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« Stéphane Bern juge le quartier Saint-Jacques de Perpignan sans y avoir mis les pieds »


Quartier le plus pauvre de France, Saint-Jacques est aujourd’hui le ghetto à ciel ouvert de la communauté gitane de Perpignan, où l’illettrisme le dispute au chômage. Critiqués par Stéphane Bern et certains acteurs du patrimoine, les travaux de rénovation de ce quartier central sont aujourd’hui suspendus. Le coordinateur du projet, Olivier Amiel, adjoint au maire de Perpignan responsable de la politique de la ville, nous explique pourquoi. Entretien.


Daoud Boughezala. Dans nos colonnes, le directeur de la Tribune de l’Art Didier Ryckner est très critique à l’encontre de la loi Patrimoine qui, selon lui, peut permettre le démantèlement de petits bijoux de patrimoine tels que le Marais ou le quartier Saint-Jacques de Perpignan. Ca m’a fait penser à votre différend avec Stéphane Bern…

Olivier Amiel. Nous voulions tout simplement faire remarquer à Stéphane Bern qu’il jugeait une ville, un quartier sans y avoir mis les pieds. Je l’ai fait d’une manière un peu virulente en le traitant de « bouffon du roi Macron » et de « pitre cathodique » certes, mais j’étais très en colère car je n’apprécie pas qu’on veuille saborder d’un simple tweet le travail de plusieurs années mené par des habitants, des agents territoriaux et de l’Etat…

Evidemment, il faut sauvegarder le patrimoine français, l’architecte des bâtiments de France est là pour ça. Il ne faut pas pour autant mettre sous cloche certains quartiers et des villes entières, il faut prendre en compte les hommes et femmes qui y vivent. Certains architectes du bâtiment de France peuvent dépasser leurs fonctions. Je ne trouve pas sain qu’une (seule) personne puisse bloquer une activité humaine, une évolution urbaine à sa guise.

Dans le quartier Saint-Jacques, 60% des foyers vivent en dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage s’élève à 70%

Expliquez-nous le leitmotiv du réaménagement du quartier Saint-Jacques ?

On a une urgence urbaine et humaine hors-norme. Saint-Jacques a été retenu dans le quartier général de renouvellement urbain, il fait donc partie des 200 quartiers les plus pauvres de France. Beaucoup le classent d’ailleurs comme « le » quartier le plus pauvre de France. 60% des foyers vivent en dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage s’élève à 90% chez les jeunes de 16-25 ans (70 % dans l’ensemble de la population), la moitié des immeubles y sont potentiellement indignes. En 2006, un homme est décédé à la suite d’un effondrement. On recense d’ailleurs un nombre record de périls et d’immeubles en état d’insalubrité par rapport au territoire national. Nous nous devions d’agir.

A lire aussi: Macron, faux-ami du patrimoine

A côté de ça, c’est un quartier historique qui fait l’objet d’un plan de sauvegarde du patrimoine. On prend en compte cet aspect lors du réaménagement. Aujourd’hui avec le nouveau programme de renouvellement urbain (NPNRU), nous avons dissocié les deux procédures : celle de révision du secteur sauvegardé et celle de lancement de projet de renouvellement urbain. Pourquoi ? Parce que ce projet de renouvellement urbain permet d’améliorer les conditions de vie des habitants, et ça c’est urgent. La question de révision du secteur sauvegardé est d’ordre esthétique et patrimoniale, là il y a moins d’urgence. Notre projet du NPNRU est totalement conforme au règlement tel qu’il est aujourd’hui. Tous les éléments qui auraient nécessité d’attendre la révision du secteur sauvegardé ont été retirés. On sauvegarde le patrimoine tout en évitant d’être sous cloche et en permettant d’améliorer d’ores et déjà les conditions de vie des habitants.

On ne peut laisser les gens vivre dans des conditions de vie indignes pour éviter de toucher au patrimoine.

Quel est le secteur concerné ?

Cela concerne l’ensemble du centre historique de Perpignan, qui comprend les quartiers Saint-Jacques et Saint-Matthieu mais aussi La Réal, qui comprend l’église Notre-Dame-la-Réal. Encore une fois, ça ne va pas à l’encontre de la défense du patrimoine. Vous savez, touristiquement parlant, le patrimoine est notre atout principal, on ne risque pas de le mettre à mal. L’ensemble des habitants a d’ailleurs un fort lien affectif avec le centre historique. On ne peut laisser les gens vivre dans des conditions de vie indignes pour éviter de toucher au patrimoine. Ce genre de débat me fait penser aux « hutongs », les maisons traditionnelles chinoises. Les touristes trouvaient scandaleux qu’on veuille les détruire, mais ils n’étaient pas à la place de ceux qui les habitaient dans des conditions insalubres, sans eau, sans électricité… Donc il faut, bien entendu, sauvegarder le patrimoine, mais ne jamais oublier les vies qu’il abrite.

Un chantier a été bloqué parce que certains craignent qu’on veuille chasser la population gitane du quartier.

Quelle part de la population va quitter le quartier de Saint-Jacques à l’issue de ce réaménagement ?

Un chantier a été bloqué parce que certains craignent qu’on veuille chasser la population gitane du quartier. Or, toutes les réunions et les documents ont confirmé notre absence de volonté de chasser la population. On reconstitue de l’offre en terme de logement, que ce soit du logement locatif social ou du logement conventionné, donc toujours abordable. Ce qui permettra à ceux qui le veulent de rester dans le quartier. Beaucoup de villes ont gentrifié leurs quartiers en virant les classes populaires pour ne faire que du grand standing. Nous, on ne veut ni chasser ni ghettoïser la population. Il y aura la possibilité de maintenir ceux qui souhaitent rester, et pour les familles qui souhaitent quitter le quartier, nous mettons en place un accompagnement social approprié.

Que s’est-il passé pour que votre député LREM entrave les travaux (encore suspendus) ?

Romain Grau, puisqu’il s’agit de lui, a incité des personnes à continuer « à leur faire peur, à leur mettre la pression » afin que cela devienne un problème d’ordre public et que le préfet soit obligé de maintenir l’ordre public et donc, de bloquer le chantier. Cette attitude est totalement irresponsable de la part d’un élu de la République, surtout dans un quartier qui a connu des problèmes de violence urbaine et communautaire. Il l’a fait à des fins politiques et c’est regrettable, surtout pour un chantier de résorption d’habitat insalubre (RHI). Ce genre de chantier permet de démolir pour reconstruire du logement locatif social. En jouant sur la crainte d’être chassé, il fait bloquer un chantier de démolition d’immeubles non-habités et non-habitables sur lesquels nous devons reconstruire des logements sociaux. Rendez vous compte de l’absurdité de son comportement et de la situation !


« Le Média », la voix de la France (trop) insoumise

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Bisbilles, accusations de mauvaise gestion et d’indigénisme, départs en chaîne : la webtélé mélenchoniste est un joyeux bordel.


Il y a moins d’un an, « Le Média » se lançait à grand renfort d’ironie. Cette webtélé mélenchoniste-mais-pas-que s’ouvrait en effet par un JT férocement autoparodique, au cours duquel la journaliste Aude Rossigneux parait à l’avance les critiques les plus caricaturales : le lider maximo Mélenchon y était encensé, le Venezuela et la Corée du nord montrés en exemple, les députés insoumis brossés dans le sens du poil et Staline réhabilité[tooltips content= »Ce qui correspond assez peu au passé trotskiste-lambertiste de Mélenchon… »]1[/tooltips].

Las, plus qu’une chaîne aux ordres, le parangon de la subversion que se voulait Le Media s’est involontairement transformé en révélateur des fractures de La France insoumise.

Au commencement était le Verbe…

Tout avait pourtant si bien commencé. Annoncé fin septembre 2017 par la publication d’un manifeste dans Le Monde en faveur d’un média « humaniste, féministe, écologiste, progressiste, antiraciste » et même « pluraliste », le démarrage de la webtélé se faisait sous le parrainage d’intellectuels tels qu’Eva Joly, Karl Zéro, Josiane Balasko, Robert Guédiguian, Bruno Gaccio, Laurent Baffie ainsi que quelques fantaisistes comme Arnaud Montebourg, Pierre Joxe ou Noël Mamère. Et pas question de créer une TV Mélenchon : « in-dé-pen-dant » des chapelles et des coteries, on vous dit… Certes, l’ancienne directrice de la communication de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, pilotait (bénévolement…) la chaîne, mais nous jurait qu’elle avait abandonné sa défroque. Et pour nous rassurer, l’ex-apparatchik du PS protégée de Michel Charzat et Laurent Fabius se voit flanquée de l’inévitable Gérard Miller, psychanalyste et sermonneur cathodique qui tient les cordons de la bourse du Media.

…et les lumières fuirent

Une première désillusion survient en février 2018 au départ de la présentatrice Aude Rossigneux. Premier épisode d’une longue série de déboires, le non-renouvellement de son contrat à durée déterminée révélait l’envers du décor. Derrière l’utopie d’une télévision gratuite financée par les donateurs (« les socios »), les jérémiades de cette Calimerette s’étalaient dans toute la presse. « Une brutalité qui n’est pas exactement conforme à l’idée que chacun se fait d’un ‘management’ de gauche. Une brutalité qui serait peut-être un sujet pour Le Média si elle était le fait d’un Bolloré » : la formule faisait mouche et ouvrait la boîte à gifles. Tentant de la jouer patron cool, Miller ne tarissait pas d’éloges sur les qualités professionnelles de Rossigneux, regrettant simplement son obstination à présenter le journal – un exercice pour lequel elle n’aurait pas été taillée – à l’exclusion de tout autre programme…

« Crise », le mot fusait chez les mauvaises langues. Facile de moquer les soubresauts d’un frêle esquif citoyen soumis aux bourrasques de la société marchande. Mais le travail du négatif se poursuivait, n’entamant en rien le moral des soutiers.

Sur le fond, Aude Lancelin s’efforce de maintenir l’équilibre entre média d’opinion et obligation de pluralisme, au grand dam de certains « socios » excédés par l’invitation des réacs Natacha Polony ou Marianne Durano de la revue Limite dans des débats contradictoires. S’il faut parler bien franc, la gauche n’a pas le monopole du sectarisme, à en juger par certains commentaires de lecteurs allergiques à toute parole contradictoire…

Mais c’est au sein même du Média que s’ouvre une nouvelle brèche. Fin février, le vieux briscard Noël Mamère quittait le navire sur une question de fond, contestant l’opposition du Média à l’opposition syrienne, qu’il percevait comme un soutien latent au régime de Bachar Al-Assad.

Après eux, le Déluge

Au printemps, c’est le drame. Le Média invente un blessé dans le coma après l’évacuation policière de Tolbiac ! De circonlocutions en explications vaseuses, Gérard Miller a beau plaider la bonne foi et nous expliquer qu’ils ont eu raison d’avoir tort, cette fausse nouvelle enfonce la chaîne dans le purin. Comme dirait Debord, sa période de coexistence pacifique avec la vérité aura été de courte durée… Voilà de quoi bien faire ricaner les parlementaires macronistes qui voudraient légiférer contre les fake news.

A l’ère des réseaux sociaux, les disputes de famille se font au grand jour. En juillet, Sophia Chikirou quitte bruyamment l’aventure, accusée par les équipes du Média d’avoir facturé son « bénévolat » 130 000 euros en facturant des services au nom de sa société. Contestant cette mise en cause, elle en appelle au génie médiateur de Bruno Gaccio (oui, le ci-devant auteur des Guignols…) pour aboutir à un compromis sans quoi elle se pourvoira en justice. Comme dans tous les couples, les problèmes de gros sous échauffent les esprits. Maintenant que Le Media fort marri cherche des capitaux, Miller lance publiquement, avec des trémolos dans sa voix de fausset : « Tout semble nous séparer aujourd’hui alors que nous avons été particulièrement proches pendant plus d’un an. » Quand Chikirou lui reproche d’avoir refusé tout audit des finances, la réponse du berger à la bergère ne tarde pas : « J’ai essayé pendant les 15 jours du séminaire d’y voir un peu clair sur ta gestion (et ce n’était pas facile, crois-moi), et j’aurais refusé que tout s’éclaire comme par miracle. » Fermez le ban, on ne les (re)mariera pas. Qu’à cela ne tienne, Lancelin remplace Chikirou au pied levé et annonce une refonte des programmes afin de mieux relever le « défi consistant à se passer de toute sujétion capitalistique industrielle ». Debout, les forçats de la faim !

Lancelin du crac

Toutes les bisbilles précédentes sont de la petite bière comparées aux dernières querelles qui fracturent la rédaction du Media. Plus question d’affrontements picrocholins, ou alors pas seulement. Une frange de la rédaction accuse Aude Lancelin de les avoir écartés de la création d’une Société des journalistes (SDJ). Pire, ces frondeurs conduits par le journaliste Alexis Poulin (que le séminaire d’été du Media n’a visiblement pas convaincu…) épinglent la dérive indigéniste des proches de Lancelin.

Quelques-uns parmi ces derniers se disent « racisés », au mépris de l’universalisme laïque et républicain qu’est censé exprimer Le Media. « Au moment où le terme de race doit disparaître de la Constitution, ils le revendiquent comme une identité ! » soulignent malicieusement leurs détracteurs en rupture de ban avec Le Media. En somme, Lancelin encouragerait une ligne Obono jusqu’à promouvoir au poste de rédacteur en chef actualités un certain Théophile Kouamouo, auteur de la bourde sur le prétendu « blessé grave » de Tolbiac. Les conjurés anti-Lancelin du Media ne manquent pas de l’incriminer pour avoir diffusé cette rumeur qui s’est « avérée fausse » (sic). Avec pareille maîtrise de la langue, nul doute que les frondeurs auteurs de cette lettre ouverte ont toute leur place à la télévision…

Au risque de conforter les derniers fidèles socios dans leur mentalité obsidionale, des « jeunes de gauche » annoncent une future scission : le Nouveau Media ! Gag ou énième scission ? Les mésaventures du Media auront au moins réussi à nous rassurer sur l’hypothèse d’une présidence Mélenchon. S’il arrive au pouvoir, le tenant de la VIe République aura fort à faire avec ses propres divisions. Avant de pouvoir revêtir l’habit de petit père des peuples, encore faut-il savoir gérer ce joyeux bordel !

Gap: la publicité à la fillette voilée piétine les principes républicains

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Dans une publicité pour sa gamme « kids », la marque de vêtements Gap montre une petite fille vêtue d’un voile. Or, un voile islamique n’est pas un simple vêtement mais une marque d’adhésion à une idéologie qui proclame notamment « les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes ».  Retour sur la controverse.


Au milieu de la polémique qui suit la présence d’une fillette voilée sur une affiche publicitaire de la marque de vêtements Gap, deux articles se distinguent par leur grande qualité, ceux de Gilles Clavreul et de Céline Pina. En plus d’en recommander chaudement la lecture, j’aimerais en souligner quelques points, et en nuancer l’un ou l’autre.

Courageuse Céline Pina

Inutile d’insister sur les questions que soulève ce voilement d’une enfant : questions du discernement et du consentement à un âge précoce, de l’endoctrinement parfois ouvertement revendiqué (par exemple par Asif Arif, ce qui n’empêche pas le mal nommé « Observatoire de la Laïcité » de l’avoir longtemps soutenu), questions du rapport au corps et à la féminité, de vouloir séduire un marché (économique ou électoral) au mépris de la morale, et de la banalisation d’une marque d’appartenance dont les thuriféraires réclament pour eux-mêmes, lorsqu’ils sont minoritaires, des libertés qu’ils n’accordent pratiquement jamais aux autres une fois qu’ils sont au pouvoir.

