L’avantage du marronnier, c’est qu’il reverdit tous les ans. Et même en hiver, dans sa version journalistique, la trêve des confiseurs entraînant traditionnellement une grève de l’inspiration. Puisqu’il serait malséant de comparer les prix de l’immobilier tandis que de pauvres hères gèlent dans des tentes Quechua et que la saison n’est guère propice à la pêche aux néo-réacs, restent les francs-maçons dans la pauvre pioche de L’Obs. Le numéro de cette semaine scrute ainsi « Ces Francs-maçons qui nous gouvernent », ce qui donne lieu à un dossier central très fourni et fort instructif quant à l’appartenance philosophique, ésotérique ou carriériste (rayez la mention inutile suivant les cas) de nos gouvernants. On y apprend notamment que les présidents des deux chambres du Parlement sont des frères aguerris, de même qu’une demi-douzaine de ministres et de plus de 150 parlementaires.

Ces derniers, essentiellement à gauche mais aussi radicaux valoisiens, constituent une proie de choix pour toute réforme drapée du sceau des Lumières, de la République et de tout le fourbi progressiste, comme en témoigne la lettre compassée qu’a adressée Harlem Désir à l’ensemble des parlementaires pour les convaincre de se rallier au droit de vote des étrangers. Renaud Dély décrypte le lexique crypto-maçonnique de ladite missive, qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux dépliants publicitaires nous vendant qui un yaourt bio, qui une crème anti-rides qui un poncho « équitable » en poil de bouc en invoquant les droits de l’homme abstrait.

Mais faisons justice à L’Obs : nulle émanation nauséabonde ne se dégage du dossier franc-mac, pourtant source de bien des fantasmes conspirationnistes, ses auteurs ayant même l’honnêteté de reconnaître la perte d’influence des loges – ce qui diminue d’autant l’intérêt du dossier ! Quoique confrères, soyons beaux joueurs : taxer Le Nouvels Obs de complotisme anti-maçonnique serait aussi mensonger et délirant que d’assimiler Alain Finkielkraut et Jean-Claude Michéa à un surgeon français du Ku Klux Klan