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La patrie non reconnaissante

La patrie non reconnaissante

helie saint marc

Il est mort cet été. Sa disparition n’est pas passée inaperçue : hommages, discours émouvants, évocations de sa vie se sont succédé. Mais c’est peu dire qu’ils sont restés l’apanage d’un certain monde, d’une certaine droite, si ce mot a encore un sens, et qu’il n’a traversé l’esprit de personne qu’on eût pu célébrer un héros par des funérailles nationales. Nicolas Sarkozy l’avait fait grand-croix de la Légion d’honneur, sous les huées de la bien-pensance : il est vrai qu’Hélie de Saint-Marc avait assez peu mérité de la patrie…[access capability=”lire_inedits”]

Entré en Résistance à 19 ans, par le biais des jésuites, dans le réseau bordelais Jade-Amicol, deux ans plus tard il est à Buchenwald, puis au camp de Langenstein-Zwieberge. Quand les Américains l’y découvrent parmi les survivants, il a oublié jusqu’à son nom. De la vieille race de ces petits hobereaux qui, de Lattre ou Hauteclocque, fournit à la République l’essentiel de ses chefs militaires, il est naturellement officier de Légion en Indochine, où il assiste au premier déshonneur de cette France qui abandonne les populations autochtones à la férocité des armées communistes libératrices.

C’est cette expérience qui le conduira à suivre Challe en 1961 à Alger, lors du « putsch des généraux ». Encore un échec : il se constitue prisonnier et, traduit devant le Haut Tribunal militaire, est condamné à dix ans de réclusion.

Il n’a pas 40 ans, sa vie d’homme est terminée. L’héroïsme, l’horreur, le courage, la rébellion, la dégradation et l’indignité : qui n’a pas lu à 16 ans Les Champs de braises, le livre où il raconte tout cela au soir de sa vie, ne sait rien de  la tragédie française. Rien de ce pays qui, entre 1940 et 1962, a presque entièrement perdu son honneur. De ce pays qui aime tant ses guerres idéologiques qu’il condamne toute grandeur à  se déguiser sous les traits de la monstruosité.

Hélie de Saint-Marc fut cet impossible héros français. Et les peuples sans héros seront condamnés à mourir de tiédeur.[/access]

*Photo : Lyon: Obseques de Hélie de Saint Marc. PASCAL FAYOLLE/SIPA. 00663945_000048.

Octobre 2013 #6

Article extrait du Magazine Causeur


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est journaliste et essayiste.

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