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Éric Zemmour censuré par Instagram

Après Donald Trump ou Jean Messiha, censurés par Twitter, c’est maintenant le tour d’Eric Zemmour dont le compte Instagram a été fermé avant d’être réactivé. Cette atteinte à la liberté d’expression porte préjudice non seulement à un individu, mais à notre démocratie elle-même.


Ce jeudi 19 août, le compte Instagram d’Éric Zemmour a été purement et simplement supprimé, sans plus d’explications. Cette décision vraisemblablement arbitraire s’inscrit dans une nouvelle tendance qui s’observe sur les réseaux sociaux depuis près d’un an : tandis que les GAFA font la promotion d’une idéologie communautariste ancrée à gauche, les personnalités les plus marquées à droite voient les uns après les autres leurs comptes censurés.

Une censure visant les personnalités marquées à droite

Le compte Instagram d’Éric Zemmour comptait, hier soir encore, près de 50 000 abonnés. À titre de comparaison, les candidats déclarés à droite, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, sont tous deux suivis par environ 15 000 personnes. Cela ne fait pourtant que quelques semaines qu’Éric Zemmour a mis en place une stratégie de communication sur les réseaux sociaux, c’est dire le succès de l’écrivain politique sur la toile. Et pourtant, sa pérennité sur les réseaux sociaux semble toute menacée depuis que le géant Instagram détenu par Facebook a décidé de supprimer son compte officiel. Si le compte a depuis été réactivé, cela ne présage rien de bon pour l’avenir du débat politique sur internet. Sur Twitter, Éric Zemmour a ainsi déclaré : « Ce matin, Instagram a pris la décision arbitraire de bannir mon compte officiel. Les GAFA se sont engagés dans une lutte féroce contre les peuples qui ne veulent pas mourir. Ils peuvent me censurer, mais ils ne peuvent pas faire taire tout un peuple. »

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Cette décision d’Instagram n’est pas sans rappeler celle prise le 8 janvier 2021 par Twitter de bannir définitivement Donald Trump, président en fonction au moment des faits. Elle n’est pas non plus sans rappeler la suspension définitive du compte de Jean Messiha le 31 juillet dernier. Cette censure, particulièrement choquante lorsqu’elle vise des personnalités contribuant au débat public et massivement suivies par une partie de la population, est en fait une tendance de plus en plus importante sur les réseaux sociaux. De nombreuses personnalités marquées à droite ont ainsi été contraintes d’ouvrir des comptes de secours sur d’autres applications, telles que Telegram, au cas où la censure les atteindrait – ce qui finira, au rythme où les choses vont, par arriver.

Les GAFA, nouvelle arme de guerre idéologique ?

On observe, depuis plusieurs années, un phénomène nouveau de moralisation dans le monde des entreprises. À l’avant-garde, les GAFA n’y échappent pas : elles donnent le rythme. On l’a vu dernièrement lors des manifestations Black Lives Matter avec le marquage des commerces dirigés par des Noirs mis en place par Google aux États-Unis. Cette lutte idéologique a également lieu sur les réseaux sociaux et, l’époque étant marquée par un rejet presque universel de la nuance, le débat d’idées s’y résume bien souvent entre progressisme et conservatisme. Dans cette guerre idéologique, les GAFA ont donc choisi leur camp. Ainsi, les personnalités les plus marquées à droite sont les premières – sinon les seules – à être censurées tandis que d’autres, pourtant éminemment plus dangereuses, prospèrent librement. C’est ainsi que l’ayatollah Khomeini possède un compte Twitter et n’en est jamais inquiété. Plus récemment, la plateforme à l’oiseau bleu déclarait que les Talibans pourraient continuer à utiliser le réseau social.

La toute-puissance numérique des GAFA n’est plus à démontrer : qu’une entreprise privée muselle le président élu d’un peuple souverain est un fait historique majeur du XXIe siècle. Qu’elle n’en fasse pas de même pour un groupe terroriste reconnu comme tel internationalement est particulièrement inquiétant. En devenant les petits-mains numériques d’une certaine gauche idéologique, les GAFA s’en prennent à la liberté d’expression dans ses fondements les plus sacrées : c’est tout un pan du débat qui est amené à disparaître.

Un risque immense pour la liberté d’expression

La question de la régulation des réseaux sociaux et du contrôle des GAFA constituera sans aucun doute l’enjeu majeur des prochaines années en matière de liberté d’expression. Il est évident que la multiplication des discours antisémites, racistes ou encore homophobes impose au législateur de s’interroger. On se rappelle, par exemple, des dizaines de milliers de menaces de mort reçues par Mila et du calvaire que lui infligèrent ses geôliers anonymes. Il est, en revanche, une évidence que l’on peine encore à voir : les réseaux sociaux ont remplacé l’agora et les bistrots populaires ; Twitter, c’est la rue. Ceux qui s’exprimaient hier au bar débattent aujourd’hui en ligne. Et les personnalités les plus suivies, qu’elles soient de gauche ou de droite, mondialistes ou souverainistes, progressistes ou réactionnaires, sont les porte-voix de ceux qui les soutiennent.

La liberté d’expression est affirmée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. N’oublions pas que, selon le mot de Mirabeau, elle est notre droit le plus précieux, celui sans lequel aucun autre droit ne peut être affirmé, défendu, débattu. À l’ère du tout numérique, de la viralité des informations et de leur diffusion de masse, qu’importe leur véracité, le chemin qu’empruntent les GAFA doit inquiéter tous les défenseurs de la liberté, non seulement les soutiens d’Éric Zemmour mais aussi ses opposants politiques. En effet, Éric Zemmour censuré par Instagram, c’est la liberté d’expression de nouveau menacée par les GAFA : à terme, ce n’est pas l’homme seul qui est visé, mais bien le peuple, la démocratie et le principe même du contradictoire qui fonde la République et définit si bien la France.

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Irina Golovkina ou le chant du cygne de l’aristocratie russe

Un roman fleuve pour un monde disparu.


Il y a huit ans, je chroniquais pour Service littéraire une œuvre magnifique, dans la plus pure tradition russe du roman océanique, à savoir le livre longtemps clandestin d’Irina Golovkina (1904-1989), traduit sous le titre Les Vaincus, alors qu’en russe l’auteur l’avait intitulé Le Chant du cygne. Ce grand livre reparaît aujourd’hui dans la collection de poche des éditions des Syrtes.

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Petite-fille du compositeur Rimski-Korsakov, Irina Golovkina appartient à une génération perdue de la noblesse russe, trop jeune pour avoir connu les fastes tsaristes, mais trop âgée déjà pour ne pas avoir reçu une éducation honnie par les bolchéviques. Son roman, où rien n’est inventé, décrit l’agonie des rescapés de la noblesse pétersbourgeoise jusqu’à la Grande Terreur des années 30.

Le déclassement et la mort

Ainsi, alors qu’un noble déchu ose baiser la main d’une amie tombée dans la misère, des passants s’exclament : « En voilà deux qu’on n’a pas encore achevés ». Pour peu que l’on fasse l’effort de s’y retrouver parmi les multiples et riches figures des derniers « ci-devant » de Leningrad, on les suit dans leurs tourments, leurs espoirs déçus et leurs cauchemars : « Seul celui qui a vécu sous la loi de Staline peut comprendre ce que signifie un coup de sonnette en pleine nuit ».

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Rapidement, le prince Dachkov, qui vit sous une fausse identité « prolétarienne », la si fragile Assia Bologovskaïa, l’héroïque infirmière Ioulia, qui se fait l’historiographe de cette persécution, deviennent des amis pour qui l’on tremble tant l’auteur, à l’impressionnante culture russe, classique et française (elle connaissait Huysmans et Maeterlinck sur le bout des doigts), parvient, en évitant tout mélodrame, à transcrire les souffrances de ces déclassés condamnés à la dégradante promiscuité des appartements communautaires, à l’abaissement moral causé par les trahisons, aux exécutions sommaires et à la déportation dans les camps.

Comme l’annonce l’incipit du roman : « Le monde entier était recouvert d’un voile funèbre ». Une fresque bouleversante sur le malheur russe au XXème siècle.

Irina Golovkina, Les Vaincus, Éditions des Syrtes, 1400 pages, 16€


Les vaincus

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Quand Mila adresse une lettre ouverte aux femmes afghanes

Ce mardi 16 août, au lendemain de la prise de Kaboul par les « talibans », la jeune Mila a adressé une lettre ouverte aux femmes afghanes… mais pas qu’à elles.


Alors que la totalité de l’Afghanistan est retombée entre les crocs des « Talibans » (guillemets car « taliban » signifie, tout simplement, « étudiant », en arabe – surnom donné à ces fanatiques au début des années 1990 parce qu’ils passaient leur temps à « étudier » les textes islamiques, pour en sortir une application ultra-rigoriste, et même au-delà des textes), avec la prise de Kaboul le 15 août 2021, le monde entier est, en tout premier lieu, préoccupé par le sort de toutes les femmes afghanes, puisque « islamisme » rime avec « féminicide » – ce qui a été confirmé par ces « talibans » durant le règne de terreur qu’ils ont fait pesé sur l’Afghanistan, de 1996 à 2001.

Si des millions de femmes et d’hommes, à travers la planète, expriment leur inquiétude et leur soutien à l’ensemble de la population afghane et, en tout premier lieu, à toutes les femmes du pays, parmi les voix que la presse veut bien porter, il y a celle de Mila, cette jeune Française qui vit sous protection judiciaire, prisonnière dans son propre pays, pour avoir dit sur les réseaux sociaux ce qu’elle pensait de l’islam et qui, à son corps défendant, est devenue l’une des principales icônes pour le combat au droit de la liberté d’expression et contre le fanatisme islamique.

C’est plus exactement la plume de Mila qui a servi à exprimer la pensée de Mila, et ce par le biais d’une lettre ouverte que celle-ci a adressée, dès mardi 16 août, aux femmes afghanes… et y mettant une frange des femmes occidentales devant leurs responsabilités. Elle rappelle, entre autres, que c’est l’asservissement à la loi des hommes qui est le seul futur des femmes afghanes, rappelant, en creux, qu’il n’y a rien d’une quelconque « volonté divine » dans l’esclavage et les abominations que subissent ces femmes.

A lire aussi: La Grande Mosquée de Paris accueillant Mila…

Mais cette héroïne de la Démocratie s’adressent, à la fin de sa lettre ouverte, à toutes les personnes occidentales qui se disent « féministes » (c’est Mila elle-même qui, dans sa lettre, met des guillemets à « féministes », en parlant de ces intersectionnelles). Et elle s’adresse à ces « wokes » de façon nette, précise et concise, pour leur rappeler leur lâcheté et leur féminisme à deux vitesses, écrivant : « Les « féministes » ont des yeux, une bouche, alors pourquoi ne dénoncent-elles pas tout ce qu’elles voient ? Vous êtes woke ? Alors soyez-le jusqu’au bout ! Ayez conscience de l’oppression de l’islam sur ces femmes. Ah, oui, j’oublie un détail, ce combat est beaucoup plus dangereux que ceux que vous menez habituellement. »

Pour notre part, en plus d’être, une fois de plus, fier de la jeune Mila, par son soutien officiel aux femmes afghanes, nous avons été soulagé et rassuré de constater que la jeune femme ne s’est pas laissée prendre dans les rets du piège qui lui avait été clairement tendu par le recteur de la grande mosquée de Paris. Celui-ci, grand maître, à cette occasion, de la « Taqîya » (l’art islamique de la dissimulation de ses véritables pensées, façon de pratiquer le double langage), invitant Mila à une visite de ladite mosquée, a profité a profité de l’occasion pour lui offrir un coran extrêmement « girly », qu’elle était condamnée à lire et dont elle était obligée de dire du bien par la suite. Le pire était sa question traître, demandant à Mila en public ce qu’elle pensait de l’islam, lui faisant au passage la morale avec cette phrase, « L’islam est une religion que, bien évidemment, il y a lieu de respecter », ce qui voulait bien clairement dire, « Ta liberté d’expression doit s’arrêter là où nous considérons qu’il y a blasphème ».

Avec cette lettre, dans son ensemble, et avec cette phrase : « Ayez conscience de l’oppression de l’islam sur ces femmes », Mila a fait d’une pierre trois coups, puisque, d’une part, elle a exprimé son soutien aux femmes afghanes qui, avec le retour des Talibans, n’ont plus que la terreur comme seul avenir, d’autre part, elle a mis devant leurs responsabilités les féministes intersectionnels (qu’il s’agisse des femmes comme des hommes), si « éveillés » aux moindres micro-oppressions qui pourraient exister. Elle a surtout rappelé qu’elle était une personne libre qu’on ne privera, de façon directe ou détournée, ni de sa liberté de pensée ni de sa liberté d’expression.

Alors, à notre tour de soutenir Mila dans la poursuite de son combat pour la Liberté (la vraie), ainsi que toute la population afghane, et tout particulièrement les femmes et filles de ce pays, qui doit, à nouveau, faire face à la barbarie et à l’obscurantisme des « talibans ».

Un terrible anniversaire : la destruction des accords de Bretton Woods

Au lieu de célébrer l’anniversaire de la fin des accords de Bretton Woods, le 15 août 1971, il faudrait réfléchir à la création enfin d’un système monétaire international sain.


La décision prise au cœur de l’été 1971 par Richard Nixon de faire défaut sur l’obligation souscrite par les États-Unis de rembourser en or tout dollar qui lui serait présenté par une banque centrale étrangère est généralement présentée comme la fin du rôle monétaire de l’or, devenu une matière première comme une autre. La « faillite » américaine, car il s’agit bien de cela, aurait ouvert un nouveau monde de rationalité, éloigné de l’idolâtrie ridicule pour « la relique barbare », comme disait l’illustre économiste anglais, John Maynard Keynes. Le monde aurait fait un saut définitif dans la modernité, et écarté enfin des pratiques monétaires imprégnées d’idées d’un autre temps. Un demi-siècle après, la solution mise en place sur les décombres du système de Bretton Woods aurait assez prouvé sa pérennité et, pour beaucoup, la messe monétaire serait dite.

Lorsqu’on observe les faits avec un peu plus de finesse, on ne peut que remarquer que l’or comme étalon a plus été tué par la guerre de 14-18 que par la décision de Richard Nixon. Le monde n’a jamais réussi à revenir au régime monétaire international d’étalon or antérieur. La catastrophe monétaire allemande du début des années vingt, l’impossible contrainte sociale au Royaume-Uni pour tenter de rétablir le Sterling dans sa valeur d’avant-guerre, l’effroyable récession mondiale commencée aux États-Unis en 1929 et qui atteindra le monde entier, l’aggravation de la situation par les politiques anarchiques conduites par les États pour essayer de rétablir leurs comptes, toutes ces difficultés terribles ont signé l’obligation de passer à un autre mode d’organisation mondiale des paiements.

A lire aussi: Matières premières, n’attendez pas les soldes

Le premier plan de réorganisation monétaire est lancé… par les Nazis dès juin quarante et leur victoire éclair contre la coalition franco-anglaise. À cette date tout le monde en Europe, sauf le lucide Churchill, considère que la guerre est finie et qu’il faut désormais organiser la paix dans le camp occidental. Le plan Funk prétend définir le mode d’organisation monétaire de l’Europe Unie sous la férule du Reich millénaire. L’Allemagne manquait d’or. Le système de compensation proposé avait l’avantage d’en faire l’économie. Keynes est sollicité de critiquer ce plan pour le compte du gouvernement britannique et surprend son monde en le trouvant « épatant » et propose de le reprendre dans « une version honnête ».

La décision de Churchill de mener la guerre « jusqu’à la victoire » et le soutien de Roosevelt coupe la réflexion sur le plan allemand. L’entrée en guerre des Américains aux côtés des Britanniques dessine une perspective de victoire sur les forces de l’axe et relance, dès la fin de l’année 1940, les réflexions sur le nouveau système à mettre en œuvre dans l’après-guerre. Peu de gens savent que ce qui deviendra « les accords de Bretton Woods » est une négociation qui a duré tout le long de la guerre et que la conférence qui s’est tenue en juillet 1944, entre 44 pays alliés, y compris l’URSS et la Chine non communiste, cherchait à la fois à mieux sortir de la guerre qu’en 1918, à régler les difficultés d’avant-guerre et à créer un monde sans récession capable de profiter d’une croissance de longue durée.

