Quand Theresa May, le 18 avril, annonce des élections au Parlement pour le 8 juin, elle a une avance de 24 points sur les travaillistes dans les sondages, augurant d’une victoire écrasante dans les urnes. Aujourd’hui, on ne sait plus où on en est. Seule certitude, cet écart s’est resserré. Mais les différentes enquêtes d’opinion donnent des résultats très divergents, allant de trois à quinze points d’écart entre conservateurs et travaillistes. C’est à y perdre son latin (comme le dirait Mme Vallaud-Belkacem). Quoi qu’il en soit, la perspective d’une augmentation salutaire de la majorité conservatrice au Parlement semble pour l’instant s’estomper. La nouvelle dame de fer a-t-elle perdu son pouvoir magique et du coup son sang-froid ?

La question se pose avec d’autant plus d’acuité qu’elle a refusé de participer, mercredi 31 mai, à un débat télévisé avec les six autres chefs de parti, délégant à son ministre de l’Intérieur, Amber Rudd, la rude tâche de défendre le gouvernement. Ses opposants, Jeremy Corbyn en tête, ont exploité ce refus, le stigmatisant comme le signe d’une abdication, comme le symptôme d’un manque de leadership précisément chez celle qui se prétendait seule capable à la fois de gouverner le pays et de négocier le Brexit.

Le coup de Trafalgar de Jeremy Corbyn

Les difficultés pour Theresa May ont commencé il y a deux semaines, lors du lancement du manifeste de son parti. Une proposition sur le financement des aides sociales pour les personnes âgées, suivie d’un cafouillage de communication, a laissé la porte ouverte à des attaques de la gauche qui, dans une atmosphère générale aussi imprévisible que celle du référendum d’il y a un an, ont fait mouche. Ajoutant une nouvelle mesure pour tempérer sa réforme, Theresa May a été accusée par ses adversaires – de manière injuste mais efficace – de faire ce que Margaret Thatcher a toujours refusé de faire : « a u-turn ». Comprenez, un revirement à 180°.

Dans ce contexte aussi étrange qu’un conte de Lewis Carroll, le maître anglais de la littérature du « nonsense », toute la question du Brexit est marginalisée par les médias et le public, pendant que Jeremy Corbyn, sans rien changer à sa politique ultra-gauchiste, commence à acquérir un petit capital de sympathie auprès de l’électorat. En principe, les leaders des deux partis principaux ne devaient pas participer personnellement au débat télévisé du 31, puisqu’ils avaient déjà, le soir du 29, subi à tour de rôle un grand oral cathodique devant un public invité, suivi d’un interrogatoire musclé de la part du doyen des inquisiteurs médiatiques de la BBC, Jeremy Paxman. Gonflé par ce mouvement en sa faveur, Jeremy Corbyn a décidé au dernier moment de déborder Theresa May et d’annoncer sa participation au débat contradictoire. L’absence de cette dernière a entraîné une accusation de « lâcheté » en contraste flagrant avec sa devise : « un leadership fort et stable. »

En réalité, ce débat télévisé a été bruyant, chaotique et tout sauf probant, offrant surtout aux petits candidats – comme son équivalent en France – l’opportunité de vivre leur quart d’heure de gloire. Jeremy Corbyn lui-même n’est pas arrivé à se distinguer du lot. Il y a deux ans, lors des dernières élections, David Cameron avait décliné la participation à ce débat, ce qui ne l’avait pas empêché de gagner une majorité en dépit de sondages défavorables. Cette année, il est douteux que la population qui a voté le Brexit se prononce pour les augmentations d’impôts et les renationalisations promises par Jeremy Corbyn. En 1987, à une semaine des élections, les enquêtes d’opinion donnaient Margaret Thatcher perdante. Sept jours plus tard, elle avait une majorité de 102 sièges au Parlement. Reste à savoir si Theresa May a aussi des nerfs d’acier.

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est universitaire, écrivain, consultant.Président des Conservateurs britanniques de Paris.