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Le Christ étonné

Le Christ étonné
Image d'illustration Unsplash

Dans son livre Le Christ étonné, Daniel Pézeril, ancien évêque de Paris, raconte une rencontre singulière.


Daniel Pézeril faisait sa retraite annuelle dans l’abbaye bénédictine Saint-Martin de Beuron, au bord du Danube, dans un site très romantique. En sortant de l’église, il tomba, dans une petite librairie, sur une image inhabituelle, d’un Christ en bois du XIIème siècle, sculptée par un artisan inconnu du hameau de Wolfartsweiler, près de Saulgau. Il fut troublé par l’indicible étonnement qu’exprimait le crucifié, un étonnement de pauvre. « Ce n’était pas d’abord sa douleur, attestée par les traces de sang, son visage amaigri, las, aux orbites exagérées, les lèvres silencieuses bien qu’entrouvertes mais, agrandi par l’écartèlement des paupières, un regard immobile parce que déconcerté, tourné vers une hallucination intérieure, brûlant d’une interrogation inattendue sur soi-même, comme il arrive au plus petit d’entre nous ». Le Vendredi Saint, à l’Office des Ténèbres, le chœur psalmodie le chant dit des impropères (reproches) : « O mon peuple, que t’ai-je fait ? » Et le père Pézeril d’expliquer.

Le Christ étonné : le verbe grec « thaumadzein » est employé une trentaine de fois dans l’Evangile au sens de s’émerveiller, admirer, être surpris favorablement. Une seule fois, il l’est au sens de « être saisi de tristesse » précisément pour Jésus et dans un passage précis. Revenu à Nazareth, « sa patrie » où il a été élevé, Jésus, nous disent les synoptiques, entra, un jour, dans la Synagogue, selon son habitude et se leva pour lire l’Ecriture. On connaît la réaction des auditeurs: ils sont frappés, choqués. Se heurtant à leur manque de foi, Jésus, ne put faire, ce jour-là, de miracles. Tout « étonné » dit le texte grec, Jésus confia sans doute sa tristesse et son étonnement à ses futurs apôtres qui l’ont rapportée. Et Monseigneur Pézeril de relever « la conscience critique, toute moderne », de Jésus, que « la pierre d’achoppement » à laquelle se heurtaient les hommes était sa personne : cela est toujours vrai.

Il est un autre Christ qui surprend également, autrement : « Le Christ souriant de Javier » qui se trouve dans le château de Javier, sur une éminence de la sierra de Leyre, en Navarre, près de Pampelune, où naquit, le 7 avril 1507, saint François Xavier (graphie originale, basque, de Javier, signifiant « maison nouvelle »). Ce crucifix, situé dans la chapelle du château, taillé dans un bois de noyer, montre un Christ, les yeux clos, sur un sourire.

Les Encyclopédistes ont formé un modèle d’homme nouveau— le nôtre— fait de culture, de science et d’athéisme. Monseigneur Daniel Pézeril, homme de grande culture, fut toujours fasciné par la pensée non chrétienne, en particulier celle de Spinoza, sur lequel il écrivit un livre passionnant : Spinoza, l’étranger, préfacé par Florence Delay, qui devait figurer dans Le Christ étonné. Tout autant qu’il le fut du jeune saint Augustin élevé dans une culture païenne, Monseigneur Pézeril serait-il étonné de voir « actées » chez nos contemporains, après la mort de Dieu, celle de l’Eglise ? L’auteur de Pauvre et saint curé d’Ars (1959), celui qui déchiffra et édita les Cahiers de Monsieur Ouine de Georges Bernanos qu’il accompagna jusqu’à sa mort. Celui qui fut déclaré « Juste parmi les nations » naquit à la Serena et mourut, en 1998, dans la nuit du 22 au 23 avril, le jour du samedi saint.

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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