Rappelons simplement qu’un voile islamique n’est pas un simple vêtement mais une marque d’adhésion à une idéologie qui proclame notamment « les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes ». Oublions la pseudo-excuse religieuse, oublions l’argument fallacieux de la coutume, et demandons-nous ce que nous penserions si cette fillette était exhibée avec un tee-shirt arborant un tel slogan !

Pour citer Céline Pina : « nul n’a eu le courage politique d’assumer qu’un signe qui marque l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, son infantilisation et sa réduction à sa fonction sexuelle n’a rien à faire dans des sociétés démocratiques où la reconnaissance de l’égale dignité des hommes et des femmes est à la base du contrat social. (….) Pendant que les femmes iraniennes prennent tous les risques et nous crient à quel point le voile est un instrument d’obscurantisme et de soumission, nous leur montrons qu’ici et maintenant, là où on est censé interdire les persécutions d’une partie d’une population au nom de la religion, on peut piétiner les droits des enfants, surtout des petites filles, si c’est fait au nom de la religion. »

Et encore, dans une réflexion tout aussi pertinente : « le scénario (….) confond respect et soumission, tolérance et sujétion et ne conçoit d’aller vers l’altérité qu’en effaçant sa propre identité. En creux il révèle à quel point nous croyons que le seul moyen d’aller vers l’autre, c’est d’abolir ce que nous sommes. Une impasse culpabilisatrice qui favorise au contraire le rejet et la radicalité face à cette impossible commande du politiquement correct. »

Tout ne relève pas du droit

Gilles Clavreul, lui, interroge notamment « la précipitation grandissante avec laquelle on tend à traiter ce genre de faits de société en se demandant « que dit le droit ? », tout se passant comme si tout problème était d’abord un problème de droit, devant en tant que tel avoir sa réponse juridique, ou qu’en tout cas la réponse juridique serait par avance et par construction revêtue de qualités supérieures, d’objectivité et de légitimité, qu’aucune réflexion philosophique, sociologique ou politique ne serait capable d’atteindre. En somme on ne cherche pas à éclairer le débat par le droit, mais à le clore. »

L’essentiel est dit. Contaminés par la dérive anglo-saxonne qui consiste à porter tout désaccord devant les tribunaux, nous en arrivons à renoncer à « la réflexion philosophique, sociologique ou politique » pour ne plus penser qu’à la loi, en une dérive étrangement similaire à celle des fanatiques qui nous combattent, et pour lesquels l’obéissance à une loi divinisée et prétendument divine abolit toute exigence éthique.

Or, chaque fois que la loi se pique de dire le Bien et le Mal, au lieu de se contenter du domaine déjà complexe de l’obligatoire, du permis et de l’interdit, le totalitarisme est là.

Le contrat-roi

A l’inverse, l’abandon de l’exigence morale pour ne garder que la dimension contractuelle des relations humaines et du droit aboutit à la loi de la jungle, la capacité d’instrumentaliser les subtilités juridiques tenant lieu de force, son vernis policé ne devant pas en masquer la sauvagerie. Les bons avocats ne coûteraient pas si cher s’ils n’étaient pas capables de faire gagner des procès que d’autres qu’eux auraient perdus, ce qui prouve si besoin était le manque d’objectivité et de fiabilité d’un tel système, qui malgré ses mérites s’apparente de plus en plus à des combats entre champions mercenaires.

Entre les deux, entre le totalitarisme du Bien et la brutalité de la contractualisation permanente, notre devoir à tous, notre devoir de citoyens, est de tenter de suivre l’injonction millénaire et toujours vraie qu’Eschyle place dans la bouche d’Athéna : « Que mon peuple évite l’anarchie comme le despotisme ! » (Les Euménides)

Reste, tout de même, une remarque. Gilles Clavreul semble défendre in fine le droit positif. Je crois au contraire, pour ma part, que seule la recherche du droit naturel, de « ce qui est bien en soi et quoi qu’on en pense », peut garantir la liberté et les libertés.

Car qu’est-ce au fond que le droit positif, sinon la dictature du consensus du moment, d’un effet de mode, et le risque toujours présent de mettre démocratiquement fin à la démocratie ? On ne peut échapper à ce paradoxe qu’en recherchant un bien objectif, s’appuyant sur une échelle de valeurs structurante.

Une certaine idée de l’Homme

Pour exister et perdurer, la démocratie doit admettre comme prérequis, qui gagne à être explicité, une certaine idée de l’Homme, qui d’une part veuille l’Homme libre, et d’autre part l’estime capable d’accéder à cette liberté puis de l’assumer.

Exalter l’émancipation de l’Homme n’a de sens que si l’on croit cette émancipation possible, et l’Homme digne d’y accéder. On ne peut conquérir une liberté dont on ne dispose initialement pas que si notre nature contient en germe au moins le désir et la potentialité de cette liberté. Une idée de l’Homme permettant la démocratie relève donc bien de convictions relatives à la nature humaine, c’est-à-dire du droit naturel.

Et au passage, pourvu que l’on partage cette vision de la nature humaine, l’essentiel n’est pas que l’on en voie l’origine dans les hasards et les nécessités de l’évolution, dans une téléologie impersonnelle, ou dans une volonté ou ascendance divine.

Rien à voir, bien sûr, avec l’argument du « droit naturel » comme justification d’un quelconque « ordre moral », pour condamner des comportements qualifiés de « contre-nature », ou pour faire passer pour naturel ce qui n’est que préjugé arbitraire. L’opposition entre « nature » et « culture » montre d’ailleurs toutes ses limites une fois que l’on comprend qu’il est dans la nature de l’Homme d’avoir une culture, voire de sublimer et de dépasser sa nature, et que c’est justement de refuser toute réflexion critique sur la manière dont nous vivons notre nature qui serait pour nous…. contre-nature !

La révolte universelle contre toute souffrance absurde

Notion à manier avec prudence, donc, mais néanmoins indispensable. En effet, « l’égale dignité des hommes et des femmes » ne relève pas uniquement du « contrat social », tout simplement parce que la société n’est pas seulement un contrat. Surtout, cette égale dignité n’est pas une question d’opinion : elle est, ou elle n’est pas. Ce qui fonde la dignité humaine est partagé par les hommes et par les femmes, ou ne l’est pas. Si nous croyons vraiment en ce en quoi nous disons croire, osons donc nous poser la question sans craindre la réponse !

Alors je le dis tout net : cette égale dignité est factuelle. La différence entre hommes et femmes est une réalité, et les chromosomes ne sont pas une construction sociale, même s’il existe de nombreuses manières d’être homme ou d’être femme, y compris par de multiples orientations sexuelles. Mais ce qui fait à mes yeux la valeur de l’Homme, on le rencontre aussi bien chez des hommes que chez des femmes, et ce sans distinction de sexe, de couleur de peau ou de sexualité. Yadh Ben Achour voit le fondement des droits de l’Homme dans la révolte universelle contre toute souffrance absurde, et cette révolte a poussé à la grandeur des femmes comme des hommes. Mencius trouvait l’origine de toute véritable éthique dans l’élan instinctif qui nous pousse à vouloir empêcher un enfant même inconnu de tomber dans un puits, et ce réflexe a poussé à la bonté des femmes comme des hommes – d’ailleurs, en défendant avant tout l’intérêt supérieur de l’enfant, Gilles Clavreul se fait lui-même le digne héritier du grand philosophe chinois.

Quel que soit le droit que l’on voudrait concéder aux hommes mais refuser aux femmes, il y a des femmes qui en seraient nettement plus dignes que bien des hommes. Et à l’heure où un certain féminisme dévoyé rêve de matriarcat plus que d’égalité, il n’est pas inutile de dire aussi : quel que soit le droit que l’on voudrait concéder aux femmes mais refuser aux hommes, il y a des hommes qui en seraient nettement plus dignes que bien des femmes.

Ce n’est pas néo-colonialiste de condamner les sacrifices humains

La contractualisation fluctuante et le consensus mou n’ont jamais permis de donner du sens à une civilisation. Bien sûr, il y a des choses qui relèvent de l’équilibre du moment, du particularisme local, et cette diversité est une composante précieuse de la richesse de l’Humanité : le besoin de chaque peuple de développer librement sa propre culture fait partie de ce que tous les peuples ont en commun ! Y compris d’ailleurs les peuples occidentaux, auxquels une certaine bien-pensance voudrait maintenant dénier ce droit….

Mais si chaque civilisation a créé des styles de musiques uniques selon son génie propre, et si certaines de ces musiques peuvent me sembler étranges, il n’en demeure pas moins que toute musique est de la musique, et non du bruit. Ce n’est pas du néo-colonialisme que de condamner les sacrifices humains, l’esclavage ou l’excision.

Certaines choses ne dépendent ni du moment, ni du lieu, ni de la jurisprudence. Ne méprisons pas la valeur de la concorde sociale, mais n’ayons pas honte d’aller contre l’air du temps pour défendre ce qui mérite de l’être.

Relativiser les valeurs de la République n’est pas une ouverture à l’autre, ce n’est qu’un lâche abandon des générations futures, une fuite des responsabilités dans un lent suicide collectif. Ce n’est pas de la tolérance, c’est un crime.

Décomposition française

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Nouveau-Mexique : un imam peut en cacher d’autres

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Sous les apparences d’une soustraction d’enfants américains, se cache le spectre d’une secte musulmane proche de la Nation of Islam.


Onze enfants affamés ont été retrouvés, le vendredi 6 août 2018, dans un campement de fortune à Amalia, un comté sur la frontière entre les états du Nouveau-Mexique et du Colorado. Ils avaient été enlevés par Siraj ibn Wahhaj, ses sœurs Hurjah et Subhannah Wahhaj ainsi que sa femme, Jany Leveille, et son beau-frère Lucas Morton qui sont également… les parents des victimes. Quelques jours plus tard, les policiers et agents du FBI qui ont investi le campement ont trouvé le cadavre d’un douzième enfant, Abdul Ghani, 3 ans, fils de Siraj ibn Wahhaj et atteint de retard de développement, qui était recherché par sa mère, Hakima Ramzi, depuis décembre 2017. C’est un inspecteur de police qui a alerté le shérif du comté du Taos après avoir reçu le message suivant : « Nous sommes affamés et nous avons besoin de nourriture et d’eau ».

Des enfants entraînés à tirer

Rapidement, la police a lancé un raid qui a mené les 5 individus tout droit vers la prison. Poursuivies pour maltraitance d’enfants, les trois mères des enfants ont déclaré avoir subi un lavage de cerveau. Désormais incarcérés sans droit de remise en liberté sous caution, le tribunal indique qu’ils pourraient commettre de nouveaux crimes s’ils venaient à être relâchés, compte tenu des activités d’initiation au tir qu’ils dirigeaient. Le suspect aurait entraîné les enfants en vue d’attaquer prochainement des écoles. Chez les Wahhaj, on partage tout, même les giclées de sang.

Si la charge de terrorisme n’a pas été retenue, ils sont néanmoins décrits par le shérif comme des extrémistes musulmans. Et pas n’importe lesquels : derrière cette affaire sordide se cache une partie de l’histoire d’une mouvance méconnue de l’islam politique, l’américaine Nation of Islam (NOI).

En effet, le personnage clé de l’histoire – quoique son implication dans l’affaire criminelle de l’enlèvement des onze enfants n’est pas établie – est Siraj Wahhaj, 68 ans, le père de Siraj Ibn Wahhaj mais aussi l’employeur des trois femmes arrêtées dans le campement (elles travaillaient dans la mosquée At-Taqwa de Brooklyn qu’il contrôlait). Jusqu’en 2014, sa fille Hurjah tenait un blog chantant les louanges de son père, rappelant d’ailleurs son influence auprès des membres d’organisations pistées par le FBI telles que l’Alliance musulmane d’Amérique du Nord, le Cercle islamique d’Amérique du Nord mais aussi l’Association de la Jeunesse musulmane.

Une entrée radicale dans l’islam

Le parcours de Jeffrey Kearse – d’après son nom de baptême – est typique de certains jeunes Noirs américains nés après-guerre. Jeune adulte en 1969, un an après l’assassinat de Martin Luther King – traumatisme provoquant une radicalisation dans une partie de cette jeunesse -, il adhère à la Nation of Islam et renonce à son nom, un nom donné par des esclavagistes. Désormais, suivant l’exemple de Malcolm (Little) X, il s’appelle Jeffrey X12.

Fondée par Wallace Fard Muhammad (né Wallace D. Fard) en 1930 à Chicago, la Nation of Islam a proposé aux Noirs américains une nouvelle religion empruntant largement à l’Islam, en rupture totale avec celle – le christianisme – qu’ils partageaient avec ceux – les Américains blancs – qui les avaient tenus en esclavage. Mais c’est Elijah Muhammad, le charismatique disciple de Wallace Fard Muhammad, qui, après la soudaine disparition de ce dernier, a transformé ce groupe marginal en une véritable religion (avec des écrits sacrés, des prophètes, une cosmologie et une histoire des origines), acteur majeur du mouvement pour les droits des Noirs dans l’Amérique des années 1950-1960. En 1969, avec des convertis et des militants comme Malcolm X, Mohamed Ali (né Cassius Clay) et Louis Farrakhan (né Louis Eugene Walcott), le mouvement est au sommet de sa popularité quand le jeune Jeffrey Kearse, séduit par la radicalité du message (selon NOI, tous les Blancs sont par essence coupables) et sans doute par une promesse de changement radical de vie, décide, comme des centaines de milliers d’autres Noirs-Américains, d’y adhérer.

En 1975, lorsqu’Elijah Muhammad meurt, son 7ème fils, Warrith Deen Mohammed, reprend la direction de l’organisation. Très vite, il dissout NOI et la transforme en une association musulmane sunnite « normale » mettant fin, par la plus grande conversion à l’islam de l’histoire des États-Unis, à la phase sectaire et indépendante du mouvement du temps de son père. C’est à ce moment-là que Jeffrey Kearse, devenu en 1969 Jeffrey X12 prend le nom de Siraj Wahhaj (« lumière éclatante » en arabe) et part en Arabie saoudite pour parfaire ses connaissances théologiques. Au cours des années 1980, il s’investit dans la lutte contre la drogue et fonde à Brooklyn la mosquée Al-Taqwa à l’emplacement d’un ancien repaire de dealers. Mais ce travail de proximité sur les fléaux de la communauté noire a aussi sa part d’ombre.

Un Grand imam omniprésent sur Internet

Il ne s’agit pas uniquement de sa lecture littérale du Coran (il approuve châtiments corporels et la lapidation des femmes adultères) ni même de son opposition de principe à la démocratie libérale et son objectif revendiqué de voir les Etats-Unis devenir un Etat musulman (« Si nous étions unis et forts, déclarait-il, nous pourrions élire notre propre émir auquel nous ferions allégeance. Ma parole, si 6 à 8 millions de musulmans s’unissaient en Amérique, le pays serait à nous »). Plus troublants – notamment quand on connaît le projet de son fils… – sont ses liens ambigus avec le djihadisme et le terrorisme. Ainsi, l’instruction l’a qualifiée de « personne non accusée qui peut être considérée comme co-conspiratrice de l’attentat », avorté, contre le World Trade Center à New York en 1993. Et d’ailleurs, il ne s’en cachait pas. Diverses interventions relayent sur des plateformes YouTube (telles que Islam on Demand) sa vision de l’Islam et du monde. Celui qu’on appelle le « Grand Imam » est par ailleurs omniprésent sur Internet, où il s’est forgé un personnage quelque peu déroutant. Dans une vidéo postée le 29 avril 2013, il incite ses auditeurs à lire L’art de la guerre de Sun Tzu, et les exhorte formellement à connaître aussi bien leurs ennemis qu’ils se connaissent eux-mêmes. Dans son discours appelé « How to approach a friend who is staying away from Islam », il encourage l’auditoire à s’adapter aux sensibilités de l’interlocuteur afin de le convertir sans peine. Il est donc évident que contrairement à Warrith Deen Mohammed qui a dirigé ses ouailles vers le « mainstream » de la communauté noire américaine, Siraj Wahhaj restait fidèle à l’ADN radicale de la NOI du père fondateur.