Tout l’or du monde

Comme l’avait voulu Keynes, la nouvelle organisation était bien une « version honnête » du plan Funk, ne donnant qu’une place symbolique à l’or. Il était impossible de revenir à l’étalon or d’avant-guerre de 1914 pour une raison simple mais dirimante : pratiquement tout l’or était aux États-Unis ! Croire que Bretton-Woods a rétabli l’étalon or est un contresens historique et technique. On a mis en place un système de compensation contrôlée, avec des facilités d’ajustements de soldes de paiements pour les pays déficitaires. L’obsession des accords de 1944 est d’éviter les récessions au sein de la communauté des membres de l’Organisation des Nations Unis et même pour les futurs vaincus qui devaient être aidés dans leur reconstruction afin de ne pas empoisonner la conjoncture mondiale, comme dans les années vingt. Le commerce international devait s’ouvrir mais les pays étaient tenus responsables de leurs déficits et de leurs excédents qui devaient rester raisonnables. On pouvait dévaluer en cas de besoin, mais avec l’accord de tous. Le FMI devait surveiller tout le monde et veiller à ce que les règles soient respectées. L’histoire a tranché : sous ce régime monétaire, le monde a connu les Trente Glorieuses et les différents « miracles » qui ont vu les pays occidentaux puis orientaux sortir de la pauvreté.

Les « accords » avaient un défaut de structure qui avait été imposé subrepticement à la fin de la conférence et qui mettra Keynes dans une fureur terrible contre le négociateur anglais qui l’avait accepté : le dollar sera la monnaie qui servira in fine à la compensation des soldes des balances de paiements. C’était créer une dissymétrie entre les participants. La monnaie d’un pays obtenait un privilège exorbitant. On passait presque à un régime d’étalon dollar. C’est pour tenter d’éviter les inconvénients de cette situation que l’on a créé l’obligation pour les États-Unis de garantir la valeur or du dollar. Mais le ver était dans le fruit. Dès la fin des années cinquante l’utilisation abusive du dollar par le gouvernement des États-Unis est devenue problématique. Il a considéré que la faute en revenait aux autres qui devaient faire l’effort de maintenir la valeur or du dollar ! Avec Kennedy et Johnson, la dépense américaine flambe aussi bien pour soutenir des plans budgétaires internes, que la guerre de l’espace et celle du Vietnam. Nixon hérite d’une situation incontrôlable. Une couverture de Time Magazine présente le dollar comme assiégé et grignoté par les rats, certains à casque nazi (!?). Comme toujours les Américains présentent leurs déficits colossaux comme le fruit d’actions antiaméricaines et inamicales. « Le dollar est notre monnaie et votre problème » affirme un responsable aux pays qui s’inquiètent pour la valeur des dollars en stock dans leur banque centrale. Techniquement ce sont les Allemands qui, en faisant flotter le Deutsche mark et en rapatriant leur or, signent la mort des Accords de Bretton Woods. Nixon ne peut pas laisser partir tout ce qui lui reste d’or. Il fait défaut sans espoir de retour. Les changes flottants deviennent la solution « provisoire » rendue définitive lors de la conférence de Kingston, à la Jamaïque, en 1976.

Il ne faut pas croire que le système des changes flottants était un parangon de vertu économique soutenu par la doctrine. Dans tous les grands manuels d’économie de la fin des années soixante, on n’en parle pas ou presque pas : à peine une demi-page dans l’énorme manuel de référence en deux volumes de Raymond Barre, par exemple, et pour en marquer le caractère saugrenu…

Une instabilité perpétuelle

Le danger du système des changes flottants est qu’il ne régule pas les grands excédents ni les grands déficits. Si un pays accumule d’énormes excédents en monnaies étrangères, il déclenche un mécanisme très bien décrit par l’économiste français Jacques Rueff : la double hélice de crédits ! Le système bancaire du pays excédentaire peut s’appuyer sur les actifs accumulés pour augmenter les prêts. Mais comme l’industrie est très performante et compétitive, elle n’a pas besoin d’investir dans la production. Il ne reste que le prêt aux pays en déficit et la spéculation.  Dans le pays déficitaire, comme l’industrie n’est pas compétitive, le besoin d’investissement est réduit. Là aussi l’argent emprunté va servir à la consommation et à la spéculation. Le flottement crée spontanément une incertitude qui implique de se garantir par des politiques de précaution et, à la fois, offre des opportunités spéculatives. L’économie devient un casino et un monde disjoint où le commerce international devient totalement déséquilibré. La spéculation finit toujours par une explosion qui provoque une récession. La première survient en 1973, la première « plus grave depuis 1929 », puis au début des années quatre-vingt, avec un épisode très dur aux États-Unis, puis en 1991-1992-1993, qui devient à son tour « la plus grave depuis 1929 », puis en 1998 et au début des années 2000. Le sommet est atteint en 2008 avec une crise gravissime qui dépasse dans ses pertes celle de 1929, même si les conséquences sociales ont pu être largement gommées par des politiques de déversements monétaires sans limite. L’abandon des dispositions des accords de Bretton-Woods a donc vu le retour des grandes récessions mondiales, avec des conséquences très néfastes pour de nombreux pays et notamment pour la France qui lui doit en 2019 l’essentiel de son endettement.

L’autre conséquence fâcheuse a été le tourment provoqué dans les projets d’Union Monétaire Européenne, définis à La Haye en 1969. Autant il était raisonnable de solidariser un peu plus les monnaies européennes dans un système mondial de changes fixes et modifiables par accord général, autant il devenait sportif de le faire dans un système de monnaies flottantes. L’aventure se terminera avec une monnaie unique qui ne permet pas d’ajuster les déséquilibres entre pays membres sans recourir à la récession contrôlée, dont on a vu le coût terrible en Grèce.

L’ouverture commerciale sans limite à la Chine et aux pays à très bas salaires, soit dans le cadre de l’OMC ou celui de l’Union Européenne, sans contrôle des excédents et des déficits excessifs, a entraîné un transfert de prospérité dans les pays émergents au détriment de l’emploi et du niveau de vie des classes moyennes des pays développés. Une fois de plus les États-Unis ont considéré que leurs gigantesques déficits, contrepartie du rôle monétaire du dollar comme monnaie du monde, étaient de la responsabilité des autres et pas d’eux-mêmes. La loi TFTEA, passée sous Obama, permet de sanctionner tout pays ayant des excédents vis-à-vis des États-Unis, en même temps que l’emploi du dollar justifie l’externalisation de la loi américaine au monde entier. On en revient au début des années soixante, moment où les États-Unis considéraient déjà que les alliés n’en faisaient pas assez et devaient leur acheter leurs armes et leurs produits en masse, en contrepartie de leur protection. Le Président Biden ne diffère pas sur ce sujet de ses prédécesseurs Trump et Obama. L’anniversaire de la destruction des accords de Bretton Woods n’est pas une fête de la rationalité économique triomphante mais l’occasion de réfléchir aux conséquences désastreuses en termes de récessions, de conflits, de déséquilibres outranciers et de pertes de croissance, du détestable système des changes flottants. L’établissement d’un système monétaire international sain, égalitaire, non spéculatif et capable d’éviter les récessions périodiques et les conflits commerciaux, est toujours un projet à construire.

L'étrange désastre: Le saccage de la prospérité

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La démocratie a affaibli les démocrates d’Afghanistan

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La tentative de plaquer le modèle de la démocratie occidentale et d’une société ouverte sur la société afghane a exacerbé les tensions internes et donné l’avantage aux obscurantistes

La défaite du régime pro-occidental afghan est peut-être la preuve que le modèle de société occidentalisée ne peut s’appliquer en Afghanistan. L’idée de l’impossibilité de transférer la démocratie par la force est déjà bien répandue, nimbée d’un bon sens facile: certains peuples ne sont pas prêts pour la démocratie parce que leurs traditions l’empêchent. Difficile de prétendre autrement en Afghanistan, en Irak, au Yemen. Pourtant, cette affirmation ne vaut pas démonstration, et il faudrait décrire les raisons de cette impréparation. Ma lecture des évènements afghans me porte à croire que la démocratisation n’y a pas échoué à cause d’une réticence chez les Afghans mais, tout au contraire, à cause d’une trop grande attraction.

Bobos d’ici et bobos de là-bas

Notre modèle de démocratie occidentale implique la coexistence de diverses classes, castes, ethnies, idéologies, et « lifestyle »,  unies dans la certitude d’être complémentaires dans un ensemble indivisible. Aucun groupe ne cherche à exterminer l’autre, mais à le convertir tout au plus. Une caste particulière a émergé pour être le porte-drapeau de cette idéal de coexistence des lifestyles: les bobos. Or, l’Afghanistan a connu aussi l’émergence d’une caste bobo, ceux qu’à New York l’on nomme des Hipsters et qui à Paris peuplent la ville et une grande partie de notre espace intellectuel. Sans que la société afghane citadine ne soit allée jusqu’à la Gay Pride, un parallèle existe entre bobos de là-bas et bobos d’ici. Les femmes devaient certes s’habiller pudiquement sous la République pro-occidentale, mais point de burqas à Kaboul, hormis dans les quartiers populaires où vivent des ruraux repliés, des descendants de personnes déplacées internes. Certains quartiers de Kaboul, de Kandahar et de Hérat, avaient un air d’Europe balkanique, avec ce mélange de modernité et d’archaïsme dans la bonne humeur. À Kaboul et d’autres grandes villes les femmes occupaient des postes intéressants, les salons de coiffure foisonnaient, les ONG et les écoles de musique employaient des milliers de personnes. Les jeux et les concours de chants à la télévision, les matchs de football, les pique-niques, les cafés, tout ce qui avait été interdit par les Talibans entre 1991-1996 vibrait sous la République pro-occidentale.

En Afghanistan, une tension existe entre les citadins bobos et les ruraux. Dans les campagnes, des femmes en burqa, et surtout des hommes désœuvrés qui se voilaient souvent le visage à chaque regard ou parole d’une personne étrangère à leur village. La présence de caïds en 4X4, et de pauvres manants, dans une ambiance de film d’aventure, même si une école financée par l’étranger pouvait surgir ici ou là. Les femmes cachées, la vie extérieure quasi nulle, le gouffre culturel. Pas l’ombre d’une librairie, d’un bureau de presse, d’un bureau de poste, ni même un restaurant distingué. Des paysans sans les mêmes connaissances que les Occidentaux, et généralement fort peu instruits au-delà du Coran et de l’expérience de la vie, sans oublier l’influence persane mystique de Roumi et de Hafiz. On se rappellera que le commandant Massoud et ses proches venaient de consulter un livre de Roumi, utilisé comme un genre de Yi King divinatoire, lorsque l’assassin est venu pour son rendez-vous ce 9 septembre 2001. Ou encore, référons-nous à un documentaire de 2010 sur une patrouille danoise de la force internationale, Armadillo: les soldats croisent un jeune paysan en pleine campagne qui leur dit d’emblée: « Vous êtes des Juifs? » Les paysans ont entendu parler de Juifs, mais ni de Darwin ni de Napoléon ni de Benjamin Franklin ni probablement de Hitler, et encore moins de Harvey Milk et de l’écriture inclusive. Une telle scène eût été improbable dans les  quartiers bobos de Kaboul. Mais dans le reste de l’Afghanistan les attitudes et croyances d’un peuple isolé abondaient. Les Pachtouns, de l’ethnie la plus nombreuses de la mosaïque afghane, ont un degré supplémentaire de distance: leur langue, le pachtoun, ne leur donne pas d’accès direct à la culture persane de la majorité des ethnies afghanes, persanophones.

A lire aussi: La chute de Kaboul: dernier avertissement aux Occidentaux

Voici que l’Armée nationale afghane, ANA, s’est effondrée. Mais qui donc la composait? Certainement pas les bobos persanophones de Kaboul. A-t-elle reçu l’ordre de ne pas tirer, de laisser les Talibans arriver, en échange d’une amnistie décrétée par la direction talibane, voilà qui est plus que probable. La corruption du régime était-elle excessive au point de ne plus payer ni chausser les soldats? Possible. La faible fidélité des militaires du rang était palpable depuis longtemps. Les recrues s’étaient généralement enrôlés pour la maigre solde. Également visible: l’absence totale d’esprit patriotique militaire chez les bobos. La République n’avait pas instauré la conscription! Les bobos  avaient entièrement délaissé le métier des armes. Une belle armée de métier européenne, voilà qui pouvait les impressionner, mais l’armée afghane républicaine, sans tradition ni gloire ni cachet, non. Quant à la police afghane, le mépris était total. Les images que nous avons aperçues de la chute de Kaboul sur les écrans de télévision montraient des citadins, souvent anglophones, qui se plaignaient d’avoir été lâchés par leur armée, par leur police, par leur président, par les États-Unis. « Sortez-nous d’ici, qu’allons-nous devenir, il nous  faut un avion,  un visa… » Aucun n’a dit, sur des centaines observées au hasard depuis des jours: donnez-nous des armes, No Pasarán… Seuls les forces spéciales ont fait montre de combattivité. Les aviateurs aussi ont continué de bombarder. Ces deux formations d’élite étaient très différentes des autres, et assez proches des forces spéciales et aviations occidentales, de vrais guerriers romantiques. Un monde à part, mais non pas une catégorie sociale. À quelques dizaines de milliers, ils ne pouvaient sauver les bobos et les femmes évoluées.

Si les bobos ont pullulé, c’est grâce à la protection de la Coalition internationale, et de l’esprit de modernité apporté par les ONG étrangères et les Afghans de l’étranger. L’on se réjouissait de l’absence d’esprit guerrier de ces jeunes hommes, attirés par les professions libérales, les métiers créatifs, les start-ups. Par contre, le métier des armes: absolument pas! Or, l’émergence d’Afghans dénués de cet air de moudjahidines en camis, sandales et mitraillette lourde, voilà un bon signe pour l’avenir, se disait-on. L’on ne se disait pas: voilà des Afghans désarmés, alors que les Talibans rétrogrades restaient bien armés.

La modernisation minée par la corruption

Certes la corruption aussi a ramolli toute fidélité au gouvernement républicain. « Les Occidentaux disent qu’ils veulent nous apporter les droits de l’homme », me dit à Herat un journaliste il y a 10 ans déjà. « Mais l’on voit bien que chaque nationalité, les Italiens, les Canadiens, les Américains, joue une partition différente et laisse les caïds corrompus en place. Ce n’est pas bon pour nous vos droits de l’homme ». Les Occidentaux sont souvent devenus des aventuriers sans scrupules prêts à bakchicher. J’ai vu un officier civil de l’OTAN tendre un billet de 20 dollars à un soldat afghan pour éviter à mon groupe d’Occidentaux la première fouille à l’aéroport, car nous étions pressés. Le mauvais exemple.

Pourquoi tant de corruption? Dès la naissance de la République, au sommet de Bonn en 2001, un régime a été bricolé avec les bribes du régime d’avant les Talibans et les Soviétiques, c’est-à-dire la monarchie de Zaher Shah. Ces vieux chevaux sur le retour se sentaient spoliés par les Soviétiques puis les islamistes, et leurs tribus rurales attendaient compensation. Hamid Karzaï, figure puissante de la tribu pachtoune des Popalzaï du sud, s’installait au palais présidentiel et son frère devint l’un des plus grands trafiquants de drogue du pays. Les ministères étaient distribués à des seigneurs de la guerre tels des fiefs. 

Aujourd’hui, les Occidentaux vident le pays de ceux-là mêmes qui auraient refusé la talibanisation. C’est la malédiction de la modernisation sociale: les bobos, citadins, professions libérales, créateurs, tous pacifiques, ne pèsent pas face aux guerriers obscurantistes. En émigrant, ils renforcent le monopole intellectuel taliban. Sans une armée réellement liée aux classes démocratiques, et sans le soutien et la participation des bobos afghans à l’effort militaire, la République ne pouvait tenir face aux Talibans. Fallait-il inventer une démocratie afghane guerrière, des citadins dans une Garde nationale? À méditer, ce qui vaut mieux que de se lamenter comme les Occidentaux le font aujourd’hui, et l’ont fait lors  de la chute du Chah d’Iran il y a 32 ans.

Etats-Unis

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Géopolitiquement correct et incorrect

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État de droit ou État dépravé?

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L’imposition du pass sanitaire montre que nous ne sommes pas dans un Etat de droit. Au-delà de la question du pass, c’est une refonte totale de nos institutions qui est nécessaire.


Eric Dupond-Moretti s’est fendu d’un tweet le 5 août 2021 à 22 h et je cite : « Non, nous ne sommes pas dans une dictature, mais dans un État de droit ! Ceux qui hurlent après le Conseil constitutionnel pour sa décision sur le #PassSanitaire l’auraient encensé s’il les avait confortés. Contrairement à leurs convictions le droit, lui, ne peut être manipulé. »

Ce genre de rhétorique fleure bon la droiture, l’équité, l’intégrité, l’éthique ! Un état de droit… Sonnez buccins et trompettes !

La réalité est toute autre. Au vu du nombre de casseroles, – des chaudrons pour certains -, que se traînent pratiquement tous les politiques, et au vu du fait qu’un casier judiciaire vierge ne soit toujours pas exigé pour être député, – alors que pour ouvrir un restaurant, c’est une obligation -, l’équité, la droiture et tout le flonflon ont déjà du plomb dans l’aile.

