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Inceste: une société française plus friande de têtes que de solutions

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Le témoignage de Camille Kouchner accusant d’inceste Olivier Duhamel ne finit pas de faire des victimes collatérales, alors qu’elles n’ont rien à voir avec les acteurs de la Familia grande.


Après Alain Finkielkraut perdant son poste de chroniqueur sur LCI, c’est Le Monde qui à son tour censure un dessin de Xavier Gorce jugé politiquement incorrect. La directrice de rédaction s’est ainsi fendue d’une lettre d’excuse dégoulinante de mièvrerie et de ridicule, s’excusant tour à tour auprès des personnes victimes d’inceste et des personnes transgenres, affirmant partager leurs valeurs et défendre leur cause et le prouvant en condamnant un dessin de presse satirique. De cette lettre, il vaut mieux rire que pleurer tant elle témoigne d’une vision pervertie du métier de journaliste. Il n’y a plus information, quête de vérité, examen des faits, débats et argumentation, non il faut montrer ici que l’on est dans le bon camp, du côté des victimes, inconditionnellement et sans distance.

Le problème c’est qu’en empêchant toute discussion sur ces questions (…) on risque de laisser le terrain à des personnes qui se moquent bien des victimes d’inceste et de violences sexuelles, mais qui instrumentalisent ces questions pour en faire le procès de l’élite, présentée comme sexuellement corrompue ou d’un occident pervers et détraqué…

Or les personnes ici sanctionnées ne sont pas soupçonnées d’actes criminels, de complicité ou d’avoir couvert par leur silence ces mêmes actes, elles ont condamné la pédophilie et l’inceste et n’ont posé d’autres actes que de commenter un fait d’actualité ou d’ironiser dessus. Peut-être maladroitement aux yeux de certains, peut-être utilement aux yeux d’autres, toujours est-il qu’elles ont dû pour cette seule cause affronter une tumultueuse tempête. Comme si l’opprobre qui touche Olivier Duhamel se transmettant à ceux qui l’ont côtoyé, embauché, fréquenté, il fallait mettre en scène le fait que bien qu’en haut de la pyramide, on n’appartient pas au petit monde décrit par Camille Kouchner, où l’omerta fait le lit des violences familiales. Alors pour montrer sa pureté, on désigne l’autre comme coupable s’il ne parait pas assez indigné ; pour prouver sa bonne foi, à la moindre tension, on sacrifie celui qui dérange ou qui interroge. Faire assaut de puritanisme et d’intransigeance devient alors un réflexe protecteur. Sauf que la course à la pureté idéologique et à la moraline est un piège destructeur: il vous installe dans une spirale de l’excuse et de l’autoflagellation sans fin où vous êtes sommés de vous coucher devant l’émotion alors même qu’un travail de journaliste et d’intellectuel est de prendre de la distance et qu’un travail de dessinateur est de porter le feutre dans la plaie y compris au risque du mauvais goût.

Une indignation à géométrie variable, selon les époques

Mais surtout cette réaction est d’une profonde inefficacité. Elle occulte la question du rapport au corps et les effets de la revendication d’une liberté sexuelle totale qui eût des échos politiques. Il suffit de lire ce qu’a pu écrire Libération à une époque sur la sexualité entre enfants et adultes pour comprendre que la pédophilie a pu être présentée comme une forme de liberté accordée aux enfants, la contestation de préjugés réactionnaires, le refus d’une société bourgeoise. Le corps devient la propriété de l’être, libre d’en faire ce qu’il veut, y compris de le prostituer, de le louer. Cette position n’a pas disparu et c’est au nom de la liberté dont on est en droit d’user à l’égard de son propre corps que certains défendent la prostitution ou la reconnaissance des mères porteuses. Certes le soutien à la pédophilie est restée marginale, mais dans certains milieux, il a infusé et l’entre-deux qu’est l’adolescence a pu devenir une zone grise. Ce que raconte La familia grande, c’est aussi le rassemblement d’happy fews, puissants et dominants chacun dans leur domaine, à qui le succès donne le sentiment d’appartenir à une espèce différente. La précocité sexuelle est vue comme une preuve de supériorité et les repères petits à petits s’effacent. La réaction d’aujourd’hui contraste avec ce que s’est passé en 2012 entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou. Ce dernier dénonce des écrits de l’écologiste parus en 1975 dans un livre, Le Grand bazar, comme des déclarations faites à cette occasion et renouvelées en 1982 dans une émission d’Apostrophe datée du 23 avril : « Vous savez que la sexualité d’un gosse, c’est absolument fantastique. Faut être honnête, sérieux. Moi j’ai travaillé avec des gosses qui avaient entre quatre et six ans. Quand une petite fille commence à vous déshabiller, c’est fantastique parce que c’est un jeu érotico-maniaque. » Certes Daniel Cohn-Bendit a assuré avoir voulu faire son malin et épater le bourgeois. Il n’en reste pas moins que celui qui a fini étrillé par la gauche et par la droite à cette occasion a été François Bayrou et que toute la classe politique s’est empressé de refermer le couvercle sur la question de la pédophilie. À l’époque cette dénonciation n’intéressait personne.

Le refus de prendre en compte ces réalités difficiles et les ambiguïtés sur la sexualité enfantine expliquent sans doute l’explosion du #incestemetoo que l’on constate sur les réseaux. Il est troublant de voir à quel point les déviances sexuelles sont répandues et à quel point elles peuvent être tues. Il est sans nul doute urgent d’y répondre. Mais ce n’est pas en sombrant dans le puritanisme hypocrite que l’on sauvera un seul enfant. Au contraire, ce sont dans les sociétés où la sexualité est la plus refoulée et le moralisme le plus affiché, que les violences sexuelles sont les plus nombreuses.

Les questions d’Alain Finkielkraut ne sont pas à balayer d’un revers de main

La vie n’est pas morale et il vaut mieux donner aux enfants et aux adultes des armes psychologiques et intellectuelles pour se défendre que de sombrer dans la censure pour préserver des gens en grande souffrance. Une personne victime de ce type de violence est souvent écorché vif, tout la blesse, la meurtrit, l’agresse et l’envahit. Que des personnes victimes d’inceste aient mal réagi au dessin se comprend, mais le rôle du journal était d’assumer et de rappeler que l’humour peut être grinçant, de mauvais goût, dérangeant et que c’est très bien ainsi. Surtout, ce ne sont pas des dessins ou des prises de parole qui font souffrir ces personnes, c’est l’écho que cela réveille dans leur chair et leur mémoire. C’est souvent l’impossibilité d’obtenir justice et réparation qui font qu’elles ne supportent rien qui touche à ces sujets.

Censurer Xavier Gorce n’a pas réparé ou amoindri la souffrance d’une seule victime et cela donne l’impression que toute liberté de parole sur ces sujets-là fait de vous un complice. C’est aussi ce qui est arrivé à Alain Finkielkraut. Alors que les questions qu’il posait ne sont pas à balayer d’un revers de main. La question du consentement et de l’âge est examinée en cas de viol ou de pédophilie (l’inceste est différent), par exemple. Rappelez-vous du scandale qu’a créé en le refus de qualifier de viol en 2017 la relation sexuelle d’un adulte avec une enfant de 11 ans car le Parquet de Pontoise l’avait jugé consentante ? Or si entre l’adulte et l’enfant, l’inégalité crée l’emprise et qu’il ne peut pas y avoir consentement (ce que je crois personnellement), cela ne devrait-il pas se traduire en droit ? Le débat est en cours mais n’a pas été tranché en droit. Dans le cas d’un procès tout est examiné, l’âge qu’avaient les protagonistes au moment des faits devra être établie, la question du consentement sera posée, les pourquoi du silence et les raisons qui amènent à le briser… C’est cette rigueur dans l’établissement des faits qui participera aussi de la qualité du jugement et de l’instruction. Cela n’ôte rien à la victime mais est très douloureux et violent pour elle néanmoins. Et pourtant cela doit être fait.

Ne pas verser dans l’indignation véhémente vous rend suspect

Sauf qu’aujourd’hui cela devient impossible. Vouloir être factuel est vu comme une marque de violence et d’indifférence, voire comme une façon de cautionner des actes immondes. Ne pas verser dans l’indignation véhémente non seulement vous rend suspect mais laisse entendre que vous participez à la protection des coupables. Du coup les individus et les institutions en rajoutent dans la condamnation et pensent que se transformer en procureur devient le moyen d’attester de leur innocence et de leur pureté. Faire simplement son travail et tenter d’opérer les distinctions nécessaires mettent aujourd’hui en danger. En faire des tonnes dans l’excuse et aller jusqu’à sacrifier des personnes qui n’ont rien fait et ne peuvent être soupçonnées de cautionner des pratiques criminelles, devient une mesure de protection personnelle, qui vous renforce momentanément ou vous permet de conserver votre poste. Il s’agit ici de jeter des proies innocentes à des personnes qui font métier d’indignation et souvent parlent par-dessus la tête des victimes, pour préserver son pouvoir et sa réputation.

Cela parle-t-il seulement de la lâcheté des dirigeants ou de la violence d’une société, tellement plus friande de têtes que de solutions, que ceux qui sont au sommet doivent jeter régulièrement des têtes au bas de la pyramide, pour se maintenir en haut. C’est malsain, mais il n’est pas sûr que les dirigeants aient le choix. Poser un acte de courage aujourd’hui vous sort plus souvent du jeu qu’il ne vous offre une image churchillienne. Il faut donc des convictions chevillées au corps pour être courageux. Et il se trouve que quand vous êtes dirigeant vous avez aussi le souci de la pérennité de l’institution que vous dirigez.

Parler d’institution en parlant du Monde reste cependant très exagéré. Le Monde n’est plus un journal de référence mais un simple journal d’opinion, qui se vend mal, il n’est plus que l’ombre de lui-même, dans sa dérive vers le militantantisme racialiste et islamo-gauchiste, il s’ancre aujourd’hui au comptoir de la moraline. Il est donc là pour délivrer des brevets de « bons » et de « méchants » sur tous les sujets. Il donne à sa clientèle ce qu’elle attend. Il fait donc son travail. Ce n’est juste plus un travail de journalisme, mais de militantisme. Il faudrait juste que la direction l’assume. 

Le procès de l’élite de l’Occident

Il se trouve aussi que quand la voie du procès est barrée alors que sur des questions comme l’inceste, la parole des victimes est très longue à se libérer, de fait on empêche la justice de passer. Logique que la vengeance prenne alors le dessus. Quand elle s’abat sur un coupable, que celui-ci l’admet implicitement, je reconnais que cela ne me touche pas. Ce qui arrive à Olivier Duhamel me paraît légitime. C’est peut-être un tort, mais c’est ainsi. Le procès étant rendu impossible, ne reste plus que l’opprobre. Cela entraîne aussi un transfert de la réparation sur le terrain de la morale, qui finit par s’en prendre à la liberté d’expression au nom de la souffrance des victimes. Or cela ne résout rien. On nie par exemple la zone grise de la sexualité. Pourtant un adolescent ou une adolescente qui s’éveille à la sexualité a souvent un désir de séduction, particulièrement envers l’adulte. Ce fantasme est très fort et se traduit par des attitudes ambigües, voire provocantes. Il vaut mieux que cela se sache et soit reconnu. Ce désir est légitime chez l’adolescent, il parle de son inexpérience, de ses pulsions et de ses découvertes tâtonnantes. En revanche un adulte doit savoir que l’enfant ou l’adolescent n’a pas le discernement pour comprendre ce qui arrive à son corps, pour être au clair avec ses désirs. Profiter de ce temps de confusion est mal et l’adulte doit s’empêcher. La volupté de l’emprise n’a rien à voir avec l’amour et tout avec la domination. Pour cela il faut oser avoir des débats et accepter d’aborder de front tous ces problèmes.

Le problème c’est qu’en empêchant toute discussion sur ces questions et toute expression sur ces phénomènes autres qu’en mode dénonciation (et au vu des deux têtes qui viennent de tomber, je souhaite bien du courage à ceux qui sont sollicités sur ces thèmes) on risque de laisser le terrain à des personnes qui se moquent bien des victimes d’inceste et de violences sexuelles, mais qui instrumentalisent ces questions pour en faire le procès de l’élite, présentée comme sexuellement corrompue ou d’un occident pervers et détraqué. Au risque que la législation n’évolue pas, et que nul ne se penche sur la difficulté à recueillir la parole des victimes ou sur la question des peines. Se donner bonne conscience et finalement ne rien changer au réel, si c’était cela le piège de l’indignation ?

La familia grande

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Proportionnelle, calendrier électoral: la pandémie, meilleure alliée de l’exécutif

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Incontrôlable et incontrôlée, pour des raisons diverses et variées, dont certaines sont directement liées à une mauvaise anticipation de l’État français, la pandémie est devenue la meilleure alliée de l’exécutif.


Elle lui permet de ne pas tenir ses engagements électoraux, à l’image de l’abandon de la réforme du mode de scrutin aux élections législatives, ou d’envisager le plus sérieusement du monde un nouveau report des élections départementales et régionales…

« Je crains que si jamais la décision de reporter après la présidentielle, les élections départementales et régionales, [était prise], vous ne puissiez pas endiguer une autre pandémie, qui est la pandémie politique. Vous serez suspectés de tout ! Vous serez vilipendés ! Et cela aboutira à quoi ? À plus d’abstention », a déclaré Jean-Louis Debré lors de son audition au Sénat du 13 janvier 2021. L’influent président du Conseil constitutionnel manifestait ainsi son anxiété face aux velléités liberticides d’une part grandissante de l’exécutif, suivi en cela par une majorité au garde à vous, peut-être désireuse de ne pas affronter l’épreuve électorale après la déculottée que furent les dernières élections municipales.

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La République En Marche est en grande difficulté lors des élections intermédiaires, hors les élections européennes qui sont moins sujettes aux équilibres précaires de la politique locale. La plupart des sondeurs annoncent d’ailleurs une claque pour le parti présidentiel aux prochaines élections régionales et départementales, qui devraient accorder des « primes aux sortants » et peut-être conforter la progression des Verts et l’enracinement du Rassemblement national. Alors que tout semblait au vert pour que ces deux rendez-vous électoraux soient décalés au mois de juin, des voix dissidentes et des esprits chagrins se font jour dans la majorité. La pandémie « ne permettrait » pas la tenue d’élections.

La démocratie confinée?

Veulent-ils mettre notre démocratie sous cloche comme ils l’ont fait pour notre vie sociale et notre vie économique ? On pourrait le penser tant les mesures les plus illogiques et incompréhensibles se succèdent à un rythme effréné. La bêtise de nos dirigeants est aussi contagieuse que ces variants anglais et brésiliens qu’on ne sait pas retenir là où ils sont apparus. On ne ferme pas les frontières avec le Brésil ou l’Afrique-du-Sud, comme le réclament même les plus à gauche des médecins et des élus depuis déjà plusieurs semaines – le député Sébastien Nadot l’avaient ainsi fait sur Twitter avant de se raviser -, et comme le comprendraient les voyageurs, mais on envisage le plus sérieusement du monde de reporter aux calendes grecques les deux dernières élections avant l’élection présidentielle.

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Réagissant à l’abandon de l’introduction d’une « dose de proportionnelle » aux élections législatives, ainsi qu’Emmanuel Macron l’avait promis en 2017 pour s’attirer les faveurs de François Bayrou, Marlène Schiappa déclarait sans rire à la télévision : « l’épidémie de coronavirus nous a fait nous raviser et nous empêche ». Quel rapport ? La question de la proportionnelle semblait pourtant faire consensus dans la population, permettant à la France d’enfin sortir d’une situation totalement anachronique, restant la seule démocratie occidentale ayant un parlement national aussi peu représentatif des électeurs. Mais non, le coronavirus est passé par là.

Castaner satisfait

Et si ce diable de Christophe Castaner avait, lui, la réponse ? L’ancien ministre de l’Intérieur s’est en effet ouvertement réjoui, déclarant que cela permettrait d’éviter « l’arrivée de 100 députés du Rassemblement national ». La pandémie ne serait donc pas la véritable raison derrière ces reports envisagés et ces promesses non tenues ? Peut-être faudrait-il creuser du côté de la tactique politicienne ? Le résultat de ces basses manœuvres est malheureusement que les « conspirationnistes » trouveront encore du grain à moudre. Le moment historique que nous vivons devrait pourtant inviter le pouvoir à la plus grande retenue.

Le non du peuple

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Renaud Camus: « La liberté d’expression dans la France de 2020 n’est pas menacée: elle n’existe pas »


L’auteur du Grand Remplacement et de tweets cinglants est poursuivi pour injure raciale par des associatifs qui n’ont jamais lu ses livres. Selon lui, s’il est proscrit, c’est pour voir et dire que le changement démographique détruit la culture et la civilisation des Européens d’Europe. Entretien (2/2)


>>> Relire la première partie <<<

Causeur. Au-delà de votre cas, et de vos ennuis judiciaires, la liberté d’expression est menacée par les censeurs en tout genre et encadrée par des lois protégeant les réclamations mémorielles des diverses communautés. On peut trouver cela insupportable, mais fallait-il laisser les négationnistes répandre l’idée que la Shoah était une invention des juifs ?

Bien sûr que non, il ne le fallait pas. Il ne le faut pas. Mais ce n’est pas la compétence de la loi. Je suis hostile à toutes les lois mémorielles, estimant qu’une vérité, si rigoureuse soit-elle, n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester, quitte à se ridiculiser ou se déshonorer ce faisant. La liberté d’expression dans la France de 2020 n’est absolument pas menacée : la liberté d’expression dans la France de 2020 n’existe pas. Nous vivons sous le régime du négationnisme de masse, puisque le phénomène de loin le plus important de notre société, à savoir le changement de peuple et de civilisation, le génocide à l’homme, la destruction des Européens d’Europe par submersion migratoire, y fait l’objet d’un tabou absolu. Cette occultation est si radicale que c’est le réel lui-même, la réalité du réel, qui est ébranlé, mis hors la loi ; et que nous vivons dans ce que je nomme le faussel, le faux réel, le règne du faux – un monde imaginaire, aussi imaginaire que les habits neufs de l’empereur, sur lesquels tout le monde s’extasie. Il faut noter à cet égard que le faux est consubstantiel au remplacisme global, puisque celui-ci est le règne de la substitution, de la copie, du fac-similé, du simili, de la simulation généralisée : l’Âge de l’ersatz, du makeshift, bien repéré dès la fin du xixe siècle par William Morris ; ou si vous préférez du simulacre, pour parler comme Baudrillard.

