Le compositeur Michel Legrand est décédé le 26 janvier à l’âge de 86 ans. Thomas Morales lui rend hommage… à l’aune de l’actualité politique. 


Tout a été dit et écrit sur la disparition, ce week-end, de Michel Legrand. Le jazzman oscarisé a souvent eu le don de nous agacer au cours de sa longue carrière surtout lorsqu’il poussait la chansonnette. Derrière le piano, sa tignasse frisée bougeait au rythme de ses lunettes comme si sa jeunesse exaltée guidait une interprétation féroce et toujours possédée. Péremptoire, sûr de son génie de la mélodie, cinglant et percutant, il cavalait seul, n’écoutant que son tempo intérieur.

Il fallait de l’assurance pour s’imposer à Hollywood et croire en sa bonne étoile. La modestie n’est pas l’instrument favori des surdoués du clavier. Legrand portait bien son nom. La petitesse des existences ternes lui était totalement étrangère. Il traçait son chemin sans se retourner, n’ayant qu’une obsession cinématographique : l’émotion la plus juste, une partition qui accompagne chaque soubresaut de l’âme, sans brusquerie, ni mièvrerie. Il fut, sans nul doute, le meilleur orchestrateur des Trente Glorieuses.

Legrand voyage

Aujourd’hui, aux premières notes de « The windmills of your mind », on n’est pas seulement charmé par la joliesse du mouvement, on est saisi par sa pertinence ontologique. Nous ne sommes plus à notre bureau mais sur une plage déserte au volant d’un buggy Meyers Manx à moteur Corvair, on ne porte pas un pantalon quelconque en velours côtelé mais un costume trois pièces en soie sauvage, on ne mâchonne pas un Cachou mais un cigare cubain, on n’est plus un anonyme dans la foule mais vivons dans la peau de Steve McQueen, le King of Cool. Et si on ferme les yeux un instant, Faye Dunaway en mini-jupe et capeline nous apparaît comme dans un rêve. Désirable et inaccessible.

Il y a des chignons que nous n’oublierons jamais, des blondeurs incandescentes qui enflammèrent notre cœur d’adolescent. À son insu, Michel Legrand se révéla aussi un formidable décrypteur de l’actualité politique. Pour lui rendre hommage et réécouter avec bonheur son immense œuvre, j’ai pioché des morceaux, ici et là dans sa filmographie, et je les ai confrontés à notre triste quotidien de citoyen. La musique de Legrand est la meilleure pilule pour dissoudre notre mélancolie ou notre amertume. Merci pour ces moments-là.

Le Cave se rebiffe / De l’asphyxie fiscale sur la longueur des mouvements sociaux

Cléo de 5 à 7 / De la charge de la preuve sur les rapports tarifés

Les Parapluies de Cherbourg / De l’influence météorologique sur le moral des chefs d’état

Bande à part / De la perception des élites sur les ronds-points de France

Quand passent les faisans / De la présence des maires dans une salle polyvalente

Tendre voyou / De la perte d’une carte magnétique sur les affaires d’Etat

La vie de château / Du sommet des buildings aux geôles nippones

L’Homme à la Buick / D’un mur en briques au Shutdown

Les Mariés de l’An II / Des futures relations contractuelles entre l’île et le continent

Les feux de la Chandeleur / De l’utilisation des fumigènes sur les manifs d’hiver

La vieille fille / De la politique allemande sur le destin de l’Europe

Le cadeau / Du débat national au grand déballage de saison

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