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La seiche, meilleure amie de l’homme ?

Je devrais faire plus attention aux animaux. En tout cas autrement que sous un angle alimentaire, voire gastronomique. Ainsi, à la question « Quel est votre oiseau préféré ? », la première fois que l’on m’a soumis au questionnaire de Proust, j’ai spontanément répondu : « Le poulet, parce que c’est bon. » Et si on m’avait demandé ce que je pensais encore hier de la seiche, par exemple, j’aurais dit : « Cuites au vin blanc avec de l’ail, c’est quand même quelque chose, surtout si tu accompagnes ça avec une bouteille d’Analepse de Jean-Christophe Comor. »

Mais tout ça, c’était avant que je prenne connaissance d’une étude de chercheurs australiens sur la seiche. Contrairement à ce que l’on croit, les Australiens ne passent pas leur vie à faire du surf ou à être les derniers universitaires à prendre au sérieux le Nouveau Roman. Les Australiens ont aussi des chercheurs qui se penchent sur des sujets aussi décisifs que la seiche[1. Essayez de prononcez la phrase précédente à toute vitesse et sans bafouiller, pour voir !]. Le professeur Culum Brown et son équipe de la Macquarie University viennent de publier leurs conclusions sur le comportement de certaines seiches. Une attitude riche d’enseignements pour ceux qui comprennent à quel point nous sommes enfermés dans les notions hétéro-fascistes de genre et autres vieilleries patriarcales qui bloquent notre avenir radieux vers une post-humanité débarrassée des tabous archaïques.

Quelles sont les découvertes de monsieur Brown ? Pour commencer, la seiche adore se travestir. On sera d’ailleurs surpris qu’il n’y ait pas eu de char pour les seiches à la dernière Gay Pride. Cette absence s’explique sans doute par le fait que si la seiche mâle se travestit, c’est pour mieux séduire la femelle. La femelle seiche serait-elle lesbienne ? Pas forcément, ou en tout cas l’étude de Culum Brown ne le précise pas. En revanche, le but de la manip masculine est clairement expliqué. Le mâle se déguise en femelle d’abord pour éloigner d’autres mâles un peu stupides qui pensent qu’ils ont à faire à deux filles ensemble et pas à un mâle faisant son affaire à une femelle, ce qui le rend toujours terriblement jaloux. Il faudra penser à vérifier si ce cas de figure charmant n’est pas évoqué dans les Mémoires de Casanova, une excellente lecture de vacances qui pimentera vos ébats de manière beaucoup plus imaginative que les tristes suppléments à découper des magazines féminins.

On apprend aussi que les seiches sont de la même famille que les escargots, ces hermaphrodites assumés, mais d’après Culum Brown, elles sont beaucoup plus intelligentes. Cela se voit à leur art consommé du camouflage. Les seiches, comme les amateurs de spaghettis à l’encre le savent depuis longtemps, laissent derrière elles un nuage noir pour masquer leur fuite. Mais ce n’est pas tout. Culum Brown montre, avec cette affaire de travestissement, que le camouflage sert aussi à tromper sa propre espèce, ce qui n’est pas si fréquent dans le règne animal et la rapproche incontestablement du genre humain.
Il faut dire que les seiches ont une vie courte, qu’il y a plus de mâles que de femelles et qu’il ne faut pas qu’ils ratent leur coup, si je puis dire, car ce pourrait bien être le seul. Une compétition féroce, donc et aurait dit Houellebecq, une extension du domaine de la lutte à tous les domaines de la vie y compris la sexualité.

Dernière question, peut-on appliquer ces récentes révélations dans le domaine politique ? On sait depuis longtemps que l’art de la dissimulation poussé à l’extrême est une des bases du métier. Mais, jusqu’à une date récente, aucun politique n’avait réussi à se faire passer pour le contraire de ce qu’il est, histoire de continuer à séduire les électeurs de son camp et de faire croire au camp adverse qu’il y a vraiment une différence. Pourtant, depuis le discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault, on a l’impression qu’un des enjeux du quinquennat à venir va être de camoufler une classique politique de droite (austérité à tout crin dans l’unique but de rembourser la dette) sous des oripeaux socialistes.

Que le gouvernement sache, cependant, que d’après l’étude du professeur Culum Brown, la seiche qui joue au petit jeu du travestissement ne réussit que dans 40% des cas…

*Photo : richard ling


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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