle, des thèses des radical sixties nées sur les campus américains et qui ont ensuite déferlé sur tous les pays occidentaux. Une majorité de Français de tous milieux sociaux, je le crois profondément, sont prêts à les entendre.

Conservateurs, soyez fiers!

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Les 35 heures, c’est la vie « en mode low cost »

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Martine Aubry lors du meeting de Benoît Hamon à Lille, mars 2017. SIPA. AP22033526_000014
Martine Aubry lors du meeting de Benoît Hamon à Lille, mars 2017. SIPA. AP22033526_000014

Chère Martine Aubry,

Nombreux sont les hommes politiques français, même de gauche, qui veulent revenir sur « vos » 35 h et augmenter la durée légale hebdomadaire de travail. Ils ont raison, mais force est de constater qu’aucun ou presque n’explique pourquoi il faut le faire !

Au mieux affirment-ils que cela redonnerait de la compétitivité aux entreprises, ce qui n’est ni de nature à convaincre les Français, ni tout à fait vrai.

La multiplication des RTT a ruiné les salariés

Pas convaincant car ces derniers, le plus souvent, ne comprennent pas que le bien de l’entreprise, c’est aussi le leur. Et en partie faux, car si l’on revient à 39 h, elles seront probablement payées entre 37 h et 39 h, ce qui aura donc peu d’incidence sur la baisse du coût de l’heure de travail. Enfin les entreprises, qui se sont adaptées à la durée légale actuelle, réclament plutôt maintenant une baisse des charges.

Non, pour accepter de revenir sur cet acquis qu’ils pensent social, les Français ont besoin d’une nouvelle approche. Il faut leur dire la vérité, leur démontrer qu’ils ont été les principales victimes du « piège » des 35 h et qu’ils seraient donc les premiers bénéficiaires d’une réforme, avant les « patrons » !

Car en effet, après les classes populaires frappées par le chômage et qui se sont précarisées, ce sont les classes moyennes et aisées, qui font ou défont l’économie d’un pays, qui se paupérisent et entraînent dans leur chute la croissance, condamnant ainsi les chômeurs à le rester. 

Simplement parce que pour ces dernières, l’application des 35 h s’est malheureusement le plus souvent traduite, non pas par 4 heures de travail hebdomadaire en moins, mais par des « jours de RTT » en plus, leur donnant environ 8 semaines de congés payés par an au lieu de 5 !

Une erreur fatale qui a « ruiné » les salariés et la France, car voici les réactions en chaîne, logiques et donc prévisibles, que cela a entraîné :

La première dont découlent toutes les autres, c’est que le passage de 39 h à 35 h avec maintien du salaire 39 h a bien sûr engendré le quasi gel des augmentations salariales.

C’est donc avec un pouvoir d’achat qui n’a pas évolué que les Français ont dû financer ces nouveaux jours de congés et surtout les très nombreux voyages qui s’y rapportent (multiplication des séjours courts).

Mais, comme ils n’y renoncent pas pour autant (nous sommes tous témoins ou acteurs de ces incessantes migrations) et compte tenu du coût d’une journée de temps libre en famille, c’est leur train de vie quotidien qui s’est effondré au profit des RTT, les condamnant ainsi à vivre « en mode low cost » !

Les Français doivent re-travailler un peu plus pour vivre mieux

Par conséquent, la consommation et donc la croissance ne progressent plus, voire régressent, générant chaque jour plus de licenciements et moins de revalorisation salariale.

Quant à ces classes moyennes et aisées, ce temps libre qui devait faire leur bonheur ne leur amène que frustrations. Dans leur travail où elles sont « pressées » pour conserver la même productivité qu’avant, mais avec des jours travaillés en moins (stress), et dans leur vie quotidienne où elles ne peuvent plus s’offrir que le nécessaire, voire l’indispensable.

De ce fait, elles ont parfois l’impression que « s’évader » est tout ce qui leur reste, alors qu’à chaque fois au contraire elles s’appauvrissent un peu plus et la France avec. Un véritable cercle vicieux !

Alors oui, les Français doivent re-travailler un peu plus pour vivre mieux, car ils gagneront plus, mais surtout dépenseront beaucoup moins en congés fréquents.

Et ils comprendront vite, car cela aura un effet sensible et immédiat sur leur pouvoir d’achat, que ce sera au profit d’un train de vie quotidien retrouvé.

Revenir sur la durée légale du travail est donc non seulement une urgence, mais un devoir pour nous tous, celui de participer au redressement économique de notre pays, en relançant la consommation et la croissance pour atteindre le plein emploi (taux de chômage inférieur ou égal à 5%).

Voilà chère Martine Aubry. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop de vous avoir écrit, avec un recul qui me paraît aujourd’hui suffisant, tout le mal que je pense de « vos » 35 h. Et si vous n’êtes pas coupable, vous êtes au moins un peu responsable de ce qui nous arrive, car en tuant à petit feu l’économie française et l’emploi, vous nous avez un peu tués aussi !

Et si Emmanuel Macron n’était pas au second tour…

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François Hollande et Emmanuel Macron au diner du CRIF, janvier 2017. SIPA. AP22017908_000001
François Hollande et Emmanuel Macron au diner du CRIF, janvier 2017. SIPA. AP22017908_000001

C’était l’heure de l’appeler. Il négligea la batterie téléphonique juste derrière lui sur sa droite, renonça à l’i-phone 4 cher à son cœur dont il n’avait pas pu se séparer tout à fait, même après avoir appris qu’il était sur écoutes, et fouilla dans le désordre de papiers et de dossiers qui encombraient l’élégant bureau Louis XV. Il eut un bref moment de panique, et remit enfin la main sur le Hoox M2, le téléphone ultra-sécurisé de Bull qu’Emmanuel lui avait recommandé — plus élégant et bien plus pratique que le Teorem de Thalès. Il fit glisser son doigt sur la bande de reconnaissance biométrique, et tapa son code — MLP2017, un sigle que personne ne pouvait décemment le soupçonner d’avoir adopté.

Ils avaient convenu de ne pas se voir, du jour où Emmanuel s’était mis en marche. Mais ils se téléphonaient tous les jours, à heure fixe, pour faire le point. C’était pour lui un plaisir ineffable que d’entendre la voix de son poulain, son fils politique, son double non boudiné. Quelles crises de rire ils s’offraient tous les deux, tous les jours !

Le portable cryptait automatiquement les conversations. Les grandes oreilles indiscrètes qui cherchaient à capter, au scanner, ce qui sortait des murs épais du Palais en seraient pour leurs frais.

– Tu as lu Le Point ? dit-il de but en blanc.

– Tu as un peu forcé, quand même ! FOG s’en va claironnant partout que tu voteras pour moi !

Il paraît soudain plus pâle sous la lumière des deux grands abat-jour à six fausses chandelles posés de part et d’autre du grand bureau.

– Tu… tu n’as pas aimé ? Cette manière délicate d’insérer le mot « marche » dans ma phrase… Comme lors de l’interview à Konbini… L’histoire, elle ne s’arrête pas, donc il faut aller vers la marche du progrès. »

Un temps.

– Tu es dur, Emmanuel…

Il a, dans la manière de dire ces quatre syllabes, en particulier la première, « aime », quelque chose de douloureux — comme un reproche rentré.

– Nous étions convenus de ne pas afficher notre… grande complicité ! Je suis obligé maintenant de démentir ! Tu sais quoi ? Tu es comme le sparadrap du capitaine Haddock !

– Mais Emmanuel ! Tu as vendu toi-même la mèche, dans le Wall Street Journal il y a déjà deux ans ! Quand tu as avoué que je t’avais chargé de rassurer la Finance au moment même où je faisais semblant de la vitupérer, en 2012 !

– Nous sommes dans le présent désormais ! Déjà, le soutien de Manu, je m’en serais passé — d’autant que tu l’as plombé avec cette histoire de sondage sur la longueur de sa mèche ! Joli coup !

– Ah, tu as aimé ? Sur France 2, ils sont bien, hein ? 50 000 euros pour savoir s’il dégage le front et si son défaut de parallélisme auriculaire se voit en couverture de Match ! Enfoncé, le costard de Fillon ! Et le SIG a fait semblant de refuser de donner les contenus d’autres sondages — les gens penseront que ce qui est caché est encore plus monstrueux ! Elle peut toujours essayer de revenir en 2002, la petite tique !