La boucle islamiste est bouclée

Ce qui n’est pas le cas de son propre fils. Si le père a toujours entretenu l’ambiguïté sans jamais se compromettre avec le camp djihadiste pour enfants, son fils, Siraj ibn Wahhaj, a fait le pas de trop, mettant en péril non seulement sa propre vie mais l’œuvre de son père.

Pour l’observateur, cette évolution est éclairante : la boucle est bouclée. Tout avait commencé dans les quartiers noirs de Chicago au tout début de la grande crise économique, lorsque quelques Noirs-Américains ont fait le choix marginal inspiré d’un islam imaginaire qu’ils ont les premiers brandi en force de rejet de l’Occident. Cette branche s’achève donc par la forme la plus récente d’islam politique : le djihadisme violent porté par Al-Qaïda et Daech. La descendance idéologique de « l’école de Chicago » rejoint ainsi l’arborescence islamiste élaborée presque au même moment au Caire par Hassan Al-Banna, père fondateur des Frères musulmans.

Le néo-révisionnisme frappe l’Amérique de plein fouet


Au Canada, la statue de John A. MacDonald à Victoria a été déboulonnée. Au XIXe siècle, le pauvre MacDonald n’avait probablement pas pensé finir ainsi, humilié, dans le pays qu’il a contribué à fonder. Son crime : avoir été hostile aux peuples autochtones. Quand le multiculturalisme règne sans partages, le présent juge le passé.


Après les États-Unis, la fièvre révisionniste a aussi gagné le Canada, grand eldorado de la tolérance multiculturelle. La semaine dernière, la statue d’un des pères fondateurs de la Confédération canadienne de 1867, John A. MacDonald, était déboulonnée à Victoria, la capitale de la Colombie-Britannique. La nouvelle vague antiraciste a déferlé partout, elle a imposé son ordre au-delà des frontières de l’empire. Même la France subit actuellement l’impact de ce tsunami moral, malgré un océan de distance.

Comme celles des pires dictateurs déchus, la statue de MacDonald a été jetée par terre, pour repartir ficelée, en position horizontale, à l’arrière d’une camionnette de la ville. Au XIXe siècle, le pauvre MacDonald n’avait probablement pas pensé finir ainsi, humilié, dans le pays qu’il a contribué à fonder. Le crime de John A. MacDonald : avoir été hostile aux peuples autochtones, ce qui est effectivement une vérité historique. Mais surtout : avoir été un homme blanc de son temps, qui n’avait pas entrevu l’avènement du paradis diversitaire.

Quand le monde devient un safe space

Pour les nouveaux antiracistes, un safe space est un endroit où les minorités (culturelles et sexuelles) peuvent se sentir en sécurité physiquement, psychologiquement et idéologiquement. Les safe spaces sont des endroits où certains débats de société doivent être censurés pour ne pas heurter les sentiments de certaines personnes. Dans une université, un safe space est un séminaire où tous les gens sont d’accord pour accuser l’Occident de racisme, de sexisme, de colonialisme, d’impérialisme et d’islamophobie. Ce sont donc des lieux très neutres destinés à promouvoir l’objectivité scientifique…

Avec le triomphe du multiculturalisme, la logique du safe space est en train d’être appliquée partout, à commencer par l’espace public. Il faudrait épurer les parcs des références à l’histoire, débaptiser les rues et démolir les arcs de triomphe. Il faudrait reconstruire la virginité morale des méchantes sociétés capitalistes.

Le déboulonnage de statues s’inscrit dans une autre tentative de rééducation du peuple, dans une volonté de faire table rase de l’héritage occidental. Il faudrait remplacer le roman national par un roman postnational. Il ne s’agit plus seulement de respecter la diversité culturelle, mais de réécrire l’histoire selon ses exigences. En divinisant les minorités, le multiculturalisme a transformé les livres d’histoire en programmes politiques. Il veut maintenant transformer le paysage.

Faut-il éradiquer l’Homme blanc des Amériques ?

En Amérique du Nord, le néo-révisionnisme s’avère particulièrement violent, car c’est l’existence même de ce continent qui est remise en question. On se souvient qu’en octobre 2017, le maire démocrate de New-York, Bill de Blasio, avait envisagé de faire retirer la statue de Christophe Colomb du célèbre Columbus Circle. Pour certains, le découvreur de l’Amérique incarnait une Europe hostile aux Amérindiens, un passé qu’il fallait camoufler, ou au mieux abolir. La statue ne sera pas retirée, mais le mal était fait.

En attaquant Christophe Colomb au nom du respect des minorités, c’est l’Amérique entière, telle qu’elle existe aujourd’hui, que le mouvement antiraciste attaquait. Ce sont tous les descendants des Européens, y compris les métisses et ceux qui ont adopté leur culture, que le mouvement antiraciste insultait. Si Christophe Colomb incarne le Mal, alors tous ceux qui sont nés de sa découverte l’incarnent aussi. En Amérique, le déboulonnage de statues participe au projet d’éradiquer l’Homme blanc des anciens territoires autochtones. Les « Euro-descendants » devraient retourner dans le pays de leurs ancêtres.

La défaite du libéralisme

Ainsi, malgré son hégémonie apparente, le libéralisme est tranquillement en train de s’éroder. Les tabous et les interdits se multiplient sous la pression de l’antiracisme raciste. Il est de plus en plus difficile de parler librement dans ce monde où des armées de « trolls » vous attendent à chaque intersection numérique. Le multiculturalisme nous entraîne dans une révolution douce. Mais une révolution quand même.

L’empire de la susceptibilité est sur le point de gagner. Pour chaque statue qui tombe, c’est un point de plus pour le camp de la repentance. Pour chaque grand personnage de l’histoire qui est dénigré, ce sont des mètres de terrain que l’Occident perd. Dans le paradis des puritains, le néo-révisionnisme et le multiculturalisme marchent main dans la main.

La face cachée du multiculturalisme

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La canicule, Rimbaud, Macron et moi…

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De Rimbaud à Macron en passant par Marx et Ferrer, Jérôme Leroy et ses îles grecques nous livrent leurs impressions de l’été.


« Son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques. »

Imaginons que la civilisation occidentale ait fait des Illuminations de Rimbaud son livre sacré plutôt que choisir la Bible. En vérité, mes bien chers frères, je vous le dis, on aurait moins la tête aux massacres et l’argent et beaucoup plus au sexe et aux bains de mer.

La révolution de l’été

On peut penser que c’est par un temps comme celui qui a régné sur toute l’Europe et que la novlangue toujours hideuse appelle « épisode caniculaire », que la révolution éclatera enfin et que la furie prolétarienne balaiera le vieux monde. Il est possible également qu’il n’y ait jamais de révolution et que tout se termine par des épisodes anthropophagiques dans des hypermarchés aux rayons vides. Il est possible, aussi, qu’avec l’aide des discours négationnistes du climato-scepticisme, nous mourrions aveugle. Et pourtant, Rimbaud, encore lui, aurait pu nous prévenir : « Enfant, certains ciels ont affiné mon optique. » Les Illuminations, toujours.

Un hélicoptère passe à basse altitude sur un village des Cyclades étendu dans sa vallée comme une fille qui fait une sieste. Il va surveiller d’éventuels incendies. Eviter le carnage de Mati, près d’Athènes où une centaine de personnes ont brûlé dans des conditions atroces. Là encore le réchauffement climatique n’y est pour rien, bien entendu, ni l’aménagement délirant du territoire. Comme en Suède, où les flammes ont léché pendant des semaines le cercle polaire. « Tout va très bien, madame la Marquise. » A croire que la métaphore de Chirac sur l’avenir de la planète, en 2002, à Johannesburg : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » n’est plus une métaphore.

L’hélicoptère insiste dans l’odeur de la cendre et de la résine. On dirait le Sud. Ou la guerre. Nino Ferrer est mort le 12 août, il y a vingt ans, en se suicidant dans un champ, au cœur de l’été. Il avait bien compris cette mystérieuse équivalence entre le Sud et le sentiment paradoxal d’une éternité provisoire.

Ne jamais rentrer. Prendre cette résolution-là individuellement s’appelle une éclipse. La prendre collectivement s’appelle une révolution. Faire un pas de côté. Comme dans l’An 01 de Gébé.

Des nouvelles de l’hypothèse communiste

Il faut nager un peu longtemps et un peu loin pour atteindre ce grand rocher, presque un îlot, au milieu de la baie où d’année en année m’attend une anfractuosité qui a la forme d’un sourire de déesse. La seule que je prie de me laisser revenir éternellement. Pour l’instant, ça va.

Le communisme spontané des habitants de l’île d’Ikaria, depuis l’Antiquité. Il a inspiré Cabet, il est signalé par Marx. Il est la preuve de l’imbécile arrogance des néo-libéraux qui prétendent représenter l’ordre « naturel » des choses. Et quand bien même ce serait le cas, le « naturel » est haïssable. Le « ce qui va de soi« . La civilisation, c’est tout le contraire. Une construction qui n’a rien d’évident, un effort permanent. C’est en ce sens qu’être de gauche est une sculpture de soi et que l’hypothèse communiste est une ornementation du monde, comme le sourire des déesses.

Macron existe-t-il ?

L’été nous aura fait découvrir l’essence du cogito macronien. « J’assume donc je suis (président). » Edouard Philippe avait déjà fait le coup, sur le mode mineur, avec son avion à 350 000 euros pour revenir de Tokyo : « J’assume donc je suis (Premier ministre) ». Assumer, le verbe magique, surtout utilisé pour la com’ de manière intransitive. Assumer serait une condition nécessaire et suffisante pour prouver et légitimer l’existence de Macron, son action et même son caractère sacré. Finalement, peu importe ce qu’on assume. Un libéralisme sauvage, un mépris de classe constant, les renoncements écologiques, la création d’un néo-SAC… Tout est assumé, donc tout est pardonné. On se sentirait même presque obligé, comme les poulpes parlementaires et ministériels qui lui servent d’entourage, de trouver ça vachement courageux. « Tu as vu, le président a décidé d’assumer l’euthanasie pour les plus de 75 ans atteints d’un cancer. C’est super fort, non ? » (la misère du second degré sur Internet nous oblige à préciser que cette mesure ne fait évidemment pas partie des promesses de campagne du président Macron ni d’un quelconque agenda caché.)

Comme souvent, dans les situations pré-totalitaires, le piège politique est d’abord un piège grammatical (Orwell, Klemperer, Hazan.) Et sortir du piège politique, c’est d’abord sortir du piège grammatical. Rappeler qu’il peut y avoir des choses qu’on ne peut pas assumer parce qu’elles sont abjectes. Que le complément d’objet direct est aussi important que le verbe. Qu’assumer n’est pas toujours un signe de courage mais ce qui est le cas avec le macronisme d’arrogance, voire d’inhumanité. Rien d’étonnant : le surnom du président, c’est Jupiter. Un dieu, le chef des dieux même : pas un homme.

« Ma première leçon de civilisation m’avait appris que le bon goût n’était pas dans la modération mais dans la découverte d’accords entre des aspérités. »
(Jacques Laurent, Histoire égoïste)


Histoire égoïste

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Contrôle technique: mon parcours du combattant

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Assailli par les normes, l’automobiliste se soumet au contrôle technique, aux limitations de vitesse et aux exhortations de son garagiste. Récit épique.


 

Par une journée chère à Agnès Buzyn pour inciter à la prudence par temps de canicule, je conduis ma voiture au contrôle technique, obligatoire tous les deux ans. Il est vrai qu’elle n’est pas toute jeune, ma voiture, mais elle avait été entièrement révisée il y a six mois et tout allait bien.

Mon pot est encrassé

Avec ma charrette, j’étrenne le tout nouveau dispositif ultra-perfectionné de ce contrôle dans mon bled de province. Au bout d’une petite heure à suer par 33°C, je suis informé d’une « défaillance majeure ». Je cite : « l’opacité dépasse les limites réglementaires, en l‘absence de valeur de réception ou les mesures sont instables ». Et tant pis si par 33°C la machine se montre hésitante !

On m’accorde un délai maximal de deux mois pour passer une contre-visite (onéreuse) dans l’espoir de purger mon pot d’échappement de cette diabolique « opacité ».

Et l’employé dévoué à la cause de la salubrité de l’air — dans un coin dominé par le vrombissement des tracteurs et des moissonneuses-batteuses — de m’expliquer sans rire que mon pot est encrassé parce que je ne roule pas assez vite et que le moteur diesel tourne à trop bas régime. Il faudrait donc que je pousse les vitesses (un bon 4000 tr/mn). Cela va de soi sur les routes de la région avec limitation de vitesse à 80 km/h !

Roulons à 180!

D’un rire sardonique, dame Évidence me souffle la solution : rouler à 180, le retrait de mon permis de conduire rendra caduque le contrôle et ses exigences. Et, bénéfice secondaire mais non négligeable par cette température estivale, on me trouvera une place à l’ombre.

Par acquit de conscience, je consulte mon garagiste. La mesure préconisée par le contrôleur ne sert à rien, me dit-il. Il faut décrasser le moteur : coût 220€. Voilà qui est clair pour venir à bout de cette opacité perverse et de mes économies.

Las de se trouver saigné à blanc par les radars piégeux lorsqu’ils dépassent de quelques kilomètres la limitation de vitesse. Ce qui est fréquent pour être à l’heure à son travail. Las de payer contrôle sur contrôle, de plus en plus contraignants, pour leur fidèle bagnole, certains, de plus en plus nombreux, deviennent des zadistes de la route. Ils roulent sans permis et sans assurance, quitte à devenir des dangers publics.

Peu importe : on ne va pas cesser de tirer les pis de la vache à lait qu’est le conducteur respectueux de la loi pour quelques énergumènes poussés à la délinquance.

Justice pour les mâles blancs!


Après l’affaire Weinstein, la parole des femmes est devenue sacro-sainte. Dès lors, pourquoi s’embarrasser des principes du vieux monde que sont la présomption d’innocence et le respect des règles de la justice ?


Ils sont les œufs que l’on casse pour faire les omelettes de l’histoire. Parmi les nombreux hommes qui, au cours des derniers mois, ont vu leur existence ruinée par des accusations plus ou moins étayées, on en évoquera deux : Jean-Baptiste Prévost, 34 ans, ancien président de l’UNEF et ex-étoile montante du Parti socialiste, et Jean-Claude Arnault, 71 ans, que les médias ont surnommé le « Weinstein suédois ». J’ignore s’ils se sont rendus coupables des agissements qui leur sont prêtés ou reprochés. Mais tous deux ont déjà été condamnés à la mort sociale par les médias, alors même qu’aucune procédure ne vise Prévost et que Jean-Claude Arnault attend son procès en Suède.