À lire aussi, Lydia Pouga: L’assimilation n’est pas une question en noir et blanc

Vous exagérez ! Sur la question migratoire, comme sur l’islam, on peut dire beaucoup de choses qui étaient juste imprononçables il y a quelques années. Et par ailleurs, nous avons toujours la même controverse. Vous parlez de phénomènes qui résultent de millions de décisions comme d’entreprises organisées !

Ah, si vous estimez que la liberté d’expression fait de considérables progrès en France, je ne puis que vous envier cette plaisante conviction. Quant à notre controverse, vous m’attribuez la foi en des entreprises organisées, au pluriel, et non pas à une entreprise organisée. C’est assez juste. Je crois en effet en les décisions de milliers d’entreprises organisées, multinationales, fonds de pension, GAFA, tous les instruments, avec les banques, les médias, la publicité, de mécanismes, ou, si vous voulez, d’une machination, au sens littéral et heideggérien du terme, d’un devenir machine, qui les dépasse et les englobe comme elle nous englobe tous, nous broie, et nous dépouille de l’humaine condition.

Pour Charlie Hebdo et les caricatures, notre pays ne défend-il pas une position courageuse et singulière dans notre monde globalisé ?

Charlie Hebdo n’est en rien hostile au remplacisme global, il est bien normal qu’il fasse l’objet des attentions du pouvoir remplaciste. Remplacisme et islamisme ne sont pas une seule et même force. Ce sont deux totalitarismes rivaux : provisoirement alliés, certes, mais fondamentalement rivaux, comme le nazisme et le communisme au temps du pacte germano-soviétique.

Cher Renaud, vous ne pouvez pas avoir une unique grille de lecture de tout : remplaciste ou pas ! Charlie Hebdo s’oppose à l’islamisation et au rétablissement du blasphème, ce n’est pas rien !

Ah, si, là, désolé, j’ai une unique grille de lecture de tout, et ça c’est une théorie, contrairement au Grand Remplacement. Je crois au remplacisme global, qui reconnaît en le remplacement le geste fondamental et universel des sociétés post-post-industrielles. Je crois même au remplacisme global davocratique, c’est-à-dire à la gestion managériale du parc humain par « Davos », terme par lequel je désigne, d’après le nom de son congrès annuel en Suisse, de son Nuremberg helvétique, la conception purement économiste, financière et numérique, et matriculaire du monde. On dirait aussi bien la gouvernance par les nombres, pour parler comme Olivier Rey, Alain Supiot, Jean Vioulac ou Johann Chapoutot.

Le remplacement affecte aussi bien les hommes que les peuples, les corps que les âmes, les matières que les produits, les objets que les sols

Pour vous, le remplacisme est un phénomène global. Mais vous lui cherchez des coupables alors qu’il agit sur les cerveaux. Si on le considère comme une idéologie plus que comme une entreprise, il prospère sur la débâcle de l’esprit voltairien.

Ce n’est pas seulement notre esprit voltairien qui est menacé par le remplacisme : c’est l’esprit en général, ce sont les forces de l’esprit, et c’est l’humanité de l’homme. C’est l’espèce, c’est sa présence sur la Terre, c’est la Terre elle-même. Le remplacement affecte aussi bien les hommes que les peuples, les corps que les âmes, les matières que les produits, les objets que les sols. L’artificialisation est un autre de ses noms. Mais enfin, pour s’en tenir précisément à votre question, il est certain qu’une représentation du Mahomet de Voltaire ne semble pas tout à fait à l’ordre du jour, et qu’une statue de ce grand homme a déjà été mise au placard, significativement.

Pardon, mais dans cette acception fort large, le remplacisme n’est-il pas l’autre nom du Progrès qui, avant d’être une machine à éradiquer la pensée livre, a été le fruit des belles inventions de l’esprit humain ? Galilée a remplacé tous les défenseurs de la Terre plate. L’alternative au remplacisme, c’est l’immobilisme…

Oh, tous les remplacements ne sont pas mauvais. Quand on n’a plus de cœur, j’imagine qu’on est bien content de trouver un cœur artificiel, ou celui d’un autre. D’ailleurs, ce n’est presque jamais le mal qui triomphe du bien, mais un autre bien de qualité inférieure, une imitation de bien, et qui a pour lui les médias, dont je ne sais s’ils sont une des branches de la publicité, ou l’inverse. Le so-called  « politiquement correct » n’est rien d’autre que la recette industrielle de la MHI, du Nutella humain, du nutelhom. L’alternative au remplacisme n’est pas l’immobilisme, c’est l’âme, c’est la durée, c’est l’inscription dans le temps, la voix des morts, l’autre rive, la transmission, la culture, la création.

Le concept central de ma réflexion est celui d’in-nocence, de non-nocence, de non-nuisancede non-violence

On vous accuse d’avoir inspiré le tueur de Christchurch. Cela vous attriste-t-il ?

Cela m’attriste, certes, mais cela m’indigne bien davantage encore. C’est la preuve absolue que ceux qui formulent cette accusation, et que d’ailleurs je poursuis en justice en la personne de Mme Marlène Schiappa, la ministre, n’ont jamais lu une ligne de moi et n’ont pas la moindre idée de mes écrits et de mes vues. Le concept central de ma réflexion est celui d’in-nocence, de non-nocence, de non-nuisance, de non-violence : vous pensez comme j’ai pu inspirer le tueur de Christchurch ! L’expression « Grand Remplacement », sans doute parce que, hélas, elle est juste, est aujourd’hui répandue dans le monde entier. On apprenait cette semaine même qu’Emmanuel Macron, figure paradigmatique du remplacisme global et de la davocratie, l’employait couramment. Le tueur de Christchurch l’a rencontrée pendant son séjour en Europe, ou peut-être avant. Elle lui a semblé juste parce qu’elle l’est. Il n’a pas poussé plus loin ses investigations, il est probable qu’il ne connaît même pas mon nom, qu’il ne cite nulle part, et il est certain qu’il n’a jamais lu une ligne de moi, serait-ce seulement parce que Le Grand Remplacement, le livre, n’est pas traduit en anglais. Il y a d’ailleurs une preuve éclatante qu’il ne m’a pas lu, ou que, si par miracle il m’avait lu, il n’est pas influencé par moi, c’est qu’il a procédé à un massacre. Il a écrit une brochure nommée « The Great Replacement », qu’il avait sur lui au moment de son crime, et que Mme Schiappa confond avec mon livre. J’ai eu la curiosité de jeter un coup d’œil à cette plaquette, et il y est fort visible que les vues de ce monsieur sont fort éloignées des miennes. Par exemple, il est un très ardent nataliste. Le « tweet banquise » prouve suffisamment que je ne le suis pas et, si je ne le suis pas, ce n’est pas seulement pour l’Afrique, mais pour l’Europe aussi bien, la Terre, la Terre entière, la pauvre Terre en son ensemble, qui n’en peut plus de l’homme.

Emmanuel Macron au Forum économique mondial, Davos, 24 janvier 2018. © Fabrice Coffrini/AFP
Emmanuel Macron au Forum économique mondial, Davos, 24 janvier 2018. © Fabrice Coffrini/AFP

Dernière question pour ceux qui ne vous connaissent pas. Parmi votre importante production, quel livre conseilleriez-vous en priorité à un néophyte ? Duquel êtes-vous le plus fier d’un point de vue littéraire ?

Pour donner un tel conseil, encore faudrait-il que je connusse le néophyte en question, sa formation, ses curiosités, ses goûts. Mais s’il ne craignait pas d’aborder le massif par une face un peu abrupte, je lui désignerais sans doute Du Sens, qui est en quelque sorte, pour la réflexion politique et… comment dirais-je… « philosophique », avec beaucoup de guillemets, mon « laboratoire central ».

À lire aussi, Élisabeth Lévy: L’assimilation: une dernière chance pour la France

Quant au livre dont je serais le plus fier, non, je n’y songe pas en ces termes-là. En revanche, il y a dans mon abondante production des ouvrages avec lesquels j’ai de meilleurs rapports qu’avec d’autres, sans doute parce que j’ai l’impression d’y avoir dit à peu près ce que je voulais dire, et comme je voulais le dire. Je m’entends par exemple assez bien avec Éloge du paraître, avec Vie du chien Horla, ou bien avec Vaisseaux brûlés, l’hypertexte, sans doute parce qu’il s’agit d’un chantier si vaste et si complexe qu’on y trouve tout et son contraire : toutes les orientations, toutes les ombres, toutes les lumières – something for everyone.

Je casse donc je suis!

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Disparition de Rémy Julienne, le plus grand cascadeur français, à l’âge de 90 ans


Rémy Julienne avait fait de la cascade, un art de la compression et de la pyrotechnie. Cette légende des campagnes françaises et des cours de récréation a marqué une époque où la bagnole et le dérapage plus ou moins contrôlé guidaient le sort des Hommes. En ce temps-là, celui de la motorisation des ménages et des vraies stars de cinéma, on rêvait de flaques d’huiles, de casses abandonnées et de vols planés. Rémy, le funambule du Loiret, avait vaincu très jeune l’apesanteur. Le saut à moto, en bateau ou en auto était sa spécialité comme la praline est la confiserie emblématique de Montargis, la ville où il a rendu, hier, son dernier souffle. 

On peut se demander si la cascade automobile sans artifice numérique a encore un avenir dans un monde [devenu] aussi aseptisé

Dans sa famille de « crossmen » titrés, on utilisait la poignée de gaz ou le frein à main comme d’autres jouent du pinceau ou du burin. À sa façon, ce César de la démolition sculptait les carrosseries les plus diverses. Avec lui, les voitures tournoyaient à l’écran, explosaient parfois, dans les rires gamins et les fumées provocantes. Comment expliquer à tous ceux qui ne voyaient dans ces cascades qu’un amas de ferrailles et un appel à la collision générale que Rémy était un poète du bitume, un esthète de la tôle froissée, un scientifique du choc frontal. Il exorcisait nos peurs. Il accomplissait nos rêves de courses-poursuites. Il catharsisait, diraient aujourd’hui les précieux, notre pulsion de mort. Et tout ça, sans prendre de risque. Il fut l’un des premiers européens à professionnaliser une discipline jusqu’alors pratiquée par des amateurs fougueux. Son but était de maîtriser le danger, de calculer la moindre dérive, d’anticiper les conséquences les plus graves. Rémy n’était plus alors seulement un saltimbanque du talon-pointe mais un théoricien du spectacle vivant. C’est pourquoi les productions internationales faisaient appel à lui quand on se demandait comment mettre en travers un 44 tonnes sur une route de montagne ou décapsuler une Renault 11 sur les quais de Seine. 

A lire aussi: Marielle, Broca, Belmondo: le beau recueil nostalgique de Thomas Morales

J’entends encore mon camarade de classe, Alexandre, à l’âge de huit ans, très sérieusement m’avouer qu’il avait choisi sa voie. C’était décidé, il serait cascadeur comme d’autres veulent devenir président de la République ou danseuse au Crazy Horse. Je pense à lui ce matin, je sais qu’il a un pincement au cœur dans sa tour de la Défense. La vie est taquine, il n’est pas devenu Rémy Julienne mais cadre supérieur dans la finance. Il prend certainement plus de risques aujourd’hui sur les marchés exotiques qu’au volant de la Saab de son père. Vu la tournure des esprits actuels, foncièrement perverse et vindicative, on peut se demander si la cascade automobile sans artifice numérique a encore un avenir dans un monde aussi aseptisé. On fait la chasse aux émissions nocives même fictives. Bientôt, filmer des voitures sera sévèrement puni par la loi, alors les faire voltiger dans les airs ou emprunter des voies de bus à contre sens semblent un tabou ultime. Les faux moralistes veillent sur nos divertissements d’antan. Gare au tête-à-queue ! Grâce à Rémy Julienne, nous sommes heureux d’avoir connu une société qui ne s’excusait pas de brûler des autos pour les besoins d’une scène et qui s’amusait du second degré routier. La comédie populaire d’action n’était plus réservée aux Américains. Chez Oury, Lautner, Zidi, Broca, Deray ou Verneuil, Rémy était la caution automobile. Même si parfois, ça ne passait qu’à un fil, on savait que ce grand professionnel allait donner du rythme à un long-métrage poussif. Entre nous, il a sauvé quelques films par son sens de l’équilibre et de la trajectoire à l’équerre. Même Bond avait besoin des services du frenchy. Un type qui a autant fracassé de DS, 404 et de R16 a toute notre estime. Il a œuvré à une forme de décomplexion jouissive. Je me dis que Belmondo et Delon lui doivent une partie de leur gloire. Alors, aujourd’hui, juste pour le plaisir, revoyez quelques actions désormais mythiques de notre identité cinématographique. Au hasard, Jean-Paul dans « Le Professionnel » faisant hurler une Fiat 131 ou Alain dans « Trois hommes à abattre », meilleure publicité de l’année 1980 pour la Lancia Gamma face à une Citroën CX particulièrement accrocheuse. Avec toi, Rémy, la famille était en sécurité !

Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Rapport Stora : la repentance à sens unique?



Benjamin Stora a donc remis un rapport sur l’aménagement des relations France-Algérie, proposant de solder les abominations d’une longue guerre.


Avouons donc les « corvées de bois », la torture, deux siècles d’impitoyable diffusion des vaccinations et de lutte contre la famine — et de coups de chicotte, soyons réalistes.

Avouons que nous avons puissamment contribué à faire sortir de terre le pétrole et le gaz avec lesquels les militaires depuis soixante ans se remplissent les poches — en échange d’une portion du Sahara pour y expérimenter la force de frappe française…

Mais j’aimerais que parallèlement les Algériens avouent les attentats aveugles qui tuaient femmes et enfants, les mutilations opérées à vif sur des militaires français prisonniers, les Pieds Noirs assassinés surtout quand ils étaient sans défense, et les 250 000 harkis (et leurs familles: les résistants de la onzième heure du FLN se sont fait une virginité politique en tuant des nourrissons et des femmes enceintes) qui ont été la petite monnaie des accords d’Evian —le prix en fait de la protection, quinze ans durant, des intérêts stratégiques français dans le sud.

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Oui, j’aimerais beaucoup qu’un pays qui a fait de « harki » une injure à tous usages reconnaisse que ses pères fondateurs se sont conduits eux aussi comme des enfants de salauds.

En 2002, j’ai co-écrit avec mon ami Boussad Azni dont je salue la mémoire, un natif de Tizi-Ouzou expatrié avec tant d’autres dans l’un de ces merveilleux camps de vacances où les autorités françaises ont concentré, deux décennies durant, des gens qui n’avaient rien fait d’autre que défendre les intérêts de la nation, un livre rassemblant les nombreux témoignages des massacres opérés par des « résistants » vaincus la veille, à qui l’on a offert à Evian une victoire dont ils désespéraient. Un déluge d’horreurs. Les harkis ont vainement plaidé le crime contre l’humanité — mais qui écoute les vaincus ?

De même, il faudra ici réévaluer l’action de militants bien intentionnés qui ont fait passer des armes en Algérie — des armes qui ont tué des Français par milliers. Ce ne furent pas des héros, mais des traîtres.

Si l’Algérie et les Algériens veulent effectivement normaliser les relations avec la France, qu’ils fassent le ménage dans leur mémoire officielle, grattent la couche de vernis qui occulte les monstruosités, et comprennent que cette guerre fut sale à tous les niveaux — comme toutes les guerres. Qu’il n’y a pas de vainqueurs — juste des vaincus, dans les deux camps. Parce que les terroristes vainqueurs ont admirablement bousillé un pays qui avait été mis en valeur, agricolement mais aussi humainement : combien d’élites algériennes formées en France avant même l’indépendance — combien de présidents hospitalisés en France ?

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Et sans même un « merci », comme si tout leur était dû… Tout comme actuellement ils se moquent des Chinois qui s’y implantent, parce qu’ils travaillent — quelle bonne blague…

Il n’y a pas de mémoire à sens unique. Les guerres sont toujours à torts partagés. Il faudrait déjà le reconnaître. J’aimerais assez que les Algériens réécrivent les manuels d’Histoire en usage là-bas — les nôtres sont déjà tout imbibés de repentance ex-coloniale. Puis alors ils pourront promulguer des lois donnant aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes — y compris le droit de ne pas être importunées par des fanatiques religieux. J’y suis allé en 1970, c’est un magnifique pays, j’ai sur ma peau la nostalgie des plages de Bougie (ou Bidjaia, comme vous voulez) ou Tichy et des rencontres que l’on pouvait y faire… Et sur la langue le souvenir des confitures de roses de Blida.

Mais c’est un pays arqué dans un absolutisme de la mémoire reconstruite, et qui a cessé de participer à la modernité. Si tant d’Algériens sont venus en France, c’était pour y travailler, certes, mais peut-être avant tout pour fuir un pays qui avait tant promis et qui n’a rien tenu.

Alors, tous les rapports n’y feront rien : les peuples doivent se ressaisir de leur mémoire, effacer les discours pompeux et pontifiants de ceux qui exploitent le passé à leur strict avantage, et accueillir les harkis ou les Pieds-Noirs qui désireraient revisiter leurs villes ravagées et leurs cimetières désacralisés. Mais quand ce sont les révisionnistes et les vandales qui exigent que nous fassions tout le chemin…

Harkis, crime d'Etat : Généalogie d'un abandon

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Ce que contient le rapport de Benjamin Stora

Sur 150 pages, le rapport propose une trentaine de recommandations. Il est plus nuancé que ce que l’on pouvait craindre au regard du parcours militant de l’historien Benjamin Stora. Cependant, on peut toujours craindre que les mesures proposées ne soient propices à de futures polémiques:

– Faire entrer au Panthéon l’avocate Gisèle Halimi, « grande figure féminine d’opposition à la guerre d’Algérie »

– Ériger une stèle en l’honneur de l’Émir Abdelkader au château d’Amboise

– Renommer certaines rues en mémoire de « Français particulièrement méritants issus de territoires antérieurement placés sous la souveraineté de la France »

– Transformer en « lieux de mémoire » les quatre anciens camps d’inter­nement d’Algériens situés sur le territoire français

– Développer les travaux et la collaboration des historiens des deux pays (multiplication de colloques ou d’expositions, travaux partagés sur la traduction de documents etc.), faciliter l’accès aux archives françaises aux chercheurs algériens, pour obtenir la « transparence sur un passé commun », dans la mesure où les étudiants français, « dans un nombre qui ­reste à discuter avec les autorités algériennes » béné­ficient d’un « visa à entrées mul­tiples » et d’un accès facilité aux archives algériennes de leur côté.