15 janvier 1990 : Michel Rocard, alors 1er ministre de la Ve République, fit voter la loi d’amnistie pour les délits et crimes liés au financement des partis politiques et des campagnes électorales, dans le cadre d’un projet de régulation du financement de la vie politique française. Le début de la fin. (1)

Mais au fait, qu’est-ce qu’un État de droit ? Selon le site officiel, Vie publique: « Le concept d’État de droit s’oppose à la notion de pouvoir arbitraire. Il désigne un État dans lequel la puissance publique est soumise aux règles de droit. » Selon la définition donnée par le juriste Hans Kelsen au début du XXe siècle, c’est un « État dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s’en trouve limitée« . L’État de droit implique le respect de la hiérarchie des normes (« La hiérarchie des normes implique que chaque norme juridique est rédigée sur le fondement d’un droit qui lui est supérieur« ), ainsi que l’égalité devant la loi:

« L’égalité des sujets de droit constitue la deuxième condition essentielle d’un État de droit. Cela implique que les personnes et les organisations reçoivent la personnalité juridique, en tant que personnes physiques pour les personnes, en tant que personne morale pour les organisations. L’État est lui-même considéré comme une personne morale.« 

L’État de droit suppose aussi « la séparation des pouvoirs qui vise à éviter la concentration du pouvoir dans les mains d’un despote. Le pouvoir est distribué entre des organes indépendants et spécialisés:

– Le pouvoir de voter la loi (pouvoir législatif);

– Le pouvoir d’exécuter les lois et pour ce faire d’édicter des règlements (pouvoir exécutif);

– Le pouvoir de rendre la justice (pouvoir judiciaire).« 

À lire aussi, Aurélien Marq : Emmanuel Macron et le passe sanitaire, l’autoritarisme au lieu de l’autorité

Le quatrième pouvoir ne figure pas dans ce texte, mais il existe : la presse. Contrôlée par une clique de milliardaires issue du CAC 40 et aux ordres de l’État, elle est un organe de propagande assurant que le pouvoir reste dans les mêmes mains.

Sur le papier, un État de droit paraît être le garant du peuple. En réalité, un Président possédant la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat est le maître du pays. Étant donné aussi que les membres des Conseils d’État et constitutionnel sont souvent des anciens ministres, la boucle est bouclée. Un État de droit n’est pas différent d’un pouvoir arbitraire.

L’imposition de la loi concernant le passe sanitaire le démontre. Emmanuel Macron et ses ministres en voulaient l’instauration. Votée la nuit en commission mixte le 25 juillet 2021, et entérinée par le Conseil constitutionnel en ce 5 août 2021, – jour funeste pour la démocratie -, cette loi inique prouve bien que l’État de droit français ressemble plus à une république d’opérette qu’à une institution bienveillante censée protéger le peuple. L’instauration du passe sanitaire privant les citoyens du droit le plus élémentaire qui est la libre circulation, prouve indubitablement que nous sommes vraiment en dictature.

Il n’y a aucune différence entre un État de droit tel que nous le subissons depuis trop longtemps et un État arbitraire soumis au bon vouloir d’un souverain. De plus en plus de Français sont dans la rue pour dire « Non » au passe de la honte. En plein mois d’août, le nombre de manifestants présents est un record. Mais ne vous y fiez pas, combattre le passe sanitaire ne représente que le sommet de l’iceberg. Une refonte totale de nos institutions est urgente. Il est plus que nécessaire de sortir de l’Europe, de faire le ménage, et d’avoir enfin des politiciens intègres prenant soin des citoyens.


(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Amnistie_parlementaire

La chute de Kaboul: dernier avertissement aux Occidentaux

Après l’entrée des Talibans à Kaboul, l’Occident prendra-t-il enfin conscience du danger islamiste global ?

L’Afghanistan est un pays lointain, peuplé de montagnards archaïques peut-on entendre, pourquoi donc s’en soucier ? D’ailleurs, les Talibans qui viennent de reprendre Kaboul n’ont-ils pas promis qu’ils resteraient « modérés » dans l’imposition de la charia et que le pays ne sera plus une base pour le terrorisme international ? Cette armée clanique se contentera sans doute de la mise en coupe réglée du territoire afghan et de ses champs de pavots. Pas de quoi s’inquiéter, vraiment ? Ces « barbus pachtounes » auraient donc, sans soutien intérieur et sans aide extérieure, mis en déroute en quelques jours l’armée afghane qu’ont tenté de former les Etats-Unis pendant vingt ans ? Ces islamistes talibans n’auraient donc aucun lien avec d’autres islamistes, sur place, au Pakistan voisin, dans cet Orient aussi proche de nous que de l’Asie centrale, ou même dans la vaste Afrique parcourue elle aussi par les réseaux islamistes à la fois concurrents et concourant à la même fin, celle de « la fin de l’occidentalisation » ?

Quand réalisme rime avec court-termisme

Depuis les années 60, dans un double mouvement complexe, l’Afghanistan s’est en partie modernisé ou « occidentalisé », et est devenu par ailleurs un terrain d’affrontement géopolitique à l’échelle mondiale. Dans les années 70, s’y manifestait la guerre plus ou moins froide entre deux modernismes, celui de l’Est et celui de l’Ouest, entre l’URSS et les Etats-Unis. A partir des années 2000, les puissances occidentales y ont pris pied avec pour but annoncé d’assécher une des sources du terrorisme islamiste international. Mais faute de véritables perspectives stratégiques, les moyens considérables investis ont alimenté tout autant la corruption que le ressentiment, les divisons que la résistance locale traditionnellement islamiste. Et faute d’avoir compris que le terrorisme n’est que la forme la plus violente de l’offensive islamiste globale, les Occidentaux ont mené une guerre de basse intensité sans issue. Aujourd’hui, la Chine se réjouit de la débandade occidentale et pense pouvoir récupérer cette position stratégique sur ses « nouvelles routes de la soie », tandis que la Russie espère en profiter un peu en jouant les auxiliaires.  Pourtant, leur realpolitik actuelle ne les mettra pas à terme, à l’abri de la visée expansionniste de l’islamisme, et pas seulement en Tchétchénie ou dans le Xinjiang.

Le « réalisme » en matière de relations internationales, s’il est à courte vue, peut en effet s’avérer fort dangereux à long terme. Ainsi en fut-il dans la seconde moitié du 20ème siècle. Sous couvert de l’antagonisme idéologique entre totalitarisme communiste et libéralisme, les deux super puissances de l’époque luttaient en Afghanistan comme ailleurs, pour le leadership mondial. Qu’importait alors aux  « Yankees » d’apporter leur soutien aux dictatures militaires d’Amérique latine ou aux régimes théocratiques du Moyen-Orient qui bafouaient tous, allègrement, les libertés politiques et les droits de l’Homme ?  Qu’importait alors aux Soviétiques de soutenir des dictatures africaines qui n’avaient de communistes que de vagues références ou des régimes qui pactisaient déjà avec un certain islamisme comme en Algérie ou en Egypte ? Qu’importait aux uns et aux autres de s’allier indifféremment et parfois alternativement avec telle ou telle faction islamiste en Afghanistan, au Pakistan, dans les « républiques soviétiques du Caucase et de l’Asie centrale », ou dans le monde arabo-musulman ?

A lire du même auteur: Cette gauche qui nous fait tant de mal

Ce qu’à l’époque n’ont analysé avec perspicacité ni les Russes ni les Américains, pas plus que les Européens d’ailleurs et notamment pas les Français qui auraient dû le faire étant donné leur force de frappe et leur capacité à se projeter à l’extérieur, c’est la montée de l’islamisme comme nouvelle force combattante pour l’hégémonie mondiale. Et par la suite, rien n’est davantage venu ouvrir les yeux des Russes ni des Américains, sur la puissance polymorphe partout à l’œuvre et qui partout les menace. Ni les années de plomb algériennes par le bras du GIA, armé semble-t-il à ses débuts par la CIA, ni le 11 septembre 2001 et le retournement de Ben Laden contre ses anciens maîtres, pas plus que la répression menée elle aussi au nom du Coran (mais version salafiste contre les Frères musulmans) par le général Al Sissi prétendument « pro-occidental », ou le renforcement de la puissance iranienne et la montée en violence de ses affidés du Hezbollah et du Hamas, et encore l’alliance initiale de Bachar Al Assad avec les islamistes contre les démocrates syriens qui aboutit à la catastrophe. Rien de tout cela ne fait réfléchir plus avant les Européens non plus, eux qui sont également plus dupes que jamais, notamment des proclamations de « laïcité » de l’Autorité palestinienne qui torture dans ses geôles de Ramallah en 2010 le jeune Walid Al Husseini pour cause d’athéisme, ou qui explique en 2017 à sa télévision, comment battre sa femme selon les règles du Coran.

De la révolution politique à la révolution religieuse

Globalement les Occidentaux ne comprennent toujours pas en effet ce qu’est une « révolution religieuse » alors que Daryush Shayegan nous l’expliquait clairement dès 1982 comme une synthèse explosive de tradition (préceptes religieux archaïques, expansionnisme messianique, antijudaïsme et antichristianisme) et de modernité technologique (armement, transport, communication).  Ils ne comprennent pas non plus, malgré les progrès rapides de la réislamisation du monde dit « musulman », que le projet d’islamisation de l’Occident est lui aussi en marche d’un même mouvement.

Car l’islamisme est un mouvement politico-religieux  à visée universelle qui utilise tous les moyens pacifiques et violents pour parvenir à ses fins : dominer les sociétés et prendre le pouvoir politique pour imposer un nouveau totalitarisme fondé sur la charia adaptée s’il le faut en version numérique. L’islamisme est un mouvement polymorphe où des courants divers, parfois concurrents, parfois alliés, convergent cependant tous dans le refus non seulement de la libre pensée bien sûr, et de l’apostasie, mais aussi du libre examen individuel de la foi et du pluralisme des interprétations de la religion musulmane elle-même. Et idéologiquement, quel que soit leur courant, les islamistes s’inscrivent tous en faux contre l’Occident, sa culture, sa démocratie, mais aussi contre toutes les forces qui s’opposent à l’islam. Et cela, tout en adoptant les nouvelles technologies de la modernité et en s’adaptant aux évolutions culturelles les plus récentes. Ainsi l’islamisme s’est approprié le symbole archaïque de la soumission des femmes qu’est le voile, pour en faire l’étendard moderne de sa reconquête politique à travers la revendication identitariste et victimaire propre à notre époque. 

La débâcle des Occidentaux à Kaboul leur fera-t-elle enfin prendre conscience du danger islamiste global ? Les partisans de l’apaisement désarmé contre l’offensive islamiste doivent céder le pas au réarmement moral et à la résistance tant idéologique que géopolitique, c’est-à-dire diplomatique et militaire. La mobilisation en faveur de la liberté d’expression, mais aussi de la laïcité, de la libre pensée et de l’émancipation des individus de tous sexes et de toutes conditions, doit aller en s’amplifiant. Et la solidarité internationale entre ennemis de l’islamisme doit elle aussi s’affirmer avec force. S’impose ainsi le soutien aux intellectuels et aux groupes politiques qui s’opposent à la poussée islamiste dans leurs pays, ainsi que le soutien résolu à Israël, Etat à l’avant-poste de la lutte, et qui subit les attaques de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes du Hamas, incarnation de l’alliance mortifère des Frères musulmans sunnites et du chiisme du régime iranien des mollahs.

L’islamisme ne constitue pas « un bloc » comme a pu le faire l’internationale communiste en son temps, ni un « axe » comme celui que le nazisme érigea autour de lui, mais un vaste réseau dont les vastes connexions sont parfois inattendues et d’autant plus meurtrières. Face au filet et au trident du rétiaire, l’épée et le bouclier, ni même le casque effilé, ne pouvaient vaincre sans l’intelligence et la détermination du secutor dans la contre-offensive. Espérons que l’Occident saura retrouver en lui de telles ressources pour affronter enfin l’islamisme sous toutes ses formes, brutales comme insidieuses. Il n’est que temps !

Le bêtisier du laïco-sceptique

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Ode aux Talibans

La victoire des Taliban fait réfléchir, parfois en vers…

O barbare aux yeux noirs et au cœur vaillant,

Aigle impitoyable, seigneur de l’Afghanistan,

Avec deux bouts de chandelle, tu as été triomphant,

De l’Occident impie, sûr de lui et arrogant,

A ses drones et à ses jouets au blindage résistant,

Tu as opposé ta foi et ta rusticité, vingt ans durant.

Ah si tu savais que ce qu’est devenu l’homme occidental,

Féminisé, humilié et sans moral,

Convaincu de son impuissance et de sa culpabilité totale,

Ah si tu savais, c’est à Marseille, et non à Kaboul, que tu porterais ton assaut final !

Et maintenant, que feras-tu de ta victoire ?

Bannir la musique et interdire l’espoir,

Garder ta fille, ta mère et ta sœur en-dehors de l’Histoire,

Exiler les justes et les détenteurs du Savoir ?

O pashtoune, paysan, soldat, fils aîné de la montagne,

Aie pitié de ceux qui ont succombé à ta campagne,

O noble gardien de l’Hindou Kush,

Pardonne les collaborateurs que nous avons abandonnés à la première secousse.

Féministes, militants LGBT et défenseurs de l’immigration,

Nos prêtres sont mal à l’aise,

Devant tes excès, ils se taisent,

A géométrie variable est leur indignation.

Mosquée de Paris, Qatar et Ligue Arabe,

Silence, hypocrisie et dérobade,

Que peuvent-ils faire ou dire de toute façon ?

Si de l’Islam tu es le glaive et le parangon.

Pourtant, par millions les musulmans te renient,

Ils refusent ta cruauté et ton ignominie,

Leur dégoût est stérile et passager,

Les terroristes parlent plus fort que les modérés.

Tu as conquis Kaboul sans masque ni distanciation sociale,

Nous, cela fait deux ans que nous sommes à l’hôpital,

Masqués, confinés et vaccinés,

Nous obéissons aux mêmes chefs que tu viens de ridiculiser.

Tu as pris le pouvoir à dos d’âne,

Nous, nous sommes gouvernés par des ânes.

Savoure ta victoire, ô Taliban,

Profite du départ du mâle blanc,

Le seul obstacle contre ton empire,

Tes femmes, en secret, pensent à lui et soupirent.

Cet homme digne, aimable et doux,

Qui à dure peine se maintient debout,

Tu viens de lui rendre la vie facile,

En montrant quel miracle peut accomplir une société virile.

Demain, il prendra sur ses chefs la revanche,

Et libérera ses frères et ses sœurs des chaînes de la repentance.

Garde pour toi tes montagnes maudites,

Puissent leurs reliefs sévères être ton ultime limite.

Dieu nous a donné le vaste monde,

Pour y imprimer notre marque profonde,

Et le sceau sublime de notre civilisation féconde,

O Taliban, entends-tu l’orage qui gronde ?

A lire aussi: Joe Biden entre la Bérézina et Saigon

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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États-Unis: ce que cache la chute d’Andrew Cuomo

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Aux États-Unis, le gouverneur Démocrate de l’État de New York, Andrew Cuomo, vient de démissionner. Dix jours après la publication d’un rapport du Garde des Sceaux de cet État l’accusant d’avoir harcelé sexuellement plus d’une dizaine de femmes au cours des quinze à vingt dernières années.


Cuomo était une icône de la politique américaine à qui certains prêtaient, encore récemment, un destin présidentiel. Sa chute soudaine illustre le climat politique délétère actuel et bien d’autres choses. Elle est significative pour ce qu’on en sait et surtout pour ce qu’on n’en sait pas. Pour ce qu’elle cache, qui est bien plus sinistre.

Car il faudrait être complaisant, voire naïf, pour croire que cette chute est le simple résultat des circonstances qui l’entourent, à savoir des accusations de harcèlement sexuel spontanément avancées par les personnes qui en furent victimes. Ce n’est pas le cas. Ces accusations ne sont qu’un prétexte, la face émergée de l’iceberg. Cuomo a été victime d’ambitions rivales et, ayant perdu son utilité pour le parti Démocrate, il n’a trouvé personne pour le défendre.

À lire aussi : La rivalité sino-américaine d’un point de vue civilisationnel

En apparence, sa démission est à mettre sur le compte de la puissance du mouvement « #MeToo », mobilisation qui dénonce les violences faites aux femmes dans la vie professionnelle et qui a émergé aux États-Unis lors de l’affaire Harvey Weinstein en 2017 (« Affaire Harvey Weinstein, l’hypocrisie des élites épinglée ») : mobilisation qui a inévitablement connu son avatar français (mimétisme quand tu nous tiens) dans la forme du mouvement au nom ô combien élégant de #balancetonporc. Dans les deux cas, la présence d’un « hashtag » rappelle que ces mouvements existent principalement grâce aux réseaux sociaux dont ils exploitent les forces (ils constituent un mégaphone exceptionnel) et les faiblesses (on peut y proférer les pires accusations sans avoir à fournir de preuve, les mensonges restant ancrés dans les esprits alors que les démentis sont oubliés).

