Je lis régulièrement Le Figaro. En effet, ce journal rend compte avec minutie et précision des prix de vente et du succès grandissant d’une arme attachante qui, après avoir fait ses preuves au Proche-Orient, dans les Balkans, bénéficie d’un engouement phénoménal dans nos banlieues. Selon les arrivages (les kalach, c’est comme la marée), ce fusil, selon l’excellent journal cité plus haut, se vend entre 180 et 200 euros. C’est dans mes moyens.

Je veux une kalach. Et mon amertume est grande quand je lis, toujours dans Le Figaro, qu’une dizaine d’armes à feu, dont huit kalachnikovs, ont été saisies et huit personnes placées en garde-à-vue dans la cité Air Bel de Marseille. Voici le détail du butin des policiers marseillais : il y avait huit kalachnikovs, un pistolet, deux fusils de chasse et un fusil à pompe. Et aussi des munitions, trois kilos de cannabis et 4000 euros.

Et là, mon cœur saigne. Pourquoi je n’habite pas dans la cité Air Bel ? Pourquoi je n’ai pas de kalach ? Car c’est une kalach que je veux ! Pas un fusil à pompe : c’est d’un vulgaire. Pas un fusil de chasse : c’est horriblement franchouillard. Une kalach, sinon rien ! En outre, s’il y a bien quelqu’un qui est légitime pour en posséder une, c’est moi. Nombreux sont ceux qui dorment en chien de fusil. Moi, je me distingue de cette foule quelconque : je dors en chien de kalach…

Il est inacceptable que la possession de ce bel objet soit réservée à certains et pas à d’autres. Qu’est-ce qu’ils ont de plus que moi ? Il est insupportable que la kalach ne circule que sur certaines portions de notre territoire. Et pas chez moi dans mon village normand. Il est scandaleux qu’elle soit réservée à quelques privilégiés. La kalach pour tous !

En son temps, un publicitaire, Jacques Séguéla je crois, avait dit qu’un homme qui, passé cinquante ans, n’avait pas sa Rolex avait raté sa vie. Moi je ne veux pas d’une Rolex. Je veux une kalach. Car, selon moi, un homme qui, passé cinquante ans, n’a pas sa kalach est un has been, un moins que rien.

Je ne veux pas de la Rolex de Sarkozy. Je n’aspire pas à mettre les costards Arnys de Fillon. Je n’ai que faire des polos Ralph Lauren de Macron. Moi, je ne veux pas devenir président de la République. Je veux juste une kalach ! N’importe quelle kalach. Une ayant servi en Palestine. Une usée par ses bons et loyaux services en Bosnie. Une fatiguée d’avoir fait de l’usage dans certains quartiers de Marseille. J’ai, je sais, dépassé la cinquantaine. Mais n’ai-je pas droit à une deuxième chance, pour ne pas finir ma vie comme un raté ?