– Créer un Musée de l’histoire de la France et de l’Algérie

– Publication d’un guide des disparus

La Seyne-sur-mer: un faux « prêtre catholique »… au crématorium

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L’évêché alerte les fidèles catholiques contre un certain « Père Laurent ». L’homme a déjà été aperçu par le passé dans Secret Story, l’émission de télé-poubelle de TF1


Quinqua méditerranéen au sourire hâbleur, Laurent Lenne s’est fait remarquer en 2008 dans Secret Story 2 sur TF1. Cette immersion dans les télés des foyers des Français lui a valu un duo avec le chanteur de variété écolo Francis Lalanne. Il y a neuf ans, Laurent Lenne poussa la chansonnette torse nu en chemise blanche dans un clip fraîchement intitulé « En pleine face ». Tel un Apollon entouré de ses muses sur la Côte d’Azur, il y prônait l’amour libre et l’usage du latex tout en narrant sa rencontre avec le Christ.

Quand il ne fredonne pas ses airs en bonne compagnie, Laurent Lenne prêche la bonne parole dans La Chapelle de l’unité de la Seyne-sur-mer (Var). Troquant alors sa chemise ouverte pour la soutane et le calice, « Père Laurent » y célèbre l’eucharistie le dimanche et les jours de semaine. La page internet Laseyne.info souligne que « les religieux de la Chapelle ont rejoint l’ordre apostolique et souverain des hospitaliers de Saint Jean dont le révérend père Georges de Saint Hirst est le prieur et l’évêque » -lequel est versé dans l’exorcisme et autres « guérisons des malades de l’âme », auxquelles il a consacré un ouvrage.

« Monseigneur Dominique Rey tient à alerter les fidèles et familles vivant un deuil afin d’éviter toute confusion. Au sein du crématorium de La Seyne-sur-Mer, un certain « Père Laurent », officierait actuellement et présiderait des célébrations d’obsèques. S’il se dit évêque ou prêtre, il n’est pas membre du clergé de l’Église catholique romaine et n’est pas reconnu par cette dernière. » Communiqué du Diocèse

« Si je meurs, je veux que ce soit lui »

Délaissant jambes bronzées et plages de sable fin, « Père Laurent » a célébré des offices funéraires au crématorium de la Seyne-sur-Mer courant décembre. « Je ne peux qu’en faire l’éloge », a assuré un homme en deuil dans les colonnes de Var Matin. « Si je meurs, je veux que ce soit lui », a abondé un autre apôtre.

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« Vers la fin 2020, nous avons eu écho de ces offices, affirme à Causeur Yves-Marie Sévillia, directeur de cabinet de Monseigneur Rey, évêque de Toulon. Quand certaines familles demandent un office religieux, elles sont redirigées vers cette personne. Elles pensent qu’il s’agit d’un prêtre et qu’elles ont affaire à un office religieux catholique ». Or, si le site de l’Église apostolique et œcuménique de « Père Laurent » présente ce dernier comme son « évêque et président » et se présente elle-même comme une « Église catholique et apostolique », elle n’a aucun rapport avec Saint-Pierre.

Le diocèse de Fréjus-Toulon alerte la population

« Il y a des personnes de la communion Saint Lazare, notre association, composée de personnes mandatées par l’évêque pour représenter l’Église et accompagner les familles endeuillées. Les entreprises funéraires sont au courant qu’elle existe et qu’elle est officiellement la représentante de l’Église auprès des familles. Ce Laurent Lenne qui officie au crématorium y est présenté comme un prêtre catholique, ce qu’il n’est pas », commente sobrement Yves-Marie Sévillia. Dans cette optique de mise au point, le diocèse de Fréjus-Toulon a publié un communiqué sur son site où il « souhaite aviser la population catholique du Var concernant des célébrations potentiellement trompeuses ».

Contactée sur son téléphone portable, l’ancienne star de télé réalité n’a pas décroché. Il n’est pourtant guère introverti: en 1992, il fit campagne pour les régionales en PACA en compagnie de Bernard Tapie. En 2010, il annonça sa candidature pour les présidentielles après qu’un SDF lui demanda de prendre une douche dans son église. En 2019, il bénit le QG de campagne de Serge Daninos, candidat de « la droite constructiviste » aux municipales de La Seyne-sur-Mer. Endossant la casquette d’imitateur, il imita aussi un certain Nicolas Sarkozy il y a cinq ans.

Curé par vocation ou opportuniste ayant trouvé, tels maints pasteurs évangéliques de Rio, un bon filon pour réussir? En 2013, dans un entretien à Public, « Père Laurent » assura avoir su qu’il voulait devenir prêtre dès l’âge de…. sept ans (!) Il ajoutait aussi projeter d’être curé de paroisse quand il aurait 50 ans, étant alors en guerre contre « l‘église catholique et sa position rétrograde sur le mariage pour tous ». Maintenant qu’il en a 52, qu’en est-il? Pas de clip en latin sur le site de son église mais une paroisse « inclusive », dont les « clercs sont engagés […] pour les communautés LGBT, pour la protection des animaux ». Si Saint François d’Assise fut le saint ami des bêtes, le Pape François n’a pas encore l’intention de défiler au côté des « communautés LGBT ». Laurent Lenne devra sans doute attendre un peu avant d’intégrer Rome.

« Une vérité n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester »


L’auteur du Grand Remplacement et de tweets cinglants est poursuivi pour injure raciale par des associatifs qui n’ont jamais lu ses livres. Selon lui, s’il est un proscrit, c’est pour voir et dire que le changement démographique détruit la culture et la civilisation des Européens d’Europe. Entretien (1/2)


Causeur. Le 25 novembre, vous avez comparu au Tribunal de Paris pour « injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion » pour le tweet suivant – que vous appelez « tweet banquise » : « Une boîte de préservatifs offerte en Afrique, c’est trois noyés en moins en Méditerranée, cent mille euros d’économies pour la CAF, deux cellules de prison libérées et trois cm de banquise préservée ». Vous cherchez les ennuis ? Le regrettez-vous ?

Renaud Camus. Oh, pas du tout ! Absolument pas. Le regretter serait me reconnaître coupable. Or il s’agit d’une plaisanterie tout à fait innocente, où n’entre pas, faut-il le dire, la moindre haine, ni même la moindre animosité, et qui est tout juste un peu caricaturale par endroits : mais le président de la République n’a-t-il pas déclaré récemment que la caricature était un des droits immarcescibles de notre tradition nationale ? Ce n’est pas ce tweet qui est jugé, c’est lui, malgré son insignifiance, ou à cause d’elle, qui juge ses juges, les officines de délation qui le poursuivent, et l’état désolant de la liberté d’expression dans notre pays aujourd’hui, en plein Grand Remplacement.

Bien sûr, vous mettez les rieurs de votre côté mais, outre le fait qu’il y en a de moins en moins, je peux vous expliquer ce qui peut être soupçonné de racisme : tous les Africains seraient de futurs délinquants…

Voilà bien le délire antiraciste, et ses généralisations accusatoires abusives. Ce malheureux tweet ne dit absolument pas ni n’implique le moins du monde que tous les Africains seraient de futurs délinquants. Il énumère certains des avantages qu’il y aurait à une décroissance démographique, africaine en l’occurrence, certes, mais dans mon esprit générale, je l’ai très souvent exprimé d’autre part. Que maintenant il y ait des Africains parmi les incarcérés à tort ou à raison (ce n’est pas moi qui parle de « délinquants »), ce n’est absolument pas douteux, et on peut en dire autant de n’importe quel fragment de la communauté humaine.

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Vous revoici donc en procès, après votre condamnation en 2014. Dans la France de 2020, vous considérez-vous comme un dissident ?

Comme un dissident, certainement : un marginal, un exclu, un banni, un paria. Mais après tout c’est une situation qui a quelques avantages, puisque je pourrai dire, comme le Maître de Santiago, « je n’ai participé en rien aux affaires des Indes ». Moi, en ma qualité d’exclu, je ne suis en rien mêlé à la colonisation et à l’occupation de notre pays et de notre continent, au changement de peuple et de civilisation, au génocide par substitution, à ce que j’appelle le génocide à l’homme, c’est-à-dire au moyen de l’homme, sous l’homme, sous la masse humaine en mouvement, par submersion migratoire, comme on a dit génocide au gaz, génocide par balles ou génocide à la machette. Songez : je n’ai jamais été invité à « On n’est pas couché » ou « Chez Hanouna », comme je crois qu’on dit – on se sent tout de même plus propre…

Renaud Camus ne regrette pas le tweet banquise: « Ce serait me reconnaître coupable »

Ah vous recommencez ! Ne croyez-vous pas que le terme génocide, même par substitution, est inadapté quand on pense aux génocides réels du xxe siècle ? Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire d’extermination d’une population. Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche.

Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche, encore qu’il commence à y avoir beaucoup d’attentats, de massacres, d’égorgements et de décapitations. Le changement démographique est la destruction de la culture et de la civilisation des Européens d’Europe, comme ont été presque détruites celles des Juifs d’Europe, et notamment le Shtetl. L’expression de génocide par substitution est due à Aimé Césaire, qui l’appliquait, lui, à l’afflux exagéré, selon lui, des métropolitains dans les Antilles françaises. Elle me semble autrement plus adéquate pour désigner l’actuelle submersion migratoire en Europe, ardemment encouragée par tous les pouvoirs. « Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire », dites-vous : il suffit d’un acquiescement, et surtout d’un acquiescement enthousiaste et d’une participation à son exécution. On parle couramment du génocide des Indiens d’Amérique, je doute si quiconque en a jamais pris la décision. Tocqueville le montre admirablement : il a été accompli avec beaucoup de gentillesse et de bonne conscience dans les intentions, et beaucoup de cruauté dans la réalisation. Je n’ai pour ma part jamais fait allusion au moindre complot, ce qui serait un terme bien dérisoire pour désigner l’ensemble des forces mécaniques et même machiniques mises en œuvre par la première, la deuxième et la troisième révolution industrielle. Le monde du taylorisme fordien, ce que j’appelle le remplacisme global, les industries de l’homme exigent la production de la Matière Humaine Indifférenciée (MHI), sans races, sans sexes et maintenant même sans « genres » (voir la langue et le vêtement). Si crime il y a c’est de souscrire, consciemment ou pas, à cette monstruosité : l’écrabouillement de l’espèce, liquéfiée, comme le montre Zygmunt Bauman, pour les bidons du bidonville global.

En tout cas, vos condamnations ne semblent pas vous affecter, c’est à se demander si vous n’avez pas une sorte de coquetterie de proscrit…

La justice française et la répression en général, qui d’ailleurs est bien loin de se limiter à la « justice » – il faudrait nommer aussi les journalistes, les éditeurs, les libraires… –, ne m’empêchent en rien de développer mes idées dans ma tête, ni même dans mes écrits. En revanche, elles les empêchent peut-être un peu de se répandre dans le monde, ça oui : ainsi lorsque Amazon, mon dernier refuge éditorial, décide de retirer de la vente Le Grand Remplacement, le livre, puis de fermer tout à fait mon compte (avant de revenir sur ces deux décisions, semble-t-il : mais enfin on sent bien qu’on est suspendu au fil de l’arbitraire le plus complet, qui peut être tranché à n’importe quel moment).

Il est vrai que vos détracteurs ne vont pas jusqu’à lire vos livres. S’ils vous attaquent, c’est parce que vous tweettez…

Les officines de délation qui me poursuivent ne les lisent absolument pas, en effet, la preuve éclatante en a été donnée à l’audience même. Cela dit, si je ne devais compter que sur mes livres, qui sont publiés à compte d’auteur, et ne sont pas présents dans les librairies, je n’aurais que très peu de chances d’avoir la moindre influence sur le cours des choses. Je suis obligé d’avoir recours à tous les instruments qui se présentent, fussent-ils, comme au judo, les forces mêmes de l’adversaire : Twitter, Facebook, Amazon – c’est ce que j’appelle « chevaucher le dragon ».

Cependant, aussi graves soient vos crimes, on peut lire, notamment sur les réseaux, des choses bien plus outrancières, sans que les associations s’en émeuvent. Leur intérêt pour vous est-il un hommage de la vertu au vice… ?

Non, qu’allez-vous chercher là, des rappeurs disent gentiment qu’il faut pendre tous les bébés blancs, ou niquer la France : c’est tout de même moins agressif que de se soucier de la banquise ou qu’offrir une boîte de capotes anglaises ! Et puis je ne peux pas prétendre au même statut artistique que M. Nick Conrad. Cela dit, parmi les évidences éclatantes qui sont pour nous la nudité de l’empereur, comme dans le conte d’Andersen, il en est peu de plus manifeste que le « deux poids, deux mesures » judiciaire au profit de l’occupant. Ce que j’appelle la « préférence occupante » est une des preuves les plus aveuglantes du caractère « systémique », pour parler comme on parle, du génocide par substitution.

Nick Conrad. © Philippe Lopez/AFP
Nick Conrad. © Philippe Lopez/AFP

Pour votre gouverne, si j’en crois mon cher Muray, dans le conte d’Andersen, il n’est pas question d’un roi ni d’un empereur, mais d’un grand-duc, raison pour laquelle Muray parlait du « coup du grand-duc »… Cependant, quand vous parlez d’« occupants », vous oubliez que beaucoup sont français et le sont devenus tout à fait légalement. Ils bénéficient donc des mêmes droits que vous et moi, y compris celui d’avoir leur conception de l’identité française.

Je vous remercie de votre souci de ma gouverne, comme vous dites, et en effet, dans la première traduction du conte d’Andersen, parue en France en 1867, il est bien question d’un grand-duc, car, sous Napoléon III, on ne pouvait pas parler d’un empereur de façon aussi cavalière. D’autres traductions disent roi : le roi est nu. Mais le texte original et son titre même portent bien le mot Kejser, c’est-à-dire Kaiser, césar, tsar, empereur : « Kejserens nye klæder ».

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Ensuite, vous entrez dans le cœur de la fiction, celle qui est constitutive du négationnisme de masse, qui peut très bien avoir reçu en effet le sceau de la légalité. Dans les empires coloniaux, l’Inde est anglaise, les Indiens sont sujets de la reine d’Angleterre, reine ou impératrice des Indes. C’est ce genre de fictions intolérables, imposées par la force, la conquête ou la trahison que tous les mouvements anticolonialistes et tous les rassemblements de lutte pour la libération de pays occupés ont dénoncées et combattues au cours des âges. Il est d’autant plus facile de le faire, dans notre cas, que beaucoup de nos actuels occupants assument de plus en plus explicitement n’être français que de papier, parlent des indigènes comme d’étrangers et les appellent des Français, ce qui montre bien qu’eux-mêmes ne se considèrent pas comme tels, et assument en termes on ne peut plus clairs désormais leur mission de conquête ou de conversion, d’imposition de leurs usages et traditions, de mise à disposition pour eux-mêmes de droits égaux ou supérieurs à ceux des indigènes colonisés. Les conquérants, quand bien même ils n’ont dû leur conquête qu’à la complaisance active d’intérêts tiers, ont toujours estimé avoir des droits sur leurs conquêtes, et entretenu leur conception de son identité. Les Français pensaient que l’Algérie était un ensemble de trois départements français. C’est aussi le droit et le devoir des indigènes livrés et conquis d’opposer au colonisateur une conception différente, plus solide, moins purement conventionnelle, moins fictive : « cratylienne », en somme.

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Une ligne Maginot pour protéger une école de Nîmes des dealers!

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Alors qu’il faudrait mettre les dealers hors d’état de nuire par tous les moyens, la ville de Nîmes en est tristement réduite à mettre une clôture anti-intrusion de trois mètres de haut autour de l’école Georges Bruguier. En juin 2020, un jeune de 21 ans est mort d’une balle perdue dans ce secteur « difficile » de la ville.


Calfeutrés dans leurs casemates et leurs bunkers, les soldats français s’empiffraient de camembert arrosé de gros rouge. Et pour tuer le temps, ils jouaient à la belote, regardant à la jumelle l’ennemi allemand dont les troupes écrasaient la Pologne. Nos soldats ne bougeaient pas. On appela ça la « drôle de guerre ». Puis quand en mai 40 les blindés allemands se mirent en marche, la ligne Maginot succomba, inutile et impuissante.

Une clôture anti-intrusion installée pour se protéger des dealers

L’école Georges Bruguier est située dans le quartier du Chemin-Bas d’Avignon de Nîmes. Ce quartier, selon le vocable officiel, est une zone de sécurité prioritaire. Zone d’insécurité élémentaire serait plus juste. Un point de deal se retrouve à 50 mètres de l’école. Et de ce quartier, les dealers sont les maîtres.

L’autre jour, deux d’entre eux, cagoulés, ont fait irruption dans l’établissement scolaire, terrorisant élèves et enseignants. De temps en temps, on peut entendre des coups de feu de l’école. Et, il y a peu, un jeune homme a été tué par une balle perdue.

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Les parents s’indignent et protestent. Le maire de la ville a donc décidé de bâtir une ligne Maginot autour de l’école. Une clôture haute de trois mètres de haut, destinée à empêcher l’intrusion des dealers, et à stopper, selon le maire de Nîmes, « les balles perdues ».

Drôle de guerre

Des policiers ont été placés en renfort autour de l’école et la ville envisage de racheter deux garages qui sont voisins de l’école et où les dealers se livrent paisiblement à leur trafic. Elle prévoit de les démolir. Peut-on appeler ça autrement qu’une drôle de guerre ?

Ce ne sont pas les garages qu’il faut détruire mais ceux qui sont à l’intérieur, en les arrêtant et en leur trouvant un domicile en prison. La police connait les noms des dealers, leur profil, leur adresse ! Les arrêter ? On hésite de crainte d’une émeute, signant ainsi l’abdication totale de l’Etat de droit.

La ligne Maginot autour de l’école ne servira strictement à rien. Il ne faut pas se barricader en tremblant. Il faut au contraire – c’est a priori le travail de la police – aller chercher les dealers là où ils se trouvent. « Jusque dans les chiottes » comme dirait Poutine. Si nous n’allons pas chez eux ce sont eux qui viendront chez nous. N’oublions pas mai 40.

Cette vidéo de décembre 2020 témoigne du climat de violence alarmant de ce quartier

Accepter la République, aimer la France


Accepter la République et ses lois écrites fait de vous un citoyen. Mais apprendre les codes non écrits d’un peuple et y adhérer transforme les citoyens en membres d’une nation et en héritiers de plein droit du passé du peuple qu’ils rejoignent. 