En apparence toujours, cette chute soudaine illustre l’imprévisibilité et l’hypocrisie de la vie politique américaine. Voici un an à peine Andrew Cuomo était adulé par les médias dominants (CNN, MSNBC, le New York Times, le Washington Post et quelques autres) pour sa gestion (pourtant très contestable) de la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, il est totalement isolé, abandonné par ses amis d’hier, et c’est moins la force des accusations dont il fait l’objet, que cet isolement soudain, qui l’a poussé à démissionner.

Le côté sombre de la vie politique

Mais en vérité, sa chute illustre une réalité plus sombre de la vie politique américaine. Cette réalité se compose, d’une part, d’élus de plus en plus déconnectées des électeurs et de la vie quotidienne. Une fois en poste ils rédigent, votent ou signent des lois qui s’appliquent à tous sauf à eux-mêmes. Et elle se compose d’autre part de fonctionnaires ambitieux qui agissent dans l’ombre et pour qui le système n’a d’autre fonction que de servir leurs ambitions à travers celles de leur parti, sans lien aucun avec une quelconque notion d’intérêt national.

Pour comprendre cela il faut revenir sur les faits et le contexte. Andrew Cuomo a 63 ans. Il est le fils de Mario Cuomo, lui-même gouverneur Démocrate de New York de 1983 à 1994 et, un temps, prétendant à la Maison Blanche. Il est le frère ainé de Chris Cuomo, chroniqueur vedette de la chaine CNN, qui s’est illustré ces dernières années par son opposition virulente à Donald Trump. De 1990 à 2005, Andrew Cuomo a aussi été l’époux de Kerry Kennedy, l’une des filles de Robert Kennedy, avec qui il a eu trois filles. Cuomo est catholique et ne s’est pas remarié après son divorce.

Il avait commencé sa carrière politique au sein de l’administration de Bill Clinton dans les années 1990 comme secrétaire au Logement et au développement urbain. Élu gouverneur de New York en 2010, il a été réélu en 2014 et encore en 2018 (il n’y a pas de limite au nombre de mandats de gouverneur à New York). Avant ce poste, il avait été le Garde des Sceaux de l’État de New York. À ce titre, il avait contribué à la chute du gouverneur d’alors, le Démocrate Eliot Spitzer, mis en cause pour ses relations avec des « call-girls », et qui avait démissionné après deux ans de mandat seulement. Il y a donc toute une ironie à voir aujourd’hui Andrew Cuomo tomber à son tour sous les coups d’une enquête diligentée par sa propre Garde des Sceaux, Laetitia James, une femme Noire de 62 ans, qui n’a d’ailleurs pas caché son intention d’être candidate à sa succession… (S’il fallait un mobile au crime, il est là !)

Jusqu’à la pandémie de Covid-19, Andrew Cuomo était reconnu comme un gouverneur efficace et un homme politique charismatique. Il avait d’ailleurs été élu président de l’association des gouverneurs américains. Favorable au mariage homosexuel et à la légalisation de la marijuana, partisan du contrôle sur les armes à feu, de l’assurance santé universelle, et de la lutte contre le changement climatique dans le cadre de l’accord de Paris, c’était un Démocrate bon teint qui pouvait prétendre à un destin national. Il était même reconnu pour son engagement en faveur des … femmes ! En 2015 il avait soutenu et signé une loi dite « d’Égalité des droits » renforçant la protection des femmes contre les discriminations et les violences conjugales.

Tout a commencé de basculer pour lui au printemps 2020. Face à la pandémie de Covid-19, il organise des conférences de presse quotidiennes, largement retransmises par les grandes chaînes de télévision. Il y fait forte impression pour son implication, son empathie, sa connaissance du sujet et ses capacités de leadership. Les médias dominants l’érigent instantanément en héros anti-Trump. Ils en font le modèle du leader politique en temps de crise pour mieux décrédibiliser le président en place qu’ils accusent d’atermoiements, d’inconsistance, d’incompétence et de confusion dans sa réponse à l’épidémie.

Bien évidemment, le fait que 2020 soit une année électorale et que les médias aient activement travaillé à faire perdre Trump conditionnent ce traitement médiatique. Mais il n’empêche pour des millions d’Américains, Cuomo est dépeint comme le héros du moment. Il obtient même une récompense du monde du spectacle pour ses performances télévisées et un éditeur lui offre cinq millions de dollars pour ses futures mémoires sur la gestion du Covid. Du jamais vu !

Toutefois, dans ce concert de louanges quelques fausses notes se font entendre. Certains soulignent que les lauriers tressés à Andrew Cuomo sont injustifiés à la vue des chiffres de la pandémie. New York est en effet, avec le New Jersey voisin, l’État où la pandémie fait le plus de victimes. Les morts se comptent rapidement par dizaines de milliers. Plus de 50% de toutes les victimes américaines du Covid-19 proviennent de ces deux seuls États. Si la gestion du fléau par Cuomo est si exemplaire, comment expliquer de tels chiffres ?

Les statistiques sont particulièrement alarmantes pour les maisons de retraite et les établissements de soins aux personnes très âgées. Or, c’est Andrew Cuomo lui-même qui a, par décret, obligé ces établissements à continuer d’accueillir les personnes infectées par le virus, favorisant sa propagation et précipitant une véritable hécatombe au sein de cette population particulièrement vulnérable. Pire, il apparait que les statistiques ont été truquées. Andrew Cuomo a donné l’ordre à son administration de minorer le nombre réel des victimes du Covid-19 dans les établissements new-yorkais pour ne pas engendrer de panique, ou de révolte, au sein de la population… Bref il a sciemment menti et ordonné à ses subordonnés de mentir aux électeurs pour dissimuler l’ampleur du désastre sanitaire dans les établissements publics dont il avait la charge !

Ce seul agissement, confirmé aujourd’hui, aurait justifié une procédure de destitution à l’encontre d’Andrew Cuomo. Ce ne fut pas le cas. Et pour cause, seuls les médias d’opposition (Fox News ou le New York Post) mettaient ces faits en avant. L’appareil médiatique au service de la cause Démocrate était encore en mode électoral et il concentrait son feu contre le président Trump ignorant à dessein toutes les rumeurs sur Cuomo. Néanmoins, alors que l’automne 2020 s’avance, l’étoile d’Andrew Cuomo s’est considérablement ternie.

De leader à harceleur

Une fois l’élection passée, les fauves vont se lâcher. À la mi-décembre, quelques jours seulement après la certification de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle, les premières accusations de harcèlement sexuel contre Andrew Cuomo sortent dans les médias. C’est d’abord une ex-assistante du nom de Lindsay Boylan qui se plaint d’attouchements, de baisers furtifs et de propos suggestifs. Les faits s’étaleraient sur plusieurs années mais remonteraient tous à avant 2018, date où elle avait démissionné. Les accusations font l’effet d’une bombe, et personne ne s’interroge sur leur timing pourtant particulier. Pourquoi cette femme n’a-t-elle rien dit en 2018, alors que Cuomo était candidat à un nouveau mandat de gouverneur ? Pourquoi avoir attendu la mi-décembre 2020 ?

Au printemps 2021, une autre femme relate des faits similaires, remontant également à plusieurs années en arrière, puis une troisième et encore une autre. Cette fois la meute est lancée. Elle va devenir insatiable.

Andrew Cuomo nie en bloc, mais le vent a tourné pour le gouverneur de New York. Peu importe la réalité ou la gravité des faits (aucune de ces femmes ne l’accusent de viol), la perception suffit à en faire un paria de la politique. Cuomo n’est plus vu comme un « leader », mais comme un « harceleur ». C’est un homme au pouvoir qui a profité de sa position pour s’octroyer ou obtenir des privautés avec des femmes de son entourage… L’Assemblée de New York engage une procédure en « impeachment », tandis que la Garde des Sceaux diligente une enquête officielle.

Les conclusions de cette enquête sont parues début août. Elles étaient sans appel auprès du tribunal médiatique. Les cas étaient trop nombreux, trop similaires, créant un faisceau d’accusations crédibles. Le dénouement était dès lors acquis. C’était une question de temps et de manière. À y regarder de plus près, la démission d’Andrew Cuomo arrange beaucoup de monde. Le parti Démocrate en tête, dont Cuomo était une tête de file.

Certes les démocrates ont perdu un prétendant à la Maison Blanche pour 2024. Mais avant ce scrutin, il y aura les élections de mi-mandat en novembre 2022. Elles s’annoncent difficiles pour les Démocrates, comme le sont toujours les élections intermédiaires pour le parti au pouvoir mais plus particulièrement cette fois à cause de la polarisation politique et de la pandémie de Covid-19 qui n’en finit pas. Un procès en destitution, ou un bras de fer judiciaire auraient duré des semaines et étalé au grand jour des faits peu flatteurs voire sordides qui auraient pu ternir l’image de tout le parti et même rebondir sur d’autres personnages politiques. Rappelons que le président Joe Biden – lui-même non exempt de tout soupçon pour ce qui est d’attouchements non sollicités –  a récemment qualifié Andrew Cuomo « d’excellent gouverneur » et de « grand ami »… Par sa démission, Cuomo a tué l’affaire dans l’œuf, sans pour autant reconnaître sa culpabilité, et cela laisse quinze mois aux électeurs pour oublier l’affaire et passer à autre chose…  

Andrew Cuomo a été très utile aux Démocrates tout au long de 2020. Il s’est avéré une pièce maitresse dans leur stratégie du « Tout et Tous contre Trump ». Une fois l’élection gagnée, son utilité devenait relative. Il aurait pu faire de l’ombre au président en place. Pire, sa gestion du Covid-19 aurait pu engendrer des remous beaucoup plus graves que quelques accusations tardives sur ses mains baladeuses.

À lire aussi : Mon nouvel ami, Joe Biden

Car bien sûr la question du « pourquoi maintenant ? » demeure. Après tout, certains faits reprochés au gouverneur sont vieux de vingt ans. Les femmes qui se sont déclarées victimes de ses gestes ou avances non sollicitées s’étaient tues jusqu’à présent. Tout comme les autres collaborateurs d’Andrew Cuomo. Or l’atmosphère équivoque entretenue par Cuomo avec certaines collaboratrices était connue autour de lui. Il avait ainsi obtenu qu’une femme agent de police soit placée au sein de sa sécurité personnelle, alors qu’elle n’en avait pas les qualifications, pour l’avoir… sous la main. Cela, ses collaborateurs le savaient. Mais ils s’étaient privés d’en parler !

Ceux qui dénoncent aujourd’hui Cuomo sont les mêmes que ceux qui l’ont soutenu hier. Tout comme Harvey Weinstein fut adulé par Hollywood et les élus Démocrates (qu’il soutenait par de généreuses donations) en dépit de son comportement de prédateur sexuel. Dans l’un et l’autre cas, l’omerta régnait tant que régnait le « tyran ». C’est la chute annoncée qui délie les langues et non pas l’inverse. Le mouvement #MeToo n’a rien à voir avec la prise de parole féminine ou la dignité des femmes, c’est un moyen pratique de se débarrasser de personnages publics lorsqu’ils deviennent trop encombrants.

Andrew Cuomo n’en est, à coup sûr, pas la dernière victime. 


Cet article a été initialement publié sur le blog de Gerald Olivier : http://geraldolivier.canalblog.com/archives/2021/08/12/39092158.html

Sur la route de la Maison Blanche

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Afghanistan : Bacha Bazi et Bachibouzouks

Le retour au pouvoir des Taliban en Afghanistan est le résultat de l’hubris des Américains qui se sont révélés impuissants face à un îlot archaïque et sectaire.

Quarante ans de guerre. Etat domino au cœur de l’Asie centrale, ce qu’on nomme l’Afghanistan a été tour à tour dominé par les Perses, les armées d’Alexandre Le Grand, les proto-Mongols Yuezhi, l’empire indien Kouchan, les Britanniques, ou encore les Russes, livrant toujours hardiment bataille… Avec l’Ethiopie et le Japon, c’est un des pays non-occidentaux à avoir le plus farouchement résisté à l’époque coloniale. Autopsie d’un échec annoncé.

Un Etat fictif

Le 14 juin dernier, Joe Biden annonçait le retrait des troupes américaines. Deux mois plus tard, les Talibans prenaient Kaboul et renversaient le régime en place, sorte de protectorat occidental entretenant une fiction d’Etat souverain. En novembre 2001, la guerre contre le terrorisme entamée par George Bush fit de l’Afghanistan sa première cible. L’objectif de guerre était assez simple : abattre Al-Qaïda, débusquer Ben Laden et son complice le Mollah Omar. Il fallut moins de deux mois pour mettre en déroute le régime des Talibans, Hamid Karzai devenant chef du gouvernement provisoire après la signature des accords de Bonn.  L’hubris américain a par la suite fait tourner les choses au vinaigre. Pendant 20 ans, les dirigeants américains ont tenté à toute force de convertir l’Afghanistan, pays aux mœurs archaïques et dominé par des jeux intertribaux ancestraux, à la démocratie universelle et aux valeurs contemporaines. Les Etatsuniens sont tombés dans le même piège que les Soviétiques, comme autrefois Napoléon et Hitler en Russie, s’enkystant dans une guerre sans fin contre des islamistes déobandis cachés dans les montagnes et des habitats troglodytiques, soutenus par une part non négligeable de la population, notamment pachtoune.

Jamais la République islamique d’Afghanistan nouvellement créée n’a trouvé de stabilité politique ou d’armée en mesure d’assurer la sécurité du régime par elle-même, tant elle était maintenue sous perfusion américaine. Il n’est pas à douter que le retour des Talibans constituera une solution de repli pour de nombreux djihadistes dans le monde, en dépit des quelques différences qu’ils pourraient entretenir. Dans cette région du monde, l’école hanafite a connu un grand succès à la fin du XIXème siècle, idéologie cimentant l’opposition aux Britanniques par son retour aux sources propres et littérales de l’islam. Il n’y a d’ailleurs pas de phrase plus imbécile que celle prononcée par Axelle Red dans Manhattan-Kaboul en duo avec Renaud : « Ceux-là n’ont jamais lu le Coran ». Si, les Talibans l’ont tous lu et appris par cœur dans les Madrassas où ils ont été éduqués, leur école islamique se voulant une restitution fidèle du temps du prophète (un peu à l’image des Amish, l’ultraviolence en plus).

Archaïsme sectaire

Le problème actuel est que les Talibans sont perçus par une part de l’opinion afghane comme une solution pour restaurer l’ordre public, ainsi que l’a notamment exprimé Vladimir Poutine dans une déclaration. Il faut dire que la situation en Afghanistan n’était guère reluisante. Les Talibans ont ainsi pu se servir des pratiques pédophiliques traditionnelles des chefs de guerre pour retourner une partie de la population, ou directement comme force de frappe en employant d’anciens esclaves sexuels. Désireux de mettre un terme à cette pratique consistant à déguiser de jeunes garçons en filles pour qu’ils dansent dans les soirées masculines, parfois en accordant des faveurs sexuelles, certains soldats américains se sont vu opposer une fin de non-recevoir… Tout comme le trafic international de pavot, le Bacha Bazi illustrait crûment les errements d’un régime aussi corrompu que dépravé qui a servi de repoussoir aux Talibans.

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À Saint-Brieuc, le Bacha Bazi a servi d’argument pour la plaidoirie d’une avocate qui défendait un « réfugié » afghan récidiviste ayant violé un garçon de 12 ans. Eh oui, l’exception culturelle… Nous n’y trompons donc pas, l’afflux de migrants venus d’Afghanistan qui devrait rapidement arriver à nos frontières doit être refoulé sans ménagement. Nous ne pouvons pas nous permettre de recevoir ces bombes humaines potentielles, y compris quand il ne s’agit pas d’islamistes déobandis. Le problème afghan ne se limite pas à la religion ; il est tribal, anthropologique, ancestral. Ces gens n’ont tout simplement rien à faire chez nous. Voir Bernard-Henri Lévy tenter de reprendre le flambeau du Tadjik Massoud, en diffusant la tribune de son fils sur son média, La Règle du Jeu, a quelque chose de dérisoire. Toute invasion massive ne peut que se solder par un échec, à moins de bombarder pendant des années et d’envoyer un million de soldats. Tout juste devons-nous appuyer épisodiquement les foyers de résistance pour leur permettre de subsister.

Îlot archaïque et sectaire entre l’Inde et la Russie, l’Afghanistan souhaite s’arracher au monde ; nous n’y pouvons rien.

Éric Zemmour censuré par Instagram

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Une campagne d'affichage pour Eric Zemmour, Isère 31/7/2021 Mourad ALLILI/SIPA 01031273_000009

Après Donald Trump ou Jean Messiha, censurés par Twitter, c’est maintenant le tour d’Eric Zemmour dont le compte Instagram a été fermé avant d’être réactivé. Cette atteinte à la liberté d’expression porte préjudice non seulement à un individu, mais à notre démocratie elle-même.


