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Mariage gay : de quoi je me mêle ?

Mariage gay : de quoi je me mêle ?

L'Eglise n'a pas à juger du mariage civil homosexuel

La question du mariage homosexuel divise. Et c’est fort heureux puisqu’il s’agit là d’une des seules dissensions réelles de la dernière campagne présidentielle. On a tendance à ranger les « pro » dans le camp des progressistes ouverts et tolérants, et les « antis » dans celui des réacs souvent manipulés par des instances religieuses fermées aux évolutions de la société. On ne peut pourtant, selon moi, être croyant et s’opposer à l’avènement du mariage civil homosexuel. Le combat de l’Eglise catholique est à la fois d’arrière-garde et à côté de la plaque.

Un chrétien ne peut en effet que militer pour l’égalité des droits, égalité fondée sur la dignité humaine, juste héritage de l’Évangile. Il se doit de promouvoir le mariage civil homosexuel pour plusieurs raisons. D’abord parce que le mariage civil ne comporte pas l’obligation d’avoir des enfants. Cette décision reste un choix personnel des époux, dont la loi reconnaît et organise les effets par l’article 213 du Code civil. Un mariage civil ne sera pas invalidé par l’absence de descendance. La question du mariage homosexuel ne devrait donc pas être juridiquement liée à celle de l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe. Ensuite parce que le mariage civil n’est qu’une forme d’organisation de la vie commune en concurrence avec le PACS ou le concubinage. Pourquoi un de ces modes d’association resterait-il donc fermé à des couples de même sexe dès lors qu’ils s’engagent à se devoir « mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » ? D’autant plus que le choix du mariage ou du concubinage entraîne des conséquences fiscales. En 2007, l’INSEE notait que si 77% des couples ont fiscalement intérêt à être mariés, 23% ont en revanche intérêt à vivre en union libre, et ce principalement parmi les foyers à revenus modestes . Que les homosexuels puissent se marier ne serait finalement que justice fiscale.

Enfin parce que le Christ lui-même, bien avant 1905, a posé le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il n’y a donc pas d’obstacle réel à l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels, au nom de l’évolution des mœurs et de l’égalité des droits. Mais si tous les couples sans discrimination doivent avoir le droit de se marier, tous sans discrimination doivent avoir le droit de ne pas le faire.

Et pourtant en France chaque année, de nombreux couples sont tenus par la loi de se marier civilement. En effet, l’article 433-21 du code pénal pose le principe de subordination du mariage religieux au mariage civil. En France, pour pouvoir se marier devant son Dieu, il faut au préalable s’être dit « oui » devant la photo du Président. Pourtant, si le mariage civil a copié le décorum du mariage religieux, les deux institutions n’ont de commun que le nom. Toutes les religions sans exception fondent l’institution du mariage sur l’union d’un homme et d’une femme dans une démarche de fécondité. Mariages civil et religieux n’ont en réalité aucun point commun. D’un côté il y a un contrat dissoluble entre deux individus en vue d’organiser leur vie commune, de l’autre un sacrement indissoluble entre un homme et une femme procréateurs, c’est-à-dire créateurs à la suite de Dieu. Que l’on soit croyant ou non, l’accroissement des différences fondamentales entre ces deux institutions paraît flagrante. Dès lors, l’égalité des droits doit pousser les défenseurs du mariage homosexuel, en toute honnêteté intellectuelle, à militer pour l’abandon de la nécessité du mariage civil comme préalable légal au mariage religieux. De cette façon, tous les couples sans discrimination auraient le droit de choisir leur mode d’union civile (et les avantages fiscaux qui vont avec). Ainsi des célibataires ou des pacsés pourraient se marier devant leur Dieu. Leurs enfants, protégés juridiquement comme la moitié d’entre eux nés hors mariage, seraient également reconnus dans la foi.

L’égalité des droits n’existe en effet que si elle est totale. La logique du mariage homosexuel porte en elle l’abandon de la subordination du mariage religieux au mariage civil puisqu’il en révèle toutes les différences. Le mariage homosexuel n’est envisageable, que si l’on accepte que mariage religieux et mariage civil n’aient plus que l’homonymie en commun. Finalement, cet acquis égalitaire achèverait la séparation de l’Etat et des églises.

*Photo : Wyoming_Jackrabbi


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est doctorante en droit international

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