Maintes fois annoncé ces derniers mois, le siège de Mossoul semble enfin démarrer pour de bon. Alors que les victoires précédentes de Tikrit, Samara ou Falloujah ont été rapides, la plupart des observateurs annoncent cette fois-ci  une bataille très longue. Cette ville de plus d’un million d’habitants, capitale de l’Irak septentrional, avait pourtant été conquise en deux jours par Daech, faute de combattants. C’est la prise de Mossoul et le discours du Calife autoproclamé Ibrahim qui avaient donné à Daech son statut de nouveau leader du monde djihadiste.

Recherche armée irakienne désespérément

À l’été 2014, les militaires n’étaient pas très motivés pour défendre le gouvernement à majorité chiite et pro-iranien de Nouri Al-Maliki. Mais c’est peut-être une spécialité irakienne puisqu’en 1991 et en 2003, cette armée s’était déjà évanouie à deux reprises. Depuis qu’Haïder Al-Abadi a repris le flambeau, les sunnites ont à peine changé leur regard sur le pouvoir de Bagdad. De fait, ce sont les milices chiites qui doivent reprendre le terrain à Daech, dans le triangle sunnite.Tactiquement le siège de Mossoul ne paraît pas si compliqué. Avec des forces militaires démesurément plus importantes que les djihadistes, avec une puissance de feu écrasante et une supériorité aérienne évidente, le rapport de force est excessivement favorable aux troupes de la coalition. Trois types de sièges sont possibles : l’encerclement, le ratissage et le raid fulgurant. L’encerclement est d’ores et déjà exclu. Un couloir de repli est laissé à l’EI pour que ses combattants puissent se replier vers la Syrie.

Une offensive en râteau?

Il ne resterait donc qu’un petit nombre de fous d’Allah prêt à se sacrifier dans un combat retardateur tandis que les grands chefs quittent la zone vers la Syrie. Un volume d’adversaire qu’on peut estimer au minimum à un gros millier de combattants fanatisés.Face à un tel adversaire, le raid au cœur du centre-ville aurait le mérite de prendre rapidement les symboles de la ville. « Run and declare victory » si on devait retourner le slogan de l’US Army en Irak en 2011. Les scènes de liesse auraient l’avantage de désorganiser, démoraliser et d’accélérer la fuite des djihadistes. Une fois le cœur de la ville saisi, la conquête des quartiers périphériques serait plus aisée.Le plus probable des scénarios d’attaque semble être une offensive en râteau, c’est-à-dire en ligne, quartier par quartier. Méthodique et sûre, cette technique de siège a fait ses preuves à Falloujah et Kobané. Elle a l’avantage de ne rien laisser derrière soi et l’inconvénient d’être assez longue. Maison par maison, rue par rue. Si Obama a prévenu que la bataille de Mossoul sera longue, c’est sans doute que cette technique de siège moderne a été choisie.

Des coalisés en chiens de faïence

Stratégiquement,  les choses sont plus compliquées. Si le siège est si lent, c’est surtout du fait de ces coalisés hétéroclites qui se regardent en chiens de faïence. Les milices chiites ne voient pas bien l’intérêt de faire le boulot des sunnites. Les Kurdes non plus. Depuis quatre ans, les peshmergas de Barzani regarde la plaine de Ninive sans bouger ou presque. Tandis que les Kurdes syriens font preuve d’un courage admirable dans leur pays. Les Turcs veillent au grain. Obama et Hollande veulent en finir avec Daech avant la fin de leur mandat, afin que leur trace dans l’Histoire soit synonyme de victoire contre l’obscurantisme. Ils poussent donc à l’offensive. Mais au sol, il n’y a que des forces spéciales et des instructeurs plus quelques canons français. Surtout, les avions et les drones agissent. Mais marqué par la guerre de huit ans de George W. Bush en Irak (2003-2011), Obama persiste à ne pas s’engager dans l’engrenage de l’intervention au sol. Le « nation building » ne fonctionne pas lorsqu’il est importé de l’étranger, encore moins avec des armes.

Deux ans après la conquête de l’Irak sunnite par les troupes d’Al Bagdadi, l’après-Daech va pouvoir commencer en Irak. Et c’est la partie la plus difficile. Continuer à fédéraliser l’Irak à travers une forte autonomie accordée au triangle sunnite apparaît comme un préalable à toute solution politique du conflit. Sinon la guerre reprendra ses droits.

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Expert en géo-stratégie, sécurité et défenseAncien élève de l’École spéciale militaire de St-Cyr puis de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d’un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d’Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l’Égypte, réalisé au Centre d’Études ...