Le jeune et sympathique Adrien Quatennens l’avait dit deux jours plus tôt : « Nous sommes favorables à des rassemblements inclusifs qui soient les plus festifs possibles. » Inclusifs et festifs, il ne pouvait pas mieux dire pour rassembler les foules modernes. Et en effet, « La Fête à Macron » de ce samedi 4 mai était très réussie. Dimanche, sur internet, la presse de droite n’était d’ailleurs pas loin de s’encanailler au point de trouver la manifestation sympathique en diable.

Anaïs Condomines, la journaliste de LCI tweetait : « Menu, merguez et crème solaire »  puis : « ‘On vous aime!’ chantent des clowns devant des CRS. »

Même Le Figaro a adoré : son envoyée spéciale a jugé intéressant de signaler, photo à l’appui, qu’elle avait rencontré une militante écologiste avec des radis dans les cheveux.

« Nous sommes un rassemblement joyeux et souriant à l’image du monde que nous voulons fonder ! »

Sous le titre « La belle fête à Macron »Libération parlait d’une « lutte festive et sociale » – notons la modernité du concept qui imposera bientôt au secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, de manifester avec chapeau pointu et cotillons – organisée par Ruffin et ses copains de Nuit Debout. « Benoît Hamon est dans les parages avec son mouvement, les communistes et les écolos aussi. La gauche est en force », affirmait le quotidien ému d’assister à la naissance d’un nouveau front populaire.

Une ambiance bon enfant, « incontournablement festive », des gens déguisés, des marionnettes géantes, des chars dont la déco était très réussie, c’était la Fête à Macron. Jean-Luc Mélenchon postera sur Facebook une vidéo où, avant de monter sur son char pour défiler, on le voit hilare chanter un remake de « Les copains d’abord » sur un accompagnement d’accordéon. Au démarrage du cortège, il lance un goguenard : « Nous sommes un rassemblement joyeux et souriant à l’image du monde que nous voulons fonder ! » On ne sait plus trop si c’est la fête à Macron ou la fête à Neuneu, mais tout cela avait des allures de petit vin blanc sous les tonnelles. Samedi c’était la fête, dimanche les commentateurs s’amusaient bien, mais lundi, tout le monde reprendrait ses activités sérieuses.

En fait, assister au spectacle de cette manifestation d’opposition produit le même effet que regarder un défilé de mode pour hommes habillés en robes de plastique transparent avec un slip kangourou sur la tête : on se demande comment on a pu en arriver là.

Jean-Luc Mélenchon, l’incontestable patron de la gauche, le vieux routier de la politique, le fin renard et l’habile tribun s’est tout simplement roulé tout seul dans la farine, même si c’est le fringant débutant Macron qui lui a donné le coup de pouce de départ en lui mettant discrètement les casseurs du 1er mai sur le dos. L’accusation à peine formulée était classique mais, même grossière, la manœuvre était visiblement plus fine que sa victime. En réponse, Jean-Luc Mélenchon avait immédiatement condamné lesdites violences et réfuté toute implication de son mouvement. Il aurait dû s’arrêter là et se souvenir que l’opposition politique n’est pas une partie de colin-maillard un dimanche après-midi dans le jardin d’une maison bourgeoise, où la priorité absolue serait de ne pas se cogner quelque part.

Macron peut dormir tranquille

Depuis une trentaine d’années, c’est à chaque manifestation que les journalistes et le public redécouvrent qu’il existe des casseurs. Chaque fois décrits comme des « groupuscules » issus de « mouvances » quelconques (d’extrême gauche, d’extrême droite ou de banlieue), d’origines diverses (petits bourgeois ou immigrés, gamins ou jeunes adultes), régulièrement décrits comme très mobiles et déterminés, ils finissent toujours par faire l’objet d’une interview anonyme dans laquelle on apprend leur détestation du grand capital, des étrangers, des fast-food ou de la société tout entière. Rien de neuf donc à la manifestation du 1er mai dernier, si ce n’est le profil des casseurs qui change un peu, comme tout change un peu avec le temps. Mais si la couleur de l’étiquette est variable, le fond de la bouteille reste le même : il s’agit de simples vandales excités à l’idée de casser quoi que ce soit, et qui viennent prendre leur dose d’adrénaline sous n’importe quels prétextes, auxquels ils croient d’ailleurs rarement eux-mêmes. Seulement voilà, notre Mélenchon, sans doute terrorisé à l’idée de représenter un quelconque danger, a immédiatement choisi d’endosser le costume du sympathique animateur de guinguette pour prouver qu’il était inoffensif. Effectivement, avec leur Fête à Macron, les glorieux insoumis resteront dans notre histoire comme les inventeurs de ce qui devait bien arriver un jour : une opposition conviviale et une rébellion festive.

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Dans le camp Macron, on peut dormir sur ses deux oreilles et faire semblant de prendre tout ça au sérieux, voire de mimer la peur parce que la vitre d’une voiture de presse a été cassée. Tant que Jean-Luc Mélenchon occupera le terrain, on ne trouvera personne pour s’opposer sur le fond à tout ce qui nous tue et dans quoi Macron barbote avec joie : les obligations européennes de privatisation des services publics, un euro trop cher fixé par Berlin, l’arrivée massive de migrants imposée par Bruxelles ou les absurdes et ruineuses sanctions anti-russes décidées par Washington. Avec Mélenchon en tête de défilé, les préoccupations de chacun restent dans les limites du raisonnable comme le rappelle une manifestante interviewée samedi à propos de la manifestation annoncée par Jean-Luc Mélenchon le 26 mai : « J’espère qu’il fera aussi beau qu’aujourd’hui ! ».

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