– Comprends-moi : plus j’ai l’air d’être un Hollande-bis — et la couverture de Causeur, le mois dernier, m’a fait beaucoup de tort —, et moins la droite béate votera pour moi ! Faire élire aux primaires puis canarder Hamon, OK, pour faire glisser vers moi tous les vrais hollandistes, ah ah ! Mais le problème, c’est que maintenant Mélenchon…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

Marine Le Pen: « Les Français ont parfois l’impression de ne plus être chez eux »

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Marine Le Pen. Photo: Hannah Assouline
Marine Le Pen. Photo: Hannah Assouline

De nombreux citoyens français affichent leur hostilité à la France et à ses mœurs. On leur demande de s’intégrer mais à quoi doivent-ils s’intégrer ? S’il existe une « culture de référence » en quels termes la définissez-vous ? Et que ferez-vous pour la défendre ?

Je veux promouvoir l’assimilation républicaine, plus exigeante que l’intégration qui, par son ambiguïté, laisse place à des communautés certes intégrées, mais séparées. Je ferai inscrire dans la Constitution que « la République ne reconnaît aucune communauté ». Ainsi, la laïcité pourra être étendue à l’ensemble de l’espace public et protégée par le Code du travail. Les chefs d’entreprise ne doivent plus être soumis à d’incessantes revendications religieuses.

Et puis, comment voulez-vous que des citoyens français d’origine étrangère soient tentés de s’assimiler, et même de s’intégrer d’ailleurs, dans la nation française quand un Emmanuel Macron proclame qu’il n’y a pas de culture française, qu’il n’y a pas d’art français, pire que la France aurait commis des crimes contre l’humanité ? Il faut d’abord en finir avec ce dénigrement de la France par ses élites mondialisées. Je ne veux plus de ces repentances d’État qui divisent les Français entre eux. Au contraire, je veux une France fière d’elle-même, de son histoire et de sa langue. Pour vivre pleinement sa citoyenneté, un citoyen français doit posséder la langue française. À l’école primaire, la moitié du temps d’enseignement doit être réservée au français. Je dis bien « au français », et non « en français », comme essayent de le faire croire mes adversaires. Par ailleurs, je supprimerai « l’enseignement des langues et cultures d’origine » (ELCO), qui enferme les enfants dans une démarche communautariste.

Enfin, le retour à la croissance et à l’emploi éliminera bien des frustrations, d’autant qu’il profitera en premier lieu aux Français quelles que soient leurs origines ou leur religion. En effet, j’aurai inscrit la priorité nationale dans la Constitution. Il en résultera toute une législation qui mettra fin à la préférence étrangère, à la directive « Travailleurs détachés ».

>> A lire aussi: Marine Le Pen: “J’interdirai le drapeau européen sur les bâtiments officiels” – Notre entretien exclusif sur la France (1/2)

Nous avons déjà évoqué vos propositions (voir Causeur N°42). Dans vos meetings, il y a des gens très à cran sur ces sujets. Voyez-vous la xénophobie et le racisme progresser ?

Les Français sont inquiets devant la montée du communautarisme qui se développe, devant les zones de non-droit qui s’étendent, à moins qu’il s’agisse de l’emprise d’un autre droit, devant le terrorisme, devant les droits des femmes qui reculent. Ils ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, c’est-à-dire en France, pays de liberté et d’égalité. De ce point de vue, le voile est sûrement l’un des signes qui concrétisent le mieux ce sentiment de dépossession.

Il ne s’agit donc ni de racisme ni de xénophobie. Les Français restent l’un des peuples les plus accueillants et généreux du monde. Ils souhaitent simplement conserver leur mode de vie ou, tout au moins, qu’il évolue au rythme et de la manière qu’ils décident par eux-mêmes. Ils ne veulent pas que leur soient imposés des changements et surtout un changement de civilisation. Ils sont très attachés à la laïcité et à la neutralité de l’espace public. Devant la trahison de leurs élites qui prônent le multiculturalisme et autres fariboles du « vivre-ensemble », monte une exaspération certaine et parfois même de la colère. Que les mondialistes se croient alors autorisés à insulter ce[access capability= »lire_inedits »] peuple qu’ils méprisent n’a rien d’étonnant.

La crise de l’intégration est largement une crise de l’֤École, autre sujet très absent du débat. Sur TF1, on a surtout parlé d’apprentissage. Quelles sont les premières mesures que vous prendriez dans ce domaine ?

J’ai déjà mentionné un certain nombre de mesures. L’important, c’est qu’il faut restaurer l’École de la République, la remettre sur ses pieds. Il faut en finir avec le pédagogisme qui la mine et qui la ruine. L’École n’est pas un lieu de vie dans lequel l’enfant construit son savoir de manière ludique et festive, entouré de gentils animateurs qui l’encouragent en lui distribuant des smileys. Au centre de l’École, doit se trouver la transmission des connaissances, accumulées par l’humanité depuis des millénaires. Le maître qui sait doit être respecté par l’élève qui apprend. Le maître a toujours raison, sauf s’il est démontré qu’il a tort. Il est soutenu par principe par sa hiérarchie. Apprendre est une ascèse qui demande de l’effort et de la discipline.

Je reprendrai la belle formule de Jean Zay : « Faire de l’école un asile inviolable où les querelles des hommes n’entrent pas. » J’y imposerai donc non seulement la laïcité, mais également la neutralité et la sécurité. Elle ne doit pas être un lieu d’exhibition de la mode et des marques commerciales. L’instauration du port de l’uniforme évitera ces dérives. Bien sûr, je reviendrai sur la désastreuse réforme des rythmes scolaires. L’université passera d’une sélection par l’échec à une sélection au mérite. Les bourses au mérite y seront revalorisées. Je refuserai le tirage au sort comme moyen de sélection. Je défendrai le modèle d’enseignement supérieur français, qui passe par la complémentarité de l’université et des grandes écoles.

Rien sur l’égalité des chances et les enfants des milieux les moins favorisés ?

Cette École de l’exigence, du primaire à l’université, rétablira seule l’égalité des chances entre les enfants des milieux culturellement défavorisés et les autres. Seule, elle permettra de remettre en route l’ascenseur social. Seule, elle conduira les enfants de l’immigration à s’assimiler dans le peuple français en trouvant leurs places dans la République. Je veux une École de la sélection des meilleurs par la promotion de tous. Aujourd’hui, les plus démunis sont les premières victimes de laxisme et de laisser-aller. Les enfants qui profitent d’un héritage culturel et ceux dont les parents ont des relations, eux, s’en sortent bien.

Vous prônez le retour à une souveraineté stricte qui permettrait à la France de défendre ses intérêts. Mais la seule défense de ses intérêts peut-elle tenir lieu de politique à un grand pays comme la France ? La souveraineté dispense-t-elle du souci du monde ?

La souveraineté est la condition pour avoir un souci du monde qui ne se limite pas à de beaux discours aussi creux que verbeux. La défense des intérêts nationaux légitimes permet de conserver les moyens de la grande puissance que la France est encore. Bien qu’affaiblie, elle conserve le cinquième ou le sixième rang économique mondial. Elle détient une force de dissuasion nucléaire. Elle possède un siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU avec le droit de veto qui lui est lié. Sa langue est l’une des langues de travail international. Il ne manque à la France que la confiance en elle-même.

Vous avez prononcé ce mot plusieurs fois. Mais la confiance ne se décrète pas…

Cette confiance, c’est d’abord le président de la République qui doit la rendre à la nation. C’est pour cela que je ne serai ni le gouverneur d’un territoire de l’Europe ni le vice-chancelier d’Angela Merkel. Je n’irai pas à Berlin pour faire un concours d’allégeance servile tel un Emanuel Macron ou tel un François Fillon. Je suis allée à Moscou pour dire à Vladimir Poutine que je souhaite que la France et la Russie retrouvent leurs liens traditionnels de coopération. Comme je l’ai dit quelques jours auparavant aux présidents libanais et tchadien qui m’ont reçue. Élue, j’annoncerai au monde la bonne nouvelle : la France est de retour. Les peuples du monde peuvent à nouveau compter sur elle.

