Photo : Chesi - Fotos CC.

« Les yeux du monde entier sont tournés vers l’Europe » vient de déclarer Timothy Geithner, secrétaire américain au Trésor.

Il y va un peu fort, Timothy. Au Paraguay par exemple, il y a de bonnes chances que les problèmes de l’Europe ne perturbent pas grand monde. De même, je suis prête à parier que plus de 97 % des habitants de Kuala Lumpur pensent à autre chose qu’au sommet qui s’ouvre aujourd’hui, et qui « se conclura enfin par l’annonce de mesures crédibles de stabilisation de la situation financière de la zone euro », comme l’anticipait un « expert » interrogé cette semaine par Le Parisien. Il faut dire qu’à Kuala Lumpur, on est drôlement inconséquent.

En Norvège aussi, d’ailleurs, comme le laissait récemment entendre le scandinavophobe impénitent Patrick Besson. On savait, depuis longtemps déjà, que l’homme Africain n’est « pas encore entré dans l’histoire ». Mais on savait moins, en revanche, que l’homme Norvégien n’a rien compris au « sens de l’histoire ». Tenez, hier, un sondage publié par le journal Nationen relayé par La Tribune révélait que près de 80% des Norvégiens s’opposent à la perspective de l’entrée de leur pays dans l’Union. Pis, ils semblent décidés à jouir tranquillement des bénéfices que leur procure leur manne pétrolière, sans même envisager de partager avec leurs voisins les aléas d’une crise économique majeure. C’est dire si ces gens-là sont europhobes.

Il n’y a donc guère que Timothy Geithner pour se soucier encore de ce qui se passera jeudi et vendredi entre les membres des vingt-sept, ou des seuls dix-sept, voire du seul couple Merkozy, si tous les autres participants préfèrent aller boire un coup à la cafète pendant qu’Angela et Nicolas se font des politesses devant une poignée de caméras.

Ainsi, les efforts de nos gouvernants pour faire « du comique de répétition une arme possible contre la crise » (Frédéric Lordon) commencent à nous lasser un tantinet. Pourtant, les gentils organisateurs de ces symposiums à répétition ne ménagent pas leurs efforts pour créer la surprise. Tantôt on sauve la Grèce, puis son Premier ministre s’emploie à tout démolir en envisageant un référendum. Tantôt on créée des « mécanismes de sauvegarde », puis les agences de notation viennent nous rire à la barbe en menaçant de dégrader tout le monde. Tantôt, enfin, on nous promet une législation flambant neuve qui gravera la règle d’or dans le marbre des traités et nous fera basculer dans un ordoférédalisme carcéral digne des meilleurs moments de feue l’Union soviétique. Hélas, on s’avise un peu tard que ledit traité ne sera jamais prêt avant le scrutin présidentiel français, ni peut-être même avant les prochaines élections fédérales allemandes….

Pour autant, il ne faut pas forcément désespérer de l’Europe. Il est vrai que le sommet de cette semaine sera le septième en deux ans. Mais, si les six premiers n’étaient que des entraînements, celui-ci devrait faire des étincelles. Comme on dit dans nos armées : « entraînement difficile, guerre facile ».

Et puis, lors des six précédentes rencontres, il faut bien avouer qu’on n’était pas prêt. Les scénaristes étaient mauvais, les réalisateurs vaguement alcoolisés, et les producteurs impécunieux. Le premier sommet, en mai 2010, était un tour de chauffe. On sait combien les premières fois sont souvent décevantes. Le second (novembre 2010) avait déjà meilleure allure. C’est lui qui permit de « sauver » l’Irlande, en lui octroyant 85 milliards d’aide. Le troisième (mars 2011), fut hélas concomitant avec les débats qui divisèrent les européens sur l’affaire libyenne. Lors du quatrième (juillet 2011), il faisait trop chaud, et tout le monde ne songeait qu’à partir en vacances. Quant au dernier en date (27 octobre 2011), tout le monde sait que s’il a raté, c’est de la faute de Papandréou.

Le septième sommet sera donc le bon. A la fin de cette semaine le doux rêve hugolien des Etats-Unis d’Europe sera définitivement ravivé, et l’on pourra se reposer, comme Dieu le fit au septième jour, après avoir accompli son œuvre.

Tiens donc, vous avez des doutes ? C’est vrai, j’allais oublier : « Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia ». Mais le gros inconvénient, c’est qu’après chaque dimanche, se lève un nouveau lundi.

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