Ce jeudi 19 août, le compte Instagram d’Éric Zemmour a été purement et simplement supprimé, sans plus d’explications. Cette décision vraisemblablement arbitraire s’inscrit dans une nouvelle tendance qui s’observe sur les réseaux sociaux depuis près d’un an : tandis que les GAFA font la promotion d’une idéologie communautariste ancrée à gauche, les personnalités les plus marquées à droite voient les uns après les autres leurs comptes censurés.

Une censure visant les personnalités marquées à droite

Le compte Instagram d’Éric Zemmour comptait, hier soir encore, près de 50 000 abonnés. À titre de comparaison, les candidats déclarés à droite, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, sont tous deux suivis par environ 15 000 personnes. Cela ne fait pourtant que quelques semaines qu’Éric Zemmour a mis en place une stratégie de communication sur les réseaux sociaux, c’est dire le succès de l’écrivain politique sur la toile. Et pourtant, sa pérennité sur les réseaux sociaux semble toute menacée depuis que le géant Instagram détenu par Facebook a décidé de supprimer son compte officiel. Si le compte a depuis été réactivé, cela ne présage rien de bon pour l’avenir du débat politique sur internet. Sur Twitter, Éric Zemmour a ainsi déclaré : « Ce matin, Instagram a pris la décision arbitraire de bannir mon compte officiel. Les GAFA se sont engagés dans une lutte féroce contre les peuples qui ne veulent pas mourir. Ils peuvent me censurer, mais ils ne peuvent pas faire taire tout un peuple. »

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Cette décision d’Instagram n’est pas sans rappeler celle prise le 8 janvier 2021 par Twitter de bannir définitivement Donald Trump, président en fonction au moment des faits. Elle n’est pas non plus sans rappeler la suspension définitive du compte de Jean Messiha le 31 juillet dernier. Cette censure, particulièrement choquante lorsqu’elle vise des personnalités contribuant au débat public et massivement suivies par une partie de la population, est en fait une tendance de plus en plus importante sur les réseaux sociaux. De nombreuses personnalités marquées à droite ont ainsi été contraintes d’ouvrir des comptes de secours sur d’autres applications, telles que Telegram, au cas où la censure les atteindrait – ce qui finira, au rythme où les choses vont, par arriver.

Les GAFA, nouvelle arme de guerre idéologique ?

On observe, depuis plusieurs années, un phénomène nouveau de moralisation dans le monde des entreprises. À l’avant-garde, les GAFA n’y échappent pas : elles donnent le rythme. On l’a vu dernièrement lors des manifestations Black Lives Matter avec le marquage des commerces dirigés par des Noirs mis en place par Google aux États-Unis. Cette lutte idéologique a également lieu sur les réseaux sociaux et, l’époque étant marquée par un rejet presque universel de la nuance, le débat d’idées s’y résume bien souvent entre progressisme et conservatisme. Dans cette guerre idéologique, les GAFA ont donc choisi leur camp. Ainsi, les personnalités les plus marquées à droite sont les premières – sinon les seules – à être censurées tandis que d’autres, pourtant éminemment plus dangereuses, prospèrent librement. C’est ainsi que l’ayatollah Khomeini possède un compte Twitter et n’en est jamais inquiété. Plus récemment, la plateforme à l’oiseau bleu déclarait que les Talibans pourraient continuer à utiliser le réseau social.

La toute-puissance numérique des GAFA n’est plus à démontrer : qu’une entreprise privée muselle le président élu d’un peuple souverain est un fait historique majeur du XXIe siècle. Qu’elle n’en fasse pas de même pour un groupe terroriste reconnu comme tel internationalement est particulièrement inquiétant. En devenant les petits-mains numériques d’une certaine gauche idéologique, les GAFA s’en prennent à la liberté d’expression dans ses fondements les plus sacrées : c’est tout un pan du débat qui est amené à disparaître.

Un risque immense pour la liberté d’expression

La question de la régulation des réseaux sociaux et du contrôle des GAFA constituera sans aucun doute l’enjeu majeur des prochaines années en matière de liberté d’expression. Il est évident que la multiplication des discours antisémites, racistes ou encore homophobes impose au législateur de s’interroger. On se rappelle, par exemple, des dizaines de milliers de menaces de mort reçues par Mila et du calvaire que lui infligèrent ses geôliers anonymes. Il est, en revanche, une évidence que l’on peine encore à voir : les réseaux sociaux ont remplacé l’agora et les bistrots populaires ; Twitter, c’est la rue. Ceux qui s’exprimaient hier au bar débattent aujourd’hui en ligne. Et les personnalités les plus suivies, qu’elles soient de gauche ou de droite, mondialistes ou souverainistes, progressistes ou réactionnaires, sont les porte-voix de ceux qui les soutiennent.

La liberté d’expression est affirmée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. N’oublions pas que, selon le mot de Mirabeau, elle est notre droit le plus précieux, celui sans lequel aucun autre droit ne peut être affirmé, défendu, débattu. À l’ère du tout numérique, de la viralité des informations et de leur diffusion de masse, qu’importe leur véracité, le chemin qu’empruntent les GAFA doit inquiéter tous les défenseurs de la liberté, non seulement les soutiens d’Éric Zemmour mais aussi ses opposants politiques. En effet, Éric Zemmour censuré par Instagram, c’est la liberté d’expression de nouveau menacée par les GAFA : à terme, ce n’est pas l’homme seul qui est visé, mais bien le peuple, la démocratie et le principe même du contradictoire qui fonde la République et définit si bien la France.

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Irina Golovkina ou le chant du cygne de l’aristocratie russe

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Un roman fleuve pour un monde disparu.


Il y a huit ans, je chroniquais pour Service littéraire une œuvre magnifique, dans la plus pure tradition russe du roman océanique, à savoir le livre longtemps clandestin d’Irina Golovkina (1904-1989), traduit sous le titre Les Vaincus, alors qu’en russe l’auteur l’avait intitulé Le Chant du cygne. Ce grand livre reparaît aujourd’hui dans la collection de poche des éditions des Syrtes.

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Petite-fille du compositeur Rimski-Korsakov, Irina Golovkina appartient à une génération perdue de la noblesse russe, trop jeune pour avoir connu les fastes tsaristes, mais trop âgée déjà pour ne pas avoir reçu une éducation honnie par les bolchéviques. Son roman, où rien n’est inventé, décrit l’agonie des rescapés de la noblesse pétersbourgeoise jusqu’à la Grande Terreur des années 30.

Le déclassement et la mort

Ainsi, alors qu’un noble déchu ose baiser la main d’une amie tombée dans la misère, des passants s’exclament : « En voilà deux qu’on n’a pas encore achevés ». Pour peu que l’on fasse l’effort de s’y retrouver parmi les multiples et riches figures des derniers « ci-devant » de Leningrad, on les suit dans leurs tourments, leurs espoirs déçus et leurs cauchemars : « Seul celui qui a vécu sous la loi de Staline peut comprendre ce que signifie un coup de sonnette en pleine nuit ».

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Rapidement, le prince Dachkov, qui vit sous une fausse identité « prolétarienne », la si fragile Assia Bologovskaïa, l’héroïque infirmière Ioulia, qui se fait l’historiographe de cette persécution, deviennent des amis pour qui l’on tremble tant l’auteur, à l’impressionnante culture russe, classique et française (elle connaissait Huysmans et Maeterlinck sur le bout des doigts), parvient, en évitant tout mélodrame, à transcrire les souffrances de ces déclassés condamnés à la dégradante promiscuité des appartements communautaires, à l’abaissement moral causé par les trahisons, aux exécutions sommaires et à la déportation dans les camps.

Comme l’annonce l’incipit du roman : « Le monde entier était recouvert d’un voile funèbre ». Une fresque bouleversante sur le malheur russe au XXème siècle.

Irina Golovkina, Les Vaincus, Éditions des Syrtes, 1400 pages, 16€


Les vaincus

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Quand Mila adresse une lettre ouverte aux femmes afghanes

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Mila au Tribunal judiciaire de Paris, 7/7/2021 Jeanne Accorsini / Sipa Press//ACCORSINIJEANNE_1102.010356/2107071111/Credit:JEANNE ACCORSINI/SIPA/2107071124 01027077_000007

Ce mardi 16 août, au lendemain de la prise de Kaboul par les « talibans », la jeune Mila a adressé une lettre ouverte aux femmes afghanes… mais pas qu’à elles.


Alors que la totalité de l’Afghanistan est retombée entre les crocs des « Talibans » (guillemets car « taliban » signifie, tout simplement, « étudiant », en arabe – surnom donné à ces fanatiques au début des années 1990 parce qu’ils passaient leur temps à « étudier » les textes islamiques, pour en sortir une application ultra-rigoriste, et même au-delà des textes), avec la prise de Kaboul le 15 août 2021, le monde entier est, en tout premier lieu, préoccupé par le sort de toutes les femmes afghanes, puisque « islamisme » rime avec « féminicide » – ce qui a été confirmé par ces « talibans » durant le règne de terreur qu’ils ont fait pesé sur l’Afghanistan, de 1996 à 2001.

Si des millions de femmes et d’hommes, à travers la planète, expriment leur inquiétude et leur soutien à l’ensemble de la population afghane et, en tout premier lieu, à toutes les femmes du pays, parmi les voix que la presse veut bien porter, il y a celle de Mila, cette jeune Française qui vit sous protection judiciaire, prisonnière dans son propre pays, pour avoir dit sur les réseaux sociaux ce qu’elle pensait de l’islam et qui, à son corps défendant, est devenue l’une des principales icônes pour le combat au droit de la liberté d’expression et contre le fanatisme islamique.

C’est plus exactement la plume de Mila qui a servi à exprimer la pensée de Mila, et ce par le biais d’une lettre ouverte que celle-ci a adressée, dès mardi 16 août, aux femmes afghanes… et y mettant une frange des femmes occidentales devant leurs responsabilités. Elle rappelle, entre autres, que c’est l’asservissement à la loi des hommes qui est le seul futur des femmes afghanes, rappelant, en creux, qu’il n’y a rien d’une quelconque « volonté divine » dans l’esclavage et les abominations que subissent ces femmes.

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Mais cette héroïne de la Démocratie s’adressent, à la fin de sa lettre ouverte, à toutes les personnes occidentales qui se disent « féministes » (c’est Mila elle-même qui, dans sa lettre, met des guillemets à « féministes », en parlant de ces intersectionnelles). Et elle s’adresse à ces « wokes » de façon nette, précise et concise, pour leur rappeler leur lâcheté et leur féminisme à deux vitesses, écrivant : « Les « féministes » ont des yeux, une bouche, alors pourquoi ne dénoncent-elles pas tout ce qu’elles voient ? Vous êtes woke ? Alors soyez-le jusqu’au bout ! Ayez conscience de l’oppression de l’islam sur ces femmes. Ah, oui, j’oublie un détail, ce combat est beaucoup plus dangereux que ceux que vous menez habituellement. »

Pour notre part, en plus d’être, une fois de plus, fier de la jeune Mila, par son soutien officiel aux femmes afghanes, nous avons été soulagé et rassuré de constater que la jeune femme ne s’est pas laissée prendre dans les rets du piège qui lui avait été clairement tendu par le recteur de la grande mosquée de Paris. Celui-ci, grand maître, à cette occasion, de la « Taqîya » (l’art islamique de la dissimulation de ses véritables pensées, façon de pratiquer le double langage), invitant Mila à une visite de ladite mosquée, a profité a profité de l’occasion pour lui offrir un coran extrêmement « girly », qu’elle était condamnée à lire et dont elle était obligée de dire du bien par la suite. Le pire était sa question traître, demandant à Mila en public ce qu’elle pensait de l’islam, lui faisant au passage la morale avec cette phrase, « L’islam est une religion que, bien évidemment, il y a lieu de respecter », ce qui voulait bien clairement dire, « Ta liberté d’expression doit s’arrêter là où nous considérons qu’il y a blasphème ».

Avec cette lettre, dans son ensemble, et avec cette phrase : « Ayez conscience de l’oppression de l’islam sur ces femmes », Mila a fait d’une pierre trois coups, puisque, d’une part, elle a exprimé son soutien aux femmes afghanes qui, avec le retour des Talibans, n’ont plus que la terreur comme seul avenir, d’autre part, elle a mis devant leurs responsabilités les féministes intersectionnels (qu’il s’agisse des femmes comme des hommes), si « éveillés » aux moindres micro-oppressions qui pourraient exister. Elle a surtout rappelé qu’elle était une personne libre qu’on ne privera, de façon directe ou détournée, ni de sa liberté de pensée ni de sa liberté d’expression.

Alors, à notre tour de soutenir Mila dans la poursuite de son combat pour la Liberté (la vraie), ainsi que toute la population afghane, et tout particulièrement les femmes et filles de ce pays, qui doit, à nouveau, faire face à la barbarie et à l’obscurantisme des « talibans ».

Un terrible anniversaire : la destruction des accords de Bretton Woods

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Séance plénière de la Conférence de Bretton Woods, 4/7/1944 ABE FOX/AP/SIPA AP22109364_000001

Au lieu de célébrer l’anniversaire de la fin des accords de Bretton Woods, le 15 août 1971, il faudrait réfléchir à la création enfin d’un système monétaire international sain.


La décision prise au cœur de l’été 1971 par Richard Nixon de faire défaut sur l’obligation souscrite par les États-Unis de rembourser en or tout dollar qui lui serait présenté par une banque centrale étrangère est généralement présentée comme la fin du rôle monétaire de l’or, devenu une matière première comme une autre. La « faillite » américaine, car il s’agit bien de cela, aurait ouvert un nouveau monde de rationalité, éloigné de l’idolâtrie ridicule pour « la relique barbare », comme disait l’illustre économiste anglais, John Maynard Keynes. Le monde aurait fait un saut définitif dans la modernité, et écarté enfin des pratiques monétaires imprégnées d’idées d’un autre temps. Un demi-siècle après, la solution mise en place sur les décombres du système de Bretton Woods aurait assez prouvé sa pérennité et, pour beaucoup, la messe monétaire serait dite.

Lorsqu’on observe les faits avec un peu plus de finesse, on ne peut que remarquer que l’or comme étalon a plus été tué par la guerre de 14-18 que par la décision de Richard Nixon. Le monde n’a jamais réussi à revenir au régime monétaire international d’étalon or antérieur. La catastrophe monétaire allemande du début des années vingt, l’impossible contrainte sociale au Royaume-Uni pour tenter de rétablir le Sterling dans sa valeur d’avant-guerre, l’effroyable récession mondiale commencée aux États-Unis en 1929 et qui atteindra le monde entier, l’aggravation de la situation par les politiques anarchiques conduites par les États pour essayer de rétablir leurs comptes, toutes ces difficultés terribles ont signé l’obligation de passer à un autre mode d’organisation mondiale des paiements.

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Le premier plan de réorganisation monétaire est lancé… par les Nazis dès juin quarante et leur victoire éclair contre la coalition franco-anglaise. À cette date tout le monde en Europe, sauf le lucide Churchill, considère que la guerre est finie et qu’il faut désormais organiser la paix dans le camp occidental. Le plan Funk prétend définir le mode d’organisation monétaire de l’Europe Unie sous la férule du Reich millénaire. L’Allemagne manquait d’or. Le système de compensation proposé avait l’avantage d’en faire l’économie. Keynes est sollicité de critiquer ce plan pour le compte du gouvernement britannique et surprend son monde en le trouvant « épatant » et propose de le reprendre dans « une version honnête ».

La décision de Churchill de mener la guerre « jusqu’à la victoire » et le soutien de Roosevelt coupe la réflexion sur le plan allemand. L’entrée en guerre des Américains aux côtés des Britanniques dessine une perspective de victoire sur les forces de l’axe et relance, dès la fin de l’année 1940, les réflexions sur le nouveau système à mettre en œuvre dans l’après-guerre. Peu de gens savent que ce qui deviendra « les accords de Bretton Woods » est une négociation qui a duré tout le long de la guerre et que la conférence qui s’est tenue en juillet 1944, entre 44 pays alliés, y compris l’URSS et la Chine non communiste, cherchait à la fois à mieux sortir de la guerre qu’en 1918, à régler les difficultés d’avant-guerre et à créer un monde sans récession capable de profiter d’une croissance de longue durée.

Tout l’or du monde

Comme l’avait voulu Keynes, la nouvelle organisation était bien une « version honnête » du plan Funk, ne donnant qu’une place symbolique à l’or. Il était impossible de revenir à l’étalon or d’avant-guerre de 1914 pour une raison simple mais dirimante : pratiquement tout l’or était aux États-Unis ! Croire que Bretton-Woods a rétabli l’étalon or est un contresens historique et technique. On a mis en place un système de compensation contrôlée, avec des facilités d’ajustements de soldes de paiements pour les pays déficitaires. L’obsession des accords de 1944 est d’éviter les récessions au sein de la communauté des membres de l’Organisation des Nations Unis et même pour les futurs vaincus qui devaient être aidés dans leur reconstruction afin de ne pas empoisonner la conjoncture mondiale, comme dans les années vingt. Le commerce international devait s’ouvrir mais les pays étaient tenus responsables de leurs déficits et de leurs excédents qui devaient rester raisonnables. On pouvait dévaluer en cas de besoin, mais avec l’accord de tous. Le FMI devait surveiller tout le monde et veiller à ce que les règles soient respectées. L’histoire a tranché : sous ce régime monétaire, le monde a connu les Trente Glorieuses et les différents « miracles » qui ont vu les pays occidentaux puis orientaux sortir de la pauvreté.

