L’or flirte avec le niveau hautement psychologique des 1250 dollars l’once dans un contexte où la Chine diversifie une part de plus en plus substantielle de ses réserves en métaux précieux au détriment des monnaies. Pourtant, une étude de Merrill Lynch a démontré que les cours actuels de l’or étaient très loin d’être surévalués. En effet, selon cet établissement qui se réfère aux fluctuations des cours de l’or par rapport aux marchés boursiers lors de la dernière bulle spéculative des métaux précieux il y a trente ans, le marché de l’or ne serait en formation de « bulle  » susceptible d’imploser que si les prix s’appréciaient de 625% pour atteindre 6000 dollars l’once dans le cadre d’un marché boursier statique !

Le billet vert et l’euro sont à l’évidence les grands perdants de cette réallocation d’actifs chinois même si ces opérations de diversification – peu connues du grand public – sont toutes effectuées dans une atmosphère discrète par des autorités soucieuses – dans leur propre intérêt – de ne pas déstabiliser les marchés. Voilà pourtant plusieurs mois que la Chine met en place méticuleusement et mathématiquement tous les pions de ce jeu d’échec à échelle planétaire dont une partie cruciale – qui se joue sous nos yeux – se traduit par une flambée des prix de l’or. Son objectif étant de protéger ses intérêts vitaux, cette partie se terminera de manière fort prévisible par un constat d’échec cuisant pour la monnaie fiduciaire, en tout cas dans son acception actuelle.

Depuis mars 1968, date à laquelle les dollars en circulation cessent d’être garantis par des réserves de métal jaune, depuis la fin de la convertibilité du dollar en or qui date d’août 1971, les Etats-Unis – et par extension les pays occidentaux qui leur ont emboîté le pas – ne cessent de vivre au-dessus de leurs moyens en abusant d’un système qui leur a permis de vivre à crédit impunément…jusqu’à maintenant. Cette rigueur que conférait naturellement l’obligation de maintenir des stocks d’or en quantités précises et ce, en échange de toute monnaie en circulation, n’étant plus de mise dès le début des années 1970, certains pays ont pu se vautrer dans un confort artificiel, vivant aux crochets d’autres nations plus industrieuses, ne parvenant à pérenniser ce système quasi mafieux que par un impérialisme et parfois par un chantage – financier et géopolitique.

Les épisodes de croissance faste ponctués par une dérégulation à outrance et par la suppression de toute surveillance et de toute discipline un tant soit peu restrictive n’auront ainsi pas empêché le drame qui se jouait en coulisse et qui a tout d’abord vu le dollar américain perdre graduellement de sa valeur sur une période longue de trente ans. Cette lente mais inéluctable érosion du billet vert a par la suite déteint sur un euro d’autant plus affecté par les endettements excessifs de la plupart des membres de l’Union que cette combinaison perdante consistant à laisser les générations futures gérer le poids de ces ardoises n’a en rien été amendée à la faveur de la dernière crise.

Des monnaies gagées sur un endettement colossal

Pour des motifs démagogiques, populistes, électoraux ou par simple lâcheté, nos Etats occidentaux ont fait preuve d’une réelle obsession à éviter absolument la récession, fût-ce au prix de déficits atteignant des niveaux cosmiques ! Les conséquences de plus de trente années de « deficit spending » consistant à dépenser sans compter de l’argent qui ne nous appartenait pas et à enfler nos déficits à l’image de la grenouille de La Fontaine sont perceptibles aujourd’hui avec la volte-face chinoise qui se traduit par une perte de confiance dans les monnaies fiduciaires ( il y a théoriquement la notion de confiance dans le terme « fiduciaire »), monnaies dont la valorisation est aujourd’hui soutenue non plus par des stocks d’or mais par un endettement colossal.

Un signal fort et sans équivoque est donc émis par la Chine : le monde a impérativement besoin de monnaies saines reposant sur des fondations solides en l’absence desquelles tous les papiers-valeurs, assurances-vie et autres investissements immatériels verront leur valeur se rétrécir comme une peau de chagrin. L’océan de monnaie créé industriellement par nos responsables politiques et économiques dans l’espoir de relancer la machine finira par noyer nos pays dits développés tout en contribuant fatalement à appauvrir l’Occident. Comment ne pas comprendre dans un tel contexte la prédilection des Chinois et d’autres pour des actifs « tangibles » comme l’or alors que les manipulations et artifices financiers de nos pays en arrivent au point de rupture ?

La démonétisation de l’or au début des années 1970 ayant fourni un prétexte à une anarchie comptable sans précédent, le retour en force du métal jaune sera inversement proportionnel à la puissance de l’Occident.

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