La Vierge Marie était aussi femme et mère. Sophie Chauveau nous le fait découvrir dans l’émouvant Journal de grossesse de la vierge Marie. Sans doute pas très catholique, mais tellement humain.


Le titre du livre en scandalisera plus d’un. Journal de grossesse de la vierge Marie (Editions Télémaque). Le mot « grossesse » ici rend justice à la femme qu’elle était. Mais il lui enlève les habits purs et immaculés dont l’avaient revêtue les pères de l’Église. Choquant ? Certes, mais tellement vrai.

Un travail de bénédictin

Le livre se présente sous la forme d’un journal qu’aurait tenu Marie. En effet, contrairement à la majorité des femmes juives de l’époque, considérées comme moins que rien, elle savait lire et écrire, en araméen et en hébreu. Pour lui rendre sa féminité, Sophie Chauveau a beaucoup lu.

La Torah, les Évangiles, les apocryphes, le Coran. Une érudition soignée qui lui permet de décrire la Palestine de l’époque, la riante Galilée et la femme Marie. Un travail de bénédictin (si l’on peut dire) nécessaire pour dire une autre vérité que celle consacrée par l’Église. Et ça, seule une femme qui a connu les joies de la grossesse et les beautés de l’enfantement pouvait le faire.

Avec Marie, s’accomplit la prophétie d’Isaïe : « Le fruit de tes entrailles (…) ». Toutes les femmes juives du temps de Marie attendaient de porter dans leur ventre le Messie. C’est lui qui viendrait délivrer le peuple juif de l’oppression romaine. C’en serait fini de la servitude. Et ainsi viendraient les temps de la parousie.

Et Gabriel apparut

Dans le Journal de grossesse de la vierge Marie, il y a une scène magnifique quand lui apparaît l’archange Gabriel. Il lui annonce qu’elle va donner naissance au Messie. La jeune Marie est stupéfaite. « Mais comment, car je n’ai pas connu d’homme ? ». Gabriel lui dit alors qu’elle serait visitée par le Saint-Esprit. À ce moment-là, la toute jeune Marie, n’est encore que fiancée à Joseph. Elle est donc vierge. Et elle reste éblouie, un temps incrédule d’avoir été élue entre toutes.

Le dogme de la virginité de Marie vient de là. Au cours des siècles, l’Église le fortifiera tant elle aura eu besoin de rendre pure la mère de Dieu afin d’effacer le péché originel d’Ève. Sophie Chauveau ne semble pas faire grand cas de la virginité de Marie. Elle rappelle qu’après la naissance de Jésus, Marie a donné naissance à Jacques, son jeune frère. Le Saint-Esprit n’y était manifestement pour rien.

Pécher sans concevoir ?

Comment l’Église s’arrange-t-elle avec « la virginité perpétuelle de Marie » qu’elle proclame ? Sophie Chauveau qui a, rappelons-le, beaucoup lu, appelle à la rescousse le cardinal Ratzinger, le futur Benoît XVI : « La divinité de Jésus ne doit rien à la virginité de Marie ».

Une façon de dire que celle-ci, bien que réaffirmée, n’est pas de première importance. Lisez le livre de Sophie Chauveau, vous n’apprendrez peut-être pas tout sur Marie. Mais beaucoup sur les femmes. Et ce n’est pas si mal. Un petit et amical bémol, toutefois, Sophie Chauveau qui connaît bien son « Je vous salue, Marie » n’a pas pensé à une autre prière citée jadis par les filles de nos campagnes « Ô Vierge Marie, toi qui a conçu sans pécher, aidez-moi à pécher sans concevoir ».

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