Si vous espériez ne plus recevoir de leçon de morale de la part de certains médias après l’épisode de la « Ligue du LOL », c’est raté. Certains journalistes directement concernés ou non n’y voient pas une faute personnelle, mais celle de tous les hommes. Accusée masculinité, levez-vous !


On pouvait attendre de la révélation du scandale de la « Ligue du LOL » au moins un bénéfice : pris la main dans le sac, les plus zélés apôtres du camp du Bien contiendraient peut-être, l’espace d’une semaine, leurs ardeurs moralisatrices. Espoir déçu. Journaliste à Télérama et ancien membre de la « Ligue du LOL », Olivier Tesquet trouvait le moyen, au cœur même de son message d’excuse, de mettre en cause la structure de domination masculine: « Ce sont les femmes et les racisés qui en font les frais. Chaque homme devrait se saisir de ce moment pour y réfléchir. »

Réfléchissons, donc. Cette déclaration, surréaliste quand on y pense – le complice d’un lynchage invitant tous les hommes, qui n’ont rien demandé, à battre leur coulpe avec lui – ne tombe pas du ciel. Elle est révélatrice d’un contexte médiatique où la « guerre des sexes » est une évidence qui n’appelle plus aucun argument.

Adieu la responsabilité individuelle

Quand une bande d’insondables imbéciles harcèle des individus durant des années, diffuse des insultes et des photomontages dégradants, détruit des carrières, intimide, lynche, humilie, ils font preuve de « masculinisme » (Le Temps), ils ont une mentalité de « boys’ club » (Slate), ils révèlent la perversion des « structures de domination masculine » (Libération). Adieu la responsabilité individuelle : c’est l’être-mâle dans son ensemble qui fait problème. De la même manière que toutes les femmes sont visées par le meurtre d’une seule femme (c’est le sens du néologisme « féminicide »), tous les hommes sont désormais coupables des exactions de quelques mâles. Rarement « pensée » aussi absurdement communautaire n’aura été relayée dans un tel enthousiasme médiatique.

« Amorcez votre introspection »

Pour nous autres êtres masculins, l’injonction est de toute façon claire. Il convient de déraciner en nous cet atavisme. D’ « amorcer notre introspection ». De montrer patte blanche. De confesser des crimes que nous n’avons pas commis. De renoncer aux traits embarrassants légués par une histoire criminelle et des millénaires d’évolution violente. De devenir une femme comme les autres. Peu importe si la masculinité, prise comme idéal, appelle les comportements exactement opposés à ceux de la « Ligue du LOL » : sens de la responsabilité, respect des femmes, défense des plus faibles, tenue d’un langage droit et authentique, à mille lieues du second degré perpétuel qui est le propre des natures fuyantes.

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Peu importe si sous d’autres cieux « moins civilisés » ces femmes harcelées eussent été défendues physiquement, l’affaire se concluant par un cassage de gueule en règle, puisqu’on y trouve toujours quelque aimable brute – frère, père, homme de main, prétendant zélé – prompte à écraser du geek harceleur aux bras en forme d’ailes de poulet.

Cette parole, certes, n’est plus audible. C’est l’éradication de la masculinité, non son éducation, que notre époque se propose comme prochaine aventure.

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