Philippe Verdier, Canada, Loukachenko, etc.

Philippe Verdier, Canada, Loukachenko, etc.

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Climat pourri à France 2

Daoud Boughezala

Le premier acte fort de Delphine Ernotte à la présidence de France Télévisions sera-t-il un procès politique ? La réponse est oui ! La victime en est Philippe Verdier, présentateur et chef du service météo de France 2.

Celui-ci vient de publier Climat Investigation (Ring éditions), où il dénonce le discours écolo-apocalyptique dominant et son exploitation médiatico-politique croissante, notamment à l’approche de la Cop 21. Il y critique sans trop s’autocensurer gouvernements, organisations internationales, et quelques lobbies verts pas toujours blancs-bleus.

Comme beaucoup d’ouvrages déviants ces temps-ci, ce livre a vite fait le buzz et trouvé son public. Un peu trop, semble-t-il. Car le 12 octobre, après quelques jours de congés pris pour préparer le lancement, Philippe Verdier reçoit une lettre de France 2 l’enjoignant… de ne plus se rendre au travail !

Souvent, dès que la chasse est ouverte, Yann Barthès réclame sa part de viande en preums. Trois jours plus tard, Verdier est en effet invité sur le plateau du « Petit journal » de Canal. « De la rhétorique complotiste » au service de « la théorie du “On nous cache tout, on nous dit rien” », ricane confraternellement Barthès avant de laisser, tout de même, grand seigneur, la parole au condamné. À la barre, ce dernier se défend d’être un climatosceptique tendance Allègre, reconnaissant volontiers que « le réchauffement climatique est là » et qu’il est « dû à l’homme ».

Ce qui n’empêchera pas la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal , interviewée à propos de l’affaire par un reporter du « Petit journal », de se fendre d’un oracle inquiétant : « C’est très dangereux de mettre en doute la science ! » Homo sovieticus pas mortus !

Deux semaines plus tard, le couperet tombe : Monsieur Météo est convoqué par Delphine Ernotte pour un entretien préalable à son licenciement.

On notera au passage que jamais, au grand jamais Verdier n’a profité de ses rubriques météo pour faire la promo de son livre et qu’il n’a jamais fait montre de climatoscepticisme dans l’exercice de ses fonctions. Mais la lettre ouverte qu’il a récemment envoyée à François Hollande pour critiquer l’inanité de la Cop 21 n’a peut-être pas plaidé en sa faveur…[access capability=”lire_inedits”]

 

Les laïques canadiens font la nique au niqab

François-Xavier Ajavon

On a pas mal parlé en France de la probable légalisation de la marijuana au Canada suite à la victoire du libéral Justin Trudeau. Un triomphe surprise dont notre camarade québécois Mathieu Bock-Coté vous racontera les racines et les conséquences en page 25 de ce numéro, beaucoup plus sérieusement que je ne pourrais le faire, même pas en rêve cannabique.

Mais, comme nous le rappelle aussi Mathieu, la campagne a été marquée par un vif débat autour du voile islamique intégral. En effet, la justice a autorisé une ressortissante pakistanaise vivant dans la région de Toronto à porter le niqab (voile intégral ne laissant entrevoir que les yeux) lors de la cérémonie lui donnant officiellement la nationalité canadienne. La population, outrée par cette légalisation de l’obscurantisme, n’est pas restée insensible à cette polémique. Le jour des élections, on a vu dans bureaux de vote un défilé de Canadiens aux visages masqués… Nombre de ces laïques ludiques sont venus faire leur devoir de citoyen en niqab, mais aussi avec des loups de carnaval vénitien, des serviettes sur la tête, des masques de super-héros, voire des sacs à patates… On a raison de se méfier du mot laïcité quand il est suivi d’un adjectif. Quand la laïcité est « ouverte », « positive », « plurielle », « rénovée»,  gare à l’attrape-couillons ! Mais la laïcité rock’n’roll, comme dirait Renaud[1. Dans son chef d’œuvre « Etudiant poil aux dents ! »], ah oui, ça je veux bien !