L’idée d’assimilation n’a pas bonne presse dans une époque qui valorise par-dessus tout le droit de chacun à suivre sa propre voie et, s’il est migrant, à cultiver ce qui le relie à sa société d’origine. Le sens même de la notion est mis en question dans des sociétés marquées par une grande diversité de choix de vie. Auxquels de ses membres, objecte-t-on, faudrait-il ressembler pour être déclaré « assimilé » ? En réalité, cette objection fait bon marché du fait que la diversité d’une société n’est pas infinie.

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Trois manières de prendre place dans une société d’accueil

L’existence d’institutions communes, de lois communes, souvent d’une langue commune, d’éléments de mémoire largement partagés au sein d’une communauté nationale (la Révolution française, la guerre de Sécession), fait qu’en dépit de sa diversité interne, chaque société a quelque chose d’unique. Ainsi, selon les pays, l’encadrement des conduites de chacun est assuré d’une manière particulière, que ce soit par un pouvoir fort comme en Chine, par la pression sociale comme au Japon, ou par la loi comme en Europe occidentale. Les modalités permettant à des groupes qui vivent différemment de coexister de manière relativement pacifique divergent selon les sociétés : dans certains cas, comme aux États-Unis, les groupes vivent largement dans des lieux distincts ; dans les sociétés de castes, les rapports entre groupes sont minutieusement codifiés. L’existence d’une identité commune joue un rôle important quand il s’agit pour une nation d’agir en corps, comme en guerre. Tout ce patrimoine peut donner l’impression d’aller de soi pour ceux qui l’ont reçu en héritage dès leur plus jeune âge, mais peut paraître étrange à ceux qui viennent d’ailleurs.

Pour les nouveaux venus, trois grandes manières de prendre place là où ils jettent l’ancre sont possibles.

Une attitude courante consiste à se soumettre aux lois du pays d’accueil tout en continuant autant que possible, dans les domaines que ces lois ne régissent pas, à maintenir les traditions de sa société d’origine au sein d’une diaspora. Les liens avec cette société, notamment ses médias, restent privilégiés, l’endogamie est forte ainsi que la sociabilité intracommunautaire. On a alors une simple intégration.

Philippe d'Iribarne est Directeur de recherches au CNRS © Hermance Triay / Opale / Leemage
Philippe d’Iribarne est directeur de recherches au CNRS © Hermance Triay / Opale / Leemage

Une attitude plus offensive consiste à tenter d’imposer au pays d’accueil la loi qui prévaut dans son lieu d’origine. Il s’agit de s’appuyer sur l’acquisition des droits du citoyen pour agir en ce sens. Pensons par exemple à la pancarte, brandie au cours d’une manifestation : « Française musulmane voilée. Si je vous dérange je vous invite à quitté [sic] mon pays. » Dans ce propos « mon pays » ne veut pas dire le pays dont je reçois l’héritage avec gratitude, mais celui qui m’appartient comme si je l’avais conquis.

L’assimilation se situe aux antipodes de cette perspective conquérante. Il s’agit, au-delà du seul respect des lois de la société d’accueil, de devenir un membre ordinaire de celle-ci, se voulant pleinement héritier de son histoire, adoptant ses mœurs, y trouvant un conjoint et des amis en même temps qu’une identité. Jean Daniel a évoqué cette démarche, qui a été celle de sa famille : « Avec les avantages d’une citoyenneté, les nouveaux Français recevaient l’honneur d’une appartenance. […] Ils ne se demandaient pas ce que le pays leur devait, mais ce qu’ils devaient au pays. Et ce qu’ils devaient était simple : un partage de souvenirs et de projets ; une profonde adhésion aux valeurs de la société qui les accueillait ; un respect scrupuleux des valeurs, des rites et des usages de cette société .[tooltips content= »Jean Daniel, « Barrage contre le communautarisme », Le Nouvel Observateur, 19-25 décembre 2002. »](1)[/tooltips] »

Marche contre l'islamophobie, Paris, 10 novembre 2019. © Marie Magnin/ Hans Lucas/AFP
Marche contre l’islamophobie, Paris, 10 novembre 2019. © Marie Magnin/ Hans Lucas/AFP

Des difficultés très inégales selon les pays et les populations accueillies

Une telle assimilation n’est pas seulement une question de volonté, mais de difficulté objective, qui tient à la fois aux exigences de la société d’accueil et au chemin que doivent accomplir les nouveaux venus pour y répondre.

Selon les pays, les conditions à remplir pour être regardé comme un membre ordinaire de la société sont très diverses. Ainsi, il paraît impossible d’être considéré comme un vrai Japonais si l’on n’est pas d’ascendance japonaise ; on trouve au Japon des Coréens toujours identifiés comme tels alors que leur famille vit dans le pays depuis des générations. À l’inverse, aux États-Unis, le respect de la loi, du drapeau, de l’hymne national suffit pour être considéré comme un « vrai Américain » ; diverses communautés d’origine revendiquant chacune leur propre héritage, et entre lesquelles les liens de solidarité sont relativement ténus, y coexistent, même si officiellement le principe « égaux, mais séparés » n’est plus en vigueur. On se rapproche du cas des empires où coexistent une pluralité de nations et où on a moins une assimilation à l’empire dans son ensemble qu’à une des communautés qui le composent.

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En France l’idée d’assimilation est source de malaise du fait qu’elle confronte aux contradictions intimes de la société française prise entre l’image officielle qu’elle donne d’elle-même et la réalité de son fonctionnement social. Officiellement, l’appartenance à la nation est marquée par une stricte distinction entre espace public et sphère privée : « Au privé la libre expression des différences, au public l’assimilation à l’ordre politique et juridique de la citoyenneté. Au privé l’affirmation libre des identités et des références particulières grâce auxquelles l’homme donne librement un sens à son existence […], au public l’unité-égalité-universalité de la citoyenneté de l’individu.[tooltips content= »Dominique Schnapper, La Relation à l’Autre : au cœur de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1998, p. 186. »](2)[/tooltips] » Dans cette logique, il n’est pas question d’assimilation et la constitution de diasporas au sein de l’espace privé est parfaitement admissible. Mais en pratique, la société française regorge de lois non écrites, souvent beaucoup plus respectées que ne le sont celles de la République. Ainsi, une certaine discrétion dans l’affichage des convictions politiques et religieuses est exigée comme un élément essentiel de la paix sociale. Ce qui « ne se fait pas » tient une grande place dans les rapports sociaux, y compris ceux qui relèvent de la sphère publique. La manière dont chacun est traité dans cette sphère, qu’il s’agisse du monde du travail, des rapports entre locataires et bailleurs ou même des rapports avec l’administration, dépend largement de la façon dont il respecte non seulement les lois, mais aussi les mœurs, de son degré d’assimilation. Or il n’est pas évident pour ceux qui viennent d’ailleurs de saisir la subtilité de ces codes que chacun apprend dans sa famille, sans qu’ils soient affichés nulle part, et qu’il est même offensant de rappeler à quelqu’un qui ne les respecte pas de lui-même. Cet écart entre l’officiel et l’officieux conduit nombre de ceux qui subissent des réactions de rejet, du fait de leur manque d’assimilation, à les ressentir comme discriminatoires, alors que les mêmes manières d’être susciteraient des réactions analogues, voire plus vives (car ils ne peuvent avoir l’excuse de mal connaître les codes sociaux) envers ceux qui sont là depuis des lustres[tooltips content= »Philippe d’Iribarne, Les Immigrés de la République, Seuil, 2010. »](3)[/tooltips].

Par ailleurs, dans un contexte donné, la difficulté à s’assimiler pour celui qui le souhaite dépend beaucoup du chemin qu’il a à parcourir, en fonction de l’étendue qui sépare les normes de vie auxquelles il est attaché, ses évidences familières, de celles qui prévalent dans la société qui l’accueille.

Un point épineux concerne la façon de vivre une double allégeance, à un pays et à une religion. De manière générale, il existe deux grandes manières de résoudre cette équation. La première consiste à faire allégeance à une entité d’ordre supérieur qui transcende la religion et la patrie. Victor Klemperer, juif allemand dit « assimilé », écrit ainsi dans son célèbre ouvrage sur la langue du IIIe Reich : « La véritable mission que ce Dieu a assignée à son peuple [le peuple Juif] est justement de n’être pas un peuple, de n’être attaché à aucune barrière spatiale, à aucune barrière physique, de servir, sans racine, la seule idée. » En se référant aux mêmes valeurs supérieures, en tant que juif et en tant qu’Allemand, il s’affirmait sans contradiction totalement l’un et l’autre. L’autre approche consiste à séparer les domaines de l’existence qui relèvent de la religion (la vie privée) de ceux qui relèvent d’un monde profane (l’organisation de la cité), séparant ainsi deux objets d’allégeance qui n’entrent pas en concurrence.

Dans la rencontre entre le monde musulman et l’Occident, ces deux approches font difficulté, raison pour laquelle l’assimilation des musulmans est tout sauf évidente. L’appel à des valeurs auxquelles il serait possible d’adhérer simultanément en tant que musulman et en tant qu’Occidental, dans une allégeance qui transcenderait deux allégeances partielles, ne paraît guère possible pour des musulmans conséquents. La liberté de conscience, qui est au cœur des civilisations européennes, n’est pas acceptée dans l’islam. Ainsi il n’est pas question pour celui-ci d’admettre le droit de le quitter pour une autre religion. De plus, le refus musulman de l’égalité entre hommes et femmes a un caractère d’autant plus sacré que le Coran l’érige en norme, notamment pour affirmer qu’un homme vaut deux femmes en matière d’héritage (Cor IV 11). Quant à la distinction entre une sphère profane, où il convient de se conformer aux usages de la société environnante, et une sphère religieuse, elle est également problématique, tant l’islam est dès l’origine un mouvement politico-religieux. Dès lors que les préceptes religieux régissent des domaines tels que la nourriture et le vêtement, on voit mal comment un musulman conséquent pourrait accepter les normes profanes dans ces domaines.

Cette difficulté à être simultanément en harmonie avec les orientations du monde occidental et avec celles de l’islam est à la source de profondes fractures parmi les Français musulmans. Une partie significative d’entre eux (environ 15 %[tooltips content= »Hakim El Karoui, L’islam, une religion française, « Le Débat », Gallimard, 2018, p. 26. »](4)[/tooltips]) privilégie une perspective d’assimilation, mais quitte l’islam, ou du moins se contente de quelques pratiques qui ne concernent que leur vie privée. D’autres, au contraire, privilégient l’islam et rejettent la société française, dans une perspective conquérante ou au moins de diaspora. Ainsi, dans un sondage parmi les musulmans de France réalisé en août 2020 à l’occasion du procès de Charlie Hebdo, ils ont été interrogés sur la proposition « L’islam est incompatible avec les valeurs de la société française ». Près d’un tiers (29 %) a répondu par l’affirmative (36 % chez les hommes, 23 % chez les femmes), mais cette proportion s’élève à 45 % chez les moins de 25 ans. De même, 56 % des musulmans, contre 5 % de la population générale, approuvent  la proposition « Une femme doit obéir à son mari »[tooltips content= »Hakim El Karoui, « Un islam français est possible », rapport de l’Institut Montaigne, septembre 2016, p. 45. »](5)[/tooltips]. On comprend mieux que ceux qui cherchent à être à la fois de bons musulmans et de bons Occidentaux peinent à y parvenir.

À lire aussi, Jean-Pascal Caravano: Musulmans français, encore un (gros) effort vers l’assimilation!

À ces difficultés structurelles de l’assimilation, il faut ajouter une dimension sociale. En France, parmi les immigrés originaires de l’ex-empire colonial, certains, issus de famille qui appartiennent, dans leur pays d’origine, à la bourgeoisie intellectuelle ou aux milieux d’affaires, possèdent déjà toute une familiarité avec des habitus français. Il n’en va pas de même pour ceux qui sont issus de milieux modestes ou ruraux. Certains, parce qu’ils ont une farouche volonté d’assimilation, y parviennent, sinon pour eux pour leurs enfants. Beaucoup pourrait être fait pour les y aider en leur permettant de mieux décrypter les exigences de leur société d’accueil.

Energie: un scénario 100% renouvelables ne tient pas la route !

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Sans cesse paraissent des études, y compris d’acteurs institutionnels comme l’ADEME, assurant à l’opinion qu’à échéance, toute l’électricité dont les consommateurs auront besoin sera fournie, avec l’appoint de l’hydroélectricité, par les électricités renouvelables intermittentes (ElRi), électricités éolienne et solaire photovoltaïque, permettant ainsi d’éliminer les combustibles fossiles et le nucléaire. Ainsi, Contexte vient de « révéler » l’existence d’une étude encore non publique du Gestionnaire du Réseau de Transport d’Electricité (RTE), selon laquelle un mix électrique fondé sur des parts très élevées d’énergies renouvelables est techniquement possible. 

Vent et soleil sont intermittents

Les énergies du vent et de soleil sont certes renouvelables, mais leurs puissances sont très variables. Il n’y a pas de soleil la nuit, peu par temps nuageux et beaucoup moins en hiver qu’en été. Le vent est parfois très violent, et peut être très faible à l’échelle de la journée et parfois d’une semaine ou plus, à l’échelle de toute l’Europe. On dit qu’elles sont intermittentes. Il en est de même des électricités qu’on en tire avec les éoliennes et les panneaux solaires. Ces électricités sont non-pilotables, car leurs puissances sont indépendantes de la volonté humaine. Elles sont pour l’essentiel inutilisables parce qu’elles sont inadaptées aux besoins des consommateurs.

Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est passée très près d’un black-out

Deux méthodes sont cependant possibles pour rendre utilisables ces ElRi  :

1- leur couplage avec des centrales dites pilotables pouvant faire varier leur puissance à la demande, en France essentiellement les centrales nucléaires et hydroélectriques, en Allemagne les centrales à charbon et de plus en plus à gaz. Ces centrales font varier leur puissance en contrepoint de celles des ElRi, pour que le mix électrique en résultant s’ajuste en permanence aux besoins des consommateurs ;

2- leur couplage avec des systèmes de stockage-déstockage de l’électricité produite permettant de faire en permanence cet ajustement, avec cependant une perte des quantités d’électricité stockées variant suivant les types de stockage. Dans les deux cas le prix du mix électrique est considérablement augmenté, puisqu’il faut coupler deux systèmes, l’un non-pilotable et l’autre pilotable, pour produire la même quantité d’électricité[tooltips content= »France-Stratégie, 2022 : Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ? Note d’analyse n°99. »](1)[/tooltips].

Les systèmes de stockage-déstockage actuels n’ont ni les capacités, ni les puissances nécessaires pour permettre d’alimenter un pays comme le nôtre avec uniquement des ElRi, loin s’en faut. Ce sont donc les centrales pilotables qui pour l’essentiel sont utilisées. Ce qui impose des limites aux proportions d’ElRi pouvant être mises sur les réseaux, sous peine de déstabiliser les systèmes en provoquant des black-outs. Plus sera augmentée la puissance totale des ElRi et diminuée celle des centrales pilotables, ce qui est la politique actuelle en France et en Europe, plus augmentera ce risque de black-out comme vient de le rappeler France-Stratégie qui s’en inquiète[tooltips content= »Sapy, G., 2021: La sécurité d’alimentation en électricité du pays en danger. Etude pour Sauvons le climat. https://www.sauvonsleclimat.org/fr/presentation/etudes-scientifiques/4154-la-securite-d-alimentation-en-electricite-du-pays-en-danger »](2)[/tooltips]. Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est d’ailleurs passée très près d’un black-out, qui n’a pu être évité qu’en procédant à des « effacements » autoritaires de la consommation d’entreprises « électro-intensives ».

9000 éoliennes déjà installées

Toutes ces études favorables à un mix électrique avec des parts élevées d’énergies renouvelables font donc le pari que l’on trouvera une méthode de stockage-déstockage permettant de se substituer aux centrales pilotables, et prétendent même qu’on l’a déjà trouvée. C’est le power-to-power (P2P), qui passe par la production d’hydrogène électrolytique avec les ElRi, hydrogène que l’on pourra réutiliser à la demande à l’aide de turbines à hydrogène ou de piles à combustibles pour produire de l’électricité. C’est en principe techniquement possible. Il existe des pilotes expérimentaux, mais pas de filière industrielle. 

A lire aussi, Sami Biasoni: La « Grande Réinitialisation »: le monde d’avant en pire

Cependant le rendement électrique du P2P n’est que de l’ordre de 25 à 30%. En 2020, la quantité d’électricité fournie par l’éolien a été d’environ 9% de la consommation française, avec 9000 éoliennes installées. Il faudrait donc avec le P2P en installer 3 à 4 fois plus de puissance rien que pour assurer ces 9%. Et si l’éolien devait assurer 100% de la consommation française, il faudrait en installer de 30 à 40 fois plus, c’est-à-dire submerger tout notre espace rural et ses habitants avec des éoliennes géantes.  La question de l’accès à la quantité de matériaux nécessaires aux filières des ElRi, environ 10 fois plus que le nucléaire par KWh produit pour l’éolien, 15 fois plus pour le solaire PV, n’est pas abordée par les auteurs de ces études. Tout comme celle du coût considérable de la restructuration et du renforcement du réseau électrique nécessaires à leur développement. Elles sont rarement assorties d’études de la viabilité financière, et quand c’est le cas, elles font le pari que les conditions économiques et financières seront les mêmes à échéance de 30 ans que maintenant.

Jeu hasardeux

Ces considérations terre à terre n’intéressent visiblement pas les auteurs de ces études. Elles ont certes leur utilité pour explorer le champ des possibles, mais il est trop facile d’en faire varier les paramètres et d’en ignorer d’autres pour aboutir au résultat que l’on veut obtenir. 

Les publier à la va-vite avant d’avoir fait l’objet d’une vérification attentive de tous les aspects et de toutes les contraintes par des spécialistes autres que leurs concepteurs, ce qui a jusqu’à présent été toujours le cas, est un acte politique et non scientifique. Il serait étonnant qu’il en soit autrement de l’étude signalée par Contexte.

Il est imprudent de jouer ainsi aux dés la politique énergétique de la France.

Inceste: une société française plus friande de têtes que de solutions

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Camille Kouchner publie « La Familia grande » au Seuil © NIVIERE/SIPA Numéro de reportage : 00697840_000002

Le témoignage de Camille Kouchner accusant d’inceste Olivier Duhamel ne finit pas de faire des victimes collatérales, alors qu’elles n’ont rien à voir avec les acteurs de la Familia grande.