Mort par médias 

Le 28 novembre 2017, Le Monde publie une « Enquête sur un système de violences sexistes au sein de l’UNEF » mettant nommément en cause Jean-Baptiste Prévost, qui a présidé l’organisation de décembre 2007 à avril 2011, tout en reconnaissant « que les faits rapportés ne relèvent pas a priori d’une incrimination pénale » (mais au pire de la drague lourdingue) ; en même temps, paraît une tribune d’anciennes militantes anonymes qui dénoncent, sans nommer leurs agresseurs, des agressions sexuelles et des viols. Le jeune homme qui a occupé divers postes de conseiller dans des ministères des gouvernements Valls a alors trouvé refuge à l’ambassade de France à Malte. Le 29 novembre, il reçoit sa lettre de licenciement.

Au Quai d’Orsay, on veut bien recaser les copains, mais respecter la présomption d’innocence, faut pas exagérer. Le 20 février, c’est au tour de Libé d’y aller de sa une : « Viols, agressions, harcèlement : les témoignages qui accablent l’UNEF ». Or, bien que Prévost ne soit pas mis en cause nommément par ces témoignages, sa photo figure en gros plan, avec en exergue, cette citation charmante : « J’ai senti quelque chose de dur contre mes fesses. Je lui demande d’arrêter. Et il me dit à l’oreille : « si tu veux rester vierge, tu peux me sucer ou je te prends par derrière ». » L’ennui, c’est que, contrairement à ce que raconte la mise en page, avec une claire intention de nuire, ce n’est pas à Prévost que ces propos sont attribués. On imagine combien il est simple de trouver du travail, alors qu’il suffit de googliser son nom pour tomber sur l’article. Certes, il pourrait gagner le procès en diffamation qu’il a intenté à Libération, mais aucun tribunal ne lui rendra sa vie gâchée.

À lire aussi : « Balance ton porc » : le grand Délathon a commencé !

Le cas de Jean-Claude Arnault est encore plus douloureux, car lui encourt, en plus du bannissement, dix ans de prison s’il est reconnu coupable des faits pour lesquels il se proclame innocent. C’est déjà un homme brisé que je rencontre dans un restaurant parisien. Il a néanmoins conservé son allure, et un vague petit air de Laurent Terzieff qui a dû lui valoir quelques faveurs féminines. Arrivé en Suède à l’âge de 20 ans, Jean-Claude Arnault est devenu, au cours des années 1970, l’une des coqueluches de l’intelligentsia suédoise. Marié à la poétesse Katarina Frostenson, l’un des 18 membres de l’Académie suédoise (qui décerne aussi le prix Nobel de littérature, ce qui, en l’occurrence, n’est pas sans importance), il a animé un petit cercle situationniste avant de créer Forum, un centre culturel et associatif, où il était bon d’être vu pour les jeunes artistes désireux d’être repérés par la critique. Et bien qu’il se défende aujourd’hui de toute influence sur son épouse, on parlait parfois de lui comme du « 19e membre du Nobel ». Bref, on l’imagine volontiers comme un beau parleur de gauche, peut-être comme un type imbuvable. Pas vraiment comme un violeur.

« N’oubliez pas que les pasteurs faisaient la loi »

Il se décrit comme un homme galant, qui aime complimenter les femmes et les séduire, ce qui, précise-t-il, n’a jamais été bien vu dans un pays qui derrière sa réputation de royaume de la liberté sexuelle est resté terriblement luthérien. « N’oubliez pas que les pasteurs faisaient la loi dans les villages et que la notion de honte publique y était très forte. » Il ajoute que sa nationalité française, qui a longtemps été un petit supplément de charme, est devenue, au fil des années, plus lourde à porter.

Le 21 novembre, sa vie et celle de son épouse basculent dans l’enfer. À six heures du matin, il est réveillé par un coup de fil de Dagens Nyheter, le principal tabloïd suédois, qui lui demande de commenter les informations qu’il s’apprête à publier. Dix-huit femmes (autant que de membres de l’académie) l’accusent, décrivant des scènes épouvantables de harcèlement, de tentatives de viol et de viols. Curieusement, les médias français qui évoquent l’affaire, comme L’Express, oublient de préciser que plus de la moitié des accusatrices sont anonymes. Parmi celles qui témoignent à visage découvert, Arnault dit qu’il n’a jamais eu aucune relation avec la plupart et reconnaît seulement une aventure passée avec l’une d’elles. Du reste, après quatre mois d’enquête policière, seules les accusations formulées par cette dernière ont été retenues par les juges, toutes les autres ayant été balayées faute d’éléments probants ou parce que les faits étaient prescrits.

Le « Weinstein suédois »

Dans la foulée de la publication de DN, Sara Danius, la nouvelle secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, affirme au cours d’une conférence de presse que le Français a « harcelé et agressé des académiciennes, des femmes d’académiciens, ainsi que certaines de leurs filles et des salariées de l’Académie suédoise ». Elle commande une enquête à un avocat qui fournit, d’après Arnault, 300 pages de ragots. Toujours d’après lui, Sara Danius convoque également son épouse et la menace de divulguer le rapport de l’avocat si elle refuse de démissionner de l’Académie.

En vingt-quatre heures, Jean-Claude Arnault devient le « Weinstein suédois ». De fait, il a au moins un point commun avec le producteur américain: tous ceux qui lui mangeaient dans la main la veille et se détournent de lui avec des mines outragées. Des milliers d’articles, tous à charge, paraissent avec sa photo et celle de son épouse. Parmi ses amis, quelques-uns tentent de le soutenir, puis jettent l’éponge pour ne pas connaître à leur tour le bannissement.

L’ombre du tribunal Metoo

Forum est fermé et il doit littéralement fuir en France où, au moins, on ne le connaît pas. Si Arnault est, comme il le dit, blanc comme neige, comment expliquer l’acharnement de ses accusatrices ? Lui se dit victime par ricochet des luttes d’influence à l’intérieur de l’Académie. Ce sont, dit-il, des proches du parti féministe suédois – qui cherchent depuis des mois à leur nuire, à lui et son épouse – qui ont tout manigancé.

En réalité, seul un tribunal pourra faire la lumière sur cette ténébreuse affaire. Encore faut-il qu’il puisse juger. Or, dans le climat passionné – et passablement haineux – qui entoure l’affaire, même le bâtonnier de Stockholm, qui est une bâtonnière, semble douter qu’il puisse bénéficier d’un procès serein et équitable. Les partisans de la révolution Metoo n’ont que le mot justice aux lèvres. On aimerait que leur main et leur plume tremblent quand ils ont le pouvoir de détruire la vie d’hommes qui, quoi qu’ils en pensent, sont aussi des êtres humains.

Les Rien-pensants

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Attaques au couteau: la vérité de l’intention, c’est l’acte

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Déséquilibrés, terroristes, djihadistes ? Les querelles sémantiques n’y changent rien : de plus en plus d’agressions, notamment au couteau, frappent les populations occidentales. Peu importe le motif invoqué par leurs auteurs, il faut qualifier les faits en s’interrogeant sur le modus operandi des coupables.


 

Anne-Sophie Chazaud m’a fait l’honneur de me citer dans le cours de ses réflexions très justes sur la montée des actes d’agression sauvage, notamment des attaques au couteau.. Elle évoque un point qui me tient à cœur autant du point de vue politique que du point de vue théorique.

Les voies du déni

Comme philosophe empiriste se réclamant de la philosophie analytique, j’ai en effet depuis toujours la plus grande défiance envers les explications par les intentions subjectives. Ce qui compte, ce ne sont pas les intentions mais les actes. Hegel, pourtant pas très philosophe analytique, disait que « la vérité de l’intention, c’est l’acte ».

Or dès qu’il y a une attaque au couteau (et il y en a beaucoup – la dernière en date à Périgueux!)  non seulement les belles âmes islamo-gauchistes mais aussi les bonnes consciences des médias s’empressent d’invoquer l’absence d’intention terroriste avérée ou la pathologie mentale ou l’alcoolisme des agresseurs pour se rassurer : non ce n’est pas une action terroriste mais juste l’acte d’un déséquilibré. Et donc, circulez il n’y a rien à voir.

Une philosophie de l’action solide et crédible demande qu’on s’interroge sur les actions à partir non pas des intentions supposées des acteurs, qui sont toujours confuses et variables et susceptibles d’être décrites de mille manières, mais de la gamme des actions socialement possibles à la disposition des acteurs au moment où ils ont agi.

Les terroristes imitent les artistes

L’historien de l’art Michael Baxandall, qui se présentait lui-même comme le dernier des empiristes anglais, a génialement analysé dans son livre de 1985, Patterns of intention, on the historical explanation of pictures, que je fis traduire dans ma collection Rayon Art chez Jacqueline Chambon en 1991 sous le titre Les formes de l’intention, les stratégies de création de quatre « artistes », Chardin, Picasso, Piero della Francesca… Et les deux architectes du pont sur le Firth of Forth au nord d’Edimbourg, Fowler et Baker.

Baxandall y montrait qu’un artiste, y compris quand il innove, crée en fonction d’un registre d’intentions possibles que la culture de son temps met à sa disposition. Son intention est définie à travers les choix qu’il fait entre ces « formes » de l’intention. On ne doit donc pas partir pour l’analyse des œuvres (ici des actions) des intentions subjectives des acteurs mais des registres intentionnels à leur disposition. Il ne sert à rien de se demander quelles étaient les intentions de Chardin quand il peint « une dame prenant le thé » mais quel registre intentionnel est à sa disposition dans l’art de son temps et comment il choisit entre eux et insère sa manière propre.

On me dira : « que diable cela a-t-il à voir avec les attaques au couteau ? » ?

C’est pourtant assez clair : un agresseur a aujourd’hui à sa disposition un registre d’actions socialement définies. Aujourd’hui les attaques au couteau, avec leur signification religieuse caractéristiquement islamique, font partie des « formes de l’intention » à disposition des terroristes mais aussi des déséquilibrés, des voyous et des violents. On peut toujours s’interroger ensuite sur la responsabilité réelle de l’agresseur mais ce n’est qu’une question dérivée, annexe et en fait sans grande importance : la vérité de l’acte, c’est la reprise d’un modèle d’action religieux terroriste.

Terrorisme low-cost

La propagande islamique diffuse d’ailleurs sans relâche ce modèle et le propose à tous ceux qui veulent produire une action violente : voilà ce que vous pouvez faire…

Qui plus est ce modèle d’intention est factuellement accessible, pas cher (le prix d’un couteau de cuisine à ce jour en vente libre !) et sa portée communicationnelle et terrorisante est maximale. Il est même peu risqué du point de vue pénal car on pourra toujours invoquer l’absence de préméditation ou le dérangement – ou invoquer son droit au silence. Dans notre monde faussé par le psychologisme des juges et des avocats, c’est donc tout bénéfice. On dirait parfois que les assassins ont, eux, parfaitement compris les sophismes de l’analyse des intentions subjectives et les tournent à leur profit.

Il est donc temps d’en finir avec ces larmoiements sur des intentions qu’on peut déformer dans tous les sens avec un avocat même pas malin et devant des juges qui se prennent pour des confesseurs. Et, pire, il faut être lucide : ce genre d’attaque aura la vie dure…


La France Orange Mécanique - Edition définitive

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La violence

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15 août 2018: et si c’était le dernier?

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Jérôme Leroy imagine un été sans 15 août férié, chômer le jour de l’Assomption de la Vierge étant trop catholique pour les uns, trop paresseux pour les autres. Petite pochade.


 

« Je pense que ce quinze août sera le dernier à être un jour férié. Il ne faut pas prendre les Français pour des idiots. » vient de déclarer Emmanuel Macron, par l’intermédiaire d’un tweet matinal depuis la piscine du Fort de Brégançon. Si la nouvelle peut surprendre, un certain nombre d’observateurs économique et politique s’attendaient à une annonce de ce genre, au cœur de l’été.

Le gouvernement unanime

Ce n’est en effet un secret pour personne que le nombre de jours fériés plombe l’économie française et représente un manque à gagner important pour les entreprises. « Les 11 jours fériés définis par le Code du Travail coûtent des milliards aux premiers de cordées » a déclaré Muriel Pénicaud, ministre du Travail, jointe à Davos où elle faisait de la randonnée avec le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. Elle s’est refusée pour l’instant à donner des chiffres trop précis « pour éviter d’affoler les Français. »
Christophe Castaner, ministre chargé des Relations avec le Parlement et joint derrière un Casanis à Forcalquier pendant une partie de pétanque, a pour sa part précisé: « Je vous le dis très calmement, très sereinement, le 15 août est un archaïsme et sera l’une des lignes de fractures entre progressistes et rouges-bruns intégristes lors des prochaines européennes. Et les Français sont prêts à travailler plus, comme moi. La preuve, je vous laisse, y’a Paulo qui m’appelle pour pointer. »
Soutien total, aussi, du côté du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, qui  goûte un repos bien mérité depuis son passage devant la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale où il a assumé avec courage son rôle et ses responsabilités dans l’affaire Benalla: « Le 15 août est une véritable provocation, en ces temps de fractures communautaristes, à l’égard de nos compatriotes protestants. Ce rôle central accordé à la Vierge ne peut que heurter les Eglises Réformées avec lesquelles la capitale des Gaules et le reste de la France vivent en bonne entente, même si mes services m’invitent à rester vigilants sur la création de réseaux armés qui pourraient vouloir passer à l’action sous l’influence de pasteurs venus de l’étranger, notamment du canton de Vaud. »

Mais le soutien le plus ferme à l’annonce présidentielle est venue de Marlène Schiappa, secrétaire d’état, à l’Egalité femmes-hommes: « Il était temps. Et le président a encore anticipé avec une incroyable lucidité sur le mouvement réel de la société. Enfin, quand même, l’Assomption, c’est une violence faite à toutes les femmes si on y réfléchit.  Je rappelle que c’est l’histoire d’une femme que des anges nus emmènent vers le ciel avec des regards appuyés sans son consentement. Ce n’est pas une métaphore de l’orgasme mais du viol. Je viens encore d’en discuter avec mes filles car on aime bien causer théologie au petit-déjeuner quand on se repose après un jogging. »

Et si Robespierre remplaçait Marie?


Surprise au coeur de l’été, et perplexe, l’opposition cherche encore une riposte. Du côté du PCF et FI, on propose de laïciser le 15 août ou de le remplacer par le 28 juillet, jour anniversaire de la mort de Robespierre. Chez LR, la discorde risque de se rallumer entre Laurent Wauquiez, qui voit là « une atteinte aux racines chrétiennes de la France » et son aile libérale qui avait l’intention de proposer la disparition de la moitié des jours fériés.
Jointe en Bretagne, Marine Le Pen a déclaré : « Tout ça nous confirme que ce gouvernement est fait de faux durs. A la première alerte, comme l’a avoué à mi-mot Gérard Collomb, on se dégonfle devant la menace terroriste parpaillote. »

« Stéphane Bern juge le quartier Saint-Jacques de Perpignan sans y avoir mis les pieds »

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Emmanuel Macron et Stéphane Bern. Sipa. Numéro de reportage : 00861605_000011. Photographies du quartier Saint-Jacques de Perpignan. DR.