 

Affaire Mayol : Valls contre-attaque

Jean-Paul Lilienfeld

Le 26 octobre, à l’Hôtel de Ville de Paris et en présence du Premier ministre Manuel Valls, le Comité Laïcité République a décerné le 10e Prix de la laïcité à Samuel Mayol. Ce soutien bienvenu au directeur de l’IUT de Saint-Denis (qui, accessoirement, s’est fait casser la figure il y a quelques jours) n’est pas anodin : il intervenait deux jours avant la convocation par lettre recommandée envoyée par son supérieur hiérarchique, Jean-Loup Salzmann, président de l’Université Paris XIII (dont dépend l’IUT), en présence du DRH et du directeur général des services. Le protocole habituel pour une mise à pied.

Quand on sait à quel point le président de Paris XIII a du mal à prendre des mesures concernant les problèmes soulevés par le directeur de l’IUT de Saint-Denis, corroborés par une enquête officielle, on imagine que cette fois, il a de très sérieux motifs… Au moins aussi sérieux que lorsqu’il a poursuivi une première fois – sans succès – au disciplinaire une collaboratrice de Samuel Mayol, pour manquement au droit de réserve. Puis une seconde fois en ce moment-même. Cette collaboratrice avait eu le mauvais goût de recevoir des menaces, comme Samuel Mayol, et de voir la porte de son bureau taguée par des étoiles de David. Le président avait eu la délicatesse de fermer les yeux et de ne rien faire à ce moment-là. Mais une deuxième incartade ne pouvait que le faire sortir de sa réserve.

La réserve, c’est pourtant une seconde nature chez Monsieur Salzmann.  N’est-ce pas par souci de discrétion qu’il n’a jamais pris personnellement la moindre nouvelle de son directeur d’IUT après que celui-ci a été a deux reprises agressé par des inconnus qui n’ont pas essayé de le détrousser mais lui ont adressé des menaces de mort circonstanciées ?

Au milieu de toutes ces mauvaises nouvelles, une bonne, très bonne même : la présence du Premier ministre, Manuel Valls, à cette remise de prix. Présence courageuse si l’on en croit les rumeurs de pressions au sein même du gouvernement pour le dissuader de s’y rendre. D’après Mediapart, ce déplacement du Premier Ministre, non prévu à son agenda aurait eu lieu « au grand dam de l’Elysée ».

Discours brillant sur la laïcité, petite dédicace personnalisée à Samuel Mayol : Manuel Valls prend nettement position. À la différence de la ministre de l’Education qui s’est finalement décommandée. Le casting des récipiendaires n’était peut-être pas à son goût…

Toujours est-il que la convocation disciplinaire de Samuel Mayol par Salzmann le 28 octobre n’a finalement pas débouché sur la mise à pied que beaucoup craignaient – et que certains espéraient. Le président de Paris XIII ne s’est finalement pas présenté à la réunion qu’il avait lui-même convoquée, la rendant ainsi insignifiante.

Y’a pas à dire, un Premier ministre laïque, ça sert !

 

Mariage à la turque

Gil Mihaely

Jusqu’où iront les politiciens en quête de suffrages ? Dans toutes les démocraties modernes, on voit fleurir des promesses de campagne limite-limite qui confinent à l’achat de votes, mais après tout, cela se faisait déjà dans la Rome antique.  Heureusement, l’AKP, le parti au pouvoir en Turquie, a su innover en la matière.

Le 7 juin dernier, les Turcs se sont rendus aux urnes pour élire leur parlement, ne donnant qu’une majorité relative aux islamo-conservateurs sortants. Le président de la République, Erdogan, patron de fait de l’AKP, a donc décidé qu’il était urgent de faire revoter les Turcs, ce qui a été fait ce 1er novembre – à l’heure où nous mettons sous presse, nous ignorons donc le résultat du scrutin.

Ce que nous savons en revanche, c’est qu’à l’approche du jour fatidique, les sondages indiquaient que les intentions de votes n’avaient guère évolué par rapport aux résultats de juin : l’AKP restait en tête, mais loin de la majorité absolue.  Dans ces conditions, alors que chaque voix compte, Ahmet Davutoglu, Premier ministre et fidèle parmi les fidèles d’Erdogan, a trouvé un formidable argument de dernière ligne droite.

Dans un meeting de campagne organisé dans une bourgade rurale du sud de l’Anatolie, Davutoglu a proposé un deal très intéressant aux célibataires indécis de tout le pays : votez AKP et nous vous trouverons une épouse ou un époux. Respectueux des traditions, le Premier ministre a quand même précisé que ces célibataires devront d’abord demander l’aide de leurs parents pour trouver l’âme sœur et s’adresser au parti uniquement au cas d’échec.

