Persécutés par leurs perquisitions, Jean-Luc Mélenchon et ses petits camarades en appellent à la « résistance ». Et Franck Crudo à Jean Moulin. 


Mon Cher Jean,

J’espère que tu ne t’ennuies pas trop au Panthéon et que tout va bien pour toi. Je te donne quelques nouvelles du monde des vivants. Sache que tu n’es pas plus mal au paradis car ici, on est en train de revivre les heures les plus sombres de notre histoire. Seule la barbarie a changé de visage… et la Résistance aussi d’ailleurs. Mais t’inquiète, tes dignes successeurs indignés sont à ton image : courageux et déterminés. Eux aussi, ils refusent de se soumettre. Quoi qu’il en coûte. Sous l’Occupation, Henri Frenay, le général Delestraint et toi, Jean, n’aviez jamais osé scander en plein Paris : «résistance, résistance!», le poing en l’air. Eh bien eux, ils ont osé. Même pas peur !

A partir de 1’40’’

Nos résistants des temps modernes se dressent devant la justice et la police (« politique ») de la République… au nom de la République. Je sais, dit comme ça, cela semble un peu bizarre, mais les choses ont beaucoup changé, tu sais, en 70 ans. Aujourd’hui, les francs-tireurs et partisans ne sont plus en connexion avec Londres, mais avec La Havane ou Caracas. Tu vas te dire que c’est plus loin et que ça ne doit pas être pratique. Mais sache que les moyens de transports ont, eux aussi, sacrément évolué. Notre nouveau chef de l’armée des ombres, Jean-Luc, n’a plus besoin de voler en pleine nuit dans un vieux Lysander à hélice avec un parachute sur le râble, il voyage en première classe. C’est plus pratique pour combattre tous ses ennemis, et ils sont nombreux. Entre les milices du Rassemblement national, la pétainiste Marine, le social-traître Macron, le patronat abject, la justice aux ordres, la police politique, sans oublier le réactionnaire Wauquiez et le parti des collabos, c’est-à-dire le Parti socialiste ou ce qu’il en reste… la barbarie présente de multiples visages en 2018. Cela en fait du monde à zigouiller au péril de sa vie.

Je me souviens, Jean, que tu trouvais refuge dans une petite mansarde, du côté de Lyon. Ton successeur insoumis est bien plus téméraire puisqu’il se cache dans un appart cossu de 110 m², au cœur de Paris, non loin du siège de la kommandantur. Du coup, il a été repéré par l’ennemi. L’autre jour, « le petit pépère des peuples », c’est son pseudo au sein de la Résistance (après tout, tu te faisais bien appeler « Max » ou « Rex » pour des raisons de sécurité), a été réveillé avant l’aube par la « police politique ». Résultat, il n’a pas eu ses huit heures de roupillon. La privation de sommeil : une torture bien connue qui existe depuis l’Inquisition et qui a été pratiquée allègrement par les séides de Staline, la Gestapo ou encore la Stasi.

Mais Jean-Luc n’a peur de rien ni de personne. Malmené par un sbire de la police de Vichy qui venait de lui effleurer le pull, notre tirailleur marseillais a toisé du regard son impassible bourreau en éructant : « Ne me touchez pas monsieur, vous n’avez pas le droit de me toucher. Personne ne me touche, ma personne est sacrée ! » Quel panache, quel courage, on frôle presque l’inconscience. Toi et tes amis suppliciés auriez-vous fait preuve de la même témérité face à Klaus Barbie ?

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Rassure-toi, Jean, l’esprit de la Résistance est entre de bonnes mains avec notre nouveau leader (maximo ?) et ses petits camarades. Il paraît que lorsqu’il prend son bain, Adrien Q., à peine plus âgé que Guy Môquet, se met la tête sous l’eau pendant presque cinq secondes, avant de se relever en braillant, le souffle coupé : « Non, je ne parlerai pas. Résistance, résistance ! » Exaspéré, son voisin lui aurait à plusieurs reprises demandé d’arrêter ses conneries. En vain. On n’impose pas sa volonté à un insoumis. Alexis et Raquel, les Raymond et Lucie Aubrac du XXIe siècle, qui avaient un temps pris le maquis dans un appartement du 12e arrondissement pour pas trop cher, fumeraient un paquet par jour. Par solidarité envers tous ces héros anonymes des années 40, torturés dans les caves et brûlés par les cigarettes nazis.

On ignore si Clémentine se lime les ongles très, très, très courts en sifflotant le Chant des partisans. Mais il se dit que Pierre L., lorsqu’il entend la sonnerie de sa porte d’entrée, saute illico par la fenêtre de sa cuisine, le poing levé évidemment. Un hommage à Pierre Brossolette, lequel s’était jeté du 4e étage du siège de la Gestapo, pour ne pas risquer de parler. Sauf que le Pierre d’aujourd’hui habite, lui, au rez-de-chaussée… Hélas Jean, comme à ton époque, certains ne peuvent s’empêcher de parler, et même de beaucoup parler lorsque le calvaire est trop difficile à endurer. C’était le cas récemment d’une jeune femme, martyrisée par l’Obersturmbannführer Eric Zemmour, lequel lui avait férocement lancé que son prénom était une insulte pour la France. Le supplice du rat ou du pal à côté, c’est un chatouillis.

Je me souviens qu’André Malraux t’avait dit, de sa voix marmoréenne : « Entre ici… » Un conseil, Jean : reste où tu es.

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