La construction européenne a été explicitement menée dans le but de dépasser la nation, considérée comme porteuse de violence et de guerre. Et de fait, nous avons connu plus d’un demi-siècle de paix. Alors que les motifs de tensions entre nations se multiplient, pensez-vous que notre sortie de l’UE sera de nature à les apaiser ? Et comment distinguez-vous le patriotisme du nationalisme obtus ?

Pendant les quarante années de la Guerre froide, la paix a été maintenue par l’équilibre de la terreur nucléaire. L’Europe n’y était pour rien. Lorsque la Yougoslavie a commencé à se désagréger, l’Union européenne n’a su ni prévenir ni empêcher sa décomposition sanglante. Au contraire, seulement quelques semaines après la conférence de Maastricht, l’Allemagne a reconnu toute seule l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie, déclenchant le funeste engrenage. Le feu couve toujours, notamment en Bosnie et au Kosovo. Aujourd’hui encore, l’Union européenne ne sait que mettre de l’huile sur le feu en Ukraine, alors que cette question très complexe demanderait beaucoup d’intelligence et de discernement. Et puis l’UE a déclenché une véritable guerre économique entre les nations qui la composent. Elle a des conséquences dramatiques pour certains pays, et engendre la montée des ressentiments. Il faut aujourd’hui se lever tôt pour oser dire que l’Union européenne apporte la paix quand on voit ces pays qui de plus en plus se regardent avec méfiance…

En retrouvant sa liberté, la France pourra de nouveau défendre ses intérêts nationaux légitimes, et non le rêve d’un intérêt général européen. Nous ne serons plus à la remorque de l’Allemagne qui, elle, défend les siens, en fonction de son implosion démographique et de sa situation au cœur de la Mitteleuropa. Or, depuis quarante ans, nos dirigeants ne conçoivent même plus que la France puisse avoir des intérêts nationaux. Si le nationalisme méconnaît les intérêts des autres, voire les dénie, le patriotisme consiste à défendre les siens tout en reconnaissant aux autres le droit de faire de même. Alors, peuvent s’engager des coopérations mutuellement avantageuses.

Vous pensez que les classes populaires sont intégralement hostiles à la mondialisation. C’est vrai quand votre usine est délocalisée. Mais la plupart des gens ont recours au low cost et trouvent normal d’acheter leur iPhone au prix du travail chinois. Croyez-vous qu’ils soient prêts à payer le prix d’un certain protectionnisme industriel ?

Mon protectionnisme est intelligent. Ce ne sont pas des barrières et des barbelés. Ce sont des écluses mises en place progressivement. Puisque, entre les pays, il existe des différences de niveaux de salaires, de protection sociale et de normes environnementales, j’installerai des écluses pour que s’établisse une équivalence de prix pour des produits ayant une équivalence d’usage. La concurrence alors loyale portera sur les produits eux-mêmes, et non plus sur les producteurs. Si, donc, un produit n’est pas fabriqué en France, il n’y aura pas d’écluse pour lui. Si un entrepreneur s’engage à le fabriquer en France, l’État sera tenu d’établir une écluse au moment opportun pour que les termes de l’échange soient équitables. J’installerai aussi un patriotisme économique pour que les entreprises françaises et donc l’emploi français soient favorisés, notamment pour les commandes publiques. Le retour à l’emploi sera bon pour le pouvoir d’achat, tout en permettant l’allègement des charges sociales.

Ce mode de fonctionnement de l’État stratège pour réindustrialiser la France demandera de la concertation avec les entreprises et de la pédagogie en direction des consommateurs. Mais je fais confiance à l’intelligence de nos compatriotes pour comprendre que les produits importés à bas coût, c’est plus de chômage et moins de protection sociale en France, ce sont aussi des salaires et des retraites plus bas pour eux. Faire fabriquer des produits bon marché par des esclaves pour des chômeurs, c’est une spirale infernale qui ne peut que mal finir.

Pour résumer, et conclure, en quelques mots, qu’est-ce qui fait de nous un peuple ?

Nous sommes un peuple par l’amour de la France dans sa continuité millénaire exprimée dans une langue et incarnée par la République. C’est-à-dire par ce lien organique entre la souveraineté de la nation et la citoyenneté de chaque Français. C’est précisément ce lien que veulent détruire tous ces candidats européistes en invoquant une Europe qui n’existe pas et qui ne peut exister. Car il n’y a ni peuple européen, ni langue européenne, ni citoyenneté européenne. Et il n’y en aura pas à un horizon historique discernable. Il ne peut donc y avoir de souveraineté européenne. Il existe un continent européen avec des nations différentes, qui partagent des valeurs proches et des intérêts communs, et peuvent coopérer librement pour leur avantage mutuel. Le souverainisme européen, dont parle Emmanuel Macron, est une escroquerie intellectuelle.[/access]

« Prêtre », « prophète » ou « roi »: à quel type de chef correspond votre candidat?

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Dans votre essai Le temps des chefs est venu (Amazon, 2017), vous classez nos présidents de la République en trois catégories : rois, prophètes et prêtres (ou vendeurs). Pouvez-vous nous expliquer cette typologie, exemples à l’appui ?

Depuis la Révolution française, notre monde politique a pris deux travers : d’une part il a remplacé l’intelligence de l’action, qui s’essoufflait, par l’intelligence du discours : on ne cherche pas tant à faire évoluer les modalités de l’action qu’à créer des idées pour se distinguer (logique des partis); d’autre part il nage avec certitude, comme la société civile d’ailleurs, dans une culture de l’ «acquis » : tout est possible à partir du moment où j’en ai l’idée, l’ai décidé, souhaite l’apprendre, etc.

Je m’inscris en faux de cette logique : nous souffrons précisément d’un manque de traduction opérationnelle des idées politiques et, derrière, du personnel apte à le faire. J’aborde les personnalités par l’ « inné » : pour moi nous sommes tous « prêtres, prophètes et rois » mais il y a bien des « prêtres », des « prophètes » et des « rois ». Leur rapport à l’action est différent et par conséquent leur légitimité à être de bons présidents dans la durée aussi.

Prenons les choses dans l’ordre. Qu’est-ce qu’un « prêtre » (ou « vendeur ») en politique ?

Le « prêtre » ou « relationnel » a d’abord l’intelligence de l’interaction. Il se nourrit de la quantité des échanges qu’il a avec les personnes car c’est un producteur de lien. C’est un bon candidat, pas un chef. Dès qu’il est élu, son métier change : il ne s’agit plus d’interagir mais d’agir, plus d’avoir sans cesse autour de soi des gens à convaincre ou à séduire mais une solitude à habiter dans le silence pour savoir décider. Et c’est là que le bât blesse… Dès lors, il n’y a plus d’autre possibilité que de s’en sortir en transformant la vente en communication. Vous aurez reconnu dans cette personnalité Chirac, Sarkozy et Hollande.

Quid des « prophètes » ?

Le « prophète » ou « cérébral » a d’abord l’intelligence du contenu. L’échange pour lui est l’occasion de montrer son savoir ou de se faire reconnaître sur ses idées. Leur densité, leur exhaustivité parfois, peuvent être intéressantes à tête reposée. La difficulté commence quand il s’agit de les confronter à la réalité évolutive et bousculée du terrain car, comme on dit dans l’Armée, « le premier mort de la guerre c’est le plan ». Il ne s’agit plus d’avoir raison sur le fond mais dans l’action, plus de décliner un plan ou de faire passer en force une idée mais des discerner pour écouter les signes des temps, coller à la réalité et traverser les événements : c’est là que les prophètes se font dépasser et font des dégâts. Nous en avons eu deux : De Gaulle et Giscard.

Et les « rois » ?

Le « roi » ou « chef naturel » a d’abord l’intelligence des contextes. L’échange comme la connaissance sont pour lui naturellement subordonnés à l’intelligence de la mission. Il ne cherche pas à produire du contenu ou de l’interaction mais de la décision. Son activité mentale et en entonnoir vers l’action et, si j’ose dire, « à ressort » : tout excès de contenu et toute logique affective sont sans cesse ramenés à ce en quoi ils s’inscrivent dans le contexte et la poursuite de la mission. Un roi est par nature en retrait. C’est un introverti dont l’activité principale est le discernement. Il prend son relief au contact des événements et se montre vite enclin à laisser de côté toute idéologie pour se mettre à l’écoute de ce que le réel lui impose. Nous avons eu deux « rois » : Pompidou et Mitterrand.