Quartier le plus pauvre de France, Saint-Jacques est aujourd’hui le ghetto à ciel ouvert de la communauté gitane de Perpignan, où l’illettrisme le dispute au chômage. Critiqués par Stéphane Bern et certains acteurs du patrimoine, les travaux de rénovation de ce quartier central sont aujourd’hui suspendus. Le coordinateur du projet, Olivier Amiel, adjoint au maire de Perpignan responsable de la politique de la ville, nous explique pourquoi. Entretien.


Daoud Boughezala. Dans nos colonnes, le directeur de la Tribune de l’Art Didier Ryckner est très critique à l’encontre de la loi Patrimoine qui, selon lui, peut permettre le démantèlement de petits bijoux de patrimoine tels que le Marais ou le quartier Saint-Jacques de Perpignan. Ca m’a fait penser à votre différend avec Stéphane Bern…

Olivier Amiel. Nous voulions tout simplement faire remarquer à Stéphane Bern qu’il jugeait une ville, un quartier sans y avoir mis les pieds. Je l’ai fait d’une manière un peu virulente en le traitant de « bouffon du roi Macron » et de « pitre cathodique » certes, mais j’étais très en colère car je n’apprécie pas qu’on veuille saborder d’un simple tweet le travail de plusieurs années mené par des habitants, des agents territoriaux et de l’Etat…

Evidemment, il faut sauvegarder le patrimoine français, l’architecte des bâtiments de France est là pour ça. Il ne faut pas pour autant mettre sous cloche certains quartiers et des villes entières, il faut prendre en compte les hommes et femmes qui y vivent. Certains architectes du bâtiment de France peuvent dépasser leurs fonctions. Je ne trouve pas sain qu’une (seule) personne puisse bloquer une activité humaine, une évolution urbaine à sa guise.

Dans le quartier Saint-Jacques, 60% des foyers vivent en dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage s’élève à 70%

Expliquez-nous le leitmotiv du réaménagement du quartier Saint-Jacques ?

On a une urgence urbaine et humaine hors-norme. Saint-Jacques a été retenu dans le quartier général de renouvellement urbain, il fait donc partie des 200 quartiers les plus pauvres de France. Beaucoup le classent d’ailleurs comme « le » quartier le plus pauvre de France. 60% des foyers vivent en dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage s’élève à 90% chez les jeunes de 16-25 ans (70 % dans l’ensemble de la population), la moitié des immeubles y sont potentiellement indignes. En 2006, un homme est décédé à la suite d’un effondrement. On recense d’ailleurs un nombre record de périls et d’immeubles en état d’insalubrité par rapport au territoire national. Nous nous devions d’agir.

A lire aussi: Macron, faux-ami du patrimoine

A côté de ça, c’est un quartier historique qui fait l’objet d’un plan de sauvegarde du patrimoine. On prend en compte cet aspect lors du réaménagement. Aujourd’hui avec le nouveau programme de renouvellement urbain (NPNRU), nous avons dissocié les deux procédures : celle de révision du secteur sauvegardé et celle de lancement de projet de renouvellement urbain. Pourquoi ? Parce que ce projet de renouvellement urbain permet d’améliorer les conditions de vie des habitants, et ça c’est urgent. La question de révision du secteur sauvegardé est d’ordre esthétique et patrimoniale, là il y a moins d’urgence. Notre projet du NPNRU est totalement conforme au règlement tel qu’il est aujourd’hui. Tous les éléments qui auraient nécessité d’attendre la révision du secteur sauvegardé ont été retirés. On sauvegarde le patrimoine tout en évitant d’être sous cloche et en permettant d’améliorer d’ores et déjà les conditions de vie des habitants.

On ne peut laisser les gens vivre dans des conditions de vie indignes pour éviter de toucher au patrimoine.

Quel est le secteur concerné ?

Cela concerne l’ensemble du centre historique de Perpignan, qui comprend les quartiers Saint-Jacques et Saint-Matthieu mais aussi La Réal, qui comprend l’église Notre-Dame-la-Réal. Encore une fois, ça ne va pas à l’encontre de la défense du patrimoine. Vous savez, touristiquement parlant, le patrimoine est notre atout principal, on ne risque pas de le mettre à mal. L’ensemble des habitants a d’ailleurs un fort lien affectif avec le centre historique. On ne peut laisser les gens vivre dans des conditions de vie indignes pour éviter de toucher au patrimoine. Ce genre de débat me fait penser aux « hutongs », les maisons traditionnelles chinoises. Les touristes trouvaient scandaleux qu’on veuille les détruire, mais ils n’étaient pas à la place de ceux qui les habitaient dans des conditions insalubres, sans eau, sans électricité… Donc il faut, bien entendu, sauvegarder le patrimoine, mais ne jamais oublier les vies qu’il abrite.

Un chantier a été bloqué parce que certains craignent qu’on veuille chasser la population gitane du quartier.

Quelle part de la population va quitter le quartier de Saint-Jacques à l’issue de ce réaménagement ?

Un chantier a été bloqué parce que certains craignent qu’on veuille chasser la population gitane du quartier. Or, toutes les réunions et les documents ont confirmé notre absence de volonté de chasser la population. On reconstitue de l’offre en terme de logement, que ce soit du logement locatif social ou du logement conventionné, donc toujours abordable. Ce qui permettra à ceux qui le veulent de rester dans le quartier. Beaucoup de villes ont gentrifié leurs quartiers en virant les classes populaires pour ne faire que du grand standing. Nous, on ne veut ni chasser ni ghettoïser la population. Il y aura la possibilité de maintenir ceux qui souhaitent rester, et pour les familles qui souhaitent quitter le quartier, nous mettons en place un accompagnement social approprié.

Que s’est-il passé pour que votre député LREM entrave les travaux (encore suspendus) ?

Romain Grau, puisqu’il s’agit de lui, a incité des personnes à continuer « à leur faire peur, à leur mettre la pression » afin que cela devienne un problème d’ordre public et que le préfet soit obligé de maintenir l’ordre public et donc, de bloquer le chantier. Cette attitude est totalement irresponsable de la part d’un élu de la République, surtout dans un quartier qui a connu des problèmes de violence urbaine et communautaire. Il l’a fait à des fins politiques et c’est regrettable, surtout pour un chantier de résorption d’habitat insalubre (RHI). Ce genre de chantier permet de démolir pour reconstruire du logement locatif social. En jouant sur la crainte d’être chassé, il fait bloquer un chantier de démolition d’immeubles non-habités et non-habitables sur lesquels nous devons reconstruire des logements sociaux. Rendez vous compte de l’absurdité de son comportement et de la situation !


« Le Média », la voix de la France (trop) insoumise

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media melenchon chikirou miller
Aude Lancelin reçoit Thomas Guénolé, Le Media.

Bisbilles, accusations de mauvaise gestion et d’indigénisme, départs en chaîne : la webtélé mélenchoniste est un joyeux bordel.


Il y a moins d’un an, « Le Média » se lançait à grand renfort d’ironie. Cette webtélé mélenchoniste-mais-pas-que s’ouvrait en effet par un JT férocement autoparodique, au cours duquel la journaliste Aude Rossigneux parait à l’avance les critiques les plus caricaturales : le lider maximo Mélenchon y était encensé, le Venezuela et la Corée du nord montrés en exemple, les députés insoumis brossés dans le sens du poil et Staline réhabilité[tooltips content= »Ce qui correspond assez peu au passé trotskiste-lambertiste de Mélenchon… »]1[/tooltips].

Las, plus qu’une chaîne aux ordres, le parangon de la subversion que se voulait Le Media s’est involontairement transformé en révélateur des fractures de La France insoumise.

Au commencement était le Verbe…

Tout avait pourtant si bien commencé. Annoncé fin septembre 2017 par la publication d’un manifeste dans Le Monde en faveur d’un média « humaniste, féministe, écologiste, progressiste, antiraciste » et même « pluraliste », le démarrage de la webtélé se faisait sous le parrainage d’intellectuels tels qu’Eva Joly, Karl Zéro, Josiane Balasko, Robert Guédiguian, Bruno Gaccio, Laurent Baffie ainsi que quelques fantaisistes comme Arnaud Montebourg, Pierre Joxe ou Noël Mamère. Et pas question de créer une TV Mélenchon : « in-dé-pen-dant » des chapelles et des coteries, on vous dit… Certes, l’ancienne directrice de la communication de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, pilotait (bénévolement…) la chaîne, mais nous jurait qu’elle avait abandonné sa défroque. Et pour nous rassurer, l’ex-apparatchik du PS protégée de Michel Charzat et Laurent Fabius se voit flanquée de l’inévitable Gérard Miller, psychanalyste et sermonneur cathodique qui tient les cordons de la bourse du Media.

…et les lumières fuirent

Une première désillusion survient en février 2018 au départ de la présentatrice Aude Rossigneux. Premier épisode d’une longue série de déboires, le non-renouvellement de son contrat à durée déterminée révélait l’envers du décor. Derrière l’utopie d’une télévision gratuite financée par les donateurs (« les socios »), les jérémiades de cette Calimerette s’étalaient dans toute la presse. « Une brutalité qui n’est pas exactement conforme à l’idée que chacun se fait d’un ‘management’ de gauche. Une brutalité qui serait peut-être un sujet pour Le Média si elle était le fait d’un Bolloré » : la formule faisait mouche et ouvrait la boîte à gifles. Tentant de la jouer patron cool, Miller ne tarissait pas d’éloges sur les qualités professionnelles de Rossigneux, regrettant simplement son obstination à présenter le journal – un exercice pour lequel elle n’aurait pas été taillée – à l’exclusion de tout autre programme…

« Crise », le mot fusait chez les mauvaises langues. Facile de moquer les soubresauts d’un frêle esquif citoyen soumis aux bourrasques de la société marchande. Mais le travail du négatif se poursuivait, n’entamant en rien le moral des soutiers.

Sur le fond, Aude Lancelin s’efforce de maintenir l’équilibre entre média d’opinion et obligation de pluralisme, au grand dam de certains « socios » excédés par l’invitation des réacs Natacha Polony ou Marianne Durano de la revue Limite dans des débats contradictoires. S’il faut parler bien franc, la gauche n’a pas le monopole du sectarisme, à en juger par certains commentaires de lecteurs allergiques à toute parole contradictoire…

Mais c’est au sein même du Média que s’ouvre une nouvelle brèche. Fin février, le vieux briscard Noël Mamère quittait le navire sur une question de fond, contestant l’opposition du Média à l’opposition syrienne, qu’il percevait comme un soutien latent au régime de Bachar Al-Assad.

Après eux, le Déluge

Au printemps, c’est le drame. Le Média invente un blessé dans le coma après l’évacuation policière de Tolbiac ! De circonlocutions en explications vaseuses, Gérard Miller a beau plaider la bonne foi et nous expliquer qu’ils ont eu raison d’avoir tort, cette fausse nouvelle enfonce la chaîne dans le purin. Comme dirait Debord, sa période de coexistence pacifique avec la vérité aura été de courte durée… Voilà de quoi bien faire ricaner les parlementaires macronistes qui voudraient légiférer contre les fake news.

A l’ère des réseaux sociaux, les disputes de famille se font au grand jour. En juillet, Sophia Chikirou quitte bruyamment l’aventure, accusée par les équipes du Média d’avoir facturé son « bénévolat » 130 000 euros en facturant des services au nom de sa société. Contestant cette mise en cause, elle en appelle au génie médiateur de Bruno Gaccio (oui, le ci-devant auteur des Guignols…) pour aboutir à un compromis sans quoi elle se pourvoira en justice. Comme dans tous les couples, les problèmes de gros sous échauffent les esprits. Maintenant que Le Media fort marri cherche des capitaux, Miller lance publiquement, avec des trémolos dans sa voix de fausset : « Tout semble nous séparer aujourd’hui alors que nous avons été particulièrement proches pendant plus d’un an. » Quand Chikirou lui reproche d’avoir refusé tout audit des finances, la réponse du berger à la bergère ne tarde pas : « J’ai essayé pendant les 15 jours du séminaire d’y voir un peu clair sur ta gestion (et ce n’était pas facile, crois-moi), et j’aurais refusé que tout s’éclaire comme par miracle. » Fermez le ban, on ne les (re)mariera pas. Qu’à cela ne tienne, Lancelin remplace Chikirou au pied levé et annonce une refonte des programmes afin de mieux relever le « défi consistant à se passer de toute sujétion capitalistique industrielle ». Debout, les forçats de la faim !

Lancelin du crac

Toutes les bisbilles précédentes sont de la petite bière comparées aux dernières querelles qui fracturent la rédaction du Media. Plus question d’affrontements picrocholins, ou alors pas seulement. Une frange de la rédaction accuse Aude Lancelin de les avoir écartés de la création d’une Société des journalistes (SDJ). Pire, ces frondeurs conduits par le journaliste Alexis Poulin (que le séminaire d’été du Media n’a visiblement pas convaincu…) épinglent la dérive indigéniste des proches de Lancelin.

Quelques-uns parmi ces derniers se disent « racisés », au mépris de l’universalisme laïque et républicain qu’est censé exprimer Le Media. « Au moment où le terme de race doit disparaître de la Constitution, ils le revendiquent comme une identité ! » soulignent malicieusement leurs détracteurs en rupture de ban avec Le Media. En somme, Lancelin encouragerait une ligne Obono jusqu’à promouvoir au poste de rédacteur en chef actualités un certain Théophile Kouamouo, auteur de la bourde sur le prétendu « blessé grave » de Tolbiac. Les conjurés anti-Lancelin du Media ne manquent pas de l’incriminer pour avoir diffusé cette rumeur qui s’est « avérée fausse » (sic). Avec pareille maîtrise de la langue, nul doute que les frondeurs auteurs de cette lettre ouverte ont toute leur place à la télévision…

Au risque de conforter les derniers fidèles socios dans leur mentalité obsidionale, des « jeunes de gauche » annoncent une future scission : le Nouveau Media ! Gag ou énième scission ? Les mésaventures du Media auront au moins réussi à nous rassurer sur l’hypothèse d’une présidence Mélenchon. S’il arrive au pouvoir, le tenant de la VIe République aura fort à faire avec ses propres divisions. Avant de pouvoir revêtir l’habit de petit père des peuples, encore faut-il savoir gérer ce joyeux bordel !

Gap: la publicité à la fillette voilée piétine les principes républicains

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gap islam voile
Capture d'écran de la page Facebook de Gap.

Dans une publicité pour sa gamme « kids », la marque de vêtements Gap montre une petite fille vêtue d’un voile. Or, un voile islamique n’est pas un simple vêtement mais une marque d’adhésion à une idéologie qui proclame notamment « les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes ».  Retour sur la controverse.


Au milieu de la polémique qui suit la présence d’une fillette voilée sur une affiche publicitaire de la marque de vêtements Gap, deux articles se distinguent par leur grande qualité, ceux de Gilles Clavreul et de Céline Pina. En plus d’en recommander chaudement la lecture, j’aimerais en souligner quelques points, et en nuancer l’un ou l’autre.

Courageuse Céline Pina

Inutile d’insister sur les questions que soulève ce voilement d’une enfant : questions du discernement et du consentement à un âge précoce, de l’endoctrinement parfois ouvertement revendiqué (par exemple par Asif Arif, ce qui n’empêche pas le mal nommé « Observatoire de la Laïcité » de l’avoir longtemps soutenu), questions du rapport au corps et à la féminité, de vouloir séduire un marché (économique ou électoral) au mépris de la morale, et de la banalisation d’une marque d’appartenance dont les thuriféraires réclament pour eux-mêmes, lorsqu’ils sont minoritaires, des libertés qu’ils n’accordent pratiquement jamais aux autres une fois qu’ils sont au pouvoir.

