La justice remplit deux fonctions : elle tranche les différends entre des parties qui s’affrontent ; elle constate et sanctionne un manquement à la loi. Elle n’est donc légitime que si elle lui est soumise. Voilà pour la théorie.
En pratique, notre système judiciaire souffre de plusieurs faiblesses ou perversions. La première s’observe quand un juge donne l’impression d’être moins soucieux de son service que de son pouvoir ; la deuxième, quand il fait prévaloir son propre système de valeurs sur l’ordre du droit, au prétexte que celui-ci serait moralement discutable à ses yeux ; la troisième, à chaque fois que la justice est instrumentalisée par le pouvoir qui, faute de remédier au désordre des forces ou à l’injustice sociale, demande aux juges de pallier ses propres carences. Faute d’éduquer, de prévenir ou d’amender, on incarcère – grâce aux juges.
Revenons à l’essentiel. L’être humain a besoin de justice. Cette passion nous habite tous, au point que nous attendons du juge ce qu’il n’a pas le pouvoir de donner. Le juge est contraint souvent d’hésiter entre deux injustices. Il ne peut pas résoudre un litige en cinq minutes, ni réparer le malheur subi par une victime – en restituant son intégrité à la femme violée, en guérissant l’infirme ou en ressuscitant l’enfant assassiné. En somme, il existe un écart infranchissable entre notre soif de justice et la réponse judiciaire, presque toujours incomplète, parfois injuste, et définitivement inapte à nous préserver des risques inhérents à la condition humaine.
La sagesse ne consiste pas à attendre de la justice ce qui est hors de son pouvoir, mais à exiger d’elle qu’elle remplisse humainement et dignement le service qu’elle nous doit.

*Photo: Easy Branches

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