Marine Le Pen était donc de passage à Montbéliard mercredi en fin d’après-midi pour soutenir la liste du FN aux élections municipales. Dans cette ville « caricaturale de l’UMPS », elle y a tenu  une conférence de presse à laquelle j’ai participé.

« La Franche-Comté, c’est la sœur jumelle de ma région », a-t-elle expliqué à la presse et aux militants, énumérant quelques points communs avec le Nord-Pas-de-Calais. On pourrait ajouter que la tête de liste locale et patronne du FN franc-comtois,Sophie Montel, ressemble à Marine Le Pen comme une sœur jumelle. Grande, blonde, d’un an sa cadette, elle partage son verbe offensif, à la diction près.

Il se pourrait bien que les électeurs de Montbéliard créent la surprise le 30 mars prochain alors que la presse nationale ne cite jamais leur ville parmi les possibles prises de guerre du parti frontiste, pointant plutôt des villes du Sud-Est, du Pas-de-Calais voire Forbach, guignée par Florian Philippot. Des municipalités, Marine Le Pen souhaite en prendre quelques-unes, « pressée de montrer aux Français que le FN peut faire ses preuves », et aspire à faire élire de nombreux conseillers municipaux d’opposition parmi les 500 listes qu’elle espère bien déposer avant le 6 mars prochain. Son modèle, le bassin minier du Pas-de-Calais, n’étonnera personne : « Au début, il n’y avait qu’une liste : Hénin-Beaumont. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule ville du bassin minier où nous n’avons pas de liste ». L’objectif qu’elle fixe à son parti est d’accomplir les mêmes progrès dans dix ans, cette fois-ci à l’échelle de tout le pays.

Marine Le Pen n’a pas pour autant oublié les élections européennes du 25 mai prochain. Dans le Grand Est, son stratège Philippot conduira une liste dont les autres candidats ne seront désignés qu’après les élections municipales, histoire de recaser les perdants. La présidente du FN espère bien arriver en tête dans la circonscription Est mais aussi sur le plan national. Ambition qui m’a inspiré une question : « une première place de votre parti aux européennes ne vous nuirait-elle pas en précipitant le retour de Nicolas Sarkozy ? ». Je ne résiste pas au plaisir de reproduire le verbatim complet de sa réponse : « Je l’attends !  Ses espérances de retour ne sont pas si considérables que ça ! Pour quelqu’un qui a été président de la République, il y a 60% des sympathisants de son propre mouvement qui souhaitent qu’il soit candidat ; ce n’est pas énorme ! Moi, j’ai toujours pensé qu’il ne reviendrait pas. J’ai parié quelques bouteilles, je vais peut-être les perdre (rires), c’est le principe du pari. Mais je ne rêve que d’une chose, c’est qu’il revienne ».

Je me permets alors d’insister :  « vous ne préféreriez pas Juppé ? Cela vous donnerait davantage d’espace ! ». En guise de réponse, elle en rajoute une couche :  « Non, non, le meilleur candidat pour moi, c’est Nicolas Sarkozy. D’abord, parce qu’entre 2007 et 2012, c’est quand même grâce à lui que nous avons pu renaître de nos cendres, tel le Sphinx. Donc, je suis très contente de le revoir. En plus, à chaque fois que je le revois, je retrouve tous ses défauts que les Français ont dû oublier parce qu’il a la sympathie des morts. Les types, ils sont morts et on les trouve vachement sympas. Et puis en fait, quand on le revoit on se souvient pourquoi on ne pouvait plus, pourquoi on n’y arrivait plus. Quand j’ai vu le reportage de D8[1. Diffusé le 5 novembre 2013], je me disais : je me souviens pourquoi je ne supportais plus. Et je pense que les Français auront la même démarche. Il a vraiment cette manière de faire, ces défauts qui sont insupportables et d’autant plus insupportables que la crise s’est aggravée. Nicolas Sarkozy qui revient, avec la personnalité qui est la sienne, avec toute la liste ses conférences à 100 000 euros, pour moi c’est l’idéal. Si j’en avais un à choisir, je choisirais celui-là. Mais je ne suis pas sûre que ce soit moi qui décide. »

Marine Le Pen bluffe-t-elle ? Je n’en ai pas eu l’impression, tant sa sortie m’a paru spontanée. Se trompe-t-elle ? Oui et non. Les arguments sur la personnalité de Nicolas Sarkozy ne manquent évidemment pas de force. Les défauts personnels de l’ancien président ont incontestablement joué dans une France plus conservatrice que le résultat du second tour de l’élection présidentielle ne le laisse entrevoir. Mais, malgré tous ses défauts, l’ex-président était parvenu à inquiéter François Hollande jusqu’au dernier jour de la campagne, réalisant in fine un score supérieur aux prédictions des sondeurs. Bilan des courses : si certains traits de caractère peuvent déplaire, le vote tient généralement du réflexe politique, peu importe la sympathie ou l’antipathie qu’inspire le candidat. Qu’on le veuille ou non, Nicolas Sarkozy reste un combattant beaucoup plus aguerri que François Fillon et Alain Juppé. Tout dépend  aussi du positionnement qu’adopterait l’ex-président en cas de  nouvelle candidature. Sur la même ligne droitière qu’en 2012 ou plus centriste comme les gazettes s’en font l’écho ces dernières semaines ? Cette donnée aurait une grande influence sur l’espace laissé à la candidate du FN.

Reste que les propos de Marine Le Pen, dont les yeux pétillaient lorsqu’elle évoquait Sarkozy, m’ ont convaincu d’une chose : si cette confrontation a lieu, on ne risque pas de s’ennuyer.

 

*Photo : REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00635578_000035.

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David Desgouilles
est blogueur et romancier.Responsable du blog politique "Antidote" sur Causeur.fr, il a grenouillé un peu dans la politique, surtout pendant les années 90. Derniers livres parus : Dérapage (Édition du Rocher) / Le bruit de la douche (Édition Michalon)