Rappelons simplement qu’un voile islamique n’est pas un simple vêtement mais une marque d’adhésion à une idéologie qui proclame notamment « les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes ». Oublions la pseudo-excuse religieuse, oublions l’argument fallacieux de la coutume, et demandons-nous ce que nous penserions si cette fillette était exhibée avec un tee-shirt arborant un tel slogan !

Pour citer Céline Pina : « nul n’a eu le courage politique d’assumer qu’un signe qui marque l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, son infantilisation et sa réduction à sa fonction sexuelle n’a rien à faire dans des sociétés démocratiques où la reconnaissance de l’égale dignité des hommes et des femmes est à la base du contrat social. (….) Pendant que les femmes iraniennes prennent tous les risques et nous crient à quel point le voile est un instrument d’obscurantisme et de soumission, nous leur montrons qu’ici et maintenant, là où on est censé interdire les persécutions d’une partie d’une population au nom de la religion, on peut piétiner les droits des enfants, surtout des petites filles, si c’est fait au nom de la religion. »

Et encore, dans une réflexion tout aussi pertinente : « le scénario (….) confond respect et soumission, tolérance et sujétion et ne conçoit d’aller vers l’altérité qu’en effaçant sa propre identité. En creux il révèle à quel point nous croyons que le seul moyen d’aller vers l’autre, c’est d’abolir ce que nous sommes. Une impasse culpabilisatrice qui favorise au contraire le rejet et la radicalité face à cette impossible commande du politiquement correct. »

Tout ne relève pas du droit

Gilles Clavreul, lui, interroge notamment « la précipitation grandissante avec laquelle on tend à traiter ce genre de faits de société en se demandant « que dit le droit ? », tout se passant comme si tout problème était d’abord un problème de droit, devant en tant que tel avoir sa réponse juridique, ou qu’en tout cas la réponse juridique serait par avance et par construction revêtue de qualités supérieures, d’objectivité et de légitimité, qu’aucune réflexion philosophique, sociologique ou politique ne serait capable d’atteindre. En somme on ne cherche pas à éclairer le débat par le droit, mais à le clore. »

L’essentiel est dit. Contaminés par la dérive anglo-saxonne qui consiste à porter tout désaccord devant les tribunaux, nous en arrivons à renoncer à « la réflexion philosophique, sociologique ou politique » pour ne plus penser qu’à la loi, en une dérive étrangement similaire à celle des fanatiques qui nous combattent, et pour lesquels l’obéissance à une loi divinisée et prétendument divine abolit toute exigence éthique.

Or, chaque fois que la loi se pique de dire le Bien et le Mal, au lieu de se contenter du domaine déjà complexe de l’obligatoire, du permis et de l’interdit, le totalitarisme est là.

Le contrat-roi

A l’inverse, l’abandon de l’exigence morale pour ne garder que la dimension contractuelle des relations humaines et du droit aboutit à la loi de la jungle, la capacité d’instrumentaliser les subtilités juridiques tenant lieu de force, son vernis policé ne devant pas en masquer la sauvagerie. Les bons avocats ne coûteraient pas si cher s’ils n’étaient pas capables de faire gagner des procès que d’autres qu’eux auraient perdus, ce qui prouve si besoin était le manque d’objectivité et de fiabilité d’un tel système, qui malgré ses mérites s’apparente de plus en plus à des combats entre champions mercenaires.

Entre les deux, entre le totalitarisme du Bien et la brutalité de la contractualisation permanente, notre devoir à tous, notre devoir de citoyens, est de tenter de suivre l’injonction millénaire et toujours vraie qu’Eschyle place dans la bouche d’Athéna : « Que mon peuple évite l’anarchie comme le despotisme ! » (Les Euménides)

Reste, tout de même, une remarque. Gilles Clavreul semble défendre in fine le droit positif. Je crois au contraire, pour ma part, que seule la recherche du droit naturel, de « ce qui est bien en soi et quoi qu’on en pense », peut garantir la liberté et les libertés.

Car qu’est-ce au fond que le droit positif, sinon la dictature du consensus du moment, d’un effet de mode, et le risque toujours présent de mettre démocratiquement fin à la démocratie ? On ne peut échapper à ce paradoxe qu’en recherchant un bien objectif, s’appuyant sur une échelle de valeurs structurante.

Une certaine idée de l’Homme

Pour exister et perdurer, la démocratie doit admettre comme prérequis, qui gagne à être explicité, une certaine idée de l’Homme, qui d’une part veuille l’Homme libre, et d’autre part l’estime capable d’accéder à cette liberté puis de l’assumer.

Exalter l’émancipation de l’Homme n’a de sens que si l’on croit cette émancipation possible, et l’Homme digne d’y accéder. On ne peut conquérir une liberté dont on ne dispose initialement pas que si notre nature contient en germe au moins le désir et la potentialité de cette liberté. Une idée de l’Homme permettant la démocratie relève donc bien de convictions relatives à la nature humaine, c’est-à-dire du droit naturel.

Et au passage, pourvu que l’on partage cette vision de la nature humaine, l’essentiel n’est pas que l’on en voie l’origine dans les hasards et les nécessités de l’évolution, dans une téléologie impersonnelle, ou dans une volonté ou ascendance divine.

Rien à voir, bien sûr, avec l’argument du « droit naturel » comme justification d’un quelconque « ordre moral », pour condamner des comportements qualifiés de « contre-nature », ou pour faire passer pour naturel ce qui n’est que préjugé arbitraire. L’opposition entre « nature » et « culture » montre d’ailleurs toutes ses limites une fois que l’on comprend qu’il est dans la nature de l’Homme d’avoir une culture, voire de sublimer et de dépasser sa nature, et que c’est justement de refuser toute réflexion critique sur la manière dont nous vivons notre nature qui serait pour nous…. contre-nature !

La révolte universelle contre toute souffrance absurde

Notion à manier avec prudence, donc, mais néanmoins indispensable. En effet, « l’égale dignité des hommes et des femmes » ne relève pas uniquement du « contrat social », tout simplement parce que la société n’est pas seulement un contrat. Surtout, cette égale dignité n’est pas une question d’opinion : elle est, ou elle n’est pas. Ce qui fonde la dignité humaine est partagé par les hommes et par les femmes, ou ne l’est pas. Si nous croyons vraiment en ce en quoi nous disons croire, osons donc nous poser la question sans craindre la réponse !

Alors je le dis tout net : cette égale dignité est factuelle. La différence entre hommes et femmes est une réalité, et les chromosomes ne sont pas une construction sociale, même s’il existe de nombreuses manières d’être homme ou d’être femme, y compris par de multiples orientations sexuelles. Mais ce qui fait à mes yeux la valeur de l’Homme, on le rencontre aussi bien chez des hommes que chez des femmes, et ce sans distinction de sexe, de couleur de peau ou de sexualité. Yadh Ben Achour voit le fondement des droits de l’Homme dans la révolte universelle contre toute souffrance absurde, et cette révolte a poussé à la grandeur des femmes comme des hommes. Mencius trouvait l’origine de toute véritable éthique dans l’élan instinctif qui nous pousse à vouloir empêcher un enfant même inconnu de tomber dans un puits, et ce réflexe a poussé à la bonté des femmes comme des hommes – d’ailleurs, en défendant avant tout l’intérêt supérieur de l’enfant, Gilles Clavreul se fait lui-même le digne héritier du grand philosophe chinois.

Quel que soit le droit que l’on voudrait concéder aux hommes mais refuser aux femmes, il y a des femmes qui en seraient nettement plus dignes que bien des hommes. Et à l’heure où un certain féminisme dévoyé rêve de matriarcat plus que d’égalité, il n’est pas inutile de dire aussi : quel que soit le droit que l’on voudrait concéder aux femmes mais refuser aux hommes, il y a des hommes qui en seraient nettement plus dignes que bien des femmes.

Ce n’est pas néo-colonialiste de condamner les sacrifices humains

La contractualisation fluctuante et le consensus mou n’ont jamais permis de donner du sens à une civilisation. Bien sûr, il y a des choses qui relèvent de l’équilibre du moment, du particularisme local, et cette diversité est une composante précieuse de la richesse de l’Humanité : le besoin de chaque peuple de développer librement sa propre culture fait partie de ce que tous les peuples ont en commun ! Y compris d’ailleurs les peuples occidentaux, auxquels une certaine bien-pensance voudrait maintenant dénier ce droit….

Mais si chaque civilisation a créé des styles de musiques uniques selon son génie propre, et si certaines de ces musiques peuvent me sembler étranges, il n’en demeure pas moins que toute musique est de la musique, et non du bruit. Ce n’est pas du néo-colonialisme que de condamner les sacrifices humains, l’esclavage ou l’excision.

Certaines choses ne dépendent ni du moment, ni du lieu, ni de la jurisprudence. Ne méprisons pas la valeur de la concorde sociale, mais n’ayons pas honte d’aller contre l’air du temps pour défendre ce qui mérite de l’être.

Relativiser les valeurs de la République n’est pas une ouverture à l’autre, ce n’est qu’un lâche abandon des générations futures, une fuite des responsabilités dans un lent suicide collectif. Ce n’est pas de la tolérance, c’est un crime.

Décomposition française

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Nouveau-Mexique : un imam peut en cacher d’autres

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L'imam Wahhaj en conférence de presse, août 2018, New York. Sipa. Feature Reference: AP22234563_000001

Sous les apparences d’une soustraction d’enfants américains, se cache le spectre d’une secte musulmane proche de la Nation of Islam.


Onze enfants affamés ont été retrouvés, le vendredi 6 août 2018, dans un campement de fortune à Amalia, un comté sur la frontière entre les états du Nouveau-Mexique et du Colorado. Ils avaient été enlevés par Siraj ibn Wahhaj, ses sœurs Hurjah et Subhannah Wahhaj ainsi que sa femme, Jany Leveille, et son beau-frère Lucas Morton qui sont également… les parents des victimes. Quelques jours plus tard, les policiers et agents du FBI qui ont investi le campement ont trouvé le cadavre d’un douzième enfant, Abdul Ghani, 3 ans, fils de Siraj ibn Wahhaj et atteint de retard de développement, qui était recherché par sa mère, Hakima Ramzi, depuis décembre 2017. C’est un inspecteur de police qui a alerté le shérif du comté du Taos après avoir reçu le message suivant : « Nous sommes affamés et nous avons besoin de nourriture et d’eau ».

Des enfants entraînés à tirer

Rapidement, la police a lancé un raid qui a mené les 5 individus tout droit vers la prison. Poursuivies pour maltraitance d’enfants, les trois mères des enfants ont déclaré avoir subi un lavage de cerveau. Désormais incarcérés sans droit de remise en liberté sous caution, le tribunal indique qu’ils pourraient commettre de nouveaux crimes s’ils venaient à être relâchés, compte tenu des activités d’initiation au tir qu’ils dirigeaient. Le suspect aurait entraîné les enfants en vue d’attaquer prochainement des écoles. Chez les Wahhaj, on partage tout, même les giclées de sang.

Si la charge de terrorisme n’a pas été retenue, ils sont néanmoins décrits par le shérif comme des extrémistes musulmans. Et pas n’importe lesquels : derrière cette affaire sordide se cache une partie de l’histoire d’une mouvance méconnue de l’islam politique, l’américaine Nation of Islam (NOI).

En effet, le personnage clé de l’histoire – quoique son implication dans l’affaire criminelle de l’enlèvement des onze enfants n’est pas établie – est Siraj Wahhaj, 68 ans, le père de Siraj Ibn Wahhaj mais aussi l’employeur des trois femmes arrêtées dans le campement (elles travaillaient dans la mosquée At-Taqwa de Brooklyn qu’il contrôlait). Jusqu’en 2014, sa fille Hurjah tenait un blog chantant les louanges de son père, rappelant d’ailleurs son influence auprès des membres d’organisations pistées par le FBI telles que l’Alliance musulmane d’Amérique du Nord, le Cercle islamique d’Amérique du Nord mais aussi l’Association de la Jeunesse musulmane.

Une entrée radicale dans l’islam

Le parcours de Jeffrey Kearse – d’après son nom de baptême – est typique de certains jeunes Noirs américains nés après-guerre. Jeune adulte en 1969, un an après l’assassinat de Martin Luther King – traumatisme provoquant une radicalisation dans une partie de cette jeunesse -, il adhère à la Nation of Islam et renonce à son nom, un nom donné par des esclavagistes. Désormais, suivant l’exemple de Malcolm (Little) X, il s’appelle Jeffrey X12.

Fondée par Wallace Fard Muhammad (né Wallace D. Fard) en 1930 à Chicago, la Nation of Islam a proposé aux Noirs américains une nouvelle religion empruntant largement à l’Islam, en rupture totale avec celle – le christianisme – qu’ils partageaient avec ceux – les Américains blancs – qui les avaient tenus en esclavage. Mais c’est Elijah Muhammad, le charismatique disciple de Wallace Fard Muhammad, qui, après la soudaine disparition de ce dernier, a transformé ce groupe marginal en une véritable religion (avec des écrits sacrés, des prophètes, une cosmologie et une histoire des origines), acteur majeur du mouvement pour les droits des Noirs dans l’Amérique des années 1950-1960. En 1969, avec des convertis et des militants comme Malcolm X, Mohamed Ali (né Cassius Clay) et Louis Farrakhan (né Louis Eugene Walcott), le mouvement est au sommet de sa popularité quand le jeune Jeffrey Kearse, séduit par la radicalité du message (selon NOI, tous les Blancs sont par essence coupables) et sans doute par une promesse de changement radical de vie, décide, comme des centaines de milliers d’autres Noirs-Américains, d’y adhérer.

En 1975, lorsqu’Elijah Muhammad meurt, son 7ème fils, Warrith Deen Mohammed, reprend la direction de l’organisation. Très vite, il dissout NOI et la transforme en une association musulmane sunnite « normale » mettant fin, par la plus grande conversion à l’islam de l’histoire des États-Unis, à la phase sectaire et indépendante du mouvement du temps de son père. C’est à ce moment-là que Jeffrey Kearse, devenu en 1969 Jeffrey X12 prend le nom de Siraj Wahhaj (« lumière éclatante » en arabe) et part en Arabie saoudite pour parfaire ses connaissances théologiques. Au cours des années 1980, il s’investit dans la lutte contre la drogue et fonde à Brooklyn la mosquée Al-Taqwa à l’emplacement d’un ancien repaire de dealers. Mais ce travail de proximité sur les fléaux de la communauté noire a aussi sa part d’ombre.

Un Grand imam omniprésent sur Internet

Il ne s’agit pas uniquement de sa lecture littérale du Coran (il approuve châtiments corporels et la lapidation des femmes adultères) ni même de son opposition de principe à la démocratie libérale et son objectif revendiqué de voir les Etats-Unis devenir un Etat musulman (« Si nous étions unis et forts, déclarait-il, nous pourrions élire notre propre émir auquel nous ferions allégeance. Ma parole, si 6 à 8 millions de musulmans s’unissaient en Amérique, le pays serait à nous »). Plus troublants – notamment quand on connaît le projet de son fils… – sont ses liens ambigus avec le djihadisme et le terrorisme. Ainsi, l’instruction l’a qualifiée de « personne non accusée qui peut être considérée comme co-conspiratrice de l’attentat », avorté, contre le World Trade Center à New York en 1993. Et d’ailleurs, il ne s’en cachait pas. Diverses interventions relayent sur des plateformes YouTube (telles que Islam on Demand) sa vision de l’Islam et du monde. Celui qu’on appelle le « Grand Imam » est par ailleurs omniprésent sur Internet, où il s’est forgé un personnage quelque peu déroutant. Dans une vidéo postée le 29 avril 2013, il incite ses auditeurs à lire L’art de la guerre de Sun Tzu, et les exhorte formellement à connaître aussi bien leurs ennemis qu’ils se connaissent eux-mêmes. Dans son discours appelé « How to approach a friend who is staying away from Islam », il encourage l’auditoire à s’adapter aux sensibilités de l’interlocuteur afin de le convertir sans peine. Il est donc évident que contrairement à Warrith Deen Mohammed qui a dirigé ses ouailles vers le « mainstream » de la communauté noire américaine, Siraj Wahhaj restait fidèle à l’ADN radicale de la NOI du père fondateur.

