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Nigeria: les chrétiens persécutés dans le silence

François-Xavier Bellamy (LR) s'est indigné de notre indifférence au parlement européen

Nigeria: les chrétiens persécutés dans le silence
Des policiers devant l'Eglise Saint-François à Owo (Nigeria) où 50 fidèles ont été tués, 6 juin 2022 © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le député français au parlement européen Bellamy et les chrétiens persécutés au Nigeria face à la petite éthique de l’indignation sélective…


Au Nigeria, les djihadistes terrorisent des musulmans, mais surtout les chrétiens, parfois avec le soutien de bergers peuls armés de AK-47 [1] qui, eux-mêmes, lancent des attaques spontanées. Ils ensanglantent des dimanches, comme le 5 juin, à Owo, dans le sud-ouest du pays, lorsque des hommes tirèrent sur les fidèles dans l’église Saint-François.

Huit chrétiens tués sur dix l’ont été au Nigeria en 2021

Le silence de différents médias et du parlement européen a courroucé le député François-Xavier Bellamy. Un double standard déjà dénoncé en 2009 par l’écrivain Raphaël Delpard, athée.

Les chrétiens constituent la communauté de croyants la plus persécutée à travers le monde. L’année 2021 a vu 5 898 d’entre eux périr en raison de leur foi, dont 4 650 au Nigeria tués dans des attentats ou lors de lynchages.

Deborah Samuel, chrétienne tuée pour blasphème le 12 mai

Alors que le site du Parlement indique qu’il se veut réactif aux grands sujets d’actualité et disposé à modifier son ordre du jour [2], l’institution a choisi de ne pas dénoncer l’attentat à Owo, comme elle avait refusé d’inscrire à son ordre du jour le meurtre de Deborah Samuel Yakubu, une étudiante chrétienne lapidée à mort avant que son corps ne soit brûlé à l’aide de pneus enflammés un mois auparavant.

« Dimanche dernier, la messe touchait à sa fin quand les premiers coups de feu ont retenti. Plus de 50 personnes ont été tuées, des dizaines d’autres blessées dont de très nombreux enfants. Quel était leur crime ? D’avoir été à la messe ! », s’est indigné François-Xavier Bellamy le 8 juin à la tribune, avant de rappeler le choix du silence quant au sort fait à Deborah Samuel.

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Le chef de file des députés LR au parlement européen a dénoncé « un silence qui devrait nous couvrir de honte », et fait un constant désolant : « Qui a parlé des morts d’Owo ? Où avez-vous vu leurs images ? De fait, nous en parlons ce soir, mais ce parlement est presque vide quand ce sujet devrait au contraire nous concerner tous. » Deux semaines après, sa parole est restée vaine. En janvier 2020, l’hémicycle européen s’était montré plus courageux en adoptant une résolution sur les attentats terroristes au Nigeria ciblant particulièrement les chrétiens.

Indignations cosmétiques, sans souci réel des victimes

Dans La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Raphaël Delpard dénonçait déjà en 2009 l’indifférence quant au sort fait dans de nombreuses contrées à ces croyants : « Sommes-nous vraiment attentifs à la souffrance des autres ? Si oui, pourquoi continuer à détourner notre regard des causes essentielles pour nous consacrer, par intermittence, à celles qui le plus souvent, ont comme principal mérite de flatter notre égo ? »[3].

Le silence gêné des élus peut s’expliquer par le peu de gain politique à obtenir d’une dénonciation insuffisamment portée par les médias, mais également par l’impression erronée d’une partie des Européens que le christianisme serait illégitime en dehors de l’Occident. La haine de soi prêchée en Occident amènerait-elle à considérer ces chrétiens comme une extension de l’Europe ? Ainsi, alors qu’il est de bon ton de soutenir les Rohingyas musulmans réprimés par le pouvoir birman, on fait silence sur les attaques de Rohingyas chrétiens par certains des premiers.

Même le massacre de 99 villageois hindous par des Rohingyas musulmans, documenté par un rapport d’Amnesty International en 2018 a été largement contourné. Ces attaques n’ont eu que peu d’audience, car il s’agit non seulement de ne dénoncer qu’en fonction de la valeur médiatique des victimes, mais également de celle accordée aux coupables. L’indication d’un manque de distance journalistique, d’une lâcheté politique et d’une morale superficielle.


[1] En juillet 2012, des bergers avaient incendié la maison d’un pasteur à Jos, dans le centre du pays, condamnant ainsi cinquante adultes et enfants, avant de lancer une nouvelle attaque lors du service funèbre.

[2] https://www.europarl.europa.eu/about-parliament/fr/organisation-and-rules/how-plenary-works

[3] Raphaël DELPARD, La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Michel Lafon, 2009, p. 253


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Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique

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