Une tribune libre du député serbe Jovan Palalić et d’Alexis Troude


Pour l’opinion publique en Serbie, cela a été une grande surprise de lire dans les médias occidentaux des textes positifs sur leur pays.

Étant la cible d’attaques dirigées sans fondement contre leur politique pendant des années, les Serbes sont tout à coup devenus le sujet d’une grande attention et de compliments en raison de leur stratégie concernant l’achat de vaccins et la procédure de vaccination de la population.

Le plus étonnant est que la Serbie est devenue le leader en Europe concernant la vaccination de ses citoyens. Les vaccins arrivent en Serbie de plusieurs côtés, ce qui en réalité signifie que, dans différents centres de vaccination, les citoyens serbes ont un choix très large de vaccins : russe ou chinois, ou bien ceux produit par « Pfizer » ou « AstraZeneca ». Parallèlement, la production du vaccin russe Spoutnik V va bientôt commencer sur le territoire serbe. Le but du gouvernement, d’ici la fin de l’année, est que la production du vaccin assure non seulement le processus de vaccination des citoyens serbes, mais aussi l’exportation du vaccin dans la région des Balkans. Dès le 17 février, des doses ont été envoyées au voisin monténégrin et à l’été 2021, une usine en Serbie produira des doses sous licence russe.

Un pays proche de la Russie

Les Serbes sont un peuple européen. Même si la Serbie continue et maintient son processus d’adhésion à l’UE, elle reste toujours fidèle à son partenariat avec la Russie. Malgré toutes sortes de pressions, les Serbes n’ont pas accepté d’instaurer des sanctions contre la Russie, ce qui a pour résultat qu’aujourd’hui parviennent en Serbie des livraisons régulières du vaccin russe et que des spécialistes russes de l’Institut « Gamaleya» travaillent en collaboration avec l’Institut serbe de vaccination afin de mettre en marche la production du vaccin russe en Serbie.

Abandonnant petit à petit sa politique néolibérale, la Serbie parvient désormais à maîtriser sa politique sanitaire. Après avoir arrêté la production et le fonctionnement de son Institut scientifique dans le domaine de la virologie, la Serbie renouvelle sa souveraineté en production de vaccins.  À l’aide d’une  production nationale de vaccins, le gouvernement serbe veut ardemment vaincre les futures pandémies et conserver son développement économique. Les Serbes ne veulent pas que leur santé dépende de l’intérêt de diverses compagnies pharmaceutiques ou de l’administration bruxelloise.

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Enfin, les bonnes relations économiques de la Serbie avec la Chine ont abouti à l’arrivée d’une quantité importante de vaccins chinois au moment critique de la campagne de vaccination. Rien n’est plus important que la santé des citoyens. Les pressions que nous avons enduré pendant des années de renoncer à l’alliance avec la Russie ou à la coopération économique avec la Chine ne pouvaient pas influencer notre politique. Simplement, cela n’était pas notre intérêt. En tant que nation libre, la nation serbe a décidé ce qui était dans son intérêt et elle s’y tient, sans égard pour toutes les menaces subies quotidiennement. Or cela n’était pas facile pour les Serbes, sachant qu’il n’est jamais facile de mener une politique indépendante et souveraine ; pourtant elle donne des résultats maintenant.

Retrouver notre souveraineté

Les petits pays balkaniques n’ont obtenu aucun vaccin du programme européen « COVAX ». Malheureusement, leurs élites avaient consenti à suivre la politique de Bruxelles au sujet des sanctions contre la Russie en évitant la coopération avec la Chine : désormais elles sont abandonnées à elles-mêmes. Et nous voyons que la Serbie a déjà aidé son voisin, la Macédoine du nord, et va aussi aider les autres États dans la région. Désormais, leurs citoyens vont certainement voir les choses sous un autre angle, y compris les promesses de Bruxelles et l’habileté des politiciens bruxellois.

Nous sommes d’avis que toute la pandémie et l’exemple de la Serbie ont prouvé que nous, Européens, nous pouvons protéger non seulement la santé de nos citoyens mais aussi notre économie, à condition de renouveler notre souveraineté dans différents domaines de production stratégiques, ainsi qu’à travers une coopération mutuelle de toutes les nations, qui serait accompagnée du partage de leurs expériences, connaissances et technologies. Ce sont les menaces et défis globaux qui imposent la coopération des nations libres dans toutes les sphères et non le diktat d’intérêts de quelques grandes puissances et compagnies multinationales, qui, quant à elles, n’ont certainement pas dans leur intérêt l’existence des politiques nationales indépendantes ni le renouvellement de l’industrie et de la production.

Tout cela exige un changement radical dans les politiques des États européens, dont la première tâche serait de définir et ensuite défendre les intérêts de leurs propres nations. Il est temps de changer la manière dont on voit les choses et d’utiliser une autre optique en Europe. Car celle que les Européens appliquent actuellement n’est pas la leur : ces lunettes leur ont été mises par ceux dont l’intérêt n’est pas l’existence d’une Europe unie ni de libres nations européennes.

Si l’exemple positif de la Serbie peut aujourd’hui contribuer à ce que les nations européennes renouvellent leur souveraineté et leur politique d’indépendance afin de vaincre les malheurs qu’ont vécu les Serbes, ce sera une raison suffisante d’être contents, malgré tous les malentendus et condamnations qui se sont produits au cours des décennies.

Quant aux Serbes, tout ce qu’ils ont voulu depuis toujours est d’être indépendants et de décider eux-mêmes de leur destin. Peu à peu, le temps montre qu’ils avaient raison.

Jovan PALALIC, Député au Parlement de la République de Serbie
Alexis TROUDE, Président du Collectif pour la Paix au Kosovo

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