Fondateur de la Ve République et homme à poigne s’il en est, De Gaulle est devenu la figure consensuelle du rassembleur que plusieurs candidats invoquent (Asselineau, Dupont-Aignan, Le Pen). Pourquoi n’y voyez-vous pas un chef ?

Je trouve incroyable ce besoin des hommes politiques actuels de sans cesse se référer à quelqu’un qui a eu « une certaine idée de la France » pour avoir le droit d’exprimer la grandeur française. De Gaulle est un nain à côté de Clovis, Charlemagne, Saint-Louis, Charles V, Louis XI, Henri IV, Louis XIV, Clémenceau pour ne citer qu’eux.

L’intelligence de discernement qui permet de prendre la mesure de chaque contexte pour décider de la meilleure façon possible. Le « patron » d’un chef d’État ce ne sont pas ses propres idées mais la réalité du terrain dans un monde qui ne cesse de bouger. Être capable de puissance ce n’est pas s’arc-bouter sur ses idées au risque de violer la réalité c’est écouter suffisamment ce qui est en train de se passer pour tirer parti des situations, savoir rebondir et croître durablement. Le général De Gaulle est à l’opposé de cela : il attend que les contextes rejoignent ses idées et ne sait plus faire, sinon. En 1940 et dans les années 60, au moment où la France cherchait à avoir une ses voix singulière, il se produit un alignement opportun avec « sa certaine idée de la France » qui lui permet de jouer un rôle certain, qu’on ne peut pas lui enlever. Mais dès que les contextes sont désalignés de ses idées, il est dépassé : en 46 avec les communistes, pendant la guerre d’Algérie, en 68-69. Pendant la guerre, il fait échouer au détriment de l’unité de la France quatre ralliements majeurs : Darlan, Giraud, Pucheu, Auphan.

Incapable de susciter une adhésion durable par la cohérence de ses décisions, De Gaulle va créer un recours fréquent aux référendums pour s’assurer de l’affection populaire. Il est en cela la première cause du règne émotionnel dans lequel notre vie politico- médiatique s’est engluée. Ce besoin d’affection tranche avec la phrase qu’on lui a souvent entendu répéter : « Les Français sont des veaux ». Dans un cas comme dans l’autre il n’y a pas là un comportement de chef : la sanction vient de la capacité à embarquer tout le monde et avoir un résultat durable, pas d’obtenir une affection capricieuse.

De Fillon à Hamon, parmi les candidats à la présidentielle de 2017, y a-t-il surabondance de « vendeurs » et de « prophètes » ?

Nous avons chez les principaux candidats un cocktail bien particulier, duquel aucun leader n’émerge réellement. J’ajoute en effet à la vision des moteurs de personnalité (« prêtres », « prophètes » ou « rois ») celle de l’énergie fondamentale ou position dans l’action : il y a des personnalités en « impulsion » (auto génération de la vision) et d’autres en « réaction » (génération de la vision au contact et en complément d’un chef ou d’un groupe). Aujourd’hui aucun des candidats n’a une position d’impulsion, ce qui veut dire qu’ils dépendent tous fortement de leur environnement pour produire leur vision ; à ce titre l’équipe qui les accompagne a un rôle clé.

Nous avons trois « prophètes » (Macron, Hamon, Mélenchon), un « prêtre » (Marine Le Pen) et un « roi » (Fillon ; « roi en réaction » c’est-à-dire chef en second : il sait décider et tenir la barre dans l’adversité mais il est fragile et influençable dans la vision).

Les chefs ont disparu de l’échiquier politique car le transfert qui s’est fait depuis la Révolution sur le débat d’idées puis la logique émotionnelle des médias a propulsé sur le devant de la scène ceux qui en sont les meilleurs professionnels : les idéologues et les vendeurs. Un chef attend que l’événement le convoque car il tire sa légitimité de l’action et non pas du discours. Il se met donc en retrait de la vie politique tant que la crise ne l’a pas appelé. Si la politique est une jungle nous pouvons dire que nous avons aujourd’hui une alliance improbable de Tartarins (vendeurs d’aventure) et de botanistes (experts hors-sol)… et pas d’aventuriers.

à suivre…

Mélenchon, zéro pointé en économie

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melenchon cuba venezuela economie
Jean-Luc Mélenchon, 2012. Sipa. Numéro de reportage : AP21207082_000019.
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Jean-Luc Mélenchon, 2012. Sipa. Numéro de reportage : AP21207082_000019.

Jean-Luc Mélenchon marxiste ? Ses partisans hurlent à la caricature quand vous osez poser la question. Remisés l’internationale, le drapeau rouge et les symboles marxistes. Non, la France ne deviendra pas Cuba sans le soleil. Ne leur parlez plus de Chavez, de Castro ou d’autres. Jean-Luc les appréciaient pourtant mais c’était au nom de son romantisme révolutionnaire diront ses aficionados. Le Venezuela connaît une crise alimentaire sans précédent ? C’est la faute à la chute des cours du pétrole répondent-ils aussi. Le report des élections ? Après tout est-ce important ? Comparaison n’est pas raison, parlons d’autre chose puisque communisme ou socialisme sont presque devenus des gros mots. Ce mouvement ne serait donc qu’un rassemblement d’insoumis voulant chasser l’oligarchie en place et instaurer notamment plus de justice sociale. Admettons-le un instant, la gorge un peu serrée tout de même, et chassons donc nos vieux réflexes anticommunistes pour nous intéresser à leur programme.

Au-delà de 33 000 euros par mois, on prend tout!

Voyons le chapitre économie. La promesse est simple, nouvelle, semble-t-il pour beaucoup, faire payer les riches. Au-delà de 33 000 euros par mois, on prend tout ! Pour une succession au-delà de 33 millions d’euros, on prend tout ! En son temps, en 1981 pour être précis, Georges Marchais préconisait des mesures du même acabit mais chut ! On a dit que l’on ne parlait plus du passé même si Hollande nous avait dit quelque chose de similaire il y a cinq ans. Mais peut être, le changement c’est vraiment pour maintenant. En tout cas c’est ce qu’espèrent ceux qui s’apprêtent à voter pour « Méluche ». Si au dessus de 33 000 euros par mois tout est prélevé par l’Etat, en dessous, les ponctions ne sont pas moins importantes. En gros avec ce programme, espérez gagner entre 5 ou 10 000 euros nets relèvera du miracle. Bon mais après tout pourquoi gagner autant ? Pourquoi accumuler, accaparer disait-on en 1793, tant de richesses inutiles ? La plupart des Français se contentent de beaucoup moins. Débarrassons nous de la société de consommation, vivons plus simplement, mangeons plus sain. J’ignore cependant comment avec de telles perspectives les entreprises rempliront leurs carnets de commandes, surtout le secteur du luxe particulièrement en pointe en France, mais c’est sûrement un détail. Devenons des ascètes vertueux donc. C’est certes un choix de vie mais ce qui me paraît gênant de prime abord c’est de l’imposer aux autres. De quel droit ? Au nom de l’égalité me répondra-t-on bien sûr. L’égalité oui mais par le bas. Napoléon disait déjà : « Le meilleur moyen de rendre tout le monde pauvre serait de décréter l’égalité des fortunes ». Historien, je regarde forcément vers le passé, c’est un défaut que je concède bien volontiers.

Pourquoi entreprendre s’il n’y a plus de profit ?

