Aujourd’hui, mes copains hésitent à l’utiliser devant moi, mais entre nous, nous avions une expression pour qualifier, sans avoir besoin d’entrer dans les détails, le beauf à la Cabu, raciste et antisémite, qui vivait dans l’amour de son berger allemand comme dans la haine des arabes. Nous disions : un gros con qui vote FN.

À présent, une autre expression pourrait naître pour qualifier les lecteurs de l’hebdomadaire en passe de devenir l’organe de délation du Parti socialiste français ou ceux d’entre eux qui croient ce qu’ils y lisent : les imbéciles qui lisent Le Nouvel Obs. Pardon maman.
Dans le dernier numéro du journal de feu l’esprit de Jean Daniel, un dossier est consacré aux néo-fachos. Qu’on ne s’y trompe pas, on n’y trouve pas la moindre critique de ceux qui, aujourd’hui en France, menacent la liberté d’expression et tentent, par un chantage à peine voilé à l’émeute et à la violence, d’introduire chez nous un délit de blasphème que l’on croyait mort et enterré.
On n’y trouve d’ailleurs pas la moindre critique sérieuse mais plutôt une suite de dénonciations, d’amalgames, de contre-sens et de contre-vérités qui laissent penser qu’au sein d’ « une nébuleuse brune d’écrivains et de journalistes qui communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française blanche et chrétienne », Alain Soral et Alain de Benoist, Elisabeth Lévy et Eric Zemmour mèneraient le même combat idéologique, chacun dans sa branche, sous le haut parrainage d’Alain Finkielkraut et Jean-Claude Michéa.

On a du mal à savoir s’ils sont mal-comprenants, malhonnêtes ou un peu des deux; et on se demande si nous avons échappé au titre « Les néo-nazis » parce qu’il leur reste un peu de bon sens ou simplement parce que l’on trouve parmi les accusés une proportion non négligeable de juifs. Les auteurs des articles qualifient tranquillement leurs adversaires de racistes ou fascistes mais leur logiciel antiraciste refuse d’associer juifs et nazis. Réjouissons-nous, même si les mêmes plis de leur pensée les empêchent souvent de voir des immigrés antisémites, des « défavorisés » racistes, des « populaires » homophobes ou des « sensibles » sexistes, si l’on m’autorise à donner aux individus les noms de leurs quartiers pour éviter de stigmatiser races et religions.
Comme souvent, dans ce genre de mise au poteau, car l’exercice est en train de devenir un marronnier de gauche, la présentation des photos évoque l’Affiche rouge et le champ sémantique est une décharge publique. Les nouveaux réacs d’hier sont devenus des néo-fachos et leurs idées sont sales et nauséabondes, quand les prises de position des écrivains, des journalistes et des intellectuels mis en cause sont encore considérées comme des idées car le soupçon de la posture pour occuper des places dans les médias ne se lit pas entre les lignes, il emplit des paragraphes.

Enfin, l’« enquête » donne la parole à un chercheur « spécialiste » de l’extrême droite qui confie à propos des sites étudiés, de Causeur – qualifié par Renaud Dély « d’officine de blanchiment d’idées sales » – au site du Bloc identitaire, « qu’il faut les laisser exister, qu’il faut leur répondre » et appelle à « ne pas laisser certains sujets uniquement aux mains de quelques mouvements ou partis ». En voilà une idée. Mais qu’attendent-ils donc ? Qui abordera à gauche, par exemple, la question délicate de l’opportunité de poursuivre l’immigration dans une France qui n’intègre plus ? Craignent-ils, ces accusateurs publics, parce qu’ils auront vu ce que tout le monde voit et dit ce que tout le monde pense, d’être traités un jour de fachos par plus « à gauche » qu’eux ? Qu’ils se rassurent, la calomnie ne tue pas, la lâcheté et le ridicule, si. Enfin dans la France « fantasmée » que je regrette de voir disparaître et pour laquelle nous écrivons.

*Photo : L’imaGiraphe

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