Après Alain Finkielkraut perdant son poste de chroniqueur sur LCI, c’est Le Monde qui à son tour censure un dessin de Xavier Gorce jugé politiquement incorrect. La directrice de rédaction s’est ainsi fendue d’une lettre d’excuse dégoulinante de mièvrerie et de ridicule, s’excusant tour à tour auprès des personnes victimes d’inceste et des personnes transgenres, affirmant partager leurs valeurs et défendre leur cause et le prouvant en condamnant un dessin de presse satirique. De cette lettre, il vaut mieux rire que pleurer tant elle témoigne d’une vision pervertie du métier de journaliste. Il n’y a plus information, quête de vérité, examen des faits, débats et argumentation, non il faut montrer ici que l’on est dans le bon camp, du côté des victimes, inconditionnellement et sans distance.

Le problème c’est qu’en empêchant toute discussion sur ces questions (…) on risque de laisser le terrain à des personnes qui se moquent bien des victimes d’inceste et de violences sexuelles, mais qui instrumentalisent ces questions pour en faire le procès de l’élite, présentée comme sexuellement corrompue ou d’un occident pervers et détraqué…

Or les personnes ici sanctionnées ne sont pas soupçonnées d’actes criminels, de complicité ou d’avoir couvert par leur silence ces mêmes actes, elles ont condamné la pédophilie et l’inceste et n’ont posé d’autres actes que de commenter un fait d’actualité ou d’ironiser dessus. Peut-être maladroitement aux yeux de certains, peut-être utilement aux yeux d’autres, toujours est-il qu’elles ont dû pour cette seule cause affronter une tumultueuse tempête. Comme si l’opprobre qui touche Olivier Duhamel se transmettant à ceux qui l’ont côtoyé, embauché, fréquenté, il fallait mettre en scène le fait que bien qu’en haut de la pyramide, on n’appartient pas au petit monde décrit par Camille Kouchner, où l’omerta fait le lit des violences familiales. Alors pour montrer sa pureté, on désigne l’autre comme coupable s’il ne parait pas assez indigné ; pour prouver sa bonne foi, à la moindre tension, on sacrifie celui qui dérange ou qui interroge. Faire assaut de puritanisme et d’intransigeance devient alors un réflexe protecteur. Sauf que la course à la pureté idéologique et à la moraline est un piège destructeur: il vous installe dans une spirale de l’excuse et de l’autoflagellation sans fin où vous êtes sommés de vous coucher devant l’émotion alors même qu’un travail de journaliste et d’intellectuel est de prendre de la distance et qu’un travail de dessinateur est de porter le feutre dans la plaie y compris au risque du mauvais goût.

Une indignation à géométrie variable, selon les époques

Mais surtout cette réaction est d’une profonde inefficacité. Elle occulte la question du rapport au corps et les effets de la revendication d’une liberté sexuelle totale qui eût des échos politiques. Il suffit de lire ce qu’a pu écrire Libération à une époque sur la sexualité entre enfants et adultes pour comprendre que la pédophilie a pu être présentée comme une forme de liberté accordée aux enfants, la contestation de préjugés réactionnaires, le refus d’une société bourgeoise. Le corps devient la propriété de l’être, libre d’en faire ce qu’il veut, y compris de le prostituer, de le louer. Cette position n’a pas disparu et c’est au nom de la liberté dont on est en droit d’user à l’égard de son propre corps que certains défendent la prostitution ou la reconnaissance des mères porteuses. Certes le soutien à la pédophilie est restée marginale, mais dans certains milieux, il a infusé et l’entre-deux qu’est l’adolescence a pu devenir une zone grise. Ce que raconte La familia grande, c’est aussi le rassemblement d’happy fews, puissants et dominants chacun dans leur domaine, à qui le succès donne le sentiment d’appartenir à une espèce différente. La précocité sexuelle est vue comme une preuve de supériorité et les repères petits à petits s’effacent. La réaction d’aujourd’hui contraste avec ce que s’est passé en 2012 entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou. Ce dernier dénonce des écrits de l’écologiste parus en 1975 dans un livre, Le Grand bazar, comme des déclarations faites à cette occasion et renouvelées en 1982 dans une émission d’Apostrophe datée du 23 avril : « Vous savez que la sexualité d’un gosse, c’est absolument fantastique. Faut être honnête, sérieux. Moi j’ai travaillé avec des gosses qui avaient entre quatre et six ans. Quand une petite fille commence à vous déshabiller, c’est fantastique parce que c’est un jeu érotico-maniaque. » Certes Daniel Cohn-Bendit a assuré avoir voulu faire son malin et épater le bourgeois. Il n’en reste pas moins que celui qui a fini étrillé par la gauche et par la droite à cette occasion a été François Bayrou et que toute la classe politique s’est empressé de refermer le couvercle sur la question de la pédophilie. À l’époque cette dénonciation n’intéressait personne.

Le refus de prendre en compte ces réalités difficiles et les ambiguïtés sur la sexualité enfantine expliquent sans doute l’explosion du #incestemetoo que l’on constate sur les réseaux. Il est troublant de voir à quel point les déviances sexuelles sont répandues et à quel point elles peuvent être tues. Il est sans nul doute urgent d’y répondre. Mais ce n’est pas en sombrant dans le puritanisme hypocrite que l’on sauvera un seul enfant. Au contraire, ce sont dans les sociétés où la sexualité est la plus refoulée et le moralisme le plus affiché, que les violences sexuelles sont les plus nombreuses.

Les questions d’Alain Finkielkraut ne sont pas à balayer d’un revers de main

La vie n’est pas morale et il vaut mieux donner aux enfants et aux adultes des armes psychologiques et intellectuelles pour se défendre que de sombrer dans la censure pour préserver des gens en grande souffrance. Une personne victime de ce type de violence est souvent écorché vif, tout la blesse, la meurtrit, l’agresse et l’envahit. Que des personnes victimes d’inceste aient mal réagi au dessin se comprend, mais le rôle du journal était d’assumer et de rappeler que l’humour peut être grinçant, de mauvais goût, dérangeant et que c’est très bien ainsi. Surtout, ce ne sont pas des dessins ou des prises de parole qui font souffrir ces personnes, c’est l’écho que cela réveille dans leur chair et leur mémoire. C’est souvent l’impossibilité d’obtenir justice et réparation qui font qu’elles ne supportent rien qui touche à ces sujets.

Censurer Xavier Gorce n’a pas réparé ou amoindri la souffrance d’une seule victime et cela donne l’impression que toute liberté de parole sur ces sujets-là fait de vous un complice. C’est aussi ce qui est arrivé à Alain Finkielkraut. Alors que les questions qu’il posait ne sont pas à balayer d’un revers de main. La question du consentement et de l’âge est examinée en cas de viol ou de pédophilie (l’inceste est différent), par exemple. Rappelez-vous du scandale qu’a créé en le refus de qualifier de viol en 2017 la relation sexuelle d’un adulte avec une enfant de 11 ans car le Parquet de Pontoise l’avait jugé consentante ? Or si entre l’adulte et l’enfant, l’inégalité crée l’emprise et qu’il ne peut pas y avoir consentement (ce que je crois personnellement), cela ne devrait-il pas se traduire en droit ? Le débat est en cours mais n’a pas été tranché en droit. Dans le cas d’un procès tout est examiné, l’âge qu’avaient les protagonistes au moment des faits devra être établie, la question du consentement sera posée, les pourquoi du silence et les raisons qui amènent à le briser… C’est cette rigueur dans l’établissement des faits qui participera aussi de la qualité du jugement et de l’instruction. Cela n’ôte rien à la victime mais est très douloureux et violent pour elle néanmoins. Et pourtant cela doit être fait.

Ne pas verser dans l’indignation véhémente vous rend suspect

Sauf qu’aujourd’hui cela devient impossible. Vouloir être factuel est vu comme une marque de violence et d’indifférence, voire comme une façon de cautionner des actes immondes. Ne pas verser dans l’indignation véhémente non seulement vous rend suspect mais laisse entendre que vous participez à la protection des coupables. Du coup les individus et les institutions en rajoutent dans la condamnation et pensent que se transformer en procureur devient le moyen d’attester de leur innocence et de leur pureté. Faire simplement son travail et tenter d’opérer les distinctions nécessaires mettent aujourd’hui en danger. En faire des tonnes dans l’excuse et aller jusqu’à sacrifier des personnes qui n’ont rien fait et ne peuvent être soupçonnées de cautionner des pratiques criminelles, devient une mesure de protection personnelle, qui vous renforce momentanément ou vous permet de conserver votre poste. Il s’agit ici de jeter des proies innocentes à des personnes qui font métier d’indignation et souvent parlent par-dessus la tête des victimes, pour préserver son pouvoir et sa réputation.

Cela parle-t-il seulement de la lâcheté des dirigeants ou de la violence d’une société, tellement plus friande de têtes que de solutions, que ceux qui sont au sommet doivent jeter régulièrement des têtes au bas de la pyramide, pour se maintenir en haut. C’est malsain, mais il n’est pas sûr que les dirigeants aient le choix. Poser un acte de courage aujourd’hui vous sort plus souvent du jeu qu’il ne vous offre une image churchillienne. Il faut donc des convictions chevillées au corps pour être courageux. Et il se trouve que quand vous êtes dirigeant vous avez aussi le souci de la pérennité de l’institution que vous dirigez.

Parler d’institution en parlant du Monde reste cependant très exagéré. Le Monde n’est plus un journal de référence mais un simple journal d’opinion, qui se vend mal, il n’est plus que l’ombre de lui-même, dans sa dérive vers le militantantisme racialiste et islamo-gauchiste, il s’ancre aujourd’hui au comptoir de la moraline. Il est donc là pour délivrer des brevets de « bons » et de « méchants » sur tous les sujets. Il donne à sa clientèle ce qu’elle attend. Il fait donc son travail. Ce n’est juste plus un travail de journalisme, mais de militantisme. Il faudrait juste que la direction l’assume. 

Le procès de l’élite de l’Occident

Il se trouve aussi que quand la voie du procès est barrée alors que sur des questions comme l’inceste, la parole des victimes est très longue à se libérer, de fait on empêche la justice de passer. Logique que la vengeance prenne alors le dessus. Quand elle s’abat sur un coupable, que celui-ci l’admet implicitement, je reconnais que cela ne me touche pas. Ce qui arrive à Olivier Duhamel me paraît légitime. C’est peut-être un tort, mais c’est ainsi. Le procès étant rendu impossible, ne reste plus que l’opprobre. Cela entraîne aussi un transfert de la réparation sur le terrain de la morale, qui finit par s’en prendre à la liberté d’expression au nom de la souffrance des victimes. Or cela ne résout rien. On nie par exemple la zone grise de la sexualité. Pourtant un adolescent ou une adolescente qui s’éveille à la sexualité a souvent un désir de séduction, particulièrement envers l’adulte. Ce fantasme est très fort et se traduit par des attitudes ambigües, voire provocantes. Il vaut mieux que cela se sache et soit reconnu. Ce désir est légitime chez l’adolescent, il parle de son inexpérience, de ses pulsions et de ses découvertes tâtonnantes. En revanche un adulte doit savoir que l’enfant ou l’adolescent n’a pas le discernement pour comprendre ce qui arrive à son corps, pour être au clair avec ses désirs. Profiter de ce temps de confusion est mal et l’adulte doit s’empêcher. La volupté de l’emprise n’a rien à voir avec l’amour et tout avec la domination. Pour cela il faut oser avoir des débats et accepter d’aborder de front tous ces problèmes.

Le problème c’est qu’en empêchant toute discussion sur ces questions et toute expression sur ces phénomènes autres qu’en mode dénonciation (et au vu des deux têtes qui viennent de tomber, je souhaite bien du courage à ceux qui sont sollicités sur ces thèmes) on risque de laisser le terrain à des personnes qui se moquent bien des victimes d’inceste et de violences sexuelles, mais qui instrumentalisent ces questions pour en faire le procès de l’élite, présentée comme sexuellement corrompue ou d’un occident pervers et détraqué. Au risque que la législation n’évolue pas, et que nul ne se penche sur la difficulté à recueillir la parole des victimes ou sur la question des peines. Se donner bonne conscience et finalement ne rien changer au réel, si c’était cela le piège de l’indignation ?

La familia grande

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Proportionnelle, calendrier électoral: la pandémie, meilleure alliée de l’exécutif

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Jean-Louis Debré et Jean Castex lors de la remise du rapport sur la tenue des prochaines élections départementales et régionales, novembre 2020 © ERIC TSCHAEN-POOL/SIPA Numéro de reportage : 00990984_000005

Incontrôlable et incontrôlée, pour des raisons diverses et variées, dont certaines sont directement liées à une mauvaise anticipation de l’État français, la pandémie est devenue la meilleure alliée de l’exécutif.


Elle lui permet de ne pas tenir ses engagements électoraux, à l’image de l’abandon de la réforme du mode de scrutin aux élections législatives, ou d’envisager le plus sérieusement du monde un nouveau report des élections départementales et régionales…

« Je crains que si jamais la décision de reporter après la présidentielle, les élections départementales et régionales, [était prise], vous ne puissiez pas endiguer une autre pandémie, qui est la pandémie politique. Vous serez suspectés de tout ! Vous serez vilipendés ! Et cela aboutira à quoi ? À plus d’abstention », a déclaré Jean-Louis Debré lors de son audition au Sénat du 13 janvier 2021. L’influent président du Conseil constitutionnel manifestait ainsi son anxiété face aux velléités liberticides d’une part grandissante de l’exécutif, suivi en cela par une majorité au garde à vous, peut-être désireuse de ne pas affronter l’épreuve électorale après la déculottée que furent les dernières élections municipales.

A lire aussi: Emmanuel Macron, président de la République, 2017-2027

La République En Marche est en grande difficulté lors des élections intermédiaires, hors les élections européennes qui sont moins sujettes aux équilibres précaires de la politique locale. La plupart des sondeurs annoncent d’ailleurs une claque pour le parti présidentiel aux prochaines élections régionales et départementales, qui devraient accorder des « primes aux sortants » et peut-être conforter la progression des Verts et l’enracinement du Rassemblement national. Alors que tout semblait au vert pour que ces deux rendez-vous électoraux soient décalés au mois de juin, des voix dissidentes et des esprits chagrins se font jour dans la majorité. La pandémie « ne permettrait » pas la tenue d’élections.

La démocratie confinée?

Veulent-ils mettre notre démocratie sous cloche comme ils l’ont fait pour notre vie sociale et notre vie économique ? On pourrait le penser tant les mesures les plus illogiques et incompréhensibles se succèdent à un rythme effréné. La bêtise de nos dirigeants est aussi contagieuse que ces variants anglais et brésiliens qu’on ne sait pas retenir là où ils sont apparus. On ne ferme pas les frontières avec le Brésil ou l’Afrique-du-Sud, comme le réclament même les plus à gauche des médecins et des élus depuis déjà plusieurs semaines – le député Sébastien Nadot l’avaient ainsi fait sur Twitter avant de se raviser -, et comme le comprendraient les voyageurs, mais on envisage le plus sérieusement du monde de reporter aux calendes grecques les deux dernières élections avant l’élection présidentielle.

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Réagissant à l’abandon de l’introduction d’une « dose de proportionnelle » aux élections législatives, ainsi qu’Emmanuel Macron l’avait promis en 2017 pour s’attirer les faveurs de François Bayrou, Marlène Schiappa déclarait sans rire à la télévision : « l’épidémie de coronavirus nous a fait nous raviser et nous empêche ». Quel rapport ? La question de la proportionnelle semblait pourtant faire consensus dans la population, permettant à la France d’enfin sortir d’une situation totalement anachronique, restant la seule démocratie occidentale ayant un parlement national aussi peu représentatif des électeurs. Mais non, le coronavirus est passé par là.

Castaner satisfait

Et si ce diable de Christophe Castaner avait, lui, la réponse ? L’ancien ministre de l’Intérieur s’est en effet ouvertement réjoui, déclarant que cela permettrait d’éviter « l’arrivée de 100 députés du Rassemblement national ». La pandémie ne serait donc pas la véritable raison derrière ces reports envisagés et ces promesses non tenues ? Peut-être faudrait-il creuser du côté de la tactique politicienne ? Le résultat de ces basses manœuvres est malheureusement que les « conspirationnistes » trouveront encore du grain à moudre. Le moment historique que nous vivons devrait pourtant inviter le pouvoir à la plus grande retenue.

Le non du peuple

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Renaud Camus: « La liberté d’expression dans la France de 2020 n’est pas menacée: elle n’existe pas »

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Renaud Camus. © Renaud Camus

L’auteur du Grand Remplacement et de tweets cinglants est poursuivi pour injure raciale par des associatifs qui n’ont jamais lu ses livres. Selon lui, s’il est proscrit, c’est pour voir et dire que le changement démographique détruit la culture et la civilisation des Européens d’Europe. Entretien (2/2)


>>> Relire la première partie <<<

Causeur. Au-delà de votre cas, et de vos ennuis judiciaires, la liberté d’expression est menacée par les censeurs en tout genre et encadrée par des lois protégeant les réclamations mémorielles des diverses communautés. On peut trouver cela insupportable, mais fallait-il laisser les négationnistes répandre l’idée que la Shoah était une invention des juifs ?

Bien sûr que non, il ne le fallait pas. Il ne le faut pas. Mais ce n’est pas la compétence de la loi. Je suis hostile à toutes les lois mémorielles, estimant qu’une vérité, si rigoureuse soit-elle, n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester, quitte à se ridiculiser ou se déshonorer ce faisant. La liberté d’expression dans la France de 2020 n’est absolument pas menacée : la liberté d’expression dans la France de 2020 n’existe pas. Nous vivons sous le régime du négationnisme de masse, puisque le phénomène de loin le plus important de notre société, à savoir le changement de peuple et de civilisation, le génocide à l’homme, la destruction des Européens d’Europe par submersion migratoire, y fait l’objet d’un tabou absolu. Cette occultation est si radicale que c’est le réel lui-même, la réalité du réel, qui est ébranlé, mis hors la loi ; et que nous vivons dans ce que je nomme le faussel, le faux réel, le règne du faux – un monde imaginaire, aussi imaginaire que les habits neufs de l’empereur, sur lesquels tout le monde s’extasie. Il faut noter à cet égard que le faux est consubstantiel au remplacisme global, puisque celui-ci est le règne de la substitution, de la copie, du fac-similé, du simili, de la simulation généralisée : l’Âge de l’ersatz, du makeshift, bien repéré dès la fin du xixe siècle par William Morris ; ou si vous préférez du simulacre, pour parler comme Baudrillard.

À lire aussi, Lydia Pouga: L’assimilation n’est pas une question en noir et blanc

Vous exagérez ! Sur la question migratoire, comme sur l’islam, on peut dire beaucoup de choses qui étaient juste imprononçables il y a quelques années. Et par ailleurs, nous avons toujours la même controverse. Vous parlez de phénomènes qui résultent de millions de décisions comme d’entreprises organisées !

