Le traditionnel « marronnier » journalistique de l’été consiste à enquêter sur les lieux de villégiature de nos bien-aimés dirigeants. Le peuple, estime-t-on dans les rédactions, a le droit de savoir où, et dans quelles conditions matérielles ministres et secrétaires d’Etat vont se faire dorer la couenne. Cette transparence est désormais la règle, et celui ou celle qui estimerait que le choix de son lieu de vacances et de ses activités durant son congé relèvent de la vie privée se verrait immédiatement soupçonné des pires turpitudes : dissimulation d’une invitation dans une résidence luxueuse de patron du CAC 40 ou d’un potentat oriental, pratique de sports réservés aux milliardaires et autres comportements moralement condamnables.

La gestion des vacances du président de la République et des membres du gouvernement est donc devenu un sujet majeur de l’actualité de la fin du mois de juillet. Politiques et communicants peaufinent le message général et établissent les éléments de langage adaptés à chacun des intéressés. Le mot d’ordre 2012 : on ne sort pas de l’Hexagone (à l’exception des ministres ultramarins autorisés à traverser l’Atlantique pour revoir leurs îles), et on la joue modeste, familial, anti bling-bling à fond.

Cela donne un François Hollande au fort de Brégançon, renouant avec la tradition de son ami Chirac, à l’exception de la messe dominicale qui cessera d’être le rendez-vous people de Bormes-les-Mimosas. Attention cependant à brider les envies de changement de déco qui pourraient s’emparer de sa compagne. Celle-ci ne devrait pas manquer de pester contre le « goût de chiottes » des épouses des prédécesseurs de son compagnon, et le tanner pour « changer tout ça, et vite fait ! ». L’affaire serait déjà bien engagée, si l’on en croit Le Canard enchaîné, qui signale l’arrivée à Brégançon, venant de Barcelone, d’un semi-remorque rempli de coussins de chaises d’une marque espagnole réputée, donc chère…

Les membres du gouvernement, premier ministre en tête, font savoir qu’ils se rendront une ou deux semaines dans la modeste résidence secondaire qu’ils ont acquise, après des décennies de dur labeur, en Bretagne ou dans le midi : le Morbihan pour Ayrault (attention, la pointe de Rhuys, moins jet-set que l’île aux Moines), le Gers pour Laurent Fabius et l’île d’Yeu pour Michel Sapin. Aurélie Filipetti gagne le prix de vertu vacancière gouvernemental en se contentant de randonner dans les Pyrénées avec son sac à dos et la liste des refuges d’étape. Et pendant ce temps, François Fillon se fait gauler à Capri, où il séjournait dans la villa du patron de Ferrari, à cause d’une malheureuse chute de scooter qui lui a valu une fracture de la cheville…
L’estivant du VVF de Saint Flour ou du camping de la Grande Motte peut dormir tranquille après le pastis et la pétanque : il aura l’impression de passer des vacances de ministre, ce qui est bon pour le moral en temps de crise.

Trêve de plaisanterie. Cette assignation à résidence est ridicule, voire discriminatoire. On peut, aujourd’hui, aller au bout du monde pour des sommes raisonnables, en tout cas à la portée de ces classes moyennes dont chacun se dispute les suffrages. En cas de crise grave, le retour au bercail peut se faire dans des délais permettant au dircab’ de service de gérer la situation au mieux. Ne serait-il pas plus judicieux de suggérer à nos dirigeants de prendre de vraies vacances, celles qui vous éloignent pour un temps de votre quotidien ? Ce qui, pour nos chers ministres, signifierait qu’ils prennent quelque distance avec les Français, dont ils ont le souci tout le reste de l’année. Il n’ont cessé de sillonner le territoire pendant toute la campagne électorale, serrant des paluches sur les marchés, et écoutant leurs doléances sans se lasser.

Qu’ils nous oublient quelques jours pour s’aérer les neurones, et, qui sait, faire le plein de bonnes idées en observant ce qui se passe chez les autres ! A la place de Hollande, j’aurais expédié Peillon en Finlande pour voir comment les Finnois cartonnent au classement Prisa des performances scolaires, Montebourg en Chine pour faire de l’espionnage économique, Duflot au Montana pour constater que l’exploitation du gaz de schiste ne change en rien les magnifiques paysages de l’ouest des Etats Unis. On n’aurait pas de mal à trouver une destination adéquate pour chacun des membres du gouvernement. Leur absence, très provisoire, ne devrait d’ailleurs pas nous gâcher nos vacances à nous.

*Photo : TruShu

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