Histoire de nous aider à défendre l’action du gouvernement pendant le réveillon, LREM a publié une plateforme interactive « pour nous accompagner dans nos échanges avec nos amis, nos familles, nos voisins, nos collègues  ». Ça promet…


 

En 1975, Giscard dînait avec des français ordinaires afin de « regarder la France au fond des yeux » – l’histoire retiendra qu’une Charlotte aux fraises lui fut servie en dessert. Fin 2018, post chaos Gilet Jaune, c’est LREM toute entière qui s’invite entre la bûche déstructurée et le chapon revisité à la table des français sous la forme d’un guide de survie à l’usage des militants afin de répondre aux Macron-sceptiques voire à quelques Gilets jaunes prêts à en découdre.

« Il est très difficile de s’en sortir avec un petit salaire »

Ce guide prend la forme d’une plateforme interactive « élaborée pour nous accompagner dans nos échanges avec nos amis, nos familles, nos voisins, nos collègues… bref nos concitoyens ».

La chose se présente de manière assez ludique, un peu comme un test psycho d’un magazine féminin et tout aussi vain. A la question « je ne m’en sors pas » si on clique sur « mon salaire est trop faible», on conseille au militant de répondre « c’est vrai qu’il est très difficile de s’en sortir avec un petit salaire » . Sans blague. Et là notre macroniste devra se dépatouiller, avec l’aide de quelques mots clé pour expliquer le système de la prime d’activité. L’ensemble est simpliste, infantilisant, et noie le poisson, à l’affirmation « vous êtes déconnectés du peuple » le marcheur devra répondre : « nous allons discuter ».

Les macronistes dubitatifs

Un peu interloquée, j’ai tout de même interrogé quelques militants sur l’utilité de ce manuel. En faisant un condensé des réponses, aucun ne m’a semblé très convaincu : « Il y a de bonnes choses mais la démarche est un peu ridicule » ou encore : « je ne vois pas comment ça servirait en « live » ». La propagande du vide aurait-elle atteint ses limites ?

Une question se pose cependant : nageons-nous en plein totalitarisme soft ? Sans sombrer dans un point Godwin qui serait totalement hors de propos, notons que cela y ressemble : « Le régime totalitaire tente de s’immiscer dans la sphère privée et intime, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une communauté obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté. ». Dans notre petit livre rouge du bon macroniste, il est aussi bien sûr recommandé de faire du recrutement « vous pouvez inviter votre interlocuteur à participer à la prochaine réunion publique organisée dans votre ville. » Bientôt des réunions de « rééducation » pour GJA (Gilet Jaune Anonymes) ?

En appelant Hannah Arendt à la rescousse, l’hypothèse d’une forme de totalitarisme se dessine nettement. «Les mouvements totalitaires avaient moins besoin de l’absence de structure d’une société de masse que des conditions spécifiques d’une masse atomisée. » Notre pays est tellement exsangue, déboussolé, à bout de souffle que la colère est-elle même atomisée, les Gilets jaunes étant incapables pour l’instant de remplir le vide de la macronie autrement que par la violence de leur désespoir.

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