Les « accords » avaient un défaut de structure qui avait été imposé subrepticement à la fin de la conférence et qui mettra Keynes dans une fureur terrible contre le négociateur anglais qui l’avait accepté : le dollar sera la monnaie qui servira in fine à la compensation des soldes des balances de paiements. C’était créer une dissymétrie entre les participants. La monnaie d’un pays obtenait un privilège exorbitant. On passait presque à un régime d’étalon dollar. C’est pour tenter d’éviter les inconvénients de cette situation que l’on a créé l’obligation pour les États-Unis de garantir la valeur or du dollar. Mais le ver était dans le fruit. Dès la fin des années cinquante l’utilisation abusive du dollar par le gouvernement des États-Unis est devenue problématique. Il a considéré que la faute en revenait aux autres qui devaient faire l’effort de maintenir la valeur or du dollar ! Avec Kennedy et Johnson, la dépense américaine flambe aussi bien pour soutenir des plans budgétaires internes, que la guerre de l’espace et celle du Vietnam. Nixon hérite d’une situation incontrôlable. Une couverture de Time Magazine présente le dollar comme assiégé et grignoté par les rats, certains à casque nazi (!?). Comme toujours les Américains présentent leurs déficits colossaux comme le fruit d’actions antiaméricaines et inamicales. « Le dollar est notre monnaie et votre problème » affirme un responsable aux pays qui s’inquiètent pour la valeur des dollars en stock dans leur banque centrale. Techniquement ce sont les Allemands qui, en faisant flotter le Deutsche mark et en rapatriant leur or, signent la mort des Accords de Bretton Woods. Nixon ne peut pas laisser partir tout ce qui lui reste d’or. Il fait défaut sans espoir de retour. Les changes flottants deviennent la solution « provisoire » rendue définitive lors de la conférence de Kingston, à la Jamaïque, en 1976.

Il ne faut pas croire que le système des changes flottants était un parangon de vertu économique soutenu par la doctrine. Dans tous les grands manuels d’économie de la fin des années soixante, on n’en parle pas ou presque pas : à peine une demi-page dans l’énorme manuel de référence en deux volumes de Raymond Barre, par exemple, et pour en marquer le caractère saugrenu…

Une instabilité perpétuelle

Le danger du système des changes flottants est qu’il ne régule pas les grands excédents ni les grands déficits. Si un pays accumule d’énormes excédents en monnaies étrangères, il déclenche un mécanisme très bien décrit par l’économiste français Jacques Rueff : la double hélice de crédits ! Le système bancaire du pays excédentaire peut s’appuyer sur les actifs accumulés pour augmenter les prêts. Mais comme l’industrie est très performante et compétitive, elle n’a pas besoin d’investir dans la production. Il ne reste que le prêt aux pays en déficit et la spéculation.  Dans le pays déficitaire, comme l’industrie n’est pas compétitive, le besoin d’investissement est réduit. Là aussi l’argent emprunté va servir à la consommation et à la spéculation. Le flottement crée spontanément une incertitude qui implique de se garantir par des politiques de précaution et, à la fois, offre des opportunités spéculatives. L’économie devient un casino et un monde disjoint où le commerce international devient totalement déséquilibré. La spéculation finit toujours par une explosion qui provoque une récession. La première survient en 1973, la première « plus grave depuis 1929 », puis au début des années quatre-vingt, avec un épisode très dur aux États-Unis, puis en 1991-1992-1993, qui devient à son tour « la plus grave depuis 1929 », puis en 1998 et au début des années 2000. Le sommet est atteint en 2008 avec une crise gravissime qui dépasse dans ses pertes celle de 1929, même si les conséquences sociales ont pu être largement gommées par des politiques de déversements monétaires sans limite. L’abandon des dispositions des accords de Bretton-Woods a donc vu le retour des grandes récessions mondiales, avec des conséquences très néfastes pour de nombreux pays et notamment pour la France qui lui doit en 2019 l’essentiel de son endettement.

L’autre conséquence fâcheuse a été le tourment provoqué dans les projets d’Union Monétaire Européenne, définis à La Haye en 1969. Autant il était raisonnable de solidariser un peu plus les monnaies européennes dans un système mondial de changes fixes et modifiables par accord général, autant il devenait sportif de le faire dans un système de monnaies flottantes. L’aventure se terminera avec une monnaie unique qui ne permet pas d’ajuster les déséquilibres entre pays membres sans recourir à la récession contrôlée, dont on a vu le coût terrible en Grèce.

L’ouverture commerciale sans limite à la Chine et aux pays à très bas salaires, soit dans le cadre de l’OMC ou celui de l’Union Européenne, sans contrôle des excédents et des déficits excessifs, a entraîné un transfert de prospérité dans les pays émergents au détriment de l’emploi et du niveau de vie des classes moyennes des pays développés. Une fois de plus les États-Unis ont considéré que leurs gigantesques déficits, contrepartie du rôle monétaire du dollar comme monnaie du monde, étaient de la responsabilité des autres et pas d’eux-mêmes. La loi TFTEA, passée sous Obama, permet de sanctionner tout pays ayant des excédents vis-à-vis des États-Unis, en même temps que l’emploi du dollar justifie l’externalisation de la loi américaine au monde entier. On en revient au début des années soixante, moment où les États-Unis considéraient déjà que les alliés n’en faisaient pas assez et devaient leur acheter leurs armes et leurs produits en masse, en contrepartie de leur protection. Le Président Biden ne diffère pas sur ce sujet de ses prédécesseurs Trump et Obama. L’anniversaire de la destruction des accords de Bretton Woods n’est pas une fête de la rationalité économique triomphante mais l’occasion de réfléchir aux conséquences désastreuses en termes de récessions, de conflits, de déséquilibres outranciers et de pertes de croissance, du détestable système des changes flottants. L’établissement d’un système monétaire international sain, égalitaire, non spéculatif et capable d’éviter les récessions périodiques et les conflits commerciaux, est toujours un projet à construire.

L'étrange désastre: Le saccage de la prospérité

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La démocratie a affaibli les démocrates d’Afghanistan

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Livres et cahiers après un attentat à la bombe près d'une école de filles, Kaboul, 9/5/2021 AP Photo/Mariam Zuhaib)/XRG105/21129357778401//2105091315 AP22565862_000014

La tentative de plaquer le modèle de la démocratie occidentale et d’une société ouverte sur la société afghane a exacerbé les tensions internes et donné l’avantage aux obscurantistes

La défaite du régime pro-occidental afghan est peut-être la preuve que le modèle de société occidentalisée ne peut s’appliquer en Afghanistan. L’idée de l’impossibilité de transférer la démocratie par la force est déjà bien répandue, nimbée d’un bon sens facile: certains peuples ne sont pas prêts pour la démocratie parce que leurs traditions l’empêchent. Difficile de prétendre autrement en Afghanistan, en Irak, au Yemen. Pourtant, cette affirmation ne vaut pas démonstration, et il faudrait décrire les raisons de cette impréparation. Ma lecture des évènements afghans me porte à croire que la démocratisation n’y a pas échoué à cause d’une réticence chez les Afghans mais, tout au contraire, à cause d’une trop grande attraction.

Bobos d’ici et bobos de là-bas

Notre modèle de démocratie occidentale implique la coexistence de diverses classes, castes, ethnies, idéologies, et « lifestyle »,  unies dans la certitude d’être complémentaires dans un ensemble indivisible. Aucun groupe ne cherche à exterminer l’autre, mais à le convertir tout au plus. Une caste particulière a émergé pour être le porte-drapeau de cette idéal de coexistence des lifestyles: les bobos. Or, l’Afghanistan a connu aussi l’émergence d’une caste bobo, ceux qu’à New York l’on nomme des Hipsters et qui à Paris peuplent la ville et une grande partie de notre espace intellectuel. Sans que la société afghane citadine ne soit allée jusqu’à la Gay Pride, un parallèle existe entre bobos de là-bas et bobos d’ici. Les femmes devaient certes s’habiller pudiquement sous la République pro-occidentale, mais point de burqas à Kaboul, hormis dans les quartiers populaires où vivent des ruraux repliés, des descendants de personnes déplacées internes. Certains quartiers de Kaboul, de Kandahar et de Hérat, avaient un air d’Europe balkanique, avec ce mélange de modernité et d’archaïsme dans la bonne humeur. À Kaboul et d’autres grandes villes les femmes occupaient des postes intéressants, les salons de coiffure foisonnaient, les ONG et les écoles de musique employaient des milliers de personnes. Les jeux et les concours de chants à la télévision, les matchs de football, les pique-niques, les cafés, tout ce qui avait été interdit par les Talibans entre 1991-1996 vibrait sous la République pro-occidentale.

En Afghanistan, une tension existe entre les citadins bobos et les ruraux. Dans les campagnes, des femmes en burqa, et surtout des hommes désœuvrés qui se voilaient souvent le visage à chaque regard ou parole d’une personne étrangère à leur village. La présence de caïds en 4X4, et de pauvres manants, dans une ambiance de film d’aventure, même si une école financée par l’étranger pouvait surgir ici ou là. Les femmes cachées, la vie extérieure quasi nulle, le gouffre culturel. Pas l’ombre d’une librairie, d’un bureau de presse, d’un bureau de poste, ni même un restaurant distingué. Des paysans sans les mêmes connaissances que les Occidentaux, et généralement fort peu instruits au-delà du Coran et de l’expérience de la vie, sans oublier l’influence persane mystique de Roumi et de Hafiz. On se rappellera que le commandant Massoud et ses proches venaient de consulter un livre de Roumi, utilisé comme un genre de Yi King divinatoire, lorsque l’assassin est venu pour son rendez-vous ce 9 septembre 2001. Ou encore, référons-nous à un documentaire de 2010 sur une patrouille danoise de la force internationale, Armadillo: les soldats croisent un jeune paysan en pleine campagne qui leur dit d’emblée: « Vous êtes des Juifs? » Les paysans ont entendu parler de Juifs, mais ni de Darwin ni de Napoléon ni de Benjamin Franklin ni probablement de Hitler, et encore moins de Harvey Milk et de l’écriture inclusive. Une telle scène eût été improbable dans les  quartiers bobos de Kaboul. Mais dans le reste de l’Afghanistan les attitudes et croyances d’un peuple isolé abondaient. Les Pachtouns, de l’ethnie la plus nombreuses de la mosaïque afghane, ont un degré supplémentaire de distance: leur langue, le pachtoun, ne leur donne pas d’accès direct à la culture persane de la majorité des ethnies afghanes, persanophones.

A lire aussi: La chute de Kaboul: dernier avertissement aux Occidentaux

Voici que l’Armée nationale afghane, ANA, s’est effondrée. Mais qui donc la composait? Certainement pas les bobos persanophones de Kaboul. A-t-elle reçu l’ordre de ne pas tirer, de laisser les Talibans arriver, en échange d’une amnistie décrétée par la direction talibane, voilà qui est plus que probable. La corruption du régime était-elle excessive au point de ne plus payer ni chausser les soldats? Possible. La faible fidélité des militaires du rang était palpable depuis longtemps. Les recrues s’étaient généralement enrôlés pour la maigre solde. Également visible: l’absence totale d’esprit patriotique militaire chez les bobos. La République n’avait pas instauré la conscription! Les bobos  avaient entièrement délaissé le métier des armes. Une belle armée de métier européenne, voilà qui pouvait les impressionner, mais l’armée afghane républicaine, sans tradition ni gloire ni cachet, non. Quant à la police afghane, le mépris était total. Les images que nous avons aperçues de la chute de Kaboul sur les écrans de télévision montraient des citadins, souvent anglophones, qui se plaignaient d’avoir été lâchés par leur armée, par leur police, par leur président, par les États-Unis. « Sortez-nous d’ici, qu’allons-nous devenir, il nous  faut un avion,  un visa… » Aucun n’a dit, sur des centaines observées au hasard depuis des jours: donnez-nous des armes, No Pasarán… Seuls les forces spéciales ont fait montre de combattivité. Les aviateurs aussi ont continué de bombarder. Ces deux formations d’élite étaient très différentes des autres, et assez proches des forces spéciales et aviations occidentales, de vrais guerriers romantiques. Un monde à part, mais non pas une catégorie sociale. À quelques dizaines de milliers, ils ne pouvaient sauver les bobos et les femmes évoluées.

Si les bobos ont pullulé, c’est grâce à la protection de la Coalition internationale, et de l’esprit de modernité apporté par les ONG étrangères et les Afghans de l’étranger. L’on se réjouissait de l’absence d’esprit guerrier de ces jeunes hommes, attirés par les professions libérales, les métiers créatifs, les start-ups. Par contre, le métier des armes: absolument pas! Or, l’émergence d’Afghans dénués de cet air de moudjahidines en camis, sandales et mitraillette lourde, voilà un bon signe pour l’avenir, se disait-on. L’on ne se disait pas: voilà des Afghans désarmés, alors que les Talibans rétrogrades restaient bien armés.

La modernisation minée par la corruption

Certes la corruption aussi a ramolli toute fidélité au gouvernement républicain. « Les Occidentaux disent qu’ils veulent nous apporter les droits de l’homme », me dit à Herat un journaliste il y a 10 ans déjà. « Mais l’on voit bien que chaque nationalité, les Italiens, les Canadiens, les Américains, joue une partition différente et laisse les caïds corrompus en place. Ce n’est pas bon pour nous vos droits de l’homme ». Les Occidentaux sont souvent devenus des aventuriers sans scrupules prêts à bakchicher. J’ai vu un officier civil de l’OTAN tendre un billet de 20 dollars à un soldat afghan pour éviter à mon groupe d’Occidentaux la première fouille à l’aéroport, car nous étions pressés. Le mauvais exemple.

Pourquoi tant de corruption? Dès la naissance de la République, au sommet de Bonn en 2001, un régime a été bricolé avec les bribes du régime d’avant les Talibans et les Soviétiques, c’est-à-dire la monarchie de Zaher Shah. Ces vieux chevaux sur le retour se sentaient spoliés par les Soviétiques puis les islamistes, et leurs tribus rurales attendaient compensation. Hamid Karzaï, figure puissante de la tribu pachtoune des Popalzaï du sud, s’installait au palais présidentiel et son frère devint l’un des plus grands trafiquants de drogue du pays. Les ministères étaient distribués à des seigneurs de la guerre tels des fiefs. 

Aujourd’hui, les Occidentaux vident le pays de ceux-là mêmes qui auraient refusé la talibanisation. C’est la malédiction de la modernisation sociale: les bobos, citadins, professions libérales, créateurs, tous pacifiques, ne pèsent pas face aux guerriers obscurantistes. En émigrant, ils renforcent le monopole intellectuel taliban. Sans une armée réellement liée aux classes démocratiques, et sans le soutien et la participation des bobos afghans à l’effort militaire, la République ne pouvait tenir face aux Talibans. Fallait-il inventer une démocratie afghane guerrière, des citadins dans une Garde nationale? À méditer, ce qui vaut mieux que de se lamenter comme les Occidentaux le font aujourd’hui, et l’ont fait lors  de la chute du Chah d’Iran il y a 32 ans.

Etats-Unis

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Géopolitiquement correct et incorrect

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État de droit ou État dépravé?

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© SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 01033358_000002

L’imposition du pass sanitaire montre que nous ne sommes pas dans un Etat de droit. Au-delà de la question du pass, c’est une refonte totale de nos institutions qui est nécessaire.


Eric Dupond-Moretti s’est fendu d’un tweet le 5 août 2021 à 22 h et je cite : « Non, nous ne sommes pas dans une dictature, mais dans un État de droit ! Ceux qui hurlent après le Conseil constitutionnel pour sa décision sur le #PassSanitaire l’auraient encensé s’il les avait confortés. Contrairement à leurs convictions le droit, lui, ne peut être manipulé. »

Ce genre de rhétorique fleure bon la droiture, l’équité, l’intégrité, l’éthique ! Un état de droit… Sonnez buccins et trompettes !

La réalité est toute autre. Au vu du nombre de casseroles, – des chaudrons pour certains -, que se traînent pratiquement tous les politiques, et au vu du fait qu’un casier judiciaire vierge ne soit toujours pas exigé pour être député, – alors que pour ouvrir un restaurant, c’est une obligation -, l’équité, la droiture et tout le flonflon ont déjà du plomb dans l’aile.