La boucle islamiste est bouclée

Ce qui n’est pas le cas de son propre fils. Si le père a toujours entretenu l’ambiguïté sans jamais se compromettre avec le camp djihadiste pour enfants, son fils, Siraj ibn Wahhaj, a fait le pas de trop, mettant en péril non seulement sa propre vie mais l’œuvre de son père.

Pour l’observateur, cette évolution est éclairante : la boucle est bouclée. Tout avait commencé dans les quartiers noirs de Chicago au tout début de la grande crise économique, lorsque quelques Noirs-Américains ont fait le choix marginal inspiré d’un islam imaginaire qu’ils ont les premiers brandi en force de rejet de l’Occident. Cette branche s’achève donc par la forme la plus récente d’islam politique : le djihadisme violent porté par Al-Qaïda et Daech. La descendance idéologique de « l’école de Chicago » rejoint ainsi l’arborescence islamiste élaborée presque au même moment au Caire par Hassan Al-Banna, père fondateur des Frères musulmans.

Le néo-révisionnisme frappe l’Amérique de plein fouet

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La statue de MacDonald à Kingston, vandalisée en 2013. ©SIPA, Numéro de reportage : AP21348100_000001.

Au Canada, la statue de John A. MacDonald à Victoria a été déboulonnée. Au XIXe siècle, le pauvre MacDonald n’avait probablement pas pensé finir ainsi, humilié, dans le pays qu’il a contribué à fonder. Son crime : avoir été hostile aux peuples autochtones. Quand le multiculturalisme règne sans partages, le présent juge le passé.


Après les États-Unis, la fièvre révisionniste a aussi gagné le Canada, grand eldorado de la tolérance multiculturelle. La semaine dernière, la statue d’un des pères fondateurs de la Confédération canadienne de 1867, John A. MacDonald, était déboulonnée à Victoria, la capitale de la Colombie-Britannique. La nouvelle vague antiraciste a déferlé partout, elle a imposé son ordre au-delà des frontières de l’empire. Même la France subit actuellement l’impact de ce tsunami moral, malgré un océan de distance.

Comme celles des pires dictateurs déchus, la statue de MacDonald a été jetée par terre, pour repartir ficelée, en position horizontale, à l’arrière d’une camionnette de la ville. Au XIXe siècle, le pauvre MacDonald n’avait probablement pas pensé finir ainsi, humilié, dans le pays qu’il a contribué à fonder. Le crime de John A. MacDonald : avoir été hostile aux peuples autochtones, ce qui est effectivement une vérité historique. Mais surtout : avoir été un homme blanc de son temps, qui n’avait pas entrevu l’avènement du paradis diversitaire.

Quand le monde devient un safe space

Pour les nouveaux antiracistes, un safe space est un endroit où les minorités (culturelles et sexuelles) peuvent se sentir en sécurité physiquement, psychologiquement et idéologiquement. Les safe spaces sont des endroits où certains débats de société doivent être censurés pour ne pas heurter les sentiments de certaines personnes. Dans une université, un safe space est un séminaire où tous les gens sont d’accord pour accuser l’Occident de racisme, de sexisme, de colonialisme, d’impérialisme et d’islamophobie. Ce sont donc des lieux très neutres destinés à promouvoir l’objectivité scientifique…

Avec le triomphe du multiculturalisme, la logique du safe space est en train d’être appliquée partout, à commencer par l’espace public. Il faudrait épurer les parcs des références à l’histoire, débaptiser les rues et démolir les arcs de triomphe. Il faudrait reconstruire la virginité morale des méchantes sociétés capitalistes.

Le déboulonnage de statues s’inscrit dans une autre tentative de rééducation du peuple, dans une volonté de faire table rase de l’héritage occidental. Il faudrait remplacer le roman national par un roman postnational. Il ne s’agit plus seulement de respecter la diversité culturelle, mais de réécrire l’histoire selon ses exigences. En divinisant les minorités, le multiculturalisme a transformé les livres d’histoire en programmes politiques. Il veut maintenant transformer le paysage.

Faut-il éradiquer l’Homme blanc des Amériques ?

En Amérique du Nord, le néo-révisionnisme s’avère particulièrement violent, car c’est l’existence même de ce continent qui est remise en question. On se souvient qu’en octobre 2017, le maire démocrate de New-York, Bill de Blasio, avait envisagé de faire retirer la statue de Christophe Colomb du célèbre Columbus Circle. Pour certains, le découvreur de l’Amérique incarnait une Europe hostile aux Amérindiens, un passé qu’il fallait camoufler, ou au mieux abolir. La statue ne sera pas retirée, mais le mal était fait.

En attaquant Christophe Colomb au nom du respect des minorités, c’est l’Amérique entière, telle qu’elle existe aujourd’hui, que le mouvement antiraciste attaquait. Ce sont tous les descendants des Européens, y compris les métisses et ceux qui ont adopté leur culture, que le mouvement antiraciste insultait. Si Christophe Colomb incarne le Mal, alors tous ceux qui sont nés de sa découverte l’incarnent aussi. En Amérique, le déboulonnage de statues participe au projet d’éradiquer l’Homme blanc des anciens territoires autochtones. Les « Euro-descendants » devraient retourner dans le pays de leurs ancêtres.

La défaite du libéralisme

Ainsi, malgré son hégémonie apparente, le libéralisme est tranquillement en train de s’éroder. Les tabous et les interdits se multiplient sous la pression de l’antiracisme raciste. Il est de plus en plus difficile de parler librement dans ce monde où des armées de « trolls » vous attendent à chaque intersection numérique. Le multiculturalisme nous entraîne dans une révolution douce. Mais une révolution quand même.

L’empire de la susceptibilité est sur le point de gagner. Pour chaque statue qui tombe, c’est un point de plus pour le camp de la repentance. Pour chaque grand personnage de l’histoire qui est dénigré, ce sont des mètres de terrain que l’Occident perd. Dans le paradis des puritains, le néo-révisionnisme et le multiculturalisme marchent main dans la main.

La face cachée du multiculturalisme

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La canicule, Rimbaud, Macron et moi…

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grece rimbaud macron
Grèce, Santorin. Pixabay

De Rimbaud à Macron en passant par Marx et Ferrer, Jérôme Leroy et ses îles grecques nous livrent leurs impressions de l’été.


« Son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques. »

Imaginons que la civilisation occidentale ait fait des Illuminations de Rimbaud son livre sacré plutôt que choisir la Bible. En vérité, mes bien chers frères, je vous le dis, on aurait moins la tête aux massacres et l’argent et beaucoup plus au sexe et aux bains de mer.

La révolution de l’été

On peut penser que c’est par un temps comme celui qui a régné sur toute l’Europe et que la novlangue toujours hideuse appelle « épisode caniculaire », que la révolution éclatera enfin et que la furie prolétarienne balaiera le vieux monde. Il est possible également qu’il n’y ait jamais de révolution et que tout se termine par des épisodes anthropophagiques dans des hypermarchés aux rayons vides. Il est possible, aussi, qu’avec l’aide des discours négationnistes du climato-scepticisme, nous mourrions aveugle. Et pourtant, Rimbaud, encore lui, aurait pu nous prévenir : « Enfant, certains ciels ont affiné mon optique. » Les Illuminations, toujours.

Un hélicoptère passe à basse altitude sur un village des Cyclades étendu dans sa vallée comme une fille qui fait une sieste. Il va surveiller d’éventuels incendies. Eviter le carnage de Mati, près d’Athènes où une centaine de personnes ont brûlé dans des conditions atroces. Là encore le réchauffement climatique n’y est pour rien, bien entendu, ni l’aménagement délirant du territoire. Comme en Suède, où les flammes ont léché pendant des semaines le cercle polaire. « Tout va très bien, madame la Marquise. » A croire que la métaphore de Chirac sur l’avenir de la planète, en 2002, à Johannesburg : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » n’est plus une métaphore.

L’hélicoptère insiste dans l’odeur de la cendre et de la résine. On dirait le Sud. Ou la guerre. Nino Ferrer est mort le 12 août, il y a vingt ans, en se suicidant dans un champ, au cœur de l’été. Il avait bien compris cette mystérieuse équivalence entre le Sud et le sentiment paradoxal d’une éternité provisoire.

Ne jamais rentrer. Prendre cette résolution-là individuellement s’appelle une éclipse. La prendre collectivement s’appelle une révolution. Faire un pas de côté. Comme dans l’An 01 de Gébé.

Des nouvelles de l’hypothèse communiste

Il faut nager un peu longtemps et un peu loin pour atteindre ce grand rocher, presque un îlot, au milieu de la baie où d’année en année m’attend une anfractuosité qui a la forme d’un sourire de déesse. La seule que je prie de me laisser revenir éternellement. Pour l’instant, ça va.

Le communisme spontané des habitants de l’île d’Ikaria, depuis l’Antiquité. Il a inspiré Cabet, il est signalé par Marx. Il est la preuve de l’imbécile arrogance des néo-libéraux qui prétendent représenter l’ordre « naturel » des choses. Et quand bien même ce serait le cas, le « naturel » est haïssable. Le « ce qui va de soi« . La civilisation, c’est tout le contraire. Une construction qui n’a rien d’évident, un effort permanent. C’est en ce sens qu’être de gauche est une sculpture de soi et que l’hypothèse communiste est une ornementation du monde, comme le sourire des déesses.

Macron existe-t-il ?

L’été nous aura fait découvrir l’essence du cogito macronien. « J’assume donc je suis (président). » Edouard Philippe avait déjà fait le coup, sur le mode mineur, avec son avion à 350 000 euros pour revenir de Tokyo : « J’assume donc je suis (Premier ministre) ». Assumer, le verbe magique, surtout utilisé pour la com’ de manière intransitive. Assumer serait une condition nécessaire et suffisante pour prouver et légitimer l’existence de Macron, son action et même son caractère sacré. Finalement, peu importe ce qu’on assume. Un libéralisme sauvage, un mépris de classe constant, les renoncements écologiques, la création d’un néo-SAC… Tout est assumé, donc tout est pardonné. On se sentirait même presque obligé, comme les poulpes parlementaires et ministériels qui lui servent d’entourage, de trouver ça vachement courageux. « Tu as vu, le président a décidé d’assumer l’euthanasie pour les plus de 75 ans atteints d’un cancer. C’est super fort, non ? » (la misère du second degré sur Internet nous oblige à préciser que cette mesure ne fait évidemment pas partie des promesses de campagne du président Macron ni d’un quelconque agenda caché.)

Comme souvent, dans les situations pré-totalitaires, le piège politique est d’abord un piège grammatical (Orwell, Klemperer, Hazan.) Et sortir du piège politique, c’est d’abord sortir du piège grammatical. Rappeler qu’il peut y avoir des choses qu’on ne peut pas assumer parce qu’elles sont abjectes. Que le complément d’objet direct est aussi important que le verbe. Qu’assumer n’est pas toujours un signe de courage mais ce qui est le cas avec le macronisme d’arrogance, voire d’inhumanité. Rien d’étonnant : le surnom du président, c’est Jupiter. Un dieu, le chef des dieux même : pas un homme.

« Ma première leçon de civilisation m’avait appris que le bon goût n’était pas dans la modération mais dans la découverte d’accords entre des aspérités. »
(Jacques Laurent, Histoire égoïste)


Histoire égoïste

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Contrôle technique: mon parcours du combattant

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Louis de Funès et Bourvil dans "Le Corniaud".

Assailli par les normes, l’automobiliste se soumet au contrôle technique, aux limitations de vitesse et aux exhortations de son garagiste. Récit épique.


 

Par une journée chère à Agnès Buzyn pour inciter à la prudence par temps de canicule, je conduis ma voiture au contrôle technique, obligatoire tous les deux ans. Il est vrai qu’elle n’est pas toute jeune, ma voiture, mais elle avait été entièrement révisée il y a six mois et tout allait bien.

Mon pot est encrassé

Avec ma charrette, j’étrenne le tout nouveau dispositif ultra-perfectionné de ce contrôle dans mon bled de province. Au bout d’une petite heure à suer par 33°C, je suis informé d’une « défaillance majeure ». Je cite : « l’opacité dépasse les limites réglementaires, en l‘absence de valeur de réception ou les mesures sont instables ». Et tant pis si par 33°C la machine se montre hésitante !

On m’accorde un délai maximal de deux mois pour passer une contre-visite (onéreuse) dans l’espoir de purger mon pot d’échappement de cette diabolique « opacité ».

Et l’employé dévoué à la cause de la salubrité de l’air — dans un coin dominé par le vrombissement des tracteurs et des moissonneuses-batteuses — de m’expliquer sans rire que mon pot est encrassé parce que je ne roule pas assez vite et que le moteur diesel tourne à trop bas régime. Il faudrait donc que je pousse les vitesses (un bon 4000 tr/mn). Cela va de soi sur les routes de la région avec limitation de vitesse à 80 km/h !

Roulons à 180!

D’un rire sardonique, dame Évidence me souffle la solution : rouler à 180, le retrait de mon permis de conduire rendra caduque le contrôle et ses exigences. Et, bénéfice secondaire mais non négligeable par cette température estivale, on me trouvera une place à l’ombre.

Par acquit de conscience, je consulte mon garagiste. La mesure préconisée par le contrôleur ne sert à rien, me dit-il. Il faut décrasser le moteur : coût 220€. Voilà qui est clair pour venir à bout de cette opacité perverse et de mes économies.

Las de se trouver saigné à blanc par les radars piégeux lorsqu’ils dépassent de quelques kilomètres la limitation de vitesse. Ce qui est fréquent pour être à l’heure à son travail. Las de payer contrôle sur contrôle, de plus en plus contraignants, pour leur fidèle bagnole, certains, de plus en plus nombreux, deviennent des zadistes de la route. Ils roulent sans permis et sans assurance, quitte à devenir des dangers publics.

Peu importe : on ne va pas cesser de tirer les pis de la vache à lait qu’est le conducteur respectueux de la loi pour quelques énergumènes poussés à la délinquance.

Justice pour les mâles blancs!

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Henry Cavill et Amy Adams dans "Batman vs Superman", Etats-Unis 2015 © SIPA 00748358_000026

Après l’affaire Weinstein, la parole des femmes est devenue sacro-sainte. Dès lors, pourquoi s’embarrasser des principes du vieux monde que sont la présomption d’innocence et le respect des règles de la justice ?


