Au cours de ces deux entretiens télévisés d’avril, le président a eu l’occasion de donner du sens à sa politique. C’est raté. En donnant l’impression de s’aligner sur l’orthodoxie de Bruxelles et Berlin comme seule perspective, Emmanuel Macron pourrait s’aliéner les français.


Où allons-nous ? Derrière les soubresauts de l’actualité, qu’on les appelle « crises » ou « mouvements sociaux », il y a toujours, dans le fond, cette seule et unique question dont découle tout le reste ; « tout le reste », c’est-à-dire le rapport au réel que construit le peuple français à travers ses représentations culturelles et son imaginaire, ses institutions et ses traditions politiques, sa vision de la religion et de sa place dans la cité, sa conception des relations sociales.

« Où nous conduisez-vous ? »

Nous avons besoin de nous projeter dans un avenir commun, même par la dispute, car se disputer c’est partager un langage commun qui prouve que nous pouvons faire France, ensemble, en dépit de nos différences d’origine et des antagonismes sociaux qui nous caractérisent.

Bien des pays qui ont traversé des crises économiques plus aiguës que la nôtre ne connaissent pas le même marasme que nous. Nous ne savons pas où nous allons : ne cherchez pas ailleurs l’origine de la dépression française depuis un quart de siècle. Or, un an après avoir été élu sur la promesse de nous remettre « en marche », le président Macron esquive ostensiblement la question de la destination vers laquelle il entend nous mener.

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C’est d’ailleurs la première question que lui a posée Jean-Jacques Bourdin lors de l’entretien présidentiel du 15 avril. BFM, RMC, Mediapart : « Emmanuel Macron… Où allez-vous ? où nous conduisez-vous ? » Réponse : « Peut-être que nos échanges permettront d’y répondre en partie ; d’autre part, l’histoire jugera. » Tout journaliste portant cravate et disant « Monsieur le président », parce qu’il est conscient du caractère symbolique de la fonction présidentielle et connaît la tension entre la mystique et la politique républicaine dont parlait Péguy, aurait pu relancer ainsi : « Monsieur le président, vous avez dit devant le Congrès que le premier mandat que vous aviez reçu des Français était de restaurer la souveraineté de la nation. C’était reconnaître que la France devait retrouver la maîtrise de son destin. Cela suppose aujourd’hui que vous soyez capable de dire où vous entendez nous amener. Vous avez précisé à Bucarest que les Français refusaient les réformes imposées de l’extérieur, mais que l’on pouvait transformer la France et conserver sa singularité à partir d’une vision universaliste. Avez-vous renoncé à ce mandat que vous ont confié les Français ? »

Elu parce qu’il n’a pas choisi

La question de la réforme européenne et du blocage allemand dont dépend notre souveraineté n’a pas, de même, été abordée. Les postures inquisitoriales et morales des journalistes portant sur les effets des réformes gouvernementales, et non sur leurs fondements, ont permis au président de survoler les échanges avec précision technique et hauteur de vue, mais en contournant l’essentiel – ce qui peut mettre le pays en action –, dont dépend la réussite du macronisme.

Emmanuel Macr

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Causeur #57 - Mai 2018

Article extrait du Magazine Causeur

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