15 janvier 1990 : Michel Rocard, alors 1er ministre de la Ve République, fit voter la loi d’amnistie pour les délits et crimes liés au financement des partis politiques et des campagnes électorales, dans le cadre d’un projet de régulation du financement de la vie politique française. Le début de la fin. (1)

Mais au fait, qu’est-ce qu’un État de droit ? Selon le site officiel, Vie publique: « Le concept d’État de droit s’oppose à la notion de pouvoir arbitraire. Il désigne un État dans lequel la puissance publique est soumise aux règles de droit. » Selon la définition donnée par le juriste Hans Kelsen au début du XXe siècle, c’est un « État dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s’en trouve limitée« . L’État de droit implique le respect de la hiérarchie des normes (« La hiérarchie des normes implique que chaque norme juridique est rédigée sur le fondement d’un droit qui lui est supérieur« ), ainsi que l’égalité devant la loi:

« L’égalité des sujets de droit constitue la deuxième condition essentielle d’un État de droit. Cela implique que les personnes et les organisations reçoivent la personnalité juridique, en tant que personnes physiques pour les personnes, en tant que personne morale pour les organisations. L’État est lui-même considéré comme une personne morale.« 

L’État de droit suppose aussi « la séparation des pouvoirs qui vise à éviter la concentration du pouvoir dans les mains d’un despote. Le pouvoir est distribué entre des organes indépendants et spécialisés:

– Le pouvoir de voter la loi (pouvoir législatif);

– Le pouvoir d’exécuter les lois et pour ce faire d’édicter des règlements (pouvoir exécutif);

– Le pouvoir de rendre la justice (pouvoir judiciaire).« 

À lire aussi, Aurélien Marq : Emmanuel Macron et le passe sanitaire, l’autoritarisme au lieu de l’autorité

Le quatrième pouvoir ne figure pas dans ce texte, mais il existe : la presse. Contrôlée par une clique de milliardaires issue du CAC 40 et aux ordres de l’État, elle est un organe de propagande assurant que le pouvoir reste dans les mêmes mains.

Sur le papier, un État de droit paraît être le garant du peuple. En réalité, un Président possédant la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat est le maître du pays. Étant donné aussi que les membres des Conseils d’État et constitutionnel sont souvent des anciens ministres, la boucle est bouclée. Un État de droit n’est pas différent d’un pouvoir arbitraire.

L’imposition de la loi concernant le passe sanitaire le démontre. Emmanuel Macron et ses ministres en voulaient l’instauration. Votée la nuit en commission mixte le 25 juillet 2021, et entérinée par le Conseil constitutionnel en ce 5 août 2021, – jour funeste pour la démocratie -, cette loi inique prouve bien que l’État de droit français ressemble plus à une république d’opérette qu’à une institution bienveillante censée protéger le peuple. L’instauration du passe sanitaire privant les citoyens du droit le plus élémentaire qui est la libre circulation, prouve indubitablement que nous sommes vraiment en dictature.

Il n’y a aucune différence entre un État de droit tel que nous le subissons depuis trop longtemps et un État arbitraire soumis au bon vouloir d’un souverain. De plus en plus de Français sont dans la rue pour dire « Non » au passe de la honte. En plein mois d’août, le nombre de manifestants présents est un record. Mais ne vous y fiez pas, combattre le passe sanitaire ne représente que le sommet de l’iceberg. Une refonte totale de nos institutions est urgente. Il est plus que nécessaire de sortir de l’Europe, de faire le ménage, et d’avoir enfin des politiciens intègres prenant soin des citoyens.


(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Amnistie_parlementaire

La chute de Kaboul: dernier avertissement aux Occidentaux

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Avant la conférence de presse des Talibans, Kaboul, 17/8/2021 Photo by Bashir Darwish/ UPI Photo via Newscom/upiphotostwo816579/UPI/Newscom/SIPA/2108172306 SIPAUSA31569758_000008

Après l’entrée des Talibans à Kaboul, l’Occident prendra-t-il enfin conscience du danger islamiste global ?

L’Afghanistan est un pays lointain, peuplé de montagnards archaïques peut-on entendre, pourquoi donc s’en soucier ? D’ailleurs, les Talibans qui viennent de reprendre Kaboul n’ont-ils pas promis qu’ils resteraient « modérés » dans l’imposition de la charia et que le pays ne sera plus une base pour le terrorisme international ? Cette armée clanique se contentera sans doute de la mise en coupe réglée du territoire afghan et de ses champs de pavots. Pas de quoi s’inquiéter, vraiment ? Ces « barbus pachtounes » auraient donc, sans soutien intérieur et sans aide extérieure, mis en déroute en quelques jours l’armée afghane qu’ont tenté de former les Etats-Unis pendant vingt ans ? Ces islamistes talibans n’auraient donc aucun lien avec d’autres islamistes, sur place, au Pakistan voisin, dans cet Orient aussi proche de nous que de l’Asie centrale, ou même dans la vaste Afrique parcourue elle aussi par les réseaux islamistes à la fois concurrents et concourant à la même fin, celle de « la fin de l’occidentalisation » ?

Quand réalisme rime avec court-termisme

Depuis les années 60, dans un double mouvement complexe, l’Afghanistan s’est en partie modernisé ou « occidentalisé », et est devenu par ailleurs un terrain d’affrontement géopolitique à l’échelle mondiale. Dans les années 70, s’y manifestait la guerre plus ou moins froide entre deux modernismes, celui de l’Est et celui de l’Ouest, entre l’URSS et les Etats-Unis. A partir des années 2000, les puissances occidentales y ont pris pied avec pour but annoncé d’assécher une des sources du terrorisme islamiste international. Mais faute de véritables perspectives stratégiques, les moyens considérables investis ont alimenté tout autant la corruption que le ressentiment, les divisons que la résistance locale traditionnellement islamiste. Et faute d’avoir compris que le terrorisme n’est que la forme la plus violente de l’offensive islamiste globale, les Occidentaux ont mené une guerre de basse intensité sans issue. Aujourd’hui, la Chine se réjouit de la débandade occidentale et pense pouvoir récupérer cette position stratégique sur ses « nouvelles routes de la soie », tandis que la Russie espère en profiter un peu en jouant les auxiliaires.  Pourtant, leur realpolitik actuelle ne les mettra pas à terme, à l’abri de la visée expansionniste de l’islamisme, et pas seulement en Tchétchénie ou dans le Xinjiang.

Le « réalisme » en matière de relations internationales, s’il est à courte vue, peut en effet s’avérer fort dangereux à long terme. Ainsi en fut-il dans la seconde moitié du 20ème siècle. Sous couvert de l’antagonisme idéologique entre totalitarisme communiste et libéralisme, les deux super puissances de l’époque luttaient en Afghanistan comme ailleurs, pour le leadership mondial. Qu’importait alors aux  « Yankees » d’apporter leur soutien aux dictatures militaires d’Amérique latine ou aux régimes théocratiques du Moyen-Orient qui bafouaient tous, allègrement, les libertés politiques et les droits de l’Homme ?  Qu’importait alors aux Soviétiques de soutenir des dictatures africaines qui n’avaient de communistes que de vagues références ou des régimes qui pactisaient déjà avec un certain islamisme comme en Algérie ou en Egypte ? Qu’importait aux uns et aux autres de s’allier indifféremment et parfois alternativement avec telle ou telle faction islamiste en Afghanistan, au Pakistan, dans les « républiques soviétiques du Caucase et de l’Asie centrale », ou dans le monde arabo-musulman ?

A lire du même auteur: Cette gauche qui nous fait tant de mal

Ce qu’à l’époque n’ont analysé avec perspicacité ni les Russes ni les Américains, pas plus que les Européens d’ailleurs et notamment pas les Français qui auraient dû le faire étant donné leur force de frappe et leur capacité à se projeter à l’extérieur, c’est la montée de l’islamisme comme nouvelle force combattante pour l’hégémonie mondiale. Et par la suite, rien n’est davantage venu ouvrir les yeux des Russes ni des Américains, sur la puissance polymorphe partout à l’œuvre et qui partout les menace. Ni les années de plomb algériennes par le bras du GIA, armé semble-t-il à ses débuts par la CIA, ni le 11 septembre 2001 et le retournement de Ben Laden contre ses anciens maîtres, pas plus que la répression menée elle aussi au nom du Coran (mais version salafiste contre les Frères musulmans) par le général Al Sissi prétendument « pro-occidental », ou le renforcement de la puissance iranienne et la montée en violence de ses affidés du Hezbollah et du Hamas, et encore l’alliance initiale de Bachar Al Assad avec les islamistes contre les démocrates syriens qui aboutit à la catastrophe. Rien de tout cela ne fait réfléchir plus avant les Européens non plus, eux qui sont également plus dupes que jamais, notamment des proclamations de « laïcité » de l’Autorité palestinienne qui torture dans ses geôles de Ramallah en 2010 le jeune Walid Al Husseini pour cause d’athéisme, ou qui explique en 2017 à sa télévision, comment battre sa femme selon les règles du Coran.

De la révolution politique à la révolution religieuse

Globalement les Occidentaux ne comprennent toujours pas en effet ce qu’est une « révolution religieuse » alors que Daryush Shayegan nous l’expliquait clairement dès 1982 comme une synthèse explosive de tradition (préceptes religieux archaïques, expansionnisme messianique, antijudaïsme et antichristianisme) et de modernité technologique (armement, transport, communication).  Ils ne comprennent pas non plus, malgré les progrès rapides de la réislamisation du monde dit « musulman », que le projet d’islamisation de l’Occident est lui aussi en marche d’un même mouvement.

Car l’islamisme est un mouvement politico-religieux  à visée universelle qui utilise tous les moyens pacifiques et violents pour parvenir à ses fins : dominer les sociétés et prendre le pouvoir politique pour imposer un nouveau totalitarisme fondé sur la charia adaptée s’il le faut en version numérique. L’islamisme est un mouvement polymorphe où des courants divers, parfois concurrents, parfois alliés, convergent cependant tous dans le refus non seulement de la libre pensée bien sûr, et de l’apostasie, mais aussi du libre examen individuel de la foi et du pluralisme des interprétations de la religion musulmane elle-même. Et idéologiquement, quel que soit leur courant, les islamistes s’inscrivent tous en faux contre l’Occident, sa culture, sa démocratie, mais aussi contre toutes les forces qui s’opposent à l’islam. Et cela, tout en adoptant les nouvelles technologies de la modernité et en s’adaptant aux évolutions culturelles les plus récentes. Ainsi l’islamisme s’est approprié le symbole archaïque de la soumission des femmes qu’est le voile, pour en faire l’étendard moderne de sa reconquête politique à travers la revendication identitariste et victimaire propre à notre époque. 

La débâcle des Occidentaux à Kaboul leur fera-t-elle enfin prendre conscience du danger islamiste global ? Les partisans de l’apaisement désarmé contre l’offensive islamiste doivent céder le pas au réarmement moral et à la résistance tant idéologique que géopolitique, c’est-à-dire diplomatique et militaire. La mobilisation en faveur de la liberté d’expression, mais aussi de la laïcité, de la libre pensée et de l’émancipation des individus de tous sexes et de toutes conditions, doit aller en s’amplifiant. Et la solidarité internationale entre ennemis de l’islamisme doit elle aussi s’affirmer avec force. S’impose ainsi le soutien aux intellectuels et aux groupes politiques qui s’opposent à la poussée islamiste dans leurs pays, ainsi que le soutien résolu à Israël, Etat à l’avant-poste de la lutte, et qui subit les attaques de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes du Hamas, incarnation de l’alliance mortifère des Frères musulmans sunnites et du chiisme du régime iranien des mollahs.

L’islamisme ne constitue pas « un bloc » comme a pu le faire l’internationale communiste en son temps, ni un « axe » comme celui que le nazisme érigea autour de lui, mais un vaste réseau dont les vastes connexions sont parfois inattendues et d’autant plus meurtrières. Face au filet et au trident du rétiaire, l’épée et le bouclier, ni même le casque effilé, ne pouvaient vaincre sans l’intelligence et la détermination du secutor dans la contre-offensive. Espérons que l’Occident saura retrouver en lui de telles ressources pour affronter enfin l’islamisme sous toutes ses formes, brutales comme insidieuses. Il n’est que temps !

Le bêtisier du laïco-sceptique

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Ode aux Talibans

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Combattants talibans à Kaboul, le 18 août 2021 © AP Photo/Rahmat Gul) / XRG115/21230269144080//2108180935

La victoire des Taliban fait réfléchir, parfois en vers…

O barbare aux yeux noirs et au cœur vaillant,

Aigle impitoyable, seigneur de l’Afghanistan,

Avec deux bouts de chandelle, tu as été triomphant,

De l’Occident impie, sûr de lui et arrogant,

A ses drones et à ses jouets au blindage résistant,

Tu as opposé ta foi et ta rusticité, vingt ans durant.

Ah si tu savais que ce qu’est devenu l’homme occidental,

Féminisé, humilié et sans moral,

Convaincu de son impuissance et de sa culpabilité totale,

Ah si tu savais, c’est à Marseille, et non à Kaboul, que tu porterais ton assaut final !

Et maintenant, que feras-tu de ta victoire ?

Bannir la musique et interdire l’espoir,

Garder ta fille, ta mère et ta sœur en-dehors de l’Histoire,

Exiler les justes et les détenteurs du Savoir ?

O pashtoune, paysan, soldat, fils aîné de la montagne,

Aie pitié de ceux qui ont succombé à ta campagne,

O noble gardien de l’Hindou Kush,

Pardonne les collaborateurs que nous avons abandonnés à la première secousse.

Féministes, militants LGBT et défenseurs de l’immigration,

Nos prêtres sont mal à l’aise,

Devant tes excès, ils se taisent,

A géométrie variable est leur indignation.

Mosquée de Paris, Qatar et Ligue Arabe,

Silence, hypocrisie et dérobade,

Que peuvent-ils faire ou dire de toute façon ?

Si de l’Islam tu es le glaive et le parangon.

Pourtant, par millions les musulmans te renient,

Ils refusent ta cruauté et ton ignominie,

Leur dégoût est stérile et passager,

Les terroristes parlent plus fort que les modérés.

Tu as conquis Kaboul sans masque ni distanciation sociale,

Nous, cela fait deux ans que nous sommes à l’hôpital,

Masqués, confinés et vaccinés,

Nous obéissons aux mêmes chefs que tu viens de ridiculiser.

Tu as pris le pouvoir à dos d’âne,

Nous, nous sommes gouvernés par des ânes.

Savoure ta victoire, ô Taliban,

Profite du départ du mâle blanc,

Le seul obstacle contre ton empire,

Tes femmes, en secret, pensent à lui et soupirent.

Cet homme digne, aimable et doux,

Qui à dure peine se maintient debout,

Tu viens de lui rendre la vie facile,

En montrant quel miracle peut accomplir une société virile.

Demain, il prendra sur ses chefs la revanche,

Et libérera ses frères et ses sœurs des chaînes de la repentance.

Garde pour toi tes montagnes maudites,

Puissent leurs reliefs sévères être ton ultime limite.

Dieu nous a donné le vaste monde,

Pour y imprimer notre marque profonde,

Et le sceau sublime de notre civilisation féconde,

O Taliban, entends-tu l’orage qui gronde ?

A lire aussi: Joe Biden entre la Bérézina et Saigon

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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États-Unis: ce que cache la chute d’Andrew Cuomo

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Andrew Cuomo vient d'annoncer sa démission, 10 août 2021, New York © Seth Wenig/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22594927_000004

Aux États-Unis, le gouverneur Démocrate de l’État de New York, Andrew Cuomo, vient de démissionner. Dix jours après la publication d’un rapport du Garde des Sceaux de cet État l’accusant d’avoir harcelé sexuellement plus d’une dizaine de femmes au cours des quinze à vingt dernières années.


Cuomo était une icône de la politique américaine à qui certains prêtaient, encore récemment, un destin présidentiel. Sa chute soudaine illustre le climat politique délétère actuel et bien d’autres choses. Elle est significative pour ce qu’on en sait et surtout pour ce qu’on n’en sait pas. Pour ce qu’elle cache, qui est bien plus sinistre.

Car il faudrait être complaisant, voire naïf, pour croire que cette chute est le simple résultat des circonstances qui l’entourent, à savoir des accusations de harcèlement sexuel spontanément avancées par les personnes qui en furent victimes. Ce n’est pas le cas. Ces accusations ne sont qu’un prétexte, la face émergée de l’iceberg. Cuomo a été victime d’ambitions rivales et, ayant perdu son utilité pour le parti Démocrate, il n’a trouvé personne pour le défendre.

À lire aussi : La rivalité sino-américaine d’un point de vue civilisationnel

En apparence, sa démission est à mettre sur le compte de la puissance du mouvement « #MeToo », mobilisation qui dénonce les violences faites aux femmes dans la vie professionnelle et qui a émergé aux États-Unis lors de l’affaire Harvey Weinstein en 2017 (« Affaire Harvey Weinstein, l’hypocrisie des élites épinglée ») : mobilisation qui a inévitablement connu son avatar français (mimétisme quand tu nous tiens) dans la forme du mouvement au nom ô combien élégant de #balancetonporc. Dans les deux cas, la présence d’un « hashtag » rappelle que ces mouvements existent principalement grâce aux réseaux sociaux dont ils exploitent les forces (ils constituent un mégaphone exceptionnel) et les faiblesses (on peut y proférer les pires accusations sans avoir à fournir de preuve, les mensonges restant ancrés dans les esprits alors que les démentis sont oubliés).

