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Maria Adela: fausse joaillière, vraie espionne russe

Bons baisers de Russie

Maria Adela: fausse joaillière, vraie espionne russe
Maria Adela lors d'un évènement du Lions Club à Naples en 2016. Photo Facebook.

À Naples, tout le monde l’appelait Maria Adela et pourtant, elle s’appelait en réalité Olga Kolobova. Elle était espionne et pourtant, tout le monde la croyait créatrice de bijoux. Il ne s’agit pas d’un film de la Guerre Froide, mais bien de la réalité d’aujourd’hui.


Le site d’investigation « Bellingcat » a révélé ce 25 août la surprenante histoire d’une espionne russe en mission en Italie entre 2011 et 2018.

Jeune et jolie

L’histoire de Maria Adela est celle d’une femme qui surmonte les difficultés de la vie. Née en 1978 au Pérou d’un père allemand et d’une mère péruvienne, elle a été baptisée à l’église du Christ Libérateur de Callao. A deux ans, sa mère l’emmène à Moscou pour les Jeux Olympiques de 1980, et abandonne sa fille dans la Russie soviétique pendant qu’elle rentre à Lima pour « raisons familiales ». Battue par sa famille adoptive, elle se sort de sa condition pour devenir étudiante en joaillerie à Rome, puis à Paris. Elle y fonde d’ailleurs sa propre marque de bijoux : Serein.

Entre Naples, Rome, Malte, Londres et Paris, la jeune et jolie brune va se faire des amis et vivre une vie de jeune entrepreneuse aisée. Elle épouse en juillet 2012 un bel Italien de 30 ans lors d’un mariage à huis-clos. Une idylle qui va bien vite se briser : un an plus tard, il meurt à Moscou d’une double pneumonie avec un lupus systémique. Mais Maria Adela surmonte ce drame et s’installe dans un quartier chic de Naples. Elle y devient la secrétaire du « Lions club », une association caritative bien en vue. Elle va même jusqu’au Bahreïn pour vendre ses bijoux dans une exposition consacrée au luxe. Elle disparaît cependant en 2018. Elle part alors spontanément en Russie, sans donner de nouvelles. Quelques mois après, elle déclare être en train de guérir d’un cancer.

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Du moins, jusqu’aux révélations du site « Bellingcat ». Aidé par les journaux allemand, russe et italien Die Spiegel, The Insider et La Repubblica, le conglomérat d’enquêteurs spécialisé dans le renseignement open source est parvenu à démontrer que l’histoire de cette jeune femme était totalement bidon et que la réalité était tout autre.

Des incohérences troublantes

Si Maria Adela est bien née au Pérou, comment se fait-il que l’église où elle aurait été baptisée n’a été construite qu’en 1987 ? Par ailleurs, pourquoi une femme abandonnerait son enfant à une famille d’accueil pour des « raisons familiales », et ce en pleine Russie soviétique ? Comment expliquer que sa marque de bijoux, Serein, ne vend en réalité que du toc qu’on retrouve sur des sites chinois pour quelques euros ? Et, comment se fait-il que son train de vie soit aussi élevé, alors que sa marque ne vend que très peu ?

Pourquoi son mariage s’est-il fait sans qu’elle en parle à ses amies ? Comment se fait-il que ce bel Italien a en réalité la double nationalité russo-équatorienne ? Par ailleurs, mourir à 30 ans d’un lupus systémique, ce n’est franchement pas commun…

Naples, ville où siège le commandement sud de l’OTAN…

Aussi, pourquoi se rapprocher autant du Lions Club, sinon parce qu’il est fréquenté par un grand nombre d’officiers de l’US Navy et de l’OTAN ? À ce propos, il est tout de même amusant qu’une petite créatrice de faux-bijoux italiens parvienne à se faire une place dans une grande exposition au Bahreïn ! Et on peut trouver étonnante la coïncidence suivante : une base de l’OTAN avec 7 000 officiers est installée dans le petit émirat ! Enfin, le « Bellingcat » révèle que son départ pour la Russie se fait au lendemain de l’ébruitement de l’affaire Skripal.

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La réponse à ces questions est toute trouvée, Maria Adela n’est nulle autre qu’Olga Kolobova, une espionne russe. En mission pour le GRU, service de renseignements militaires de Moscou, elle avait vraisemblablement pour mission d’espionner l’OTAN et l’US Navy. Elle aurait ainsi eu des aventures avec plusieurs officiers et a été en contact avec des membres clefs de ces organisations. Après cette mission longue en Italie, elle vivrait maintenant dans un quartier riche de Moscou, conduirait une Audi A3 et serait simplement fonctionnaire. Il n’y a désormais plus de doute, la jolie joaillière est une espionne russe.

On est bien tenté de terminer cet intrigant portrait par une phrase comme « Trente ans après la Guerre Froide, l’œil de Moscou est toujours grand ouvert »… Sauf qu’entre-temps, la Russie a envahi l’Ukraine. Et on le sait aujourd’hui, cette opération ratée a été planifiée sur base de grossières erreurs russes concernant l’Ukraine, l’Europe, les États-Unis, l’OTAN et les capacités militaires russes. Alors, une dernière question se pose: tous ces espions russes déployés dans le monde et ces opérations compliquées soigneusement préparées, et souvent brillamment exécutées, servent-ils vraiment à quelque chose ? Manifestement, à Moscou, on sait presque tout mais on ne comprend pas grand-chose.


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Jeune (dés)espoir du journalisme politique. Etudiant, pigiste, et un peu poète.

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