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Mes prix littéraires

Mes prix littéraires
Thomas Bernhard.
Thomas Bernhard
Thomas Bernhard.

Je n’avais, en vérité, ce jour-là, aucune idée d’entrer dans la librairie. Le fait est qu’il s’était mis à pleuvoir des trombes sur le boulevard Montparnasse, que j’étais sapé comme un lord anglais et que l’abri le plus proche et le plus convenable pour jouer le remake de Moïse sauvé des eaux était l’auvent de la librairie Tschann, sise au numéro 125 dudit boulevard. Tout Paris en connaît l’adresse : c’est une excellente librairie. Il y a, à l’intérieur, de vrais morceaux de libraires et, ce qui ne gâche rien) des morceaux de vrais livres (le “fond” dont Baptiste-Marrey écrivait, en 1988, que lui seul pouvait sauver la librairie de sa mort annoncée). Il y a surtout − je m’en suis aperçu sur le tard − ce miraculeux auvent ou, comme on dit, ce store, qui vous sauve en cinq sec de la mort par aspersion.

[access capability=”lire_inedits”]La chair est gaie

Comme je n’avais rien d’autre à faire, en attendant que ça passe, de bénir la librairie Tschann d’avoir su faire poser sous son enseigne l’un des plus remarquables stores que je connaisse, je me suis pris à regarder d’un œil distrait la vitrine, me refusant par avance de me laisser tenter par l’un ou l’autre que j’y verrais et que je trouverais à mon goût. J’étais sur le point de me rendre à un dîner et je me voyais mal y arriver, les bras chargés de livres, protestant contre une maîtresse de maison qui, les prenant pour des cadeaux, aurait, sans aucun doute, voulu me les arracher. J’aime trop les livres pour en offrir. J’en étais là de mes méditations lorsque mon regard s’arrêta sur la couverture d’un petit livre de Thomas Bernhard : Mes Prix littéraires. J’avais cru avoir tout lu de Bernhard : ses romans, son théâtre, ses notes de teinturier. Eh bien, non : la chair est gaie et j’ai encore quelques bricoles à feuilleter.

La pluie avait déjà cessé quand je suis ressorti de la librairie. Je me suis installé à la Rotonde et j’ai dévoré Mes Prix littéraires. Drôle, méchant, cruel : le bonheur ! Imitez mon exemple, mais trouvez une excuse valable quand votre dîner sera passé depuis deux bonnes heures déjà : les cas de fièvres Ebola foudroyantes sont, m’a-t-on dit, assez rares, de nos jours, dans le VIe arrondissement de Paris.

Mes prix littéraires

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Juin 2010 · N° 24

Article extrait du Magazine Causeur


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