En apparence toujours, cette chute soudaine illustre l’imprévisibilité et l’hypocrisie de la vie politique américaine. Voici un an à peine Andrew Cuomo était adulé par les médias dominants (CNN, MSNBC, le New York Times, le Washington Post et quelques autres) pour sa gestion (pourtant très contestable) de la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, il est totalement isolé, abandonné par ses amis d’hier, et c’est moins la force des accusations dont il fait l’objet, que cet isolement soudain, qui l’a poussé à démissionner.

Le côté sombre de la vie politique

Mais en vérité, sa chute illustre une réalité plus sombre de la vie politique américaine. Cette réalité se compose, d’une part, d’élus de plus en plus déconnectées des électeurs et de la vie quotidienne. Une fois en poste ils rédigent, votent ou signent des lois qui s’appliquent à tous sauf à eux-mêmes. Et elle se compose d’autre part de fonctionnaires ambitieux qui agissent dans l’ombre et pour qui le système n’a d’autre fonction que de servir leurs ambitions à travers celles de leur parti, sans lien aucun avec une quelconque notion d’intérêt national.

Pour comprendre cela il faut revenir sur les faits et le contexte. Andrew Cuomo a 63 ans. Il est le fils de Mario Cuomo, lui-même gouverneur Démocrate de New York de 1983 à 1994 et, un temps, prétendant à la Maison Blanche. Il est le frère ainé de Chris Cuomo, chroniqueur vedette de la chaine CNN, qui s’est illustré ces dernières années par son opposition virulente à Donald Trump. De 1990 à 2005, Andrew Cuomo a aussi été l’époux de Kerry Kennedy, l’une des filles de Robert Kennedy, avec qui il a eu trois filles. Cuomo est catholique et ne s’est pas remarié après son divorce.

Il avait commencé sa carrière politique au sein de l’administration de Bill Clinton dans les années 1990 comme secrétaire au Logement et au développement urbain. Élu gouverneur de New York en 2010, il a été réélu en 2014 et encore en 2018 (il n’y a pas de limite au nombre de mandats de gouverneur à New York). Avant ce poste, il avait été le Garde des Sceaux de l’État de New York. À ce titre, il avait contribué à la chute du gouverneur d’alors, le Démocrate Eliot Spitzer, mis en cause pour ses relations avec des « call-girls », et qui avait démissionné après deux ans de mandat seulement. Il y a donc toute une ironie à voir aujourd’hui Andrew Cuomo tomber à son tour sous les coups d’une enquête diligentée par sa propre Garde des Sceaux, Laetitia James, une femme Noire de 62 ans, qui n’a d’ailleurs pas caché son intention d’être candidate à sa succession… (S’il fallait un mobile au crime, il est là !)

Jusqu’à la pandémie de Covid-19, Andrew Cuomo était reconnu comme un gouverneur efficace et un homme politique charismatique. Il avait d’ailleurs été élu président de l’association des gouverneurs américains. Favorable au mariage homosexuel et à la légalisation de la marijuana, partisan du contrôle sur les armes à feu, de l’assurance santé universelle, et de la lutte contre le changement climatique dans le cadre de l’accord de Paris, c’était un Démocrate bon teint qui pouvait prétendre à un destin national. Il était même reconnu pour son engagement en faveur des … femmes ! En 2015 il avait soutenu et signé une loi dite « d’Égalité des droits » renforçant la protection des femmes contre les discriminations et les violences conjugales.

Tout a commencé de basculer pour lui au printemps 2020. Face à la pandémie de Covid-19, il organise des conférences de presse quotidiennes, largement retransmises par les grandes chaînes de télévision. Il y fait forte impression pour son implication, son empathie, sa connaissance du sujet et ses capacités de leadership. Les médias dominants l’érigent instantanément en héros anti-Trump. Ils en font le modèle du leader politique en temps de crise pour mieux décrédibiliser le président en place qu’ils accusent d’atermoiements, d’inconsistance, d’incompétence et de confusion dans sa réponse à l’épidémie.

Bien évidemment, le fait que 2020 soit une année électorale et que les médias aient activement travaillé à faire perdre Trump conditionnent ce traitement médiatique. Mais il n’empêche pour des millions d’Américains, Cuomo est dépeint comme le héros du moment. Il obtient même une récompense du monde du spectacle pour ses performances télévisées et un éditeur lui offre cinq millions de dollars pour ses futures mémoires sur la gestion du Covid. Du jamais vu !

Toutefois, dans ce concert de louanges quelques fausses notes se font entendre. Certains soulignent que les lauriers tressés à Andrew Cuomo sont injustifiés à la vue des chiffres de la pandémie. New York est en effet, avec le New Jersey voisin, l’État où la pandémie fait le plus de victimes. Les morts se comptent rapidement par dizaines de milliers. Plus de 50% de toutes les victimes américaines du Covid-19 proviennent de ces deux seuls États. Si la gestion du fléau par Cuomo est si exemplaire, comment expliquer de tels chiffres ?

Les statistiques sont particulièrement alarmantes pour les maisons de retraite et les établissements de soins aux personnes très âgées. Or, c’est Andrew Cuomo lui-même qui a, par décret, obligé ces établissements à continuer d’accueillir les personnes infectées par le virus, favorisant sa propagation et précipitant une véritable hécatombe au sein de cette population particulièrement vulnérable. Pire, il apparait que les statistiques ont été truquées. Andrew Cuomo a donné l’ordre à son administration de minorer le nombre réel des victimes du Covid-19 dans les établissements new-yorkais pour ne pas engendrer de panique, ou de révolte, au sein de la population… Bref il a sciemment menti et ordonné à ses subordonnés de mentir aux électeurs pour dissimuler l’ampleur du désastre sanitaire dans les établissements publics dont il avait la charge !

Ce seul agissement, confirmé aujourd’hui, aurait justifié une procédure de destitution à l’encontre d’Andrew Cuomo. Ce ne fut pas le cas. Et pour cause, seuls les médias d’opposition (Fox News ou le New York Post) mettaient ces faits en avant. L’appareil médiatique au service de la cause Démocrate était encore en mode électoral et il concentrait son feu contre le président Trump ignorant à dessein toutes les rumeurs sur Cuomo. Néanmoins, alors que l’automne 2020 s’avance, l’étoile d’Andrew Cuomo s’est considérablement ternie.

De leader à harceleur

Une fois l’élection passée, les fauves vont se lâcher. À la mi-décembre, quelques jours seulement après la certification de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle, les premières accusations de harcèlement sexuel contre Andrew Cuomo sortent dans les médias. C’est d’abord une ex-assistante du nom de Lindsay Boylan qui se plaint d’attouchements, de baisers furtifs et de propos suggestifs. Les faits s’étaleraient sur plusieurs années mais remonteraient tous à avant 2018, date où elle avait démissionné. Les accusations font l’effet d’une bombe, et personne ne s’interroge sur leur timing pourtant particulier. Pourquoi cette femme n’a-t-elle rien dit en 2018, alors que Cuomo était candidat à un nouveau mandat de gouverneur ? Pourquoi avoir attendu la mi-décembre 2020 ?

Au printemps 2021, une autre femme relate des faits similaires, remontant également à plusieurs années en arrière, puis une troisième et encore une autre. Cette fois la meute est lancée. Elle va devenir insatiable.

Andrew Cuomo nie en bloc, mais le vent a tourné pour le gouverneur de New York. Peu importe la réalité ou la gravité des faits (aucune de ces femmes ne l’accusent de viol), la perception suffit à en faire un paria de la politique. Cuomo n’est plus vu comme un « leader », mais comme un « harceleur ». C’est un homme au pouvoir qui a profité de sa position pour s’octroyer ou obtenir des privautés avec des femmes de son entourage… L’Assemblée de New York engage une procédure en « impeachment », tandis que la Garde des Sceaux diligente une enquête officielle.

Les conclusions de cette enquête sont parues début août. Elles étaient sans appel auprès du tribunal médiatique. Les cas étaient trop nombreux, trop similaires, créant un faisceau d’accusations crédibles. Le dénouement était dès lors acquis. C’était une question de temps et de manière. À y regarder de plus près, la démission d’Andrew Cuomo arrange beaucoup de monde. Le parti Démocrate en tête, dont Cuomo était une tête de file.

Certes les démocrates ont perdu un prétendant à la Maison Blanche pour 2024. Mais avant ce scrutin, il y aura les élections de mi-mandat en novembre 2022. Elles s’annoncent difficiles pour les Démocrates, comme le sont toujours les élections intermédiaires pour le parti au pouvoir mais plus particulièrement cette fois à cause de la polarisation politique et de la pandémie de Covid-19 qui n’en finit pas. Un procès en destitution, ou un bras de fer judiciaire auraient duré des semaines et étalé au grand jour des faits peu flatteurs voire sordides qui auraient pu ternir l’image de tout le parti et même rebondir sur d’autres personnages politiques. Rappelons que le président Joe Biden – lui-même non exempt de tout soupçon pour ce qui est d’attouchements non sollicités –  a récemment qualifié Andrew Cuomo « d’excellent gouverneur » et de « grand ami »… Par sa démission, Cuomo a tué l’affaire dans l’œuf, sans pour autant reconnaître sa culpabilité, et cela laisse quinze mois aux électeurs pour oublier l’affaire et passer à autre chose…  

Andrew Cuomo a été très utile aux Démocrates tout au long de 2020. Il s’est avéré une pièce maitresse dans leur stratégie du « Tout et Tous contre Trump ». Une fois l’élection gagnée, son utilité devenait relative. Il aurait pu faire de l’ombre au président en place. Pire, sa gestion du Covid-19 aurait pu engendrer des remous beaucoup plus graves que quelques accusations tardives sur ses mains baladeuses.

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Car bien sûr la question du « pourquoi maintenant ? » demeure. Après tout, certains faits reprochés au gouverneur sont vieux de vingt ans. Les femmes qui se sont déclarées victimes de ses gestes ou avances non sollicitées s’étaient tues jusqu’à présent. Tout comme les autres collaborateurs d’Andrew Cuomo. Or l’atmosphère équivoque entretenue par Cuomo avec certaines collaboratrices était connue autour de lui. Il avait ainsi obtenu qu’une femme agent de police soit placée au sein de sa sécurité personnelle, alors qu’elle n’en avait pas les qualifications, pour l’avoir… sous la main. Cela, ses collaborateurs le savaient. Mais ils s’étaient privés d’en parler !

Ceux qui dénoncent aujourd’hui Cuomo sont les mêmes que ceux qui l’ont soutenu hier. Tout comme Harvey Weinstein fut adulé par Hollywood et les élus Démocrates (qu’il soutenait par de généreuses donations) en dépit de son comportement de prédateur sexuel. Dans l’un et l’autre cas, l’omerta régnait tant que régnait le « tyran ». C’est la chute annoncée qui délie les langues et non pas l’inverse. Le mouvement #MeToo n’a rien à voir avec la prise de parole féminine ou la dignité des femmes, c’est un moyen pratique de se débarrasser de personnages publics lorsqu’ils deviennent trop encombrants.

Andrew Cuomo n’en est, à coup sûr, pas la dernière victime. 


Cet article a été initialement publié sur le blog de Gerald Olivier : http://geraldolivier.canalblog.com/archives/2021/08/12/39092158.html

Sur la route de la Maison Blanche

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Afghanistan : Bacha Bazi et Bachibouzouks

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Zabihullah Mujahid, porte-parole des Taliban, 17 août 2021, AP Photo/Rahmat Gul)/XRG137/21229577342740//2108171825

Le retour au pouvoir des Taliban en Afghanistan est le résultat de l’hubris des Américains qui se sont révélés impuissants face à un îlot archaïque et sectaire.

Quarante ans de guerre. Etat domino au cœur de l’Asie centrale, ce qu’on nomme l’Afghanistan a été tour à tour dominé par les Perses, les armées d’Alexandre Le Grand, les proto-Mongols Yuezhi, l’empire indien Kouchan, les Britanniques, ou encore les Russes, livrant toujours hardiment bataille… Avec l’Ethiopie et le Japon, c’est un des pays non-occidentaux à avoir le plus farouchement résisté à l’époque coloniale. Autopsie d’un échec annoncé.

Un Etat fictif

Le 14 juin dernier, Joe Biden annonçait le retrait des troupes américaines. Deux mois plus tard, les Talibans prenaient Kaboul et renversaient le régime en place, sorte de protectorat occidental entretenant une fiction d’Etat souverain. En novembre 2001, la guerre contre le terrorisme entamée par George Bush fit de l’Afghanistan sa première cible. L’objectif de guerre était assez simple : abattre Al-Qaïda, débusquer Ben Laden et son complice le Mollah Omar. Il fallut moins de deux mois pour mettre en déroute le régime des Talibans, Hamid Karzai devenant chef du gouvernement provisoire après la signature des accords de Bonn.  L’hubris américain a par la suite fait tourner les choses au vinaigre. Pendant 20 ans, les dirigeants américains ont tenté à toute force de convertir l’Afghanistan, pays aux mœurs archaïques et dominé par des jeux intertribaux ancestraux, à la démocratie universelle et aux valeurs contemporaines. Les Etatsuniens sont tombés dans le même piège que les Soviétiques, comme autrefois Napoléon et Hitler en Russie, s’enkystant dans une guerre sans fin contre des islamistes déobandis cachés dans les montagnes et des habitats troglodytiques, soutenus par une part non négligeable de la population, notamment pachtoune.

Jamais la République islamique d’Afghanistan nouvellement créée n’a trouvé de stabilité politique ou d’armée en mesure d’assurer la sécurité du régime par elle-même, tant elle était maintenue sous perfusion américaine. Il n’est pas à douter que le retour des Talibans constituera une solution de repli pour de nombreux djihadistes dans le monde, en dépit des quelques différences qu’ils pourraient entretenir. Dans cette région du monde, l’école hanafite a connu un grand succès à la fin du XIXème siècle, idéologie cimentant l’opposition aux Britanniques par son retour aux sources propres et littérales de l’islam. Il n’y a d’ailleurs pas de phrase plus imbécile que celle prononcée par Axelle Red dans Manhattan-Kaboul en duo avec Renaud : « Ceux-là n’ont jamais lu le Coran ». Si, les Talibans l’ont tous lu et appris par cœur dans les Madrassas où ils ont été éduqués, leur école islamique se voulant une restitution fidèle du temps du prophète (un peu à l’image des Amish, l’ultraviolence en plus).

Archaïsme sectaire

Le problème actuel est que les Talibans sont perçus par une part de l’opinion afghane comme une solution pour restaurer l’ordre public, ainsi que l’a notamment exprimé Vladimir Poutine dans une déclaration. Il faut dire que la situation en Afghanistan n’était guère reluisante. Les Talibans ont ainsi pu se servir des pratiques pédophiliques traditionnelles des chefs de guerre pour retourner une partie de la population, ou directement comme force de frappe en employant d’anciens esclaves sexuels. Désireux de mettre un terme à cette pratique consistant à déguiser de jeunes garçons en filles pour qu’ils dansent dans les soirées masculines, parfois en accordant des faveurs sexuelles, certains soldats américains se sont vu opposer une fin de non-recevoir… Tout comme le trafic international de pavot, le Bacha Bazi illustrait crûment les errements d’un régime aussi corrompu que dépravé qui a servi de repoussoir aux Talibans.

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À Saint-Brieuc, le Bacha Bazi a servi d’argument pour la plaidoirie d’une avocate qui défendait un « réfugié » afghan récidiviste ayant violé un garçon de 12 ans. Eh oui, l’exception culturelle… Nous n’y trompons donc pas, l’afflux de migrants venus d’Afghanistan qui devrait rapidement arriver à nos frontières doit être refoulé sans ménagement. Nous ne pouvons pas nous permettre de recevoir ces bombes humaines potentielles, y compris quand il ne s’agit pas d’islamistes déobandis. Le problème afghan ne se limite pas à la religion ; il est tribal, anthropologique, ancestral. Ces gens n’ont tout simplement rien à faire chez nous. Voir Bernard-Henri Lévy tenter de reprendre le flambeau du Tadjik Massoud, en diffusant la tribune de son fils sur son média, La Règle du Jeu, a quelque chose de dérisoire. Toute invasion massive ne peut que se solder par un échec, à moins de bombarder pendant des années et d’envoyer un million de soldats. Tout juste devons-nous appuyer épisodiquement les foyers de résistance pour leur permettre de subsister.

Îlot archaïque et sectaire entre l’Inde et la Russie, l’Afghanistan souhaite s’arracher au monde ; nous n’y pouvons rien.