Les insoumis rêvent de limiter drastiquement les profits. Là est le point le plus inquiétant de leur projet. Il y a une chose que n’ont jamais comprise les insoumis de tout poil: pourquoi entreprendre s’il n’y a plus de profit ? Pourquoi investir s’il n’y a plus de perspectives de gain substantiel ? On s’abstient bien évidemment. Et sans esprit d’entreprise ni investissement capitalistique, l’économie régresse inexorablement. Pourquoi en effet dépenser de l’énergie s’il ne vous reste que la portion congrue ? Comme toujours, salarié comme entrepreneur, vous ne donnerez de votre personne qu’à hauteur de ce que l’on vous rémunère. Et c’est bien normal. Aussi, décourager l’esprit d’entreprendre ne pourra qu’engendrer un chômage massif, faute d’acteurs économique. Et si vous rêvez de gagner plus dans une France insoumise, vous n’aurez alors d’autre choix que de partir ou de changer de nationalité car le programme de Mélenchon veut aussi rétablir la double imposition des Français de l’étranger comme si tous ceux qui se sont expatriés l’avaient fait pour des raisons fiscales. Le plus atterrant des paradoxes de ce programme, c’est qu’il vaudra mieux être étranger pour investir en France. En effet tandis que le national sera écrasé de taxes, l’étranger lui sera soumis pour les profits, dividendes ou autres, qu’il réaliserait dans notre cher hexagone à la fiscalité de son pays forcément plus accommodante. Aberration quand tu nous tiens ! Mais attention, c’est être « soumis » que de relever pareilles évidences …

Affaires: Retour sur un traitement médiatique (très) inégal

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Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. SIPA. 00801808_000013 / REX40501003_000016 / 00801281_000008
Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. SIPA. 00801808_000013 / REX40501003_000016 / 00801281_000008

Les affaires auront été au cœur de la campagne et l’on voudrait même nous faire croire qu’elles n’ont jamais été si nombreuses. En un sens, c’est vrai.

Mais pas parce que les hommes politiques seraient devenus moins vertueux. Pour qu’il y ait une affaire, au sens péjoratif du terme (par opposition à « sens des affaires », « droit des affaires », « homme d’affaires », etc.

1. il faut un délit

2. il faut que les médias transforment ce délit en scandale.

Dans un cas ça prend, dans l’autre…

Durant cette campagne, on a vu des affaires montées à partir de délits probables mais seulement présumés et on a vu des délits, tout aussi présumés mais nullement moins probables, qui ne devinrent jamais des affaires.

En matière de traitement médiatique inégal, on a atteint des sommets :

Fillon et Macron sont tous deux soupçonnés de détournements de fonds publics. Dans le cas de Fillon, le délit remonterait à plus de trente ans. Dans le cas de Macron, il aurait moins de trois ans et concernerait directement le financement de l’actuelle campagne. C’est un tout petit peu plus intéressant. Pourtant, sur qui s’acharne-t-on ? J’ai déjà pointé le stratagème Macron qui consista à nier une rumeur sans conséquences (et lancée par des médias russes) pour s’éviter d’avoir à répondre sur des accusations plus sérieuses (formulées par des journalistes français dans le livre Dans l’enfer de Bercy). Évidemment, son petit show a fonctionné.

Fillon et Macron sont tous deux impliqués dans une histoire de corruption aux costumes. La différence réside seulement dans le degré de jugeote des corrupteurs. Un avocat « sulfureux » (voui voui) offre des costumes à Fillon directement. Le groupe LVMH, en l’espèce la marque Vuitton, dorlote Macron mais en prêtant des vêtements à sa femme. Ils pensaient sans doute que cela passerait inaperçu. Manque de chance, on a découvert dans l’émission Quotidien que Brigitte portait du Vuitton… et l’affaire a suivi. Non, bien sûr, l’affaire n’a pas suivi.

Selon que vous soyez Fillon ou Macron…

C’est là qu’il faut se pencher sur le traitement gradué des affaires.

Dès le début, la distinction se fait sentir, entre présumé coupable et présumé innocent (selon, donc, que l’on veut nuire à la personne ou essayer de l’épargner).

1. Fillon est « soupçonné de ». Macron est « accusé de ». Dans le premier cas, il est suspect, il suscite le soupçon. Dans le second, des gens l’accusent, il va falloir qu’ils apportent des preuves. Pour Macron, on en restera là.

2. Le stade numéro deux, votre nom devient…

Marine Le Pen: « J’interdirai le drapeau européen sur les bâtiments officiels »

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Marine Le Pen, janvier 2017. SIPA. 00787305_000018
Marine Le Pen, janvier 2017. SIPA. 00787305_000018

Causeur. On pensait que cette campagne serait largement centrée sur les thèmes identitaires. Or, s’ils sont abordés, ils ne suscitent pas les passions, et même les attaques contre le FN ne portent qu’à la marge sur ces questions. Est-ce parce que la plupart des candidats ont rejoint vos positions ? – exemple, personne ne souhaite faire venir plus d’immigrés. La lepénisation des esprits serait-elle arrivée au parti socialiste ?

Marine Le PenMalheureusement, je ne peux être aussi optimiste que vous….

On vous laisse l’optimisme…

Emmanuel Macron, François Fillon et bien d’autres ont dit tout le bien qu’ils pensent de la politique migratoire d’Angela Merkel. Ils veulent que la France accueille encore plus d’étrangers, même s’ils prennent la précaution verbale de les nommer « migrants » pour se donner une apparence humanitaire. N’oublions pas qu’au cours de chacun des deux derniers quinquennats, celui de Sarkozy-Fillon et celui de Hollande-Macron, un million d’étrangers se sont installés légalement sur le sol français, sans compter les clandestins. Deux départements, Mayotte et la Guyane, où je me suis rendue, sont submergés. Il faut arrêter avec les pompes aspirantes. Avec nos sept millions de chômeurs et nos dix millions de travailleurs pauvres, nous n’avons plus les moyens de recevoir de nouveaux arrivants. Un solde d’une dizaine de milliers par an est la limite raisonnable que je propose.

>> A lire aussi: Macron: “La France n’a jamais été et ne sera jamais une nation multiculturelle”

Tout de même, on voit des drapeaux français partout, on chante La Marseillaise partout, même chez Hamon.

Dans les réunions publiques d’Emmanuel Macron et de François Fillon, est brandi le drapeau européen, celui que j’interdirai sur les bâtiments officiels. À part chez les trotskistes purs et durs, La Marseillaise a toujours été chantée partout. Enfin, je suis la seule à vouloir assurer la continuité en réhabilitant l’enseignement de l’histoire de France et du roman national, notamment en primaire. Alors, ils peuvent chanter, ils n’en ont pas moins mis la France aux oubliettes pour mieux l’enchaîner dans une Europe de la mondialisation ultralibérale.

Qu’est ce qui prouve que vous feriez mieux ?

Mon projet est intrinsèquement patriote parce qu’il défend dans un même mouvement la souveraineté et l’identité de la France. Quand on oublie un des deux, on triche. Quand on fait croire à l’un[access capability= »lire_inedits »] ou à l’autre pour mieux appliquer l’inverse au pouvoir, on triche encore davantage.

Notre identité collective résulte – comme toute identité – d’une combinaison de nouveau et d’ancien. D’un côté, les partisans du multiculturalisme pur ne veulent voir que du nouveau, de l’autre, les identitaires ne s’intéressent qu’à l’ancien. D’un côté, le droit, de l’autre l’histoire. Et au sein même du FN, vous n’êtes pas d’accord sur ce dosage. Votre nièce, Marion Le Pen, incarne une conception traditionnelle qui fait la part belle aux racines chrétiennes, tandis que Florian Philippot revendique une conception républicaine, plus universaliste – et plus désincarnée. Où vous situez-vous ? Et ce clivage idéologique au sein de votre parti n’est-il pas un frein ?

Qu’il y ait autour de moi des sensibilités différentes est une excellente chose. Je veux rassembler le plus largement possible pour le plus grand bien du pays afin de promouvoir, avec notre identité nationale, les valeurs et les traditions de la civilisation française. C’est pour cela que je veux inscrire dans la Constitution la défense et la promotion de notre patrimoine historique et culturel. Ensuite, qu’il y ait des avis divergents sur tel ou tel personnage, sur tel ou tel épisode de notre histoire me paraît sain. Je ne souhaite pas un alignement, mais au contraire un débat fécond. Que les approches soient différentes importe peu, pourvu que tous nous ayons la France au cœur.

Fort bien, mais comment faire si vous ne vous entendez pas sur ce que signifie le mot France ?

L’histoire de France est un bloc qui a évolué, qui s’est transformé. Mais chacun doit constater que, pendant des siècles, notre génie national s’est affirmé à travers l’interprétation catholique du christianisme. Puis il s’est sécularisé dans une conception dite républicaine. Entre les deux, malgré les apparences et des oppositions qui furent parfois dramatiques, subsiste une grande continuité qui découle de la philosophie grecque et du droit romain. Paris a su réconcilier Jérusalem, Athènes et Rome.

