Le « Nouvel Obs, journal de gauche » sera-t-il le dernier des oxymores ? La question mérite d’être posée après la dernière livraison consacrée au livre de Marcela Iacub sur sa relation avec DSK, consacré comme une grande œuvre de la littérature. Voilà que le citoyen intéressé par les affaires de la Cité est obligé de subir ce bruit médiatique. Dans la grisaille de cet hiver qui ne finit pas, ce vacarme ajoute à la laideur de l’actualité qui nous environne. À la tricherie sur les lasagnes au faux bœuf s’ajoute le rata de Marcela Iacub. Que DSK soit un cochon, c’est son affaire privée, que madame Iacub fasse un coup narcissico-commercial, c’est aussi son affaire, mais comment considérer la démarche de Iacub allant extorquer des confidences à l’ancienne femme de son amant pour en faire son miel littéraire ? Sa prétention à la sainteté devrait faire rire tous ses pairs juristes qui lui ont accordé ce statut. Que son éditeur estime que tout ceci sera rentable et qu’il va gagner des sous en jouant sur le voyeurisme de la clientèle, c’est peut-être une bonne stratégie commerciale, mais reste–t-il fidèle à l’éthique de sa profession ? Lorsque l’Observateur se drape dans les habits du droit d’informer, de la grande œuvre littéraire et d’autres arguments vertueux, pour vendre cet objet douteux, il ajoute à la confusion, il renforce la grisaille, il habille la merde d’un bas de soie progressiste. Voilà que tout l’espace médiatique est saturé de cette affaire. Voilà que cette affaire ne devient importante que par l’importance que le jeu médiatique lui accorde. La surmultiplication, le buzz comme on dit dans ce beau métier rajoute une couche à la déprime qu’inspire le moment présent.
Que faut-il faire ? En prendre son parti, se résigner à subir ce qui constitue l’aliment essentiel des dîners en ville ? Une lassitude étreint l’esprit devant ce goût immodéré pour le cancan moderne, celui de la médisance et du ragot. DSK parle d’un texte crapoteux, il n’a pas tort même si l’auteur de la dénonciation ne présente pas tous les signes extérieurs d’une vertu première. Nous savions déjà que se cachait sous les habits du Dr Jekill un Mister Hyde moins sympathique. Il y a des milliers de pages plus ou moins bonnes que l’anthropologie ou la psychanalyse ont consacrées à cela et l’art du roman a déjà décrit les affres ou les bonheurs que les culottes des dames et des messieurs pouvaient dissimuler.
Qui se dit « de gauche » prétend à une certaine vertu, à une certaine idée de la propreté morale. Quand on est supposé être de gauche on doit obéir à certains principes : il y a des choses qu’on s’autorise à faire et d’autres qu’on ne fait pas. Quand on est un homme on s’empêche, disait Camus. Dès lors, utiliser l’alibi de la littérature, fût-elle bataillesque, pour justifier et enjoliver une vilaine besogne ne la transforme pas en bonne entreprise. Bien sûr, le chic radical va noyer tout ceci sous des arguments dont la sophistication dira que tout se confond et que tout se vaut dans un monde où triomphe l’esprit pervers. Encore heureux qu’on va vers l’été…

*Photo : raulmahon.

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