Ah, si vous estimez que la liberté d’expression fait de considérables progrès en France, je ne puis que vous envier cette plaisante conviction. Quant à notre controverse, vous m’attribuez la foi en des entreprises organisées, au pluriel, et non pas à une entreprise organisée. C’est assez juste. Je crois en effet en les décisions de milliers d’entreprises organisées, multinationales, fonds de pension, GAFA, tous les instruments, avec les banques, les médias, la publicité, de mécanismes, ou, si vous voulez, d’une machination, au sens littéral et heideggérien du terme, d’un devenir machine, qui les dépasse et les englobe comme elle nous englobe tous, nous broie, et nous dépouille de l’humaine condition.

Pour Charlie Hebdo et les caricatures, notre pays ne défend-il pas une position courageuse et singulière dans notre monde globalisé ?

Charlie Hebdo n’est en rien hostile au remplacisme global, il est bien normal qu’il fasse l’objet des attentions du pouvoir remplaciste. Remplacisme et islamisme ne sont pas une seule et même force. Ce sont deux totalitarismes rivaux : provisoirement alliés, certes, mais fondamentalement rivaux, comme le nazisme et le communisme au temps du pacte germano-soviétique.

Cher Renaud, vous ne pouvez pas avoir une unique grille de lecture de tout : remplaciste ou pas ! Charlie Hebdo s’oppose à l’islamisation et au rétablissement du blasphème, ce n’est pas rien !

Ah, si, là, désolé, j’ai une unique grille de lecture de tout, et ça c’est une théorie, contrairement au Grand Remplacement. Je crois au remplacisme global, qui reconnaît en le remplacement le geste fondamental et universel des sociétés post-post-industrielles. Je crois même au remplacisme global davocratique, c’est-à-dire à la gestion managériale du parc humain par « Davos », terme par lequel je désigne, d’après le nom de son congrès annuel en Suisse, de son Nuremberg helvétique, la conception purement économiste, financière et numérique, et matriculaire du monde. On dirait aussi bien la gouvernance par les nombres, pour parler comme Olivier Rey, Alain Supiot, Jean Vioulac ou Johann Chapoutot.

Le remplacement affecte aussi bien les hommes que les peuples, les corps que les âmes, les matières que les produits, les objets que les sols

Pour vous, le remplacisme est un phénomène global. Mais vous lui cherchez des coupables alors qu’il agit sur les cerveaux. Si on le considère comme une idéologie plus que comme une entreprise, il prospère sur la débâcle de l’esprit voltairien.

Ce n’est pas seulement notre esprit voltairien qui est menacé par le remplacisme : c’est l’esprit en général, ce sont les forces de l’esprit, et c’est l’humanité de l’homme. C’est l’espèce, c’est sa présence sur la Terre, c’est la Terre elle-même. Le remplacement affecte aussi bien les hommes que les peuples, les corps que les âmes, les matières que les produits, les objets que les sols. L’artificialisation est un autre de ses noms. Mais enfin, pour s’en tenir précisément à votre question, il est certain qu’une représentation du Mahomet de Voltaire ne semble pas tout à fait à l’ordre du jour, et qu’une statue de ce grand homme a déjà été mise au placard, significativement.

Pardon, mais dans cette acception fort large, le remplacisme n’est-il pas l’autre nom du Progrès qui, avant d’être une machine à éradiquer la pensée livre, a été le fruit des belles inventions de l’esprit humain ? Galilée a remplacé tous les défenseurs de la Terre plate. L’alternative au remplacisme, c’est l’immobilisme…

Oh, tous les remplacements ne sont pas mauvais. Quand on n’a plus de cœur, j’imagine qu’on est bien content de trouver un cœur artificiel, ou celui d’un autre. D’ailleurs, ce n’est presque jamais le mal qui triomphe du bien, mais un autre bien de qualité inférieure, une imitation de bien, et qui a pour lui les médias, dont je ne sais s’ils sont une des branches de la publicité, ou l’inverse. Le so-called  « politiquement correct » n’est rien d’autre que la recette industrielle de la MHI, du Nutella humain, du nutelhom. L’alternative au remplacisme n’est pas l’immobilisme, c’est l’âme, c’est la durée, c’est l’inscription dans le temps, la voix des morts, l’autre rive, la transmission, la culture, la création.

Le concept central de ma réflexion est celui d’in-nocence, de non-nocence, de non-nuisancede non-violence

On vous accuse d’avoir inspiré le tueur de Christchurch. Cela vous attriste-t-il ?

Cela m’attriste, certes, mais cela m’indigne bien davantage encore. C’est la preuve absolue que ceux qui formulent cette accusation, et que d’ailleurs je poursuis en justice en la personne de Mme Marlène Schiappa, la ministre, n’ont jamais lu une ligne de moi et n’ont pas la moindre idée de mes écrits et de mes vues. Le concept central de ma réflexion est celui d’in-nocence, de non-nocence, de non-nuisance, de non-violence : vous pensez comme j’ai pu inspirer le tueur de Christchurch ! L’expression « Grand Remplacement », sans doute parce que, hélas, elle est juste, est aujourd’hui répandue dans le monde entier. On apprenait cette semaine même qu’Emmanuel Macron, figure paradigmatique du remplacisme global et de la davocratie, l’employait couramment. Le tueur de Christchurch l’a rencontrée pendant son séjour en Europe, ou peut-être avant. Elle lui a semblé juste parce qu’elle l’est. Il n’a pas poussé plus loin ses investigations, il est probable qu’il ne connaît même pas mon nom, qu’il ne cite nulle part, et il est certain qu’il n’a jamais lu une ligne de moi, serait-ce seulement parce que Le Grand Remplacement, le livre, n’est pas traduit en anglais. Il y a d’ailleurs une preuve éclatante qu’il ne m’a pas lu, ou que, si par miracle il m’avait lu, il n’est pas influencé par moi, c’est qu’il a procédé à un massacre. Il a écrit une brochure nommée « The Great Replacement », qu’il avait sur lui au moment de son crime, et que Mme Schiappa confond avec mon livre. J’ai eu la curiosité de jeter un coup d’œil à cette plaquette, et il y est fort visible que les vues de ce monsieur sont fort éloignées des miennes. Par exemple, il est un très ardent nataliste. Le « tweet banquise » prouve suffisamment que je ne le suis pas et, si je ne le suis pas, ce n’est pas seulement pour l’Afrique, mais pour l’Europe aussi bien, la Terre, la Terre entière, la pauvre Terre en son ensemble, qui n’en peut plus de l’homme.

Emmanuel Macron au Forum économique mondial, Davos, 24 janvier 2018. © Fabrice Coffrini/AFP
Emmanuel Macron au Forum économique mondial, Davos, 24 janvier 2018. © Fabrice Coffrini/AFP

Dernière question pour ceux qui ne vous connaissent pas. Parmi votre importante production, quel livre conseilleriez-vous en priorité à un néophyte ? Duquel êtes-vous le plus fier d’un point de vue littéraire ?

Pour donner un tel conseil, encore faudrait-il que je connusse le néophyte en question, sa formation, ses curiosités, ses goûts. Mais s’il ne craignait pas d’aborder le massif par une face un peu abrupte, je lui désignerais sans doute Du Sens, qui est en quelque sorte, pour la réflexion politique et… comment dirais-je… « philosophique », avec beaucoup de guillemets, mon « laboratoire central ».

À lire aussi, Élisabeth Lévy: L’assimilation: une dernière chance pour la France

Quant au livre dont je serais le plus fier, non, je n’y songe pas en ces termes-là. En revanche, il y a dans mon abondante production des ouvrages avec lesquels j’ai de meilleurs rapports qu’avec d’autres, sans doute parce que j’ai l’impression d’y avoir dit à peu près ce que je voulais dire, et comme je voulais le dire. Je m’entends par exemple assez bien avec Éloge du paraître, avec Vie du chien Horla, ou bien avec Vaisseaux brûlés, l’hypertexte, sans doute parce qu’il s’agit d’un chantier si vaste et si complexe qu’on y trouve tout et son contraire : toutes les orientations, toutes les ombres, toutes les lumières – something for everyone.

Je casse donc je suis!

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Rémy Julienne en 2017 © LAURENTVU/SIPA Numéro de reportage : 00794905_000029.

Disparition de Rémy Julienne, le plus grand cascadeur français, à l’âge de 90 ans


Rémy Julienne avait fait de la cascade, un art de la compression et de la pyrotechnie. Cette légende des campagnes françaises et des cours de récréation a marqué une époque où la bagnole et le dérapage plus ou moins contrôlé guidaient le sort des Hommes. En ce temps-là, celui de la motorisation des ménages et des vraies stars de cinéma, on rêvait de flaques d’huiles, de casses abandonnées et de vols planés. Rémy, le funambule du Loiret, avait vaincu très jeune l’apesanteur. Le saut à moto, en bateau ou en auto était sa spécialité comme la praline est la confiserie emblématique de Montargis, la ville où il a rendu, hier, son dernier souffle. 

On peut se demander si la cascade automobile sans artifice numérique a encore un avenir dans un monde [devenu] aussi aseptisé

Dans sa famille de « crossmen » titrés, on utilisait la poignée de gaz ou le frein à main comme d’autres jouent du pinceau ou du burin. À sa façon, ce César de la démolition sculptait les carrosseries les plus diverses. Avec lui, les voitures tournoyaient à l’écran, explosaient parfois, dans les rires gamins et les fumées provocantes. Comment expliquer à tous ceux qui ne voyaient dans ces cascades qu’un amas de ferrailles et un appel à la collision générale que Rémy était un poète du bitume, un esthète de la tôle froissée, un scientifique du choc frontal. Il exorcisait nos peurs. Il accomplissait nos rêves de courses-poursuites. Il catharsisait, diraient aujourd’hui les précieux, notre pulsion de mort. Et tout ça, sans prendre de risque. Il fut l’un des premiers européens à professionnaliser une discipline jusqu’alors pratiquée par des amateurs fougueux. Son but était de maîtriser le danger, de calculer la moindre dérive, d’anticiper les conséquences les plus graves. Rémy n’était plus alors seulement un saltimbanque du talon-pointe mais un théoricien du spectacle vivant. C’est pourquoi les productions internationales faisaient appel à lui quand on se demandait comment mettre en travers un 44 tonnes sur une route de montagne ou décapsuler une Renault 11 sur les quais de Seine. 

A lire aussi: Marielle, Broca, Belmondo: le beau recueil nostalgique de Thomas Morales

J’entends encore mon camarade de classe, Alexandre, à l’âge de huit ans, très sérieusement m’avouer qu’il avait choisi sa voie. C’était décidé, il serait cascadeur comme d’autres veulent devenir président de la République ou danseuse au Crazy Horse. Je pense à lui ce matin, je sais qu’il a un pincement au cœur dans sa tour de la Défense. La vie est taquine, il n’est pas devenu Rémy Julienne mais cadre supérieur dans la finance. Il prend certainement plus de risques aujourd’hui sur les marchés exotiques qu’au volant de la Saab de son père. Vu la tournure des esprits actuels, foncièrement perverse et vindicative, on peut se demander si la cascade automobile sans artifice numérique a encore un avenir dans un monde aussi aseptisé. On fait la chasse aux émissions nocives même fictives. Bientôt, filmer des voitures sera sévèrement puni par la loi, alors les faire voltiger dans les airs ou emprunter des voies de bus à contre sens semblent un tabou ultime. Les faux moralistes veillent sur nos divertissements d’antan. Gare au tête-à-queue ! Grâce à Rémy Julienne, nous sommes heureux d’avoir connu une société qui ne s’excusait pas de brûler des autos pour les besoins d’une scène et qui s’amusait du second degré routier. La comédie populaire d’action n’était plus réservée aux Américains. Chez Oury, Lautner, Zidi, Broca, Deray ou Verneuil, Rémy était la caution automobile. Même si parfois, ça ne passait qu’à un fil, on savait que ce grand professionnel allait donner du rythme à un long-métrage poussif. Entre nous, il a sauvé quelques films par son sens de l’équilibre et de la trajectoire à l’équerre. Même Bond avait besoin des services du frenchy. Un type qui a autant fracassé de DS, 404 et de R16 a toute notre estime. Il a œuvré à une forme de décomplexion jouissive. Je me dis que Belmondo et Delon lui doivent une partie de leur gloire. Alors, aujourd’hui, juste pour le plaisir, revoyez quelques actions désormais mythiques de notre identité cinématographique. Au hasard, Jean-Paul dans « Le Professionnel » faisant hurler une Fiat 131 ou Alain dans « Trois hommes à abattre », meilleure publicité de l’année 1980 pour la Lancia Gamma face à une Citroën CX particulièrement accrocheuse. Avec toi, Rémy, la famille était en sécurité !

Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Rapport Stora : la repentance à sens unique?

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Benjamin Stora remet son rapport au président Macron, le 20 janvier 2021, Palais de l'Elysée © STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01000815_000010



Benjamin Stora a donc remis un rapport sur l’aménagement des relations France-Algérie, proposant de solder les abominations d’une longue guerre.


Avouons donc les « corvées de bois », la torture, deux siècles d’impitoyable diffusion des vaccinations et de lutte contre la famine — et de coups de chicotte, soyons réalistes.

Avouons que nous avons puissamment contribué à faire sortir de terre le pétrole et le gaz avec lesquels les militaires depuis soixante ans se remplissent les poches — en échange d’une portion du Sahara pour y expérimenter la force de frappe française…

Mais j’aimerais que parallèlement les Algériens avouent les attentats aveugles qui tuaient femmes et enfants, les mutilations opérées à vif sur des militaires français prisonniers, les Pieds Noirs assassinés surtout quand ils étaient sans défense, et les 250 000 harkis (et leurs familles: les résistants de la onzième heure du FLN se sont fait une virginité politique en tuant des nourrissons et des femmes enceintes) qui ont été la petite monnaie des accords d’Evian —le prix en fait de la protection, quinze ans durant, des intérêts stratégiques français dans le sud.

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Oui, j’aimerais beaucoup qu’un pays qui a fait de « harki » une injure à tous usages reconnaisse que ses pères fondateurs se sont conduits eux aussi comme des enfants de salauds.

En 2002, j’ai co-écrit avec mon ami Boussad Azni dont je salue la mémoire, un natif de Tizi-Ouzou expatrié avec tant d’autres dans l’un de ces merveilleux camps de vacances où les autorités françaises ont concentré, deux décennies durant, des gens qui n’avaient rien fait d’autre que défendre les intérêts de la nation, un livre rassemblant les nombreux témoignages des massacres opérés par des « résistants » vaincus la veille, à qui l’on a offert à Evian une victoire dont ils désespéraient. Un déluge d’horreurs. Les harkis ont vainement plaidé le crime contre l’humanité — mais qui écoute les vaincus ?

De même, il faudra ici réévaluer l’action de militants bien intentionnés qui ont fait passer des armes en Algérie — des armes qui ont tué des Français par milliers. Ce ne furent pas des héros, mais des traîtres.

Si l’Algérie et les Algériens veulent effectivement normaliser les relations avec la France, qu’ils fassent le ménage dans leur mémoire officielle, grattent la couche de vernis qui occulte les monstruosités, et comprennent que cette guerre fut sale à tous les niveaux — comme toutes les guerres. Qu’il n’y a pas de vainqueurs — juste des vaincus, dans les deux camps. Parce que les terroristes vainqueurs ont admirablement bousillé un pays qui avait été mis en valeur, agricolement mais aussi humainement : combien d’élites algériennes formées en France avant même l’indépendance — combien de présidents hospitalisés en France ?

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Et sans même un « merci », comme si tout leur était dû… Tout comme actuellement ils se moquent des Chinois qui s’y implantent, parce qu’ils travaillent — quelle bonne blague…

Il n’y a pas de mémoire à sens unique. Les guerres sont toujours à torts partagés. Il faudrait déjà le reconnaître. J’aimerais assez que les Algériens réécrivent les manuels d’Histoire en usage là-bas — les nôtres sont déjà tout imbibés de repentance ex-coloniale. Puis alors ils pourront promulguer des lois donnant aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes — y compris le droit de ne pas être importunées par des fanatiques religieux. J’y suis allé en 1970, c’est un magnifique pays, j’ai sur ma peau la nostalgie des plages de Bougie (ou Bidjaia, comme vous voulez) ou Tichy et des rencontres que l’on pouvait y faire… Et sur la langue le souvenir des confitures de roses de Blida.

Mais c’est un pays arqué dans un absolutisme de la mémoire reconstruite, et qui a cessé de participer à la modernité. Si tant d’Algériens sont venus en France, c’était pour y travailler, certes, mais peut-être avant tout pour fuir un pays qui avait tant promis et qui n’a rien tenu.

Alors, tous les rapports n’y feront rien : les peuples doivent se ressaisir de leur mémoire, effacer les discours pompeux et pontifiants de ceux qui exploitent le passé à leur strict avantage, et accueillir les harkis ou les Pieds-Noirs qui désireraient revisiter leurs villes ravagées et leurs cimetières désacralisés. Mais quand ce sont les révisionnistes et les vandales qui exigent que nous fassions tout le chemin…

Harkis, crime d'Etat : Généalogie d'un abandon

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Ce que contient le rapport de Benjamin Stora

Sur 150 pages, le rapport propose une trentaine de recommandations. Il est plus nuancé que ce que l’on pouvait craindre au regard du parcours militant de l’historien Benjamin Stora. Cependant, on peut toujours craindre que les mesures proposées ne soient propices à de futures polémiques:

– Faire entrer au Panthéon l’avocate Gisèle Halimi, « grande figure féminine d’opposition à la guerre d’Algérie »

– Ériger une stèle en l’honneur de l’Émir Abdelkader au château d’Amboise

– Renommer certaines rues en mémoire de « Français particulièrement méritants issus de territoires antérieurement placés sous la souveraineté de la France »

– Transformer en « lieux de mémoire » les quatre anciens camps d’inter­nement d’Algériens situés sur le territoire français

– Développer les travaux et la collaboration des historiens des deux pays (multiplication de colloques ou d’expositions, travaux partagés sur la traduction de documents etc.), faciliter l’accès aux archives françaises aux chercheurs algériens, pour obtenir la « transparence sur un passé commun », dans la mesure où les étudiants français, « dans un nombre qui ­reste à discuter avec les autorités algériennes » béné­ficient d’un « visa à entrées mul­tiples » et d’un accès facilité aux archives algériennes de leur côté.