Rien que ça… En tout cas, si tout le monde brandit le drapeau français, vous défendez la conception la plus dure de l’assimilation. Exemple, vous voulez interdire, de façon non rétroactive, la double nationalité. Cela donne l’impression que l’amour de la France est exclusif, jaloux, soupçonneux. Vous ne pouvez pas faire aimer notre pays seulement à coups d’interdits, de lois et de menaces.

Il n’est pas question seulement d’amour, il est aussi question de loyauté et d’identité. Chacun doit savoir de quelle nation il est citoyen, pour quelle patrie il est prêt à porter les armes, voire à mourir. Garçons et filles binationaux seront amenés à répondre à cette question lors du service militaire obligatoire, d’au moins trois mois, que je rétablirai progressivement. Bien évidemment, dans sa sphère privée, chacun pourra continuer à s’intéresser à ses origines, que celles-ci s’enracinent dans une province française ou dans une contrée située au-delà des mers. Mais je veux éviter ces troubles de l’identité dont sont victimes trop de binationaux. Enfin j’ai déjà eu l’occasion de dire que ce ne serait pas rétroactif. Et je précise qu’il y pourra exister des exceptions, en Europe et ailleurs, négociées par des traités bilatéraux.

Cela ressemble à un rétropédalage… Par ailleurs, vous voulez interdire tous les signes religieux ostentatoires dans l’espace public, mesure clairement dirigée contre le voile islamique mais qui s’appliquera à tous, et notamment aux kippas. Or même les plus ardents de vos militants vivent dans une société libérale. La progression des droits individuels n’est pas seulement un phénomène juridique, elle est un fait anthropologique et, de même qu’on ne partirait pas aussi facilement à la guerre qu’hier, nous ne sommes pas prêts à sacrifier ce que Benjamin Constant décrivait comme « la paisible jouissance de l’indépendance privée » à la restauration de notre identité collective. Bref, même si votre proposition séduit beaucoup de gens qui aimeraient juste voir disparaître les symptômes de la crise, elle va à l’encontre des tendances profondes.

Au contraire, ma proposition répond à la fois aux principes traditionnels de la République et aux évolutions de la société. Car le religieux n’est qu’un prétexte. L’intention réelle est de briser l’unité du peuple français en le fragmentant en communautés séparées, et bientôt hostiles. Aussi, nul ne doit exhiber une appartenance communautaire dans l’espace public sous peine de semer les germes de la division.

Cela faisait un siècle que les croyances ne perturbaient guère l’espace public… Admettez que c’est le voile islamique qui vous pose problème.

De fait, le voile islamique n’est en rien l’expression d’une quelconque volonté individuelle. En dehors de la pression sociale, qui sévit parfois de manière violente dans certains quartiers, il proclame une infériorité ontologique des femmes. Or, et je ne peux que m’en féliciter, l’égalité entre les deux sexes est un principe de notre société, même s’il y a encore beaucoup à faire. Ainsi, parmi les candidats, en dehors de Mme Arthaud, je me sens parfois un peu seule. L’interdiction du voile, donc, est d’abord une défense des libertés fondamentales des femmes, un moyen pour lutter contre l’islamisme qui les fait reculer. Enfin, je sais que pour nos compatriotes juifs qui portent la kippa, ce sera un petit sacrifice que je leur demanderai. Mais ils savent aussi que trop souvent aujourd’hui, à cause de l’islamisme et non à cause de la laïcité, ils ne peuvent plus porter tranquillement la kippa de peur d’être agressés.

Justement, vous parlez abondamment de l’islam radical. Certains de nos concitoyens musulmans voient dans l’expression répétée de cette inquiétude une stigmatisation, voire la montée de « l’islamophobie ». Qu’avez-vous à leur dire ? Ne craignez-vous pas d’affecter l’existence du musulman du coin de la rue ?

L’immense majorité de nos compatriotes musulmans veulent vivre tranquillement leur foi dans leur sphère privée, en respectant les lois de la République et le principe de laïcité. Mais ils sont pris en otages par des extrémistes qui cherchent à leur imposer un comportement communautariste, voire une solidarité au nom de la religion qui peut aller jusqu’à une quasi-autarcie dans des quartiers où s’installent d’autres lois que celles de la République.

Je veux donc libérer les Français musulmans en interdisant les organismes et les associations de toute nature liés aux fondamentalistes, en expulsant les étrangers islamistes et en fermant les mosquées extrémistes. Je veux assurer l’indépendance de l’islam de France en prohibant tout financement public ou étranger des lieux de culte, de leurs activités et de leur personnel. Je veux que les prêches prononcés en français appellent au respect de l’État de droit, et non à sa transgression.

J’ai toujours pensé qu’unis, les Français sont invincibles. Quand je dis « unis », je pense bien à l’ensemble de nos compatriotes, toutes religions confondues, que je veux remettre dans la France et la République.

On assiste aussi à la montée d’une forme de rigorisme qui tend à isoler du reste de la société. Que ferez-vous pour combattre ce séparatisme pacifique ?

Le rigorisme tant qu’il ne déborde pas dans l’espace public relève de la liberté de conscience de chacun. Toutefois, l’obligation scolaire appartient à l’espace public. Les enfants doivent donc être scolarisés, éventuellement dans des établissements hors contrat. Mais je veux alors que ces derniers soient plus strictement contrôlés afin de s’assurer de la compatibilité des enseignements qui y sont dispensés avec les valeurs de la République. Je compte sur le rôle émancipateur de l’École pour résorber ce séparatisme ou, tout au moins, pour qu’il ne dégénère pas. Cela dit, s’il existe bien un « séparatisme » quiétiste, il est trop souvent en lien plus ou moins formel avec le séparatisme djihadiste. Dans ce cas, il relève de la lutte contre le terrorisme. La complicité, même passive, avec des actes délictuels et même criminels ne saurait être acceptée. Et le silence peut relever de la complicité.[/access]

« La France devrait réhabiliter le conservatisme »

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conservatisme liberalisme guillaume perrault
Guillaume Perrault. Sipa. Numéro de reportage : 00527685_000015.
conservatisme liberalisme guillaume perrault
Guillaume Perrault. Sipa. Numéro de reportage : 00527685_000015.

Dans un pays où la grande majorité des Français se veut progressiste par habitude et conformisme, et une minorité agissante s’assume réac, d’où vous vient le cri du cœur de votre livre Conservateurs, soyez fiers ! (Plon, 2017)?

Je ne supporte plus que ce mot de « conservateur », un des plus beaux de la langue française, soit péjoratif pour la plupart de nos concitoyens. Dans l’imaginaire national, être conservateur paraît une tare, un déshonneur. Aux yeux de beaucoup, conservateur signifie fermé, dur, rigide, frileux et routinier. C’est un reproche et un blâme qu’on lance à la figure pour vous faire douter de vous-même et vous discréditer. Il y a là une exception française très pénible. Dans le monde anglo-saxons, au contraire, les conservateurs portent beau et ont pignon sur rue. En Grande-Bretagne, être conservateur est valorisant. Le Parti conservateur s’appelle ainsi depuis 1834 sans discontinuer. Rien de tel en France. Depuis un siècle, dans notre pays, plus personne ne se revendique comme conservateur. Le phénomène s’est accéléré depuis une quarantaine d’années. L’expression de guerre des Anciens et des Modernes n’est plus pertinente, car elle suppose des belligérants qui s’affrontent. Or, du côté des Anciens, il n’y a plus de belligérants depuis les années 70. La tradition s’est effondrée. Le changement est devenu la passion exclusive qui domine les esprits sans partage. Les conservateurs ont été tournés en ridicule, caricaturés en vieux chnoques et diffamés. Or, l’aversion pour les conservateurs, l’hostilité que ce mot suscite n’ont aucune cause rationnelle, aucun fondement logique. Au sens strict, conserver signifie préserver de la destruction, ne pas laisser un bien précieux se dégrader ou mourir. « Cette mère a été soigneuse, vigilante, conservatrice du bien de ses enfants », indique comme exemple le dictionnaire Littré. N’est-il pas inquiétant qu’un mot si noble soit devenu objet de sarcasmes? Le conservateur veut préserver et transmettre. Être conservateur, c’est considérer avec piété l’héritage qu’on a reçu en dépôt, apprécier sa valeur, lui prodiguer ses soins et vouloir le remettre intact à ses successeurs. Une telle sensibilité représente une boussole pour l’action politique et l’art du gouvernement.

