Un festival de pleurnicherie a accompagné l’arrestation des lycéens de Mantes-la-Jolie, début décembre. Au point de faire passer les coupables de violence pour des victimes de l’ordre policier. L’édito d’Elisabeth Lévy.


L’un des rares avantages dans le fait de vieillir est qu’on devient plus raisonnable – pour ne pas dire moins con. Symétriquement, l’une des grandes vertus de la jeunesse est qu’on peut proférer des énormités avec le sentiment excitant de faire trembler l’ordre établi. Que des lycéens aient sauté sur la première occasion de jouer à « Je nique la police », faisant au passage le jeu des racailles qui se glissent dans toute mobilisation, n’est ni étonnant ni pendable. Il est plus inquiétant que des adultes les encouragent dans leurs fantasmes de résistants d’opérette, rivalisant dans la bêtification compassionnelle teintée d’admiration. Comme le disait Muray1, le jeunisme est un naufrage.

« Indigne », « choquant », « inadmissible »,…

L’affaire de Mantes-la-Jolie éclate le jeudi 6 décembre, alors que, depuis plusieurs jours, des lycéens profitent de la dynamique « gilets jaunes » pour apporter leur contribution au bazar ambiant. Une vidéo montrant une scène effectivement digne d’une mauvaise série américaine circule sur internet. On y voit quelques dizaines de jeunes, agenouillés, les mains sur la tête, gardés par des policiers l’arme au poing. « Une classe bien sage », ironise l’un d’eux hors champ (j’ai honte, ça m’a fait rire).

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C’est un festival de pleurnicherie, un feu d’artifice d’indignation, un flot de plaintes qui dégouline sur ces petits anges (dont certains étaient armés de battes de base-ball). Des professeurs qui demandaient hier de la fermeté flattent la juste colère de leurs élèves. À l’image de Benoît Hamon, tous les éternels jeunes de la politique française s’émeuvent bruyamment. « Indigne », « choquant », « inadmissible », « jeunesse humiliée ». Des mères racontent le traumatisme subi par leur enfant, s’inquiétant qu’il paraisse aller très bien. On convoque Pinochet et même, comme ce jeune docteur en quelque chose, sur un plateau télé, les heures les plus sombres (de si longues études pour ça). Le Défenseur des droits qui, il y a peu, recommandait que l’on s’assoie sur la présomption d’innocence des hommes accusés de crimes sexuels, ouvre une enquête, parce que la présomption d’innocence de jeunes gens qui se filment à longueur de temps a fâcheusement été bafouée par la diffusion des images.

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Janvier 2019 - Causeur #64

Article extrait du Magazine Causeur

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