– Créer un Musée de l’histoire de la France et de l’Algérie

– Publication d’un guide des disparus

La Seyne-sur-mer: un faux « prêtre catholique »… au crématorium

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Image: capture d'écran YouTube

L’évêché alerte les fidèles catholiques contre un certain « Père Laurent ». L’homme a déjà été aperçu par le passé dans Secret Story, l’émission de télé-poubelle de TF1


Quinqua méditerranéen au sourire hâbleur, Laurent Lenne s’est fait remarquer en 2008 dans Secret Story 2 sur TF1. Cette immersion dans les télés des foyers des Français lui a valu un duo avec le chanteur de variété écolo Francis Lalanne. Il y a neuf ans, Laurent Lenne poussa la chansonnette torse nu en chemise blanche dans un clip fraîchement intitulé « En pleine face ». Tel un Apollon entouré de ses muses sur la Côte d’Azur, il y prônait l’amour libre et l’usage du latex tout en narrant sa rencontre avec le Christ.

Quand il ne fredonne pas ses airs en bonne compagnie, Laurent Lenne prêche la bonne parole dans La Chapelle de l’unité de la Seyne-sur-mer (Var). Troquant alors sa chemise ouverte pour la soutane et le calice, « Père Laurent » y célèbre l’eucharistie le dimanche et les jours de semaine. La page internet Laseyne.info souligne que « les religieux de la Chapelle ont rejoint l’ordre apostolique et souverain des hospitaliers de Saint Jean dont le révérend père Georges de Saint Hirst est le prieur et l’évêque » -lequel est versé dans l’exorcisme et autres « guérisons des malades de l’âme », auxquelles il a consacré un ouvrage.

« Monseigneur Dominique Rey tient à alerter les fidèles et familles vivant un deuil afin d’éviter toute confusion. Au sein du crématorium de La Seyne-sur-Mer, un certain « Père Laurent », officierait actuellement et présiderait des célébrations d’obsèques. S’il se dit évêque ou prêtre, il n’est pas membre du clergé de l’Église catholique romaine et n’est pas reconnu par cette dernière. » Communiqué du Diocèse

« Si je meurs, je veux que ce soit lui »

Délaissant jambes bronzées et plages de sable fin, « Père Laurent » a célébré des offices funéraires au crématorium de la Seyne-sur-Mer courant décembre. « Je ne peux qu’en faire l’éloge », a assuré un homme en deuil dans les colonnes de Var Matin. « Si je meurs, je veux que ce soit lui », a abondé un autre apôtre.

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« Vers la fin 2020, nous avons eu écho de ces offices, affirme à Causeur Yves-Marie Sévillia, directeur de cabinet de Monseigneur Rey, évêque de Toulon. Quand certaines familles demandent un office religieux, elles sont redirigées vers cette personne. Elles pensent qu’il s’agit d’un prêtre et qu’elles ont affaire à un office religieux catholique ». Or, si le site de l’Église apostolique et œcuménique de « Père Laurent » présente ce dernier comme son « évêque et président » et se présente elle-même comme une « Église catholique et apostolique », elle n’a aucun rapport avec Saint-Pierre.

Le diocèse de Fréjus-Toulon alerte la population

« Il y a des personnes de la communion Saint Lazare, notre association, composée de personnes mandatées par l’évêque pour représenter l’Église et accompagner les familles endeuillées. Les entreprises funéraires sont au courant qu’elle existe et qu’elle est officiellement la représentante de l’Église auprès des familles. Ce Laurent Lenne qui officie au crématorium y est présenté comme un prêtre catholique, ce qu’il n’est pas », commente sobrement Yves-Marie Sévillia. Dans cette optique de mise au point, le diocèse de Fréjus-Toulon a publié un communiqué sur son site où il « souhaite aviser la population catholique du Var concernant des célébrations potentiellement trompeuses ».

Contactée sur son téléphone portable, l’ancienne star de télé réalité n’a pas décroché. Il n’est pourtant guère introverti: en 1992, il fit campagne pour les régionales en PACA en compagnie de Bernard Tapie. En 2010, il annonça sa candidature pour les présidentielles après qu’un SDF lui demanda de prendre une douche dans son église. En 2019, il bénit le QG de campagne de Serge Daninos, candidat de « la droite constructiviste » aux municipales de La Seyne-sur-Mer. Endossant la casquette d’imitateur, il imita aussi un certain Nicolas Sarkozy il y a cinq ans.

Curé par vocation ou opportuniste ayant trouvé, tels maints pasteurs évangéliques de Rio, un bon filon pour réussir? En 2013, dans un entretien à Public, « Père Laurent » assura avoir su qu’il voulait devenir prêtre dès l’âge de…. sept ans (!) Il ajoutait aussi projeter d’être curé de paroisse quand il aurait 50 ans, étant alors en guerre contre « l‘église catholique et sa position rétrograde sur le mariage pour tous ». Maintenant qu’il en a 52, qu’en est-il? Pas de clip en latin sur le site de son église mais une paroisse « inclusive », dont les « clercs sont engagés […] pour les communautés LGBT, pour la protection des animaux ». Si Saint François d’Assise fut le saint ami des bêtes, le Pape François n’a pas encore l’intention de défiler au côté des « communautés LGBT ». Laurent Lenne devra sans doute attendre un peu avant d’intégrer Rome.

« Une vérité n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester »

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Renaud Camus

L’auteur du Grand Remplacement et de tweets cinglants est poursuivi pour injure raciale par des associatifs qui n’ont jamais lu ses livres. Selon lui, s’il est un proscrit, c’est pour voir et dire que le changement démographique détruit la culture et la civilisation des Européens d’Europe. Entretien (1/2)


Causeur. Le 25 novembre, vous avez comparu au Tribunal de Paris pour « injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion » pour le tweet suivant – que vous appelez « tweet banquise » : « Une boîte de préservatifs offerte en Afrique, c’est trois noyés en moins en Méditerranée, cent mille euros d’économies pour la CAF, deux cellules de prison libérées et trois cm de banquise préservée ». Vous cherchez les ennuis ? Le regrettez-vous ?

Renaud Camus. Oh, pas du tout ! Absolument pas. Le regretter serait me reconnaître coupable. Or il s’agit d’une plaisanterie tout à fait innocente, où n’entre pas, faut-il le dire, la moindre haine, ni même la moindre animosité, et qui est tout juste un peu caricaturale par endroits : mais le président de la République n’a-t-il pas déclaré récemment que la caricature était un des droits immarcescibles de notre tradition nationale ? Ce n’est pas ce tweet qui est jugé, c’est lui, malgré son insignifiance, ou à cause d’elle, qui juge ses juges, les officines de délation qui le poursuivent, et l’état désolant de la liberté d’expression dans notre pays aujourd’hui, en plein Grand Remplacement.

Bien sûr, vous mettez les rieurs de votre côté mais, outre le fait qu’il y en a de moins en moins, je peux vous expliquer ce qui peut être soupçonné de racisme : tous les Africains seraient de futurs délinquants…

Voilà bien le délire antiraciste, et ses généralisations accusatoires abusives. Ce malheureux tweet ne dit absolument pas ni n’implique le moins du monde que tous les Africains seraient de futurs délinquants. Il énumère certains des avantages qu’il y aurait à une décroissance démographique, africaine en l’occurrence, certes, mais dans mon esprit générale, je l’ai très souvent exprimé d’autre part. Que maintenant il y ait des Africains parmi les incarcérés à tort ou à raison (ce n’est pas moi qui parle de « délinquants »), ce n’est absolument pas douteux, et on peut en dire autant de n’importe quel fragment de la communauté humaine.

À lire aussi, Élisabeth Lévy: L’assimilation: une dernière chance pour la France

Vous revoici donc en procès, après votre condamnation en 2014. Dans la France de 2020, vous considérez-vous comme un dissident ?

Comme un dissident, certainement : un marginal, un exclu, un banni, un paria. Mais après tout c’est une situation qui a quelques avantages, puisque je pourrai dire, comme le Maître de Santiago, « je n’ai participé en rien aux affaires des Indes ». Moi, en ma qualité d’exclu, je ne suis en rien mêlé à la colonisation et à l’occupation de notre pays et de notre continent, au changement de peuple et de civilisation, au génocide par substitution, à ce que j’appelle le génocide à l’homme, c’est-à-dire au moyen de l’homme, sous l’homme, sous la masse humaine en mouvement, par submersion migratoire, comme on a dit génocide au gaz, génocide par balles ou génocide à la machette. Songez : je n’ai jamais été invité à « On n’est pas couché » ou « Chez Hanouna », comme je crois qu’on dit – on se sent tout de même plus propre…

Renaud Camus ne regrette pas le tweet banquise: « Ce serait me reconnaître coupable »

Ah vous recommencez ! Ne croyez-vous pas que le terme génocide, même par substitution, est inadapté quand on pense aux génocides réels du xxe siècle ? Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire d’extermination d’une population. Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche.

Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche, encore qu’il commence à y avoir beaucoup d’attentats, de massacres, d’égorgements et de décapitations. Le changement démographique est la destruction de la culture et de la civilisation des Européens d’Europe, comme ont été presque détruites celles des Juifs d’Europe, et notamment le Shtetl. L’expression de génocide par substitution est due à Aimé Césaire, qui l’appliquait, lui, à l’afflux exagéré, selon lui, des métropolitains dans les Antilles françaises. Elle me semble autrement plus adéquate pour désigner l’actuelle submersion migratoire en Europe, ardemment encouragée par tous les pouvoirs. « Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire », dites-vous : il suffit d’un acquiescement, et surtout d’un acquiescement enthousiaste et d’une participation à son exécution. On parle couramment du génocide des Indiens d’Amérique, je doute si quiconque en a jamais pris la décision. Tocqueville le montre admirablement : il a été accompli avec beaucoup de gentillesse et de bonne conscience dans les intentions, et beaucoup de cruauté dans la réalisation. Je n’ai pour ma part jamais fait allusion au moindre complot, ce qui serait un terme bien dérisoire pour désigner l’ensemble des forces mécaniques et même machiniques mises en œuvre par la première, la deuxième et la troisième révolution industrielle. Le monde du taylorisme fordien, ce que j’appelle le remplacisme global, les industries de l’homme exigent la production de la Matière Humaine Indifférenciée (MHI), sans races, sans sexes et maintenant même sans « genres » (voir la langue et le vêtement). Si crime il y a c’est de souscrire, consciemment ou pas, à cette monstruosité : l’écrabouillement de l’espèce, liquéfiée, comme le montre Zygmunt Bauman, pour les bidons du bidonville global.

En tout cas, vos condamnations ne semblent pas vous affecter, c’est à se demander si vous n’avez pas une sorte de coquetterie de proscrit…

La justice française et la répression en général, qui d’ailleurs est bien loin de se limiter à la « justice » – il faudrait nommer aussi les journalistes, les éditeurs, les libraires… –, ne m’empêchent en rien de développer mes idées dans ma tête, ni même dans mes écrits. En revanche, elles les empêchent peut-être un peu de se répandre dans le monde, ça oui : ainsi lorsque Amazon, mon dernier refuge éditorial, décide de retirer de la vente Le Grand Remplacement, le livre, puis de fermer tout à fait mon compte (avant de revenir sur ces deux décisions, semble-t-il : mais enfin on sent bien qu’on est suspendu au fil de l’arbitraire le plus complet, qui peut être tranché à n’importe quel moment).

Il est vrai que vos détracteurs ne vont pas jusqu’à lire vos livres. S’ils vous attaquent, c’est parce que vous tweettez…

Les officines de délation qui me poursuivent ne les lisent absolument pas, en effet, la preuve éclatante en a été donnée à l’audience même. Cela dit, si je ne devais compter que sur mes livres, qui sont publiés à compte d’auteur, et ne sont pas présents dans les librairies, je n’aurais que très peu de chances d’avoir la moindre influence sur le cours des choses. Je suis obligé d’avoir recours à tous les instruments qui se présentent, fussent-ils, comme au judo, les forces mêmes de l’adversaire : Twitter, Facebook, Amazon – c’est ce que j’appelle « chevaucher le dragon ».

Cependant, aussi graves soient vos crimes, on peut lire, notamment sur les réseaux, des choses bien plus outrancières, sans que les associations s’en émeuvent. Leur intérêt pour vous est-il un hommage de la vertu au vice… ?

Non, qu’allez-vous chercher là, des rappeurs disent gentiment qu’il faut pendre tous les bébés blancs, ou niquer la France : c’est tout de même moins agressif que de se soucier de la banquise ou qu’offrir une boîte de capotes anglaises ! Et puis je ne peux pas prétendre au même statut artistique que M. Nick Conrad. Cela dit, parmi les évidences éclatantes qui sont pour nous la nudité de l’empereur, comme dans le conte d’Andersen, il en est peu de plus manifeste que le « deux poids, deux mesures » judiciaire au profit de l’occupant. Ce que j’appelle la « préférence occupante » est une des preuves les plus aveuglantes du caractère « systémique », pour parler comme on parle, du génocide par substitution.

Nick Conrad. © Philippe Lopez/AFP
Nick Conrad. © Philippe Lopez/AFP

Pour votre gouverne, si j’en crois mon cher Muray, dans le conte d’Andersen, il n’est pas question d’un roi ni d’un empereur, mais d’un grand-duc, raison pour laquelle Muray parlait du « coup du grand-duc »… Cependant, quand vous parlez d’« occupants », vous oubliez que beaucoup sont français et le sont devenus tout à fait légalement. Ils bénéficient donc des mêmes droits que vous et moi, y compris celui d’avoir leur conception de l’identité française.

Je vous remercie de votre souci de ma gouverne, comme vous dites, et en effet, dans la première traduction du conte d’Andersen, parue en France en 1867, il est bien question d’un grand-duc, car, sous Napoléon III, on ne pouvait pas parler d’un empereur de façon aussi cavalière. D’autres traductions disent roi : le roi est nu. Mais le texte original et son titre même portent bien le mot Kejser, c’est-à-dire Kaiser, césar, tsar, empereur : « Kejserens nye klæder ».

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Ensuite, vous entrez dans le cœur de la fiction, celle qui est constitutive du négationnisme de masse, qui peut très bien avoir reçu en effet le sceau de la légalité. Dans les empires coloniaux, l’Inde est anglaise, les Indiens sont sujets de la reine d’Angleterre, reine ou impératrice des Indes. C’est ce genre de fictions intolérables, imposées par la force, la conquête ou la trahison que tous les mouvements anticolonialistes et tous les rassemblements de lutte pour la libération de pays occupés ont dénoncées et combattues au cours des âges. Il est d’autant plus facile de le faire, dans notre cas, que beaucoup de nos actuels occupants assument de plus en plus explicitement n’être français que de papier, parlent des indigènes comme d’étrangers et les appellent des Français, ce qui montre bien qu’eux-mêmes ne se considèrent pas comme tels, et assument en termes on ne peut plus clairs désormais leur mission de conquête ou de conversion, d’imposition de leurs usages et traditions, de mise à disposition pour eux-mêmes de droits égaux ou supérieurs à ceux des indigènes colonisés. Les conquérants, quand bien même ils n’ont dû leur conquête qu’à la complaisance active d’intérêts tiers, ont toujours estimé avoir des droits sur leurs conquêtes, et entretenu leur conception de son identité. Les Français pensaient que l’Algérie était un ensemble de trois départements français. C’est aussi le droit et le devoir des indigènes livrés et conquis d’opposer au colonisateur une conception différente, plus solide, moins purement conventionnelle, moins fictive : « cratylienne », en somme.

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Une ligne Maginot pour protéger une école de Nîmes des dealers!

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Le maire de Nîmes Jean-Paul Fournier © Alain ROBERT/APERCU/SIPA Numéro de reportage : 00678293_000005

Alors qu’il faudrait mettre les dealers hors d’état de nuire par tous les moyens, la ville de Nîmes en est tristement réduite à mettre une clôture anti-intrusion de trois mètres de haut autour de l’école Georges Bruguier. En juin 2020, un jeune de 21 ans est mort d’une balle perdue dans ce secteur « difficile » de la ville.


Calfeutrés dans leurs casemates et leurs bunkers, les soldats français s’empiffraient de camembert arrosé de gros rouge. Et pour tuer le temps, ils jouaient à la belote, regardant à la jumelle l’ennemi allemand dont les troupes écrasaient la Pologne. Nos soldats ne bougeaient pas. On appela ça la « drôle de guerre ». Puis quand en mai 40 les blindés allemands se mirent en marche, la ligne Maginot succomba, inutile et impuissante.

Une clôture anti-intrusion installée pour se protéger des dealers

L’école Georges Bruguier est située dans le quartier du Chemin-Bas d’Avignon de Nîmes. Ce quartier, selon le vocable officiel, est une zone de sécurité prioritaire. Zone d’insécurité élémentaire serait plus juste. Un point de deal se retrouve à 50 mètres de l’école. Et de ce quartier, les dealers sont les maîtres.

L’autre jour, deux d’entre eux, cagoulés, ont fait irruption dans l’établissement scolaire, terrorisant élèves et enseignants. De temps en temps, on peut entendre des coups de feu de l’école. Et, il y a peu, un jeune homme a été tué par une balle perdue.

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Les parents s’indignent et protestent. Le maire de la ville a donc décidé de bâtir une ligne Maginot autour de l’école. Une clôture haute de trois mètres de haut, destinée à empêcher l’intrusion des dealers, et à stopper, selon le maire de Nîmes, « les balles perdues ».

Drôle de guerre

Des policiers ont été placés en renfort autour de l’école et la ville envisage de racheter deux garages qui sont voisins de l’école et où les dealers se livrent paisiblement à leur trafic. Elle prévoit de les démolir. Peut-on appeler ça autrement qu’une drôle de guerre ?

Ce ne sont pas les garages qu’il faut détruire mais ceux qui sont à l’intérieur, en les arrêtant et en leur trouvant un domicile en prison. La police connait les noms des dealers, leur profil, leur adresse ! Les arrêter ? On hésite de crainte d’une émeute, signant ainsi l’abdication totale de l’Etat de droit.

La ligne Maginot autour de l’école ne servira strictement à rien. Il ne faut pas se barricader en tremblant. Il faut au contraire – c’est a priori le travail de la police – aller chercher les dealers là où ils se trouvent. « Jusque dans les chiottes » comme dirait Poutine. Si nous n’allons pas chez eux ce sont eux qui viendront chez nous. N’oublions pas mai 40.

