L’arrivée au pouvoir en Italie d’un gouvernement « populiste » mêlé de dégagisme et d’extrême droite est une source d’inquiétude pour la France: les flux migratoires pourraient être, encore un peu plus, reversés vers la France…


Voilà déjà près de 3 mois que les élections plaçant la Ligue du Nord en tête ont eu lieu chez nos voisins italiens. L’instabilité politique propre aux institutions transalpines nous permet d’anticiper en cas de décisions défavorables aux intérêts français. Du moins, en théorie.

On prend son temps, on discute et parlemente inlassablement entre formations italiennes. Pendant ce temps, Emmanuel Macron et Gérard Collomb regardent fébrilement ce qui se prépare. La situation politique semble enfin vouloir se décanter.

Un accord de gouvernement ayant été trouvé entre la Ligue du Nord (extrême droite) et le Mouvement 5 Etoiles (les « dégagistes »), Matteo Salvini est pressenti à l’Intérieur.

La France est isolée

Les préconisations de cet allié du FN sont salées. Le leader de la Ligue du Nord a fait de la lutte contre l’immigration illégale sa priorité : expulsion de 600 000 clandestins, registres obligatoires du culte musulman, prêches en italien et droit à la légitime défense des citoyens sont au programme des réjouissances. Quant aux bateaux venant au secours des migrants, Matteo Salvini entend leur interdire de jeter l’ancre dans les ports de la péninsule. Esseulée et en première ligne dans la crise migratoire, l’Italie sature. Trop c’est trop !

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La montée en puissance des mouvements « illibéraux » partout en Europe est une sacrée épine dans le pied de l’exécutif français. La France est isolée dans une Europe de plus en plus « anti-système ». L’Angleterre a voté le Brexit, Viktor Orban a été réélu en Hongrie, la Pologne est dirigée par Droit et Justice, parti de droite dure, la République tchèque est dirigée par Zeman, russophile soutenu par l’extrême droite locale. On continue ?

En Allemagne, Merkel est tétanisée par l’AFD d’Alice Weidel, devenue principale force d’opposition. Dans cette Europe qui se droitise singulièrement, notre président est de plus en plus à contre-courant. L’ennui avec l’Italie, c’est que c’est par là que passent les migrants qui se retrouvent ensuite à Calais… et ailleurs.

La poursuite de l’intégration européenne très chère à Macron, plus personne n’ose plus trop en parler avec lui. On lit que l’Italie se replie sur elle-même. Force est de constater que la France s’isole elle aussi dans sa position fédéraliste. Le président a déjà toutes les difficultés à convaincre nos partenaires européens de participer aux combats dans le Sahel. Voilà maintenant que la gestion des migrants risque de s’aggraver. Gérard Collomb va être contraint deprendre les mesures qui s’imposent s’il ne veut pas voir débarquer dans l’Hexagone tous les clandestins que Matteo Salvini entend chasser de son territoire.

Mercy mais non merci

L’humanisme de façade affiché pendant la campagne présidentielle était fort utile pour se différencier de Marine Le Pen et faire le plein de voix à gauche. Mais il a fait long feu. La chanson de la France à l’Eurovision, « Mercy », évoquait le sort des migrants. Elle a fini à une médiocre13ème place. Mauvais signe ! 

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait vu venir depuis longtemps cette inquiétante dégradation de la situation. Quitte à se faire railler par le reste de la majorité. On l’a même qualifié de « facho de service » entre certains initiés de la Macronie. Dès février, lors d’un dîner LREM à l’Elysée, Gérard Collomb avait laissé entendre qu’il craignait que la montée de l’extrême droite en Italie aurait pour conséquence de durcir les conditions d’accueil des migrants. « Si on ne s’aligne pas, c’est nous les Français qui allons devoir tous les accueillir, et ça va être intenable », confiait-il alors, selon Le Canard Enchainé.

« Il faut donc que la France évite dapparaitre trop attractive »

Aux dernières nouvelles, il y aurait pas moins de 2 500 migrants porte de la Chapelle. Le tout dans une insalubrité honteuse, avec bagarres et morts par noyade. Si les tentes de ces malheureux n’étaient pas au niveau du périphérique mais dans les très chics quartiers du centre de Paris, il y a belle lurette qu’elles auraient été dégagées.

Emmanuel Macron a bien compris que le diagnostic de Gérard Collomb était le bon. Toujours selon Le Canard Enchainé, le président aurait déclaré en petit comité : « Ce qui se passe en Italie prouve que Collomb avait raison ». Reste à savoir maintenant ce que notre ministre de l’Intérieur et notre « dieu » romain ont prévu. En conseil des ministres, le 16 mai dernier, Gérard Collomb aurait déclaré : « LItalie va prendre des mesures très restrictives sur limmigration. Il faut donc que la France évite dapparaitre trop attractive et affiche de la fermeté ». Et donc ?

En tout cas, il ne faudra pas compter sur la négociation. Cela ne semble pas être le fort de Matteo Salvini. Quand notre ministre de l’Economie Bruno Le Maire met en garde le gouvernement italien sur ses inquiétants déficits qui fragilisent l’Union, Salvini réplique sèchement : « Que les Français s’occupent de la France et ne mettent pas leur nez dans les affaires des autres ». Ambiance… Autant donc ne pas le chauffer tout de suite sur l’immigration, son cheval de bataille !

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