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Magnez-vous de remanier!

Magnez-vous de remanier!

Je ne sais plus bien quand on a annoncé l’imminence d’un remaniement, mais j’ai l’impression que c’était il y a des lustres. Je suis certain d’en avoir entendu parler tout l’été, à moins que ce soit dès l’été dernier, ou alors le précédent. Seule certitude, il a du être annoncé après la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Quoique…

D’un côté, je comprends. On doit pas rigoler tous les jours à l’Elysée (surtout les soirs où Carla invite Pierre Arditi ou Calogéro à diner). Et c’est clair que depuis le renoncement au dogme de l’infaillibilité fillonnesque, la vie du président est devenue plus gaie : pas un jour sans qu’un éventuel premier ministre tire le tapis ou glisse une peau de banane sous les pieds d’un concurrent. Le 9 septembre, MAM déclare à Valeurs Actuelles : « Je suis disponible » Bing boum, trois jours plus tard, Brice Hortefeux découvre opportunément qu’un membre de son cabinet était pigiste undercover au Monde. Et il suffit que Copé rentre dans le rang des enfants sages de l’UMP pour qu’aussitôt un scud tiré par Martin Hirsch (mais téléguidé par qui ?) calme ses ambitions. Quant à ceux qui n’ont pas eu leur ration d’échos du Canard, il se croient tous obligés, histoire de ne pas être virés de la short list de Matignon, de s’afficher encore plus sarkozystes que Sarkozy et même qu’Hortefeux. Cela vaut pour le petit Baroin, mais aussi pour Borloo qui crie victoire à chaque fois que le président réduit à néant une de ses lois-fétiches. Oui, depuis qu’il a décidé de remanier, Nicolas rigole, ça le change des sondages : même ceux d’Opinion Way pour le Figaro sont mauvais !

Très sincèrement, moi aussi ce pantomime m’amuse, ce n’est pas tous les jours qu’un feuilleton made in France mérite la moyenne. Je crois que je rirais moins si j’étais, comme certains, électeur de l’UMP, ou si je croyais, comme la plupart de mes concitoyens, qu’un gouvernement a vocation à gouverner. Comme je pense que les vraies décisions se prennent soit à l’Elysée soit à Bruxelles, je ne crois pas que la guerre interministérielle en dentelles et la paralysie générale qui en découle soient préjudiciables en quoi que ce soit aux intérêts du pays. Comme qui dirait, tant qu’y font rien, font pas de bêtises !

Tous résolument tournés vers l’intérieur

Ils risquent d’autant moins d’en faire que les concurrents (traduisez « alliés ») ou les adversaires de l’UMP, plutôt que profiter de cet encéphalogramme plat ont choisi de ne s’intéresser, eux aussi, qu’à leurs problèmes de boutique. Ainsi Hervé Morin du Nouveau Centre, en pleine alerte rouge aux alertes à la bombe ne pense plus qu’à son destin présidentiel. Ne riez pas, ça prouve au moins que malgré tous ses reniements, il a retenu l’essentiel du corpus théorique bayrouiste.

Le Front national, lui est en pré-campagne, mais c’est uniquement pour sa propre présidence. Remarquez, celle-là, c’est forcément quelqu’un du FN qui la remportera, on se rassure comme on peut.

Quant à la gauche, elle n’en est même pas à s’entredéchirer pour les primaires, mais à s’entredéchirer pour savoir si on va ou non s’entredéchirer aux primaires. Le petit peuple des métallos et des caissières retient son souffle: Moscovici sautera-t-il le pas ? Les nouveaux adhérents pourront-ils prendre part au scrutin ? Anne Sinclair pressera-t-elle son mari de rentrer à Sarcelles?

Toujours à gauche, les petits ne sont pas en reste de miasmes introspectifs : les états d’âme de Besancenot ; l’absence d’états d’âme d’Eva Joly ; la valse hésitation du PC qui n’en finit pas de se demander s’il préfère la valise ou le cercueil, c’est à dire le ralliement à Mélenchon ou bien le suicide assisté par scrutin uninominal. Mouais, à la réflexion, c’est plutôt le choix entre le cercueil et le cercueil…

Bref, le seul grand problème qui intéresse nos politiques, c’est ce qui se passe chez les politiques. Alors que pour les vrais gens, l’angoisse face à l’avenir est devenue la norme, tous les partis sont résolument tournés vers l’intérieur. On ne se donne même plus la peine de ne parler aux Français pour ne rien leur dire. Le politique devient encore plus autocentré que le journalisme. Et ça, c’est grave…


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De l’Autonomie ouvrière à Jalons, en passant par l’Idiot International, la Lettre Ecarlate et la Fondation du 2-Mars, Marc Cohen a traîné dans quelques-unes des conjurations les plus aimables de ces dernières années. On le voit souvent au Flore.

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