Avant, les scientifiques étaient en quête de vérité. Aujourd’hui, certains d’entre eux tentent de la masquer. La faute à l’invasion du champ universitaire par le progressisme. Deux exemples récents en témoignent. 


Dans le sillage du « déni idéologique » contre lequel Alain Finkielkraut appelle à lutter, deux affaires récentes confirment l’allergie au réel du progressisme. Cet univers regorge bien sûr de déclarations ubuesques (prix spécial 2018 au « je ne suis pas un homme » d’un trentenaire barbu sur un plateau de télé) mais l’intérêt des deux anecdotes qui suivent réside dans leur contexte scientifique. Un univers où toute publication sérieuse se doit d’être préalablement approuvée par un collège de pairs.

#MeToo et les crétins

C’est ce que fit Théodore P. Hill, professeur de mathématiques à Georgia Tech, lorsqu’il soumit le résultat de ses travaux au Mathematical Intelligencer en 2017. Après quelques aller-retours, l’article fut accepté et sa publication annoncée en 2018. Malheureusement, Hill travaillait sur un sujet délicat connu des spécialistes sous les lettres HPGVM, l’Hypothèse de la Plus Grande Variabilité Masculine. Cette théorie part d’un constat fait à l’origine par Darwin : on trouve au sein de la population masculine statistiquement plus de génies et de crétins (insistons par prudence sur ce dernier point) qu’au sein de la population féminine. En plein #MeToo, Theodore ne manquait pas de culot – mais sans doute d’un peu de chance. Car, après une levée de boucliers des chiennes de garde locales, son article ne fut jamais publié. Le site internet de consolation qui l’hébergea quelques jours dut à son tour, sous les aboiements, manipuler les prétendus infalsifiables numéros attribués à de telles publications, pour remplacer le texte du professeur Hill par quelque chose de plus acceptable.

Le canular des chiennes violées

La barrière de la publication ne fut nullement un obstacle pour les travaux de sociologie menés par trois auteurs anglo-saxons. Le trio avait décidé de faire partager au monde de nombreuses avancées stupéfiantes. Succès complet puisqu’ils ont réussi à faire accepter sept articles par différentes revues américaines de sociologie – sept contributions cochant bien sûr les cases de « l’intersectionnalité ». On y découvrait le drame des viols des chiennes dans les parcs canins new-yorkais à qui on impose des rapports hétérosexuels. Un pastiche de quelques pages de Mein Kampf avait également été approuvé et publié (!), l’ensemble des contributions du trio n’étant qu’un canular visant à démontrer l’appétit pour la bêtise crasse des comités « scientifiques » des revues de sociologie.

Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre ce qui a motivé les « chercheurs » en sociologie pour approuver des textes indigents, ni pourquoi des mathématiciens de renom ont étouffé des travaux rigoureux sur la variabilité des sexes. Il s’agit dans les deux cas de se conformer aux dogmes de la religion progressiste, dussent ces derniers contredire la rigueur scientifique des travaux que les chercheurs prêtent à leur domaine. Par principe, une idéologie totalitaire fournit des explications au fonctionnement du monde dans chacun de ses aspects. Lorsque le comportement de celui-ci se trouve en contradiction avec les préceptes du dogme, c’est bien sûr la réalité qui doit s’effacer.

La vérité selon Lyssenko

Dans l’Union soviétique stalinienne, la « génétique mitchourinienne » de Trofim Lyssenko méprisait la science « bourgeoise ». Les théories génétiques de Gregor Mendel, pourtant validées par la communauté scientifique, furent déclarées nulles. Les champs de blé devaient dès lors se soumettre au lyssenkisme triomphant et fournir au peuple les moissons miraculeuses promises par l’ancien technicien agricole. Certes, on mourut un peu de faim, mais l’important n’était-il pas d’avoir cloué le bec à la science contre-révolutionnaire ?

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Les motivations des mathématiciens et des sociologues impliqués dans les faits précédemment exposés relèvent du même ordre. Tous ces militants zélés ne sont que des petits Lyssenko, attachés à défendre les « valeurs progressistes », à la manière dont les valeurs marxistes-léninistes ont pu être jadis défendues en URSS ou comme certains « scientifiques » musulmans s’attachent aujourd’hui à contester la rotondité de la Terre. Tous agissent au nom d’une Vérité supérieure à toute autre, au service de laquelle la science humaine est reléguée (dans la joie et l’enthousiasme des petits Lyssenko).

Fake progressistes

Falsifier la numérotation de publications scientifiques pour effacer l’une d’entre elle, jugée dérangeante, s’apparente en tous points à un procédé stalinien. C’est pourtant ce qui est arrivé aux écrits du professeur Hill. Mais loin de conduire la sphère progressiste à une introspection lucide sur sa capacité à adopter les pratiques du totalitarisme, elle ambitionne au contraire de les étendre. Bien décidée à ce que le réel ne s’avise pas de remettre en cause sa vision du monde, elle entend légiférer sur les « fake news » – dont elle semble connaître assurément un rayon. Et si les progressistes commençaient par s’en prendre au néo-lyssenkisme qui sévit dans leurs rangs avant de s’attaquer à la liberté d’expression de leurs adversaires ?

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