Après plusieurs jours de violences provoquées par des groupes d’extrême gauche soutenant des squats dans la ville saxonne, les autorités durcissent le ton. Et pointent du doigt certains responsables du parti Die Linke.


Tout a commencé le 2 septembre dernier par l’expulsion par la police d’occupants illégaux de logements dans le quartier de Connewitz(1). Un prétexte idéal pour quelques centaines de militants d’extrême gauche et autres antifas pour mettre à sac le quartier pendant trois nuits, et affronter les forces de l’ordre – jets de pierre, incendies volontaires, destruction de mobilier urbain… les émeutiers s’en sont donné à cœur joie. Bilan : une douzaine de policiers blessés et plusieurs vagues d’interpellations.

La réaction des autorités ne s’est pas fait attendre. Le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer (CDU) s’est insurgé contre ces débordements. « Le combat est engagé contre ces individus qui attaquent la police avec une violence perverse, […] nous les empêcherons de nuire », a notamment déclaré Kretschmer, qui entend bien « défendre la propriété et les règles de l’État de droit »(2). Le maire social-démocrate de Leipzig, Burkhard Jung, a également « fermement » condamné les violences. Il est toutefois critiqué par certains habitants pour avoir trop longtemps toléré les squats et tardé à faire respecter la loi. Ce qui n’est pas sans rappeler des situations similaires à Hambourg notamment, connue pour être un bastion de l’extrême gauche en Allemagne.

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Ce genre d’affrontement n’est d’ailleurs pas nouveau en Saxe. En 2015 notamment, la police avait déjà essuyé des violences similaires(3). A nouveau, le chef de la police de Leipzig, Torsten Schultze, a déploré ces violences en qualifiant les émeutiers « d’extrémistes de gauche » et s’est félicité que le bon équipement de protection des policiers ait permis d’éviter des blessures beaucoup plus graves.

« Tous les moyens sont bons pour ces gens-là, y compris la violence »

Selon Klaus Staeubert, éditorialiste pour la Leipziger Volkszeitung, la focalisation permanente des autorités et de l’opinion publique sur la menace d’extrême droite radicale (certes réellement présente en Saxe également) occulte le danger que représentent les groupes d’extrême gauche, dont la violence ne fait qu’augmenter au fil des années. « Les squatters présentent ces actes comme de la désobéissance civile face au problème des appartements vacants, des loyers élevés et des spéculateurs immobiliers. Ils prétendent montrer l’exemple […] mais même la cause la plus noble ne justifie pas les moyens. Or tous les moyens sont bons pour ces gens-là, y compris la violence », écrit-il notamment(4). Il faut savoir que la ville a gagné 100 000 habitants en seulement dix ans, ce qui lui vaut parfois le surnom de « Hypezig ». Malgré une augmentation des loyers depuis, les prix restent faibles comparés à des villes comme Munich ou même Berlin. Et quoi qu’il en soit, comme l’a rappelé Michael Kretschmer, les émeutiers ne poursuivent de toute façon pas d’objectifs politiques liés à la « cause » du logement. « Ces personnes ne sont pas intéressées par ce sujet. Tout ce qu’elles veulent, c’est agir contre notre système juridique »(5).

Le double discours de certains responsables de gauche

Quand on observe la situation de plus près, on s’aperçoit que ces groupes violents bénéficient de la clémence, pour ne pas dire parfois du soutien (actif ou tacite) de certains politiques de gauche, notamment au sein du parti Die Linke, « équivalent » allemand de La France Insoumise, idéologiquement parlant. Le quotidien Die Welt, dans une excellente enquête(6), parle même de « collusion » entre les deux milieux. « Le parti et son organisation de jeunesse (la Linksjugend Solid, NDLR) entretiennent des contacts étroits avec le camp de gauche radicale de Leipzig. Les liens financiers sont également avérés », pointe notamment le journal. Et de continuer, un brin ironique : « Aux abords de l’émeute du week-end dernier, au cours de laquelle de nombreux policiers ont été blessés, la Linksjugend Leipzig a mis en place un stand d’information ». On y distribuait notamment des dépliants célébrant les vingt ans du Linxxnet, un « lieu de rencontre et de réflexion » très controversé car on y a souvent vu, bras dessus bras dessous, des responsables Die Linke (comme la députée Juliane Nagel) avec des militants violents bien connus des services de police, notamment ceux du mouvement Prisma. Le weekend dernier, Nagel a été pointée du doigt pour avoir retweeté un message à ses 18 000 abonnés appelant, en termes à peine voilés, à la rébellion face aux force de l’ordre.

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Au demeurant, le 3 septembre dernier, le journal de gauche Neues Deutschland n’a rien trouvé de mieux à faire que de célébrer Linxxnet et le « combat social » à venir pendant le weekend(7). Selon l’article, Linxxnet est une « bonne école de politique professionnelle ». Il faut dire que son co-fondateur Heike Werner est maintenant ministre des Affaires sociales de Thuringe ; un sénateur berlinois, Sebastian Scheel, y a déjà travaillé et enfin, la ministre actuelle des Affaires sociales du Brandebourg, Susanna Karawanskij, y a effectué un stage par le passé. Le centre est également bien mis en réseau avec la direction fédérale du parti Die Linke.

Interrogé par la Frankfurter Allgemeine Zeitung sur ces débordements(8), le responsable local du parti Die Linke, Adam Bednarsky, à qui visiblement une condamnation ferme des violences écorcherait la bouche, a tenu des propos très ambigus. Même s’il a reconnu que les violences ne « pouvaient être justifiées », il les a minimisées en affirmant que quand une « poubelle (sic) brûle, l’attention des politiciens et des médias [sur les problèmes de logement] est plus grande ». Et repris une vieille antienne de la gauche radicale, la « présence policière » prétendument trop importante à Connewitz.

La crainte de nouveaux débordements

La police examine désormais la possibilité de nouvelles manifestations et rassemblements dans la ville dans les jours qui viennent, selon sa porte-parole Maria Braunsdorf(9). Les autorités craignent en effet de nouvelles violences. Un sommet UE-Chine devait se tenir dans la ville le weekend prochain, mais il a été annulé en raison du Covid-19. Les radicaux de gauche appellent néanmoins à des « journées d’action », avec pour devise « Prenez d’assaut la forteresse – Brisez toutes les frontières » (« Storm the fortress, break all borders »).

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