Cette vidéo de décembre 2020 témoigne du climat de violence alarmant de ce quartier

Accepter la République, aimer la France

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Allégorie de la République , Dominique Papety, 1848. © Bridgeman Images/Leemage

Accepter la République et ses lois écrites fait de vous un citoyen. Mais apprendre les codes non écrits d’un peuple et y adhérer transforme les citoyens en membres d’une nation et en héritiers de plein droit du passé du peuple qu’ils rejoignent. 


L’idée d’assimilation n’a pas bonne presse dans une époque qui valorise par-dessus tout le droit de chacun à suivre sa propre voie et, s’il est migrant, à cultiver ce qui le relie à sa société d’origine. Le sens même de la notion est mis en question dans des sociétés marquées par une grande diversité de choix de vie. Auxquels de ses membres, objecte-t-on, faudrait-il ressembler pour être déclaré « assimilé » ? En réalité, cette objection fait bon marché du fait que la diversité d’une société n’est pas infinie.

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Trois manières de prendre place dans une société d’accueil

L’existence d’institutions communes, de lois communes, souvent d’une langue commune, d’éléments de mémoire largement partagés au sein d’une communauté nationale (la Révolution française, la guerre de Sécession), fait qu’en dépit de sa diversité interne, chaque société a quelque chose d’unique. Ainsi, selon les pays, l’encadrement des conduites de chacun est assuré d’une manière particulière, que ce soit par un pouvoir fort comme en Chine, par la pression sociale comme au Japon, ou par la loi comme en Europe occidentale. Les modalités permettant à des groupes qui vivent différemment de coexister de manière relativement pacifique divergent selon les sociétés : dans certains cas, comme aux États-Unis, les groupes vivent largement dans des lieux distincts ; dans les sociétés de castes, les rapports entre groupes sont minutieusement codifiés. L’existence d’une identité commune joue un rôle important quand il s’agit pour une nation d’agir en corps, comme en guerre. Tout ce patrimoine peut donner l’impression d’aller de soi pour ceux qui l’ont reçu en héritage dès leur plus jeune âge, mais peut paraître étrange à ceux qui viennent d’ailleurs.

Pour les nouveaux venus, trois grandes manières de prendre place là où ils jettent l’ancre sont possibles.

Une attitude courante consiste à se soumettre aux lois du pays d’accueil tout en continuant autant que possible, dans les domaines que ces lois ne régissent pas, à maintenir les traditions de sa société d’origine au sein d’une diaspora. Les liens avec cette société, notamment ses médias, restent privilégiés, l’endogamie est forte ainsi que la sociabilité intracommunautaire. On a alors une simple intégration.

Philippe d'Iribarne est Directeur de recherches au CNRS © Hermance Triay / Opale / Leemage
Philippe d’Iribarne est directeur de recherches au CNRS © Hermance Triay / Opale / Leemage

Une attitude plus offensive consiste à tenter d’imposer au pays d’accueil la loi qui prévaut dans son lieu d’origine. Il s’agit de s’appuyer sur l’acquisition des droits du citoyen pour agir en ce sens. Pensons par exemple à la pancarte, brandie au cours d’une manifestation : « Française musulmane voilée. Si je vous dérange je vous invite à quitté [sic] mon pays. » Dans ce propos « mon pays » ne veut pas dire le pays dont je reçois l’héritage avec gratitude, mais celui qui m’appartient comme si je l’avais conquis.

L’assimilation se situe aux antipodes de cette perspective conquérante. Il s’agit, au-delà du seul respect des lois de la société d’accueil, de devenir un membre ordinaire de celle-ci, se voulant pleinement héritier de son histoire, adoptant ses mœurs, y trouvant un conjoint et des amis en même temps qu’une identité. Jean Daniel a évoqué cette démarche, qui a été celle de sa famille : « Avec les avantages d’une citoyenneté, les nouveaux Français recevaient l’honneur d’une appartenance. […] Ils ne se demandaient pas ce que le pays leur devait, mais ce qu’ils devaient au pays. Et ce qu’ils devaient était simple : un partage de souvenirs et de projets ; une profonde adhésion aux valeurs de la société qui les accueillait ; un respect scrupuleux des valeurs, des rites et des usages de cette société .[tooltips content= »Jean Daniel, « Barrage contre le communautarisme », Le Nouvel Observateur, 19-25 décembre 2002. »](1)[/tooltips] »

Marche contre l'islamophobie, Paris, 10 novembre 2019. © Marie Magnin/ Hans Lucas/AFP
Marche contre l’islamophobie, Paris, 10 novembre 2019. © Marie Magnin/ Hans Lucas/AFP

Des difficultés très inégales selon les pays et les populations accueillies

Une telle assimilation n’est pas seulement une question de volonté, mais de difficulté objective, qui tient à la fois aux exigences de la société d’accueil et au chemin que doivent accomplir les nouveaux venus pour y répondre.

Selon les pays, les conditions à remplir pour être regardé comme un membre ordinaire de la société sont très diverses. Ainsi, il paraît impossible d’être considéré comme un vrai Japonais si l’on n’est pas d’ascendance japonaise ; on trouve au Japon des Coréens toujours identifiés comme tels alors que leur famille vit dans le pays depuis des générations. À l’inverse, aux États-Unis, le respect de la loi, du drapeau, de l’hymne national suffit pour être considéré comme un « vrai Américain » ; diverses communautés d’origine revendiquant chacune leur propre héritage, et entre lesquelles les liens de solidarité sont relativement ténus, y coexistent, même si officiellement le principe « égaux, mais séparés » n’est plus en vigueur. On se rapproche du cas des empires où coexistent une pluralité de nations et où on a moins une assimilation à l’empire dans son ensemble qu’à une des communautés qui le composent.

A lire aussi, Bérénice Levet: L’assimilation: une dernière chance pour la France

En France l’idée d’assimilation est source de malaise du fait qu’elle confronte aux contradictions intimes de la société française prise entre l’image officielle qu’elle donne d’elle-même et la réalité de son fonctionnement social. Officiellement, l’appartenance à la nation est marquée par une stricte distinction entre espace public et sphère privée : « Au privé la libre expression des différences, au public l’assimilation à l’ordre politique et juridique de la citoyenneté. Au privé l’affirmation libre des identités et des références particulières grâce auxquelles l’homme donne librement un sens à son existence […], au public l’unité-égalité-universalité de la citoyenneté de l’individu.[tooltips content= »Dominique Schnapper, La Relation à l’Autre : au cœur de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1998, p. 186. »](2)[/tooltips] » Dans cette logique, il n’est pas question d’assimilation et la constitution de diasporas au sein de l’espace privé est parfaitement admissible. Mais en pratique, la société française regorge de lois non écrites, souvent beaucoup plus respectées que ne le sont celles de la République. Ainsi, une certaine discrétion dans l’affichage des convictions politiques et religieuses est exigée comme un élément essentiel de la paix sociale. Ce qui « ne se fait pas » tient une grande place dans les rapports sociaux, y compris ceux qui relèvent de la sphère publique. La manière dont chacun est traité dans cette sphère, qu’il s’agisse du monde du travail, des rapports entre locataires et bailleurs ou même des rapports avec l’administration, dépend largement de la façon dont il respecte non seulement les lois, mais aussi les mœurs, de son degré d’assimilation. Or il n’est pas évident pour ceux qui viennent d’ailleurs de saisir la subtilité de ces codes que chacun apprend dans sa famille, sans qu’ils soient affichés nulle part, et qu’il est même offensant de rappeler à quelqu’un qui ne les respecte pas de lui-même. Cet écart entre l’officiel et l’officieux conduit nombre de ceux qui subissent des réactions de rejet, du fait de leur manque d’assimilation, à les ressentir comme discriminatoires, alors que les mêmes manières d’être susciteraient des réactions analogues, voire plus vives (car ils ne peuvent avoir l’excuse de mal connaître les codes sociaux) envers ceux qui sont là depuis des lustres[tooltips content= »Philippe d’Iribarne, Les Immigrés de la République, Seuil, 2010. »](3)[/tooltips].

Par ailleurs, dans un contexte donné, la difficulté à s’assimiler pour celui qui le souhaite dépend beaucoup du chemin qu’il a à parcourir, en fonction de l’étendue qui sépare les normes de vie auxquelles il est attaché, ses évidences familières, de celles qui prévalent dans la société qui l’accueille.

Un point épineux concerne la façon de vivre une double allégeance, à un pays et à une religion. De manière générale, il existe deux grandes manières de résoudre cette équation. La première consiste à faire allégeance à une entité d’ordre supérieur qui transcende la religion et la patrie. Victor Klemperer, juif allemand dit « assimilé », écrit ainsi dans son célèbre ouvrage sur la langue du IIIe Reich : « La véritable mission que ce Dieu a assignée à son peuple [le peuple Juif] est justement de n’être pas un peuple, de n’être attaché à aucune barrière spatiale, à aucune barrière physique, de servir, sans racine, la seule idée. » En se référant aux mêmes valeurs supérieures, en tant que juif et en tant qu’Allemand, il s’affirmait sans contradiction totalement l’un et l’autre. L’autre approche consiste à séparer les domaines de l’existence qui relèvent de la religion (la vie privée) de ceux qui relèvent d’un monde profane (l’organisation de la cité), séparant ainsi deux objets d’allégeance qui n’entrent pas en concurrence.

Dans la rencontre entre le monde musulman et l’Occident, ces deux approches font difficulté, raison pour laquelle l’assimilation des musulmans est tout sauf évidente. L’appel à des valeurs auxquelles il serait possible d’adhérer simultanément en tant que musulman et en tant qu’Occidental, dans une allégeance qui transcenderait deux allégeances partielles, ne paraît guère possible pour des musulmans conséquents. La liberté de conscience, qui est au cœur des civilisations européennes, n’est pas acceptée dans l’islam. Ainsi il n’est pas question pour celui-ci d’admettre le droit de le quitter pour une autre religion. De plus, le refus musulman de l’égalité entre hommes et femmes a un caractère d’autant plus sacré que le Coran l’érige en norme, notamment pour affirmer qu’un homme vaut deux femmes en matière d’héritage (Cor IV 11). Quant à la distinction entre une sphère profane, où il convient de se conformer aux usages de la société environnante, et une sphère religieuse, elle est également problématique, tant l’islam est dès l’origine un mouvement politico-religieux. Dès lors que les préceptes religieux régissent des domaines tels que la nourriture et le vêtement, on voit mal comment un musulman conséquent pourrait accepter les normes profanes dans ces domaines.

Cette difficulté à être simultanément en harmonie avec les orientations du monde occidental et avec celles de l’islam est à la source de profondes fractures parmi les Français musulmans. Une partie significative d’entre eux (environ 15 %[tooltips content= »Hakim El Karoui, L’islam, une religion française, « Le Débat », Gallimard, 2018, p. 26. »](4)[/tooltips]) privilégie une perspective d’assimilation, mais quitte l’islam, ou du moins se contente de quelques pratiques qui ne concernent que leur vie privée. D’autres, au contraire, privilégient l’islam et rejettent la société française, dans une perspective conquérante ou au moins de diaspora. Ainsi, dans un sondage parmi les musulmans de France réalisé en août 2020 à l’occasion du procès de Charlie Hebdo, ils ont été interrogés sur la proposition « L’islam est incompatible avec les valeurs de la société française ». Près d’un tiers (29 %) a répondu par l’affirmative (36 % chez les hommes, 23 % chez les femmes), mais cette proportion s’élève à 45 % chez les moins de 25 ans. De même, 56 % des musulmans, contre 5 % de la population générale, approuvent  la proposition « Une femme doit obéir à son mari »[tooltips content= »Hakim El Karoui, « Un islam français est possible », rapport de l’Institut Montaigne, septembre 2016, p. 45. »](5)[/tooltips]. On comprend mieux que ceux qui cherchent à être à la fois de bons musulmans et de bons Occidentaux peinent à y parvenir.

À lire aussi, Jean-Pascal Caravano: Musulmans français, encore un (gros) effort vers l’assimilation!

À ces difficultés structurelles de l’assimilation, il faut ajouter une dimension sociale. En France, parmi les immigrés originaires de l’ex-empire colonial, certains, issus de famille qui appartiennent, dans leur pays d’origine, à la bourgeoisie intellectuelle ou aux milieux d’affaires, possèdent déjà toute une familiarité avec des habitus français. Il n’en va pas de même pour ceux qui sont issus de milieux modestes ou ruraux. Certains, parce qu’ils ont une farouche volonté d’assimilation, y parviennent, sinon pour eux pour leurs enfants. Beaucoup pourrait être fait pour les y aider en leur permettant de mieux décrypter les exigences de leur société d’accueil.

Energie: un scénario 100% renouvelables ne tient pas la route !

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Tronçon de l'autoroute A10, dans l'Eure-et-Loir © AFP

Sans cesse paraissent des études, y compris d’acteurs institutionnels comme l’ADEME, assurant à l’opinion qu’à échéance, toute l’électricité dont les consommateurs auront besoin sera fournie, avec l’appoint de l’hydroélectricité, par les électricités renouvelables intermittentes (ElRi), électricités éolienne et solaire photovoltaïque, permettant ainsi d’éliminer les combustibles fossiles et le nucléaire. Ainsi, Contexte vient de « révéler » l’existence d’une étude encore non publique du Gestionnaire du Réseau de Transport d’Electricité (RTE), selon laquelle un mix électrique fondé sur des parts très élevées d’énergies renouvelables est techniquement possible. 

Vent et soleil sont intermittents

Les énergies du vent et de soleil sont certes renouvelables, mais leurs puissances sont très variables. Il n’y a pas de soleil la nuit, peu par temps nuageux et beaucoup moins en hiver qu’en été. Le vent est parfois très violent, et peut être très faible à l’échelle de la journée et parfois d’une semaine ou plus, à l’échelle de toute l’Europe. On dit qu’elles sont intermittentes. Il en est de même des électricités qu’on en tire avec les éoliennes et les panneaux solaires. Ces électricités sont non-pilotables, car leurs puissances sont indépendantes de la volonté humaine. Elles sont pour l’essentiel inutilisables parce qu’elles sont inadaptées aux besoins des consommateurs.

Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est passée très près d’un black-out

Deux méthodes sont cependant possibles pour rendre utilisables ces ElRi  :

1- leur couplage avec des centrales dites pilotables pouvant faire varier leur puissance à la demande, en France essentiellement les centrales nucléaires et hydroélectriques, en Allemagne les centrales à charbon et de plus en plus à gaz. Ces centrales font varier leur puissance en contrepoint de celles des ElRi, pour que le mix électrique en résultant s’ajuste en permanence aux besoins des consommateurs ;

2- leur couplage avec des systèmes de stockage-déstockage de l’électricité produite permettant de faire en permanence cet ajustement, avec cependant une perte des quantités d’électricité stockées variant suivant les types de stockage. Dans les deux cas le prix du mix électrique est considérablement augmenté, puisqu’il faut coupler deux systèmes, l’un non-pilotable et l’autre pilotable, pour produire la même quantité d’électricité[tooltips content= »France-Stratégie, 2022 : Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ? Note d’analyse n°99. »](1)[/tooltips].

Les systèmes de stockage-déstockage actuels n’ont ni les capacités, ni les puissances nécessaires pour permettre d’alimenter un pays comme le nôtre avec uniquement des ElRi, loin s’en faut. Ce sont donc les centrales pilotables qui pour l’essentiel sont utilisées. Ce qui impose des limites aux proportions d’ElRi pouvant être mises sur les réseaux, sous peine de déstabiliser les systèmes en provoquant des black-outs. Plus sera augmentée la puissance totale des ElRi et diminuée celle des centrales pilotables, ce qui est la politique actuelle en France et en Europe, plus augmentera ce risque de black-out comme vient de le rappeler France-Stratégie qui s’en inquiète[tooltips content= »Sapy, G., 2021: La sécurité d’alimentation en électricité du pays en danger. Etude pour Sauvons le climat. https://www.sauvonsleclimat.org/fr/presentation/etudes-scientifiques/4154-la-securite-d-alimentation-en-electricite-du-pays-en-danger »](2)[/tooltips]. Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est d’ailleurs passée très près d’un black-out, qui n’a pu être évité qu’en procédant à des « effacements » autoritaires de la consommation d’entreprises « électro-intensives ».

9000 éoliennes déjà installées

Toutes ces études favorables à un mix électrique avec des parts élevées d’énergies renouvelables font donc le pari que l’on trouvera une méthode de stockage-déstockage permettant de se substituer aux centrales pilotables, et prétendent même qu’on l’a déjà trouvée. C’est le power-to-power (P2P), qui passe par la production d’hydrogène électrolytique avec les ElRi, hydrogène que l’on pourra réutiliser à la demande à l’aide de turbines à hydrogène ou de piles à combustibles pour produire de l’électricité. C’est en principe techniquement possible. Il existe des pilotes expérimentaux, mais pas de filière industrielle. 

A lire aussi, Sami Biasoni: La « Grande Réinitialisation »: le monde d’avant en pire

Cependant le rendement électrique du P2P n’est que de l’ordre de 25 à 30%. En 2020, la quantité d’électricité fournie par l’éolien a été d’environ 9% de la consommation française, avec 9000 éoliennes installées. Il faudrait donc avec le P2P en installer 3 à 4 fois plus de puissance rien que pour assurer ces 9%. Et si l’éolien devait assurer 100% de la consommation française, il faudrait en installer de 30 à 40 fois plus, c’est-à-dire submerger tout notre espace rural et ses habitants avec des éoliennes géantes.  La question de l’accès à la quantité de matériaux nécessaires aux filières des ElRi, environ 10 fois plus que le nucléaire par KWh produit pour l’éolien, 15 fois plus pour le solaire PV, n’est pas abordée par les auteurs de ces études. Tout comme celle du coût considérable de la restructuration et du renforcement du réseau électrique nécessaires à leur développement. Elles sont rarement assorties d’études de la viabilité financière, et quand c’est le cas, elles font le pari que les conditions économiques et financières seront les mêmes à échéance de 30 ans que maintenant.

Jeu hasardeux

Ces considérations terre à terre n’intéressent visiblement pas les auteurs de ces études. Elles ont certes leur utilité pour explorer le champ des possibles, mais il est trop facile d’en faire varier les paramètres et d’en ignorer d’autres pour aboutir au résultat que l’on veut obtenir. 

Les publier à la va-vite avant d’avoir fait l’objet d’une vérification attentive de tous les aspects et de toutes les contraintes par des spécialistes autres que leurs concepteurs, ce qui a jusqu’à présent été toujours le cas, est un acte politique et non scientifique. Il serait étonnant qu’il en soit autrement de l’étude signalée par Contexte.

Il est imprudent de jouer ainsi aux dés la politique énergétique de la France.