S’il y a une chose qui conduit à coup sûr au contresens, c’est la lecture du réel sous un prisme unique et jamais renouvelé, une sorte de filon, comme celui qu’a trouvé Caroline Fourest avec le Front national. Dans une tribune consacrée samedi 18 aux questions d’économie, Fourest, qui n’y entend rien, ramène bien vite son raisonnement à ce qu’elle connaît : le « double discours » du FN. Et se prend les pieds dans le tapis au passage.

Ainsi, la journaliste écrit-elle: « Le FN parle de revenir au franc sur la base « 1 franc = 1 euro ». Un slogan simple, mais qui prend le risque de transformer la France en pays du tiers-monde. Chaque Français se retrouvant du jour au lendemain non plus avec 100 euros en poche, mais avec 100 francs ».
Horreur ! Si on appliquait ce programme, chaque français se retrouverait demain avec 100 francs en poche valant très exactement…100 € ! Autrement dit il se serait passé un énorme…rien ! Effroyable perspective !

Car pour qu’il se passe quelque chose, il faudrait que le retour au franc soit suivi d’une dévaluation. Fourest s’inquiète aussitôt pour les braves gens : « certes, la baguette de pain aura baissé, mais pas les produits manufacturés importés ! Ni l’essence (…) ce qui revient à faire exploser le coût de la vie ».
Pour la baguette de pain, c’est une bonne nouvelle. Pour l’essence, moins. Sauf qu’ici, la solution n’est pas monétaire mais fiscale puisque le coût de l’essence dépend du taux de la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Quant au prix des produits importés, qu’ils augmentent ! Nos producteurs nationaux en seront les premiers ravis, qui vendront davantage de produits français à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur, avec la hausse des exportations que nous vaudrait à coup sûr une monnaie moins forte.

La première erreur de Caroline Fourest est donc une erreur de raisonnement. En voulant toujours tout « frontnationaliser », on finit par raconter des sottises.
La seconde erreur est de croire qu’on ramènera dans le giron de la gauche l’électorat tenté par le vote « mariniste » en lui racontant des sornettes visant à le terroriser.

Raconter des sornettes ? Présenter une vision apocalyptique de l’avenir pour récolter les fruits de la panique populaire ? N’est-ce pas justement ce que Caroline Fourest et Fiammetta Venner reprochent au Front national dans leur ouvrage Marine Le Pen ?

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