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La reine Esther, d’avant-hier à aujourd’hui

Juifs et Perses : une longue histoire


La reine Esther, d’avant-hier à aujourd’hui
L'ayatollah Ali Khamenei (1939-2026), ici photographié en 2012 © AY-COLLECTION/SIPA

Pourim célèbre l’histoire de Esther, reine juive de Perse qui, selon le récit du Livre d’Esther sous le règne de Xerxès Ier, sauva son peuple d’un complot d’extermination mené par Aman. Les croyants peuvent voir un parallèle entre cette délivrance antique et les attaques récentes d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, présenté ici comme l’« Amalek » contemporain menaçant l’existence d’Israël…


480 ans avant notre ère

Assuérus, alias Xerxès-le-grand, roi de Perse au Ve siècle avant Jésus-Christ, est plus connu du public français par la littérature que par l’Histoire : Racine l’a fait passer à la postérité comme vedette en compagnie d’Esther, son épouse juive, qui sauva son peuple de l’extermination voulue par le méchant vizir Aman.

Le véritable Assuérus a régné de 486 à 465 av. J.-C. À cette époque, les Amalécites, tribus nomades du Sinaï (aujourd’hui éteintes), représentaient l’archétype de l’ennemi acharné à l’éradication des Juifs. Aujourd’hui, les Juifs s’y réfèrent au singulier : le mal absolu se nomme Amalek et son souvenir doit appeler toutes les générations à la vigilance.

Aman, descendant de l’Amalek d’origine, était arrivé au plus haut poste de la hiérarchie perse : grand vizir et conseiller du roi. Il avait profité de sa position pour obtenir l’autorisation d’exterminer tous les Juifs du Royaume. C’était compter sans la reine Esther, à qui son oncle Mardochée avait conseillé de ne pas révéler sa religion à son époux lorsqu’elle avait gagné la compétition lancée sur tout le royaume. Elle ne lui avoua de quel peuple elle était issue que quand celui-ci fut promis à l’éradication. Cette révélation, au moment où Aman se voyait déjà en haut de l’affiche des tueurs de Juifs, fit basculer l’histoire. Le méchant fut vaincu et les époux royaux coulèrent des jours heureux, jusqu’à l’assassinat du roi en – 465 par un personnage oublié depuis.

Racine s’est inspiré de l’histoire d’Esther, telle qu’elle est narrée chaque année lors de la fête juive de Pourim, qui célèbre la victoire de la vie sur Amalek, le Terminator suprême.

Janvier 1689, Première d’Esther, tragédie de Racine en vers et en trois actes

Esther était une commande de Madame de Maintenon, dont la belle carrière, commencée à la Cour du roi Soleil comme gouvernante des enfants illégitimes qu’il avait eus avec Mme de Montespan, se termina par son mariage avec lui. Malgré (ou peut-être à cause de) sa relation adultère, elle était tombée en religion et observait à la Cour une attitude réservée et modeste. Son influence sur Louis XIV était considérable. Il fut très généreux avec sa danseuse, devenue son épouse secrète. Plutôt qu’en bijoux, celle-ci investit ses cadeaux sonnants et trébuchants dans un pensionnat pour jeunes filles nobles et désargentées. À la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, les jeunes pensionnaires recevaient une éducation de haut niveau et se voyaient offrir une dot afin de se marier « correctement ».

Mme de Maintenon eut l’idée de génie de mêler l’utile à l’agréable pour ses élèves. Afin d’encourager leurs penchants les plus nobles, elle commanda à Racine « quelque sujet de piété et de morale, une espèce de poème où le chant fût mêlé avec le récit ». Il s’inspira du Livre d’Esther, un thème biblique exaltant le courage et le sacrifice personnel au profit du bien commun.

Amalek, la malédiction de tous les temps

Dans le Talmud, Amalek est l’archétype du mal absolu, symbole des forces qui s’opposent à Israël et à la Torah. Il est l’ennemi qui attaque sans raison, auquel l’Homme doit résister comme il résiste à ses propres péchés… mais aussi à ceux qui menacent sa fidélité à la Torah.

Jésus a préconisé de tendre la joue gauche, non sans avoir été, lui-même, un jeune rabbin indépendantiste, résistant à l’occupant romain, qui était l’Amalek de sa génération.

Dans le calendrier juif de 5786 (2026 de notre ère), Pourim est tombé le 2 mars.

En 2026, la Perse s’appelle République islamique d’Iran et Amalek/Aman est personnifié par Khamenei.

Il a été vaincu, la veille de Pourim, par l’alliance du Grand et du Petit Satan. Une fois de plus, la tentative d’éradication du peuple juif s’est soldée par la destitution du comploteur et par sa mort.

Les Juifs religieux voient la main divine dans cette concordance des temps. Les Juifs athées se réjouissent comme les autres de l’avoir échappée belle.

Tous vivaient dans l’angoisse depuis que le président américain Obama avait contourné le Congrès pour sauver la peau des mollahs en signant un accord léonin qui leur facilitait l’acquisition de l’arme atomique. Depuis Khomeini, ils ne faisaient pas mystère de son objectif : rayer Israël de la carte. En V.O, Emam Khomeini goft ke in rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad : « L’Imam Khomeini a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps. »

La première administration Trump n’avait éloigné le danger que pendant une petite parenthèse, refermée par son successeur démocrate, qui avait apporté aux tyrans islamistes une bouffée d’air indispensable et les millions de dollars nécessaires à leur entreprise éradicatrice.

Le Trump millésime 2026 est aussi imprévisible que sa cuvée 2017, mais avec l’expérience en plus et la perspective des élections en moins, puisqu’il ne peut pas candidater à sa propre succession.

Après des négociations infructueuses avec l’Iran, il a lancé, en collaboration avec Israël, une attaque de grande ampleur qui a étêté les différents états-majors voués à la destruction de l’Occident : 40 hauts responsables tués en une minute !

La tradition juive veut que chaque génération soit confrontée à son Amalek. Celui du 7-octobre, financé par l’Iran, eut mérité les vers de Racine :

On doit de tous les Juifs exterminer la race.
Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés.
Les glaives, les couteaux sont déjà préparés.
Toute la nation à la fois est proscrite.

La pièce de Racine a été jouée, en 1689, par les pensionnaires de Saint-Cyr. Elles tenaient tous les rôles, ceux du roi et du vizir, comme celui de la reine.

Depuis 1979, Amalek a été successivement Khomeiny, Ahmadinedjad, Khamenei…

Quant à Esther, elle prend, depuis quelques jours, les traits de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou : la Meguilat Esther[1] en version gender fluid !


[1] En hébreu, « Meguilat Esther » est le rouleau sur lequel est inscrit l’épisode mettant en scène Assuérus, aman, Esther et Mardochée.



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essayiste, conférencière, traductrice, auteur de plus de 30 ouvrages, dont plusieurs sur les conflits du Moyen-Orient

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