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Il était libre Max Gallo

Il était libre Max Gallo
Max Gallo en juin 2007. SIPA. 00551573_000004

Il se levait très tôt le matin, ou plutôt dans la nuit. A cinq heures, il écoutait le journal complet de la BBC. Tout y était dit et exposé en détail. Tellement, tellement mieux que sur les radios françaises. Puis il se mettait à sa machine à écrire et tapait des pages et des pages. Il en mettait quelques-unes dans son journal…

Car Max Gallo animait et dirigeait Le Matin de Paris, qui, après avoir été longtemps rocardien, était passé dans l’orbite mitterrandienne. Une tâche périlleuse et vouée à l’échec, tant les bras cassés, très rouges et souvent rouges-bruns, étaient nombreux à la rédaction. Si Max – nous l’appelions ainsi – avait pu à lui tout seul remplir Le Matin de Paris, il eût été le plus heureux des hommes.

Un fou de l’écriture

Il y a des fous de Dieu, Max était un fou de l’écriture. Un possédé des mots. J’avais, idéologiquement parlant, peu de points communs avec lui : je venais – tache indélébile aux yeux des bras cassés – d’un journal classé à droite. Mais nous partagions le même mépris pour la bêtise crasse des prétendus journalistes. Ça crée des liens. Des liens aristocratiques (j’ose le mot).

Un jour, Max fût débarqué. En haut, au Château, à l’Elysée, il avait cessé de plaire. Et avec passion, il se jeta dans l’écriture des livres. Ne pas écrire pour lui, c’était mourir. Il avait certes commencé avant Le Matin de Paris avec un best-seller, La baie des anges. Mais ne plus avoir de journal le fit entrer dans une frénésie boulimique.

Il aimait la France et il lui écrivit des dizaines de lettres d’amour avec ses sagas, pierres précieuses du roman national. Il fût la France. Il aimait la gauche. Et il fût la gauche. Un jour il s’aperçut que celle qu’il aimait était devenue laide, décomposée, pourrie par le caviar dont elle remplissait ses cuillères. Il fit un livre sur cette lépreuse : La Fontaine des Innocents. Un mélange du Père Goriot de Balzac et du Bel-Ami de Maupassant. C’était féroce et c’était lucide.

La gauche est morte avant lui

Défilaient dans son roman des personnages de la cour, les petits marquis poudrés, les protégés de Jack Lang, les pubards, les mannequins issus de la diversité, les pique-assiettes sur lesquels Mitterrand posait un regard condescendant et amusé. La gauche réduite à ses ronds de jambe, à ses fêtes, à ses courtisaneries de l’entre-soi.

Max avait vu juste. Il avait été dans le ventre de la bête et savait ce qui grouillait dans ses tripes. Max est mort. La gauche est morte avant lui. Max est mort. Et la France ne se porte pas très bien.

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est journaliste et essayiste

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