On notera cependant que Davutoglu n’a pas épilogué sur les propositions concrètes de l’AKP au cas où ces couples n’arriveraient pas à faire d’enfants…

 

Biélorussie, une dictature apaisée ?

Marc Cohen

Dans l’indifférence générale qui sied à ses prises de parole, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Harlem Désir, a annoncé le 12 octobre que l’Union européenne avait décidé de suspendre ses sanctions contre la Biélorussie, au lendemain de la victoire « dans un climat apaisé » du président sortant Alexandre Loukachenko, réélu pour un cinquième mandat d’affilée avec 83,49 % des voix.

Pour une fois, on a eu tort de ne prêter attention ni à Harlem, ni à ses collègues eurocrates. Car il est piquant de constater que ce que l’Union appelle « un climat apaisé » a été perçu très différemment par les 400 observateurs officiels dépêchés sur place par l’OSCE (Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe) pour surveiller le scrutin.

Le responsable de la délégation de l’OSCE à Minsk a été on ne peut plus clair sur les « importants  problèmes » qui ont entaché la présidentielle, même si quelques progrès ont été constatés. « J’ai été particulièrement déçu par les manquements constatés pendant le dépouillement. Il n’est pas acceptable de maintenir les observateurs loin du lieu de décompte des votes », a-t-il notamment expliqué avant de critiquer vivement le manque de transparence des listes électorales, l’utilisation des médias d’Etat et des fonds publics par le président sortant sans parler des mille misères faites aux partis d’opposition.

Alors pourquoi cette euroblague du « climat apaisé » en Biélorussie ? Deux hypothèses sérieuses sont en pistes, elles ne sont pas incompatibles.

La gentille : la levée des sanctions est le pourboire versé par l’UE à Loukachenko pour son rôle important dans la signature en février dernier des accords de Minsk entre l’Ukraine et la Russie.

La cynique : plusieurs multinationales européennes ont commencé à s’implanter via des sociétés-écrans en Biélorussie pour contourner en loucedé, via Minsk, les sanctions européennes contre la Russie, dont les échanges commerciaux avec la Biélorussie ont curieusement explosé ces derniers mois. Ces entreprises futées pourront désormais développer leur business au grand jour. Il n’est pas totalement exclu que leurs lobbyistes aient pesé un certain poids dans la suspension des sanctions par Bruxelles.

 

Gare à la gorille !

Daoud Boughezala

« Pour sa visite officielle de trente heures à Athènes, François Hollande sera suivi de près par Evridiki Soulioti. Plutôt très jolie, grande, blonde et parlant français, cette policière de formation spécialisée dans la protection des personnalités » a été choisie par Alexis Tsipras « pour “protéger” » le président français et le remercier de son amitié, lisait-on le 19 octobre dans Le Figaro.

Si vous n’éprouvez pas l’envie irrésistible de clouer au pilori l’auteur de cette de cet entrefilet nauséabond, c’est que votre féminisme olfactif est défaillant, faudra voir à me soigner ça ! Heureusement, de bons citoyens veillent : dès potron-minet, la publication de ces quelques lignes dans le Fig a déclenché un feu grégeois sur Twitter. Cependant que 20 Minutes dénonce une brève « tout ce qu’il y a de plus sexiste et presque venue d’un autre temps », Cécile Duflot décrète lapidairement : « Bornes du sexisme crapoteux franchies », non sans épingler au passage Michel Grossiord, responsable de la rubrique Echos du Figaro. Dans la foulée, sur les ondes d’Europe 1, l’inévitable Jean-Michel Aphatie prononce son sermon du midi : « La misogynie d’Alexis Tsipras mérite d’être soulignée et aussi celle du rédacteur du Figaro qui reprend tout cela sans sourciller. »

Puisqu’il faut désormais tourner sa plume sept fois avant d’écrire, je retiens la leçon et m’excuse par avance auprès de tous les gentils progressistes que le ton parfois sardonique de cette brève aura choqués. N’empêche, j’ai vu toutes les photos disponibles d’Evridiki, et personne ne m’empêchera de penser qu’elle est rudement bien roulée.[/access]

Novembre 2015 #29

Article extrait du Magazine Causeur


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