Penchons-nous sur la droite française. Vous regrettez que le mouvement gaulliste change souvent le nom des partis qui la représente, au contraire de ses homologues étrangères, ou même de la gauche française. Cette particularité n’est-elle pas la conséquence de sa volonté de soumettre les partis à l’intérêt général et la nation, attitude paradoxalement plus conservatrice qu’il n’y paraît ?  

Je ne l’interprète pas ainsi. Depuis la Libération, le parti gaulliste a en effet changé sept fois de nom. Sept fois en l’espace d’une seule vie d’homme ! Cette frénésie lexicale n’est pas bon signe. Lorsqu’on se révèle si peu attaché à son nom, on finit par ne plus savoir qui on est. Dans notre pays, à droite, en raison du legs bonapartiste, le parti est perçu comme un instrument au service d’un chef. Lorsqu’un nouveau leader s’affirme, il lui paraît tout naturel de débaptiser son parti pour affirmer son emprise sur l’appareil comme si c’était sa propriété personnelle. En Grande-Bretagne, au contraire, les différents courants du parti conservateur sont tenus par un héritage qui les dépasse et qui discipline leurs affrontements. Regardez la façon remarquable dont le Parti conservateur a fait face au résultat inattendu du référendum sur le Brexit. Nous n’avons pas affaire seulement, outre-Manche, à une structure partisane ou à un cartel d’élus professionnels, mais à une véritable famille de pensée qui surplombe ses leaders successifs. J’admire sur ce plan la droite britannique. Le problème de la droite française est qu’elle s’est définie en grande partie, depuis 1945, non par rapport à des idées, mais pour ou contre une personne d’exception (de Gaulle). Depuis la disparition de l’intéressé, en 1970, cette sensibilité ne sait plus se nommer et se définir. On devrait s’attacher moins aux personnes, si importantes soient-elles, et davantage aux traditions qui les dépassent et les nourrissent. C’est pourquoi redonner ses lettres de noblesse au conservatisme, expliquer ce que veut dire ce mot, me paraît si salutaire pour l’avenir de la France.

Russell Jacoby fustigeait « cette droite qui vénère le marché et qui déplore les effets qu’il engendre ». N’est-ce pas l’écueil du conservatisme libéral, si bien analysé pays par Jean-Claude Michéa ?                                             

Il existe entre le conservateur et le libéral une tension évidente. Mais qu’entend-on par libéralisme ? Ce terme suscite de nombreux malentendus. Au plan politique, le libéralisme est une pensée attachée à défendre les droits de l’individu contre les ingérences de l’Etat et les pressions de la majorité. Pour atteindre cet objectif, le libéralisme distingue les sphères (publique et privée) et les pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire). Le conservateur adhère à cet idéal, à condition cependant que l’individu ne devienne pas un absolu. Le principe des droits et libertés doit être équilibré par le principe d’autorité. « Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », résumait Valéry en une formule que Pompidou aimait à citer. Au plan économique, un libéral peut être défini sommairement comme un partisan de la liberté de l’individu de préférence à la réglementation par l’Etat. Il fait confiance à l’initiative privée plutôt qu’à l’intervention de la puissance publique. Qu’en pense le conservateur ? Son idéal social est le travailleur indépendant, la profession libérale, le petit patron. Il souffre de voir la France leur accorder si peu de considération. Qui n’est pas son propre patron ne peut comprendre ce que ce choix exige d’efforts. Certes, médias et politiques vantent les mérites des grandes entreprises. Mais le respect qui entoure les grands patrons depuis les années 80 ne s’étend en rien aux dirigeants de TPE-PME. On ne compte plus, de surcroît, les hauts fonctionnaires partis pantoufler dans les plus importants groupes privés, ce qui renforce leur consanguinité avec la puissance publique et éloigne encore plus l’aristocratie du privé de l’humble foule des petits patrons. Lorsque travailleurs indépendants et dirigeants de TPE-PME entendent médias et intellectuels vitupérer le libéralisme alors qu’eux-mêmes sont écrasés de charges, d’impôts et de réglementations parfois absurdes, ils sont ulcérés et moi aussi !

Certes. Mais cela ne répond pas vraiment aux objections de Jacoby et Michéa…

En effet, les auteurs de grande valeur que vous évoquez ont tout autre chose à l’esprit quand ils emploient le mot de libéralisme. Michéa observe que le libéralisme dogmatique partage avec le marxisme des affinités paradoxales. Les deux familles de pensée ont en commun la foi dans le mouvement, l’imaginaire du progrès. L’histoire leur paraît une marche vers un avenir nécessairement meilleur, le récit de l’émancipation de l’homme de tous les liens qui l’entravent. Aussi, libéralisme dogmatique et marxisme abhorrent l’un comme l’autre le conservatisme. Et il vrai qu’aujourd’hui, chacune des communautés humaines qui faisaient obstacle à l’épanouissement sans entrave du désir du consommateur – la famille, les corps intermédiaires, la nation – est disqualifiée et affaiblie. L’extension des rapports de l’offre et de la demande à tous les domaines de la vie a sapé les valeurs (sens de l’honneur, amour du travail bien fait, dévouement à la collectivité) qui préexistaient à l’économie libérale et qui lui avaient permis de donner le meilleur d’elle-même. Il suffit de présenter tout progrès du marché comme une victoire de la liberté individuelle pour faire taire les sceptiques. C’est le triomphe de ce qu’on appelle la mentalité « libérale-libertaire », fusion d’un néo-libéralisme désormais délivré de tout ancrage national et du gauchisme. Le terme de libéralisme désigne ainsi désormais des réalités si différentes qu’il faudrait trouver un nouveau mot pour dissiper tout malentendu. Si l’on ne fait pas ce travail de définition, aucun dialogue fécond n’est possible.

La deuxième partie de l’entretien arrive bientôt…

Conservateurs, soyez fiers!

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La France, Marine et le Vel’ d’Hiv’: avant tout une question politique

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Marine Le Pen et Florian Philippot, janvier 2017. SIPA. 00787305_000017
Marine Le Pen et Florian Philippot, janvier 2017. SIPA. 00787305_000017

Marine Le Pen a donc dit : « je pense que la France n’est pas responsable du Vel’ d’Hiv’… », ce qui a naturellement permis, en pleine campagne électorale, de lui tomber dessus à bras raccourcis, politique politicienne oblige. Fort normalement c’est à qui aura trouvé les mots les plus durs pour la vilipender. Négationniste, digne fille de son père, antisémite, de Christian Estrosi au gouvernement israélien, en passant par les sommets de niaiserie de Laurence Haïm, personne n’a fait dans la dentelle.


Vel d’Hiv : « Mes grands-parents ont été raflés » : la question personnelle de Gilles Bornstein à Marine Le Pen

Fort heureusement pour Marine Le Pen, le niveau lamentable du débat politique a trouvé à s’exprimer avec un nouvel épouvantail, Jean-Luc Mélenchon annoncé suffisamment haut dans les sondages pour faire peur aux bourgeois. Parmi toutes les âneries lues et entendues sur le sujet, l’une d’elles se détache, celle de BHL : «France et #Veldhiv: il n’y a PLUS de débat; les historiens ONT tranché; insulte, donc, aux victimes ET aux historiens; obscénité médiatique. »

 

Au-delà de la boursouflure habituelle dans le choix des termes, la partie intéressante est que l’histrion annonce que les historiens ont tranché et que par conséquent il n’y a plus de débat ! Le philosophe fait fort, mais ce n’est pas pour rien. À considérer ainsi qu’il existe une vérité historique ayant autorité de la chose jugée. N’importe quel étudiant en première année de licence d’histoire sait déjà que toute vérité historique est d’effet relatif. Et BHL sait depuis sa polémique d’il y a 40 ans avec Pierre Vidal-Naquet, que l’arbitre des débats historiques n’est plus l’opinion savante, mais l’opinion publique, c’est-à-dire, ceux qui la font, les médias. Au sein desquels il dispose de tous les verrous nécessaires. Et pourtant, on ne saurait trop lui conseiller la lecture de Quentin Skinner, penseur d’un autre calibre que lui, qui enfonce le clou dans le cercueil d’une « vérité historique » immuable : « le maximum que l’on puisse raisonnablement espérer dans les humanités, voire dans les sciences, est que ce que l’on dit apparaisse rationnellement acceptable à ceux qui se trouvent  dans la meilleure position pour en juger. C’est assurément tout ce que j’entends affirmer, et il est préférable de rappeler que jusqu’à présent, le destin universel des explications historiques et même scientifiques fut d’être dépassées. C’est sur ce point que je souhaite m’arrêter : la factualité devrait être distinguée de la vérité. » (Quentin Skinner. La vérité et l’historien. 2012. Collection audiographie. EHESS)