Ils sont les œufs que l’on casse pour faire les omelettes de l’histoire. Parmi les nombreux hommes qui, au cours des derniers mois, ont vu leur existence ruinée par des accusations plus ou moins étayées, on en évoquera deux : Jean-Baptiste Prévost, 34 ans, ancien président de l’UNEF et ex-étoile montante du Parti socialiste, et Jean-Claude Arnault, 71 ans, que les médias ont surnommé le « Weinstein suédois ». J’ignore s’ils se sont rendus coupables des agissements qui leur sont prêtés ou reprochés. Mais tous deux ont déjà été condamnés à la mort sociale par les médias, alors même qu’aucune procédure ne vise Prévost et que Jean-Claude Arnault attend son procès en Suède.

Mort par médias 

Le 28 novembre 2017, Le Monde publie une « Enquête sur un système de violences sexistes au sein de l’UNEF » mettant nommément en cause Jean-Baptiste Prévost, qui a présidé l’organisation de décembre 2007 à avril 2011, tout en reconnaissant « que les faits rapportés ne relèvent pas a priori d’une incrimination pénale » (mais au pire de la drague lourdingue) ; en même temps, paraît une tribune d’anciennes militantes anonymes qui dénoncent, sans nommer leurs agresseurs, des agressions sexuelles et des viols. Le jeune homme qui a occupé divers postes de conseiller dans des ministères des gouvernements Valls a alors trouvé refuge à l’ambassade de France à Malte. Le 29 novembre, il reçoit sa lettre de licenciement.

Au Quai d’Orsay, on veut bien recaser les copains, mais respecter la présomption d’innocence, faut pas exagérer. Le 20 février, c’est au tour de Libé d’y aller de sa une : « Viols, agressions, harcèlement : les témoignages qui accablent l’UNEF ». Or, bien que Prévost ne soit pas mis en cause nommément par ces témoignages, sa photo figure en gros plan, avec en exergue, cette citation charmante : « J’ai senti quelque chose de dur contre mes fesses. Je lui demande d’arrêter. Et il me dit à l’oreille : « si tu veux rester vierge, tu peux me sucer ou je te prends par derrière ». » L’ennui, c’est que, contrairement à ce que raconte la mise en page, avec une claire intention de nuire, ce n’est pas à Prévost que ces propos sont attribués. On imagine combien il est simple de trouver du travail, alors qu’il suffit de googliser son nom pour tomber sur l’article. Certes, il pourrait gagner le procès en diffamation qu’il a intenté à Libération, mais aucun tribunal ne lui rendra sa vie gâchée.

À lire aussi : « Balance ton porc » : le grand Délathon a commencé !

Le cas de Jean-Claude Arnault est encore plus douloureux, car lui encourt, en plus du bannissement, dix ans de prison s’il est reconnu coupable des faits pour lesquels il se proclame innocent. C’est déjà un homme brisé que je rencontre dans un restaurant parisien. Il a néanmoins conservé son allure, et un vague petit air de Laurent Terzieff qui a dû lui valoir quelques faveurs féminines. Arrivé en Suède à l’âge de 20 ans, Jean-Claude Arnault est devenu, au cours des années 1970, l’une des coqueluches de l’intelligentsia suédoise. Marié à la poétesse Katarina Frostenson, l’un des 18 membres de l’Académie suédoise (qui décerne aussi le prix Nobel de littérature, ce qui, en l’occurrence, n’est pas sans importance), il a animé un petit cercle situationniste avant de créer Forum, un centre culturel et associatif, où il était bon d’être vu pour les jeunes artistes désireux d’être repérés par la critique. Et bien qu’il se défende aujourd’hui de toute influence sur son épouse, on parlait parfois de lui comme du « 19e membre du Nobel ». Bref, on l’imagine volontiers comme un beau parleur de gauche, peut-être comme un type imbuvable. Pas vraiment comme un violeur.

« N’oubliez pas que les pasteurs faisaient la loi »

Il se décrit comme un homme galant, qui aime complimenter les femmes et les séduire, ce qui, précise-t-il, n’a jamais été bien vu dans un pays qui derrière sa réputation de royaume de la liberté sexuelle est resté terriblement luthérien. « N’oubliez pas que les pasteurs faisaient la loi dans les villages et que la notion de honte publique y était très forte. » Il ajoute que sa nationalité française, qui a longtemps été un petit supplément de charme, est devenue, au fil des années, plus lourde à porter.

Le 21 novembre, sa vie et celle de son épouse basculent dans l’enfer. À six heures du matin, il est réveillé par un coup de fil de Dagens Nyheter, le principal tabloïd suédois, qui lui demande de commenter les informations qu’il s’apprête à publier. Dix-huit femmes (autant que de membres de l’académie) l’accusent, décrivant des scènes épouvantables de harcèlement, de tentatives de viol et de viols. Curieusement, les médias français qui évoquent l’affaire, comme L’Express, oublient de préciser que plus de la moitié des accusatrices sont anonymes. Parmi celles qui témoignent à visage découvert, Arnault dit qu’il n’a jamais eu aucune relation avec la plupart et reconnaît seulement une aventure passée avec l’une d’elles. Du reste, après quatre mois d’enquête policière, seules les accusations formulées par cette dernière ont été retenues par les juges, toutes les autres ayant été balayées faute d’éléments probants ou parce que les faits étaient prescrits.

Le « Weinstein suédois »

Dans la foulée de la publication de DN, Sara Danius, la nouvelle secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, affirme au cours d’une conférence de presse que le Français a « harcelé et agressé des académiciennes, des femmes d’académiciens, ainsi que certaines de leurs filles et des salariées de l’Académie suédoise ». Elle commande une enquête à un avocat qui fournit, d’après Arnault, 300 pages de ragots. Toujours d’après lui, Sara Danius convoque également son épouse et la menace de divulguer le rapport de l’avocat si elle refuse de démissionner de l’Académie.

En vingt-quatre heures, Jean-Claude Arnault devient le « Weinstein suédois ». De fait, il a au moins un point commun avec le producteur américain: tous ceux qui lui mangeaient dans la main la veille et se détournent de lui avec des mines outragées. Des milliers d’articles, tous à charge, paraissent avec sa photo et celle de son épouse. Parmi ses amis, quelques-uns tentent de le soutenir, puis jettent l’éponge pour ne pas connaître à leur tour le bannissement.

L’ombre du tribunal Metoo

Forum est fermé et il doit littéralement fuir en France où, au moins, on ne le connaît pas. Si Arnault est, comme il le dit, blanc comme neige, comment expliquer l’acharnement de ses accusatrices ? Lui se dit victime par ricochet des luttes d’influence à l’intérieur de l’Académie. Ce sont, dit-il, des proches du parti féministe suédois – qui cherchent depuis des mois à leur nuire, à lui et son épouse – qui ont tout manigancé.

En réalité, seul un tribunal pourra faire la lumière sur cette ténébreuse affaire. Encore faut-il qu’il puisse juger. Or, dans le climat passionné – et passablement haineux – qui entoure l’affaire, même le bâtonnier de Stockholm, qui est une bâtonnière, semble douter qu’il puisse bénéficier d’un procès serein et équitable. Les partisans de la révolution Metoo n’ont que le mot justice aux lèvres. On aimerait que leur main et leur plume tremblent quand ils ont le pouvoir de détruire la vie d’hommes qui, quoi qu’ils en pensent, sont aussi des êtres humains.

Les Rien-pensants

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Attaques au couteau: la vérité de l’intention, c’est l’acte

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CC0 Public Domain

Déséquilibrés, terroristes, djihadistes ? Les querelles sémantiques n’y changent rien : de plus en plus d’agressions, notamment au couteau, frappent les populations occidentales. Peu importe le motif invoqué par leurs auteurs, il faut qualifier les faits en s’interrogeant sur le modus operandi des coupables.


 

Anne-Sophie Chazaud m’a fait l’honneur de me citer dans le cours de ses réflexions très justes sur la montée des actes d’agression sauvage, notamment des attaques au couteau.. Elle évoque un point qui me tient à cœur autant du point de vue politique que du point de vue théorique.

Les voies du déni

Comme philosophe empiriste se réclamant de la philosophie analytique, j’ai en effet depuis toujours la plus grande défiance envers les explications par les intentions subjectives. Ce qui compte, ce ne sont pas les intentions mais les actes. Hegel, pourtant pas très philosophe analytique, disait que « la vérité de l’intention, c’est l’acte ».

Or dès qu’il y a une attaque au couteau (et il y en a beaucoup – la dernière en date à Périgueux!)  non seulement les belles âmes islamo-gauchistes mais aussi les bonnes consciences des médias s’empressent d’invoquer l’absence d’intention terroriste avérée ou la pathologie mentale ou l’alcoolisme des agresseurs pour se rassurer : non ce n’est pas une action terroriste mais juste l’acte d’un déséquilibré. Et donc, circulez il n’y a rien à voir.

Une philosophie de l’action solide et crédible demande qu’on s’interroge sur les actions à partir non pas des intentions supposées des acteurs, qui sont toujours confuses et variables et susceptibles d’être décrites de mille manières, mais de la gamme des actions socialement possibles à la disposition des acteurs au moment où ils ont agi.

Les terroristes imitent les artistes

L’historien de l’art Michael Baxandall, qui se présentait lui-même comme le dernier des empiristes anglais, a génialement analysé dans son livre de 1985, Patterns of intention, on the historical explanation of pictures, que je fis traduire dans ma collection Rayon Art chez Jacqueline Chambon en 1991 sous le titre Les formes de l’intention, les stratégies de création de quatre « artistes », Chardin, Picasso, Piero della Francesca… Et les deux architectes du pont sur le Firth of Forth au nord d’Edimbourg, Fowler et Baker.

Baxandall y montrait qu’un artiste, y compris quand il innove, crée en fonction d’un registre d’intentions possibles que la culture de son temps met à sa disposition. Son intention est définie à travers les choix qu’il fait entre ces « formes » de l’intention. On ne doit donc pas partir pour l’analyse des œuvres (ici des actions) des intentions subjectives des acteurs mais des registres intentionnels à leur disposition. Il ne sert à rien de se demander quelles étaient les intentions de Chardin quand il peint « une dame prenant le thé » mais quel registre intentionnel est à sa disposition dans l’art de son temps et comment il choisit entre eux et insère sa manière propre.

On me dira : « que diable cela a-t-il à voir avec les attaques au couteau ? » ?

C’est pourtant assez clair : un agresseur a aujourd’hui à sa disposition un registre d’actions socialement définies. Aujourd’hui les attaques au couteau, avec leur signification religieuse caractéristiquement islamique, font partie des « formes de l’intention » à disposition des terroristes mais aussi des déséquilibrés, des voyous et des violents. On peut toujours s’interroger ensuite sur la responsabilité réelle de l’agresseur mais ce n’est qu’une question dérivée, annexe et en fait sans grande importance : la vérité de l’acte, c’est la reprise d’un modèle d’action religieux terroriste.

Terrorisme low-cost

La propagande islamique diffuse d’ailleurs sans relâche ce modèle et le propose à tous ceux qui veulent produire une action violente : voilà ce que vous pouvez faire…

Qui plus est ce modèle d’intention est factuellement accessible, pas cher (le prix d’un couteau de cuisine à ce jour en vente libre !) et sa portée communicationnelle et terrorisante est maximale. Il est même peu risqué du point de vue pénal car on pourra toujours invoquer l’absence de préméditation ou le dérangement – ou invoquer son droit au silence. Dans notre monde faussé par le psychologisme des juges et des avocats, c’est donc tout bénéfice. On dirait parfois que les assassins ont, eux, parfaitement compris les sophismes de l’analyse des intentions subjectives et les tournent à leur profit.

Il est donc temps d’en finir avec ces larmoiements sur des intentions qu’on peut déformer dans tous les sens avec un avocat même pas malin et devant des juges qui se prennent pour des confesseurs. Et, pire, il faut être lucide : ce genre d’attaque aura la vie dure…

Formes de l'intention

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La violence

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15 août 2018: et si c’était le dernier?

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assomption 15 aout macron
Procession de Notre-dame-de-Paris, 15 août 2016, Sipa. Feature Reference: 00768095_000004.

Jérôme Leroy imagine un été sans 15 août férié, chômer le jour de l’Assomption de la Vierge étant trop catholique pour les uns, trop paresseux pour les autres. Petite pochade.


 

« Je pense que ce quinze août sera le dernier à être un jour férié. Il ne faut pas prendre les Français pour des idiots. » vient de déclarer Emmanuel Macron, par l’intermédiaire d’un tweet matinal depuis la piscine du Fort de Brégançon. Si la nouvelle peut surprendre, un certain nombre d’observateurs économique et politique s’attendaient à une annonce de ce genre, au cœur de l’été.

Le gouvernement unanime

Ce n’est en effet un secret pour personne que le nombre de jours fériés plombe l’économie française et représente un manque à gagner important pour les entreprises. « Les 11 jours fériés définis par le Code du Travail coûtent des milliards aux premiers de cordées » a déclaré Muriel Pénicaud, ministre du Travail, jointe à Davos où elle faisait de la randonnée avec le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. Elle s’est refusée pour l’instant à donner des chiffres trop précis « pour éviter d’affoler les Français. »
Christophe Castaner, ministre chargé des Relations avec le Parlement et joint derrière un Casanis à Forcalquier pendant une partie de pétanque, a pour sa part précisé: « Je vous le dis très calmement, très sereinement, le 15 août est un archaïsme et sera l’une des lignes de fractures entre progressistes et rouges-bruns intégristes lors des prochaines européennes. Et les Français sont prêts à travailler plus, comme moi. La preuve, je vous laisse, y’a Paulo qui m’appelle pour pointer. »
Soutien total, aussi, du côté du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, qui  goûte un repos bien mérité depuis son passage devant la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale où il a assumé avec courage son rôle et ses responsabilités dans l’affaire Benalla: « Le 15 août est une véritable provocation, en ces temps de fractures communautaristes, à l’égard de nos compatriotes protestants. Ce rôle central accordé à la Vierge ne peut que heurter les Eglises Réformées avec lesquelles la capitale des Gaules et le reste de la France vivent en bonne entente, même si mes services m’invitent à rester vigilants sur la création de réseaux armés qui pourraient vouloir passer à l’action sous l’influence de pasteurs venus de l’étranger, notamment du canton de Vaud. »

Mais le soutien le plus ferme à l’annonce présidentielle est venue de Marlène Schiappa, secrétaire d’état, à l’Egalité femmes-hommes: « Il était temps. Et le président a encore anticipé avec une incroyable lucidité sur le mouvement réel de la société. Enfin, quand même, l’Assomption, c’est une violence faite à toutes les femmes si on y réfléchit.  Je rappelle que c’est l’histoire d’une femme que des anges nus emmènent vers le ciel avec des regards appuyés sans son consentement. Ce n’est pas une métaphore de l’orgasme mais du viol. Je viens encore d’en discuter avec mes filles car on aime bien causer théologie au petit-déjeuner quand on se repose après un jogging. »

Et si Robespierre remplaçait Marie?


Surprise au coeur de l’été, et perplexe, l’opposition cherche encore une riposte. Du côté du PCF et FI, on propose de laïciser le 15 août ou de le remplacer par le 28 juillet, jour anniversaire de la mort de Robespierre. Chez LR, la discorde risque de se rallumer entre Laurent Wauquiez, qui voit là « une atteinte aux racines chrétiennes de la France » et son aile libérale qui avait l’intention de proposer la disparition de la moitié des jours fériés.
Jointe en Bretagne, Marine Le Pen a déclaré : « Tout ça nous confirme que ce gouvernement est fait de faux durs. A la première alerte, comme l’a avoué à mi-mot Gérard Collomb, on se dégonfle devant la menace terroriste parpaillote. »