Dans une tribune publiée la semaine dernière par Mediapart, Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle anti-discriminations de la fondation Terra Nova et Asif Arif, avocat au barreau de Paris, reprochent à Najat Vallaud-Belkacem sa gestion des dossiers liés au port de la jupe longue dans certaines écoles. Si l’interprétation du port de ces jupes comme une atteinte à la laïcité pose effectivement question, l’argumentaire des deux signataires du texte laisse pour le moins songeur.

Tout d’abord, ils nous rappellent qu’une ministre de l’Education Nationale, doit, comme tout le monde à l’école, être au service des parents : « Pourquoi n’êtes-vous pas allée à la rencontre des parents de Sarah pour discuter et, in fine, apaiser le débat ? »

Que les ministres ne se déplacent même pas pour ce genre de problèmes, alors que depuis une dizaine d’années, les chefs d’établissement accueillent à bras ouverts les parents venant se plaindre de tel ou tel professeur et écoutent avec compassion leus litanies, il faut avouer que c’est un peu fort de café. Sans compter que le ministre des transports n’a toujours pas bougé le petit doigt pour régler le contentieux que j’ai avec la SNCF depuis novembre 2014 et que j’attends toujours des nouvelles de Stéphane Le Foll concernant les dommages et intérêts que je lui réclame suite au piétinement de mes tomates cerises par un voisin.

Ensuite, nos deux pédagogues émérites font remarquer que ce n’est pas le rôle du ministre de faire confiance aveuglément à tous les acteurs de terrain, qui, des professeurs jusqu’au recteur en passant par le chef d’établissement, sont pour une fois d’accord : « cette élève aurait commis des actes de prosélytisme, ce dont d’ailleurs la maman se défend […] il serait avantageux, afin de ne pas faire circuler dans les médias des idées qui porteraient préjudices aux droits des administrés, que vous justifiiez un peu plus vos propos… En d’autres termes, que vous apportiez des preuves ! ». Un ministre de l’Education ne doit pas simplement se contenter d’aller rencontrer les parents sur le terrain pour les caresser dans le sens du poil, il doit aussi se mettre en quatre pour trouver tous les éléments possibles susceptibles d’étayer leur version et se substituer au défenseur des droits ou à l’avocat commis d’office : c’est son boulot, quand même !

Enfin, les deux défenseurs des opprimés reprochent à Vallaud-Belakacem d’avoir omis de prendre en compte le statut de victimes éternelles des élèves en question dont ils n’ont pas manqué de noter, sans aucun sous-entendu, qu’elles étaient « comme par hasard musulmanes » : « Concrètement, que peut-il être reproché à cette élève mis à part son apparence physique, en l’occurrence sa tenue ? » Rien, effectivement puisque c’est précisément ça qu’on leur reproche.

« En les accusant sans fondement sur des chaînes de télévision nationales, vous les faites passer pour des malfrats, des personnes qui auraient commis un délit ! » ajoutent-ils.

Et les deux hommes, bien décidés à ne céder à aucune idéologie, de conclure qu’il faut, une bonne fois pour toutes, que « ces attaques incessantes contre les élèves musulmanes cessent ». Le problème, actuellement, comme le notent si bien ces deux analystes, ce ne sont pas les attaques contre la laïcité, ce ne sont pas non plus les attaques contre les juifs ou les chrétiens ni même contre les musulmans, mais les attaques « incessantes » contre les élèves musulmanes « discriminées en raison de leur religion ». Heureusement, grâce à nos deux vigilants censeurs, la République a encore de beaux jours devant elle.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00712383_000016.

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