On invoquera aussi le patronage de Marc Bloch disant« En vérité le proverbe chinois est sage qui énonce : les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur pères ». Ajoutant que les faits historiques étaient par essence des faits psychologiques. (Marc Bloch, Apologie pour l’histoire, Armand Colin.) Alors si on le comprend, les usages du passé, prétendant le clarifier, ne seraient que politiques, et la mémoire le masque de l’idéologie ? Ce que nous confirme Michel Foucault selon lequel le passé nous réserverait toujours des surprises puisque qu’ « on montre aux gens non pas ce qu’ils ont été, mais ce qu’il faut qu’il se souvienne qu’ils ont été. » (Michel Foucault. Dits et écrits 1954 – 1988. Gallimard)

>> A lire aussi: Jérôme Leroy et Marine Le Pen victimes de l’hystérie électorale. Contre eux, les cons se déchaînent!

Alors quel est donc le débat dont BHL prétend qu’il est clos parce que les historiens l’auraient tranché ? C’est tout simplement celui de savoir si le gouvernement de la France entre le 17 juin 1940 et le 25 août 1944 peut être considéré comme légitime et avoir agi au nom de la France, ou si au contraire c’était un gouvernement de rencontre, installé à cause de la défaite et par conséquent illégitime. C’est donc d’abord et avant tout une question politique. Depuis plus de 70 ans, deux vérités politiques s’affrontent, Charles de Gaulle suivi par Georges Pompidou et François Mitterrand a toujours considéré que « la France » qui est une entité indéfinie représentée par le gouvernement légitime d’un État nation territorial ne l’était pas par le gouvernement de Vichy. Les tenants de la collaboration et de la légitimité de « l’État français » de Pétain, dont ceux qui ont fondé le Front national, pensent et défendent la position contraire. Souillure à laquelle ce parti n’échappera jamais. On notera d’ailleurs avec amusement que, contrairement à ce qu’affirment les ignorants, Marine Le Pen soutient une position inverse à celle de son père depuis l’origine de sa carrière politique. Jacques Chirac, suivi par Nicolas Sarkozy puis François Hollande a adopté une position chantournée, qui, qu’on le veuille ou non abouti à identifier l’appareil d’État que Vichy avait récupéré, à « la France ». Ils ont été rejoints ces temps-ci par toutes une cohorte d’historiens amateurs ou de seconde zone, tout émoustillés de se sentir valeureux dans un combat antifasciste, à taper sur Marine Le Pen. Allant jusqu’à accepter qu’on titre leurs interventions: «Marine Le Pen se trompe, la culpabilité de la France est accablante».


Alain Finkielkraut : “Le problème de Marine Le… par causeur

Et l’on voit bien la dimension politique du propos, il est de nourrir la perception de « ce passé qui ne passe pas », comme celui d’une France de collabos, de délateurs, et qui doit expier. Je renvoie ici à la lecture de l’indispensable ouvrage de Pierre Laborie (Le chagrin et le venin, Bayard), qui décortique comment à partir des années 70 s’est construite une nouvelle vulgate sous prétexte d’abattre le mensonge gaulliste et de mettre les Français face à la réalité de ce qu’ils sont, comme dirait BHL, moisis et glauques. Il y avait urgence à se débarrasser de la fable de « l’honneur inventé d’une France résistante et héroïque, par le mensonge sublime du général De Gaulle offert en cadeau aux Français à la Libération. » Or c’est un prétexte, pour masquer l’objectif politique, de cette présentation aujourd’hui.

Il n’y avait pas de mensonge sublime, mais une vérité politique. Charles De Gaulle est parti à Londres parce qu’il avait compris que les puissances de l’axe perdraient la guerre et que la France malgré sa défaite de juin 40 devait être à la table des vainqueurs. Ce qui fut fait et reconnu par les alliés qui durent s’incliner devant cette réalité politique après le Débarquement en Normandie. Et ce n’est pas faute pour eux d’avoir essayé de faire autrement. L’Histoire a tranché.

« Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier Gouvernement régulier de la France. »

Il y a aussi une vérité juridique, celle d’un pouvoir illégitime installé par un double coup d’État, celui du 17 juin 1940 à Bordeaux avec la nomination de Philippe Pétain comme président du Conseil et celui du 10 juillet 1940, dans la confusion et sous la pression des armes allemandes, avec le vote de l’abolition de la République à Vichy. Dans son discours du Caire en 1941, Charles De Gaulle a formidablement décrit en quatre phrases cette réalité historique : « Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier Gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. Le lendemain naissait la France Libre.» Très rapidement, De Gaulle demanda à René Cassin de rédiger l’analyse qui établissait l’illégitimité du gouvernement de Vichy et la légitimité de la France libre. Et celle-ci se dota alors des organes juridiques d’un État régulier, quoique de formes provisoires en attendant la reconquête du territoire de la métropole. À la Libération toute la production normative de Vichy fut déclarée nulle et de nul effet. Les dirigeants de « l’État français » furent jugés pour haute trahison, condamnés, et pour les plus coupables d’entre eux passés par les armes.

Ils avaient fait le choix de profiter de la défaite militaire pour instaurer une dictature antirépublicaine et ont cherché grâce à une complaisance de tous les instants à plaire l’occupant dans l’espoir d’une place de choix dans l’Europe allemande. Et c’est bien là, que l’on voit se profiler l’enjeu politique de ce débat et de l’affrontement de ces deux thèses antagonistes. Car l’effondrement de juin 40 n’est pas dû au hasard, ou au refus de la troupe de combattre. Il est dû à la trahison des élites, et au choix de la défaite par la bourgeoisie dès 1936. Comme le demandait Marc Bloch en 1944 peu de temps avant sa mort : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »  L’ouverture des archives permet aux historiens qui n’ont pas peur d’affronter la doxa d’étudier cet avant-guerre et de donner raison à De Gaulle qui disait en 1963 : «Heureusement, le peuple a la tripe nationale. Le peuple est patriote. Les bourgeois ne le sont plus ; c’est une classe abâtardie. Ils ont poussé à la collaboration il y a vingt ans, à la CED il y a dix ans. »

La vérité des héritiers de VGE

La mise en place de la vulgate de la France-collabo date du début des années 70, avec notamment la promotion du film : Le chagrin et la pitié, juste après le départ de De Gaulle, congédié par la bourgeoisie grâce à l’engagement de Valéry Giscard d’Estaing. Cette même bourgeoisie aujourd’hui adossée à des élites « dirigées » raffole de l’UE, outil de la domination d’une l’Allemagne qui les fascine toujours autant. Cette haine de soi s’exprime dans ce refus du débat sur la thèse de la France « responsable du Vel’ d’Hiv’ », car c’est celle qui justifie l’allégeance. Et qui fait que des candidats à la présidence de la République se précipitent sans honte à Berlin pour leur entretien d’embauche au poste de chef de district du länder France.

Pour ma part, je considère que non, la « culpabilité de la France » n’est pas accablante. Un gouvernement de trahison qui avait la main sur une partie de l’appareil d’État s’est mis au service du nazisme. Les 7000 gendarmes mobilisés en ce jour de juillet 1942, pour cette immonde et déshonorante opération ne représentaient pas leur pays, ils n’étaient pas la France. Ceux qui l’étaient à ce moment-là, c’était les 3700 soldats qui le mois précédent avaient tenu pendant 15 jours à 1 contre 50 la position de Bir Hakeim dans le désert libyen.

Vichy, un passé qui ne passe pas

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Dits et Ecrits, tome 1 : 1954-1975

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