Était-il vraiment nécessaire de faire revenir l’ancien ministre de l’Education nationale, Luc Ferry, sur le devant de la scène ? Les gilets jaunes en sont pour leurs frais. Le débat national aussi. 


Certains médias octroient une place démesurée à quelques personnalités répétitives qui, à défaut de qualités intrinsèques, finissent par se construire une rente médiatique fondée sur leurs passés politiques. On a récemment sorti d’un oubli bien mérité François Léotard et Bernard Tapie. On est accablé par Roselyne Bachelot, Daniel Cohn-Bendit, parfois Bernard-Henri Lévy. Mais le phénomène qui monte est bien désormais l’ex-ministre de l’Education nationale, ex-philosophe mais toujours mauvais aphoriste, Luc Ferry, au sujet duquel on ne peut s’empêcher de se demander s’il est rémunéré d’une façon ou d’une autre.

Mon royaume pour un flashball

Sur le système éducatif français, il avait déjà dit le 21 novembre 2017 sur BFM TV, citant avec tact et courage son ex-directeur de l’évaluation au sujet du classement scolaire international : « Si on supprimait les 15% de quartiers pourris qu’il y a en France, […] nous serions classés numéro 1 dans Pisa ! »

Fin 2018, dans un « débat copain » télévisé avec Daniel Cohn-Bendit, il avait dit qu’il n’était pas patriote parce qu’il aimait la musique allemande, et l’homme le plus insubmersible, le plus creux et le plus inutile de la vie politique franco-allemande lui avait répondu qu’il l’était pour le… foot. Du germanopratisme de haut vol.

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En 2019, notre ex-philosophe, conférencier à toute heure, se demande pourquoi la police ne tire pas sur les manifestants ou émeutiers. Au moyen d’armes non-létales, a-t-il ensuite précisé. Erreur : il y a eu des dizaines de blessés qui ont perdu des yeux, des doigts, blessés par les grenades ou les flashball. Et des milliers d’arrestations et de gardes à vue.

« Les gilets jaunes n’ont pas d’idées, pas de grande vision du monde… »

Le 13 janvier (pour se rattraper ?), Luc Ferry a estimé, sur Europe 1, au sujet des gilets jaunes : « Il n’y a pas d’idées, pas de grande vision du monde. Vous avez des gens qui sont révoltés, qui sont dans la rue et qui demandent, en gros : un, qu’on leur foute la paix avec leur bagnole, et deux, qu’on leur donne un pouvoir d’achat plus grand. » Et donc la nation, la liberté, la justice sociale, la solidarité, la démocratie ? Est-il allé les rencontrer ?

« Ce qui s’est passé en Mai 68, a-t-il en revanche assuré, c’est vraiment une révolution sociétale. Il y a vraiment des effets. Par exemple, les lois Auroux [en matière de droit du travail] pour la démocratie d’entreprise, la reconnaissance des homosexuels, le féminisme, tout ça a progressé en France de manière formidable dans l’après-68 […] Ce qui domine Mai 68, c’est l’idée révolutionnaire. »

Notre ex philosophe, prophète d’un humanisme sans Dieu, est déjà reparti. Au volant de sa Jaguar ? Cheveux au vent ; et idées courtes.

PS : Maurice Allais, prix Nobel d’Economie, a été invité deux fois à la télévision en 20 ans. Il est vrai qu’il critiquait le rôle des banques et avait une coiffure assez modeste.

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